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LIVRE. Kurdistan, il était une fois la révolution

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PARIS – Le collectif Syllepse continue à publier des ouvrages autour des Kurdes du Rojava avec la sortie en novembre prochain du livre « Kurdistan, Il était une fois la révolution » écrit par Enguerran Carrier*, un ancien volontaire engagé auprès des YPG.
 
Dans ce nouveau livre, l’auteur analyse les raisons du « succès » de la révolution du Rojava tandis le mouvement populaire syrien né dans le sillage des « Printemps arabes » a été écrasé dans le sang par des groupes jihadistes et le régime syrien en place.
 
En attendant la sortie du livre, « Kurdistan, Il était une fois la révolution » , voici la présentation de l’ouvrage faite par le collectif Syllepse qui dénonce également les clichés entourant les Kurdes :
 
« Il y a quelques années déjà, les Kurdes ont fait leur entrée fracassante dans l’imaginaire collectif des Européens. Pourtant, les Kurdes sont et restent largement un peuple peu connu, en dehors de quelques clichés.
 
Les Kurdes fascinent en Occident, par-delà les clivages politiques. Pour certains, « les Kurdes » seraient la tête de pont de la civilisation « démocratique et laïque ». Pour d’autres, c’est un événement particulier qui, depuis 2014, a fasciné, fait couler de l’encre et suscité bien des débats : la révolution du Rojava.
 
La révolution du Rojava reste, en 2022, mal connue, y compris et peut-être surtout par ses zélateurs les plus frénétiques. L’auteur remonte aux origines de ce processus politique ayant débuté avec le mouvement de contestation contre le régime de Bachar al-Assad et ayant abouti, après l’éviction des troupes syriennes des régions kurdes de Syrie, à la constitution d’entités de facto autonomes ayant vocation à persister.
 
La période ici décrite s’étend des premières manifestations en Syrie du printemps 2011 aux offensives militaires lancées par l’organisation djihadiste Jabhat al-Nosrah en juillet 2013. Cette période relativement courte, mais extrêmement dense, soulève un nombre important de questions. Comment une organisation initialement minoritaire, le PYD, a-t-elle pu prendre le contrôle des régions kurdes en 2012 puis imposer son hégémonie politique ?
 
Pourquoi d’autres organisations qui disposaient d’une influence plus étendue et de moyens matériels et logistiques plus importants, ont-elles perdu de leur influence au cours de la révolution syrienne ? En dehors des organisations politiques constituées, quelles étaient les dynamiques sociales qui ont été le moteur de la contestation politique à partir de 2011 ? »
 
*Enguerran Carrier est né en 1987. Traducteur et historien de formation, il a publié plusieurs traductions sous des noms d’emprunt. Engagé volontaire au Rojava dans les YPG de 2015 à 2018, il intervient régulièrement dans les débats sur le Rojava.

PCF: Défendons le Kurdistan contre l’invasion turque

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PARIS – Alors que les attaques turques visant le Rojava se sont intensifiées en parallèle aux menaces d’invasion imminente de la région par la Turquie, le Parti Communiste Français (PCF) appelle à soutenir le peuple kurde contre le fascisme colonialiste turc.
 
Dans un communiqué publié aujourd’hui, le PCF appelle à manifester aux côtés des Kurdes de France le 11 juin prochain pour défendre le Kurdistan contre l’invasion turque.
 
Voici le communiqué du PCF:
 
« Le conseil de sécurité turc, composé de civils et de militaires et présidé par R.T. Erdogan, vient d’adopter les plans d’une offensive généralisée contre les territoires kurdes de Syrie. Cette nouvelle opération vise plusieurs objectifs : achever l’annexion d’une bande frontalière de 30 km de profondeur, chasser la population kurde et les combattants des Unités de protection du peuple (YPG), transformer la zone en « djihadistan » comme cela a été fait dans le canton d’Afrin. Au cœur de cette zone se trouve la ville martyre de Kobané où les unités du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et des YPG avaient infligé leur première défaite à l’organisation de l’État islamique (Daesh) soutenue par la Turquie d’Erdogan.
 
Le tyran d’Ankara entend aussi briser le processus révolutionnaire à l’œuvre au Rojava. Dans cette région autonome de Syrie, toutes les minorités culturelles participent conjointement à l’édification, dans le progrès social, d’une société féministe, écologique et pacifique. Erdogan tente en outre, et comme il en est coutumier, de raviver le sentiment nationaliste de son électorat durement frappé par la crise économique, l’inflation, la dévaluation monétaire et la baisse du pouvoir d’achat. Parallèlement, il poursuit sa politique répressive contre les forces démocratiques de Turquie et, plus particulièrement, contre le Parti démocratique des peuples (HDP).
 
R.T. Erdogan estime que le contexte international lui est favorable : il n’a pas besoin de l’autorisation de V. Poutine accaparé par la destruction de l’Ukraine et sait, après le chantage aux migrants auquel les instances européennes ont cédé, qu’il peut monnayer le silence des puissances occidentales en agitant la menace d’un veto à l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN.
 
L’attitude agressive de la Turquie suscite de nombreuses craintes cependant. Le chef de la diplomatie américaine, Anthony Blinken, a déclaré qu’une offensive turque en Syrie « saperait la stabilité régionale » permettant à Daesh de reprendre de la vigueur, à l’ombre de la protection turque. Les États-Unis savent de quoi ils parlent lorsqu’ils évoquent la « stabilité régionale » !
 
Cette brutalité de l’État turc se déploie également au Kurdistan d’Irak avec la duplicité du clan féodal des Barzani. Depuis plusieurs mois, des bombardements incessants frappent le Sinjar et les zones de localisation des combattants du PKK. En dépit des protestations officielles de l’État irakien pour atteinte à sa souveraineté, des soldats turcs épaulés de tortionnaires djihadistes se livrent à des violences contre les populations civiles.
 
Les capitulations devant Erdogan ont de lourdes conséquences dont les habitants du Haut Karabakh, notamment, ont fait la dure expérience. Cela se traduit dans toute la région par une montée des tensions à l’égard de la Grèce, de Chypre occupée et dans toute la Méditerranée orientale jusqu’en Libye.
 
Les Kurdes ont payé et paient encore un lourd tribut dans leur lutte contre l’obscurantisme et pour la défense des libertés démocratiques dans la région. Ils sont des acteurs de paix et de justice. Les Kurdes ont besoin de solidarité internationale. Les communistes sont à leur côté et appellent à manifester dans toute la France samedi 11 juin 2022(*) pour exiger que les puissances occidentales sanctionnent la politique d’Erdogan et soutiennent les Kurdes partout où ils se trouvent. »
 
Pascal Torre, responsable-adjoint du secteur international, chargé du Maghreb et du Moyen-Orient
 
Voici les dates et lieux des manifestations du 11 juin :
 
Paris, 14h
Place de la République
 
Marseille,14h
Réformés Canebière
 
Montpelier, 19h
Parc du Peyrou
 
Toulouse, 14h
Gare Matabiau
 
Bordeaux à 14h
Place Stalingrad
 
Rennes à 17h, Charles de Gaulle
 
Reims à 18h, Gare centrale
 
Lille à 15h, Place de la République

Réclamer les corps de femmes kurdes: Funérailles de femmes kurdes au Kurdistan du Nord/Turquie

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La chercheuse Ruken Işik a publié ses travaux concernant les funérailles des combattantes kurdes – interdits par l’État turc – et ceux des femmes victimes de « crimes d’honneurs » que les familles refusaient d’enterrer selon les rites funéraires habituels. Işik écrit que depuis les années 2000, les militantes kurdes – que certains surnomment les « Antigones kurdes » ont commencé à organiser des cérémonies funéraires pour les femmes guérilleros et celles victimes de crimes d’honneur. Elles combattent « la nécropolitique de l’État et les pouvoirs patriarcaux qui établissent des exceptions pour contrôler la vie et la mort » .
 
Extraits:
 
L’État turc interdit strictement les funérailles et autres formes de deuil public pour les guérilleros kurdes, les considérant comme une menace pour l’État souverain. Les victimes de crimes d’honneur se voient également refuser des enterrements convenables, car elles sont accusées de « ruiner » la réputation de leur famille. Depuis les années 2000, les militantes kurdes de Turquie sont allées à contre-courant en organisant des funérailles pour les deux groupes de femmes, ainsi que des manifestations publiques contre la nécropolitique de l’État et les pouvoirs patriarcaux qui établissent des exceptions pour contrôler la vie et la mort. Cet article analyse les manières dont les militantes agissent en se réclamant de ces corps et en réimaginant le chagrin et le deuil comme des affects de justice sociale.
 

Une nuit d’été en 1991, ma famille et moi étions hors de la ville quand une bagarre a éclaté entre la guérilla kurde et l’armée turque. Comme il s’agissait d’une petite ville peuplée de quelques milliers d’habitants seulement, tout le monde y entendait les affrontements et le bruit des coups de feu. À notre retour des vacances d’été, tous les enfants du quartier et de l’école parlaient de la façon dont les guérilleros du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) se cachaient sous un pont et attaquaient l’armée. Vingt-huit ans plus tard, je me souviens encore de certains détails qui m’ont été racontés, comme la façon dont l’un des commandants turcs aurait rejeté héroïquement la grenade à main larguée chez lui par les guérilleros. Je me souviens aussi de récits plus horribles et obsédants du lendemain des combats. Après que les guérilleros aient été tués, leurs corps ont été traînés derrière des véhicules militaires à travers la ville. Il y avait un petit bosquet à côté de mon école primaire dans la ville de Hasköy dans la province de Muş. Mes amis m’ont dit que les militaires avaient accroché les têtes des «terroristes» au sommet des arbres là-bas pour les exposer. C’était effrayant d’entendre ces récits. D’un autre côté, enfant, je regrettais de ne pas être là cet été-là et de n’avoir vu aucune de ces choses se produire, de ne pas entendre le bruit des armes à feu et de ne pas pouvoir raconter des histoires comme le faisaient mes amis. Je ne pouvais qu’écouter ce que les autres enfants avaient vu. D’après ce qu’ils ont décrit, ils avaient vu quelques jours extraordinaires en ville.

Le même type de violence dont mes amis ont été témoins s’est poursuivi tout au long de l’automne 1991. Nous avons appris qu’après une confrontation armée entre la guérilla kurde et l’armée turque, deux corps de guérilleros avaient été amenés à la base militaire de la ville. Mon grand-père était en ville à cette époque. Il m’a demandé d’aller voir les corps. J’ai attrapé sa main et nous avons marché jusqu’à la base. Quand nous sommes arrivés, il y avait des gens debout devant des barbelés. A un mètre de là gisaient les corps de deux guérilleros kurdes, couverts de journaux. Leurs baskets jaunâtres (mekap) ressortaient. Les gens crachaient et maudissaient les cadavres.

Les scènes dont mes amis et moi avons été témoins lorsque nous étions enfants n’étaient pas seulement des incidents extraordinaires. Il s’agissait en fait d’un type de politique utilisé par les pouvoirs étatiques pour gouverner les populations en générant la peur et en profanant les cadavres, ce qu’Achille Mbembe conceptualise comme une nécropolitique. Le concept théorique de nécropolitique de Mbembe ( 2003 ) traite du pouvoir et de la souveraineté entre les groupes et les populations qui sont soumis à la mort et ceux qui ont le droit de décider de la mort. L’incident extraordinaire que mes amis et moi avons vécu était un exemple d’un type de nécropolitique visant à contrôler la population kurde en Turquie en semant la peur – une technique qui a été utilisée contre les Kurdes depuis la création de la Turquie en 1923. La violence exercée contre les cadavres envoyé un message aux vivants (Bargu 2016), un rappel constant de ce qui pourrait leur arriver s’ils s’engageaient dans les mêmes actions. Pour exercer ce pouvoir, la souveraineté opère sous un « état d’exception »  où la loi est suspendue (Agamben 1998 ).

Cet article est basé sur des entretiens que j’ai menés avec des militantes kurdes qui ont résisté à la nécropolitique de l’État turc et du patriarcat kurde. J’ai interviewé treize militantes kurdes par téléphone, Skype, WhatsApp et lors de conversations en face à face.

Au Kurdistan du Nord/Turquie, là où les femmes sont historiquement, culturellement et religieusement absentes des sites funéraires, les militantes kurdes de ces dernières années sont allées à contre-courant non seulement en portant des cercueils, mais aussi en organisant des manifestations publiques lors des funérailles des femmes guérilleros du PKK et des « victimes de crimes d’honneur ».

L’État turc interdit strictement toute forme de deuil public pour les guérilleros kurdes, car les funérailles ou autres reconnaissances publiques de ces décès sont considérées comme une menace pour l’État souverain. Les victimes de crimes d’honneur, d’autre part, se voient refuser des enterrements appropriés par leurs familles pour avoir prétendument « ruiné » la réputation de la famille. Cet article analyse comment les actions des femmes militantes qui revendiquent ces corps défient à la fois la nécropolitique de l’État turc et la structure patriarcale de la culture kurde. En faisant ainsi, cette étude réinvente le chagrin et le deuil en tant que questions de justice sociale. La principale question à laquelle je cherche à répondre est la suivante : qu’est-ce qui pousse ces militantes à agir lors des funérailles des deux groupes de femmes ?

Pour illustrer l’activisme important et sans précédent des femmes dans les funérailles des deux groupes de femmes, je commence par deux exemples. La première date de la période entre 2015 et 2016, lorsque le conflit entre la guérilla kurde et l’État s’était intensifié après l’effondrement d’un soi-disant « processus de paix » qui visait à résoudre la question kurde en Turquie. Au cours de ce conflit, des vidéos et des images troublantes ont été partagées sur les réseaux sociaux par l’armée turque. L’une de ces images montrait le corps d’une guérilla kurde, Kevser Eltürk, également connue sous le nom d’Ekin Wan, qui a été tuée lors du conflit dans la ville de Varto le 10 août 2015. Son corps a ensuite été profané, déshabillé et photographié alors qu’il était face contre terre, entouré d’hommes. L’image du corps nu de la guérilla partagée sur les réseaux sociaux perpétue un regard masculin violent et sexualisé. Lorsque l’image a été diffusée sur les réseaux sociaux, elle a déclenché l’indignation internationale. Les femmes kurdes du monde entier ont protesté contre cet exemple de violence nécropolitique sexuelle.

Ekin Wan n’a pas été la première victime des violences nécropolitiques sexuelles perpétrées par l’État turc. Il a été documenté que les corps de guérilleros kurdes ont été mutilés après leur capture par des soldats turcs dans les années 1990 (Teyna 2013 ; Kartal 2019 ). Cependant, l’image d’Ekin Wan est considérée comme la première image médiatisée d’une guérilla décédée à être partagée sur les réseaux sociaux (Isik 2015 ). Les femmes kurdes de la région ont organisé ses funérailles et ont porté son cercueil dans la tombe en signe de protestation. Les funérailles d’Ekin Wan ont été un événement important au cours duquel des femmes ont publiquement protesté contre la violence nécropolitique sexuelle perpétuée par l’armée turque.

Ma deuxième histoire vient d’un de mes entretiens avec une militante qui avait porté les cercueils des deux groupes de femmes. Dilan [pour des raisons de sécurité, les identités des personnes interviewées sont remplacées par des pseudos] m’a raconté avoir porté le cercueil d’une victime d’un crime d’honneur dont le corps a été rejeté par sa famille. Elle a rappelé comment certains hommes ont insulté les femmes lors des funérailles et leur ont dit : « À cause de femmes comme vous, ces femmes ont été tuées », faisant référence aux victimes de crimes d’honneur. Elle a dit que cette forme de rejet du blâme était la façon dont les hommes légitimaient le meurtre de victimes de crimes d’honneur.

Dilan a d’abord hésité à porter le cercueil car il y avait une énorme foule d’hommes sur le site funéraire, alors qu’il n’y avait que dix femmes. Elle a hésité à la fois parce qu’elle pensait qu’elles ne pouvaient pas physiquement porter le cercueil, et parce que les hommes étaient traditionnellement censés porter des cercueils. Ces dix femmes, cependant, se donnèrent de la force les unes aux autres, et elles finirent par soulever le cercueil et le transporter dans la tombe. Dilan m’a également dit que, lors des funérailles de la guérilla, les participants sont toujours attaqués par la police turque, qui essaie de disperser les participants avec des canons à eau.

Des militantes kurdes en Turquie ont commencé à porter les cercueils des victimes de crimes d’honneur après que deux femmes, Kadriye Demirel et Semsa Allak, ont été tuées par leurs familles en raison du soi-disant « honneur » au début des années 2000. Pour la première fois, des militantes ont organisé des funérailles pour les deux femmes (Caglayan 2007 ). Aucune famille ne voulait d’enterrement pour les femmes, car elles étaient accusées de ruiner la réputation de la famille et étaient donc « indignes » d’un enterrement convenable.

Ces deux incidents ont fusionné avec mon souvenir d’enfance de l’automne 1991 que j’ai décrit ci-dessus. Les images obsédantes des deux guérilleros dont je me souviens de ce jour-là se sont jointes dans mon esprit aux images de femmes portant des cercueils, du cadavre nu et de nombreux autres incidents similaires sur lesquels j’ai enquêté dans le cadre de ce projet de recherche. Tous, l’activisme des femmes sur lequel j’ai fait des recherches et ma mémoire personnelle, ont suscité des questions : pourquoi l’État a-t-il laissé les gens cracher sur des cadavres ? Était-ce normal ? Cela pourrait-il être normal ? Pourquoi les femmes porteraient-elles des cercueils lors de manifestations publiques lors des funérailles ? Pourquoi les familles refuseraient-elles d’enterrer les victimes de crimes d’honneur ? Pourquoi les hommes harcèleraient-ils les femmes pour avoir porté les cercueils ? Et que nous disent ces événements sur la politique du deuil et la politique de l’émotion pour le mouvement des femmes kurdes en Turquie ?

Les corps jugés menaçants et « indignes » appartiennent à des guérillas kurdes et rendent hommage aux victimes de crimes. Les sujets qui ont le droit de tuer sont l’État turc et le patriarcat kurde. Lorsque la règle normative ne s’applique pas, l’état d’exception devient la règle (Agamben 1998 ). Ainsi, lorsque la violence commence à affecter « même » les cadavres, il y a plus à parler que de politique au sens large. Comme le théorise Judith Butler ( 2003 ), ceux qui ne peuvent pas être pleurés sont encore plus abjects que ceux qui peuvent être tués.

Des vies vivables, aimables et affligeantes

L’article 66 de la Constitution de la République de Turquie stipule que « toute personne liée à l’État turc par le lien de la citoyenneté est turque » . L’article 42.9 va plus loin en déclarant que « hormis le turc, aucune autre langue ne doit être étudiée ou enseignée aux citoyens turcs en tant que langue maternelle dans une langue, un enseignement ou une institution d’apprentissage. » Ces deux articles sont à la base d’une idéologie d’État turque fondée sur une identité, une langue et une nation, devenue une triple devise souvent citée par les dirigeants turcs.

La situation d’apatridie du peuple kurde au Moyen-Orient a également rendu les femmes kurdes invisibles dans la recherche universitaire. Leur apatridie pose un problème unique dans la collecte d’informations sur les Kurdes. La production de connaissances pour les Kurdes est soit supprimée, soit dominée par les États souverains sous lesquels ils vivent. Par exemple, étant donné que les données de recensement basées sur l’appartenance ethnique ne sont pas recueillies, il est difficile de connaître le nombre exact de Kurdes vivant en Syrie, en Turquie et en Iran. Les Kurdes de Turquie sont géographiquement situés dans le nord du grand Kurdistan, appelé Bakûr (Nord) dans le discours politique kurde. Les Kurdes du Bakur (Turquie) ne sont pas reconnus dans la Constitution turque et n’ont pas le droit à l’éducation dans leur langue maternelle, le kurde. Les Kurdes de Bakur (Turquie) ont été exposés à des politiques d’assimilation très dures.

Les femmes que j’ai interrogées pour cette recherche, en revanche, ne voient pas cette résistance comme du terrorisme et les guérilleros comme des terroristes. Se référant à l’organisation de guérilla kurde (PKK), Dilan a déclaré : « Qui est le PKK ? PKK est ma sœur, mon frère. » Il serait important d’analyser plus avant en quoi la perception que cette femme a du PKK est différente de l’idéologie officielle de l’État turc – ou en fait en quoi elle diffère des politiques des États-Unis et de l’Union européenne, qui désignent également le PKK comme une organisation terroriste. Pourquoi ces femmes se dirigent-elles vers le PKK ? Que signifie la guérilla kurde pour ces femmes ? Comment les cadavres des femmes guérilleros kurdes s’organisent-ils et déplacent-ils les corps vivants ? Comment les corps des guérilleros kurdes organisent-ils les femmes pour lutter contre les crimes d’honneur ?

Les cadavres de « l’autre » sont récemment devenus d’intérêt scientifique en Turquie. Dans une étude récente, des chercheurs se sont penchés sur la question du « mort comme l’autre ». Asli Demir et Evrim Iflazoglu ( 2016) écrivent que « les gens qui vivaient les uns comme les autres en Turquie devraient faire face à presque les mêmes problèmes quand ils mourraient ; en outre, leur situation dans la mort s’aggrave encore. Les problèmes qui affectent les vivants s’étendent jusqu’à la mort. »

La mort de minorités religieuses comme les Alévis, de minorités ethniques comme les Kurdes et les Arméniens, d’opposants politiques et de personnes LGBTQI devient ainsi une source de tension. Par exemple, en 2017, Hatun Tuğluk, mère du parlementaire kurde emprisonné Aysel Tuğluk, est décédée dans la ville d’Ankara, la capitale de la Turquie. Elle voulait être enterrée là où elle était morte. Au cours de sa cérémonie d’enterrement, une foule de Turcs nationalistes a attaqué le cimetière et scandé des insultes nationalistes, insistant sur le fait qu’ils ne voulaient pas que des terroristes soient enterrés dans « leur » cimetière. Ils ont même menacé d’exhumer le corps. La famille a décidé de l’enterrer dans leur ville natale de la région kurde après avoir parlé à des responsables de l’État turc.

Comme on le voit dans ce cas, les personnes qui revendiquent ces corps doivent s’engager dans une lutte pour enterrer leurs proches. La mort a également organisé les gens parce que le deuil et le deuil de ces corps minoritaires indésirables et illégaux sont une forme de résistance. L’incapacité de pleurer et de pleurer aligne certains corps ensemble. Par exemple, Nira Yuval-Davis ( 2011🙂 dit que « en règle générale, les composantes émotionnelles des constructions que les gens ont d’eux-mêmes et de leur identité deviennent plus centrales à mesure qu’elles deviennent menacées et moins sûres » . De plus, Yuval-Davis affirme que les comportements individuels et collectifs sont cruciaux pour la construction et la reproduction des récits identitaires et des constructions d’attachements. Les performances de deuil dans les funérailles de « l’autre » en Turquie sont des performances identitaires qui résistent et défient les récits identitaires dominants. Ils sont à la fois une lutte pour la reconnaissance et un outil de construction des collectivités dissidentes.

En analysant les vies queer, Sara Ahmed soutient que les vies queer doivent d’abord être reconnues comme des vies pour pouvoir faire l’objet d’un deuil : comme des formes de perte en premier lieu, car les vies queer ne sont pas reconnues comme des vies ‘à perdre’ » ( 2004). De même, les vies des guérilleros kurdes et des victimes de crimes d’honneur ne sont pas considérées comme des vies vivables en premier lieu. Leurs vies invivables deviennent inattaquables dans la mort. Je décris l’activisme entourant les funérailles des victimes de crimes d’honneur et des guérillas de femmes kurdes comme une résistance nécropolitique genrée contre le patriarcat kurde et l’État turc, les pouvoirs qui rendent la vie de ces femmes invivable et leur mort insupportable. Cette lutte est ancrée dans la lutte sociopolitique des Kurdes (Özsoy 2010 ) en général, mais les femmes prennent désormais une avance sans précédent.

Porter des cercueils et assister aux funérailles sous forme de protestation n’est pas nouveau au Kurdistan du Nord/Turquie. La plupart des femmes que j’ai interrogées ont assisté aux funérailles de guérilleros kurdes dans les années 1990. Cependant, assister aux funérailles des guérillas féminines et des victimes de crimes d’honneur est une pratique nouvelle. Lors des deux types de funérailles, les femmes portent des cercueils dans des espaces publics extrêmement dominés par les hommes. Examiner les deux cas dans le cadre de la nécropolitique genrée est crucial pour comprendre les similitudes entre les actions du patriarcat et de l’État, et comment le pouvoir s’organise sur la base du discours de la terreur et de l’honneur.

Réécrire l’histoire des communautés marginalisées

Les féministes soutiennent que la production de connaissances dans une société donnée est basée sur les perspectives des groupes dominants, ce qui signifie que ces connaissances ne reflètent pas les besoins et les expériences des autres groupes (Hartsock 2013 ). Afin de remettre en question le point de vue de ces groupes dominants, Seung-kyung Kim et Carole McCann affirment que « il faut un effort concerté pour aller au-delà de la réalité superficielle, car cela nécessite de penser « à contre-courant » de la culture dominante » ( 2013). La construction d’un récit résistant et la déconstruction des connaissances existantes sur les femmes sont des étapes importantes vers la production de connaissances sur les personnes marginalisées. À cet égard, se réapproprier le passé dans la perspective d’une production alternative de connaissances est un pas en avant nécessaire. Dans la recherche féministe, il est important de présenter les perspectives de groupes non dominants tels que les femmes kurdes. Mes recherches remettent en question les récits dominants de deux manières ; en mettant en lumière un groupe ethnique marginalisé qui a été exclu de l’histoire turque, et en racontant les histoires de femmes, qui sont exclues de l’histoire dominée par les hommes.

Zin, l’une des militantes kurdes que j’ai interviewée, a déclaré que « si nous ne les portons pas, nous serons également tuées. Nous savons que nous devons réclamer ces corps et les enterrer. » Elle faisait référence aux funérailles des guérilleros et des victimes de crimes d’honneur. Les militantes affirment que depuis la proclamation de l’état d’urgence en Turquie en 2016, elles ne pouvaient plus transformer les funérailles en manifestations. Néanmoins, elles organisent toujours des funérailles pour ces femmes et leur donnent des sépultures appropriées. La femme non désirée du Kurdistan n’a pas d’autre endroit où aller que dans la tombe, et son entrée dans cette tombe est contrôlée par la société qui est responsable de la mort en premier lieu. Nous devons penser que les concepts de vivable, aimable et affligeant sont entrelacés et inséparables.

Dans le cas des funérailles d’une [femme] guérilleros, en revanche, l’État-nation turc se revendique vulnérable car ces funérailles génèrent un sentiment d’appartenance chez les Kurdes, et sont donc des espaces qui menacent la sécurité nationale de l’État. Les études sur la nécropolitique se concentrent davantage sur la dichotomie souverain-victime ; cependant, l’activisme des femmes kurdes sur les sites funéraires est un exemple de la manière dont les femmes kurdes transforment leurs vulnérabilités en tant que Kurdes et en tant que femmes en résistance (Butler, Gambetti et Sabsay 2016 ).

Dilan m’a dit que lorsque des femmes militantes assistent à des funérailles, elles en font généralement la publicité, appelant la presse et d’autres organisations à y assister également. Ce faisant, ils transforment les funérailles en un événement public, réappropriant des espaces où les femmes sont à la fois culturellement absentes et rendues absentes par la violence. Elle a déclaré que les femmes militantes des villes kurdes de Turquie sont parfois qualifiées de féministes, mais sont plus souvent considérées comme des « haineuses des hommes » ou comme agissant au mépris de leurs maris.

Dilan a également parlé de son expérience d’enterrer une femme qui a été enfermée dans une pièce pendant trente-trois jours et qui est morte de faim. Les hommes ont cherché à empêcher les femmes d’assister aux funérailles. Ils ont dit aux femmes qu’elles commettaient un péché en essayant d’y assister, mais les femmes ont réagi en disant qu’il n’y avait pas un tel péché écrit dans le Coran – ce n’était que l’interprétation des hommes. Cependant, a déclaré Dilan, lorsqu’il s’agit des funérailles d’une guérilleros kurde, les hommes n’insistaient pas ou ne débattaient pas avec les femmes pour savoir s’il fallait ou non porter le cercueil. Lorsque le cercueil d’une guérilleros arrive, les hommes se retirent du site et laissent tout aux femmes, sans aucune discussion ou référence au Coran ou à la tradition. Elle a également déclaré que, lors des funérailles de la guérilla, les participants étaient toujours attaqués par la police turque, qui tentait de les disperser avec des canons à eau.

Dans les deux types de funérailles, il y a une performance politique et une protestation contre la violence, que cette violence soit perpétrée par des hommes ou par l’État. En portant les cercueils des victimes de féminicides, les femmes leur donnent une identité politique. Dans le cas des guérillas féminines, les femmes kurdes revendiquent ces corps comme un acte de résistance contre le déni de l’identité kurde par l’État turc. Se lever et s’exprimer contre les deux formes de violence nécropolitique est essentiel pour rendre justice.

La guerre au Kurdistan a toujours été considérée comme une « guerre contre le terrorisme » par l’État turc. Les Kurdes qualifient la guerre intense des années 1990 de « sale guerre ». Les habitants de la région kurde vivent depuis longtemps dans une situation de type « camp » où leur vie est réduite à une « vie nue », pour reprendre le concept d’Agamben (1998 . La guerre contre le terrorisme a toujours été une excuse pour l’État turc pour nier les droits fondamentaux des Kurdes, comme l’éducation dans leur langue maternelle. En d’autres termes, l’état d’exception a toujours été une règle au Kurdistan contre la résistance et la révolte des corps kurdes sous toutes leurs formes.

Les Kurdes de Turquie se sont engagés dans une lutte pour obtenir la reconnaissance et les droits culturels. Ce faisant, elles ont également créé des contre-publics subalternes (Fraser 1990 ) en formant des partis politiques, des médias et des organisations de femmes. Les contre-publics subalternes ont aidé les Kurdes de Turquie à construire des identités collectives afin de lutter pour leurs droits culturels et humains. De plus, ces contre-publics ont produit des discours publics alternatifs. Les crimes d’honneur en Turquie ont été principalement associés à la population kurde. Bien que différents groupes ethniques en Turquie commettent également des crimes d’honneur, ils ont été utilisés pour définir spécifiquement les Kurdes comme arriérés et tribaux (Kogacioglu 2004). Ce discours sur l’arriération kurde sert aussi les objectifs politiques d’assimilation et de colonisation. Par conséquent, les contre-publics subalternes sont des espaces importants dans lesquels les Kurdes peuvent déconstruire la production de connaissances sur eux-mêmes.

Conclusion

J’ai soutenu que l’activisme des femmes kurdes sur les sites funéraires est à la fois une forme de résistance contre les pouvoirs qui rendent leur vie invivable et une perturbation de l’espace public dominé par les hommes dans le nord du Kurdistan/Turquie. Cela résonne dans les slogans qu’elles scandent lors des funérailles : jin, jîyan, azadî — femme, vie, liberté. En portant à la fois les cercueils des femmes guérilleros et des victimes de crimes d’honneur, les femmes kurdes deviennent elles-mêmes des sujets politiques. Dans le cas des victimes de crimes d’honneur, elles transforment ces corps en sujets politiques en honorant leurs corps et en transformant leurs funérailles en lieux de protestation. En ce sens, les femmes kurdes non seulement déconstruisent le sens des crimes d’honneur, mais prennent également des mesures directes contre eux dans leurs protestations.

Les funérailles de femmes sont des actions directes contre le féminicide au Kurdistan du Nord/Turquie, et un produit de contre-publics subalternes qui génèrent un sentiment d’appartenance au-delà du nationalisme. Les femmes kurdes du nord du Kurdistan/Turquie transgressent et disloquent les espaces publics par des formes politiques non conventionnelles de deuil et de résistance.

 
Article (en anglais) à lire ici: Claiming the bodies of Kurdish women

Les Loups Gris ultra–nationalistes: Un outil du gouvernement turc pour persécuter le peuple kurde

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Spécialiste des conflits armés, Diliman Abdulkader a écrit un article universitaire sur la naissance et les objectifs de la mouvance fasciste turque Loups Gris utilisée par l’Etat turc pour persécuter les Kurdes en Turquie et à l’étranger.
 
Extraits:
 
Depuis sa création, le gouvernement turc a utilisé les Loups gris, une organisation ultranationaliste turque, pour cibler les Kurdes à la fois dans le pays et à l’étranger pour faire avancer le nationalisme turc, en plus des objectifs politiques et militaires de l’État. Cet article examine le contexte historique du nationalisme turc, la persécution des Kurdes par le gouvernement turc et l’utilisation par l’État des loups gris spécifiquement pour persécuter les Kurdes. L’article conclut en proposant des recommandations politiques pour résoudre la question de l’autonomie kurde en Turquie par des moyens pacifiques, avec des mesures que le gouvernement turc peut prendre, et comment les États-Unis peuvent jouer un rôle de médiateur vital entre les Kurdes et les Turcs.
 
Un observateur extérieur pourrait penser que la Turquie n’est composée que de Turcs en raison des manifestations généralisées du nationalisme turc dans le pays. Le nationalisme et la fierté turque se manifestent par la présence omniprésente de drapeaux turcs rouge vif, l’utilisation obligatoire de la langue turque et la criminalisation de quiconque insulte la « turquicité » . Ce ne sont là que quelques reflets de la forte culture de nationalisme de la Turquie qui constitue le fondement de l’État et de la société. Cependant, les minorités ethniques représentent 25 à 30 % de la population du pays. Notamment, les Kurdes forment le groupe minoritaire le plus important, estimé à 19 % de la population turque.
 
Malgré la diversité au sein du pays, le nationalisme turc continue de prospérer et de cibler les non-Turcs, et l’État turc est complice de sa diffusion d’une politique nationaliste violente. Par exemple, le gouvernement utilise les Loups gris, une organisation ultra-nationaliste d’extrême droite, pour cibler les Kurdes, faire progresser le nationalisme turc et promouvoir les objectifs politiques et militaires de l’État. Les loups gris sont finalement un outil pratique que le gouvernement peut utiliser pour persécuter le peuple kurde.
 
Contexte historique sur le nationalisme turc et les Loups Gris

L’État turc d’aujourd’hui a été fondé en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk après l’effondrement de l’Empire ottoman. Lors de la création du nouvel État, Atatürk a promu un sentiment de «turquicité» pour créer les fondements de l’identité nationale turque. La vision nationaliste d’Atatürk est illustrée dans la déclaration de 1930 du ministre turc de la Justice qui disait que « le Turc doit être le seul seigneur, le seul maître de ce pays. Ceux qui ne sont pas de pure souche turque ne peuvent avoir qu’un seul droit dans ce pays » , le droit d’être serviteurs et esclaves.
 
Cette idéologie nationaliste est encore présente aujourd’hui, car des groupes violents se sont formés au nom de la défense de la Turquie et de la turcité. Un de ces groupes est les loups gris. Fondés par Alparslan Türkeş à la fin des années 1960 en tant qu’aile paramilitaire du Miliyetçi Hareket Partisi ou Parti du mouvement nationaliste (MHP) turc, les Loups gris – « Ülkü Ocakları »Foyers idéalistes ») – sont un parti fasciste, ultra-nationaliste, pan -Organisation turque. Le groupe tente de mélanger l’identité turque avec l’islam, comme en témoigne la devise des loups gris : « Votre médecin sera un Turc et votre médecine sera l’islam ».
 
Les loups gris ont émergé pendant la guerre froide en tant que groupe paramilitaire anticommuniste et se sont tournés vers un ciblage intensif des minorités non turques. Bien que les Kurdes soient majoritairement musulmans sunnites, les Kurdes sont toujours ciblés en raison de leur forte identité ethnique. Plus précisément, le groupe cherche à créer une nation turque unifiée des Balkans à l’Asie centrale composée de vrais et « purs Turcs » – ceux qui s’identifient comme Turcs, se disent turcs et vivent dans les territoires turcs. En tant que tels, les loups gris ciblent ceux qui ne s’identifient pas comme de purs Turcs, y compris des minorités importantes telles que les Kurdes, par le biais de violences politiques telles que le ciblage de partis politiques pro-kurdes ou d’activistes kurdes.
 
 
Diliman Abdulkader est le co-fondateur et porte-parole d’American Friends of Kurdistan (Amis Américains du Kurdistan), une organisation indépendante de défense et d’éducation qui travaille à faire progresser les relations américano-kurdes qui couvrent les Kurdes d’Irak, d’Iran, de Syrie et de Turquie. Aulkader vient d’un milieu de la politique étrangère et de la sécurité nationale et investit son temps à Capitol Hill, informant les législateurs et le personnel sur le sort des Kurdes. Abdulkader a beaucoup écrit et parlé de la détérioration de la situation des droits de l’homme en Turquie.
 
Abdulkader a obtenu sa maîtrise à l’Université américaine de Washington, DC, en paix internationale et résolution des conflits. Il est également membre de Turkish Democracy Project, une organisation politique internationale à but non lucratif et non partisane formée en réponse au changement politique en Turquie qui s’est éloignée de la démocratie vers l’autoritarisme.

 

Abdulkader est né à Kirkouk et, avec sa famille, a passé sept ans dans un camp de réfugiés en Syrie après la première guerre du Golfe.

Zebari: l’État turc a tué 150 civils au Kurdistan irakien depuis 2015

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KURDISTAN DU SUD – Le député du Parlement régional du Kurdistan, Zikri Zebari, a déclaré que depuis 2015, les forces colonialistes turques ont tué 150 civils, dont des enfants, dans la région kurde d’Irak.
 
Les attaques de l’État colonialiste turc au Kurdistan du Sud se poursuivent sans interruption. L’État turc a massacré des centaines de civils depuis 2015 lors de ses attaques contre le Kurdistan du Sud.
 
Zikri Zebari

 

Selon les informations de Rojnews, le parlementaire de la région du Kurdistan Zikri Zebari, qui a réagi au massacre de civils par l’État turc, a déclaré que 150 personnes ont été tuées dans les frappes aériennes.

 
Le parlementaire du Parlement régional du Kurdistan, Zikri Zebari, a déclaré que 150 civils ont été tués par des avions de guerre et 134 civils ont été blessés.
 
L’État turc tue également des enfants
 
Alors que 5 personnes ont été tuées dans l’attaque menée par l’État turc dans la ville d’Axçeler du district de Çemçemal à Süleymaniye en mai dernier, 2 enfants ont été tués dans les attaques menées dans la région de Bamernê du district d’Amediye à Duhok. Une personne a été tuées dans l’attaque de Maxmur, qui a eu lieu en même temps que l’attaque d’Axçeler.
 

SYRIE. L’armée turque blesse six soldats syriens près de Tall Tamr

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SYRIE / ROJAVA – Les forces turques continuent leurs attaques visant les régions kurdes de la Syrie. Elles viennent de blesser six soldats syriens dans la campagne de Tall Tamr.
 
Les forces armée turques ont attaqué le village d’Um Kêf, près de Tall Tamr, et blessé six soldats du gouvernement de Damas stationnés dans la région.
 
L’armée turque et ses mercenaires ont effectué d’intenses bombardements dans le village d’Um Kêf, à l’ouest de Til Temir, au petit matin. Six soldats des forces de défense des frontières du gouvernement de Damas ont été blessés.
 
Les soldats blessés ont été transportés à l’hôpital du Martyr Lêgerîn à Tell Tamer.
 
L’armée turque d’invasion et ses mercenaires ont tiré près de 100 mortiers et missiles sur le village d’Um Kêf. En outre, à la suite du bombardement, les biens des habitants ont été gravement endommagés. On a également appris que les réseaux électriques ont été endommagés et ont provoqué une coupure de courant à Til Temir.
 

SYRIE. Colère des Arabes syriens dans les zones occupées par la Turquie

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Ces derniers jours, dans le canton kurde d’Afrin, à Idlib, Azaz… il y a eu des manifestations de masse contre la politique colonialiste de la Turquie et de ses mercenaires dans les régions syriennes occupées. Les forces occupantes ont ouvert le feu et utilisé des gaz lacrymogènes contre les manifestants, faisant des morts et des blessés parmi les civils.
 
« M. Erdogan, votre sécurité nationale ne se fera pas au détriment du peuple syrien, non au changement démographique, oui au retour de tous les déplacés. »
 
Les habitants des régions syriennes occupées par la Turquie manifestent contre la politique colonialiste turque qui veut installer des colons dans ces régions en procédant à un changement démographique. Les forces turques ont recouru à la violence contre les manifestants. On signale des morts et des blessés parmi les manifestants.
 
L’étincelle des manifestations contre les institutions de l’État d’occupation turc et ses mercenaires est partie de la ville d’Afrin et a inclus toutes les zones occupées.
 
Là où une manifestation de masse a été lancée depuis le rond-point de Kawa, à Afrin, contre la Compagnie d’électricité (STE)), en raison de la hausse des prix et des fréquentes coupures de courant, et après que les forces spéciales de la Turquie l’occupation a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants et tiré à balles réelles, la colère populaire s’est accrue et a transformé les manifestations pacifiques en soulèvement face à l’occupation turque, de sorte que les manifestants ont pris d’assaut le bâtiment des conseils locaux de la Turquie et l’a brûlé, en plus de détruire et de brûler le bâtiment de la compagnie d’électricité du centre-ville.
 
Dans la ville d’Idlib, le peuple s’est soulevé face à la politique de l’État d’occupation turc et a scandé des slogans exigeant le retrait de l’armée d’occupation turque des terres syriennes, et a brandi des banderoles indiquant : « M. Erdogan, votre sécurité nationale ne se fera pas au détriment du peuple syrien, non au changement démographique, oui au retour de tous les déplacés. »
 
Les habitants de la ville occupée de Marea ont également répondu aux appels des manifestants à Afrin, et à leur tour se sont soulevés contre l’occupation turque et ont incendié le bâtiment du conseil local et de la compagnie d’électricité de la ville, et ont scandé les slogans « Syrie libre, libre… les Turcs sortent. »
 
Les habitants de la ville occupée d’al-Bab sont également sortis et ont incendié les bâtiments de la Compagnie turque d’électricité et les institutions de l’occupation turque et ses mercenaires dans le centre-ville.
 
Dans le district de Janders du canton occupé d’Afrin, l’armée d’occupation turque et des mercenaires de la « police municipale » ont tué et blessé des dizaines de manifestants mobilisés contre l’occupation et sa politique dans la région.
 
Selon les sources locales, toutes les zones occupées ont répondu aux appels des manifestants qui se sont prononcés contre la politique colonialiste de l’Etat turc dans les zones occupées. Il est prévu de fermer toutes les routes menant à ces zones et d’annoncer une grève ouverte jusqu’à ce que les demandes des manifestants exigeant le départ de de la Turquie des zones occupées du nord de la Syrie soient satisfaites.
 

FÉMINICIDES. 10 femmes tuées au Kurdistan du Sud en mai 2022

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FÉMINICIDES. 10 femmes et 3 enfants ont été tués ou sont mort.e.s de manière suspecte en mai dernier dans la région autonome kurde d’Irak. Certains des meurtriers avaient été signalés à la police avant qu’ils passent à l’acte.

Les féminicides et les morts suspectes de femmes se multiplient dans la région autonome kurde d’Irak.

Selon un rapport de NuJINHA, la plupart des féminicides dans la région sont signalés comme des « crimes d’honneur » . 10 femmes et 3 enfants ont été tués ou ont perdu la vie de manière suspecte en mai dans la région kurde où on accuse les autorités de ne pas lutter efficacement contre les violences masculines.

Voici les cas de féminicides et de violences qui enregistrés en mai au Kurdistan du Sud:

* Le 2 mai, un homme a tué sa femme et 3 personnes avec une arme à feu dans le quartier Sengawa de la ville de Chamchamal, (province de Sulaymaniyah), et a grièvement blessé sa belle-mère. Une plainte avait déjà été déposée contre l’agresseur avant l’incident.

*Une femme yézidie a été forcée de se suicider le 5 mai dans le camp de réfugiés de Bêrsîvê à Zakho.

* Le 5 mai, un homme du nom de Nasir Elî Feteh a assassiné sa femme Leyla Salih Mehemed dans le quartier Pence Elî, à Kirkouk.

*Une femme a été assassinée avec un couteau dans la nuit du 5 au 6 mai par son mari dans le district de Zergete, à Sulaymaniyah. Des proches de la femme ont révélé que l’homme avait déjà été arrêté mais qu’il avait été relâché plus tard malgré des plaintes à son sujet. La victime a été exposée à la violence 40 jours après la cérémonie de mariage. La femme aurait quitté la maison et se serait rendue chez son père alors que l’homme lui réclamait constamment de l’argent. Leur dossier de divorce était en instance depuis 7 mois.

* Le 9 mai, un homme a tué sa femme Bihar Zekerya Feteh dans le district de Tecil à Hewler.

* Le 10 mai, une femme a été assassinée par son mari dans le district de Serhildan, à Duhok.

* Un homme a attaqué la maison de la famille de sa femme, où elle s’était réfugiée à la suite de violences systématiques, à Chamchamal, dans la province de Sulaymaniyah. Une personne est décédée.

* Le 14 mai, un homme a attaqué la maison de la famille de sa femme dans le quartier de Şoreş à Hewler. L’homme a blessé la femme qu’il avait tenté d’assassiner.

* La police de Pêncewîn a annoncé le 17 mai que le cadavre d’une jeune fille de 14 ans avait été retrouvé.

* Une femme a été retrouvée morte à Zakho le 21 mai.

* Le 23 mai, un homme a assassiné sa femme dans le village de Nezrawe, Berderesh, dans la province de Duhok.

* Une fille mineure a été forcée de se suicider à Gewreguska, Hewler le 23 mai.

* Le 25 mai, une femme nommée Temine Eziz a été retrouvée morte de façon suspecte dans sa maison à Hewler.

* Les corps d’une femme et d’un enfant ont été retrouvés dans les 8 heures dans la ville Kelar de Germiyan. On rapporte que XXE, qui se serait suicidé et dont le cadavre a été retrouvé dans le quartier Hey Muzefini, s’était mariée il y a 3 mois. Le cadavre d’une fille mineure a été retrouvé dans le village de Salih Axa, dans la région de Quretu.

ANF

ALLEMAGNE. Plainte contre la police allemande qui a interdit à une délégation de paix de partir au Kurdistan

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En juin 2021, la police allemande a interdit une délégation de Paix de quitter le pays pour le Kurdistan irakien alors que la Turquie menait une opération militaire contre la guérilla kurde. Deux femmes qui faisaient partie de la délégation viennent de porter plainte contre la police allemande qui les a empêchées de se rendre au Kurdistan car « avec l’interdiction de sortie, l’engagement pour la paix et la transparence dans la région est criminalisé et soulève en même temps des questions sur l’implication de l’État allemand dans les activités belligérantes de la Turquie. »
 
Deux femmes de Hambourg ont déposé une plainte contre la police fédérale devant le tribunal administratif de Cologne. La police leur avait interdit, ainsi qu’à 15 autres personnes, de participer à une délégation pour la paix en juin 2021.
 

Le 1er juin 2022, deux femmes de Hambourg ont déposé une plainte contre la police fédérale allemande devant le tribunal administratif de Cologne. En juin 2021, la police leur a interdit, ainsi qu’à 15 autres personnes, de quitter le pays pour la région autonome du Kurdistan, dans le nord de l’Irak. La police avait ainsi empêché leur participation à une délégation de paix à l’occasion de la guerre d’agression militaire turque sur le territoire kurde, qui se poursuit à ce jour, selon le communiqué. Avec l’interdiction de sortie, l’engagement pour la paix et la transparence dans la région est criminalisé et soulève en même temps des questions sur l’implication de l’État allemand dans les activités belligérantes de la Turquie.

Ordre de sortie illégal

Le procès a été présenté aujourd’hui lors d’une conférence de presse de l’initiative internationale « Défend Kurdistan » au Curio Haus à Hambourg. L’avocate Cornelia Ganten-Lange, qui représente les plaignants, a rendu compte des aspects juridiques.

L’avocate a déclaré que l’interdiction de départ était justifiée selon la loi sur les passeports, selon laquelle il était en principe possible d’empêcher le départ si la sécurité intérieure ou extérieure de la République fédérale d’Allemagne (RFA) était menacée. Cependant, cela n’a pas été mentionné dans la justification, mais la raison pour laquelle « d’autres intérêts considérables » de la RFA ont été affectés. Elle a fait remarquer que principalement des affirmations et des spéculations ont été présentées à cet égard, sur une prétendue « action de bouclier humain » . Les avocats et les plaignantes considèrent cette injonction comme illégale, car rien dans l’injonction ne justifie l’interdiction.

« Nous avons été traités comme des criminels »

Ronja H., l’une des deux plaignantes, a commencé par dire que malgré la difficulté de comparer les guerres, elle se sentait impuissante face à l’attention différente dont bénéficiaient les guerres en Ukraine et au Kurdistan. Dès 2021, la guerre de la Turquie au Kurdistan était peu couverte. Elle a déclaré avoir spontanément décidé de se joindre à la délégation pour soutenir les efforts de paix sur le terrain. Pendant longtemps, dit-elle, elle s’est inspirée des mouvements de démocratisation qui s’opposent à la fois à la terreur islamiste et aux régimes autocratiques.

Faisant un rapport sur la procédure à Düsseldorf, elle a déclaré : «Après le contrôle des passeports, moi et environ 20 autres personnes avons été arrêtées. Les officiers ont commencé à m’interroger seulement après que le vol ait déjà été raté. Nous avons été détenus pendant plusieurs heures, le couloir n’était pas ventilé et il faisait très chaud. Ce n’est qu’au bout d’une heure et demie que nous avons eu de l’eau, ce que nous avions demandé plusieurs fois à ce moment-là. Nous avons été traités comme des criminels. Nous n’étions autorisés à aller aux toilettes qu’avec une escorte policière. Vers midi, j’ai été libérée avec un mois d’interdiction de quitter le pays. L’inspection des dossiers, demandée par la suite, n’a eu que peu d’importance. La liberté de voyager prise sur la base d’une allégation insoutenable est une atteinte aux droits fondamentaux. » Elle a ajouté qu’elle poursuivait maintenant pour savoir pourquoi l’engagement pour la paix était interdit.

« J’ai été privée d’une partie de mon droit d’avoir mon mot à dire »

« Pourquoi une délégation de paix qui se positionne contre des attaques qui violent le droit international devrait-elle nuire aux relations diplomatiques – et qu’est-ce que cela dit à propos de ces relations ? Ce qui devrait tendre les relations avec la Turquie, c’est que l’armée turque viole les droits de l’homme, pas rarement avec le équipements de combat des compagnies d’armement allemandes. En m’interdisant de quitter le pays, la police fédérale m’a empêché de travailler pour la paix. Ce faisant, ils m’ont également retiré une partie de mon droit d’avoir mon mot à dire sur l’avenir et le présent de notre société mondiale. Je ne peux pas et je ne veux pas accepter cela » , a déclaré Ronja H.

« L’identité kurde est assimilée de force »

Theda Ohling, la deuxième plaignante, a expliqué sa motivation à participer à la délégation pour la paix. Elle a déclaré qu’en tant qu’enseignante, elle avait été en contact avec des élèves kurdes pendant de nombreuses années et avait eu une idée des problèmes de la situation culturelle et politique des familles qui arrivaient là-bas et de leurs raisons de fuir. « Les tentatives de l’Etat turc d’assimiler la langue kurde et toute l’identité kurde par la force font partie de la politique contre laquelle le peuple kurde se rebelle. »

Les structures autonomes comme cible des attaques turques

Dans le sud du Kurdistan, il existe des structures autonomes qui promeuvent le kurde comme langue maternelle, poursuit Theda Ohling : « Dans le même temps, ces structures sont (…) la cible d’attaques turques. Par exemple, le camp de réfugiés de Maxmur a été attaqué par des drones pendant l’offensive militaire en 2021. La préoccupation de la délégation de paix, ainsi que de me donner une idée de la situation humanitaire due à la guerre d’agression turque contre la société civile et de soutenir leurs préoccupations pour une paix stable dans la région, étaient une raison de participer au voyage. »

« Continuera à défendre les causes démocratiques »

« Personnellement, j’ai ressenti l’arrestation à Düsseldorf comme une intimidation et une privation de liberté. Néanmoins, je continuerai à défendre les causes démocratiques, que ce soit ici ou au Kurdistan. Jusqu’à présent, on ne sait pas qui a donné l’ordre de cette mesure illégale, et pour le savoir, j’ai décidé d’agir en tant que plaignante. »

Ohling a fait remarquer que la tentative de faire la paix par des pourparlers et la diplomatie et d’empêcher l’expansionnisme de l’État turc avait été torpillée par le gouvernement allemand, qui fournit des armes à Erdogan et en tire de gros bénéfices. « Il est à soupçonner que le gouvernement de la région autonome kurde dans le nord de l’Irak a agi en étroite coopération avec les départements turcs et allemands pour des activités politiques indésirables afin d’empêcher la délégation de paix de Hambourg d’entrer. »

« Les femmes ont une importance exceptionnelle dans les processus de paix »

Enfin, le Dr Mechthild Exo a rendu compte du séjour de la délégation au Kurdistan du Sud. Elle a déclaré que le nombre de participants de douze pays avait été réduit de 150 à environ la moitié en raison des obstructions des autorités. La délégation a rencontré des membres des principaux partis politiques et de nombreuses organisations sociales, des proches des victimes de la guerre ainsi que des représentants des mouvements écologistes et des femmes. « La rencontre avec les mères de la paix, qui ont perdu leurs enfants pendant la guerre et qui travaillent pour la paix, m’a particulièrement impressionnée. Ces femmes ont une analyse claire de la guerre et de la politique turque d’anéantissement. D’après les analyses féministes des conflits, l’importance de la participation des femmes aux processus de paix est bien connue. La paix a besoin d’une participation démocratique à tout moment du processus. »

Le PDK est du côté de l’occupation contre le droit international

Le PDK a tenté d’empêcher les activités de la délégation pour la paix sur le terrain, en plus des interdictions d’entrée. Les participants ont été détenus à l’hôtel et empêchés de tenir une conférence de presse devant le bâtiment de l’ONU à Hewlêr (Erbil).

Mechthild Exo a poursuivi: « Le PDK, qui est contrôlé par la famille Barzani, s’est longtemps comporté comme un ennemi de son propre peuple ainsi que comme un ennemi de tous les peuples qui luttent pour la liberté et l’autodétermination. Pour son propre enrichissement et maintien de pouvoir, il livre le peuple à l’impérialisme et à la haine du gouvernement turc, pille les ressources du pays, vend du pétrole à la Turquie pour son propre profit et place désormais ses propres forces de sécurité aux côtés de l’armée turque dans une guerre d’occupation qui viole la droit. »

Mettre fin aux bonnes relations avec la Turquie

Mechtild Exo a poursuivi: « Il y a déjà un an, la délégation était un obstacle à la poursuite de l’escalade de la guerre. Aujourd’hui aussi, une telle délégation de paix est nécessaire compte tenu des attaques continues de la Turquie. Actuellement, une utilisation dramatique d’armes chimiques, des bombardements, la destruction de la nature et des meurtres par drones ont de nouveau lieu. L’État turc menace d’envahir et d’occuper davantage des zones du nord de la Syrie. Dans l’ombre de la guerre en Ukraine, les pays de l’OTAN, dont l’Allemagne en tant que principal partenaire de la Turquie, permettent à ces crimes contre le droit international et les droits de l’homme de se poursuivre sans protester. Nous ne devons pas accepter les demandes turques pour plus de répression contre les structures politiques et sociales kurdes, y compris en Finlande et en Suède, mais aussi en Allemagne. Au lieu de cela, nous devons utiliser tous les moyens à notre disposition pour faire pression pour que les crimes de l’État turc soient jugés. »

 

La Russie « préoccupée » par une éventuelle attaque turque contre le nord de la Syrie

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Mercredi dernier, le président turc Erdoğan a réitéré sa détermination à envahir le Rojava pour « le nettoyer des terroristes » [des Kurdes]. Il a déclaré qu’ils mettraient en place une « zone de sécurité » de 30 km de profondeur en Syrie, et a confirmé Tel Rifaat et Manbij comme les deux cibles d’une invasion terrestre à venir. Il a ajouté qu’ils feraient de même pour les autres régions étape par étape.
 
Les Etats-Unis et la Russie ont déclaré qu’ils étaient « préoccupés » par une telle action dans la région. Pour les USA, l’attaque turque mettrait en danger la vie des soldats américains stationnés dans la région, tandis que la Russie – qui a également des bases dans la région – déclare que – pour sécuriser la frontière turco-syrienne, il faut que des unités gouvernementales syriennes soient « stationnées le long de la frontière » .
 
La Russie se dit préoccupée par une attaque turque imminente visant les Kurdes du Rojava / Nord de la Syrie. “Nous espérons qu’Ankara s’abstiendra de telles actions qui conduisent à une détérioration dangereuse de la situation déjà compliquée en Syrie” , a déclaré jeudi à Moscou la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova.
 
Tel Rifaat et Manbij abritent des bases russes
 
Tel Rifaat et Manbij menacées par Erdogan abritent des bases russes (voir cartes ci-dessous réalisées par le Rojava Information Center). À la suite des commentaires d’Erdogan, des véhicules et des hélicoptères de l’armée russe ont patrouillé Shehba. Le bombardement par l’Armée Syrienne Nationale (ASN / SNA) de la base aérienne de Mennagh dans le nord de Shehba a blessé 2 soldats du régime syrien (SAA) mercredi soir.
 
Bases militaires russes à Manbij
 
Bases militaires russes à Tell Rifat
 
2 avions de combat russes ont également été vus volant le long de la ligne de front de Manbij à Tel Abyad. Le Conseil militaire de Manbij a déclaré que la SNA a tenté une attaque au sol contre le village d’al-Muhsinli, mais a été repoussée.
 
Les attaques des forces turques d’hier visant la région de Manbij ont fait plusieurs blessés civils, dont un enfant.
 
Les forces turques continuent à bombarder la région avec des obus. Le Conseil militaire de Manbij a déclaré que: « l’armée d’occupation turque et ses mercenaires stationnés à la base de Sheikh al-Nasir, à l’ouest de la ville de Manbij, ont ciblé, après minuit, Al-A’arima, à l’est d’Al-Bab, et les villages de Khorhyuk, Al-Bugaz et Al-Kawkli, à l’ouest de la ville de Manbij, avec des missiles et des mortiers, et leur nombre a atteint 70. »
 
Les forces armées turques attaquent également la région de Sherawa, dans le canton d’Afrin. Le correspondant d’ANHA a rapporté que l’occupation turque et ses mercenaires avaient bombardé le village de Qantara dans le district de Sherawa d’Afrin occupé avec des armes lourdes. 10 obus sont tombés jusqu’à présent sur le village.

TURQUIE. Près de 50 politiciens et activistes kurdes arrêtés dans 10 provinces

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TURQUIE / KURDISTAN DU NORD – Ce matin, la police turque a perquisitionné le siège du HDK à Istanbul et arrêté près de 50 politiciens, avocats, syndicalistes, journalistes et activistes kurdes à Tekirdağ, Edirne, Kırklareli, İzmir, Muğla, İstanbul, Manisa, Bursa, Bingöl, Mardin et Çanakkale.
 
Dans le cadre du génocide politique visant le mouvement kurde, la police turque a fait une descente au siège du Congrès démocratique des peuples (HDK*) dans le quartier Beyoğlu d’Istanbul et arrêté près de 50 Kurdes, dont des membres du HDP et des responsables d’associations kurdes telles que MATUHAYDER, GÖÇ-DER, dans les provinces de Tekirdağ, Edirne, Kırklareli, İzmir, Muğla, İstanbul, Manisa, Bursa, Bingöl, Mardin et Çanakkale.
 
Par ailleurs, la journaliste kurde, Dicle Müftüoğlu, coprésidente de l’Association des journalistes Dicle Fırat (DFG) et rédactrice en chef de l’agence Mezopotamya (MA), a également été arrêtée ce matin à son domicile à Amed.
 
Le HDK est une organisation faîtière de divers mouvements, organisations et individus politiques et sociaux en Turquie ; axé sur l’agenda de la justice sociale. Le HDK a été formé en octobre 2011 et a créé en 2012 un nouveau parti qui agirait comme son aile politique, le HDP.

Prévisions inquiétantes concernant le climat et l’agriculture du Rojava

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SYRIE / ROJAVA – En plus du conflit armé ciblant le nord-est de la Syrie / Rojava pour mettre fin à l’autonomie de facto mise en place par les Kurdes et leurs alliés arabes, une menace écologique très grave menace également la région. En effet, d’après une étude récente, au cours des prochaines décennies, le changement climatique entraînera une augmentation des températures et une baisse des précipitations sur le grenier de la Syrie combinée à la coupure d’eau du fleuve Euphrate par la Turquie. Ce qui transformerait des millions de civils en réfugiés climatiques qui migreront ailleurs pour trouver à manger et à boire…
 
Prévisions inquiétantes concernant le climat et l’agriculture du Rojava
 
Une nouvelle étude réalisée par l’ONG internationale, IMMAP* montre des tendances inquiétantes concernant le climat et l’agriculture au Rojava / Syrie du Nord et de l’Est. Au cours des prochaines décennies, le changement climatique d’origine humaine entraînera une augmentation des températures dans le grenier de la Syrie jusqu’à 2 °C, une diminution des précipitations pouvant atteindre 11 % et celle du ruissellement des montagnes de 25 à 27 %.
 
Les données climatiques suggèrent qu’il est probable que la NES connaîtra une sécheresse une fois tous les 3 ans dans un proche avenir. Les effets de la sécheresse sur l’agriculture seront en outre aggravés par une plus grande omniprésence des ravageurs et des tempêtes de poussière dans les décennies à venir.
 
L’irrigation fluviale et les précipitations deviennent des méthodes de moins en moins fiables pour arroser les cultures. Déjà, jusqu’à 40% des agriculteurs de la NES dépendent de pompes pour l’approvisionnement en eau, mais beaucoup n’ont pas les moyens d’acheter le carburant pour les faire fonctionner.
 
Les auteurs de l’étude affirment que les mauvaises récoltes dans la NES sont causées par une « combinaison d’une période de sécheresse pendant la saison de croissance principale (février / avril) suivie de fortes pluies combinées à des températures élevées et, dans certaines régions, à des tempêtes de grêle pendant la période de pré-récolte (mai / juin). « 
 
L’étude a révélé que la région de Jazira, le gouvernorat de Raqqa et le gouvernorat de Deir ez-Zor combinés ont produit un rendement de blé inférieur de 71 % en 2021 à celui de 2020.
 
🌾2017/18 : 560 000 tonnes
🌾2018/19 : 1 151 000 tonnes
🌾2019/20 : 1 657 100 tonnes
🌾2020/21 : 476 700 tonnes
 
Cette quantité est bien en deçà des 600 000 tonnes estimées de grains de blé nécessaires à la production nationale de pain de base dans la NES, comme l’a confirmé le bureau de l’agriculture et des affaires économiques de la NES. Cela implique qu’il reste […] un déficit d’environ -123 300 tonnes de blé.
 
L’étude révèle également que la coupure par la Turquie de l’eau de l’Euphrate signifie « de profonds problèmes futurs » pour la NES, « avec sa forte dépendance agricole, ses perspectives limitées de diversification de son économie et son incapacité à faire face aux menaces internes à son approvisionnement en eau en déclin ».
 
Le document conclut que « les chocs climatiques et les vulnérabilités peuvent encore être gérables, mais des améliorations de la préparation sont nécessaires de toute urgence pour faire face à un avenir résilient au climat et à faible émission de carbone. »
 
 
Financé par l’USAID et en partenariat avec le groupe de travail sur la sécurité alimentaire et l’agriculture des moyens de subsistance du nord-est de la Syrie (NES), iMMAP a publié un rapport sur le changement climatique et son influence sur la production de blé dans la région.
 
Le rapport de 24 pages explore l’impact global du changement climatique sur la productivité des cultures de blé du nord-est de la Syrie. L’étude a couvert plusieurs domaines pertinents pour la production de blé, y compris l’accès à l’eau d’irrigation, la gestion de la fertilité des sols, la gestion intégrée des ravageurs et des maladies, les rendements annuels de blé et les incendies des champs de céréales avant la récolte dans le contexte du changement climatique dans la NES.
 
Le rapport a mis en évidence un certain nombre de conclusions, notamment :
 
● Les résultats de l’étude ont mis en évidence que la température moyenne a augmenté dans la NES. La région est maintenant environ 0,8°C plus chaude aujourd’hui qu’il y a 100 ans avec une pluviométrie moyenne réduite d’environ 18 mm par mois, par siècle.
● Les rendements en blé dans les gouvernorats d’Al-Hassakeh, Deir-ez-Zor et Ar-Raqqa ont atteint leur plus bas niveau en cinq ans.
● 16% des agriculteurs n’avaient accès à aucune source d’irrigation comme les puits d’eau et les rivières.
● Les pertes de rendement causées par les températures élevées ont atteint jusqu’à 30 % au cours de la campagne agricole d’hiver 2020/21.
 
Lire l’intégralité de l’étude ici: The influence of Climate Change on Wheat Production: A review study on Northeast Syria The influence of Climate Change on Wheat Production: A review study on Northeast Syria (April 2022) (L’influence du changement climatique sur la production de blé : une étude de synthèse sur le nord-est de la Syrie)
 
*iMMAP est une ONG internationale qui fournit des services de gestion de l’information aux organisations humanitaires et de développement.