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FRANCE. Les Kurdes fichés S comme les membres de Daech, leurs ennemis jurés…

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PARIS – On l’oublie souvent, mais de nombreux militants kurdes sont fichés S en France à cause de leurs engagements politiques pour les droits des Kurdes opprimés dans les quatre pays occupant le Kurdistan : Turquie, Iran, Irak et la Syrie.
 
«Fichée S comme les types de Daech, contre lesquels nous nous battons en Syrie et en Irak, c’est humiliant pour moi», Berivan Firat, l’une des militants kurdes fichés S*, l’a rappelé par ces mots lors d’un entretien accordé à la journaliste Ariane Bonzon à l’occasion du septième anniversaire de l’assassinat de Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez, 3 militantes kurdes, à Paris le 9 janvier 2013.
 
Firat a également déclaré que son fils Kemal-Nicolas Akyol a décidé de rejoindre les rangs de la guérilla kurde après ce triple assassinat de Paris. (Kemal-Nicolas est tombé martyr dans les bombardements de l’armée turque le 4 septembre 2017 au Kurdistan du Sud.)
 
 
*En France, une fiche S est une fiche signalétique du fichier des personnes recherchées. La lettre S est l’abréviation de « sûreté de l’État ». Les fiches S sont principalement émises par la direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) pour des personnes suspectées de jouer un rôle actif en lien avec une organisation terroriste.

PARIS. Les Kurdes d’Europe manifestent pour exiger la vérité dans le triple meurtre de Paris

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PARIS – Cela fait 7 ans que trois femmes kurdes ont été assassinées au cœur de Paris. Malgré les nombreux éléments prouvant l’implication des services secrets turcs (MIT) dans ce crime politique, la justice française traîne les pieds. Mais les Kurdes ne baissent pas les bras et restent mobilisés pour obtenir justice, même si face à eux, ils ont des Etats qui privilégient leurs intérêts plutôt que la divulgation de la vérité dans ce dossier relevant du secret d’Etats…
 
C’est dans ce contexte que les Kurdes d’Europe et leurs amis vont manifester à Paris pour la septième année consécutive pour que la justice française fasse toute la lumière dans ce triple féminicide politique dont ont été victimes 3 femmes kurdes il y a 7 ans. En effet, le 9 janvier 2013, les militantes kurdes Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez ont été exécutées à Paris. Le présumé coupable, Omer Güney est décédé en prison le 17 décembre 2016, un mois avant le début du procès. Depuis, une nouvelle enquête judiciaire a été ouverte à la demande des familles des trois victimes.
 
Cette année, les portraits de la politicienne kurde Havrin (Hevrin) Khalaf – co-présidente du parti Avenir de la Syrie violée et lapidée le 12 octobre par les mercenaires de la Turquie dans le nord du Rojava – vont rejoindre ceux de Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez, tuées à Paris en 2013.
 
RDV ce samedi 11 janvier, à 10:30, à la Gare du Nord de Paris, à deux pas de 147 rue La Fayette, le lieu où Sara, Rojbin et Ronahi (Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Şaylemez) ont été abattues, pour une marche en direction de la place de la République.

Le génocide des Kurdes alévis de Dersim à travers le journal d’un soldat turc

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TURQUIE / BAKUR – Une historienne turque a récemment découvert le journal d’un soldat turc qui a pris part au génocide des Kurdes alévis dans la province de Dersim, dans l’est de la Turquie, en 1937-38.
Lorsque la population de Dersim s’est rebellée contre la présence croissante des militaires turcs dans la région, une répression brutale a été déclenchée par Ankara.
 
Des milliers de Kurdes zazas de confession alévie, ainsi que des Arméniens, ont été tués ou déplacés à l’intérieur du pays par la campagne militaire turque. Le chef de la rébellion, Seyid Riza, et son fils ont été pendus le 15 novembre 1937 à Dersim*.
 
L’historienne turque Zeynep Türkyılmaz est une universitaire qui a longtemps travaillé sur l’histoire ottomane et l’histoire turque moderne.
 
En août 2019, en cherchant dans les archives Internet d’Ataturk, elle a découvert le journal d’un soldat turc nommé Yousif Kanaan Akim, qui raconte la brutale campagne de l’armée turque à travers son point de vue.
 
« Je cherchais parmi les archives en ligne d’Ataturk. Un des mots clés que je cherchais était Dersim. En cherchant, je suis tombée sur le journal du soldat turc », a dit Türkyılmaz à Rudaw.
 
Türkyılmaz, qui travaille sur un livre sur le massacre de Dersim depuis 1999, « a immédiatement téléchargé le document ».
 
« Ce document est l’une des sources les plus précises et les plus importantes, pleine d’informations avec beaucoup de détails concernant le massacre », a-t-elle dit.
 
Elle a parlé du document à ses amis, et eux aussi ont essayé de le trouver. Cependant, il semble ensuite « avoir été supprimé des archives ou sauvegardé à nouveau sous un autre nom de fichier », a-t-elle dit.
 
Le soldat Akim était originaire de la ville côtière de Samsun, au nord de la Turquie. Il semble avoir écrit quotidiennement dans son journal intime alors que son unité se déplaçait de village en village, de ville en ville, dans la province de Dersim, massacrant Kurdes et Arméniens.
 
« Certaines pages du journal ne peuvent pas être lues à cause des taches d’encre entre les pages », a dit Türkyılmaz à M. Rudaw lundi.
 
Akim détaille ses habitudes de temps libre, notamment les sorties au cinéma et la lecture de romans. Il parle également de son amante, Nedime, qui dit lui avoir envoyé des messages alors qu’il était sur le champ de bataille.
 
Le gouvernement turc a à plusieurs reprises évalué le bilan officiel du massacre de Dersim à plus de 13.000 morts ; des sources kurdes ont avancé un chiffre proche de 60.000.
 
En 2011, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a présenté ses excuses pour le massacre, le décrivant comme « l’un des événements les plus tragiques de notre histoire récente ».
 
« Après les excuses d’Erdogan, le Parlement turc a formé un comité pour documenter le massacre », a-t-elle dit.
 
« De nombreux documents ont été rassemblés. Mais malheureusement, ils ont été gardés dans un endroit secret, et le travail a été arrêté. Rien n’a été fait pour le massacre, sauf une seule excuse de la part d’Erdogan », a-t-elle ajouté.
 
Après que Türkyılmaz ait fait savoir qu’elle avait trouvé le journal, elle a reçu des messages mitigés d’appréciation et de critique de la part du public.
 
« Certaines personnes ont accueilli chaleureusement les efforts que j’ai déployés pour documenter le massacre de Dersim et pour trouver ce journal, tandis que d’autres l’ont critiqué (…) en disant que je dois payer le prix de l’antagonisme avec l’État », a-t-elle ajouté.
 
Voici quelques-unes des activités quotidiennes que le soldat avait notées dans son journal :
 
11 août : Plus tôt aujourd’hui, nous avons pris d’assaut le village de Yalan Dagi, mais il n’y avait personne. Nous avons apporté des outils avec nous et nous attendons les ordres de démolition du village.
 
En poursuivant notre raid, nous avons réussi à découvrir dix Kurdes. Deux d’entre eux ont été tués par notre unité, d’autres ont été blessés et pris en otage. À 11 h 30, nous avons brûlé Zozoloja, un autre village.
 
12 août : C’était tôt le matin quand nous avons entendu des obus de mortier et des avions. Les Kurdes ont été assiégés. Ils sont dans une situation terrible. Nous avons découvert une vache, trois moutons et 15 chèvres dans les forêts. Nous les avons tous tués et mangés.
 
13 août : Notre unité a découvert 20 000 moutons dans une vallée et a capturé 50 Kurdes.
 
19 août : Nous sommes juste derrière la colline de Ziyarat, attendant de recevoir des renforts. Nous avions très faim, alors nous avons fouillé quelques grottes et nous avons découvert de la farine, et nous en avons fait du pain. Il fait très froid ici. La neige tombe bien au-dessus du genou.
 
18 août : A 7h30 du matin, nous avons avancé de la ferme Zazawa vers les villages de Pulur et Cevizli. Nous avons brûlé tous les villages sur notre chemin. Nous avons découvert une grotte avec 100 chèvres dedans. Nous avons repéré une scène étrange ; une femme kurde s’était pendue. Nous sommes retournés à 21 heures dans un village appelé Karaoglan, où nous avons passé la nuit.
 
3 septembre : Nous avons atteint la périphérie de la ville de Cevizi. A minuit, nous avons plié nos tentes, nous sommes partis et nous sommes arrêtés au bord d’une rivière à 7 heures du matin. Nous avons failli mourir de soif, mais nous ne pouvions pas boire l’eau de la rivière à cause des cadavres qui l’avaient contaminée. Mes jambes étaient presque brisées, car nous avions fait un long chemin. Oh mon Dieu, s’il vous plaît, sortez-moi de là. Assez avec toute la douleur et la souffrance que j’ai endurées.
 
5 septembre : Avec mon officier, nous sommes allés au bain Hozat. Nous étions très épuisés. Prendre un bain nous a redonné de l’énergie.
 
7 septembre : Nous avons atteint un village aujourd’hui. Les soldats ont pillé les maisons, découvert des ruches d’abeilles. Les abeilles ont piqué le visage de certains des soldats. Dans la nuit du même jour, nous avons gravi les montagnes pour monter la garde jusqu’au petit matin. Nous pouvions voir les moutons et les cadavres en bas de la montagne. J’avais très sommeil quand je montais la garde.
 
10 septembre : Aujourd’hui, nous avons fait un raid sur toutes les forêts et les terrains découverts. Nos unités ont apporté avec elles les crânes des rebelles. Un soldat de notre unité nommé Rushan est chargé des décapitations. Il décapite tout le monde quand on lui en donne l’ordre.
 
11 septembre : Aujourd’hui, nous allons faire un raid dans toutes les montagnes. Nous ne pouvons pas aller dans les vallées, à cause des multiples cadavres. Le temps est très froid et nous sommes sur le point de mourir de froid. Dans la nuit, nous crions tous très fort et nous pleurons nos mères.
 
12 septembre : Nous nous sommes réveillés tôt le matin. Encore une fois, on nous ordonne de faire un raid dans les montagnes. Pendant la journée, nous sommes occupés à décapiter. Aujourd’hui, nous avons découvert de l’huile, alors nous allons faire cuire du riz… Je ne me sens plus comme un être humain. (…)
 
15 septembre : « Aujourd’hui, nous avons pris d’assaut le village de Soyotlo. Nous avons mobilisé tous les suspects. Nous avons abattu Ibrahim Agha, le fils du chef de la tribu Koch. »
 
A partir du 25 septembre, le soldat fait une pause de quelques jours.
 
7 octobre : Aujourd’hui, je me suis pesé. Je pesais 61 kilos. Dersim m’a fait grossir.
 
Jusqu’à la fin de 1938, le soldat continue à écrire son journal sur Dersim. Il n’écrit aucun bilan du nombre de personnes massacrées. Depuis le début de 1939, il n’écrit plus sur Dersim.
 
Le 31 août 1939, cependant, il écrit une note à quiconque découvre son journal : Ne lisez pas ce journal, mais renvoyez-le à cette adresse : Yousif Kanaan Akim dans les montagnes de Dersim.
 
Publié en anglais sur le site de RUDAW
Le nom de Dersim a été changé en Tunceli par la suite…

SYRIE. La Turquie vole 20 000 tonnes de blé et d’orge à Girê Spî

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SYRIE / ROJAVA – À l’instar des olives et d’autres biens du canton kurde d’Afrin volés par l’occupation turque, l’État turc pille également la région de Girê Spî. 20 000 tonnes de céréales confisquées doivent être acheminées en Turquie. Les médias turcs présentent ce vol comme étant de l’importation de céréales achetées en Syrie.
 
Le pillage du nord de la Syrie par l’armée turque et ses mandataires djihadistes prend de nouvelles dimensions. Tout comme les troupes d’occupation pillent systématiquement le canton d’Afrin, occupé depuis mars 2018, et vendent notamment la récolte d’olives de manière rentable, la Turquie a maintenant commencé à transporter 20000 tonnes de céréales stockées à Girê Spî (Tal Abyad) à la Turquie.
 
Le contrat de transport de 20 000 tonnes de céréales de Girê Spî a été mis aux enchères. Le contrat a été attribué à la société d’expédition internationale Öz-Duy. Les céréales devraient être transportées vers les silos de stockage de l’Office turc des céréales (TMO) à Urfa d’ici le 30 juin 2020.
 

Sakine Cansiz: une vie dédiée à «réaliser des utopies ici et maintenant»

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« Notre approche du socialisme n’a jamais été très utopique. Pour nous, il n’a jamais été quelque chose de très lointain. Au contraire, nous avons essayé de voir comment nous pouvons concrètement réaliser le socialisme, la liberté et l’égalité. Comment pourrions-nous au moins commencer par nous-mêmes à réaliser ces principes dans notre propre vie ? Nous avons toujours eu des espoirs et des utopies, que nous ne voulions pas projeter sur les générations futures. Au lieu de cela, nous avons commencé à réaliser nos utopies et nos espoirs, ici et maintenant. »
 
Sakine Cansız
 
Le matin du 10 Janvier e 2013, des millions de Kurdes se réveillèrent par les nouvelles horribles du meurtre de Sakine Cansiz (Sara), Leyla Şaylemez (Ronahi) et Fidan Doğan (Rojbîn) dans le Centre d’information du Kurdistan sis 147 Rue La Fayette, au centre de Paris. Immédiatement, des dizaines de milliers de personnes de toute l’Europe, des Kurdes et leurs amis, ont pris d’assaut le lieu du crime pour exprimer leur colère. Trois jours plus tard, des centaines de milliers de personnes de cultures et de nationalités différentes envahissaient les rues de Paris pour protester contre cet acte lâche de meurtre politique.
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Sakine Cansız était l’une des fondateurs du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et figure de proue du mouvement des femmes kurdes. Elle était l’un des rares révolutionnaires à avoir été une légende de leur vie, notamment en raison de son rôle historique dans la résistance de la prison de Diyarbakir dans les premières années du PKK. Fidan Doğan était une représentante du Congrès national du Kurdistan (KNK) en France. Elle a porté la cause politique du peuple kurde aux réunions et institutions internationales telles que le Parlement européen. Leyla Şaylemez était une jeune militante du mouvement de la jeunesse kurde et du mouvement des femmes kurdes. L’assassinat a eu lieu à un moment rempli de promesses de paix et de liberté, quelques jours à peine après qu’une délégation politique se soit rendue sur l’île priosn d’Imrali pour rencontrer Abdullah Öcalan, le dirigeant du PKK.
 
Ce que les meurtriers de sang-froid n’ont pas compris, c’est que les graines semées par l’esprit de Sakine Cansız et de ses camarades devaient devenir des fleurs, des arbres et des forêts dans les années suivantes – lors de la révolution du Rojava, dans la solidarité des femmes en lutte du Moyen-Orient, dans la libération de la femme dans le monde entier…
 
Sakine Cansız était une Kurde alevie, née en 1958 dans un village du Dersim, au nord du Kurdistan. Le peuple de Dersim a été victime d’un génocide en 1938 à la suite d’un soulèvement dirigé par Seyit Riza. Environ 70 000 personnes ont été tuées dans les bombardements commandés par Mustafa Kemal Atatürk, tandis que des dizaines de milliers de personnes ont été déportées par l’État turc. Le nom Dersim a été effacé des cartes et remplacé par Tunceli, «poing de fer» pour imposer l’assimilation et le silence à la région. L’âge de Seyit Riza – il avait plus de 70 ans – a été abaissé dans les registres de l’État pour légaliser son exécution.
 
Avant de mourir, il aurait déclaré: « Je n’ai pas pu pas rivaliser avec vos tours et vos mensonges. Cela fut ma souffrance. Mais je ne me suis pas mis à genou devant vous. Puisse cela être votre souffrance. »
 
Sakine Cansız était donc un enfant des montagnes rebelles du Dersim, baignées dans les eaux de la rivière Munzur. Cependant, au moment de sa naissance, le silence et la peur régnaient dans sa communauté. Semblable à beaucoup de jeunes de l’époque, élevés dans l’idéologie officielle de l’État turc, elle a grandi sans connaître son identité kurde. Cela a changé lorsque Sakine Cansız a rencontré les jeunes étudiants kurdes et turcs de la classe ouvrière intéressants autour d’Abdullah Öcalan, qui s’appelaient alors le «révolutionnaires du Kurdistan».
 
Avant de rejoindre les révolutionnaires du Kurdistan, Cansız était profondément influencée par les grandes figures révolutionnaires turques exécutées par l’État, tels que Deniz Gezmiş et Mahir Çayan.
 
Sakîne a expliqué sa première expérience de la vie révolutionnaire de la manière suivante : « L’idée de lutte politique et révolutionnaire m’a conduite sur le chemin qui a complètement changé ma vie. J’ai rencontré des jeunes vivant à proximité. Leur mode de vie, leurs débats et leurs approches des valeurs et des concepts moraux m’ont profondément touché. J’ai réalisé qu’ils portaient le flambeau de la liberté entre leurs mains. »
 
Sakine Cansız, de nature rebelle et émotive, s’est sentie attirée par les révolutionnaires du Kurdistan, non seulement en raison de sa théorie révolutionnaire, mais aussi parce qu’elle se sentait attirée par la façon dont le nouveau groupe est sorti de sa capacité à «ressentir la douleur de la population». Son premier contact avec ses futurs camarades a eu lieu pendant son adolescence, quand elle a envoyé de la nourriture et d’autres objets utiles aux étudiants pauvres dans la maison misérable du quartier. Selon ses propres mots, les révolutionnaires du Kurdistan constituaient une alternative claire et autonome aux deux options dominantes offertes aux personnes comme elle à l’époque: le chauvinisme social de la gauche turque, qui niait les conditions spécifiques du Kurdistan, ou le nationalisme conservateur kurde, qui avait peu à offrir en termes de changement social et de lutte de classe. Très tôt dans sa jeunesse, elle a identifié la principale contradiction qu’elle a vécue dans sa vie privée : la condition difficile de la femme au Kurdistan.
 
Dans les années 1970, après avoir quitté sa maison pour refuser une vie traditionnelle qu’elle ne souhaitait pas, elle a commencé à travailler dans des usines pour organiser les femmes ouvrières. Au cours de ses actions, elle a été emprisonnée à plusieurs reprises. Dans les prisons de différentes régions de la Turquie, elle a été témoin d’une géographie de personnes oubliées mais rebelles : des ouvriers d’usine misérables, des femmes roms fières, des prostituées volontaires et des survivants traumatisés du génocide. Dans ses mémoires, elle rend hommage à ces vies fascinantes et affirme sa conviction qu’elle est capable de toutes les transformer en militants de la révolution. Sa décision de devenir une révolutionnaire professionnelle a coïncidé avec la décision de ses camarades de former un parti.
 
À la fin des années 1970, des «apoistes» [les jeunes réunis autour d’Abdullah Ocalan] ont organisé des comités dans de nombreuses régions du nord du Kurdistan. Les dirigeants ont chargé Sakine Cansız de créer le mouvement des femmes, un devoir qui lui tenait à cœur. À elle seule, elle a réussi à rassembler de grands groupes de jeunes femmes, souvent des étudiantes, pour des discussions et une éducation. Le 27 novembre 1978, à l’âge de 20 ans seulement, Sakine Cansız est devenue l’une des deux femmes fondatrices du Parti des travailleurs du Kurdistan, lorsqu’elle a participé au congrès fondateur de ce parti.
 
À l’époque, le fameux coup d’État du 12 septembre 1980 était déjà préfiguré par de sinistres développements visant les groupes révolutionnaires dans le pays, et en particulier au Kurdistan. Peu de temps après la formation du parti, Sakine Cansız et plusieurs de ses camarades, dont des membres du comité central du PKK, ont été arrêtés lors d’un raid en 1979 à Elazig. Au moment du coup d’État, elle a été transportée dans la nouvelle prison de Diyarbakir, une prison basée sur le système pénitentiaire américain et où la loi martiale a porté atteinte à la dignité humaine. Jusqu’à ce jour, la grande majorité des violations atroces des droits de l’homme et des actes de torture systématiques perpétrés à l’intérieur des murs de la prison de Diyarbakir n’ont toujours pas été documentés. Ils incluent le viol et les violences sexuelles, les décharges électriques, le choc des prisonniers avec les eaux usées et leur faire manger les excréments de chiens. L’Etat turc voulait briser la volonté des prisonniers pour qu’ils abandonnent leur identité de Kurdes et de socialistes. Même si la Turquie n’a toujours pas été tenue pour responsable de ces crimes impensables, les événements qui se sont déroulés à l’intérieur des prisons ont été profondément gravés dans la mémoire du peuple kurde. Au cours de ces années, le PKK, à l’instar d’autres groupes révolutionnaires, est confronté à un anéantissement total de ses structures organisationnelles du fait du régime du coup d’État.
 
Les tortures infligées par l’État allaient si loin que certains membres éminents se sont bel et bien transformés en informateurs de l’État. D’autres, qui luttaient contre la tentation de devenir des collabos face à une torture insupportable, ont été sauvés de l’abîme de la trahison – précisément grâce à l’atmosphère d’amitié et de solidarité créée par des personnes comme Sakine Cansız. C’est essentiellement grâce à son esprit qu’aucune des prisonnières du quartier des femmes n’est devenue un agent de l’État turc.
 
Parmi les prisonniers figuraient des membres fondateurs du PKK, tels que Mazlum Doğan, Kemal Pir et Hayri Durmuş. En créant une atmosphère de rébellion constante par le biais d’activités culturelles et de cérémonies politiques, leurs stratégies visant à annuler le projet de l’État turc comprenaient des défenses idéologiques devant les tribunaux qui thématisaient le colonialisme, le travail éducatif et politique dans les cellules, l’autodéfense physique, les jeûnes de mort et les immolations.
 
Le jour de Newroz (la fête du nouvel-an kurde] 1982, Mazlum Doğan a lancé la résistance en prison en allumant trois allumettes, en les plaçant sur la table dans sa cellule et en s’immolant avec le message « La reddition est une traîtrise, la résistance mène à la victoire ».
 
Sakine Cansız a écrit sur l’action de Mazlum Doğan : « Nous avons essayé de saisir l’objectif de l’action de Mazlum. Finalement, nous avons compris que cela avait un rapport avec Newroz. Son message était clair, il proclamait : La résistance, c’est la vie ! »
 
À la suite de l’action de Mazlum Doğan, quatre détenus, Ferhat Kurtay, Eşref Anyık, Necmi Önen et Mahmut Zengin, se sont immolés en signe de protestation. C’est avec les dirigeants des membres centraux du PKK, Kemal Pir, Hayri Durmuş, Akif Yılmaz et Ali Çiçek, que le 14 juillet 1982, le début d’un jeûne mortel a été annoncé pour protester contre les conditions de la prison de Diyarbakır. Tous les quatre sont morts dans la grève de la faim. La résistance de la prison de Diyarbakir a toutefois suscité le soutien de la population et a incité le PKK à prendre définitivement la décision de lancer une guerre de guérilla contre l’État turc le 15 août 1984.
 
Les femmes en particulier étaient ciblées par les autorités pénitentiaires, qui souhaitaient utiliser les notions traditionnelles de l’honneur pour supprimer l’identité révolutionnaire des femmes et évoquer le sentiment patriarcal féodal parmi les hommes. Le directeur le plus notoire de la prison, Esat Oktay, était connu comme un sadique, qui jouissait des cris de douleur de ses victimes sous la torture. Un homme sans aucun respect pour la dignité humaine et l’honneur, Oktay a ensuite été tué dans la rue par quelqu’un qui lui a apporté les salutations de Kemal Pir, mort en prison. Oktay était obsédé par l’idée de stériliser les prisonnières par des infections des trompes de Fallope et des lésions de leurs organes sexuels. Il a explicitement déclaré qu’il souhaitait la disparition de la «race» kurde. Sakine Cansız a écrit dans ses mémoires : « En tant que sadique, il a montré son amour pour les femmes en nous frappant avec une massue entre les jambes jusqu’à ce que nous saignions, en menaçant de «remonter une massue» et en utilisant ses doigts pour nous tirer les lèvres jusqu’à ce qu’elles se déchirent. » La position sans peur de Sakine face au bourreau pervers se répandit comme une traînée de poudre. Tous les sympathisants du PKK connaissent l’histoire de la façon dont elle a craché au visage d’Esat Oktay lors de la torture. Les prisonniers de sexe masculin du PKK de l’époque ont décrit comment le combat de Sakine Cansız en prison les avait encouragés à résister malgré le désespoir.
 
La résistance de Sakine Cansız à la prison de Diyarbakir a conduit à une nouvelle approche à l’égard des femmes dans la société kurde. Il encourageait les femmes à rejoindre les structures révolutionnaires dans les villes et les poussait à la politisation dans les villages. À partir de sa résistance en prison, l’activisme des femmes kurdes a gagné en respect et en soutien parmi les masses populaires.
 
Au moment de sa libération en 1991, elle avait passé 12 ans dans les prisons d’Elazig, Diyarbakir, Bursa, Canakkale et Malatya. Tout de suite après avoir respiré l’air de la liberté, elle a poursuivi sa lutte active dans les rangs du PKK. Ainsi, elle s’est rendue à l’Académie Mahsum Korkmaz du PKK, dans la vallée de la Bekaa au Liban, où elle a rejoint les formations idéologiques conduites par Abdullah Öcalan. Des aspects de sa volonté, de sa lutte et de sa vie ont souvent été cités en exemple dans les discours d’Öcalan. C’est Öcalan qui l’a encouragée à écrire sa vie. Ses mémoires ont été écrits en 1996 et mis à la disposition du public après sa mort en trois volumes. Dans les années 1990, elle a assumé d’importantes tâches dans l’organisation du mouvement kurde en Palestine, en Syrie et au Rojava.
 
Elle a estimé qu’il serait possible aux femmes du Kurdistan de se recréer et de reconstituer leur histoire en rejoignant la lutte militante du PKK. Elle a décrit la lutte pour la liberté de la manière suivante :
 
« Ce mouvement aborde l’essence de l’être humain. Dans tous nos débats, nos éducations et nos discours, notre humanité et nos valeurs humaines constituent le point de départ. Nous discutons du développement de l’homme et de la société, des étapes historiques et des valeurs de l’humanité. Les femmes, qui voulaient comprendre ces problèmes, se sont identifiées au mouvement de la liberté. Au tout début de la lutte pour le Kurdistan et de la lutte politique, l’implication des femmes dans ce processus révolutionnaire était très difficile. Pourtant, nous avons réussi et nous avons acquis le pouvoir de façonner notre mouvement. »
 
Selon ses propres termes, le temps qu’elle a passé comme combattante dans les montagnes du Kurdistan a été le plus beau et le plus significatif de sa vie. L’engagement de Sakine Cansız dans la lutte pour la libération du Kurdistan s’inscrit dans la chronologie du mouvement des femmes kurdes organisées. Elle a joué un rôle crucial dans la formation de l’armée autonome féminine (aujourd’hui YJA Star) et du parti des femmes (aujourd’hui PAJK). Ce n’était pas une personne qui attendait les ordres. Au lieu de cela, elle prenait des initiatives, même dans les moments les plus difficiles. En raison de son fort caractère, elle était connue comme une camarade qui n’accepterait jamais la domination masculine ou d’autres formes de comportement antirévolutionnaire. Elle luttait contre le retard social et l’injustice, et pourtant, elle était attentive aux réalités et aux conditions sociales de son peuple. Elle avait une personnalité collective et communale qui établissait une solidarité avec tous ceux qui l’entouraient, mais elle était aussi têtue et intrépide lorsqu’il s’agissait d’exprimer ses critiques et ses désaccords. Tout au long de sa vie, elle a toujours encouragé ses camarades à progresser, à être forts et persistants. Comme l’a décrit l’une de ses premières camarades féminines et amies de toujours : « Sara était toujours prête à partir, mais elle travaillait comme si elle allait rester pour toujours. »
 
En 1998, Abdullah Öcalan lui a confié la mission d’assumer les tâches et responsabilités du mouvement de libération kurde en Europe. Entre autres tâches, elle a organisé et formé des cadres du mouvement dans plusieurs pays européens, ainsi que la communauté des migrants kurdes. De même, elle a noué des liens avec différents mouvements progressistes hors du Kurdistan, respectant les différences et insistant sur l’importance de lutter pour des valeurs humaines communes comme mouvements alternatifs, féministes, de gauche et démocratiques afin de mettre en place des structures d’autonomie démocratique et une société démocratique, libre et libérée du genre. Elle a donc joué un rôle important dans la création d’une solidarité pour la cause kurde. Elle recrutait, organisait et éduquait toujours son peuple, en particulier les jeunes femmes, jusqu’à son dernier souffle.
 
À ses yeux, la lutte était le facteur déterminant de la liberté : « Dans mon utopie, vous devez lutter pour la liberté toute votre vie. Dans un Kurdistan libéré, la lutte doit être glorieuse. »
 
À la lumière de cette vie légendaire remarquable, personne ne s’attendait à ce que cette héroïne soit tuée de sang-froid lors d’un assassinat insidieux au cœur de Paris. Dès le premier jour, le mouvement des femmes kurdes a souligné le caractère barbare du meurtre en tant que tentative de frapper le cœur de la révolution du Kurdistan : la femme libérée. Bien que le meurtrier, Ömer Güney, ait été identifié très tôt, il est notoire que les services de renseignements de l’Etat turc ont ordonné l’assassinat de saboter le processus de paix. Les autorités françaises n’ont pas dévoilé le caractère politique de ce crime. Le meurtrier est mort dans des circonstances mystérieuses en prison, quelques semaines à peine avant le début du procès. Chaque année, le mouvement kurde organise une manifestation de masse à Paris avec d’autres mouvements de femmes pour réclamer «Justice et vérité !».
 
Sakine Cansız a toujours voulu revenir à Dersim en tant que guérilla. Et effectivement, elle est retournée dans son pays natal en tant que héroïne. Sa tombe est devenue un sanctuaire, un lieu de pèlerinage pour les opprimés, les jeunes, les ouvriers, les femmes. Des millions de personnes lui ont fait ses adieux en portant son cercueil de Paris à Amed, puis à Dersim.
 
Lors de la révolution du Rojava, les efforts de libération des femmes rendent hommage à Sakine Cansız et à ses camarades. La lutte engagée par un petit groupe de jeunes a maintenant atteint un stade où sa philosophie et sa pratique sont discutées par les révolutionnaires du Brésil jusqu’à à l’Inde. Les femmes, qui ont libéré le monde des fascistes violeurs de l’Etat islamique, l’ont fait en adoptant des noms de guerre tels que Sara, Rojbîn, Ronahî. Aujourd’hui, les nouvelles générations de filles et de garçons kurdes sont élevées dans le même esprit que Sara.
 
Comme le dit souvent le mouvement des femmes : « Ils peuvent couper nos fleurs, mais ils ne peuvent pas empêcher l’arrivée du printemps ! »
 
Jamais oublier, jamais pardonner !
 
Vous pouvez commander le premier volume de «SARA – Toute ma vie était un combat» en anglais auprès de Pluto Press. Les traductions allemande et italienne des trois volumes ont été publiées par Mezopotamien Verlag. Le premier volume est également disponible en espagnol chez Descontrol.
 
Publié par le Komun Academy

Anti-impérialistes, Soleimani ne peut être votre héros

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« Être à l’extrémité réceptrice de la machine de guerre impérialiste américaine ne fait pas de vous un anti-impérialiste – encore moins lorsque vous êtes un agent d’un régime meurtrier. » – Hawzhin Azeez
 
Nous vivons dans un monde où nous oublions souvent que plusieurs vérités peuvent coexister en même temps. A une époque de conglomérats médiatiques qui régurgitent les mêmes slogans et titres pro-guerre, et à une époque où les échecs de la gauche sont flagrants et vastes, la vérité est souvent réduite à une dualité simpliste et manichéenne de la perspective noir/blanc, soit/soit, USA/Iran.
 
Les anti-impérialistes qui ont longtemps soutenu la brutalité du régime Assad au nom de la praxis idéologique de gauche défendent avec rage un autre régime brutal et violent – l’Iran – sans aucun égard pour les faits et les réalités historiques ; sans aucun égard pour la réalité de la vie de millions d’Iraniens terrorisés, violés et opprimés en silence ; sans aucun égard pour la réalité quotidienne des opprimés vivant sous une dictature brutale qui n’est surpassée que par la Chine en exécutant des dissidents, des artistes, des féministes et des militants des droits de l’homme.
 
Pourtant, les anti-impérialistes ont transformé le général iranien assassiné Qassem Soleimani en une figure héroïque et stoïque, dégoulinant de charisme et d’une tranquille assurance ; un héros qui a lutté vaillamment contre DAECH [l’acronyme de l’Etat islamique, ISIS en anglais] et a sauvé le peuple iranien qui contraste fortement avec l’incohérence et l’insouciance de Trump. Depuis quand l’anti-impérialisme signifie-t-il être un fervent défenseur des dictateurs maléfiques plutôt que des opprimés et des colonisés ?
 
Quelques vérités de base sur la situation actuelle des Etats-Unis et de l’Iran :
 
1 – Soleimani était un boucher et un instrument de la violence par procuration iranienne qui terrorise des millions de personnes en Iran, Irak, Syrie, Liban, Yémen, etc. Un de ses principaux rôles était de fournir au Hezbollah un flux constant de missiles et de roquettes, tout en déployant discrètement 50 000 militaires iraniens en Syrie pour soutenir le régime brutal d’Assad. Il a contribué à la tragédie qui se déroule actuellement au Yémen grâce au soutien direct de l’Iran aux Houthis.
 
Son rôle dans l’empêchement de l’entrée de DAECH en Iran peut être largement attribué à la division entre les sunnites et les chiites (DAECH est sunnite, l’Iran est un régime chiite avide). Son rôle dans la lutte contre DAECH en Syrie a plus à voir avec le soutien au régime d’Assad et la fin d’un groupe sunnite rival qui menaçait directement sa propre hégémonie régionale, qu’avec le souci de Soleimani d’assurer la paix et la sécurité des gens ordinaires. Au moment où il s’est engagé dans ces interventions étrangères, il était le chef des forces notoires de Quds qui terrorisaient, exécutaient, espionnaient et kidnappaient des organisations et des militants pro-démocratie, des droits des femmes et des droits humains à l’intérieur de l’Iran.
 
Des centaines de milliers de personnes sont mortes à cause du rôle de Soleimani dans la poursuite des objectifs régionaux de l’Iran. Son engagement dans ces pays a eu un impact direct sur les aspirations démocratiques des Kurdes, des Syriens, des Iraniens et d’autres minorités opprimées dans la région.
 
2 – L’Iran est un régime criminel et répressif. Les seuls qui pleurent réellement l’exécution de Soleimani sont les Iraniens conservateurs alliés aux mollahs qui dirigent le régime. Oui, Soleimani représentait le nationalisme iranien, mais dans une vision très spécifique et étroite qui se conformait à la vision des Ayatollah sur « l’Iran ». La plupart des Iraniens, des Irakiens et des Syriens célèbrent la mort de Soleimani en silence, voire ouvertement – bien que lassés. Ils savent également que tuer une tête de figure symbolique – qui a déjà été remplacée par le général de brigade Esmail Ghanni, une figure encore plus conservatrice et notoire du régime iranien – ne met pas fin à une politique mise en œuvre et minutieusement propagée par les ayatollahs.
 
3 – Les Etats-Unis sont une puissance impérialiste criminelle et répressive avec une mémoire malheureusement courte et une incapacité à tirer les leçons du passé en déclenchant des guerres par des interventions directes, des invasions ou des politiques imprudentes comme l’assassinat du deuxième boucher le plus brutal au sein des forces de sécurité notoires iraniennes.
 
Il est vrai que l’Iran réagit de façon beaucoup plus mesurée et modérée. Non pas parce qu’il est nécessairement plus prudent face aux terreurs de la guerre et qu’il respecte la vie de ses propres citoyens, mais plutôt parce qu’il poursuit soigneusement ses objectifs à long terme au moyen de la puissance douce : pression ou soutien économique et politique, et interventions militaires limitées. Elle est mesurée. Elle utilise soigneusement ses mandataires pour mettre en œuvre clandestinement et secrètement ses vastes aspirations et programmes régionaux. Sa seule et unique loyauté est de se préserver elle-même, tout en enracinant les divisions entre chiites et sunnites.
 
Il y a une unité, une cohérence dans la politique étrangère iranienne et dans sa mise en œuvre de la puissance douce – surtout en contraste avec la récente incohérence de la politique étrangère américaine sous Trump. C’est pourquoi un récent rapport de « International Institute for Strategic Studies » a indiqué que l’Iran est le plus grand influent dans la région. C’est pourquoi la réponse de l’Iran a été plus calculée et plus contraignante que la manière irréfléchie et imprudente dont Trump a ordonné l’exécution de Soleimani.
 
Enfin, les citoyens ordinaires du Moyen-Orient, en particulier l’Iran et l’Irak, ne veulent pas d’une guerre avec les Etats-Unis. Ils veulent que le régime ayatollah, qui continue à les terroriser et à influencer leurs réalités quotidiennes avec sa propre sécurité et ses propres intérêts nationaux, soit démantelé, mais pas de la même manière que Saddam a été démantelé en 2003. Cette invasion a entraîné l’échec de l’Irak en tant qu’État, la montée de DAECH et le niveau incompréhensible de violence qui en a résulté, le génocide des Yazidis, la montée des milices Hashd al-Shahbi soutenues par l’Iran et bien d’autres choses encore.
 
Aucune personne saine d’esprit ne veut la guerre. Aucune personne qui aime la démocratie ne veut la guerre avec l’Iran. De même, les sanctions ne feront qu’imposer davantage de pression sur le peuple iranien qui souffre déjà et qui est aux prises avec une crise économique. Le changement de régime doit se faire à l’intérieur, organiquement et par la voix et les actions du peuple iranien. Toute autre chose aura une odeur d’interventionnisme et d’impérialisme – et ne sera jamais considérée comme légitime.
 
Voici quelques dernières vérités de base : Vous pouvez applaudir la fin de Soleimani tout en restant anti-guerre. Vous pouvez condamner la façon dont Soleimani a été exécuté, mais vous pouvez être soulagés qu’il ne soit plus là pour terroriser les gens. Vous pouvez être contre l’impérialisme américain et contre la dictature et la brutalité iraniennes. Être contre l’impérialisme américain, être contre le mépris insouciant de l’humanité de Trump ne signifie pas que vous devez faire de Soleimani un symbole de liberté, ou une idéologie de gauche.
 
Soleimani était un boucher. Trump est un dangereux mégalomane. Les ayatollahs sont tout aussi coupables, dégoulinant du sang de millions de personnes à travers la région en finançant des groupes terroristes et des guerres par procuration. Laissez Soleimani mourir le boucher qu’il était, avec une fin illégale appropriée – la même que celle qu’il a donnée à des milliers de personnes – sans en faire un héros anti-impérialiste du peuple et, par extension, justifier le régime iranien.
 
La seule loyauté que vous devriez avoir devrait être pour les gens ordinaires d’Iran, d’Irak et de la région. Nous sommes en 2020, et il est temps que nous commencions à considérer ces questions dans toute leur complexité, en réalisant que de multiples vérités peuvent coexister et qu’une analyse simpliste ne sert à personne d’autre que ceux qui ont faim de guerre.
 
Hawzhin Azeez est une universitaire, activiste et poétesse kurde. Elle est titulaire d’un doctorat en sciences politiques et relations internationales. Elle est actuellement chargée de cours au Centre for Gender and Development Studies de l’Université américaine d’Irak, à Sulaimani.
 
 
 
 

PARIS – Les Kurdes en quête de justice depuis 7 ans…

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PARIS – Le pot de terre contre le pot de fer. On pourrait résumer ainsi la quête de justice menée par les Kurdes depuis 7 ans pour que la justice française fasse la lumière sur le triple féminicide visant les Kurdes à Paris en 2013. En effet, le 9 janvier 2013, les militantes kurdes Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez ont été exécutées à Paris. Le présumé coupable, Omer Güney est décédé en prison le 17 décembre 2016, un mois avant le début du procès. Depuis, une nouvelle enquête judiciaire a été ouverte à la demande des familles des trois victimes.
 
Les Kurdes et leurs amis ont organisé une marche blanche aujourd’hui, à l’occasion du septième anniversaire du massacre de trois femmes kurdes à Paris le 9 janvier 2103.
 
Cette année, le portrait de la politicienne kurde Havrin (Hevrin) Khalaf – co-présidente du parti Avenir de la Syrie violée et lapidée le 12 octobre par les mercenaires de la Turquie dans le nord du Rojava – a rejoint ceux de Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez, tuées à Paris en 2013.
 
Depuis sept ans aujourd’hui, les Kurdes luttent pour obtenir justice et reprochent à la France de vouloir classer l’affaire pour protéger ses intérêts étatiques d’avec la Turquie considérée comme étant le commendataire de ce triple assassinat.
 
La Confédération des communautés du Kurdistan en Allemagne (KON-MED) a déclaré dans son communiqué d’aujourd’hui : « Il s’agit du 7e anniversaire du meurtre connu sous le nom de massacre de Paris et dont les auteurs sont bien connus. Ce massacre a été perpétré dans le but d’intimider toutes les femmes kurdes représentées par Sakine Cansız. Cependant, contrairement à ce que les auteurs des massacres pensaient, les Kurdes et les femmes en particulier sont désormais plus déterminés. Ce massacre n’a pas effrayé les femmes kurdes. »
 
Rappelant l’engagement et la détermination de Sara, Rojbin et Ronahi (Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Şaylemez), la KON-MED a déclaré qu’elles étaient devenues des « icônes pour le peuple kurde ».
 
KOM-MED a condamné la justice française pour « ne pas avoir rempli son devoir et pour avoir persécuté les auteurs du massacre, l’Etat fasciste turc et le régime du dictateur Erdoğan. »

Qui sont Sakine, Fidan et Leyla ?

Cofondatrice du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan), Sakine Cansız est née dans la province de Dersim en 1957. Après plusieurs années d’activité dans le mouvement de la jeunesse étudiante à Elazıg, elle rejoint en 1976 le mouvement révolutionnaire kurde.

Suite à sa participation au congrès du PKK, le 27 novembre 1978, la jeune femme est arrêtée à Elazıg et envoyée en prison avec un groupe d’amis. Soumise à de lourdes tortures dans la période ayant suivi le coup d’Etat militaire du 12 septembre 1980, elle n’est libérée qu’en 1991.

Après sa libération, elle poursuit ses activités militantes dans l’ouest et le sud du Kurdistan.

Après de longues années de lutte dans les montagnes du Kurdistan, Sakine Cansız va en Europe où elle prend la direction du mouvement des femmes kurdes. Figure pionnière du mouvement de libération kurde, elle a grandement contribué au renforcement des organisations kurdes au sein de la diaspora.

Fidan Doğan est née en 1982, à Elbistan, dans la province de Maraş. Fille d’une famille d’immigrés, elle grandit en France.

Dès son enfance, elle se met en quête de son identité kurde. À partir de 1999, elle s’engage dans les organisations kurdes en Europe. À partir de 2002, elle travaille activement dans le domaine de la diplomatie. Elle devient représentante à Paris du Congrès national du Kurdistan (KNK).

Fille d’une famille originaire de Lice, dans la province de Diyarbakir, Leyla Saylemez est née dans la ville turque de Mersin où elle passe son enfance jusqu’à ce que sa famille déménage en Allemagne, dans les années 90. Après un an d’études en architecture, elle rejoint la lutte pour la liberté au Kurdistan et s’engage particulièrement dans les activités de la jeunesse kurde.

 
 

CAMPAGNE. Des machines à coudre pour les femmes kurdes réfugiées en Grèce

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GRÈCE – LAVRIO – L’invasion turque au Rojava a chassé des centaines de milliers de Kurdes de leurs terres. La majorité de ces exilés vivent dans des camps de fortune dans d’autres régions du Rojava, au Kurdistan du Sud, tandis que d’autres ont échoué aux portes de l’Europe. Les deux camps de réfugiés kurdes de Lavrio, près d’Athènes, en ont accueilli plusieurs centaines depuis l’occupation d’Afrin en 2018.
 
Ces hommes, femmes, et enfants sont entassés dans des bâtiments vétustes laissés à l’abandon et survivent grâce à la solidarité internationale. Le bénévole français, Jacques Leleu participe activement aux campagnes d’aide à destination de Lavrio, ainsi qu’aux travaux en cours dans les deux camps. Jacques vient d’annoncer que les femmes kurdes de Lavrio ont besoin de 6 machines à coudre, du tissus et du matériel de couture pour réaliser des objets.
 
Voici le message complet de Jacques :
 
« Il y a quelques jours après discussion (et accord) avec les femmes du camp du centre ville nous leur avions donné du matériel de dessin, des perles et des fils de couleur pour confectionner des bracelets. Les femmes qui passent par les prisons du dictateur Erdogan ont une réelle pratique de la confection des bracelets.
 
Aujourd’hui (mercredi 8) c’est le dernier jour du 4 ème convoi solidaire. Nous sommes passés dans les camps pour récupérer les dessins et bracelets confectionnés. Une fois plastifiés les dessins feront partie d’une exposition qui tournera en France. Dans ces expos nous présenterons aussi les bracelets confectionnés. Les bracelets seront vendus et les gains seront reversés aux femmes.
 
Dans le prochain convoi solidaire (20 mars) nous apporterons des machines à coudre, du tissu et du matériel pour que les femmes confectionnent des sacs, pochettes etc … Evidemment c’est en accord avec elles que ce matériel sera collecté et apporté dans les deux camps. Nous allons également collecter des perles, du fils etc …. pour développer l’atelier de fabrication des bracelets.
 
Nous sommes à la recherche de 6 machines à coudre qui partiront dans le prochain convoi.
 
Du côté des hommes un projet de réalisation d’objets en métal fait l’objet d’une concertation au sein des camps.
 
Une photo montre l’aménagement d’une salle de classe en dortoir pour accueillir les réfugiés qui fuient la guerre au Rojava.
 
Quatre photos montrent le travail réalisé pour cloisonner des chambres en plusieurs pièces. Cela donnera plus d’intimité aux familles. Ce matériel a été acheté grâce aux dons que nous avons collecté. D’autres travaux ont été financés par les dons notamment la construction de auvents qui permettent d’éviter les infiltrations d’eau. En outre le toit du bâtiment a été badigeonné d’un produit qui stoppe l’infiltration de l’eau de pluie. Il reste 300 mètres carrés de toit à isoler. Nous n’avons pas pour le moment l’argent pour effectuer ce travail.
 
Les deux dernières photos montrent l’état actuel des travaux de construction de l’école du deuxième camp. Les travaux sont stoppés faute d’argent. Les murs sont en bois recouverts de bâches plastiques. Le vent pénètre dans les salles. Il faut donc poser des plafonds en placo (coût des travaux 500 euros). Il faut également faire l’électricité (coût non chiffré.
 
Les Kurdes ont éradiqué les terroristes de DAESH au prix de 11 000 morts. L’Europe les a trahit et les abandonne. Nous leur devons la solidarité.
 
La solidarité est l’arme de peuples. »
 
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BRUXELLES. Manifestation kurde devant l’ambassade de France

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BRUXELLES – La communauté kurde de Bruxelles appelle à manifester le jeudi 9 janvier devant l’ambassade de France pour dénoncer l’absence de procès et donc de justice dans le triple meurtre des militantes kurdes à Paris il y a 7 ans maintenant.

Le 9 janvier 2013, les militantes kurdes Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez ont été exécutées à Paris. Le présumé coupable, Omer Güney est décédé en prison le 17 décembre 2016, un mois avant le début du procès. Depuis, une nouvelle enquête judiciaire a été ouverte à la demande des familles des trois victimes.

Les Kurdes reprochent à la France de vouloir classer l’affaire pour protéger ses intérêts étatiques d’avec la Turquie considérée étant derrière cet assassinat. 

RDV à 13h, devant l’ambassade de France
Boulevard du Régent
1000 Bruxelles

IRAN. 79 kolbars et commerçants kurdes sont morts, 66 autres blessés en 2019

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IRAN / ROJHILAT – L’ONG kurde « Kurdistan Human Rights Network » (KHRN) a annoncé que 79 kolbars et commerçants kurdes ont été tués et 66 autres blessés par les forces armées iraniennes, ou lors d’accidents le long des routes de commerce transfrontalier en 2019.

Selon les statistiques compilées par le KHRN, 57 kolbars [porteurs de marchandises entre les Kurdistan d’Irak (Bashur) et le Kurdistan d’Iran (Rojhilat)] et commerçants (kasibkars) ont été tuées par des militaires iraniens et des gardes-frontières, et 22 autres ont été tuées dans des accidents tels que les chutes dans les montagnes, d’avalanches, d’accidents de la route lors de poursuites policières et dans des explosions de mines.

«Comme les années précédentes, le meurtre systématique des kolbars kurdes se poursuit malgré la pression du public au Kurdistan et en Iran pour qu’on cesse ces tueries. Malgré le taux de chômage élevé au Kurdistan et l’augmentation générale du taux d’inflation, le gouvernement iranien continue de tuer Kolbars sans offrir de possibilités d’emploi aux frontaliers», a déclaré Rabin Rahmani, membre du conseil d’administration du KHRN.

«Depuis le début, la République islamique d’Iran a traité les questions politiques, sociales, culturelles et économiques au Kurdistan d’Iran comme une question de sécurité. Le phénomène socio-économique de Kolbari [métier de porteur de marchandises transfrontalières] est l’une de ces questions, même s’il peut être résolu en créant des opportunités d’emploi alternatives», a ajouté Rahmani.

Rahmani a précisé que cibler les personnes qui sont forcées de choisir ce dur labeur pour survivre à la grave situation économique au Kurdistan est une indication de «la violence organisée et l’irresponsabilité du gouvernement envers les citoyens du pays».

Le meurtre systématique de kolbars se poursuit tandis que le représentant de Sardasht et Piranshahr au Parlement a admis la semaine dernière que seulement 5% des marchandises de contrebande étaient passées par le passage de Kolbari et que les 95,5% restants étaient passés par les voies officielles (…). En d’autres termes, le gouvernement ciblent les kolbars au lieu de s’occuper des principales sources de contrebande de marchandises.

En outre, Rahmani a évoqué le manque de responsabilité du pouvoir judiciaire pour poursuivre les responsables des décès, ainsi que l’échec de la législation interdisant d’empêcher les forces militaires de continuer les meurtres de kolbars.

«Au cours de l’année écoulée, les troupes dans les zones frontalières de Khoy et Sardasht ont laissé au moins trois Kolbars blessés dans l’obscurité après les avoir pris pour cible. Ils sont morts hémorragie après plusieurs heures en raison du retard de leur transport à l’hôpital», a déclaré Rahmani.

En 2019, le public iranien en général, et la société kurde en particulier, a remis en question l’utilisation par le gouvernement iranien de la violence contre les Kolbars, en particulier lors du meurtre du kolbar Ismail Sawjinejad, 16 ans, par balles directes et la mort de Farhad Khosrawi, 14 ans, et de son frère Azad Khosrawi, 17 ans, dans la neige en décembre 2019 alors qu’ils fuyaient les forces armées iraniennes.

 

KHRN 

Le journaliste kurde, Metin Goktepe a 28 ans depuis 1996

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TURQUIE – Né le 10 avril 1968, le journaliste kurde, Metin Goktepe a été tué sous la torture par la police turque à Istanbul le 9 janvier 1996. 24 ans après sa mort, Goktepe a toujours 28 ans…

 

La vidéo de son enterrement avec le cri de sa mère « Uy ben ölim lo ! » (des mots turcs et kurdes entremêlés…)

Vidéo intégrée

Metin Göktepe, né en 1968 à Sivas/Gürün (une région kurde à l’est du pays), travaillait pour le journal Evrensel. Il s’était rendu au cimetière d’Alibeyköy, à Istanbul, le 8 janvier afin de couvrir les funérailles de deux détenus de gauche, Rıza Boybaş et Orhan Özen, qui ont été battus à mort pendant les émeutes de la prison d’Ümraniye, à Istanbul, le 4 janvier, a été arrêté par la police qui a bloqué la zone. Göktepe a été battu et emmené à la salle de sport du quartier d’Eyüp. Au cours des contacts entre les avocats d’Evrensel, les autorités de police et le procureur d’Eyüp, il a été déclaré que Göktepe était en détention et qu’il serait libéré dans la soirée à moins que des poursuites judiciaires ne soient engagées. Un inconnu, qui a été arrêté puis relâché, a appelé le journal Evrensel vers 20 heures et a rapporté que Göktepe avait été battu à mort. À l’initiative des avocats du journal, on a reconnu la mort de Metin Göktepe. Faisant une déclaration sur l’incident, le procureur d’Eyüp, Erol Can Özkan, a déclaré que Göktepe, après avoir été libéré le 8 janvier au soir, avait été retrouvé mort dans un parc à 100 mètres de la salle de sport d’Eyüp vers 20 heures. Il a été établi plus tard que le corps de Göktepe avait été retrouvé non pas dans le parc mais devant un buffet près de la salle de sport. Les résultats d’une autopsie ont montré qu’une hémorragie interne du cerveau et des tissus de Göktepe, survenus à la suite de coups à la tête et au corps, étaient la cause du décès.
 
Procès
 
Dix policiers ont été jugés pour la mort de Göktepe. Cinq ont été acquittés et cinq condamnés à 18 ans de prison, commués en 7 ans en raison de leurs « bonnes manières au tribunal » et qu’il était « impossible de déterminer le véritable agresseur ». Après avoir passé 1 an et 8 mois en prison, les cinq policiers ont été libérés dans le cadre d’une amnistie.
 

IRAN vs USA. Les retombées géopolitiques de l’assassinat de Soleimani

En tuant le général iranien Qassem Soleimani, les Etats-Unis ont – sans le vouloir (?) – mis en difficulté les Iraniens, les Irakiens et les Kurdes qui combattaient le régime despotique des Mollahs iraniens. L’analyste des conflits mondiaux, Thoreau Redcrow revient sur cet assassinat et ses conséquences pour tout le Moyen-Orient. 
 
« En tant qu’analyste des conflits mondiaux, je crains qu’il manque beaucoup au discours actuel sur l’assassinat du général iranien Soleimani par l’armée américaine – un événement majeur qui aura des répercussions géopolitiques retentissantes.
 
En mettant de côté les concepts non pertinents de « bon » ou de « mauvais », ce que je peux dire, c’est que du point de vue du gouvernement américain, la décision était imprudente, contre-productive et stratégiquement stupide pour de nombreuses raisons.
 
[1] Plutôt que le désir déclaré d’affaiblir l’Iran, l’assassinat de Soleimani a créé un martyr crucial pour le gouvernement iranien, ce qui ne fera qu’améliorer sa survie, car il est maintenant un puissant et symbolique cri de ralliement à travers le spectre politique et permet à Téhéran de dépeindre toute opposition intérieure à leur régime comme une trahison soutenue par les États-Unis.
 
[2] Cela laisse le gouvernement irakien dans une position incontrôlable où il doit exiger des forces américaines qu’elles quittent l’Irak afin d’apaiser la colère de la majorité de sa population chiite. Ne pas le faire fera passer les dirigeants de Bagdad pour de malheureux larbins des Etats-Unis où leur souveraineté peut être ouvertement violée.
 
[3] Cela nuit à la lutte contre un DAECH renaissant et d’autres jihadistes wahhabites en Syrie (Al-Nusra, Al-Qaida, HTS, etc.), car Soleimani a aidé à coordonner avec le Hezbollah et d’autres forces alignées sur l’Iran la lutte contre ces restes dans les zones contrôlées par Assad. Ce que la politique américaine fait essentiellement maintenant, c’est combattre DAECH et combattre ceux qui combattent DAECH, après avoir abandonné auparavant les meilleurs alliés américains contre DAECH (les Kurdes de Syrie).
 
[4] En parlant de cela, elle place les Kurdes, c’est-à-dire les YPG/J dans le nord de la Syrie et le GRK dans le nord de l’Irak, dans une position extrêmement précaire où ils risquent d’être visés par les représailles de l’Iran ou de ses mandataires pour la coordination stratégique avec les forces américaines. De plus, comme la Turquie est la plus grande menace existentielle pour le mouvement de libération kurde, le fait de faire pression sur les Kurdes de Syrie et d’Irak pour qu’ils soient des ennemis directs de l’Iran alors qu’ils sont assiégés par les ambitions néo-ottomanes de la Turquie, les laisse coincés de manière insoutenable entre deux grandes puissances régionales.
 
[5] Si les Etats-Unis ne voulaient pas que l’Iran devienne une puissance croissante au Moyen-Orient, alors peut-être n’auraient-ils pas dû supprimer et combattre leurs deux plus grandes menaces, Saddam Hussein et les Talibans. En fait, on pourrait dire que l’Iran a été le vainqueur de tous les conflits au Moyen-Orient au cours des 20 dernières années, de l’Afghanistan à l’Irak, en passant par les Houthis au Yémen, le Hezbollah au Liban et la survie d’Assad en Syrie. Même la destruction justifiée de DAECH et d’Al-Qaïda a profité involontairement à l’Iran. Il est donc un peu malhonnête de la part du gouvernement américain d’aider involontairement la domination régionale iranienne, puis de s’en plaindre et de vouloir un renversement par la guerre avec l’Iran en raison de cette force. Cela pue l’opportunisme immoral qui a conduit Washington à vendre des armes à l’Irak et à l’Iran tout au long des années 1980, alors qu’un million de personnes ont trouvé la mort (un conflit qui a fait de Soleimani ce qu’il est devenu).
 
[6] Il est difficile de trouver beaucoup de gagnants dans ce scénario, à part les (a) les fabricants d’armes américains dont les stocks s’envolent à l’idée d’une « pratique de ciblage » iranienne, (b) les flagorneurs éhontés du Département d’État américain et les membres du groupe de réflexion DC Likudnik qui croient que les États-Unis devraient maintenant faire marche arrière et s’allier aux djihadistes sunnites soutenus par la Turquie et les Frères musulmans pour contrer l’Iran et arrêter « l’autoroute chiite » de Téhéran à Beyrouth, (c) Les cellules dormantes de DAECH qui se réjouissent de l’ironie des missiles américains « kafir » qui tuent maintenant les chiites « rafida » qu’ils méprisent tant, et (d) l’atout d’avoir un coup de pouce pour les sondages (…) et une distraction opportunément programmée pour la mise en accusation. Quant au reste d’entre nous, nous serons probablement tous plus mal lotis.
 
* Je soutiens que tout ceci est la réalité, quel que soit le camp du côté duquel on se range en ce qui concerne la légitimité du gouvernement iranien actuel. »
 
Thoreau Redcrow