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HAWAR : La voix de la connaissance

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« Hawar est la voix du savoir. Le savoir est la connaissance de soi. Se connaître soi-même ouvre la voie à la libération et à la beauté. Quiconque se connaît peut également se présenter. Notre Hawar [cri] présentera l’existence de notre langue d’abord. Parce que la langue est notre principale raison d’être. Hawar est un nouveau-né et l’enfant de nos Kurdes. »
Le premier numéro de la revue kurde Hawar a été publié le 15 mai 1932. Depuis 2006, le 15 mai est célébré comme la Journée de la langue kurde.
 
La revue Hawar (Le Cri), qui a été pionnière de l’édition kurde, a une place importante dans l’histoire de la langue kurde.
 
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Le 15 mai 1932, avec le premier numéro de la revue Hawar, une nouvelle page sur les études de langue kurde a vu le jour à Damas, sous la direction de Celadet Ali Bedirxan, Kamûran Bedirxan, Qedrîcan, Osman Sebrî, Cegerxwîn et Nûredîn Zaza, des intellectuels kurdes chassés du Kurdistan du Nord par le pouvoir turc.
 
Hawar a été le premier magazine littéraire kurde en Syrie.
 
Alors qu’à ses début, la revue utilise l’alphabet arabe et latin, Hawar est publié en alphabet latin exclusivement, dès le 24ème numéro.
 
Hawar, qui occupe une place importante dans la préservation de la langue kurde, a été publié de 1932 à 1943.
 
Les 23 premiers numéros du magazine, sur un total de 57 numéros au cours de ses 11 années de vie, ont été publiés en alphabets latin et arabe, mais à partir du 24e numéro, seul l’alphabet latin a été utilisé.
 
Dans le premier numéro d’Hawar, Celadet Ali Bedirxan a écrit: « Hawar est la voix du savoir. Le savoir est la connaissance de soi. Se connaître soi-même ouvre la voie à la libération et à la beauté. Quiconque se connaît peut également se présenter. Notre Hawar [cri] présentera l’existence de notre langue d’abord. Parce que la langue est notre principale raison d’être. Hawar est un nouveau-né et l’enfant de nos Kurdes. »
 
Hawar a publié des articles principalement en kurde, arabe et français. Il y avait 3 à 4 pages de français dans chaque numéro.
 
Les premières pages de la revue comprenaient les écrits de Celadet Ali Bedirxan et Kamûran Ali Bedirxan. Après le 4ème numéro, de nouveaux auteurs ont commencé à écrire dans la revue. Ces écrivains deviendront plus tard des noms importants de la littérature kurde.
 
Depuis le 2006, le 15 mai, date à laquelle Hawar a été publiée pour la première fois, est célébré comme la Journée de la langue kurde.
 

15 mai, Journée de la langue kurde

Les Kurdes célèbrent le 15 mai la journée de la langue kurde. Une date associée à la première parution de la revue Hawar publié en 1932 par des intellectuels kurdes en exil. La particularité de la revue Hawar (le cri) est qu’elle est publiée en alphabet latin utilisé pour la première fois alors qu’on utilisait l’alphabet arabe jusqu’alors.
 
Le 15 mai 1932, paraît à Damas, le premier numéro de la revue kurde Hawar, sous la direction de Celadet Elî Bedirxan (Celadet Bedir Khan) et de ses amis, exilés en Syrie après la fondation de la République de Turquie en 1923. Revue à caractère littéraire, mais aussi politique, Hawar joue un rôle extrêmement important dans la renaissance et le développement de la langue kurde qui est menacée par les nouveaux États-nations occupant le Kurdistan.
 
Écrite essentiellement en kurmancî, principal dialecte kurde, mais aussi en soranî et zazakî, en plus de quelques publications en français, la revue bimensuelle contribue à la formation de grands noms de la littérature et de la langue kurde, comme le poète Cegerxwîn, et connaît un grand succès, avec ces 57 numéros publiés entre 1932 et 1943.
 
Outre son intérêt littéraire et linguistique, Hawar a pour particularité d’introduire l’alphabet latin dans l’écriture du kurde qui était jusqu’alors transcrit en alphabet arabe.
 
Fêtée depuis 2006, la journée de la langue kurde est l’occasion d’élever la revendication de l’enseignement dans la langue maternelle et de dénoncer les politiques répressives des Etats à l’encontre du kurde.
 
Des quatre Etats qui occupent le Kurdistan (Turquie, Iran, Irak, Syrie), c’est la Turquie qui a déployé les plus grands efforts visant à l’assimilation et la disparition de la langue kurde.
 
Alors que le kurde a toujours été interdit dans le sphère publique sous la République fondée par Atatürk, lAKP, le parti du président Erdogan, avait montré une « tolérance » certaine aux travaux et réalisation autours de la langue kurde dans les années 2000. Avec la première défaite du parti AKP lors élections de 2015, ce dernier s’est attaqué au parti HDP, tenu responsable de cette défaite. Et comme le HDP était un projet kurde pour les peuples de la Turquie, le pouvoir truc a mené une répression sans précédent à partir de 2016 : avec la déchéance et l’arrestation des maires kurdes du Parti démocratique des Peuples (HDP) et leur remplacement par des administrateurs désignés par le gouvernement turc, toutes les structures kurdes – écoles, centres de formation, centres pour la protection des femmes, institut de recherche et de langue, maison d’édition, chaînes de radio et de télévision- destinées à la préservation, la diffusion et le développement de la langue kurde ont été interdites.
 
Malgré les tentatives centenaires menaçant le kurde d’un génocide linguistique, cette langue reste bien vivante, que ce soit au Rojhilat, Rojava, Bashur et Bakur ou dans la diaspora. Au Rojava (Kurdistan syrien) en particulier, elle connaît un grand essor, avec l’institution par l’administration autonome d’un enseignement généralisé dans la langue maternelle, c’est-à-dire le kurde, mais aussi l’arabe, l’assyrien et l’arménien.
 
La préservation de la langue kurde occupe par ailleurs une place de premier ordre dans les activités des organisations de la diaspora kurde qui déploient de grands efforts pour développer son enseignement et le transmettre aux nouvelles générations.
 
Cejna zimanê kurdî pîroz be / Bonne fête de la langue kurde
 
 

La Turquie a empêché Huawei de sponsoriser le club de foot Dalkurd fondé par des Kurdes

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La Turquie a empêché le géant chinois de la technologie, Huawei, de parrainer Dalkurd FF, un club de football suédois fondé par des Kurdes en 2004.
 
Le président de Dalkurd FF, Ramazan Kızıl, a expliqué comment le géant chinois de la technologie Huawei a abandonné le parrainage du club: « La société Huawei nous a parrainés il y a deux ans. Ils ont donné 40 000 dollars en échange d’un parrainage. Nous avons écrit le nom d’Huawei sur nos uniformes. 4 mois plus tard, la société nous appelé et a dit: « Gardez l’argent. La Turquie [a discuté] avec nous sur cette question. Ils ont dit: « Si vous le sponsorisez, on arrête vos opérations en Turquie. »
 
Le président de Dalkurd FF, créé en 2004, Ramazan Kizil a déclaré que leur sponsoring par le géant Huawei a été bloqué par la Turquie. « La Turquie ne veut pas que nous nous trouvions face à face avec une équipe de football de leur ligue », a déclaré Kizil.
 
Le sponsoring d’Huawei bloqué par la Turquie
 
Un joueur de Dalkurd portant un maillot avec l’emblème d’Huawei
 
Kizil a déclaré que quand leur équipe réussit, l’Iran, l’Irak, la Turquie et la Syrie prennent des mesures pour que Dalkurd n’affronte pas une équipe de ces pays: « La Turquie ne veut pas que nous ayons des sponsors originaire de leur pays », a déclaré Kizil qui indique que la Turquie affecte également les sponsors en donnant l’exemple d’Huawei :
 
« La société Huawei nous a parrainés il y a deux ans. Ils ont donné 40 000 dollars en échange d’un parrainage. Nous avons écrit le nom d’Huawei sur nos uniformes. 4 mois plus tard, la société nous appelé et a dit: « Gardez l’argent. La Turquie [a discuté] avec nous sur cette question. Ils ont dit: « Si vous le sponsorisez, on arrête vos opérations en Turquie. »
 
Une approche hostile envers le club kurde
 
Déclarant qu’ils rencontrent fréquemment de telles situations en équipe, Kizil a déclaré qu’il était normal qu’ils aient ce genre d’obstacles. « Les moutons ne s’attendent pas à la clémence du boucher. Nous nous attendons pas à la clémence de la Turquie. Parce qu’ils nient les Kurdes. Ils n’acceptent pas notre nom, notre équipe, notre drapeau. Mais peu importe combien ils nient, nous nous protégerons. Nous expliquerons également cela à nos enfants et petits-enfants. »
 
La Turquie a peur de voir Dalkurd aller à la Coupe d’Europe
 
Ramazan Kizil
 
En 2017, Dalkurd s’est qualifié pour la 1ère Ligue suédoise en battant l’équipe GAİS. Indiquant qu’ils visaient la Coupe d’Europe, Kizil a déclaré : « Le gouvernement turc a peur que nous allions à la Coupe d’Europe. Parce que nous pouvons les affronter [une équipe turque] ici. Ils ont même peur de ce rêve. Ils ne peuvent pas accepter cela. C’est pourquoi ils font de leur mieux pour nous empêcher. Tous les Kurdes doivent voir cette injustice. J’appelle également les Kurdes de Turquie : Défendez vous, votre culture, nos valeurs. Demandons-nous pourquoi nous sommes ici. Ils ne nous voient pas comme une nation. Mais nous existons. Nous sommes une nation tout comme les Turcs sont une nation. »
 
Reportage donné au journal Duvar
 
Traduction : Kurdistan au féminin
 

Dersim ou l’historique de la destruction d’une région kurde par l’Etat turc

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Les politiques hostiles de l’État turc visant la province kurde de Dersim, depuis l’époque ottomane, ont atteint leur apogée en 1937 quand les Kémalistes ont massacré plus de 70 000 Kurdes alévis et en ont chassé 100 000 autres, réalisant le rêve que les Ottomans et les Unionistes n’avaient pas pu réalisé jusqu’alors, malgré leurs acharnements.
 
Historien et chercheur kurde, Sedat Ulugana explique le contexte dans lequel le génocide de Dersim a eu lieu, en mettant en évidence la continuité d’une politique anti-Dersim de l’Etat turc héritée de l’empire ottoman. Un long reportage réalisé par Barış Balseçer: 
 
83 ans se sont écoulés depuis le génocide de Dersim. Selon les chiffres officiels, entre 1937 et 1938, 14 245 [Kurdes alévis] ont été tués lors du massacre, du nom du décret « Opération Tunceli Tenkil », publié avec la décision du Conseil des ministres du 4 mai 1937. Cependant, selon des chercheurs historiques et de nombreuses sources, environ 70 000 personnes ont été tuées lors du génocide, parmi lesquelles des enfants, des personnes âgées et des femmes. Nous avons parlé avec le chercheur-écrivain Sedat Ulugana du génocide de Dersim.
 
Quel genre de transformation politique les Ottomans ont-ils connu avant le génocide de Dersim? Quand on regarde ce massacre commis par les Kémalistes, est-il possible de dire qu’une inimitié historique a été perpétuée ?
 
Contrairement à d’autres endroits du Kurdistan, Dersim est une zone que les Ottomans ne pouvaient pas contrôler complètement jusqu’aux Tanzimat (« réorganisation » en turc ottoman – ère de réformes qui ont eu lieu entre 1839 et 1876). Dersim a un statut relativement indépendant par rapport aux autres émirats kurdes. Bien qu’il semble parfois être lié à l’émirat de Çemişgezek, Dersim était une région tribale et les Ottomans ne purent y entrer vraiment qu’au milieu des années 1800. Le processus des Tanzimat que l’histoire officielle turque nous offre comme «occidentalisation et modernisation» est en fait l’imposition d’une autorité centrale au Kurdistan. Avec ce processus, le transfert à Istanbul du capital accumulé chez les Mîrs (émirs) kurdes a été planifié et mis en pratique.
 
Dans le processus des Tanzimat, les Ottomans tentent d’établir une autorité à Dersim, mais quand on regarde le Kurdistan, c’est le seul endroit où les Ottomans ont échoué. De l’ère Abdülhamit aux Tanzimat, les tribus sont sévèrement punies. Immédiatement après ce processus, le projet des régiments «Hamidiye» a été lancé en 1892. En fait, de nombreuses tribus alévies kurdes de Dersim souhaitent également participer à ce projet. Parce qu’ils voient ce projet comme un «statut» et une «capitulation» pour eux-mêmes. Un autre nom de ce processus est «la paix de l’État et des tribus». Le processus des régiments Hamidiye est la paix de l’État avec les tribus. Donc les Tanzimat sont aussi un projet pour les Kurdes. Cependant, malgré toutes les demandes, aucune tribu kurde-kizilbash de Dersim n’a été inclue aux régiments Hamidiye [Les Hamidiés étaient des régiments de cavalerie légère de l’armée ottomane créé en 1891 et recrutés principalement parmi les tribus kurdes. Leur nom « Hamidiye » vient de celui du sultan Abdülhamid II]. On inclus dans le projet des régiments Hamidiye uniquement des tribus kurdes sunnites.
 
Les relations entre les tribus Cibran et Xormeks, limitées à Dersim, jouent un rôle très important pour Dersim. Dersim devint alors le refuge des tribus Kizilbash. En plein pillages des régiments Hamidiye, les tribus des Xormek et des Lolan de Varto pouvaient riposter contre les pillages effectués par la tribu Cibran.
 
Pendant l’İttihat Terakki (Comité Union et Progrès – CUP, en turc İttihat ve Terakki Cemiyeti) il y eu une certaine calme à Dersim. Surtout avec la dissolution des régiments d’Hamidiye et la sécularisation de la politique d’islamisation Abdulhamid accès sur le sunnisme, Dersim peut enfin respirer. Mais la période de détente a lieu pendant les premières années de l’İttihat Terakki. Par la suite, l’İttihat Terakki met en place la politique de « turquification ». A partir de 1913, l’Etat renoue avec les méthodes de l’époque d’Abdulhamid pasha. Avec la mise en oeuvre des politiques de turquification, l’Etat mettra sur sa liste Dersim qui faisait partie de quelques régions jamais soumises. C’est à dire que l’Etat a décidé qu’a Dersim, la pensée étatique devait prévaloir. Cette liste a été léguée aux Kémalistes après l’İttihat Terakki.
 
Dersim est l’un des endroits que le kémaliste Abdülhalik Renda, l’un des noms importants de l’époque, député de Çankırı, a cités dans ses rapports en 1926, « Il y a trois lieux de problèmes au Kurdistan ». Dersim fait partie de ces lieux cités par Renda. L’hostilité anti-Dersim du pouvoir ottoman citée dans ces rapports, se lège au régime des Tanzimat; Du régime Tanzimat à l’Ittihat Terakki; Il est passé du Comité d’union et de progrès et enfin aux Kémalistes. En 1937, les Kémalistes ont réalisé le rêve que les Ottomans et les Unionistes n’avaient pas pu réalisé jusqu’alors.
 
Dersim est situé au centre du Kurdistan, c’est le cœur du Kurdistan. C’est une région très difficile [du fait sa position géographiques montagneuse difficile d’accès] . En raison de l’incapacité de l’État d’y régner, Dersim devient un port où toutes les tribus des environs peuvent se réfugier, une base pour les Kurdes. Tout comme le Rojava est une base à la fin des années 1920, Dersim est un port interne pour les mouvements kurdes. L’État sait que les codes kurdes de Kizilbash étaient très forts à cette époque. Déjà, en regardant les lettres de Seyid Rıza, la forte revendication kurde est perceptible. Dans de nombreux rapports préparés au cours de cette période, Dersim a été déclaré comme le «centre du kurdisme». Conformément à ces informations, le régime kémaliste a décidé de disposer de cette base et a mis en œuvre le projet d’anéantissement complet des Kurdes.
 

Alors, peut-on dire que les tribus ont pris part à la résistance contre le massacre?

Certaines tribus ne participent pas à la résistance. Mais ce n’est pas seulement un cas spécifique à Dersim. Dans toutes les sociétés où le féodalisme est fort, il est extrêmement facile de profiter des conflits internes et d’activer la dynamique interne de ces sociétés. En fait, en s’en prenant à Dersim, on cible Seyid Rıza. Parce qu’il y a la lettre qu’il a envoyée à Sèvre en 1920. La raison pour laquelle Dersim est une cible est l’insistance de Dersim en kurdicité.

 
Quand nous regardons l’histoire officielle de l’État turc, on s’aperçoit qu’ils donne comme prétexte la rebelion comme étant la cause profonde des massacres qu’ils ont commis et en même temps, dans leurs discours, ils qualifiaient de «réactionnaires-féodaux», etc. afin de donner une justification légale au massacre. en ajoutant des discours. Pourquoi est-ce ainsi ?
 
Depuis la rebelion de Bitlis en 1914, jusqu’en 1938, l’État s’efforce de dépouiller toutes les révoltes et résistances kurdes d’une personnalité politique pour le revêtir d’un «déguisement judiciaire». Telle est la politique de l’État et cette politique a commencé avec le processus de rébellion de Bitlis en 1914. Ils ont codé le processus Bitlis comme « un soulèvement réactionnaire contre le régime constitutionnel ». Ils ont également fait témoigner les leaders des tribus et les notables arméniens dans ce sens. Le consul russe de Bitlis de l’époque le reconnaît. Lors de la rébellion de Şêx Said en 1925, une opération a été menée auprès de la presse, et en particulier, on a fait pression sur la presse pour qu’elle présente la rébellion comme étant «réactionnaire, une révolte pour la charia».
 
Pour la rébellion d’Ağrı, qui est intervenue entre ces deux rebellions, on ne peut trouver un tel alibi. Alors, on la qualifie d’ « agissement de gang » et d’ « incitation des États étrangers », et on accuse l’Iran et les Britanniques. Le terme de « pouvoirs extérieurs » d’aujourd’hui remonte en fait à cette époque. Pour Dersim, on a utilisé la qualification de «liquidation du féodalisme». Quand nous regardons le codage de toutes ces révoltes par le régime républicain, ils ont trouvé un alibi pour chaque rébellion afin de les vider de la kurdicité.
 
Les révoltes kurdes sont-elles connectées les unes aux autres?
 
Toutes ces révoltes et résistances kurdes entre 1914-1938 sont interconnectées. Il s’agit en fait d’un mouvement monolithique. Mais ce sont des projets que l’État a brisés; les empêchant de fusionner entre-eux. Lors de la Rébellion de Bitlis en 1914, si les instructions de Bedirxan avaient étaient attendues, c’est-à-dire si la rébellion avait éclate pendant la guerre, la Première Guerre mondiale aurait pu changer le sort de la rébellion. Cela aurait pu entraîner un résultat positif pour les Kurdes. Mais à cette époque, l’État a pris toutes les précautions pour qu’elle reste locale. L’État a arrêté les membres du clan Bedirxan, en a exécuté quelques-uns, en a exilé plusieurs et en a acheté certains.
 
On voit les mêmes motivations dans la rébellion de Şêx Said en 1925. C’est un calcul remarqué plus tard. Pour le pouvoir ottoman, c’est la revanche sur la rebelion de Bitlis. Cette année-là, Cibranlı Halit Bey avertit de ne pas tenter de soulèvement. Nous n’avons pas de documents, mais je pense que Cibranlı Halit Bey et Alişer se connaissaient, notamment sur la ligne Erzurum. Halit Bey est la seule personne de la tribu Cibran que les tribus Xormek et Lolan respectent . Si la rébellion de 1925 avait été dirigée par Cibranlı Halit Bey, il aurait pu réaliser les unités tribales kurdes et alévies, en particulier au sein du Dersim. Il existe également une telle possibilité.
 
Quel le degré de véracité quand on décrit le massacre de Dersim comme un massacre d’Alévis ?
 
Quand on regarde Tokat, Kastamonu, Bandırma, en dehors de la géographie du Kurdistan, par exemple, les codes alévis des Turcs sont plus radicaux que les codes alévis kurdes. En d’autres termes, le régime kémaliste n’a pas de problème avec l’alévisme tel quel. Par conséquent, il ne suffit pas de qualifier le massacre de Dersim de «massacre d’Alevis» seulement. La raison prédominante orientant l’État contre Dersim est qu’il est kurde. Et c’est le pouvoir que les Kızılbaş (Qizilbash, l’ordre soufi chiite des Safavides auquel certains des Kurdes alévies ont adhéré) ont ajouté à la kurdicité.
 
Quel est le nombre de personnes massacrées et déplacées à Dersim?
 
Étant donné qu’une ou deux personnes de presque toutes les familles ont été anéanties à Dersim, il s’avère qu’entre 70 et 80 000 habitants de Dersim ont été massacrés. Beaucoup de gens ont été tués par le typhus et le choléra dans les prisons où 50 personnes ont été enfermées dans des cellules pour 10 personnes. Il y a beaucoup de gens qui sont morts sur les routes de l’exil. Il y a ceux morts de faim. Cela signifie qu’au moins la moitié de la population de Dersim a été assassinée.
 
Mais les dirigeants kurdes ne pouvaient-ils pas voir un tel massacre ou l’attention de l’État?
 
C’était absolument prévu. Surtout chez les Kurdes après le génocide arménien de 1915, Il y a la suspicion de « Ce qui a été fait aux Arméniens pourrait-il nous arriver? » Quelques années plus tard, le massacre de Koçgiri arrive comme une réponse à cette suspicion. On se disait : « L’Etat fera des massacres, mais chez les Kurdes alévis ». Cette fois-ci, on s’est dit : « Le feront-ils aux Kurdes sunnites? ». 4-5 ans plus tard, dans le triangle Palu-Genç et Lice, lorsque les villages kurdes ont été incendiés, avec enfants, vieillards, femmes, il était devenu certain qu’on allait massacrer tous les Kurdes.
 
Après le massacre de Zilan en 1930, la géographie du Kurdistan a été sérieusement réduit en silence. Dersim connaissait très bien le massacre de Zilan en 1930. De toute évidence, ils en avaient peur. Mais les habitants de Dersim n’avait pas d’autre choix. Donc, quoi qu’ils fassent, l’État allait commettre ce massacre. On a réfléchi à la manière de prévenir le massacre et des mesures ont été prises pour l’empêcher. La phrase de Seyid Rıza qui aurait dit , «je viendrai me rendre, pourvu que vous n’attaquiez pas Dersim», et le fait que le massacre ait tout de même eu lieu est une indication que l’État ne voulait en aucun cas faire de compromis. A Dersim, le gouvernement veut liquider complètement celui qu’il considère comme un « bandit », « nuisible à la turquicité », et il le fait.
 
Quelle est l’attitude des autres États face à cela ?
 
Aucun Etat ne réagit. Des avions britanniques ont même été utilisés à Zilan. Certains documents ont été rendus publics. «Nos avions ont été utilisés lors de la rébellion d’Ağrı. Nous nous demandons les forces de manœuvre. Mais les Kurdes en ont abattus quelques-uns ». Les Britanniques ont donné des armes à l’État turc à cette époque et ont transformé le Kurdistan en laboratoire. Des documents indiquant que les gaz toxiques utilisés à Dersim appartiennent à l’Allemagne sont également apparus récemment. En dehors de cela, il y a des lettres envoyées par Seyid Rıza à l’Angleterre et à la France, mais ces pays n’entendent pas le cri de Dersim, ils bouchent leurs oreilles.
 
Je suis tombé sur la correspondance interne de la France à cette époque. «Dans ce processus, l’État kémaliste a tué tant de Kurdes à Dersim. Nous entendons cela ». Mais il n’y a aucun commentaire sur les documents. Ils prennent juste l’information, c’est tout. Je n’ai pas trouvé de déclaration condamnant les massacres. Mais surtout avant le massacre de Dersim, les Français ont empêché les Xoybunistes de venir depuis la frontière syrienne. En bloquant les frontières, ils ont apporté un soutien implicite à l’État turc.
 
Quelle est la raison principale du soutien international au Kémalisme?
 
En réalité, les kémalistes se sont en fait battus contre les Grecs, les Arméniens et les Kurdes. Il n’y a pas de combat avec des puissances européennes telles que les Français, les Britanniques, etc., comme le décrit l’histoire officielle. Le régime kémaliste a dominé l’Anatolie à cette époque, en échange de la cession de la province de Mossoul aux Britanniques et de la province d’Alep aux Français et de renoncer à d’autres terres au Moyen-Orient. Il a amélioré ses relations avec les bolcheviques. Les Russes ont abandonné le Kurdistan aux Kémalistes. En fait, il n’y a pas de victoire comme le prétend l’histoire officielle turque. Le sultan Vahdettin allant en Angleterre, le régime ottoman est devenu le régime kémaliste. Les limites sont les mêmes. Le seul changement aux frontières est l’inclusion d’Hatay en 1937 et l’annexion de Chypre en 1974.
 
Quand nous regardons le présent, nous voyons que la politique néo-ottomane est toujours menée par Erdogan et le bloc au pouvoir. Comment les Kurdes peuvent empêcher cette tentative d’occupation?
 
Surtout en 1920, il y a une conspiration internationale contre les Kurdes dans le cadre du traité de Sèvres. Les Kurdes doivent tenir compte du fait que cette conspiration sera répétée. La seule chose qui déjouera cette conspiration est «l’unité nationale».
 
Le rapport de Mustafa Abdülhalik Renda
 
Mustafa Abdülhalik Renda est l’une des rares personnes à connaître l’esprit de la rébellion kurde et à avoir étudié les révoltes kurdes. Ce sont des gens de Roumélie (la partie de la péninsule balkanique sous domination ottomane), du Comité de l’Union. Pendant leur séjour à Roumélie et dans les Balkans, ce sont les unionistes qui ont connu la guerre avec les insurgés des Balkans et ont lu le concept de rébellion de la littérature française sur le plan politique. Renda a été trouvée dans différentes parties du Kurdistan de 1913 jusqu’au milieu des années 1920. C’est une personne qui dit ne pas avoir digéré le « kurdisme » de son propre aveux, en parlant de la période allant de la rébellion de Bitlis qui a eu lieu en 1914 à la rébellion de Şêx Said en 1925. Le rapport qu’il a préparé en 1926 est important. Dans le rapport, «Il y a trois districts au Kurdistan. La première de ces régions est le mont Ararat et le ruisseau de Zilan; le deuxième est Sason et le troisième est Dersim ». Ils ont perpétré le massacre de Zilan en 1930. Ils ont perpétré un massacre à Sason en 1935. Ils ont perpétré le massacre de Dersim entre 1937 et 1938.
 
L’origine du Comité de l’Union
 
Quand on regarde toutes les révoltes kurdes, on voit que presque tous les commandants turcs qui ont organisé des massacres ou préparé des rapports étaient d’origine thracienne ou balkanique. Comment dois-je lire ceci?
 
Le lieu où le Comité d’union et de progrès a été créé n’est pas le territoire anatolien, c’est Roumélie. Ces personnes sont principalement des immigrants Roumélie. L’Armée du Mouvement, dont l’Union et les progressistes ont pris le commandement, est arrivée à Istanbul de Thessalonique. Cette équipe s’assure que tous les officiers des quartiers de Thessalonique et Roumélie arrivent à des postes clefs. En fait, ce sont ces cadres qui ont fondé la république kémaliste. En d’autres termes, tout en faisant la promotion du turc anatolien ou d’un officier d’origine kurde, arabe et albanaise promu capitaine; Le régime kémaliste – également lié au fait qu’Ataturk soit originaire de Thessalonique – garantit que les immigrants de Roumélie de l’armée montent jusqu’au grade de général. Ce fut le cas jusqu’aux dernières années.
 
Première; ce sont des Serbes, Bulgares, etc. islamisés. Ce sont des peuples des Balkans. En d’autres termes, ce sont des personnes issues de familles islamisées il y a plus de 100-200 ans. Il n’y a aucun autre endroit où ces gens peuvent aller. Ils voient l’Anatolie comme une patrie.
 
De Cevdet Sunay à Fevzi Çakmak, Salih Omurtak, Alpdoğan… Ces personnes sont des officiers de réserve diplômés en tant qu’étudiants militaires, bien avant le génocide de Dersim. Ce sont la génération prometteuse de l’Ittihat Terakki. Ces personnes avaient déjà appris comment le génocide pouvait se faire systématiquement. Cette génération a réalisé le génocide à Zilan en 1930, ils ont théorisé complètement le génocide. Par la suite, ils ont publié des livres éducatifs appelés «guides de recherche de passeurs et de bandits» dans les écoles de gendarmerie. Le but principal de ces livres est de savoir comment tuer des Kurdes et comment faire des massacres. Les directives ont été publiées entre 1930 et 1933. Ils ont été formés au massacre et au génocide dans les écoles de gendarmerie et d’officiers.
 
L’importance de Nuri Dersimi et d’Alişer
 
Quelle est l’importance de Nuri Dersimi et Alişer en termes d’histoire kurde?
 
Contrairement aux intellectuels kurdes, Nouri Dersimi est également un militant. L’anxiété intellectuelle est plus dominante quand on regarde Celadet Ali Bedirhan ou Memduh Selim. Nuri Dersimi est un homme de lutte, d’action. Plus que Seyid Rıza, je pense que Nuri Dersimi n’a pas agit indépendamment d’Alişer. Nuri Dersimi avait un lien politique important avec le Mouvement Xoybun qui était en Syrie. De même, dans son livre, il essaie d’exprimer qu’il a des réseaux de renseignement. À cette époque, nous voyons que le Xoybun existait sous forme d’organisation clandestine presque partout au Kurdistan. En ce sens, je pense que Nuri Dersimi est en fait l’un des rares cadres politiques de la Résistance de Dersim.
 
Un autre de ces cadres politiques est bien sûr Alişer. Alişer a une ambition. Dans sa lettre de 1920, il apparaît comme un acteur kurde ayant l’intention de porter le fardeau de tout le Kurdistan (avec les sunnites, les alévis et les Êzîdîs) et d’être leur dirigeant. Dans sa lettre, il dit: « J’ai parlé aux Russes au nom de 8 millions de Kurdes ». Quand on regarde la lettre qu’Alişer a écrite en 1920, on voit aussi qu’il a suivi attentivement les travaux de la kurdologie de l’époque.

L’article publié en turc sur le site Yeni Ozgur Politika

Qui est Sedat Ulugana?

 
Historien et écrivain Sedat Ulugana, qui a écrit des travaux dans les catégories de la recherche, d’analyses, des minorités, des ethnies, est doctorant en histoire politique à l’EHESS-Paris. Il a notamment écrit des livres sur les révoltes kurdes et la littérature kurde. (Ses livres sont uniquement en kurde et en turc pour le moment.)

Où est Gülistan Doku, étudiante kurde portée disparue à Dersim depuis 130 jours ?

Gülistan* Doku, une étudiante kurde de l’université de Dersim, est portée disparue depuis 130 jours. Le suspect de nationalité russe, beau-fils d’un policier, reste également « introuvable ». Le collectif de femmes « la solidarité des femmes en Europe » vient de publier un communiqué dénonçant les féminicides et les tentatives de l’Etat turc qui veut détruire la société kurde en attaquant les femmes kurdes. (Gulistan signifie «pays des roses»).

« Le féminicide, l’un des principaux domaines où le système dominant patriarcal attaque le tissu social et se crée un espace pour lui-même, se configure avec des pratiques différentes à chaque fois. Les défenseurs du système patriarcal ont d’abord voulu détruire la volonté de la femme en effaçant son identité, en la rendant vulnérable et « faible ».
 
Pendant des milliers d’années, ils ont développé divers arguments pour affaiblir son estime d’elle-même, en provoquant une crise d’identité chez les femmes, en créant des contradictions concernant leur identité. Alors que le paradoxe le plus fondamental de ce système était de bénir les femmes par ailleurs, il a essayé de la soumettre en produisant une politique de violence dans tous les domaines de la vie tels que la politique, l’économie sociale, l’institution familiale, l’unité, le travail bon marché, le travail à domicile, la machine à faire des bébés, etc. En conséquence de toutes ces politiques, une femme est tuée par ses proches toutes les minutes dans le monde.
 
Une fois de plus, le rapport sur les questions familiales des Nations unies, selon laquelle le lieu le plus dangereux pour les femmes est le foyer, nous a montré à quel point nos foyers sont l’endroit idéal pour détruire les femmes. Si ces résultats deviennent évidents au fur et à mesure que les données concrètes parviennent aux autorités officielles, ils montrent très clairement à quel point la situation est désastreuse.
 
Les attaques contre les femmes ne se sont pas du tout ralenties en Europe. Il n’est pas inhabituel de commencer la journée avec des nouvelles des femmes qui ont été assassinées dans différents endroits de l’Europe. Nous lisons presque toujours les histoires communes des meurtriers (ex-mari, mari, amant, père, frère).
 
Shadia Ahmed, réfugiée en Allemagne pour s’opposer à la violence systématique de son ex-mari et voulait prendre un nouveau départ avec ses 3 enfants, a été brutalement assassinée par ce dernier. La violence contre les femmes à travers le monde nous montre que cette violence est politique.
 
Les politiques créées par le gouvernement turc mettent les femmes du Kurdistan en danger 24h sur 24. L’attaque contre la culture de résistance et l’identité de la région kurde de Dersim vise avant tout les femmes et les jeunes en attaquant les valeurs morales de la société à travers les cafés et les bars qui sont des lieux où la drogue, l’alcool et la prostitution sont encouragés en plus des étrangers installés à Dersim.
 
Ce n’est pas une coïncidence si Gülistan Doku [une étudiante kurde portée disparue à Dersim depuis 130 jours] a été piégée dans un café de Dersim par une personne appartenant à une famille de militaires. En la personne de Gülistan, toutes les femmes reçoivent le message suivant : « votre vie est en danger et nous pouvons vous détruire à tout moment ».
 
La disparition de Gülistan Doku depuis 130 jours nous montre une fois de plus qu’en ce qui concerne les femmes, aucune institution ou organisation publique ne joue un rôle de premier plan en trouvant une solution, mais en produisant le problème. Comment les soldats et la police qui ne laissent pas respirer la société entière en tuant la nature de Dersim et en plaçant des caméras thermiques partout, ne peuvent-ils pas trouver Gülistan Doku ? Quelle est la suite des images de Gülistan Doku vues sur le pont et qui ont servi de dernières images ?
 
Il est clair que la disparition de Gülistan Doku n’est pas seulement un manque de sécurité et d’information, mais aussi la planification d’un réseau criminel organisé par l’État turc. La femme consciente et organisée qui essaie de trouver sa propre identité et qui n’accepte pas la pression de l’État et de l’homme, est spécifiquement visée.
 
Nous continuerons à résister et à crier en exposant ces politiques jusqu’à ce que nous unissions nos voix à celle de Gülistan. Notre voix sera la voix du Gülistan. Notre cri sera le cri de Gulistan et notre résistance continuera à être la résistance de toutes les Gülistan.
 
C’est notre appel à toutes les femmes et à toutes les sociétés.
Révélons l’occupation, le pillage et la politique de criminalité des femmes en sentant la voix du Gülistan Doku qui touche les consciences. Levons le combat jusqu’à ce que nous atteignions le Gülistan.
 
La domination turque et le système capitaliste imposés au Kurdistan par l’occupation, la guerre et les politiques de génocide est condamné à échoué sous la direction de la lutte des femmes.
 
Gülistan* Doku est porté disparue depuis 130 jours.
Où est Gülistan Doku ? »
 
Communiqué de  « LA SOLIDARITÉ DES FEMMES EN EUROPE »
 
 

TURQUIE. Les villes kurdes privées de mesures de sécurité efficaces devant la pandémie du COVID -19

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TURQUIE / BAKUR – L’Etat turc néglige les régions kurdes en matière de protection de la santé en pleine pandémie du COVID-19. La journaliste Nurcan Baysal donne l’exemple de la ville d’Amed pour montrer combien la vie des Kurdes ne vaut rien en Turquie…

Les rues de Diyarbakır, la plus grande ville kurde du pays, sont bondées malgré l’épidémie du coronavirus (COVID-19). Seule la moitié des magasins sont fermés. La ville est gérée par un fonctionnaire d’Etat nommé à la palace du maire élu, comme  c’est le cas dans la plupart des autres villes kurde. Selçuk Mızraklı, le maire élu de Diyarbakır – et la plupart des autres maires kurdes accusés d’avoir « soutenu des groupes terroristes » – ont été emprisonnés.

Pendant l’état d’urgence qui a suivi la tentative de coup d’Etat de 2016, 20 000 Kurdes travaillant dans le secteur de la santé, dont 3 315 médecins, ont été licenciés en raison d’accusations de liens avec le terrorisme. Parmi ceux qui ont perdu leur travail, on compte des médecins, des infirmières et des travailleurs de la santé.

Il y a quelques semaines, j’ai parlé avec Mehmet Şerif Demir, le président de la Chambre de médecine de Diyarbakır (Amed), également confronté à de nombreuses affaires judiciaires pour des accusations de terrorisme. Il m’a dit qu’il y avait de nombreux patients suspectés d’être atteints de COVID-19 à Diyarbakır, mais que les hôpitaux n’étaient pas équipés pour tester les infections au coronavirus. Les tests sont envoyés à Ankara, mais leur traitement peut prendre plusieurs jours.

Comme l’État interdit aux gouvernements locaux de divulguer les chiffres d’infection dans leur régions, il ne m’a pas donné le nombre de patients COVID-19 ni d’autres informations sur ce qui se passe dans les hôpitaux. Il a simplement dit : « Je ne le peux pas ».

Depuis que 23 000 personnes sont revenues du pèlerinage à la Mecque dans les premiers jours de la pandémie, le coronavirus s’est répandu dans les villes kurdes de Turquie. Le gouvernement a décidé de fermer ses frontières avec l’Iran et l’Irak en février, mais cette décision est également arrivée trop tard ; de nombreuses personnes infectées étant venues d’Iran, un point chaud du coronavirus.

J’ai appelé une amie médecin dans un hôpital d’État. Elle m’a dit qu’elle avait peur d’aller travailler, parce que les précautions prises dans les hôpitaux sont insuffisantes et que le personnel soignant ne dispose pas d’équipements de protection et de gants, ce qui les rend incapables de se protéger contre le virus.

La fermeture des crèches sans proposer d’alternatives a causé un autre gros problème aux personnes qui doivent aller travailler pendant la pandémie, comme les médecins, les infirmières, la police et les employés municipaux. Mon amie médecin m’a dit que trouver quelqu’un qui puisse s’occuper de ses deux jeunes enfants est un défi quotidien.

Plus tard, j’ai appelé un autre médecin de Van,  une ville à majorité kurde située à la frontière avec l’Iran, qui m’a demandé de ne pas utiliser son nom. Il m’a dit qu’il était difficile de contrôler la frontière avec l’Iran et que les réfugiés ne cessaient de trouver un moyen pour la traverser. Le nombre de patients atteints de coronavirus dans les hôpitaux de Van est élevé, mais il a également dit qu’il ne pouvait pas donner de chiffres.

Après l’effondrement du processus de paix entre l’État turc et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), interdit en juillet 2015, les combats ont repris dans de nombreuses provinces kurdes, cette fois dans les centres urbains. De nombreuses villes kurdes ont été démolies lors des couvre-feux militaires et des affrontements armés, laissant des millions de personnes sans abri.

Des administrateurs de l’État ont été nommés pour remplacer les maires élus dans des dizaines de municipalités pro-kurdes. Presque tous les médias kurdes – même une chaîne pour enfants kurdes – ont été fermés. Les organisations de la société civile kurde ont été fermées par le gouvernement pour avoir prétendument soutenu des groupes terroristes. Des milliers d’enseignants et de médecins kurdes ont été licenciés de leur travail dans la région. Plus de 10 000 membres, parlementaires et même les coprésidents du Parti démocratique du peuple kurde (HDP) ont été emprisonnés.

Des centres pour femmes, des centres culturels, des banques alimentaires, des centres d’art kurde, des associations de langue kurde et bien d’autres institutions ont été fermés par le gouvernement. Même certains clubs de football kurdes ont été fermés. Aujourd’hui, il n’existe plus aucune organisation ou dirigeant fort qui puisse s’adresser à la communauté kurde en temps de crise comme la pandémie de coronavirus.

Au cours des cinq dernières années, l’État a lancé une guerre contre la langue kurde. Les cours de kurde ont été fermés, les départements de langue kurde ont été fermés, les cours optionnels de kurde ont été annulés. Les noms kurdes ont été retirés des parcs publics, des rues et de tous les coins de nos villes. Les symboles culturels et linguistiques kurdes ont été détruits. Tous les panneaux d’affichage publics ont été tournés vers le turc.

Après l’éclatement de COVID-19, j’ai lancé une campagne de solidarité avec les quartiers pauvres de ma ville. En distribuant des colis alimentaires dans les quartiers de Sur et Bağlar, j’ai vu de nombreux panneaux d’affichage publics donnant des informations sur les mesures contre le coronavirus. Mais ils sont tous rédigés en turc.

Près de 70 % des habitants de ces quartiers parlent kurde et beaucoup ne connaissent pas le turc. Ils n’ont donc aucune idée de ce que ces panneaux d’affichage public leur disent sur les précautions à prendre contre la pandémie.

Aujourd’hui, il n’y a pas assez de tests, pas assez de médecins, pas de société civile.

Nurcan Baysal

Histoire de la langue kurde I Première partie

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La langue kurde a franchi plusieurs étapes depuis l’Antiquité qui ont eu un grand impact sur elle. Bien qu’un alphabet purement kurde soit arrivé tardivement, cette langue transmise oralement a conservé son originalité. Aujourd’hui, survivante de politiques d’interdiction et de génocide linguistique, la langue kurde reste bien vivante dans un Kurdistan colonisé où tout ce qui est kurde doit disparaître d’après la volonté des colonisateurs du Kurdistan.

 

Les Kurdes célèbrent la Journée de la langue kurde le 15 mai 2006, car le Congrès national du Kurdistan (Kongreya Neteweyî ya Kurdistanê – KNK) a choisi ce jour qui est la date de publication du premier numéro du magazine Hawar en kurde latin en 1932, à Damas.
 
Brève revue des étapes du développement de la langue kurde à travers les jalons de l’histoire qui l’ont influencée jusqu’à ce qu’elle devienne un alphabet
 
La découverte d’alphabets dans le monde remonte à des milliers d’années, certains sont connus et d’autres sont controversés. Une chose est certaine : la parole est bien plus ancienne que le plus ancien alphabet jamais découvert, puisque des individus de différentes sociétés parlaient entre eux dans une langue compréhensible et ce, pendant des milliers d’années avant qu’ils n’en viennent à inventer la première forme d’écriture.
 
Partant de cette idée, la pérennité de la langue kurde et son arrivée jusqu’à nos jours doivent confirmer l’authenticité et l’héritage de la culture kurde, malgré la marginalisation et les tentatives d’écrasement et de fusion au fil des siècles. Personne ne peut nier cette originalité, car les Kurdes ont tardé à créer et à écrire leur propre alphabet.
 
L’histoire ancienne
 
Bien que la langue kurde ait été influencée par les langues environnantes, elle a pu conserver son indépendance, car des générations ont transmis la langue et la culture par le biais de poèmes ou de légendes. Les linguistes pensent que le début de l’écriture en kurde remonte à l’histoire de la religion zoroastrienne « Avesta » au 6ème siècle avant JC.
 
Les historiens font remonter l’origine de la langue kurde à environ 5 000 ans avant J.-C., car elle appartient au groupe des langues indo-européennes et comprend plusieurs dialectes, selon Sharaf Khan Badalis. Les dialectes kurdes, les clans et les groupes de communautés kurdes en termes de langue, de tradition et de statut communautaire sont divisés en quatre dialectes différents : Le kurde du Nord (kurmanjî ou kurmancî), le kurde du Sud (Soranî), le zazakî (appelé aussi kirmanjki, kirmancki, kirdki, dimli, dimilki), et le goranî (hawramî).
 
Dans l’histoire moderne, les Kurdes ont utilisé essentiellement trois alphabets : l’alphabet arabe, l’alphabet latin et l’alphabet cyrillique par les Kurdes de l’ancienne Union soviétique. De nombreux magazines et livres kurdes ont été publiés avec cet alphabet. Après l’éclatement du bloque soviétique, l’alphabet cyrillique a été remplacé par l’alphabet latin qui est maintenant utilisé aux côtés de l’arabe dans l’écriture du kurde.
 
« Le plus ancien alphabet écrit en langue kurde est l’alphabet araméen. D’autres documents ont été trouvés dans les grottes de Hewraman au début de ce siècle, dont certains sont considérés comme les plus anciens documents kurdes écrits en alphabet araméen, documents écrits sur, « peau de cerf » sur les conditions commerciales de l’époque. Les plus anciens écrits remontent à 87-88 avant J.-C. », explique l’écrivain et chercheur kurde Dilawar Zengi dans un article.
 
« Ce sont des écritures et des dessins si étranges. J’ai vu à Bagdad dans Anous (un sarcophage en pierre) de cette ligne une trentaine de livres, dont deux que j’avais à Damas : un livre sur la culture de la vigne et des palmiers, un autre sur les maladies de l’eau et comment l’extraire de terres inconnues. Je les ai traduits de la langue kurde à l’arabe », dit l’écrivain Ibn Wahish, du XIIIe siècle, dans son livre « L’envie d’apprendre les symboles des crayons », sur l’écriture kurde :
 
Le cheikh Mohammed Murdochi Kurdistani dit aussi qu’un homme du nom Massey Surati est apparu au 10ème siècle et a ajouté des lettres similaires à l’alphabet, appelées plus tard « Maasiorati » et avec ces lettres, des écrits produits avec ces lettres qui sont devenus l’objet de recherches et de controverses. Ces lettres sont similaires à celles connues sous le nom de « Besti Avasta », et ont été utilisées jusqu’à l’arrivée de l’Islam chez les Kurdes, au même titre que la calligraphie araméenne, syriaque et grecque.
 
Depuis des centaines d’années, les Kurdes êzdîs (Yézidis) utilisent un alphabet spécial, que certains appellent « l’alphabet yézidi », mais l’auteur et la date de cet alphabet sont inconnus. Il se compose de 31 caractères, écrits de droite à gauche. Sefi Burkei Zada pense que l’auteur de ces lettres utilisait les alphabets fahlwî, avastien et arabe. Dans cet alphabet, les écrits sacrés des Yézidis, tels que « Meshefa Reş » et « Jellwah », ainsi que des prières et des souvenirs religieux, sont écrits encore aujourd’hui chez les Yazidis.
 
Le Centre d’études de l’Euphrate classe dans la recherche les étapes du développement de la langue kurde : la première : plusieurs siècles avant la naissance du Christ, plus précisément de 331 avant J.-C., jusqu’au 638 après J.-C., c’est-à-dire jusqu’à l’arrivée de l’Islam dans les régions du Kurdistan. les Kurdes écrivaient en écriture cunéiforme lorsqu’elle est apparue. Le professeur arabe Abu Bakr Ahmad bin Ali al-Kazdani, dans son livre « L’envie d’apprendre les symboles des crayons », fait référence à cette méthode d’écriture des Kurdes.
 
La deuxième phase s’étend de 638 au XVIIIe siècle après J.-C., et la troisième période du XVIIIe siècle à nos jours
 
L’écrivain et chercheur britannique, le colonel Edgar O. Balance, 1918-2009, affirme dans Kurdish Revolt : 1961-1970 que ce qui distingue les Kurdes des autres peuples est leur langue, leur culture et leur tenue vestimentaire.
 
La plupart des anciens ouvrages sur la langue kurde, bien que moins nombreux, ont été écrits par des orientalistes et des non-kurdes pour des raisons sociales et politiques. Le premier livre de grammaire kurde intitulé Grammatica e Vocabolario della Lingua Kurda (Grammaire et vocabulaire kurde), est écrit par le le prêtre catholique Muritzo Garzzoni (1734-1804), publié à Rome en 1787.
 
D’autres ont également écrit des règles grammaticales, notamment J. Giorinli et Khodskoy, qui a également écrit un livre sur la grammaire kurde ainsi que d’autres articles à ce sujet. L’orientaliste russe et consul russe à Izmir et Erzurum Alexandre Jabba à l’époque de l’Empire ottoman a invité un groupe d’intellectuels kurdes à l’aider à écrire une anthologie de poésie classique d’un groupe de poètes kurdes. Sa contribution la plus notable est la rédaction du dictionnaire kurde et français, ainsi que d’un grand dictionnaire triple (kurde, français et russe). En 1856, l’Évangile a été publié en dialecte kurmancî à Istanbul.
 
L’orientaliste britannique (Major Ely Bannister Soane, 1881-1923), qui, après la première guerre mondiale, a été envoyé à Sulaimaniyah et a joué un rôle important dans la recherche sur la langue kurde. Il a écrit la grammaire kurde en anglais en 1913, suivi par d’éminents professeurs et universitaires du monde entier, qui ont également écrit et publié des articles et des livres sur la grammaire kurde.
 
L’évolution de l’alphabet et du style d’écriture kurde
 
Au milieu du développement en Europe dans les domaines de la science, de l’industrie et de la technologie, au début du siècle dernier, les peuples opprimés devenaient de plus en plus vulnérables et opprimés, dont les Kurdes qui ont souffert de la répression aux mains de l’Empire ottoman. Ce qui a contraint un grand nombre d’intellectuels kurdes à fuir leur pays pour échapper à la répression. Après leur arrivée en Occident, ils se sont intéressés à l’alphabet latin. Ils en sont venus à la pleine conviction que la langue arabe qu’ils maîtrisaient n’était pas suffisante et qu’elle ne pouvait pas répondre aux voyelles de la langue kurde.
 
En 1913, le Dr Abdullah Joudat a appelé les Kurdes à changer d’alphabet, car l’alphabet arabe ne répond pas aux sons de la langue kurde. À cette époque, les membres de l’Association des étudiants kurdes de Hevi ont mené des recherches et des discussions approfondies sur ce sujet.
 
Les enlumineurs kurdes du magazine « Roji Kurd » cherchaient à obtenir un alphabet proche des caractères latins, mais la première guerre mondiale les a empêchés de continuer.
 
Après la fin de la première guerre mondiale, le Major Soane a développé un alphabet correspondant à la langue kurde et a publié deux livres dans cet alphabet : Elementary Kurmanjî Grammar, Bagdad, 1919, et Kitabi Awwalamini Qiraati Kurdi, 1920, qui n’a pas obtenu la grâce aux yeux des Kurdes.
 
Le prince Jaladet Badirkhan (1893-1915) a commencé à utiliser l’alphabet latin pour écrire en langue kurde dans le magazine Hawar
 
Après la signature du traité de Sevre en 1920, qui prévoyait la création d’un État kurde, un comité de dirigeants kurdes en Arménie a été formé pour participer au recensement et connaître le rapport entre les âmes arméniennes et kurdes, afin de résoudre le différend sur la frontière. Le major anglais Noel était à la tête de cet organisme et les deux frères, le prince Badirkhan et le prince Kamuran Badirkhan côté kurde.
 
« En 1919, nous marchions au milieu des récifs de la montagne jusqu’à ce que nous atteignions les maisons du clan Rashwan », avec le major Noel, qui parlait couramment le kurde dans l’un des dialectes, et qui voulait apprendre le dialecte du Nord [kurmancî]. Il cherchait à écrire tout ce qu’il apprenait, mais je collectais des histoires,(…) et des proverbes que j’entendais de la bouche des individus et les enregistrais sur papier en écriture arabe. Noel et moi passions en revue ce que nous écrivions et lisions ce que nous écrivions. Cet anglais lisait avec aisance ce qu’il écrivait. Quant à moi, ma lecture était difficile et lente, j’avais du mal à distinguer entre (et) et (o) et (î) et (ê) ; quelle en est la raison ? Le major utilisait des lettres latines, mais j’ai utilisé des lettres arabes, et puis j’ai pris la décision de créer un alphabet latin qui répond à tous les mots de la langue kurde », écrit le prince Jaladet Badirkhan.
 
Entre 1925 et 1930, il a rencontré le linguiste kurde Mustafa Wehbe en Syrie, pour discuter et éviter les lacunes et les défauts de la langue kurmanji et soranî, et développer un alphabet commun pour ces deux dialectes, mais Wehbe est retourné en Irak sans que leurs efforts communs n’aient abouti et en 1932, il a publié le magazine Hawar en alphabet latin. Le magazine publiait des leçons sur les lettres et les règles de la langue kurde.
 
 
 
 

GUERRE DE L’EAU. La Turquie réduit le débit d’eau de l’Euphrate desservant le Rojava et la Syrie

La Turquie veut mettre à genou les Kurdes du Rojava en les assoiffant. Avec l’arrivée de l’été dans une région aux températures caniculaires, la réduction par la Turquie du débit d’eau de l’Euphrate desservant le Rojava et la Syrie aura des conséquences dramatiques tant sur le plan sanitaire que sur le plan de la sécurité alimentaire.
 
L’Etat colonialiste turc a réduit le débit des eaux de l’Euphrate desservant le Rojava et la Syrie. Ainsi, il met en péril les récoltes agricoles et les moyens de subsistance de millions de Kurdes et de Syriens, après avoir délibérément réduit le débit d’eau dans un scénario répété de l’été 2017. Ceci est la nouvelle guerre de la Turquie contre les habitants du nord et de l’est de la Syrie en pleine pandémie du coronavirus (COVID-19) alors que l’été arrive et que l’agriculture de la région dépend de l’eau de l’Euphrate.
 
Le niveau d’eau de l’Euphrate – un des 2 principaux fleuves du Kurdistan de la Turquie – a baissé de 60% au cours des deux dernières semaines, annonçant une catastrophe qui aura des répercutions dramatiques sur les récoltes agricoles du nord du pays et l’alimentation électrique de la région et des installations vitales.
 
En vertu d’un accord préalable, la Syrie est censée recevoir 500 m3 d’eau par seconde de la rivière Euphrate. En été 2017, la moyenne du débit était de 100 m3 d’eau, tandis que le débit actuel n’est que de 200 m3 par seconde.
 
Les barrages doivent pomper l’eau à un débit moyen de 300 m3 par seconde pour produire de l’électricité
 
Le nord-est de la Syrie est alimenté par trois barrages sur le fleuve Euphrate de 600 km à l’intérieur du territoire syrien, le barrage du Rojava (Tishreen) au sud-est de Manbij et le barrage d’Euphrate, le plus grand barrage de Syrie près de la ville d’Al-Tabqa avec un lac de 14 milliards de mètres cubes d’eau et le barrage de Freer près de la ville d’Al-Raqqa.
 
Six barrages turcs retiennent l’eau du fleuve Euphrate avant qu’elle ne se jette en Syrie, y compris le barrage d’Ataturk, le deuxième plus grand barrage au Moyen-Orient, qui stocke 48 milliards de mètres cubes d’eau.
 
La réduction du niveau d’eau de l’Euphrate menace des millions de Syriens dans le nord-est du pays en raison des coupures d’eau potable, et de l’approvisionnement en électricité et a montré l’impact de la baisse de l’eau, suite aux fréquentes interruptions cette semaine, ainsi que la menace sur l’agriculture, qui dépend largement de l’irrigation dans la campagne nord et ouest de Raqqa, et dans la campagne ouest de la province de Kobanê.
 

La Turquie a noyé Hasankeyf sous l’eau et les ordures

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Alors que près de 12 000 mille ans d’histoire ont été englouties par les eaux du barrage d’Ilisu, de grandes quantités de déchets provenant des décharges environnantes flottent en surface, menaçant à la fois l’environnement et les populations.

 

TURQUIE / BAKUR – BATMAN – Le porte-parole de « l’Initiative pour garder Hasankeyf en vie », Rıdvan Ayhan, exige l’enlèvement immédiat des montagnes d’ordures qui flottent à la surface des eaux barrage d’Ilisu. Avec la fonte des neiges, le niveau du réservoir d’Ilisu augmente rapidement. Le réservoir a de facto transformé les rivières Tigre, Botan, Kezer et Başur en eaux stagnantes et a enterré sous l’eau l’histoire d’Hasankeyf, vieille de 12 000 ans. Directement en face du la ville « nouvelle Hasankeyf » se trouve une grande décharge. Le vent et la montée des eaux chassent les déchets des vallées et des gorges vers le lac. En raison de l’eutrophisation, le niveau d’oxygène du réservoir commence à baisser rapidement, bien que ce ne soit pas encore l’été. L’initiative visant à sauver Hasankeyf exige une action immédiate.

 

Les déchets favorisent la propagation des maladies
Ayhan raconte que les êtres vivants dans le lac sont menacés par les ordures et que l’autorité de l’eau (DSI) en porte l’entière responsabilité. « Avec l’eau, l’histoire a été enterrée et à la place sont venues les ordures. Ces ordures doivent être collectées et détruites. Si les ordures restent, les créatures déjà menacées seront exterminées. Le DSI ou le gouvernement local ou quiconque doit faire quelque chose. Si cela continue, diverses maladies vont se répandre », prévient Ayhan. ANF

 

Barrage Ilisu: un écocide doublé d’un ethnocide

 

Le barrage Ilisu construit sur les rives du Tigre près de la région kurde de Batman a englouti un joyau de l’humanité nommé Hasankeyf : une ville antique de plus de 12 000 ans. Hasankeyf avait accueilli de nombreuses civilisations telles que les Sumériens, les Assyriens, les Babyloniens, les Byzantins, les Omeyyades, les Abbassides, les Artuqides, les Kurdes, etc. A Hasankeyf, la Turquie a commis un écocide doublé d’un ethnocide.

 
En plus d’Hasankeyf, où plus de vingt cultures ont laissé leur empreinte au fil de 12 000 ans d’histoire – que l’UNESCO aurait dû inscrire sur la liste des sites protégés – le barrage Ilisu a également englouti près de 200 villages, chassant de leurs terres des dizaines de milliers de Kurdes, les ennemis jurés de l’Etat turc qui voudrait mettre fin à leur existence par tous les moyens…
 
Pourquoi le barrage Ilisu est un écocide doublé d’un ethnocide ?
 
En premier lieu, Hasankeyf (Heskîf en kurde) est le patrimoine culturel de l’humanité avec ses plus de 12 000 ans d’histoire laissée par de nombreuses civilisations successives. Hasankeyf compte plus de 5000 grottes, 300 monticules et n’a pas encore livré tous ses secrets, fautes de fouilles archéologiques…
 
En second lieu, ce grand barrage d’Ilisu va chasser de leurs terres les populations qui vivent dans cette région depuis des millénaires. (On parle de plusieurs milliers de personnes ainsi déracinées de la région qui sera inondée par le barrage.)
En troisième lieu, la réduction du débit des eaux du Tigre asséchera les marais située dans le sud de l’Irak causant une autre catastrophe écologique dans une région déjà dévastée par les changements climatiques et sécheresses répétées, tandis que la nature d’Hasankeyf sera engloutie par l’eau alors que la Turquie l’avait déclarée « zone de conservation naturelle » en 1981.
 
En quatrième lieu, avec ce barrage, l’État turc prendra le contrôle des ressources en eau et sera en mesure de couper l’eau du Tigre à tout moment, affectant ainsi l’Irak. L’eau est très importante non seulement pour les Kurdes, mais aussi pour les Arabes et l’Irak. L’eau du Tigre ne doit pas être une arme de guerre laissée entre les mains du pouvoir turc.

ROJAVA. Appel à une coordination mondiale pour éradiquer la violence domestique

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SYRIE / ROJAVA – La pandémie de coronavirus a forcé des millions de personnes à rester chez elles. Pourtant, pour de nombreuses personnes, en particulier les femmes et les enfants, rester à la maison signifie une augmentation du risque d’être soumis à la violence.

 

 

S’adressant à ANHA au sujet de l’augmentation de la violence contre les femmes, Lina Berekat, coordinatrice générale du Conseil des femmes syriennes, a souligné la nécessité de rendre la lutte des femmes plus efficace.

 

 « Nous avons fait appel à tous les milieux concernés pour la protection des droits des femmes. Nous nous battons non seulement pour les femmes vivant en Syrie, mais aussi pour toutes les femmes du monde. Toutes les menaces auxquelles les femmes sont confrontées et qui mettent leur vie en danger doivent être éliminées ».

 

Lina Berekat a déclaré qu’elles sont en coordination avec de nombreuses institutions afin d’obtenir des données précises sur la violence contre les femmes. Elle a ajouté que ces données seront annoncées plus tard. Soulignant qu’il ne peut y avoir aucune excuse à la violence contre les femmes, Berekat a déclaré : « Les auteurs de la violence contre les femmes doivent être traduits en justice ».

 

Berekat a souligné que la violence contre les femmes dans le nord et l’est de la Syrie est très faible par rapport à d’autres pays du monde et a noté que cela a été réalisé grâce à la priorité donnée aux femmes dans le modèle d’administration autonome.

 

Elle a ajouté que les femmes ont obtenu de grands gains au Rojava et dans le nord et l’est de la Syrie rendant plus forte la lutte des femmes. Quant au silence de la communauté internationale face aux violence faites aux femmes, notamment dans les régions kurdes du Rojava occupées par la Turquie et ses gangs islamistes, Berekat a déclaré « L’État turc et ses mercenaires s’attaquent aux femmes d’Afrin, de Serêkaniyê et de Girê Spî. Les occupants doivent être tenus responsables de cette situation. La raison de ces attaques immorales est le but de détruire la révolution faite par les femmes ».

 

Lina Berekat a déclaré avoir une liste de suggestions pour combattre la violence contre les femmes soulignant que les lois existantes ne sont pas suffisantes pour prévenir la violence. Elle a suggéré la création d’un bureau de crise pour aider les organisations de femmes dans le monde entier, et a déclaré qu’une lutte des femmes doit être organisée pour contrer la mentalité dominée par les hommes.

 

ANF

Grup Yorum appelle à protéger la tombe d’Ibrahim Gökçek contre les fascistes

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TURQUIE – Grup Yorum a lancé un appel invitant les gens à se rendre sur la tombe d’Ibrahim Gökçek, après que des fascistes turcs aient tenté de détruire la tombe du bassiste décédé le 8 mai.
 
La formation musicale, Grup Yorum a publié un communiqué concernant les attaques contre les funérailles de son membre Ibrahim Gökçek, décédé deux jours après avoir mis fin à sa grève de la faim de 323 jours.
 
Voici le communiqué : « La police (…) de l’AKP et les bandes fascistes qui y sont liées ont agi avec honte et immoralité contre les restes d’Ibrahim. Elles ont attaqué la cérémonie qui se tenait au quartier Gazi avec du gaz lacrymogène, ont enlevé le corps d’Ibrahim, ne tolérant même pas qu’une chanson folklorique soit chantée sur sa tombe à Kayseri. La foule fasciste menace maintenant de déterrer le corps et de le brûler. Ibrahim a chanté des chansons populaires contre ce système inhumain, et pour ce système qui ne reconnaît aucune valeur, il n’y avait aucune loi pour qu’il soit réduit au silence. Ibrahim est tombé martyr pour que la voix du peuple ne reste jamais silencieuse. Ses os seront mélangés à de la terre, mais son nom, ses rêves et ses chansons folkloriques vivront dans le cœur du peuple pendant des centaines de années. »
 
Appel à l’opinion publique
 
Grup Yorum a appelé les artistes, les députés et les organisations démocratiques à agir. Il a demandé d’écrire, d’exiger du gouverneur de Kayseri et du siège de l’AKP  qu’ils mettent fin aux menaces contre la tombe d’Ibrahim.
 
*Gokcek avait mis fin a son action suite à la promesse d’un concert faite par le pouvoir turc, après plusieurs années de persécution des membres de Grup Yorum accusés de faire du « terrorisme ». Son enterrement a eu lieu sous la violence policière et les personnes qui ont voulu assister à enterrement ont été attaquées par la police turque.
 
Après le décès d’Helin Bolek survenu le 3 avril dernier, son camarade de scène, Ibrahim Gokçek est décédé après une grève de la faim de 322 jours car il était accusé de faire du terrorisme et il était interdit de faire de la musique ! (N’oublions pas que des musiciens kurdes, comme Nûdem Durak, sont emprisonnés en Turquie pour avoir chanté dans leur langue maternelle.)
İbrahim Gökçek et Hêlin Bölek demandaient la fin des persécutions étatiques les empêchant de chanter et qui les accusaient de terrorisme pour avoir fait de la musique contestataire !
Helin Bölek et İbrahim Gökçek ont débuté une grève de la faim le 16 mai 2019 en raison des restrictions à leur liberté d’expression artistique imposées par les autorités. En raison des chants politiques de Grup Yorum, le gouvernement turc considère les membres comme des terroristes et a emprisonné plusieurs membres du groupe pour « appartenance à une organisation terroriste ». D’autres membres du groupe se sont réfugiés à l’étranger pour échapper à la prison.
 
ANF

Leila Qasim: pendue pour avoir défendu les droits des Kurdes

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Leila Qasim a marqué l’histoire kurde et a prouvé la force des femmes kurdes. Cette jeune femme qui est devenue un modèle pour toutes les militantes kurdes a été pendue à l’âge de 22 ans par le régime irakien.
 
Le 12 mai 1974, le régime sanguinaire du dictateur irakien, Saddam Hussein, a pendu Leyla Qasim, une activiste et féministe kurde qui militait pour les droits des Kurdes et des femmes dans un Kurdistan colonisé. Aujourd’hui, 46 ans après son exécution, Leyla Qasim est considérée comme l’une des femmes qui ont marqué l’histoire du peuple kurde, comme ce fut le cas de Sakine Cansiz, Zarife Xatun… Son portrait orne les murs de nombreux foyers kurdes et les lieux publics au Kurdistan.
« Tuez-moi, mais vous devez savoir que par ma mort, des milliers de Kurdes se réveilleront d’un profond sommeil. Je suis heureuse de donner ma vie sur le chemin d’un Kurdistan libre ».
 
Qui est Leyla Qasim (ou Leila Qassem) ?
 
Leila Qassem, est née le 27 décembre 1952 dans la ville de Khanaqin, au Bashur (Kurdistan du Sud). La fratrie composée d’Abdessalam, Leila et Sabiha a grandi dans l’amour de la patrie. Elle a terminé ses études secondaires à Khanaqin, en 1972 puis entamé des études à la faculté des arts de l’université de Bagdad et s’est spécialisée en sociologie.
 
Qassem était une personnalité éminente avec des intérêts politiques, culturels et sociaux qui la qualifiaient pour entrer dans les rangs de l’Union des étudiants du Kurdistan. Au début des années 1970, le régime baasiste irakien a intensifié sa répression sur la région de Khanaqin en menant le nettoyage ethnique contre le peuple kurde. Leila a donc été contrainte de se réfugier avec sa famille dans la capitale irakienne, Bagdad. Elle a commencé sa lutte et sa carrière politique avec le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) à l’université par l’intermédiaire d’un de ses collègues de Khanaqin. Elle s’est caractérisée par son activisme, sa compétence et son dévouement sans faille et est devenue l’un des visages les plus actifs des étudiants de l’université.
 
Elle a choisi la lutte
 
Connue de ses collègues pour son patriotisme et son sens élevé du nationalisme kurde, Mme Qassen a combiné son combat pour les droits des Kurdes avec celui des droits des femmes.
 
Après l’échec de l’accord du 11 mars 1970 entre le gouvernement irakien et Mala Mustafa Barzani, qui reconnaissait les droits des Kurdes, offrait des garanties au peuple kurde en Irak et enseignait la langue kurde, tous les camarades de Qassem ont été contraints de quitter Bagdad, mais Leila a choisi de rester à Bagdad pour poursuivre sa lutte contre le régime dictatorial. Qassem a contacté nombre de ses camarades pour réorganiser leur parti, loin de la surveillance des services de sécurité irakiens.
 
Cependant, ce groupe de jeunes n’a pas pu continuer son travail politique pendant longtemps, car il y avait des failles dans leur organisation, en conséquence de quoi les autorités du régime ont arrêté quatre d’entre eux, dont son fiancé militant Jawad al-Hamondi qui a été exécuté par la suite.
 
Dans la nuit du 24 avril 1974, les services de sécurité ont bouclé la maison de Qassem, l’ont placée dans une cellule d’isolement et ont empêché les visites. Elle a subi les formes les plus brutales de la torture. Sous la torture, on lui arraché l’œil droit et mutilé le corps.
 
Le comité d’enquête de la sécurité l’a accusée d’avoir fait sauter des cafés, des clubs et des cinémas et d’avoir tué des innocents en Irak, mais elle a répondu : « Je ne suis pas une criminelle, mais je me bats pour la cause kurde légitime. Je donnerai mon âme pour cela ».
 
Qassem, la mariée du Kurdistan
 
Lors de la première visite de sa mère et de sa sœur, Leila leur a recommandé d’apporter ses uniformes et ses ciseaux kurdes. Elle a coupé une mèche de ses cheveux et l’a donnée à sa sœur pour qu’elle assiste à son combat : « Dans quelques jours, je serai la mariée du Kurdistan, je veux donc que la terre m’embrasse en toute élégance ».
 
Le 12 mai 1974, elle a été exécutée sans procès en moins de deux semaines après son arrestation. Elle a revêtu son uniforme kurde, en chantant le chant « Kurdistan », devenant ainsi un symbole pour toutes les femmes kurdes et tout le peuple kurde.
 
Leila Qassem a été enterrée au cimetière de Wadi al-Salam à Najaf, loin de sa maison et de sa famille.
 
Les femmes kurdes ont repris son combat
 
Après le martyre de Leila Qassem, des centaines de jeunes filles kurdes ont reçu son nom. Leyla devenue un flambeau sur le chemin de toutes les femmes, un symbole de la résistance pour les femmes kurdes. Ses photos ornent les maisons, des agences et des instituts kurdes. L’esprit de Leila Qassem s’est incarné dans la résistance des femmes au Rojava également. (ANHA)
 
Le grand poète kurde, Cigerxwin avait rendu hommage à Leyla avec son poème « Leyla Şehid ». (Interprété par Ciwan Haco)
 
LEYLA ŞEHÎD
 
Şer şêre, mére yan jine
Nîşan bi dest, Leyla mine
Polaye dil wek asine
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Leyla mine, Leyla welêt
Wé dil li min kir ar û pêt
Mizgîn li kurd roja me têt
Dijmin ji tirsan maye şêt
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Sitêr ji ezman hate xwar
Zer bûn li min bax û bihar
Rabin ji xwe ey xwendewar !
Tev mér û jin bibne şîyar
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Daser te taca Erdeşêr
Navê te dinvîsim bi zêr
Jin nû dibin wek şér û mêr
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Leyla keça Mît û Meda
Canê xwe da di ber me da
Bijîn heçî ko canfîda
Xweş bin ji te jar û geda
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Leyla delal û pir çeleng
Leyla ciwan û şox û şeng
Xwe daye kuştin wek pileng
Şêre li nav kurd daye deng
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Leyla çiraxa şevreşe
Wé rû li kurdan kir geşe
Kuştin bi me kurdan xweşe
Zordarî îdî nameşe
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Bi wê li kurd ron bûye şev
Jin bûne wek Leyla me tev
Îdî nema héjaye rev
Ey kurd de destan bidne hev
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Divêm li pey te bêm ejî
Çibkim bi vé jîna rijî ?
Xwîné nerêjî napijî
Leyla bijî, Leyla bijî !…
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Pir şerme ey xortén ciwan !
Keç bêne kuştin pehlewan
Win jî temaşekin li wan
Rûmet çîye ey xwendewan ?
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Êrîş bikin rengê Ziya
Zû derkevin jorên çîya
Bigrin li ber dijmin rîya
Ka : Hor û Mît û Mîdîya ?
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…
 
Leyla bijî, sed aferîn
Ji bo me bûye ol û dîn
Dîsa li min derbûn birîn
Hetta ciger min bûye xwîn
 
Leyla kîye ?
Leyla jine
Leyla mine
Leyla mine…