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TURQUIE. Un mineur syrien abattu par la police turque à Adana

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TURQUIE – ADANA – La police turque a abattu un réfugié syrien de 17 ans qui était sorti de chez lui pour aller au travail dans le district Seyhan, à Adana.
 
Des policiers turcs ont assassiné Ali El Hemdan, un réfugié syrien de 17 ans qui a tenté de s’enfuir car il n’avait pas la permission nécessaire pour sortir dehors (seuls les travailleurs de plus de 20 ans peuvent sortir) alors qu’il y a un couvre-feu à cause de la pandémie du coronavirus (COVID-19).
 
Les autorités turques ont essayé de cacher les circonstances de ce meurtre policier en prétendant que les policiers avaient visé les pieds alors que le jeune homme a été touché au coeur…

Grand succès pour les cours de kurde en ligne

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LANGUE. Depuis mardi 21 avril, en tant que francophones, vous pouvez assister à des cours de kurde (dialecte kurmancî, niveaux grands-débutants et A-1) en ligne à raison de 3 cours hebdomadaires pour chaque niveau pendant un mois.
 
Depuis le lancement de nos cours, nous avons été sollicitées par des centaines de personnes voulant suivre nos cours. C’est pourquoi, nous avons dû simplifier encore plus le processus à suivre pour assister aux cours de kurde en ligne.
 
Dorénavant, il vous suffit de cliquer sur le lien de la réunion sur l’application ZOOM de cours de kurmancî assuré par Nebiyê DÛRO. On diffusera le lien sur la page Facebook d’ « Apprendre le kurde en ligne« . C’est pourquoi, on vous conseille d’oublier les mails ou les numéros de téléphone à nous envoyer. La gestion de ces mails et numéros est devenu un travail titanesque pour l’équipe de Kurdistan au féminin qui est déjà bien occupée à informer le public. Cliquez plutôt sur le lien ZOOM pour assister aux cours de kurde en directe. On essayera de diffuser les cours,  en temps réel, sur Facebook s’il n’y a pas d’aléas du direct. 
 
Pour ceux qui ne peuvent assister au cours en temps réel, vous pouvez suivre les cours en allant sur notre chaîne YouTube, ou sur notre page Facebook et suivre les cours à votre rythme.
 

Les détails concernant les cours d’un mois :

-Cours de kurmancî pour grands débutants francophones
-Cours de kurmancî niveau A-1 A-2 pour ceux qui veulent améliorer leur niveau du kurmancî
 
Le planning des cours pour débutants :
 
Mardi 19h-20h (heure d’Europe centrale)
Jeudi 19h-20h
Samedi 19h-20h
 
Le planning pour le niveau A- A-2 :
 
Mardi 20h-21h (heure d’Europe centrale)
Jeudi 20h21h
Samedi 20h21h
 
RDV ce soir, à 19 heures, pour le quatrième cours de kurmancî.
Sinon, nous sommes déterminés à reprendre tout ce qu’on nous a volé: notre langue, culture, musique… Nous sommes des phénix kurdes. Nous renaissons de nos cendre chaque fois que nos ennemis pensent en avoir fini avec nous !

ROJAVA. La Turquie frappe un poste de sécurité à Kobanê

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SYRIE / ROJAVA – La nuit dernière, un drone turc a lancé une attaque aérienne contre un poste de contrôle d’Asayish (sécurité) dans le canton kurde de Kobanê.
 
Ces dernières 48 heures, la Turquie a également frappé Til Temir, faisant des victimes civiles, et ce, malgré les appels de l’ONU et des Forces démocratiques syriennes (FDS) pour un cessez-le-feu humanitaire afin de lutter contre le coronavirus (COVID-19).
 
Concernant l’attaque turque de cette nuit contre Kobanê, une source de sécurité à Kobanê a déclaré à RIC (Rojava Information Center) :
« Le principal quartier général des Asayish dans la région de l’Euphrate a été visé. Deux bombes ont été larguées près de la porte principale ; une a explosé à 3h10 et l’autre à 3h45. Il n’y a eu que des dégâts matériels. Aucun membre de l’Asayish n’a été blessé ou tué.
 
Il y a une demi-heure, une délégation russe est venue visiter le site de l’explosion. Ils pensent qu’il ne s’agit pas d’un missile de drone armé [provenant d’un drone militaire turc], mais de petites bombes larguées par un drone [commercial] – néanmoins, les Russes pensent que la Turquie en est responsable. »
 

ROJAVA. Une jeune Yézidie de 16 ans libérée des mains des terroristes de l’EI

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SYRIE / ROJAVA – Ronya F. avait dix ans lorsque l’Etat islamique a commis un génocide à Shengal. Elle a été emmenée à Mossoul et vendue sur un marché aux esclaves. À 14 ans, elle a été forcée d’épouser un djihadiste de 32 ans. Elle vient d’être libérée du camp al-Hol.
 
À dix ans, Ronya F. a vécu le génocide des Yézidis à Shengal. Elle, sa mère et ses frères et sœurs étaient à la maison lorsque les terroristes de l’Etat Islamique (DAECH / ISIS) a envahi la région le 3 août 2014 et commis un génocide. Ceux qui ont pu se sauver par cette chaude journée d’été ont fui vers les montagnes. Sur le chemin, d’innombrables enfants et personnes âgées sont morts de soif. Des hommes qui ne pouvaient pas s’enfuir ont été brutalement assassinés par l’Etat islamique. Des milliers de femmes yézidies ont été enlevées et vendues, maltraitées et violées sur les marchés d’esclaves de l’Etat islamique. Selon l’ONU, plus de 12 000 personnes ont été tuées et plus de 400 000 ont été chassées de leurs foyers. Près de 2 900 femmes, hommes et enfants yézidis sont toujours portés disparus.
 
Ronya, sa mère et ses frères et sœurs ont également été enlevés par l’Etat islamique. Ils ont d’abord été emmenés à Mossoul, puis dans un marché aux esclaves à Tal Afar, d’où provenaient la plupart des cadres moyens de l’Etat islamique. À Tal Afar, la fille a été séparée de sa mère et de ses frères et sœurs. Une famille de l’Etat islamique a acheté Ronya et l’a emmenée à Raqqa, dans le nord de la Syrie. Là, elle vivait dans la maison d’une femme russe nommée Umm Taleb. Elle a dû apprendre le russe et l’arabe couramment et a presque perdu sa langue maternelle. Il ne lui restait que quelques mots kurdes.
 
«Mariée» à un djihadiste à l’âge de 14 ans
 
À l’âge de 14 ans, Ronya était mariée à un djihadiste de 32 ans. Après un séjour dans la ville est-syrienne d’al-Mayadeen, le voyage s’est poursuivi près d’Abu Kamal, à Baghouz. Le village avait été la dernière enclave de l’Etat islamique avant que les Forces démocratiques syriennes (FDS) enfreignent la domination territoriale de la milice et aient battu l’organisation militairement en mars 2019. Depuis lors, Ronya vivait dans le camp de Hol près de Hesekê dans le nord-est de la Syrie où des familles de Des mercenaires de l’Etat islamique sont détenus.
 
Il y a quelques jours, Ronya a été sauvée de l’esclavage de l’Etat islamique. Elle a pu contacter un oncle maternel via Facebook, qui lui a donné le numéro de téléphone de la maison des Yêzidis (Mala Êzidîyan) de la région de Cizîrê. La Maison des Yêzidis est une institution à Hesekê, qui se consacre à la recherche de Yazidis enlevés à Shengal. Après un appel à l’organisation, il n’a fallu que quelques heures pour libérer Ronya, qui a maintenant 16 ans. Elle a expliqué à l’agence de presse ANHA ce qu’elle avait vécu.
 
Rêver d’une vie normale, sans peur et sans bombes
 
Ronya raconte qu’elle a rencontré de nombreuses femmes et filles yézidies après son enlèvement à Shengal. Cependant, une évasion de l’EI n’a jamais été un plan pour elle car d’autres l’ont essayé et ont été gravement torturés.
 
« Nous n’étions pas non plus autorisés à parler le kurde, sinon ils nous auraient tués. Nous étions de toute façon considérés comme des infidèles. Ils ont toujours dit que l’islam est la seule vraie religion. »
 
La chose la plus difficile pour Ronya a été la séparation d’avec sa mère. « J’espère retourner bientôt dans ma famille à Shengal et mener une vie normale sans crainte, loin des bombes. »
 
La maison des Yézidis a été en mesure de secourir 236 femmes et enfants yézidis de Hol Camp depuis la victoire militaire sur l’Etat islamique. Cependant, l’organisation soupçonne qu’il y a encore des centaines, voire des milliers, de Yézidis dans le camp. « Beaucoup de Yézidis n’osent pas révéler leur véritable identité et prétendent plutôt être musulmans. Pendant des années, ils ont été inculqués à l’idée que leurs familles les rejetteraient ou les tueraient parce qu’ils se sont convertis à l’islam. Ou ils sont directement menacés de mort s’ils parlent aux chefs de camp de leur identité yézidie », explique Mehmûd Memî, un des administrateurs de la maison yézidie. Ronya y reçoit actuellement des soins médicaux et psychologiques avant d’être ramenée à Shengal.
 
Journaliste: la mère et les frères et sœurs de Ronya sont au Canada
 
La mère de Ronya et ses frères et sœurs semblent vivre au Canada maintenant. La journaliste néerlandaise Brenda Stoter a écrit sur Twitter que la mère de Ronya vit maintenant au Canada avec ses autres enfants. Cela pourrait en effet être le cas puisque le Canada a accueilli environ 1200 familles yézidies qui ont été persécutées en Irak par les milices djihadistes en 2017.
 

Être femme et réfugiée, difficile fardeau des femmes kurdes de Lavrio

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Deux camps de réfugiés kurdes de Lavrio, à 60 km d’Athènes, accueillent actuellement 600 réfugiés, dont des femmes, des enfants, venus essentiellement du Kurdistan du Nord (Bakur) et du Kurdistan de l’Ouest (Rojava). Avec l’arrivée de la pandémie du coronavirus (COVID-19), les habitants des deux camps, qui ne reçoivent aucune aide des autorités grecques mais qui survivent seulement grâce à la solidarité internationale des militants, ont vu leurs conditions de vie détériorées encore plus. En effet, ils sont interdits d’aller au centre de santé de la ville et le maire d’extrême-droite de Lavrio menace de fermer les 2 camps au lieu de venir en aide au réfugiés.  
 
C’est dans ce contexte qu’on a fait la connaissance de Mamoste Dîn, l’autrice de la bande dessinée « Ne pas mourir comme des chiens » [une BD parlant de la vie des réfugiés kurdes de Lavrio et qui montre également du soutien des Kurdes de Lavrio au mouvement des Gilets-Jaunes français] qui s’est rendue aux camps kurdes de Lavrio et qui a pu discuté avec les habitants du camps. Nous lui avons demandé de nous parlé de son expérience parmi les réfugiés kurdes de Lavrio, en lui demandant notamment de nous parler de la vie des femmes dans les deux camps.

Voici son témoignage :

 
 
Bonjour, pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs et lectrices ?
 
Bonjour, je suis une jeune auteure de BD et illustratrice, française, qui travaille actuellement sous le nom de Mamoste Dîn [« Mamoste Dîn » signifie « professeur folle » en kurde]. Ce nom me fut donné par des personnes du camp de Lavrio à qui je faisais faire de la gravure et des impressions.

Comment avez vous fait la connaissance du mouvement kurde ?
 
Historiquement. Autrement dit, de la même manière que je me suis documentée sur la guerre d’Espagne en 1936, l’IRA, les zapatistes, les situationnistes, les guérillas et les divers mouvements révolutionnaires historiques. Il me semble impossible de ne pas avoir ces repères si l’on veut être pertinent politiquement. Il faut, pour avoir une compréhension juste de notre société et une perspective stratégique, connaître les différents mouvements de protestation anticapitalistes, antifascistes et révolutionnaires.
 
Comment avez vous été emmenée à vous rendre aux camps de réfugiés kurdes de Lavrio et d’où est partie l’idée de faire une bande dessinée sur le sujet ?
 
J’ai pu connaître le camp de Lavrio grâce à une amie de longue date et camarade géographe (étudiante) qui avait fait son mémoire de master sur le camp. Elle connaissait mon travail, mes dessins et aussi mes considérations politiques et elle m’a proposé de venir avec elle, pour dessiner les lieux et travailler sur l’endroit.
 
Y a t’il des anecdotes qui vous ont marquée particulièrement au camp que vous voudriez bien partager avec nous ?
 
Pour ce qui est des anecdotes, cela dépend si je peux parler de ce qui est dans la Bande dessinée ou s’il vaut mieux d’autres choses afin de laisser un peu de découverte.

– Les premiers mots qu’on m’a appris à dire en kurde, par exemple, et ce grâce à un responsable du camp, étaient : Tu es fou/folle ! Où est le docteur ?

Après avoir bien répété ces phrases dans ma tête, et bien sûr, très fière de moi, je me suis précipitée vers la première personne que j’ai croisé pour appliquer mes nouvelles connaissances. Et à partir de ce moment, c’est moi que tout le monde a appelé « la professeure folle ». Professeure parce que je faisais l’atelier de gravure. Et folle parce que c’était mes premiers mots !

C’est d’ailleurs assez compliqué de répondre, car en fait il y tant d’anecdotes, et je ne sais lesquelles sont les plus intéressantes à raconter…

Il y avait toujours ces heures pendant lesquelles, deux par deux, côte à côte, et parfois sans se parler, juste en fumant, des gens du camp faisaient des tours dans la cour, toujours de manière régulière. Les différents duos ne se parlaient pas entre eux. C’était une habitude de prison dont ils n’avaient pas pu se défaire.

A Lavrio tout le monde fumait des cigarettes et buvait du thé en permanence. Et le premier qui commençait à fumer proposait toujours à tous ses camarades de tablée ou de balade une cigarette. Il en allait de même pour le thé, si bien que tout le monde finissait par sentir cette odeur de plante, de sucre et de fumée.
 
 
Quel effet vous a laissé le camp, quelles traces gardez vous de cette expérience ?
 
Beaucoup de choses, en premier lieu des amis. Enfin après c’est peut-être abstrait de parler d’amitié, quand les liens ne se font plus que par mails plus ou moins réguliers, mais je suis toujours contente quand les gens me demandent de dessiner des portraits de leurs familles, de leurs amours et même parfois des souvenirs. C’est agréable d’avoir des nouvelles et de ne pas se perdre de vue.
 
Ensuite, je ne pense pas que les références politiques et les idées révolutionnaires soient exactement les mêmes en France et au Kurdistan.
 
Il y a pas mal de différences, qu’elles soient liées à l’histoire du PKK ou non. Par exemple le confédéralisme démocratique, qui naturellement n’est pas une théorie importante en France dans les groupes radicaux. Ou encore le rapport au culte de la personnalité, et toute l’imagerie communiste présente dans le camp qui en découle, qui en France est source de méfiance : les portraits énormes, sur fond rouge, qu’ils soient de Staline, de Marx ou encore d’Ocalan ne portent pas la même histoire.
 
Toutefois il est indéniable que la vie politique, l’organisation du camp à laquelle prennent part les gens, le système d’assemblées, le pouvoir concret des habitants sur leur vie, sont des choses qui doivent être l’objectif à atteindre en France pour les groupes radicaux sérieux, des choses qu’ont d’ailleurs essayé de mettre en place les gilets jaunes, à des échelles locales.
Après, on ne peut pas encore parler en France d’une organisation stratégique révolutionnaire, les gilets jaunes, et les gauchistes radicaux plus ou moins cohérents ne sont ni armés ni organisés actuellement pour agir de manière aussi conséquente et radicale que le PKK.
 
Dans la bande dessinée il y a un parallèle créée entre la lutte des kurdes et le mouvement des Gilets Jaunes, pourriez vous développer cela ?

J’ai participé pendant toute l’année 2019 à la plupart des actes des gilets jaunes, j’ai commencé à l’acte 2, et ce fut une année extrêmement plaisante et intéressante. Je ne savais par contre pas avec quelle ampleur les gilets jaunes s’étaient exportés à travers le monde ! Si bien que, lors de mon arrivée au camp, quand certains ont appris mes déboires en garde à vue, ou au tribunal, ils ont tenu à me montrer leurs gilets jaunes customisés avec des drapeaux et des figures kurdes. C’était quelque chose pour moi d’incroyable, que des gens qui se sont enfuis de leurs pays, qui ont été torturés, emprisonnés, condamnés pendant des années, qui ont perdu des proches et qui ont combattu Daech se revendiquent gilets jaunes avec fierté. J’avais l’impression d’être loin derrière avec nos quelques émeutes en France.
 
Mais au fond, il est évident que ces luttes se rejoignent dans leurs revendications, et dans la criminalisation créée en réaction par nos état capitalistes (néanmoins bien moins violente en France). Et c’est pour une raison très simple, c’est parce que tous ces pays sont capitalistes et libéraux. Tous ces pays plus ou moins violents avec leur population, plus ou moins racistes, homophobes, patriarcaux, sont des pays qui fonctionnent sur les mêmes bases économiques et politiques. La France comme la Turquie exploite sa population, l’aliène, dépossède les individus de leur liberté et de tout pouvoir sur l’organisation de leur vie.
 
Avez-vous pu échanger avec les femmes kurdes de Lavrio ? Si oui, qu’est-ce que vous pouvez dire au sujet de ces femmes qui portent à la fois le difficile fardeau de réfugié et de femme ?

Oui, j’ai échangé avec des femmes kurdes. Il est indéniable qu’être une femme complique énormément les choses surtout dans une situation d’illégalité. Quand je suis allée dans le camp, la majorité des femmes présentes étaient arrivées avec leur famille. Dans ces conditions matérielles difficiles, il est compliqué de participer à la vie du camp, politiquement je l’entends. Et bien que l’assemblée des femmes ait un droit de véto sur toutes les décisions prises dans le camp, cela a moins de valeur si ces mêmes femmes n’ont pas autant de temps pour réfléchir à l’organisation politique. Même si les enfants sont pris en charge par tout le monde et que les parents n’ont pas à douter de l’entraide qu’ils vont recevoir dans le camp, ces enfants restent une charge supplémentaire, et beaucoup travaillent à l’extérieur du camp. Aucune femme n’a donc eu le temps de participer à l’atelier de gravure par exemple. Et je ne parle même pas d’être une femme enceinte. Le temps de notre visite, nous partagions une chambre avec une femme dans cette situation qui avait été dublinée en Allemagne alors que son mari, lui, avait pu rester. Elle était seule et réfugiée. Heureusement que là encore tout le monde fait preuve de solidarité, grâce à cela les femmes de la chambre d’à côté lui préparaient toujours à manger et l’aidaient.
Mais le camp de Lavrio, parmi tous les camps de réfugiés que j’ai vu, ou les lieux illégaux mixtes d’occupation, est exemplaire, c’est peut-être même le seul où être une femme n’y présente aucun danger.

Le rapport de la rue, de la police et de la justice aux femmes est toujours violent et sexiste. Dans la bande dessinée, tout un chapitre qui s’appelle « Les femmes » est d’ailleurs dédié à un procès populaire féminin qui a eu lieu dans un autre camp suite à des attouchements. Il se conclut comme ceci : « Les femmes savent que porter plainte est inutile, qu’elles ne seront jamais entendues par la justice, d’autant plus dans cette situation. Et quand bien même elles le seraient, il est évident qu’aller demander à la justice, à la police et aux magistrats de régler le problème serait dangereux pour tout le monde. Les juges envoient des gens en prison, les juges qui au fond n’ont aucune connaissance concrète de ce qu’est une prison, de ce qu’est la misère, de ce qu’est l’illégalité. »
 
Outre un témoignage à travers votre art, quel message espérez-vous que cet oeuvre apporte aux lecteurs ?
 
J’aimerais idéalement créer une conscience politique et une volonté d’action chez les lecteurs. Une conscience que tout le monde est concerné par le combat révolutionnaire, et surtout que ce combat est nécessaire en France aussi. L’exploitation, l’aliénation, ces farces que sont la justice et la politique actuellement, ne concernent pas que la Turquie ou des pays lointains mais bien tout le monde.
 
Auriez vous quelque chose à ajouter pour nos lecteurs et lectrices ?
 
j’espère que la lecture leur plaira bien sûr !

Mamoste Dîn
Le lien du PDF de « Ne pas mourir comme des chiens » 

 

Campagne mondiale pour aider le Rojava menacé par le COVID-19 et la Turquie

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FRANCE – Bien que la pandémie du coronavirus (COVID19) a fait son entrée depuis plusieurs semaines au Rojava, les populations de la région sont privés de toute aide médicale alors qu’elles subissent l’embargo total du régime syrien et les attaques militaires de l’Etat turc.
 
C’est dans ce climat qu’une campagne de tweets a eu lieu hier, dimanche 26 avril, afin d’interpeller l’Organisation mondiale de la sante (OMS) l’ONU et les puissances mondiales à venir en aide à la Syrie du Nord et de l’Est.
 
A l’occasion de cette campagne de tweet, menée en parallèle à la campagne d’aide matérielle, des jeunes Franco-kurdes ont envoyé des lettres à leurs députés, leur demandant d’agir pour les populations du Rojava – dont des Kurdes – avant qu’on assiste à des décès en masse dus au COVID-19 dans la région.

Que vaut la vie d’un Kurde en Turquie ?

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TURQUIE / BAKUR – Un citoyen turc qui était en Suède a attrapé le coronavirus (COVID-19). Le gouvernement turc a envoyé un avion pour le ramener chez lui.

En 2014, Muharrem Taş, un enfant de 2 ans vivant à Van, en Turquie, est tombé gravement malade et son père a appelé une ambulance. Ils lui ont dit qu’à cause de la neige, ils ne pouvaient pas venir chercher l’enfant. Son père a porté le garçon sur son dos sur 16 km, dans un sac, en essayant de l’emmener à l’hôpital. Le gamin est mort sur le chemin.

La différence ? L’un est un pauvre enfant kurde de Turquie. L’autre est un riche citoyen turc.

Via Mark Cambpell

L’écrivain kurde, Musa Anter a 100 ans

TURQUIE / BAKUR – «Si ma langue maternelle secoue les fondations de ton Etat, cela signifie que tu as probablement construit ton Etat sur mes terres. »
 
Musa Anter, écrivain, poète, journaliste et activiste kurde persécuté pendant des décennies, a été tué par des hommes de l’Etat turc le 20 septembre 1992. Son meurtre, comme des dizaines de milliers d’autres meurtres dont sont victimes les Kurdes en Turquie, est resté impuni.
 
Musa Anter est né le 27 avril 1920, à Nusaybin, une localité kurde du Bakur. Hommage à cet homme exceptionnel qu’on nous a arraché il y a 28 ans.

Musa Anter, alias Ape Musa (littéralement «oncle Musa» en kurde), était un écrivain, journaliste et intellectuel kurde important qui a été assassiné par le JITEM* turc en septembre 1992.

Anter, qui a écrit des articles dans le quotidien Ozgur Gundem et l’hebdomadaire Yeni Ulke , a été tué par balle à Diyarbakir. Attirés de son hôtel par un appelant qui lui a demandé de l’aider à régler un litige immobilier, Anter et un ami sont partis en taxi avec un inconnu, âgé entre 25 et 30 ans. Quand ils ont commencé à soupçonner qu’un piège était en train d’être tendu, ils ont exigé de sortir du taxi. L’homme qui les accompagnait est également sorti et, ayant marché devant eux, a commencé à leur tirer dessus avec un pistolet.

Anter a été touché par quatre balles et est décédé peu après. L’ami, touché par deux balles, a été grièvement blessé. Amnesty International a signalé qu’un pistolet de 9 coups de 9 mm avait été utilisé lors de l’attaque, qui aurait eu lieu en périphérie de la ville près d’un poste de police et d’un poste de contrôle de la circulation. Anter, qui ne vivait pas à Diyarbakir, visitait la ville pour signer ses livres lors d’un festival culturel.

Les principaux livres d’Anter sont :

  • Birina Reş – Blessure noire (1959)
  • Qimil – Punaise des bois (1962)
  • Ferhenga Kurdî-Tirkî – Dictionnaire kurde/turc (1967)
  • Hatıralarım I – Mes souvenirs I (1991)
  • Hatıralarım II – Mes souvenirs I (1992)
  • Vakayiname (1992)
  • Fırat Marmara’ya Akar – Euphrate coule vers le Marmara (1996)
  • Çinara Min – Mon platain (1999)

«Musa Anter, explique Me Jacoby, est un écrivain et un journaliste kurde de grande renommée qui ne peut absolument pas passer pour un extrémiste. Il était à Diyarbakir pour assister au Festival des trois cultures. On est venu le chercher à son hôtel sous prétexte d’un rendez-vous avec les acheteurs d’un terrain qu’il possédait dans la région et qu’il désirait vendre. Un ami, journaliste lui aussi, l’accompagnait. On les a emmenés en voiture dans le nord de la ville où ils ont été abattus. Musa Anter est mort et son ami, Orhan Miroglu, a été très grièvement blessé. Trois journalistes du journal local, «Diyarbakir aujourd’hui», alertés par téléphone par la police, se sont dirigés vers le lieu du crime. Ils ont croisé une ambulance, dont le chauffeur leur a conseillé de faire demi-tour, puis une voiture dont ils ont relevé le numéro et qui les a fait stopper. Il y avait à bord trois hommes en civil armés jusqu’aux dents. Ces hommes les ont braqués, puis deux d’entre eux sont monté dans leur voiture et les ont contraints, sous la menace de leurs armes, à suivre l’autre véhicule. Ils ont ainsi parcouru plus de 70 kilomètres en franchissant de multiples barrages de police qui laissaient passer les voitures sans problème. Les trois journalistes ont été tabassés et interrogés sans relâche; puis après avoir pris des consignes par talkie-walkie, leurs bourreaux les ont abandonnés sur le bord d’un chemin. Ils ont eu la vie sauve parce que le rédacteur en chef de leur journal est un ami très proche du super-préfet de la région.»

 
Car les trois braqueurs étaient évidemment des flics et la voiture, vérification faite grâce au numéro minéralogique, appartenait à la police. Il est clair que si les journalistes avaient travaillé pour le journal «Ozgur Gundem», comme Musa Anter et la plupart de leurs confrères assassinés, ils n’auraient pas eu le loisir de venir raconter leur histoire. Ils l’ont d’ailleurs fait, précise Me Jacoby, contre l’avis de leur rédacteur en chef, qui s’est contenté de publier le lendemain un appel aux autorités militaires pour qu’elles protègent ses journalistes. «Ce qui était le plus poignant, dit-elle, c’est que ces hommes, comme les autres témoins qui sont venus nous parler, nous disaient en partant qu’ils n’étaient pas sûrs d’être encore en vie le lendemain. Même les journalistes étrangers n’osent pas rester plus de quelques heures dans la région de peur d’un mauvais coup. Le stade de la torture et des arrestations arbitraires est largement dépassé. On en est à celui des escadrons de la mort.»
 

Dans l’Humanité datant du septembre 1992.

*JİTEM : Organisation de renseignement de gendarmerie turque – Jandarma İstihbarat ve Terörle Mücadele ou Jandarma İstihbarat Teşkilatı (JİTEM), était actif surtout dans dans les années 1990.

Comment le café kurde est-il devenu le café turc?

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Entre 1850 et 1930, le fruit des térébinthes – plante poussant à l’état sauvage dans le bassin méditerranéen – des régions montagneuses de Semsûr, Amed, Batman et Mardin, au nord du Kurdistan (Bakûr) était cueilli et transformé en café. Il était ensuite exporté vers la France où il était conditionné et vendu en Europe sous le nom de « café kurde ».
 
Pendant plus de 80 ans, ce café kurde a été l’un des cafés les plus populaires en France. Le café de ce fruit appelé « kizwan » ou « qewzan » est fait à partir de fruits de térébinthe qui est le pistacher sauvage en réalité. En effet, une fois greffé, il donne les fameuses pistaches que nous connaissons. Les fruits séchés, torréfiés et moulus du térébinthe, le lait et le sucre sont ses principaux ingrédients dans la recette traditionnelle. Mais les recettes modernes de marque incluent le café.
En quoi le café kurde diffère-t-il des autres types de café ? Il ne contenait pas de caféine et était d’ailleurs appelé « Chicorée au kurde ». [Contrairement à ce qu’il est écrit sur son paquet, n’est pas de la chicorée. C’est une crème obtenu à partir d’un petit fruit violet, à la taille d’une lentille, séché, torréfié. Une fois moulu, il a la consistance de la crème de sésame, mais sa couleur est noire. C’est très riche en lipide. Enfants, on la mangeait à la petite cuillère. On ne sait pas pourquoi les Français l’ont appelé « Chicorée au kurde ».] 
 
Cependant, à la suite de la proclamation de l’État turc, une série de discriminations systémiques ont été émises et les Kurdes se sont vus refuser leur langue, leur musique, leurs vêtements traditionnels et leurs coutumes. Lorsque les Turcs ont commencé à rebaptiser les villes et villages du Kurdistan, ils ont également rebaptisé le café kurde en « café turc ».
 
Les Kurdes eux-mêmes l’ont appelé Café Kizwan, et c’est encore le cas aujourd’hui. À l’époque, cependant, la France et l’Europe le connaissaient sous le nom de café kurde et, en peu de temps, il est devenu le café le plus vendu en France où il était conditionné et envoyé au reste du monde. Aujourd’hui encore, les géographes affirment que si vous fouillez toute la Turquie, vous ne trouverez l’arbre à térébenthine qu’au Kurdistan du Nord. C’est de cet arbre que le café « Kizwan » est fait.
 
En 1930, 100 grammes de café kurde était conditionné et vendu en France, sous le nom de « café kurde », avec comme logo la photo d’un tireur kurde. Il était commercialisé sous le nom de « Chicorée au Kurde ».
 
Quelque chose, apparemment aussi simple que le café, était une telle menace pour les Turcs, qu’ils ont dû demander aux gouvernements français et européen de changer le nom et la photo de leur emballage.
 
Cet « anecdote » n’est qu’un exemple parmi d’autres de la discrimination systémique imposée aux Kurdes en Turquie. Cependant, le café turc est devenu un nom familier, un article sur chaque menu et depuis 2013, il a été inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Depuis, il est utilisé dans la divination, dans des poèmes et des romans, et c’est l’une des boissons les plus connues de notre décennie. Mais à quel prix ?
 
Image de l’emballage du café kurde en 1930
 
Article écrit par Mardin

Différences linguistiques dans le dialecte kurmancî: richesse ou handicap ?

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LANGUE. Ceux qui ont commencé à apprendre la langue kurde la semaine dernière l’ont remarqué: il n’y a pas une seule langue kurde mais plusieurs dialectes kurdes : kurmancî, soranî, kirmanckî (appelé également dimilkî, kirdkî ou zazakî), goranî… Mais même dans le dialecte kurmancî, parlé essentiellement au Rojava (Kurdistan syrien) et au Bakûr (Kurdistan turc), il y a des différences entre le kurmancî des régions se trouvant à l’est de l’Euphrate et celui parlé à l’ouest de l’Euphrate.
 
Y-a-t-il un kurmancî « juste » versus un kurmancî erroné?
 
Même s’il y a des différences de vocabulaires ou de prononciations entre le kurmancî de l’est de l’Euphrate, et celui de l’ouest, on ne peut dire « celui de l’est ou de l’ouest est juste et l’autre erroné »… Le fait que le Kurdistan sois colonisé par quatre Etats a approfondi les différences linguistiques entre les dialectes kurdes. Sans oublier l’interdiction de parler le kurde imposée par les Etats colonialistes occupant le Kurdistan et les tentatives d’éradication de la langue kurde depuis plusieurs décennies. De plus, il n’y a pas une académie kurde qui aurait pu « homogénéiser » chaque dialecte kurde….
 
Que faire ?
 
Il est indéniable que, dans de telles circonstances, les Kurdes ont d’énormes handicapes pour préserver leurs dialectes et richesses linguistiques. Mais ils ont toujours l’espoir d’inverser le cours des choses de par leurs luttes vieux de plusieurs décennies et en attendant la fin de ce génocide linguistique visant le kurde, on doit au maximum découvrir ces différents parlers et les considérer comme une richesse et non pas un handicap…
 
Ecrit par  Keça Bênav pour Kurdistan au féminin

PS: Ce court texte n’est pas écrit par un linguiste kurde et donc peut comporter des lacunes. On a voulu faire une mise au point pour les non-kurdes qui s’intéressent à la langue kurde et qui ont commencé à apprendre le kurde en ligne grâce à la page Kurdistan au féminin. 
 

Grève mondiale pour le climat : « Reverdir le Rojava »

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De nombreux militants de la campagne « Make Rojava Green Again (reverdir le Rojava) » ont participé à la grève mondiale du climat en ligne depuis le nord de la Syrie et en Europe.

En guise de contribution à la grève mondiale pour le climat  « Les Jours pour le futur », qui cette fois a dû avoir lieu en ligne en raison de la pandémie de Coronavirus (COVID-19), des militants de « Reverdir le Rojava » (Make Rojava Green Again) et de la Commune internationaliste travaillant avec les Kurdes et les autres peuples de la Syrie du Nord et de l’Est sont partis tôt le matin pour nettoyer une forêt voisine et ramasser les ordures qui traînaient. La forêt est considérée comme quelque chose de spécial, car dans la période précédant la révolution, le régime syrien a abattu presque tous les arbres afin de cultiver des monocultures à grande échelle.

Des militants du mouvement « Make Rojava Green Again » ont également pris part à la grève mondiale en ligne depuis l’Europe.

La veille, « Make Rojava Green Again » et la Commune internationaliste du Rojava avaient appelé tout le monde à se joindre à la grève mondiale #ClimateStrikeOnline et à partager leurs actions.

Voici la déclaration de « Make Rojava Green Again » et de la Commune internationaliste du Rojava:

« En cette période de pandémie de Corona et de distanciation sociale, ce type d’action mondiale nous rassemble tous (…) et va dans le même sens : la construction d’une société écologique et libre. Nous rêvons d’une société fondée sur des valeurs écologiques sociales.

Sociales, parce que le problème de la crise écologique et surtout de la crise climatique ne peut être résolu sans « s’attaquer résolument aux problèmes de société ». Pour rendre ce point plus concret, les conflits économiques, ethniques, culturels et de genre, parmi tant d’autres, sont au cœur des plus graves bouleversements écologiques auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui – à part, bien sûr, ceux qui sont produits par les catastrophes naturelles ». (Murray Bookchin)

Et écologique, car les problèmes sociaux ne peuvent être résolus sans que nous renouvelions notre lien avec la nature, que nous la respections et que nous la comprenions dans son ensemble ».

https://anfenglishmobile.com/ecology/make-rojava-green-again-at-the-global-climate-strike-43275?fbclid=IwAR3G8HDspLxEz0nWZYvdoJ5wRQF3Bp-rIHjFohfmdwFwLCPkIoq76hHscsg

33 balles ou la fusillade de 33 civils kurdes par l’Etat turc en juillet 1943

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TURQUIE / BAKUR – En 1943, alors que la famine menaçait les populations du Kurdistan et de la Turquie, un général turc a fait fusillé 33 Kurdes – dont des adolescents, des jeunes mariés, des vieillards – qui faisaient du commerce avec leurs cousins du Rojhilat, et ce, sans procès… Un seul des 33 condamnés à mort à survécu à la fusillade.
 
Le poète turco-kurde, Ahmed Arif a écrit un poème en hommage à ces 33 Kurdes de Van / Özalp, fusillés dans la vallée de Seyfo, avec son poème intitulé « 33 kurşun (Sî û Sê Gule – 33 balles) ».

Sî û Sê Gule
 
Fermana kuştin bê cih anîn
Mija hêşîn ya çiya
Û bayê sibê yê hênik û sivik
Di nava xwînê de hiştin hiştin
Paşê li wê derê tifing daçikandin
Li paşilên me hûr hûr nerîn lê geriyan
Pişta min ya sor malê Kirmanşah î
Tizbî bi qutiya min birin û çûn
Hemo jî diyarî bûn ji Ecemstan ê
 
Em kirîvê hevin merivê hevin
Û bi xwînê girêdayî hevin
Bi gund û zeviyê li hember hev
Xinamiyê hevin
Ji sed salan û vir ve
Cîranê hevin mil bi mil ve
Mirişkê me tevlî hevdû dibûn
Ne ji nezaniyê lê xizaniyê
Em ji pasportê dil sar bûne
Ewa cirmê sebeba qetla me
Êdî navê wê derkevê kelaşiyê
Îsatvan rêbir xaiyniyê kirîvo
(…)
 
(…)
Ils ont exécuté la sentence de mort,
Ils ont ensanglanté
Le nuage bleu de la montagne
Et la brise somnolente du matin.
Puis ils ont mis les fusils en faisceau-la
Et nous ont doucement fouillé la poitrine
Ont cherché
Ont fureté
Et ils m’ont pris le ceinturon rouge de
Kirmanşah,
Mon chapelet, ma tabatière et ils s’en sont allés
C’était tous des cadeaux du Pays Persan…
 
Avec les villages et les campements de
L’autre coté
Nous sommes parrains, parents, nous sommes
Attachés par les liens du sang
Nous nous sommes pris et donnés des filles
Pendant des siècles
Nous sommes voisins face a face
Nos poules se mêlent entre elles
Pas par ignorance
Mais par pauvreté,
On n’a pas chéri le passeport
C’est ça la faute qui est cause du massacre
Des nôtres
Et on nous appelle brigands,
Contrebandiers
Voleurs
Traîtres…
 
Mon parrain, écrit les circonstances ainsi,
On les prendra peut-être pour une simple
Rumeur
Ce ne sont pas des seins roses
Mais des balles Dom dom
En éclats dans ma bouche…
 
(Traduction de Ali Demir publiée ici)
 
Contexte :
 
L’événement Muglali fait référence à la fusillade de 33 « contrebandiers » kurdes le 28 juillet 1943 sur ordre du commandant de la 3e armée turque, le général Mustafa Muğlalı, dans la campagne de Van / Özalp.
 
En juillet 1943, des villageois kurdes ont été détenus alors qu’ils faisaient entrer clandestinement du bétail au Bakûr, depuis le Rojhilat (Kurdistan iranien). Plus tard, ils ont été libérés par un tribunal faute de preuves. Ce verdict a suscité la colère du général turc Mustafa Muglali, qui a ordonné que les villageois soient à nouveau arrêtés, conduits dans un champ et exécutés. Des témoignages ont ensuite été recueillis indiquant que le général avait ordonné la rédaction d’un rapport officiel, affirmant que les Kurdes avaient été abattus alors qu’ils tentaient de s’enfuir.
 
La pénurie alimentaire en Turquie causée par la Seconde Guerre mondiale a entraîné une augmentation de la contrebande à la frontière entre la Turquie et l’Iran. En conséquence, les conflits entre les tribus locales et les forces de sécurité ont augmenté. En juillet 1943, la tribu de Milan, qui vivait des deux côtés de la frontière, a fait passer clandestinement de grands troupeaux de bovins à travers la frontière. L’armée notifiée n’a pas pu empêcher cela et a donc arrêté 40 villageois de Koçkıran, dans le district Özalp de Van. Bien que le tribunal n’ait émis des mandats d’arrêt que pour cinq hommes, les autres ont été remis à l’armée pour être interrogés sur ordre du général Muğlalı. Les 33 hommes ont ensuite été abattus près de la frontière. Dans un protocole préalablement planifié, il a été noté que les hommes avaient été abattus alors qu’ils fuyaient. Bien que l’unique survivant ait informé les autorités, il n’y a pas eu de conséquences.
 
Six ans après cette exécution massive, un tribunal a déclaré le général Muglali coupable et l’a condamné à mort. La peine a ensuite été commuée en 20 ans d’emprisonnement. Un an après le procès, le général est mort d’une crise cardiaque.
 
La fusillade de 33 membres de la tribu kurde de Koçkıran illustre la terreur que la Turquie fait régner dans les régions kurdes à travers des massacres, déportations et arrestations depuis un siècle déjà…