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La Turquie renforce son occupation en Syrie en déployant des systèmes de défense aérienne

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SYRIE / ROJAVA – L’armée d’occupation turque a déployé un système de défense antimissile américain à moyenne portée « Hawk MIM-23 » (sol-air) dans la campagne d’Idlib, dans le but de consolider l’occupation dans le nord syrien, y compris dans les régions kurdes de Syrie.
 
Les images satellites montrent que l’occupation turque a déployé des systèmes de défense aérienne Hawk Mi-23 (sol-air) dans le camp d’Al-Mastouma, situé à 5 km au sud d’Idlib, selon le journal Al-Sharq Al-Awsat.
 
La Turquie tente de consolider son occupation du nord de la Syrie en augmentant le nombre de ses bases militaires et en envoyant quotidiennement des renforts militaires et logistiques sur ces sites, ainsi que des milliers de soldats turcs. Ce n’est pas la première fois que la Turquie déploie ce type de système sur le territoire syrien, puisque l’un d’entre eux a été déployé au début en 2018, dans la ville de Darat Azza, dans la campagne occidentale d’Alep.
 
Des sources des bandes de mercenaires turques ont justifié que le déploiement de ce système s’inscrivait dans le cadre des mesures visant à faire face à toute possibilité d’exposition de ses frontières à des attaques du côté syrien, dans une démarche qui légitime l’occupation turque de la Syrie.
 
Ce système, entré en service dans l’armée américaine en 1960 et toujours utilisé dans un certain nombre de pays, est considéré comme « offensif », visant les avions à basse altitude, à partir de 60 mètres, et atteignant une altitude de 20 kilomètres de la surface de la terre, et la portée de ses missiles, après modernisation de 40 kilomètres.
 
Sans précédent, le journal a déclaré que l’occupation turque a commencé des mouvements militaires dans la région, après avoir rendu visite au ministre turc de la défense dans les zones frontalières avec la Syrie samedi dernier, où l’armée a envoyé des renforts militaires à ses positions et observations à Idlib ;  un nouveau convoi de forces turques est entré avant-hier comprenant des dizaines de véhicules, depuis le poste frontière de Kafr Lucien avec la province méridionale d’Hatay à Idlib, et les véhicules ont été distribués (points d’observation turcs) dans une zone dite de « désescalade » dans la province syrienne.
 
L’occupation turque se poursuit avec l’envoi de renforts militaire et logistique chargés de véhicules blindés, de véhicules de transport de troupes, de chars, d’artillerie, de radars, de matériel logistique, de construction, de pièces préfabriquées dans les territoires syriens occupés par l’armée turque et ses alliés islamistes
 

IRAN. 4 Kurdes condamnés à être amputés se rendent devant la Cour suprême iranienne

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IRAN / ROJHILAT – Non content de voler les richesses naturelles des Kurdes et de les condamner à la famine à cause de leur origine ethnique, le régime iranien torture et mutile ceux qui essayent de survivre en commettant parfois des « vols ». 

Quatre détenus kurdes condamnés à être amputés pour vol ont fait appel de leur peine devant la Cour suprême iranienne.

Selon des documents officiels vus par le Réseau des Droits de l’Homme du Kurdistan, Hadi Rostami, Mahdi Sharafiyan et Mahdi Shahiwand, arrêtés par la police judiciaire à Urmia en 2015, ont été condamnés à l’amputation de quatre doigts de leur main droite dans un verdict de la cour à partir de novembre 2019.

Après avoir fait appel du verdict, celui-ci a maintenant été porté devant la Cour suprême d’Iran pour révision, a déclaré une source bien informée.

Cette peine horrible doit être exécutée en vertu de l’article 278 du code pénal de la République islamique, qui précise comment les amputations doivent être effectuées, en indiquant que le pouce ne doit pas être enlevé.

La source ajoute qu’une quatrième personne, Kasra Akrami de Kermanshah, a été arrêtée en octobre 2017 par la police municipale d’Urmia. Il a également été reconnu coupable en vertu de la même loi et condamné à l’amputation.

« Il a également fait appel du verdict du tribunal », a déclaré la source. « Son sort reste incertain. »

Rostami, Sharafiyan, Shahiwand et Karami « ont été torturés lors de leur arrestation pour avouer les charges qui leur étaient imputées », précise la source.

Les crimes économiques comme le vol sont en augmentation en Iran, les sanctions américaines ayant eu des conséquences sur l’économie du pays.

L’Iran est contrôlé par une théocratie islamique stricte depuis la révolution islamique de 1979. L’amputation est une punition prescrite pour les voleurs dans le livre saint de l’Islam, le Coran.

Selon l’Iran Human Rights Monitor, au moins 215 peines d’amputation ont été prononcées en Iran entre 2007 et 2017. Au moins 125 de ces peines ont été exécutées, dont six en public.

L’Iran est également l’un des pays les plus prolifiques en matière d’exécution. La plupart des Iraniens mis à mort sont issus des minorités ethniques du pays, notamment des Kurdes, des Baloutches, des Ahwazis arabes et des Turkmènes d’Azerbaïdjan.

Rudaw 

Le mouvement féministe kurde, d’hier à nos jours

Le jeune blogueur Olivier Goulet a compilé la chronologie du mouvement des femmes kurdes dans les quatre parties du Kurdistan en se servant des travaux de nombreux journalistes et écrivains. Un travail malheureusement incomplet car il a oublié de citer Sakine Cansiz, co-fondatrice du PKK et l’icone féminine du mouvement de libération kurde. Une autre grande absente est Zarife Xatun, la première femme combattante kurde qui a pris les armes lors de la révolte de Koçgiri entre 1920 et 1921 contre l’empire ottoman, pour la création d’un État autonome kurde.
 
Olivier Goulet a dédié son article à la mémoire d’Havrin Khalaf ( 1984-2019), féministe kurde tuée par la Turquie le 12 octobre 2019, lors de l’invasion de Serê Kaniyê :
 

Les premiers mouvements féministes

Il y a eu dans l’histoire des kurdes, plusieurs grandes femmes qui ont fait l’histoire. Si vous voulez des exemples, le site officiel du Kurdistan irakien a fait une liste de 9 femmes importantes : http://austria.gov.krd/en/frauentag/. On ne peut pas considérer ces femmes comme le début du mouvement féministe car ce ne sont que quelques femmes et non un mouvement de masse.

Un des premiers mouvements féministes est apparu durant la République de Mahabad. Dans le texte de Shahrzad Mojab, dans un mouvement nationaliste, l’oppression des femmes kurdes commence à être exprimée via des poèmes. La femme kurde est vue comme la mère de la nation kurde. Les femmes devaient avoir le même niveau d’éducation que les hommes et même il avait mention de femme combattante dans l’armée. Les femmes auront leur propre parti, Parti des femmes. La République n’a pas durée dans le temps, ce qui fait que son mouvement féministe [n’a pas survécu à la chute de la République]. (Goulet ne s’est pas assez renseigné sur le mouvement féministe kurde au Rojhilat où, dans les années 1970, il avait un rôle important et, après la révolution islamique, il s’est renforcé d’avantage.)

Le PKK et les femmes

Le premier mouvement féministe kurde qui a résisté dans le temps est lié au PKK. Le PKK est une organisation terroriste pour la Turquie et l’Europe qui lutte pour la libération des kurdes. Leur chef, Abdullah Öcalan sera à l’origine de « la jinéologie », la science des femmes. Ses écrits sur les femmes seront importants d’où l’influence de sa philosophie au Rojava.

L’origine de la question des femmes dans le PKK

Dans le texte de Mélanie Dubuy 2015, à la date de la création du PKK en 1978, les femmes n’ont pas été une priorité. Mais vers 1983, l’intérêt pour les femmes commence à émerger dans le PKK. La théorie serait que les kurdes ont été matriarcales mais que l’oppression des Turcs a détruit la place de la femme kurde. Le peuple kurde ne pouvait se libérer si la femme kurde était toujours oppressée. Alors, le PKK va commencer à connaître des femmes combattantes et des femmes chefs. Les femmes avaient de lourdes responsabilités, elles devaient être des soldats, des mères patriotes et avoir un comportement exemplaire. Les femmes combattant avec le PKK doivent dédier leur vie à la cause kurde, mettre ainsi toute vie personnelle en pause.

Dans le texte de Olivier Grojean, 2013, les femmes mortes pour le PKK sont passées de 1% en 1987 à 40% en 2013. L’augmentation des femmes combattantes a lieu en 1990. Si vers 1983, les premiers intérêts pour les femmes apparaissent pour le PKK, il faudra attendre vers les années 1987 pour que les textes sur les femmes soient écrits et 1992 pour voir les premières publications féministes. Ces textes vont se nommer les Çözümlemeler, ils vont tenter de déconstruire la femme kurde et expliquer que l’oppression est liée aux colonialistes Turcs. Le but du PKK sera de libérer la femme kurde. Le PKK sépare les femmes des hommes afin qu’elles puissent se libérer entres elles. Les tâches entre les femmes et les hommes sont séparées de façon égalitaire. Par ailleurs, il y a un code de pudeur très strict dans la guérilla kurde. Les femmes ne peuvent pas être en présence d’un homme pour dormir par exemple, ni montrer des parties de leur corps aux hommes, être pied nu ou jambe nue devant eux.

La théorie féministe de la jinéologie

Dans le livre d’Abdullah Öcalan, libérer la vie : sur la révolution de la femme, la femme avait une place importante dans la période du néolithique, elle était la source de la vie et le centre intérêt de la société. Le changement vers le patriarcal va débuter lorsque les hommes vont commencer à s’invertir la famille et développer l’idée des charmants. C’est la première rupture sexuelle. Les charmants vont développer que les religions anciennes sont liées à l’homme et que le pouvoir de la société était lié à la violence et à la chasse. L’homme va imposer son pouvoir par la violence. Dans la soif du pouvoir de l’homme, celui-ci va réduire la femme en esclavage, celles-ci deviendront donc un objet pour les ambitions des hommes. Les hommes, une fois le pouvoir de la femme tassé, vont imposer le modèle de domination : la guerre et le pliage. Les hommes vont créer des états, qui plus tard vont devenir les états nations et une économie de pillage et d’esclavage, qui est le capitalisme. Les états seront dominés par des dynasties, donc les familles seront liées à l’Homme. Avec les états nations et le capitalisme, les hommes ont tous les outils pour dominer autrui et par la violence et la soumission les femmes. L’État permet de contrôler les populations, utiliser la violence et de légitimer le capitalisme. Le capitalisme permet la domination et le pillage des hommes. Pour Abdullah Öcalan, afin de libérer la femme, il faut mettre fin au capitalisme et à l’État nation car ces deux ont été créés par les hommes pour dominer les autres genres.

Les mouvements féministes actuelles

Syrie

Le féminisme du Rojava est directement lié aux théories du PKK. Dans le texte de Anja Flach, 2020, les femmes sont encouragées à prendre des décisions elles-mêmes. Le mouvement de femme au Rojava a commencé en 2005 avec le Rojavayê Kurdistanê Yekîtiya Star, sa structure est divisée en trois : commune, des académies et des structures d’auto-défense. Son système politique est structuré de manière paritaire, ainsi il faut un homme et une femme pour représenter chaque commune. Des lois contre la polygamie et le mariage forcé sont en vigueur. De nombreux conseils de femme ( Meclîsên Jin) sont développés dans les villes importantes pour éduquer la population aux valeurs du féminisme. Ce sont les femmes seulement qui décident dans ces conseils. Celles-ci s’occupent aussi des femmes victimes de violences conjugales ou d’autres problèmes que les femmes pourraient subir et vouloir en parler. Ces maisons sont très ouvertes pour toutes sortes de demandes liées aux femmes. Il y a aussi des académies de femmes pour comprendre l’oppression de la femme et faire en sorte que celle-ci puisse développer ses propres outils afin de créer une société libre. Ces académies essaient de trouver de nouvelles alternatives pour sortir du standard du patriarcat.

Pour les groupes d’auto-défense, le YPJ est un bataillon de femme, crée en 2013, ce groupe suit l’idéologie de APO. Les relations sexuelles sont interdites cependant on peut se marier mais on doit sortir du groupe. Ces troupes ne reçoivent pas de salaire. Les chefs de ce groupe sont Nassrin Abdalla et Rojda Felat.

Irak

Pour le Kurdistan irakien, dans la seule région autonome officielle des kurdes, la situation des femmes est mauvaise :

Dans le texte de Chris Kutschera , écrit en 2002, les kurdes d’Irak migrent massivement vers l’Europe pour fuir la situation politique de la région. Les kurdes ont peur du retour de Saddam et n’aiment pas la stabilité politique du Kurdistan irakien, divisé en deux. Dans son texte, les femmes kurdes fuient également le pays mais pas pour la même raison. Celles-ci fuient Irak à cause des pressions des traditions et des islamistes. Les femmes divorcées ont beaucoup de difficultés à être acceptées par la société.

Dans le texte de Olivier Grojean , les femmes du coté de Barzani peuvent devenir policière mais leur rôle dans l’armée est limité. Par opposition au UKP, où les femmes ont eu un rôle militaire plus important. En 1996, 500 à 600 femmes étaient dans l’armée du UKP et avaient pour rôle de surveiller les frontières. Quand l’État islamique est apparue, certaines femmes des peshmergas UKP ont participé aux combats contre ceux-ci.

Les femmes d’Irak ont joué un rôle important malgré l’oppression. Dans le texte de Mélanie Dubuy 2015, quand la guerre entre le PDK et PUK a démarré en 1994 . Les femmes kurdes d’Irak ont fait une marche de 200 km pour but de demander la paix entre les deux partis. Les femmes vont créer des organisations comme le Yekeni Afretani Kurdistan (YAK), proche de Barzani ( parti au pouvoir) ou Yeketi Jinani Kurdistan (YJK), proche du PKK. Les groupes féministes sont utilisés par les partis au pouvoir, ce qui représente une menace pour eux et leur lutte est mise au deuxième plan. Mais les victoires des femmes kurdes en Syrie a fait en sorte que les féministes ont pu entrer leur discours dans la lutte politique de l’autodétermination des kurdes, la libération du Kurdistan Irak doit tenir compte des femmes.

Dans la politique Kurdistan Irak, 1/3 des sièges et 3 ministres sur 42 sont occupés par des femmes. Il y a un certain quota de femmes pour assurer leur présence. Les femmes députées ont beaucoup de difficultés à se faire entendre et à lutter contre le patriarcat kurde. Leur lutte porte ses fruits notamment en 2008 avec l’abolition de la polygamie et la fin de la clémence sur les crimes honneur.*

Turquie

En Turquie, le HDP (parti politique) est un parti féministe : Dans le texte de Lucie Drechselová, 2017, le HDP a fait un quota de 40% de femme dans leur parti politique et ils ont deux chefs, un homme et une femme pour respecter la parité. C’est le seul parti politique en Turquie qui fait des efforts pour avoir égalité en nombre homme et de femme. Les femmes kurdes dans le HDP subissent plusieurs risques comme la violence de l’État. La forte répression et la violence de la guerre ont poussé les femmes à aller dans le politique et à lutter contre l’injustice. Certaines femmes ont créé des associations ou on les a rejoints après que leur mari soit disparu ou arrêter. Le HDP a une variété de femme et qui viennent de tous les milieux. Les femmes du HDP organisent en elles-mêmes pour s’aider. La principal but des femmes est de dénoncer la violence de l’état contre les femmes kurdes.

Dans un article du Point 2018, les femmes en Turquie, pour retrouver leurs proches disparus durant la guerre entre le PKK et l’État Turc, ont créé en 1995 une organisation, ‘’les mères du samedi’’. Chaque semaine, des certaines de femmes manifestent à Istanbul pour demander des réponses de leurs proches disparus et se rassembler pour se souvenir d’eux. Les partis qui participent à cette marche sont le CHP et le HDP. Depuis ces dernières années, Erdogan interdit ce rassemblement, et l’accuse avoir des liens avec le PKK.

Iran

L’organisation de IKWRO est une organisation apparue en 2002 et qui crée et occupe de la situation des femmes iraniennes kurdes. Elle offre des services pour celles-ci et crée chaque année, un rapport annuel sur la situation des femmes kurdes en Iran.

Leur site : http://ikwro.org.uk/

Le parti Komala a aussi une section pour les femmes, ce groupe défends les droits des femmes par un communiquer : http://www.komalainternational.org/women

Le groupe armée le PDKI a aussi un groupe de femmes kurdes combattantes. Dans le texte de Olivier Grojean, les femmes ont participées au guérilla mais elles sont peu nombreuses. Le premier groupe à voir des femmes kurdes dans leur rang revient au Komala (1969). Ces deux partis ont dans leur base, égalité homme-femme.

Biographie

GROJEAN, Olivier. Penser l’engagement et la violence des combattantes kurdes : des femmes en armes au sein d’ordres partisans singuliers In : S’émanciper par les armes ? Sur la violence politique des femmes [en ligne]. Paris : Presses de l’Inalco, 2019 (généré le 22 mai 2020). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/presse…> . ISBN : 9782858313266. DOI : https://doi.org/10.4000/books.pressesinalco.28788.

Flach Anja, « Le communalisme au Rojava : une révolution de femmes », Mouvements, 2020/1 (n° 101), p. 153-162. DOI : 10.3917/mouv.101.0153. URL : https://www-cairn-info.proxy.bib.uottawa.ca/revue-mouvements-2020-1-page-153.htm

Andrea Fischer-Tahir , Journal of Middle East Women’s Studies Vol. 8, No. 1, Gendered Memory in the Middle East and North Africa : Cultural Norms, Social Practices, and Transnational Regimes (Winter 2012), pp. 92-114 (23 pages) : https://www-jstor-org.proxy.bib.uottawa.ca/stable/10.2979/jmiddeastwomstud.8.1.92?seq=14#metadata_info_tab_contents

Abdullah Öcalan , par la tradition et la modernité. Libérer la vie : la révolution de la femme :

http://ocalanbooks.com/downloads/liberer-la-vie-la-revolution-de-la-femme.pdf

Dubuy Mélanie, « La contribution des femmes à la revendication du peuple kurde à l’autodétermination », Civitas Europa, 2015/1 (N° 34), p. 93-110. DOI : 10.3917/civit.034.0093. URL : https://www.cairn.info/revue-civitas-europa-2015-1-page-93.htm

Grojean Olivier, « Théorie et construction des rapports de genre dans la guérilla kurde de Turquie », Critique internationale, 2013/3 (N° 60), p. 21-35. DOI : 10.3917/crii.060.0021. URL : https://www.cairn.info/revue-critique-internationale-2013-3-page-21.htm

Lucie Drechselová , La participation politique des femmes au sein du mouvement pro‑kurde en Turquie , 8 | 2017 : Les Kurdes : puissance montante au Moyen-Orient ? Dossier : Les kurdes Partie 3. Un espace en mouvement : https://journals.openedition.org/anatoli/620

Kutschera Chris, « Des femmes kurdes brisent les tabous », Confluences Méditerranée, 2002/3 (N° 42), p. 41-45. DOI : 10.3917/come.042.0041. URL : https://www.cairn.info/revue-confluences-mediterranee-2002-3-page-41.htm

Shahrzad Mojab , Women and Nationalism in the Kurdish Republic of 19461 : http://sites.utoronto.ca/wwdl/publications/english/mojab_03.pdf

Le point , 2018 , Turquie : manifestation interdite pour « les mères du samedi » , consulté le 22 mai 2020 : https://www.lepoint.fr/monde/turquie-manifestation-interdite-pour-les-meres-du-samedi-01-09-2018-2247561_24.php

IRAN. Une avocate kurde, défenseur des droits humains, violentée après sa convocation par la cour d’appel

IRAN / ROJHILAT – L’avocate kurde, défenseur des droits humains, Soheila Hejab a été violemment conduite à la prison de Qarchak après sa convocation devant la cour d’appel le 23 mai.
 
Soheila Hejab avait été convoquée devant la cour d’appel le 23 mai 2020. Elle a été arrêtée et battue par des agents des services de renseignement de l’IRGC après la session de la cour.
 
Les rapports indiquent que les agents l’ont traînée par les cheveux sur l’asphalte et l’ont sévèrement battue avant de l’emmener à la prison de Qarchak, à Varamin. Parmi les assaillants se trouvait son ancien interrogateur qui l’a menacée de mort.
 
Les agents de la base de Sarallah appartenant à l’unité de renseignement des gardiens de la révolution (IRGC), ont frappé et donné des coups de pied à Mme Soheila Hejab à la tête et au visage et sur le côté.
 
Son ancien interrogateur l’a traînée dans la rue en lui arrachant les cheveux pour la faire monter en voiture et l’emmener à la prison de Qarchak. Les agents de l’IRGC l’ont menacée d’ouvrir des poursuites pénales contre elle.
 
Dans un appel téléphonique de la prison, Mme Hejab a déclaré « …dès que j’ai quitté le tribunal, j’ai été arrêtée par le Corps Sarollah à Téhéran sans aucune raison ni explication légale. Ils m’ont battue et traînée par les cheveux dans la rue et m’ont donné des coups de poing et de pied à la tête, au visage et sur le côté.
 
Ils ont ouvert un nouveau dossier contre moi qui n’a rien à voir avec mon cas confirmé. C’est la demande de mon interrogateur. Il m’a menacée à plusieurs reprises de mort par l’intermédiaire de détenus qui ont été condamnés pour des crimes violents dans la prison de Qarchak.
 
Demain ou après-demain, je serais traduite en justice. Ils m’emmèneront certainement dans les maisons sécurisées de la Sarallah de l’IRGC pour un interrogatoire de longue durée et un isolement cellulaire. »
 
L’avocate des droits de l’Homme, Soheila Hejab avait déjà été arrêtée à son domicile le 6 juin 2019 par des agents des services de renseignement de l’IRGC.
 
Le 28 janvier 2020, elle avait été frappée par des gardiens de la prison d’Evin. En raison des blessures subies, elle a été emmenée à l’hôpital de Taleghani mais est revenue sans aucun examen médical.
 
Mme Hejab a été temporairement libérée de la prison d’Evin le 14 mars, moyennant une lourde caution de trois milliards de tomans, jusqu’à son procès.
 
Elle a été condamnée à 18 ans de prison en mars, par la branche 28 du tribunal révolutionnaire de Téhéran.
 
Elle a été accusée de « propagande contre l’État », de « rassemblement et collusion », de « perturbation de l’ordre public pour créer le chaos », de « formation d’un groupe de défense des droits des femmes », et de « demande de référendum et de modification de la constitution ».
 
La sentence a été confirmée par la cour d’appel de la province de Téhéran.
 

La protection des femmes en Turquie: explosion du cœur de la famille ?

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La Turquie a adhéré à la Convention d’Istanbul du Conseil de l’Europe, qui vise à protéger les femmes contre la violence. Les forces conservatrices du pays demandent cependant le retrait immédiat de la Turquie, affirmant que la famille traditionnelle est en danger.
 
Par Pelin Unker et Daniel Derya Bellut
 
Les excès de violence à l’égard des femmes ne sont pas rares en Turquie. En 2019 en particulier, les meurtres cruels de femmes comme celui de Ceren Ozdemir, 20 ans, étudiante en art.
 
Malgré ces chiffres choquants, la population turque conservatrice semble avoir peu d’intérêt à combattre la violence. Cela est particulièrement évident dans le débat actuel sur la convention dite d’Istanbul. La Convention du Conseil de l’Europe de 2014 vise à réduire la violence à l’égard des femmes, en particulier la violence domestique, et à renforcer l’égalité des sexes. La Turquie a été le premier pays à signer le traité et le faire inscrire dans la loi en tant que « loi pour la prévention de la violence à l’égard des femmes et la protection de la famille ».
 
La Convention d’Istanbul…
 
Cependant, les forces religieuses particulièrement orthodoxes craignent que le traité ne mette en danger les traditions et les coutumes turques, ce qui aurait pour conséquence de torpiller publiquement l’accord. Ebru Asilturk, représentante des femmes du parti conservateur islamique Saadet, a fait entendre sa voix dans l’opposition. Dans un article publié par le journal conservateur « Milli », elle a décrit l’accord comme « l’explosion du cœur de la famille ». Le contrat met en danger « l’intégrité financière et morale de la famille ». Le traité entre en collision avec l’article 41 de la constitution, qui établit légalement la « protection de l’unité de la famille ». La résiliation du traité est « la seule solution », a conclu Asilturk.
 

 

Une déclaration à la force explosive : pendant des jours, un éventuel retrait de la Convention d’Istanbul a dominé l’arène publique en Turquie. Sur les médias sociaux, opposants et partisans se battent pour la souveraineté de l’interprétation. La polémique est en plein essor sur Twitter. Dans une caricature particulièrement populaire, la Convention d’Istanbul est assimilée à la conquête de Constantinople en 1453. Cette fois, cependant, le conquérant est représenté comme l’Oncle Sam, et la convention comme une tentative d’infiltration de la Turquie par l’Occident.

La famille comme « construction inébranlable »

Canan Arin, fondatrice d’une association pour la protection des femmes, ne comprend pas pourquoi la Convention d’Istanbul devrait mettre en danger l’intégrité de la famille. « Qu’est-ce que cela signifie, la famille est-elle sacrée ? La famille est-elle une construction inébranlable où la femme est écrasée comme une serpillière tous les jours, utilisée comme une machine à accoucher (…) et comme un moyen de gratification sexuelle ? » Arin souligne que l’accord n’est là que pour protéger les femmes contre la violence. Elle ne comprend pas en quoi cela pourrait être un problème.

Canan Kalsin est présidente de la Commission pour l’égalité des genres au Parlement turc. La politicienne souligne que certains critiques tentent intentionnellement de présenter la Convention d’Istanbul sous un mauvais jour. « Elle vise à protéger les victimes de la violence. Malheureusement, il y a ceux qui ne veulent pas l’accepter. La population doit être davantage sensibilisée à la question » a-t-elle déclaré. « Nous avons toujours essayé d’expliquer la pertinence de la Convention d’Istanbul et nous continuerons à le faire », a affirmé la politicienne membre de l’AKP.

Absence de mise en œuvre

Les activistes des droits des femmes critiquent le fait que la mise en œuvre de la convention a également été déficiente. Bien que les pays signataires se soient engagés à créer des conditions-cadres, les normes juridiques de la Convention d’Istanbul ne sont pas appliquées dans la pratique. Les services d’aide et de protection prévus pour les femmes n’ont pas non plus été mis en œuvre. La violence et la discrimination à l’égard des femmes ne peuvent toutefois être évitées que si le pouvoir judiciaire et les forces de l’ordre sont également prêts à mettre en œuvre la convention, déclare Canan Gullu, présidente de l’organisation d’aide aux femmes Kadin Dernekleri Federasyonu. Elle estime que le manque de mise en œuvre est également lié à la politique du parti AKP. « Il faut voir les choses dans leur ensemble : si vous appliquiez la convention dans la pratique, il y aurait une résistance dans les rangs du parti au pouvoir », ajoute-t-elle.

Certains membres de l’AKP acceptent la Convention d’Istanbul. Mais jusqu’à présent, il n’y a pas de volonté politique de combattre la violence contre les femmes sur le long terme : lorsque quelques 2 000 femmes se sont rassemblées à Istanbul le 25 novembre 2019 pour marquer la Journée internationale contre la violence à l’égard des femmes et ont protesté contre le féminicide, entre autres, la police a dispersé le rassemblement avec des gaz lacrymogènes et des balles en plastique.

Une proposition du HDP, parti de gauche « pro-kurde », visant à créer une commission parlementaire pour enquêter sur la violence contre les femmes a été rejetée par le parti au pouvoir et le MHP, parti ultra-nationaliste, en novembre dernier.

Article publié en anglais ici 

Nouveau déploiement militaire turc en cours en Syrie

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SYRIE – La Turquie continue à envoyer des renforts militaires et logistiques dans la zone de désescalade «Poutine-Erdogan», selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH / SOHR).
 
L’OSDH a rapporté qu’un nouveau convoi militaire turc de dizaines de véhicules est arrivé sur le territoire syrien, via le passage de Kafr Lusin à la frontière d’Iskenderun. Les véhicules se sont dirigés vers des positions turques dans la «zone de désescalade».
 
« Alors que la Turquie continue d’envoyer plus de renforts militaires dans le nord-ouest de la Syrie, le nombre d’unités militaires turques, qui sont entrées dans la » zone de désescalade « depuis l’entrée en vigueur du nouveau cessez-le-feu, est passé à 3 435, en plus de l’entrée de centaines de soldats, » a déclaré l’OSDH.
 
De février 2020 à ce jour, les militants de l’OSDH ont constaté l’entrée de plus de 6 845 camions et véhicules militaires sur le territoire syrien, notamment des chars, des véhicules de transport de troupes, des blindés et des radars militaires etc. Entre-temps, le nombre de soldats turcs déployés à Idlib et Alep au cours de la même période a dépassé les 10 400.
(Le renforcement militaire turc concerne également les régions kurdes du Rojava envahies depuis octobre 2019.)
 

TURQUIE. Les femmes mobilisées contre le projet de loi concernant le mariage d’enfants

TURQUIE – ISTANBUL – Selon des rumeurs, le gouvernement turc serait prêt à présenter au Parlement des propositions législatives qui ouvriront la voie aux mariages d’enfant et au mariage des filles mineures avec leurs violeurs.
 
Les critiques et les réactions au projet du gouvernement de réintroduire le projet de loi d’amnistie pour les violeurs d’enfants s’intensifient.
 
Feride Eralp du collective Kadınlar Birlikte Güçlü (« Les Femmes sont fortes ensembles ») a parlé de cette question avec ANF déclarant qu’un lobby essayait constamment de faire adopter par le Parlement cette loi sur les viols, qu’ils appellent le « mariage précoce ».
 
Eralp a déclaré que certains des violeurs d’enfants qui se trouvent dans des prisons ouvertes et certains hommes accusés de violence contre les femmes ont été libérés grâce à la loi sur l’amnistie liée à la pandémie du coronavirus (COVID-19). Elle a ajouté que maintenant le plan est de libérer ceux qui sont dans des prisons fermées.
 
Ils souhaitent un système familial patriarcal
 
Soulignant que l’insistance du gouvernement et de l’environnement sur cette loi est la manifestation d’une mentalité, Eralp a poursuivi: « Il y a une famille imaginée incarnée dans le rapport de la Commission du divorce. Les familles se désagrègent, et il y a un réflexe comme quoi nous devons essayer de ne pas briser ces familles. Cependant, la structure qu’elles appellent famille est une structure où les filles âgées de 12 à 13 ans sont mariées, donnent naissance à des enfants avant l’âge de 15 ans, ne peuvent pas recevoir d’éducation, subissent l’exploitation et la violence. En bref, les hommes souhaitent un incroyable système familial patriarcal. Parce qu’ils en profitent et ne veulent pas renoncer au privilège de la position d’oppresseur. »
 
Soulignant qu’on tente de déguiser l’exploitation des filles en vie « familiale », Eralp ajoute que cette exploitation, qui provoque la pauvreté des femmes, les rend également vulnérables face aux hommes et à la violence.
 
Soulignant qu’un modèle féminin fort n’est pas souhaité, Eralp poursuit : « Si la femme est forte, indépendante, au-delà d’un certain âge, mariée selon sa volonté, si elle se tient debout, alors elle peut quitter cet homme à tout moment. Les hommes ne veulent pas reconnaître ce droit aux femmes. C’est pourquoi ils veulent épouser des enfants, retirer aux jeunes filles la possibilité de s’émanciper. »
 
Eralp a déclaré que le gouvernement tentait de créer une fausse perception en manipulant les médias afin d’éviter une réaction de la société très sensible à la violence à l’égard des femmes et à la maltraitance des enfants.
 
Eralp a souligné que les organisations de femmes n’accepteront jamais un projet de loi justifiant et légitimant les abus d’enfants et a ajouté qu’une opposition commune devrait se construire.
 

IRAN. Les gardes iraniens tuent un kolbar kurde et blessent 2 autres

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IRAN / ROJHILAT – Un Kolbar kurde a été tué et deux autres blessés par les gardes-frontières iraniens dans la zone frontalière de Somay Bradust à Orumiyeh, dans la province de l’Azerbaïdjan occidental.
 
Selon le Kurdistan Human Rights Network (KHRN), le 24 mai 2020, les gardes-frontières iraniens ont ouvert le feu sur un groupe de Kolbars du village de Coran de Somay Bradust, de la région frontalière d’Orumiyeh. À la suite de la fusillade, un Kolbar nommé Arsalan Ahmadi a été tué tandis que deux frères nommés Turan Ahmadi et Radwan Ahmadi ont été blessés.
 
Selon les statistiques compilées par le KHRN, trois Kolbars (porteurs de marchandises entre les Kurdistan du Sud, du Nord et de l’Est) et hommes d’affaires ont été tués et six autres blessés au cours des cinq derniers jours après par les gardes-frontières iraniens et turcs dans les zones frontalières de la province de l’Azerbaïdjan occidental.
 

TURQUIE. Le HDP à la communauté internationale : Exprimez-vous contre l’autoritarisme

TURQUIE / BAKUR – Feleknas Uca et Hişyar Özsoy, les deux porte-paroles de la commission des affaires étrangères du HDP, ont déclaré dans un communiqué que le gouvernement turc poursuivait sa répression contre toute sorte d’opposition démocratique dans le pays, contre le HDP en particulier, en utilisant la pandémie du COVID-19 comme une opportunité pour renforcer son régime autoritaire.
 
Feleknas Uca et Hişyar Özsoy ont appelé la communauté internationale à ne pas rester silencieuse face à l’utilisation du climat du COVID-19 par le gouvernement turc contre ses citoyens dissidents et pour consolider son régime autoritaire.
 
Ils ont souligné que « c’est maintenant presque un tabou de critiquer les politiques du gouvernement sur la crise économique ou la santé publique dans le cadre du COVID-19, sans parler des questions brûlantes comme la question kurde ou les invasions militaires en Syrie ».
 
Uca et Özsoy donnent quelques exemples de la répression : « Selon la Fondation des droits de l’Homme de Turquie (TIHV), entre le 11 mars et le 10 mai, la police est intervenue lors de 8 événements organisés pour protester contre les mesures du gouvernement concernant le Covid-19 et 42 personnes ont été détenues. De plus, une enquête a été ouverte contre deux membres du Parlement pour leurs déclarations critiques sur les mesures du Covid-19, l’un d’eux affirmant que le gouvernement a caché la vérité concernant les cas de coronavirus dans les prisons. Selon le ministère de l’intérieur, au 5 mai 2020, un total de 7 127 comptes de médias sociaux ont fait l’objet d’une enquête en raison de messages concernant le COVID-19 qui auraient « provoqué la panique et le chaos au sein de la population », 496 personnes ont été détenues et 10 arrêtées. En outre, avant et le jour de la fête du travail (1er mai), au moins 64 personnes ont été mises en détention arbitrairement, dont les présidents de certains des plus grands syndicats du pays.
 
En plus de ces attaques contre la société démocratique (…) la vague de répression plus violente contre le HDP se poursuit. En mars et en mai, 13 autres municipalités du HDP ont été saisies et des gouverneurs nommés illégalement ont remplacé nos co-maires. Le nombre total de municipalités kurdes saisies a ainsi atteint 51 (sur les 65 remportées par le HDP en mars 2019). »
 
Les deux responsables du HDP ont rappelé que « le 22 mai 2020, la police a mené des raids aux domiciles de nombreux responsables politiques et activistes kurdes et a arrêté 18 personnes – 13 femmes et 5 hommes – à Diyarbakir (Amed). Cette opération spécifique visait principalement les femmes politiciennes kurdes et les activistes de l’Association des femmes Rosa (RKD), du Mouvement des femmes libres (TJA), du Parti des régions démocratiques (DBP) et du HDP. La police a également fait une descente dans le bureau du RKD et a confisqué leurs documents en l’absence de d’avocats. Le RKD a été créé après que toutes les organisations de femmes de Diyarbakir aient été interdites et fermées sous l’état d’urgence en 2016. C’est la seule organisation de femmes de la ville qui s’implique dans le travail de soutien et les luttes contre la violence envers les femmes. Parmi les personnes placées en détention se trouvent de nombreuses figures de l’activisme féminin dans les provinces kurdes ».
 
Les dirigeants du HDP ont appelé de nouveau, la communauté internationale à ne pas rester silencieuse face aux attaques du gouvernement turc visant ses citoyens dissidents pour consolider son régime autoritaire en pleine pandémie du coronavirus.
Par ailleurs, dans une déclaration récente, le HDP rappelait comment le pouvoir turc continuait à violer la volonté du peuple kurde en s’en prenant systématiquement à ses élus:
Dans une précédente déclaration (24 mars 2020) sur la saisie de nos municipalités, nous avons souligné que le gouvernement turc poursuivait sa politique pernicieuse à l’encontre des Kurdes, même dans le contexte de la crise mondiale liée à la pandémie. Le gouvernement turc profite de la pandémie pour réprimer davantage les institutions démocratiques kurdes, en particulier les municipalités. En plus de saper la démocratie locale et la volonté politique du peuple kurde, il détruit les infrastructures sociales et sanitaires déjà faibles mises en place par les municipalités, ce qui rend les villes concernées encore plus vulnérables à la pandémie.
 
Le 23 mars, le gouvernement a illégalement saisi huit municipalités kurdes dirigées par le HDP. Moins de deux mois plus tard, le 15 mai, jour de la fête de la langue kurde, cinq autres municipalités kurdes ont été saisies. Il s’agit de Siirt, Iğdır, Kurtalan, Baykan et Altınova, les deux premières étant des chefs-lieux de province et les autres des districts. La police turque a encerclé les municipalités avec des barricades ; nos maires ont été arrêtés après des perquisitions brutales menées à leur domicile très tôt le matin, et remplacés par des « administrateurs », qui ne sont autres pour nous que des agents coloniaux.
 
Ces dernières saisies portent à 45 le nombre des municipalités du HDP auxquelles le gouvernement turc a assigné des administrateurs depuis les élections locales du 31 mars 2019 où le HDP a remporté 65 municipalités. En outre, 6 comaires du HDP se sont vu refuser leur mandat au lendemain de ces élections, au prétexte qu’ils avaient antérieurement été licenciés par décret-loi pris dans le cadre de l’état d’urgence. Au total, ce sont donc 51 mairies qui ont été saisies.
 
À ce jour, 21 comaires kurdes élus en mars 2019 sont derrière les barreaux et 5 en garde à vue. Par ailleurs, des dizaines d’anciens maires HDP élus en 2014 sont toujours emprisonnés.
 
Tout comme dans les cas précédents, ces nouvelles arrestations et nominations de tuteurs ne sont justifiées par aucune décision de justice. Il s’agit de mesures administratives prises par le ministère de l’intérieur. Les accusations portées contre nos maires sont typiques : « soutien au terrorisme ». Dénuées de tout fondement, elles servent juste de prétexte à la destruction des municipalités kurdes.
 
Comme nous avons déjà eu l’occasion de le souligner, nous luttons simultanément contre deux virus, le COVID 19 et l’autoritarisme raciste dirigé contre les Kurdes et leur volonté démocratique, autrement dit, deux graves problèmes de santé publique.
 
Une fois de plus, nous appelons la communauté internationale, le Secrétaire général du Conseil de l’Europe, le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux et le Comité des régions de l’UE en particulier, ainsi que nos partis frères et tous les tenants de la démocratie à élever la voix et agir contre ces politiques racistes du gouvernement turc qui tente d’ériger le “régime de tutelle” en norme.
 

ROJAVA. Des potagers urbains poussent à Qamishlo

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SYRIE / ROJAVA – Les habitants du Rojava et du nord et de l’est de la Syrie utilisent des méthodes imaginatives pour élargir la production agricole alors que la Turquie et ses mercenaires attaquent l’agriculture du Rojava pour affamer les Kurdes syriens et détruire leur autonomie politique et militaire.

Les gens essaient donc de produire des légumes sur des sites alternatifs en pleine ville. S’il est normal au Rojava de cultiver des légumes et des fruits dans les parcs, d’autres zones en friche sont maintenant converties en jardins potagers et en champs cultivés.

À Qamishlî, les gens se sont réunis pour nettoyer une décharge et en ont fait un potager.

Ils gèrent ensemble le potager nouvellement créé et cultivent les produits nécessaires pour se nourrir et nourrir leurs voisins.

Hisên Mihemed Salih, l’un des participants au projet, explique: « Nous avons commencé ce projet il y a deux mois. Nous avons d’abord ramassé toutes les ordures, puis nous avons nettoyé le sol et déterré. Ensuite, nous avons commencé à planter des légumes et à arroser le champ. Nous avons déjà produit des tomates, des aubergines, des poivrons et du gombo. »

ANF

 

Les réfugiés de Serêkaniyê se préparent à affronter l’été caniculaire

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SYRIE / ROJAVA – Les Kurdes qui ont fuit l’invasion turque en octobre 2019 se préparent à affronter l’été caniculaire dans le camp de Washokani.
 
Au camp de Washokani, situé à une douzaine de kilomètres de Hesekê, vivent plus de 12 000 personnes (1 862 familles). Ils ont fui Serê kaniyê après l’invasion turque qui a commencé le 9 octobre 2019.
 
L’un des principaux problèmes pour les réfugiés était l’accès à l’eau potable. Cela vient d’être résolu grâce à la pose de 8 km de tuyau pour l’approvisionnement de l’ensemble du camp.
 
Cependant, les résidents du camp se préparent maintenant à faire face à la chaleur torride des mois d’été, qui entraîne traditionnellement un certain nombre de maladies et de problèmes de santé. Les résidents attendent des fournitures médicales pour empêcher la propagation de ces maladies, en plus de l’épidémie de coronavirus qui ajoute une nouvelle menace à la situation sanitaire déjà précaire dans le camp.
 
La température en été peut atteindre 40 degrés et l’ONG humanitaire Heyva Sor essaie de constituer des stocks de médicaments pour relever ce nouveau défi.
 

L’Etat turc veut engloutir les traces du massacre de Zilan sous les eaux d’un barrage

TURQUIE / BAKUR – Peut-on imaginer l’Allemagne construire un barrage à Auschwitz ou dans un des camps de concentration où des milliers de Juifs ou opposants aux Nazis ont été massacrés? La réponse sera probablement non. On ne peut répondre « non » à la même question si on remplace l’Allemagne par la Turquie et les Juifs par les Kurdes. En effet, actuellement, la Turquie construit un barrage dans la vallée de Zilan où des dizaines de milliers de Kurdes ont été massacrés par l’Etat turc en 1930 et où des squelettes ainsi que des cartouches sont encore visibles 90 ans après le massacre.
 
L’Etat turc poursuit la destruction de la nature, de l’histoire et de la mémoire du peuple kurde à travers la construction de nombreux barrages au Kurdistan du Nord. Le barrage Ilisu construit à Hasankeyf où plus de 12 000 ans de l’histoire de l’humanité ont été engloutie en est un exemple parfait et la construction d’un autre barrage dans la vallée de Zilan, à Van / Erciş, n’est que la continué logique d’un tel plan génocidaire.
Les barrages construits par la Turquie au Bakur (Kurdistan du Nord) ont perturbé la vie naturelle à un tel niveau qu’on parle d’un écocide au Bakur. Des milliers de plantes et d’espèces animales endémiques ont déjà disparu, l’agriculture et l’élevage ont pris fin. Des centaines de villages et de hameaux sont sous l’eau. Des milliers de Kurdes ont été forcés de quitter leurs terres. A cela s’ajoute la destruction des sites qui ont été témoins des massacres commis par l’Etat turc depuis le XXème siècle.
La centrale hydroélectrique, lancée en 2014 dans la région de Zilan (Geliyê Zilan) à Erçis, a été arrêtée par une décision du Conseil d’État en 2015 sur l’objection des villageois de la région.
Malgré cela, profitant de cette période de pandémie de coronavirus, les travaux de construction ont été relancés alors que toute l’attention était portée ailleurs. Des centaines d’ouvriers travaillent jour et nuit pour accélérer les travaux.
Le massacre de Zilan a eu lieu dans la vallée de Zilan ou Zeylan (Kurde : Geliyê Zîlan, Turc : Zilan Deresi, Zeylân Deresi) située au nord de la ville d’Erciş, dans la province de Van. Lors du massacre, 15 000 personnes ont été tuées selon l’Etat turc et 50 000 selon les Kurdes. Après le massacre, 45 villages ont été brûlés et détruits. L’État a pris de force les terres des villageois de la région de Zilan, des milliers d’autres Kurdes ont été chassés de la région.
 
L’historien kurde, Sedat Ulugana* dénonce la construction d’un barrage dans la vallée de Zilan, accusant l’Etat turc de vouloir faire disparaître les traces du massacre de 1930.
Des coupures de journaux turcs de l’époque qualifiant de « nettoyage » (temizlik) le massacre de Zilan
Dans cette interview de 2019, d’Ulugana parlait du massacre de Zilan :
 
Il y a 89 ans, des milliers de Kurdes étaient massacrés et 44 villages incendiés dans la vallée de Zilan, les 12 et 13 juillet 1930, pendant la rébellion d’Ararat (ou Agri).
 
Le massacre de Zilan est le deuxième plus grand massacre commis contre les Kurdes après la proclamation de la République turque. Le 13 juillet 1930, avec le massacre perpétré contre la rébellion d’Ağrı (Ararat), la Turquie a commis un grand crime contre l’humanité qui est une tache noire dans l’histoire de l’humanité. À l’occasion du 89e anniversaire du massacre, le journaliste kurde, Barış Balseçer​ a discuté avec l’écrivain et universitaire kurde Sedat Ulugana de la rébellion kurde avant le massacre, des principales raisons de l’échec de la rébellion et des principaux motifs et résultats des massacres perpétrés par les structures politiques et administratives existantes contre les Kurdes depuis la fin de la période ottomane.
 
Quelle était la situation politique des Kurdes avant le massacre de Zilan ? Pouvez-vous décrire le processus dans son ensemble ?
 
Le massacre de Zilan, avec la proclamation de la République de 1923 à 1930, fait partie du processus d’instauration du régime kémaliste au Kurdistan. La première réaction eu régime kémaliste a été montrée à Koçgiri en 1921 et les Kémalistes ont perpétré le premier massacre des Kurdes au Kurdistan au moyen d’un outil hérité des Ottomans : La punition et le transfert de la population (« tedip ve tenkil »). Le processus après Koçgiri était la résistance du Cheikh Sait en 1925, dont le vrai nom était le Mouvement Azadî (Liberté). Ce processus a entraîné un massacre et des centaines de villages kurdes ont été incendiés et des milliers de Kurdes ont été massacrés, notamment à Palu, Lice et Genç, à Diyarbakır. En fait, c’est la rébellion du Cheikh Sait qui a déclenché la rébellion d’Agri. Zilan est une région montagneuse, où il existe des tribus kurdes patriotes. Ces tribus ne se sont pas intégrées à l’État et ont des problèmes structurels avec l’État. Ces tribus aliment des fournitures aux insurgés d’Agri. Ils fournissent des guerriers logistiques. En fait, la région du Zilan devient une base pour la poursuite de la rébellion agricole. L’Etat en est conscient. Il y a un rapport des années 1920. Il dit : « Il y a maintenant trois lieux de banditisme au Kurdistan. Le premier est celui du Dersim, le deuxième est Sason et le troisième est celui du Zilan et de l’Ağrı. » Le gouvernement a fiché ces trois lieux. Donc en 1925 ; À 5 ans du massacre de Zilan, à 9 ans du massacre de Sason et 13 ans avant le massacre de Dersim, le rapport indique ces régions. Ce sont des zones que le régime kémaliste ne peut pénétrer. On dit que ces régions insistent sérieusement sur la kurdicité et qu’on doit « s’occuper » de ces régions.
 
Pour ce faire, l’État se concentre sur Zilan, en particulier pendant le processus de résistance d’Agri. Mais au début, il ne le prend pas trop au sérieux. Ils envoient un petit nombre de soldats à Zilan et pensent pouvoir briser la résistance et envoyer le 15e régiment de gendarmerie mobile. (…) Une fois dans la région de Zilan, le régiment de gendarmerie mobile fait face à une résistance inattendue.
 
Quel est le rôle de la société Xoybûn dans la résistance kurde ? Quelle est la relation entre la résistance d’Agri et Cheikh Sait avant le massacre de Zilan et le Mouvement Xoybûn ?
 
Le Mouvement Xoybûn a été fondé en 1927 dans le Rojava actuel. Deux familles en particulier, les Cemilpaşazade et les Bedirxan, sont les plus impliquées. Au Rojava, les deux familles ont été rejointes par Haco Aga. Les intellectuels kurdes, les chefs de tribus kurdes et les cheikhs, échappés à la violence du régime kémaliste, se retrouvent au Rojava après 1920 et forment une organisation appelée Xoybûn.
 
Au début, İhsan Nuri n’est pas inclus dans Xoybûn. Il prend contacte par la suit avec Xoybûn il y est intégré en tant que «général du mont Ararat», puis passe à Ağrı pour le compte de Xoybûn et entame le processus connu. Xoybûn est le Mouvement organisateur de la résistance d’Ağrı. Après la résistance d’Ağrı, il organisa la résistance e Sason de 1934. Afin d’organiser la Résistance de Dersim de 1938, ils envoient un groupe comprenant Muşlu Hilmi. Le groupe est exécuté en route, avant d’atteindre Dersim.
 
Bien qu’il y ait eu beaucoup de résistance après la proclamation de la République, ils ne réussissent pas. Quels sont les principaux facteurs à l’origine de l’échec de ces résistances ?
 
Au Kurdistan du Nord, toute la résistance de 1923 à 1938 est liée. C’est donc une tradition, des perles d’un chapelet. La rébellion de Kochgiri de 1921 reste un peu à part, mais elle a inspiré intellectuellement le mouvement de Sheikh Said.
 
Seyitxan, Seyitxane Kerr, Alican et Ferzande, membres du Mouvement Sheikh Said de 1925, c’est-à-dire la résistance d’Azadi, ont également combattu sur le mont Ararat. Ce sont les cadres qui organisent la Résistance de Zilan. (…). En fait, les initiateurs de la résistance d’Agri sont les guerriers kurdes qui ont survécu à la rébellion du Cheikh Said. Il y a une telle connexion. Le feu de la résistance allumé au triangle Genç, Lice, Palu a été éteint, mais cette fois, le même feu a été allumé sur le mont Ararat, à Zilan.
 
L’une des raisons pour lesquelles la résistance du Kurdistan a entraîné la défaite est le problème du leadership. A cette époque, il y avait le problème du leadership, ils n’avaient pas de leadership national. Le processus Tanzimat (« réorganisation » en turc ottoman) est appelé renouveau et modernisation de l’État, mais la raison principale en est la liquidation de la structure politique kurde et le transfert de la capitale kurde à Istanbul. A cette époque, tous les Mirs (chefs notables kurdes) kurdes ont été massacrés, exilés et jetés dans des prisons. Au Kurdistan, après la liquidation des mirs kurdes, un vide d’autorité est créé.
 
Les Cheikhs remplissent le vide de l’autorité. Ces Cheikhs disent appartenir à la « secte Khalidi ». La secte Khalidi a été fondée par Mevlânâ Khalid-î Shay Shahizizor de la ville de Suleymaniyah, dans le Kurdistan du Sud.
 
A l’instar des Mir, plutôt que d’être constructifs, rassembleurs, les Khalidis ont une mission destructrice et disloquante au Kurdistan. Mevlânâ Khalid a été formé en Inde. Pendant ses études en Inde, ses professeurs menaient une forte opposition au colonialisme britannique.
 
Avec le temps, l’opposition aux Britanniques s’est transformée en opposition et en haine des Chrétiens. Lorsque Mawlana Khalid est revenu au Kurdistan, il a en quelque sorte importé au peuple kurde l’opposions aux Chrétiens et la haine antichrétienne. Jusqu’à cette époques, les Kurdes au Kurdistan n’avaient aucun problème avec les Chrétiens ; Il y a des Arméniens, des Chaldéens, des Assyriens, des Nestoriens et des Kurdes qui s’appellent eux-mêmes des Kurdes Messiahs, sur lesquels nous ne nous attardons pas beaucoup.
 
À son retour, Mevlana Khalid forme beaucoup d’étudiants. Le titre du cheikh passait de père en fils à l’époque. L’Ordre du khalidisme emmène l’enfant du villageois kurde le plus pauvre à devenir « Sheikh » et lui dit « Toi aussi, tu peux emmener un élève, l’élever et en faire un cheikh » et l’envoyait dans les endroits les plus reculés du Kurdistan. Par la suite, en s’alliant aux tibus, ils se sont rendus dans les endroits les plus reculés du Kurdistan.
 
J’ai trouvé un ancien livre à Ercis. C’est écrit par Mela Musa, un imam Khalidi. La date qu’il a écrite à la fin du livre était 1892 et le lieu est Zozane Elegez (Haut plateau d’Elegez). Sur le plateau, il écrit un livre. Il rend croyantes, sunnites les tribus kurdes qui n’étaient pas très religieuses jusqu’à là. S’il y a un sentiment de nationalisme, ils l’enlèvent. Ils imposent l’oumma (la communauté des Musulmans qui rejette l’origine ethnique du croyant). Si vous êtes un Kurde qui impose l’Oumma, vous vous éloignez de toute façon de la conscience nationale et de l’unité nationale. Les Sheikhs ont cet aspect sur lequel nous n’avons pas encore prêté attention.
 
Un autre facteur est le niveau d’éducation des Kurdes à cette époque. Ceci est lié à la désintégration du Kurdistan.
 
Titres du journal turc Cumhuriyet lors du génocide de Zilan
 
Combien de personnes ont été massacrées lors du massacre de Zilan ? Qu’est-ce qui se passait à Zilan ?
 
Selon les services de renseignements étrangers, environ 10 000 personnes auraient été tuées lors du massacre de Zilan. Les Français parlent de 5 000, tandis que les Britanniques disent que plus de personnes ont été tuées. Bien entendu, ces États ne disposaient pas d’un réseau de renseignement très formel au Kurdistan du Nord. Ils donnent plutôt de chiffres prédictifs. Mais il y a les chiffres donnés par la partie turque. Par exemple, le journal semi-officiel de l’époque, le Cumhuriyet Gazetsi, parle de plus de 15 000. De même, les journaux Vakit et Aksam de la même période écrivent également ce chiffre. Le journal Cumhuriyet écrit même ceci : « Notre journaliste Sabri Bey, qui est à Ercis, transmet l’information depuis la région. « La vallée de Zilan est pleine de cadavres à ras bord », dit-il. Le chef de l’état-major général le dit également. Un peloton a tué plus de mille personnes en une journée. 95% des tués sont des civils. Parce que l’état-major général de l’époque parle d’environ 5 000 résistants dans la région de Zilan. Cette information est exagérée. Il n’y a pas autant de résistants. Le nombre de résistants est de mille environs.
 
C’est un génocide qui a été perpétré à Zilan. Il faut distinguer le massacre d’un génocide. C’est un «massacre» si vous tirez sur des gens et les tuez (…). Mais si, pour une raison politique, vous tuez plus d’une personne en faisant de la discrimination, en regardant sa religion, sa langue, son ethnie, c’est un génocide. (…) Ce qui a été fait à Zilan est un génocide. La deuxième différence entre le massacre et le génocide est que ce dernier est systémique.
 
Après le massacre, des dizaines de villages ont été incendiés à Zilan. Tous les habitants de ces villages ont été tués. Le nombre de personnes tuées dans ces villages est supérieur à 15 mille.
 
La deuxième raison d’être un génocide est qu’après l’incendie des villages, les champs de blé ont été incendiés, les puits ont été remplis de terre et tout le matériel a été brûlé. En d’autres termes, l’espace vital a été détruit.
 
De plus, il est essentiel de ne pas laisser de témoins lors de génocide. Nous pouvons le voir [ne pas laisser de témoins] lors des génocides de Rwanda, arménien et bosniaque. La même chose est faite à Zilan. Les gens ont été massacrés à Zilan en 1930 et cela a continué jusqu’en 1938. Si l’État découvrait qu’il y avait des survivants du massacre, ils les trouvaient et les amenaient et les fusillaient. Il existe également un exemple concret de cela. Après le massacre, 15 personnes se sont réfugiées dans le village de Pertax à Erciş, qui a été renommé et transformé en village de « Dinlence ». Ils ont été repérés par l’Etat. On les a pris du village, emmenés dans la vallée d’à côté, les fusillés et enterrés sur place. A ce titre, il y a des dizaines d’exemples de ce genre qui avaient pour but de ne pas laisser de témoins.
 
J’ai parlé à une témoin nommée Hafize, qui était encore une enfant à cette époque. Elle vivait dans le village de Soskin à Ercis. Je ne sais pas si elle est en vie ou pas. Elle avait dit « Moi, ma sœur, mon petit frère et ma mère ont survécu au massacre. Mon petit frère venait d’être sevré. Nous avons eu une vache. Nous nourrissions mon frère avec le lait de cette vache. Nous avons pris notre vache et sommes partis. Nous avons commencé à vivre dans une petite tente près de la ville. Dès que les soldats ont découvert que nous avions survécu au massacre de Zilan, ils sont venus. D’abord, ils ont coupé les pies de notre vache, notre seul moyen de subsistance. » Celle qui me disait cela était une témoin (d’environ 90 ans) d’un massacre. Ils avaient fait cela pour faire mourir de faim le petit garçon. Mère Hafize n’avait pas voulu m’ne parler, mais j’ai appris de sa famille que les soldats avaient emmené sa sœur. Ils l’avaient violée et tuée.
 
Voici une autre raison d’être un génocide. La nécrophilie (violer un cadavre) est essentielle dans la psychologie du génocide. Ce sont des nécrophiles. Nous pouvons le voir dans l’Allemagne nazie. Il y avait un imam nommé Mela Ahmet. Je l’ai interviewé. Alors qu’il travaillait comme imam à Adilcevaz, il avait rencontré un certain Hacı Ömer. Hacı Ömer lui a dit « (…) Je livrais des fournitures aux soldats lors du massacre de Zilan. Des milliers de personnes ont été tuées à l’extérieur de la ville dans un endroit appelé Aşe Monk. Les tours étaient faites de corps inanimés. C’était l’heure du déjeuner. Je l’ai vu de mes propres yeux. Les soldats retrouvaient et violaient de jeunes corps de femmes parmi les corps inanimés.”
 
Ces informations sont dans mes archives et j’ai fait confirmer ces informations auprès de plusieurs personnes. Ce que j’ai trouvé le plus dans mes recherches, c’est que d’innombrables femmes ont été violées.
 
Zilan est un génocide car un programme politique a été mis en place. Près d’un millier de familles ont été déportées à l’Ouest [régions turques à l’ouest du pays]. Beaucoup de ces familles sont maintenant assimilées. Elles ont été exilées dans des villes comme Aydın, Sinop et Samsun. Deux familles déportées ne pouvaient vivre dans la même ville et le même quartier. En d’autres termes, un programme d’assimilation a été mis en place. Près d’un millier de familles sont jetées dans les cachots d’Adana et de Zonguldak et abandonnées à la mort.
 
A cette époque, il y a un mandat d’Atatürk. Ce mandat rédigé après 1933 ordonne exactement ce qui suit : « Sa Sainteté ordonne dorénavant la capture des bandits vivants. » En d’autres mots, il dit, « Ne les tuez pas, capturez-les vivants ». Ils ont attrapé et enchaîné les villageois qui se sont réfugiés dans les montagnes et les ont envoyés dans ces cachots.
 
75% des personnes emmenées à Adana et à Zonguldak sont tuées. Par exemple, sur un millier de personnes envoyées dans la cachot d’Adana, seules 300 personnes peuvent revenir. 30 à 40 d’entre elles sont exécutées. La plupart de ces personnes sont condamnées à des peines de prison; Ils meurent de maladies infectieuses telles que le choléra, la typhoïde. Certains sont tués avec une piqûre toxique. J’ai obtenu le bloc-notes d’un témoin qui a traversé cette période. Il les a personnellement enregistrés. Dans le cahier, il est écrit : « Celui qui recevait la piqûre, ne pouvait pas voir le matin ».
 
La plupart des personnes envoyées à Zonguldak travaillent dans des mines de charbon. La plupart d’entre eux meurent à cause de mauvaises conditions de vie. La plupart des rapatriés meurent d’un cancer du poumon dû au charbon inhalé.
 
Une zone de Zilan a été complètement détruite. La région de Zilan a été déclarée « zone interdite » de 1930 à 1950. Tous les villages ont été évacués. Dans la région déclarée zone militaire, les chiens mangeaient les corps de leurs maîtres décédés. Quelqu’un m’a dit : « Les chiens avaient mangé tellement de gens qu’ils avaient une taille énorme. Leur psychologie avait changé. Ils attaquaient les gens en meute. »
 
Nous avons vu la même chose avec Taybet Ana. Ses enfants ont dit : « Nous avons veillé pendant des jours pour que les chiens ne viennent pas manger le corps inanimé de notre mère. » Sur le front des Kurdes, il n’y a rien de changé des années 1930 aux années 2019.