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« Happy Dreams Hotel », ou comment va le Kurdistan?

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PARIS – Les 7, 8 et 9 octobre dernier, le Théâtre Municipal Berthelot-Jean Guerrin accueillait le comédien kurde Aram Taştekin pour son spectacle « Happy Dreams Hotel » (anciennement« Happy Dreams, une histoire kurde ») qui avait fait peau neuve. Le metteur en scène d’Happy Dreams Hotel, Elie Guillou a enrichi la pièce, en y intégrant comme acteur le musicien Neşet Kutaş qui auparavant accompagnait le spectacle avec des percussions.

Lors de la reprise de «Happy Dreams Hotel» dans le théâtre montreuillois, de très belles surprises attendaient ceux qui avaient assisté aux précédentes représentations du spectacle depuis 2 ans. En effet, le talentueux Aram n’était plus l’unique acteur sur la scène. Il y avait aussi ce cousin (joué par Neşet Kutas) avec qui le héros avait grandit dans une belle complicité. L’hôtel miteux où les deux jeunes hommes attendent le RDV du cousin qui rejoindra la guérilla donne le « la » à cette comédie burlesque. Le reste du spectacle est un vertigineux voyage qu’Aram effectue au Kurdistan, toujours sous le regard attentif du cousin…

« Happy Dreams Hotel », ou comment va le Kurdistan ?

Il faut beaucoup d’imagination pour ne pas effrayer le public tout en lui racontant des horreurs, mieux encore, il faut le « divertir » car « les gens vont au théâtre pour se changer les idées puisqu’ils ont déjà assez de soucis comme ça » (phrase entendue maintes fois). C’est ce qu’Aram Tastekin a fait avec brio au théâtre municipal de Montreuil. Il a raconté la guerre au Kurdistan, les disparitions forcées des Kurdes, les incendies des villages kurdes par l’armée turque, l’exil forcé, la prison, la destruction de la nature et le patrimoine du Kurdistan, le génocide linguistique et la résistance du peuple kurde… le tout avec un air faussement naïf d’un jeune qui rêve juste d’être un grand acteur, comme le légendaire Yilmaz Guney.

Happy Dreams Hotel, une histoire drôle et amer à la fois
 
Dans « Happy Dreams Hotel », Aram Taştekin nous emmène dans son village montagneux de Xarabguryan, au fin fond du Kurdistan, où un gamin de 6 ans découvre que sa langue maternelle est interdite, qu’être Kurde l’est également. Il voit un de ses cousins rejoindre la guérilla kurde. Il apprend que, bien qu’il s’appelle Aram, il est « Ikram » pour l’État turc, que même la montagne de son village a deux « prénoms », un en kurde, l’autre en turc… Aram assiste à l’incendie de son village par les soldats turcs qui chassent tous les habitants de la région.
 
Aram doit s’adapter à sa nouvelle vie citadine à Diyarbakir (Amed). Un fois ado, il part en cachette à Antalya voir des filles russes et où il travaille comme animateur pour enfants de touristes dans le grand hôtel « Happy Dreams ». Un voyage qui se termine quand Aram rencontre une troupe de théâtre kurde qui cartonne à cause d’un quiproquo.
 
Malgré son sujet difficile, le spectacle nous fait rire grâce aux anecdotes – souvent absurdes – qu’Aram nous raconte. Par exemple, comment passer sans encombre 
un barrage militaire alors qu’il accompagne son cousin rejoindre la guérilla, son obsession d’être un « vrai » Kurde (même pour sa mère à la colère terrible qui est une Arménienne « auto-assimilée »), l’histoire de trois bouteilles de coca qui privent le village d’eau potable pendant une semaine, le petit garçon qui doit dire aux soldats turcs qu’il ne parle pas le turc, sa troupe de théâtre qui fait un tabac à cause de son titre que l’armée turque considère comme un message subliminal faisant la propagande de la guérilla kurde…

Elie Guillou, Neşet Kutas et Aram Tastekin
« Happy Dreams Hotel » a été écrite par Elie Guillou à partir du récit d’Aram Tastekin. Guillou a été assisté par Noémie Régnaut dans la mise en scène du spectacle.

En plus d’endosser le rôle du cousin, Neşet Kutas joue des percussions entre chaque sketch.

Pour ceux qui n’ont pas encore vu « Happy Dreams Hotel », il sera à l’affiche du Théâtre Antoine Vitez, à Ivry Sur Seine, les 9 et 10 décembre 2021. Un spectacle à voir pour prendre le pouls du Kurdistan qui résiste, encore et toujours…

IRAK. 10 des 65 Kurdes arrêtés à Kirkouk restent en prison

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IRAK / KURDISTAN – 65 résidents kurdes de Kirkouk ont été arrêtés par les forces irakiennes dans la soirée de 10 octobre lors des célébrations des résultats des élections générales. Ils ont été accusés de tir contre un convoi de l’armée irakienne. 10 d’entre eux sont toujours en prison tandis que les autres ont été libérés sous caution grâce à la mobilisation des avocats kurdes de Kirkouk.

Le 13 octobre, le service des médias de la police de Kirkouk a publié des photos des détenus au moment de leur libération lors d’une réunion avec le chef de la police.

L’armée et les forces de sécurité irakiennes ont arrêté 65 résidents kurdes de Kirkouk dans les quartiers kurdes de Rahimawa et Shorja pour avoir troublé la sécurité et la stabilité et entravé la circulation fluide dans certaines parties de la ville multiethnique, ont déclaré l’armée et la police irakiennes.

Les deux principaux partis kurdes, le Parti démocratique du Kurdistan (KDP) et l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), ont déclaré que les détenus ont été libérés à la suite de leur intervention auprès du Premier ministre irakien Mustafa al-Kadhimi tandis qu’un groupe d’avocats volontaires kurdes à Kirkouk a déclaré que « la libération était conforme aux procédures légales et non selon les revendications politiques comme le prétendent l’UPK et le KDP. »

Un haut responsable de la sécurité de Kirkouk a déclaré anonymement à Kirkuk Now que « 10 personnes encore en prison sont des résidents de Rahimawa et accusés d’avoir tiré sur les forces de sécurité ».

Les avocats bénévoles ont déclaré hier lors d’une conférence de presse que certaines personnes parmi celles qui célébraient les célébrations du PDK à Rahimawa à Kirkouk pour avoir remporté deux sièges au parlement irakien avaient tiré sur un convoi irakien patrouillant dans les rues.

La plupart des détenus affirment avoir été arrêtés sans mandat d’arrêt du tribunal et n’avoir participé à aucune célébration car ils ont été arrêtés chez eux.

L’UPK a remporté trois sièges contre six en 2018, tandis que le KDP en a remporté deux, mais en 2018 a boycotté les élections à Kirkouk et la Nouvelle Génération a obtenu un siège pour la première fois. Le nouveau système électoral avancé de six mois à la demande des manifestants a divisé les 12 sièges parlementaires de Kirkouk en trois circonscriptions électorales.

Les Kurdes ont remporté six sièges tandis que les partis politiques arabes ont augmenté leur part de trois à quatre et les Turkmènes ont réduit leurs sièges de trois à deux seulement.

Située à 238 kilomètres au nord de Bagdad, Kirkouk est une province ethniquement mixte pour 1,6 million de Kurdes, d’Arabes et de Turkmènes, de musulmans, de chrétiens et de Kakaï. Elle a longtemps été au centre des différends entre Bagdad et Erbil (Hewler).

Les Kurdes contrôlaient a ville de Kirkouk jusqu’en 2017, lorsque les forces de sécurité irakiennes ont déclaré la victoire sur l’État islamique en Irak et en Syrie (DAECH / ISIS) et ont pris le pouvoir dans les territoires kurdes contestés, dont Kirkouk.

Actuellement, l’armée irakienne, la police locale et fédérale, la brigade 61 des forces spéciales ainsi que les paramilitaires chiites des Forces de mobilisation populaire PMF, sont sous le commandement des opérations conjointes de Kirkouk, un parapluie pour les forces de sécurité qui gèrent la sécurité de la province de Kirkouk. 

Hazhar Kaka’i, l’un des avocats bénévoles des détenus, a déclaré que ceux qui ont été libérés étaient obligés d’appliquer une caution de 3 millions de dinars irakiens (2 000 dollars).

L’article 222 du code pénal irakien stipule que « tout rassemblement conduit à un crime, un délit, entrave l’application de la loi ou les performances des autorités locales ou le public, les auteurs encourent une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans, une amende ou les deux ».

« La nuit où j’ai été arrêté, je regardais la télévision avec mes amis dans un mini stade. Je n’ai pas été à toutes les célébrations et n’a eu aucune idée de ce qui se passait et ont été soudainement entouré par la brigade spéciale 61 », a déclaré Sabah Jassim, l’une des personnes libérées sous caution le 13 octobre.

« Nous avons été gardés de 22 heures à 2 heures du matin dans un Humvee militaire puis ils nous ont remis à la police. Ils nous tiraient et nous poussaient. Nous avons été battus. »

Les deux principaux partis kurdes de la région, UPK et KDP disent avoir contacté le Premier ministre qui a promis de libérer tous les détenus.

« Nous avons pris en charge tous les cas. Cette nuit-là, nous sommes immédiatement allés voir la police et avons fait de notre mieux pour les libérer », a déclaré Kaka’i. « Toutes les procédures étaient légales, ils ont donc été légalement libérés sous caution et leurs dossiers n’ont pas encore été classés.

Ceux qui étaient en liberté sous caution n’ont pas fait partie du trouble, veuillez donc les interroger et les libérer sous caution. Aucun parti politique n’a joué de rôle dans leur libération et aucun d’entre eux n’a contacté la police locale. »

Un communiqué de la police de Kirkouk a déclaré mardi « nous sommes autorisés à suivre toutes les procédures légales contre ceux qui tentent de déstabiliser la stabilité à Kirkouk, car le devoir est de protester contre les personnes et leurs propriétés ».

« Les auteurs d’actes de sabotage ou ceux qui tentent de porter atteinte à la situation sécuritaire seront arrêtés. La stabilité actuellement restaurée est le résultat d’années de lutte et de service 24 heures sur 24, donc aucun acte de sabotage n’est autorisé et des procédures strictes seront suivies contre ces personnes dans l’intérêt de tous.

Chaque fois qu’il y a un problème, les partis politiques se taisent mais quand c’est réglé, ils prétendent qu’ils l’ont fait. Cette fois, ils ne peuvent certainement pas prétendre avoir réglé le problème », a ajouté Kaka’i.

Kirkuk Now 

En prétendant combattre la guérilla kurde, la Turquie soutient l’État islamique en Syrie et en Irak

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La guerre que la Turquie livre aux forces kurdes au Rojava / Syrie et au Bashur / Irak renforce l’État Islamique dans la région écrit le journaliste Uzay Bulut.
 
La guerre que la Turquie livre aux forces kurdes en Syrie et en Irak renforce l’État Islamique dans la région écrit le journaliste Uzay Bulut dans son article « Les frappes aériennes de la Turquie en Syrie et en Irak » (à lire sur le site Gatestone Institute)
  • La Turquie semble manœuvrer pour étendre un État islamique en Syrie et en Irak.
  • Le même gouvernement turc qui prétend lutter contre le « terrorisme » par sa lutte contre le PKK kurde soutient l’État islamique dans la région depuis des années.
  • « La capacité de l’État islamique à devenir un État fonctionnel si rapidement est en grande partie due à ses relations avec le président Erdoğan en Turquie. »
  • Le gouvernement turc, membre de l’OTAN, semble clairement se sentir sur une lancée djihadiste.
 

Les Kurdes du Rojava menacés par la guerre de l’eau

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PARIS – Au Rojava, les problèmes liés à l’eau se sont aggravés avec la mise à l’arrêt de la station d’eau d’Alouk, dans la région kurde de Serê Kanîyê et la diminution du niveau de l’eau d’Euphrate qui dessert la Syrie. Deux problèmes provoqués directement par la Turquie. L’utilisation de l’eau comme une arme de guerre a déjà provoqué un désastre dans la région qui se dépeuple, mais la communauté internationale continue à fermer les yeux. Jusqu’à quand? On attendant, voici un nouvel article qui détaille les conséquences dramatiques de cette guerre aquatique livrée par la Turquie colonialiste.
 
Les journalistes Chris DEN HOND et Chloé TROADEC signent un article sur la guerre de l’eau que la Turquie mène contre les Kurdes du Rojava sous le titre de « La Turquie mène une guerre de l’eau en Syrie » publié sur le site Orient XXI.
 
Le niveau de deux fleuves mythiques, le Tigre et l’Euphrate, qui traversent la Turquie, la Syrie et l’Irak, a drastiquement baissé. Si le changement climatique y est pour quelque chose, Ankara est pointé du doigt en raison de ses barrages qui limitent le débit des eaux.
 
Le barrage Atatürk sur l’Euphrate
Bernard Gagnon/Wikimedia Commons

 

 
La chute du débit de l’Euphrate est une nouvelle menace pour la population syrienne, déjà victime de plus de dix années de guerre sur son territoire. Cinq millions de Syriens risquent d’être privés d’eau et d’électricité. Le coordinateur de l’ONU pour la Syrie, Imran Riza, affirme dans un rapport publié en juin 2021 être « très profondément inquiet de l’impact de la baisse du niveau de l’eau sur la vie de millions de gens vivant en Syrie, surtout concernant l’accès à l’eau et à l’électricité ».
 
Ces derniers derniers mois, le débit des eaux fluviales a été fortement réduit, selon des chiffres cités par l’ONU : 200 m3 par seconde, au lieu des 500 m3 habituels. Le niveau de l’Euphrate se trouve désormais si bas que les équipements de pompage et les canalisations ne sont plus opérationnels. Le Rojava Information Center décrit une situation alarmante : « Ces derniers mois, la Turquie a grandement limité le flux du fleuve. Jamais le niveau de l’Euphrate n’a été aussi bas. Les barrages hydroélectriques de Tabqa, Tishrine et Firat, dans le nord et l’est de la Syrie, qui produisent de l’électricité pour toute la région, ne fonctionnent qu’alternativement, avec une seule turbine. La production agricole est sérieusement menacée ».

 

En Syrie, l’Euphrate alimente en effet trois barrages hydroélectriques et des stations de pompage d’eau potable. Sur le grand barrage de Tishrine, à l’est d’Alep, reconquis par les Forces démocratiques syriennes (FDS) des mains de l’organisation de l’État islamique (OEI) qui s’en était emparé en 2015, le niveau d’eau se trouve seulement à quelques dizaines de centimètres au-dessus du niveau « mort ». En dessous, les turbines cesseront de produire de l’électricité.

DE GRAVES MENACES POUR L’AGRICULTURE

Comme l’eau de l’Euphrate n’est plus systématiquement filtrée, les eaux usées et l’eau stagnante augmentent le nombre et la propagation de maladies. « L’eau venant de l’Euphrate n’est plus potable et les gens attrapent des maladies à cause de l’eau stagnante », nous confie Muslim Nebo, enseignant à Kobane. Pour Selman Barudo, coprésident de la Commission de l’agriculture et de l’économie de l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie« le manque d’eau, en particulier à une saison de l’année aussi cruciale pour les cultures du blé et du coton, a un effet dévastateur sur l’agriculture et l’économie. Les régions agricoles de Tabqa, Rakka et Deir-ez-Zor sont les plus affectées par le manque d’eau. Le niveau de l’Euphrate est tellement bas que les appareils de pompage des agriculteurs ne sont plus immergés et ne peuvent donc arroser les cultures. Nous avons peur que cette sécheresse rende la terre infertile sur le long terme ».

L’administration autonome du nord et l’est est gérée par une coalition entre Kurdes, Arabes et Syriaques. Déjà confrontés à une guerre interminable, de multiples invasions de la Turquie dans le nord et un embargo, ils craignent un impact ravageur sur l’économie. « Nous avons effectivement peur pour les prochaines récoltes, puisque 80 % de l’eau utilisée pour l’arrosage des cultures provient de l’Euphrate », ajoute-t-il.

Les autorités turques martèlent que la baisse du niveau des fleuves en Syrie est due au changement climatique, mais leurs homologues kurdes et arabes dans le nord et l’est de la Syrie accusent la Turquie de faire de l’eau une arme politique. « Même si le changement climatique est la cause principale de cette sécheresse, la Turquie, avec ses barrages sur le Tigre et l’Euphrate, a techniquement la possibilité de faire couler plus d’eau vers la Syrie », nous dit Asya Abdullah, une responsable et fondatrice du Parti d’union démocratique (PYD), rencontrée en septembre à la fête de l’Humanité. « La Turquie piétine toutes les conventions internationales concernant l’eau. Jusqu’en 2019, il n’y a pas eu de sérieux problèmes, mais après l’invasion de la Turquie dans le nord de la Syrie, et depuis qu’elle occupe la zone entre Tal Abyad et Serekeniye (Ras Al-Ain en arabe), les problèmes de coupures d’eau ont commencé et ont aggravé les conséquences des sécheresses. L’afflux de l’eau dans la région de Hasake est aujourd’hui contrôlé par les milices proturques en amont, qui ont coupé l’eau 24 fois ces derniers 18 mois. La Turquie contrôle directement le niveau de l’Euphrate avec ses barrages ».

DE NOMBREUX BARRAGES

Barrages du haut bassin Tigre-Euphrate
X. Guimard/Wikipedia

En 1923, le traité de Lausanne divise le bassin hydrographique du Tigre et de l’Euphrate entre quatre États : la Turquie contrôle le bassin en amont des deux rivières, l’Iran contrôle le Zagros et la vallée Diyala, l’Euphrate irrigue le nord et l’est de la Syrie sur 675 km, et enfin les deux fleuves traversent l’Irak sur 1 200 km. La Turquie se trouve dans une position de force, parce qu’elle est maîtresse de la source des deux fleuves en amont. Elle compte accentuer sa mainmise avec la construction de barrages. Celui qui maîtrise l’eau contrôle les habitants. Or toute cette région (sud-est de la Turquie, nord-est de la Syrie, nord de l’Irak) est majoritairement peuplée de Kurdes.

En 1938, le premier barrage est inauguré près d’Ankara. En 1975, le barrage Keban est complété à Dersim (Tunceli), en amont de l’Euphrate. En 1977, avec le fameux « projet d’Anatolie du Sud-Est » (GAP), la construction de 22 barrages sur l’Euphrate et le Tigre est lancée. La Syrie construit son propre barrage. L’effet combiné est immédiat : une sécheresse en Irak.

Une guerre pour l’eau est évitée de justesse. En 1984, la Turquie signe un protocole sur l’eau avec l’Irak, et fait de même avec la Syrie en 1987. Elle garantit un niveau minimal annuel de débit d’eau de l’Euphrate : en moyenne 500 m3 d’eau par seconde. En contrepartie, la Syrie promet d’arrêter les activités du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) sur son territoire.

Au début des années 1990, la Turquie termine le barrage Atatürk, le quatrième plus grand barrage au monde, à 80 km de la frontière syrienne, dans le nord de Kobane. À partir de là, elle est en mesure de contrôler facilement le débit de l’Euphrate. La situation empire en 2019, quand la Turquie envahit et occupe — jusqu’à aujourd’hui — la zone entre Tal Abyad et Serekeniye. « L’eau de la station de pompage d’Allouk, à côté de Serekeniye est systématiquement détournée et coupée par les milices pro-turques, depuis que la Turquie occupe la zone en 2019 », explique le Rojava Information Center.

Les barrages ne servent pas seulement à irriguer les cultures et à produire de l’électricité. Le président turc Recep Tayyip Erdogan lui-même le reconnaît : « Nous ne voyons aucune différence entre protéger notre eau et protéger notre patrie ». La Turquie utilise l’arme de l’eau pour engendrer un déplacement de population et un changement démographique, dont les Kurdes sont les plus grandes victimes en Turquie et en Syrie. Pour Asya Abdullah, « chaque invasion de la Turquie en Syrie (2016, 2018, 2019) a entraîné un déplacement de population, donc un nettoyage ethnique. Maintenant elle utilise l’arme de l’eau pour pourrir la vie des gens et les pousser à partir ». Ces dernières semaines, malgré de fortes pluies en Turquie, le niveau de l’Euphrate n’est pas remonté

 

ROJAVA. Erdogan propose aux Russes d’échanger Idlib contre Tell Rifaat

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SYRIE / ROJAVA – Ces derniers jours, Erdogan profère des menaces d’invasion contre les Kurdes du Rojava alors que Joe Biden a déclaré que l’offensive militaire de la Turquie contre le nord-est de la Syrie sape la campagne visant à vaincre l’ÉI et met en danger les civils. Il semble qu’Erdogan se retourne vers Poutine à qui il propose le sud d’Idlib en échange de l’invasion de Tall Rifaat.
 
Pourquoi Tall Rifaat ? Tall Rifaat abrite une partie des Kurdes qui ont fuit Afrin lors de l’invasion turque de 2018. Selon le journaliste Amed Dicle, Erdogan est coincé au sud d’Idlib par la Russie. Alors, il veut retirer ses soldats de la région en échange d’occupation de Tall Rifaat…

Avec Erdogan, on joue aux chaises musicales en Syrie. Il veut partir du point A pour le point B et continuer son occupation dans la région. Ce qui est intéressant, c’est la réponse de Poutine: trahira-t-il de nouveau les Kurdes pour embêter les Etats-Unis? On le sera dans les semaines à venir.

KURDISTAN. L’avenir incertain des réfugiés yézidis

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IRAK / KURDISTAN – En août 2014, les Kurdes yézidis de Shengal étaient massacrés sauvagement par les terroristes du groupe État islamique. Depuis, les survivants yézidis vivotent dans des camps de fortune. Ils manquent de perspectifs concernant leur futur et le retour sur leurs terres natales semble impossible. Pour le moment, quelques ONG dont Action contre la faim leur apportent de l’aide.
 
Action contre la faim travaille en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Elle fourni un soutien en matière de santé mentale et un soutien psychosocial aux personnes touchées par le conflit en Irak. Elle vient de publier le témoignage d’une femme yézidie qui a échappé au génocide commis à Shengal mais qui a perdu des proches, dont son mari. Elle vit dans un camp avec ses enfants et bénéficie d’un soutien psychologique apporté par l’ONG française Action contre la faim.
 
Le génocide des Yézidis d’août 2014
 
Le 3 août 2014, DAECH (l’État islamique – EI) a commis un génocide à Shengal en massacrant des Kurdes yézidis et en capturant des milliers de femmes et d’enfants. Ce génocide est qualifié de « 74e ferman (décret) » subis par les Yézidis. Les plus importants massacres des Yézidis ont été commis par les Ottomans à partir du seizième siècle.
 
Avant l’attaque de Şengal par DAECH, plus de 400 000 Kurdes yézidis, ainsi que par des minorités kurde shabak, turkmène et arabe vivaient dans la région située à l’ouest du gouvernorat de la Ninive. La majorité des Yêzidis ont fuit la région et vivent désormais dans des camps de fortune, sans espoir de retour dans leur ville toujours en ruine et que de nombreux femmes et enfants capturés par DAECH sont toujours portés disparus…

Mère d’Hevrin Khalaf: Sans le procès d’Erdogan, les lois internationales sont caduques

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SYRIE / ROJAVA – Le 12 octobre 2019, des mercenaires islamistes de la Turquie ont tué sauvagement la politicienne kurde Hevrin Khalaf près de Tell Abyad, dans le nord du Rojava. Ils ont filmé leur crime et l’ont diffusé sur les réseaux sociaux. Ainsi, le monde entier a été témoin d’un acte barbare d’une cruauté sans nom. Mais, malgré cela, deux ans après les faits, rien n’a été fait au niveau international pour juger les assassins d’Havrin.

 
La mère d’Havrin Khalaf, Souad Mustafa déclare que le président Erdogan est responsable direct du meurtre barbare de sa fille et des crimes de guerre commis au Rojava et en Syrie par les gangs islamistes de la Turquie mais que les organisations de défense des droits de l’homme et l’ONU l’ignorent.
 

Souad s’est rendue sur la tombe de sa fille Hevrin, brutalement assassinée il y a deux ans par des mercenaires de l’État d’occupation turc.

Tôt le matin du 12 octobre 2019, avec l’appui des avions de combat turcs, les mercenaires islamistes ont pu entrer profondément dans les terres syriennes et atteint la route internationale M4 où ils ont assassiné Hevrin Khalaf et 9 autres civils, conjointement avec l’agression turque contre les régions de Serê Kaniyê et de Tal-Abyed.

Les mercenaires ont diffusé des séquences vidéo montrant l’assassinat de civils sur l’autoroute M4 à Tal Tamr, dans laquelle la voiture du politicien Hevrin Khalaf, semblait être visée par des dizaines de coups de feu, par un mercenaire du groupe « Ahrar al-Sharqiya ».

Avant son assassinat, Havrin Khalaf a occupé de nombreux postes dont la vice-co-présidence de l’organisme de l’énergie pour l’été 2014, avant de devenir co-présidente de l’organisme économique dans le canton de Jazirah et être élue au printemps 2018 le Secrétaire général du Parti Avenir de la Syrie.

La mère d’Hevrin, assise près de la tombe de sa fille, a déclaré : « elle croyait en la paix au sein d’un système participatif entre les composantes de toute la Syrie, et cherchait à mettre fin au conflit armé et à la guerre sanglante qui durait depuis 10 ans dans le pays. Erdogan était directement derrière son meurtre. Il visait à faire exploser la volonté des femmes et la révolution dirigée par les femmes au Rojava. »

Les États-Unis savent très bien qui est responsable du crime

 

Le 28 juillet 2020, département du Trésor américain a annoncé qu’il imposait des sanctions à Ahrar al-Sharqiya, groupe armé soutenu par la Turquie, pour des crimes contre les Kurdes en Syrie, dont le meurtre de la politicienne Havrin Khalaf.

Le mercenaire Hatem Abo Shagra est impliqué dans la commission de crimes contre les Yézidis dans le canton d’Afrin, après avoir occupé le canton, tandis que les médias ont souligné que Hatem Abo Shagra avait rencontré parmi eux des chefs de gangs de mercenaires, ceux qui ont rencontré le président turc Erdogan en avril 2018.

Souad a déclaré : « Les États-Unis se sont retirés à grande échelle du nord-est de la Syrie, ils savent bien où et comment ma fille a été tuée, mais ils ont fermé les yeux sur qui a commis cet acte horrible. Les Américains auraient pu empêcher tous ces crimes turcs et attaques contre des Syriens dans la région. »

Après sa tournée dans les pays européens il y a plusieurs mois, la mère d’Hevrin a indiqué qu’elle n’avait pas encore reçu de réponse, malgré les preuves irréfutables qui condamnent les auteurs. Elle a ajouté : « La démocratie et la protection des droits de l’homme ne sont qu’un manteau dont l’Europe se pare. Ils peuvent tout faire dans leur propre intérêt. Ni les Nations Unies ni les organisations des droits de l’homme, ni les tribunaux européens n’ont rien fait, et la raison en est clair ; c’est leur intérêt avec l’État turc. »

Souad Mustafa avait assisté à une session de la conférence kurde au Parlement européen en février 2020 et avait déposé une plainte auprès des tribunaux internationaux pour demander des comptes aux auteurs du meurtre de sa fille.

En conclusion, Souad Mustafa a appelé la communauté internationale à poursuivre les criminels de guerre en Syrie, au premier rang desquels se trouve le président turc Erdogan. Elle a noté que: « Sans cela, il n’y a aucun sens au droit international. C’est un projet démocratique et la révolution de la liberté est en cours. Ils ont assassiné Hevrin, mais des centaines d’autres Hevrin naissent chaque jour et font face au régime fasciste sanglant et elles n’accepteront pas l’injustice. » ANHA

 
En novembre 2020, à l’occasion de la Journée mondiale de lute contre les violences faites aux femmes, le Mouvement des femmes kurdes en Europe a lancé une pétition pour traduire en justice le président turc Erdoğan en donnant 100 raisons de juger Erdogan pour des féminicides et des crimes de guerre.

Il y a deux ans, Hevrin Khalaf était assassinée sauvagement par les gangs islamistes de la Turquie au Rojava

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SYRIE / ROJAVA – Il y a deux ans jour pour jour, la politicienne kurde et espoir d’une Syrie diversifiée et démocratique, Hevrîn Xelef, était exécutée par des mercenaires de la Turquie près de Tall Abyad / Girê Sipî, dans le nord du Rojava. Ses meurtriers sont toujours libres…
Hevrîn Xelef, 34 ans, a été assassinée par les gangs de l’État turc le 12 octobre 2019, tandis que l’État turc et ses mercenaires poursuivaient leurs attaques d’invasion contre Serê Kanîyê / Ras al-Aïn et Girê Spî.
 
Capturée sur l’auto-route M4, près du village de Tirwazî, entre Soulouk et Tall Tamer, la secrétaire générale du parti Avenir de la Syrie, a été violée et lapidée par les membres du «Bataillon 123» de la milice djihadiste «Ahrar al-Sharqiya», allié de la Turquie. Ses bourreaux ont aussitôt diffusé sur les réseaux sociaux les images de son calvaire qu’ils ont filmé. Le meurtre d’Hevrîn Xelef (Havrin Khalaf) a été l’un des nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par l’occupation turque dans la région.
UNE VIE DÉDIÉE À LA RÉVOLUTION DES FEMMES
Havrin Khalaf, ou Hevrîn Xelef, est née en 1984 à Dêrik, ville du nord de la Syrie. Elle a grandi enfant dans une famille socialement et politiquement engagée. Quatre de ses frères et la sœur d’Havrin, Zozan, ont rejoint la lutte de libération et sont tombés dans les rangs du mouvement de libération kurde.
 
Sa mère Sûad a participé à de nombreuses assemblées populaires d’Abdullah Öcalan. Ce qu’elle a appris ici a également eu une grande influence sur l’éducation et le développement de la personnalité de Havrin. Après avoir terminé ses études à Dêrik, Havrin a étudié l’agronomie à Alep. Après avoir terminé ses études, elle est retournée à Dêrik.
 
Avec le début de la révolution au Rojava, Havrin a participé à la lutte pour la liberté et au travail du mouvement des jeunes. Peu de temps après, elle a commencé à organiser des activités de développement de la société civile et a assumé des postes de direction au sein du Conseil économique de Qamishlo. En 2015, avec la proclamation de l’Administration démocratique autonome, elle a pris la responsabilité de coprésidente adjointe du Comité de l’énergie de l’autonomie démocratique du canton de Cizière.
Dans son travail, elle a accordé une attention particulière aux besoins économiques des femmes et au développement de l’économie des femmes. En 2018, Havrin a participé au processus de création et de fondation du Parti Avenir de la Syrie dans le but de défendre les intérêts de tous les groupes de population syriens et un renouveau démocratique de la Syrie. Lors de la fondation de son parti le 27 mars 2018 à Raqqa, elle s’est engagée de manière désintéressée dans la tâche de la secrétaire générale. S’exprimant à l’occasion du 8e anniversaire du soulèvement populaire en Syrie, Havrin a exprimé sa conviction que la crise politique en Syrie ne peut être résolue par la guerre.
Dans chacun de ses discours, Havrin a souligné l’importance du dialogue entre les différentes forces politiques et communautés syriennes. Elle insiste pour que les peuples déterminent leur propre avenir et façonnent ensemble leur propre vie politique et sociale. À travers sa lutte politique, Havrin a appelé tous les cercles de la société et les acteurs politiques à participer à une solution démocratique à la crise en Syrie.
Avec le début de la guerre d’occupation turque contre les territoires de l’administration démocratique autonome du nord et de l’est de la Syrie le 9 octobre 2019, Havrin a résolument poursuivi sa lutte politique, jusqu’au jour de son exécution.
Havrin Khalaf a joué un rôle majeur dans la révolution des femmes du Rojava et de la communauté des peuples avec sa vie et son travail. La commémorer, c’est défendre résolument la révolution des femmes du Rojava qui est un espoir pour tous les peuples du Moyen-Orient et du monde.

TURQUIE. Raid policier contre un mariage kurde à cause des vêtements traditionnels kurdes

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ANKARA – La police antiterroriste a mené un raid contre un mariage kurde à Ankara/Mamak, au motif que certains invités « portaient des vêtements locaux ».
 

La cérémonie de mariage d’une famille kurde dans le quartier de Türközü à Ankara / Mamak a été perturbé par la police antiterroriste. La police a évoqué des vêtements traditionnels kurdes et des signes de victoire comme raison du raid. Des policiers de la branche antiterroriste (TEM) ont demandé des images du mariage, affirmant qu’il y avait eu une plainte au sujet de la cérémonie. La police a vérifié les images de la caméra et a quitté le mariage, exigeant que les images leur soient remises à la fin du mariage, car il s’agissait d’un mariage sur deux jours.

İlhan Karaman, l’un des proches de la famille, a déclaré: « Nous organisons nos cérémonies de mariage ici de la même manière depuis 25 ans. La police est venue à nos mariages plusieurs fois auparavant, mais jamais la police antiterroriste. Auparavant, ils venaient invoquer des raisons telles que faire du bruit pendant les mariages. Nous sommes de Hakkari et nous avons toujours des mariages. C’est la première fois que nous rencontrons une telle situation. »

«Ils nous ont dit qu’il y avait eu une plainte concernant les « vêtements locaux ». Ils ont affirmé qu’il ne s’agissait pas d’un mariage, mais plutôt d’un rassemblement politique. Ils nous ont dit que nous pouvions continuer l’événement, mais ils ont demandé des images pour les examiner plus tard. Ils voulaient que les images leur soient transmises après l’événement», a ajouté Kahraman.

 

ROJAVA. Eau, une arme de guerre silencieuse à l’efficacité redoutable

PARIS – Le 9 octobre dernier, l’Institut kurde de Paris organisait un colloque sur la situation humanitaire et écologique dans les régions kurdes de Syrie / Rojava occupées par la Turquie et ses gangs islamistes.

Lors du colloque, trois juristes syriens ont présenté des preuves des crimes de guerre et crimes contre l’humanité – dont le nettoyage ethnique des Kurdes, féminicides, viols systémiques, kidnappings, meurtres, expropriations, destructions, pillages… commis par les forces turco-jihadistes à Afrin, Girê Spî / Tel Abiad et Serê Kaniyê / Ras al-Ain. 

Lokman AYANA, Bassam ALAHMAD, Sève IZOULI, Ferhad AHMA, Caroline ALLIBERT-DELESTRAS

 

Quant à Caroline ALLIBERT-DELESTRAS, juriste spécialisée sur les crimes sexuels commis lors de conflits armés, elle a déclaré qu’on assistait à une relation de pouvoir exercée par le régime turc sur les territoires kurdes en Syrie à travers les crimes sexuels commis sur des femmes, des enfants et des hommes. Elle a rappelé que ces crimes sexuels ont souvent été négligés sur la scène internationale. 

Gérard Chaliand, Rémi Féraud, Kendal Nezan, Azad Afrînî, Alexandre Koroglu

 

Dans la deuxième partie du colloque, le médecin et activiste Azad Afrînî a énuméré tous les crimes commis par la Turquie et ses gangs à Afrin, tandis que le Président de l’ONG humanitaire Roja Sor – Soleil Rouge, le cardiologue Alexandre Koroglu a informé l’auditoire de la situation sanitaire au Rojava où le Covid19 fait de nombreuses victimes alors que la population est privée d’aide médicale soumise à l’embargo turco-syrienne…

Que peuvent faire la France et l’Union Européenne?

A la question Que peuvent faire la France et l’Union Européenne?, le sénateur français, Rémi Féraud a répondu qu’ « en tant que sénateur de l’opposition, je veux informer les autres sénateurs sur la question kurde sans avoir pour autant de réponses ». Il a déclaré qu’Emmanuel Macron a beaucoup parlé de la situation des Kurdes du Rojava mais il n’a rien fait de concret, ajoutant que c’est le futur dirigeant allemand qui déterminera la politique allemande concernant le Rojava et la Turquie.
 
Rémi Frérot évoque également les intérêts économiques liant les États européens et la Turquie expliquant en partie le silence européen devant les crimes commis par la Turquie au Rojava, et propose que des citoyens français interpellent les politiciens français sur la question kurde à l’approche des élections présidentielles en France.

  

L’eau, une arme de guerre silencieuse à l’efficacité redoutable

Ce 9 octobre, on apprenait également que l’utilisation de l’eau comme arme de guerre entre les mains de la Turquie faisait des ravages dramatiques au Rojava. En effet, le géopoliticien Gérard CHALIAND, qui a assisté au Forum international de l’eau qui s’est tenu au Rojava fin septembre dernier, a déclaré que la mise à l’arrêt de la station d’Alouk à Serêkaniyê alimentant la région d’Hasekê avait provoqué des migrations importantes. Il déclaré que lors de son dernier voyage à Hasakê, il avait vu une région presque fantomatique car les gens privés d’eau étaient partis dans d’autres régions. Mais que le problème de l’eau ne se limitait pas seulement au Rojava car la Turquie contrôle l’Euphrate et le Tigre, deux fleuves importants du Moyen-Orient dont les dizaines de millions d’habitants d’Irak et de Syrie sont dépendants.  

Gérard Chaliand et le sénateur Rémi Féraud

Gérard Chaliand a également déclaré que ni les États Unis, ni la Russie n’agissaient dans l’intérêts des peuples de la Syrie, que les deux États avaient été complices de la Turquie dans l’invasion d’Afrin (pour la Russie) et de Serê Kanîyê (pour les Etats-Unis). Il a insisté lourdement sur le fait qu’on devait agir rapidement pour empêcher la Turquie d’assoiffer le Rojava si on ne veut pas que la région se dépeuple à terme.  

Ainsi, au Rojava et au Moyen-Orient, on assiste à un dépeuplement de la région à cause de l’absence de l’eau qui provoque des réfugiés climatiques, car qui dit absence d’eau, dit absence d’agriculture, absence de nourriture car dans ces régions arides, sans eau, on ne peut rien cultiver. Alors, les habitants du Rojava privés d’eau partent dans d’autres régions, sans que l’armée turque ait besoin de tirer une seule balle…

 
La Turquie utilise l’eau de l’Euphrate comme une arme de guerre contre le Rojava
 
La Turquie utilise l’eau comme une arme de guerre contre les Kurdes du Rojava depuis plusieurs années, sans que la communauté internationale réagisse. La dernière coupure d’eau drastique par la Turquie du fleuve Euphrate desservant la Syrie a des répercussions énormes sur la vie de près de 5 millions d’habitants du Rojava.
 
Selon un accord signé avec la Syrie et l’Irak en 1987, l’État turc est censé fournir 500 mètres cubes d’eau par seconde de l’Euphrate à la Syrie. Cependant, la Turquie a réduit ce chiffre à 200 mètres cubes. Des millions d’hectares de terres agricoles se sont asséchés en raison du manque d’irrigation dans la région où il y a peu de pluie. La réduction du débit d’eau de l’Euphrate a également entraîné une diminution de la production d’électricité. L’eau potable dans la région est distribuée par des camions citernes.

 

Les fleuves devenus un cauchemar pour les Kurdes

L’Euphrate et le Tigre qui prennent leurs sources au Kurdistan du Nord sous l’occupation turque ont été transformés en d’immenses barrages qui ont englouti des centaines de villages et villes dont la ville antique Hasankeyf. Ainsi, au nord, la Turquie chasse les Kurdes en inondant leurs maisons, au sud, elle les chasse en les assoiffant grâce aux nombreux barrages qu’elles a construits sur les fleuves kurdes du Bakûr.

 

 

Le Rojava accueille une délégation franco-belge de victimes du terrorisme

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SYRIE / ROJAVA – Les autorités kurdes du Rojava, qui détiennent des milliers de terroristes de DAECH, accueillent actuellement une délégation franco-belge de victimes du terrorisme islamiste.
 

Des représentants d’associations de victimes belges et françaises sont actuellement à Qamişlo pour des entretiens avec l’administration autonome de la Syrie du Nord et de l’Est (AANES). Le contenu des pourparlers porte sur les risques sécuritaires dans la région compte tenu de la résurgence imminente de la milice djihadiste État islamique. La lutte contre l’Etat islamique est minée par les attaques d’occupation en cours en Turquie. Les entretiens abordent également les questions des mécanismes de rapatriement des membres étrangers de l’État islamique dans les centres de détention et les prisons de la zone autonome ainsi que les mesures de protection pour les victimes du terrorisme de l’Etat islamique. L’arrière-plan est probablement l’initiative « Global Framework » avec laquelle les Nations Unies ont l’intention de soutenir le rapatriement des femmes et des enfants de l’EI du nord-est de la Syrie vers leurs pays d’origine.

La délégation dirigée par Georges Dallemagne, membre de la Chambre des députés belge, comprend également Philippe Vansteenkiste, président de l’association des victimes V-Europe, et Rodî Melek de l’Association française des victimes de violences terroristes (AfVT.org). Ils ont été reçus samedi par le représentant des affaires étrangères de l’Administration autonome, Abdulkarim Omar, et les chefs de département adjoints Fanar al-Kait et Abeer Elia.

L’administration autonome doit s’asseoir à la table des négociations

La rencontre a été influencée par les manifestations contre l’occupation djihadiste turque, il y a deux ans, de Serêkaniyê et Girê Spî. Abdulkarim Omar a souligné que l’occupation de certaines parties du pays empêchait une solution à la crise en Syrie. Tant que la Turquie agira en tant que puissance occupante et ne retirera pas ses troupes, aucune solution politique ne pourra être trouvée. Par ailleurs, il a rappelé que l’Administration autonome est exclue de la table des négociations sur la crise syrienne à l’instigation de la Turquie. « Si vous visez une solution à long terme à ce conflit, vous devez alors entamer des négociations avec tous les acteurs », a déclaré Omar, ajoutant que des efforts internationaux doivent être déployés pour la participation du nord-est de la Syrie aux pourparlers.

Bonne coopération entre le nord et l’est de la Syrie et la Belgique

Les membres de la délégation ont salué l’engagement dans les zones autonomes contre le terrorisme de l’État islamique et d’autres menaces – malgré l’agression de l’extérieur. Georges Dallemagne, également médecin et membre de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats terroristes de Bruxelles le 22 mars 2016, s’est félicité de la bonne coopération entre l’Administration autonome et la Belgique dans le retour des ressortissants belges. Il espère que les relations entre Bruxelles et Qamishlo continueront de s’approfondir. « C’est une grande résistance que mène la Syrie du Nord et de l’Est pour défendre ses peuples et contre Daech », a déclaré Dallemagne. La délégation tiendra des réunions avec des organisations de la société civile.

 

Mazloum Abdi: La libération d’Ocalan apportera une paix durable au Moyen-Orient

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SYRIE / ROJAVA – Le commandant kurde en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), Mazloum Abdi, a déclaré que « la clé de la solution et de la mise en œuvre de la paix au Moyen-Orient, est entre les mains du leader Ocalan » et que « sa libération apportera une paix durable dans la région. »
 
À l’occasion du 23e anniversaire de l’arrestation du chef du PKK, Abdullah Ocalan, lors d’un complot international, le commandant en chef des Forces démocratiques syriennes, Mazloum Abdi, a appelé à la libération d’Ocalan sur Twitter où il a écrit:
 
« Le leader et penseur Abdullah Ocalan est le fondateur de l’idée de coexistence libre, et entre ses mains se trouve la clé de la solution et d’une paix durable au Moyen-Orient. La libération de Leader Apo apportera une paix durable. »