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Vétérans étrangers des YPG seuls face aux traumatismes de la guerre

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Le 30 avril dernier, Kevin Howard, un ancien combattant des YPG qui s’est battu contre l’État islamique en Syrie, s’est suicidé après une lutte infructueuse contre le stress post-traumatique.
 
Son suicide a réveillé les inquiétudes quant aux difficultés rencontrées par certains volontaires lors de leur réintégration dans la société après leur retour de zones de guerre.
 
 
Dimitri (un pseudo) est un ancien volontaire français des YPG qui a passé 3 ans au Rojava. Il a réagi au suicide de Kevin qui s’est donné la mort suite au stress post-traumatique (ESPT).
 
Dimitri déclare que la majorité des anciens volontaires se sentent seuls face à leurs souffrances générées par l’ESPT, une fois de retour dans leurs pays et qu’il y a déjà eu plusieurs suicides d’anciens volontaires.
 
D’après Dimitri, la plupart des ces volontaires qui souffrent de l’ESPT ne parlent pas de leurs difficultés dans la vie civile car ils n’ont personne vers qui se tourner et ont peur d’être rejetés par la société.
 
Dimitri a déclaré : « Nous n’avons pas de nouvelles de certains [des anciens volontaires] car on n’a pas leur vrais noms ni contact avec certains. Certains d’entre eux se sont très certainement suicidé eux aussi.
 
La moindre des choses seraient que la communauté kurde se mobilisent sur les réseaux en faisant un article sur les camarades qui ne supportent plu leur retour au point de se suicider.
 
(…) Si vous ne le faîtes pas, dîtes-vous bien que l’histoire le fera. Quelqu’un tôt où tard se demandera que sont devenus ces engagés volontaires étrangers. Et je peux vous assurer que d’ici 10 ans, il y aura d’autres camarades qui feront le même geste que Zagros [Kevin Howard], un américain, commandant d’une tabur [unité] médicale sur le front de Tabqa, qui s’est suicidé il y a 3 jours, 2 ans après son retour chez lui.
 
Les civils et leurs mépris, hypocrisie à notre égard, qui nous jugent, le fait de ne jamais pouvoir en parler sinon les gens deviennent super bizarre avec vous, les difficultés de trouver un job en disant la vérité que nous étions engagés volontaires, etc. Vous n’imaginez pas toutes les difficultés que certains de nos camarades éprouvent pour se réintégrer dans la société civile. Vous, vous êtes dans votre communauté donc c’est différent pour vous, pour nous, c’est notre communauté, et elle est méprisante envers le monde entier. »
 
 
 
 
 
 
 
 

La Turquie veut organiser un référendum pour annexer Afrin et d’autres zones occupées de la Syrie

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La Turquie s’apprête à organiser un référendum dans la région d’Afrin et dans d’autres régions occupées de la Syrie pour demander à la population de choisir entre rester dans l’État syrien ou d’être annexée à la Turquie.
 
Depuis quelques années, la Turquie a continué à renforcer son influence dans certaines parties du nord et du nord-ouest de la Syrie, ce qui s’est révélé être une tentative de pénétration en vue de son annexion définitive à l’avenir.
 
La Turquie contrôle actuellement les terres situées à l’ouest de l’Euphrate, en bordure de sa frontière sud-est, depuis la ville de Jarblous à l’est jusqu’à Afrin au nord-ouest du pays, en passant par les villes d’al-Bab et Azaz, ses banlieues, villes et villages, ainsi que sa propagation dans la région d’Idlib en coordination avec le front de l’organisation de libération Tahrir Al Sham (HTS) [ancien front al-Nosra], qui est une organisation terroriste dont les combattants forment le pilier du Front.
 
La présence turque dans les régions septentrionales de la Syrie ne se limite pas à la partie militaire, mais les autorités turques, en coopération avec les factions d’opposition syriennes, s’efforcent de diffuser la culture et la langue turques et de monopoliser les grands projets économiques dans la région.
 
Début 2017, les troupes turques sont entrées en territoire syrien et ont pris le contrôle des régions de Jarblous et Bab. En janvier 2018, la Turquie et les groupes armés qui lui sont fidèles ont lancé une nouvelle opération militaire dans la région. Cette fois-ci, il s’agissait de contrôler la région kurde d’Afrin.
 
La campagne militaire contre Afrin a duré environ deux mois et s’est terminée par le contrôle de l’armée turque et de ses factions pro-syriennes dans la région. Plus de 200 000 citoyens kurdes d’Afrin et des villages environnants ont été déplacés. Ils étaient concentrés dans des camps à al-Shahba dans la campagne d’Alep, à quelques dizaines de kilomètres de chez eux.
 
Leur place à Afrin a été prise par les habitants de la Douma, al-Ghouta al-Sharqiya, Homs, Hama et d’autres zones que le gouvernement avait prises aux factions d’opposition fidèles à la Turquie.
 
Dans un rapport publié le 31 janvier 2019, la Commission indépendante des droits de l’Homme des Nations Unies a déclaré que plus de 50 groupes armés sont déployés dans le nord de la Syrie et que les habitants de ces régions, en particulier les habitants d’Afrin, souffrent du pillage continu par ceux qui sont censés servir et protéger les citoyens et que l’absence de loi, de discipline, de répétition des enlèvements, de torture et la multiplication des bandes, a transformé la vie des gens en un enfer insupportable.
 
Les citoyens disent qu’ils se sont beaucoup plaints à la police locale et aux autorités turques, mais en vain.
 
Un rapport détaillé préparé par le Centre de documentation des violations dans le nord de la Syrie révèle l’arrestation de près de 4 000 citoyens de diverses régions sous le contrôle de la Turquie et le sort de 2 000 d’entre eux est toujours inconnu et le nombre de décès dans les prisons et les prisons atteint 20 personnes, mortes sous la torture, le nombre total de morts par combat, combats entre factions, munitions non explosées, enlèvements et raids s’élevait à 804.
 
Les forces militaires, qu’il s’agisse des soldats turcs ou de l’opposition ou syrienne, étaient encore dispersées dans les villes et les maisons et les écoles ont été transformées en quartiers résidentiels pour les forces de sécurité, des centres de détention et des bases militaires.
 
La Turquie supervise directement les conseils locaux qui gèrent les zones situées entre Jarblous, Bab, Azaz et Afrin. Ces zones sont administrées par le gouverneur turc de Gazi Antep et Hatay / Iskenderun.
 
Selon un rapport du Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme de juin 2018, le gouverneur de Hatay a nommé deux responsables turcs pour superviser le gouvernement à Afrin.
 
Les pratiques de déplacement et de culture ne s’arrêtent pas à changer les noms des places, des villages, des villes et même des rues en noms turcs, supprimant tout symbole de la Syrie, la présence des drapeaux turcs et des images d’Erdogan dans les lieux officiels, écoles, lieux publics et rues. Le programme d’enseignement, les mosquées et les identités, même les numéros de voiture ont été changés en turc.
 
Toutes ces pratiques visent à créer une nouvelle réalité, imposer l’identité, la culture, l’histoire, le patrimoine turc dans l’esprit et la culture des générations. L’enfant à l’école peut trouver seulement la photo du président turc Recep Tayyip Erdogan et la science turque et le passé turc, même la langue arabe glorifie la Turquie et l’ère ottomane dans les hôpitaux, les rues, partout.
 
Ankara semble essayer d’annexer progressivement Afrin, Tripoli, Al bab et Azaz à son territoire et elle organisera un référendum qui permettra à la population de rejoindre ou de rester dans les frontières de l’Etat syrien après des années. La naturalisation de la population, à laquelle la Turquie travaille actuellement progressivement…
 
Il semble que la situation internationale et régionale actuelle ne soit pas propice pour qu’Ankara organise un tel référendum, ce qui l’empêche de révéler ses intentions dans ces régions pour le moment. Mais la Turquie profite de cette période pour imposer un changement radical à la structure des communautés dans ces régions et miser sur l’avenir de ces régions en sachant que la crise syriennes continuera pendant encore de nombreuses années.
 
La Turquie a de nombreux précédents dans la mise en œuvre et la planification de ce référendum, d’autant plus qu’elle a réussi à imposer une nouvelle réalité en occupant une partie de l’île de Chypre comme un fait accompli et en rejetant tout projet d’unification des deux parties de l’île. La question de l’annexion d’Iskenderun est similaire à la situation dans le nord de la Syrie (…).
 

TURQUIE : Au moins 20 femmes assassinées et 20 enfants abusés sexuellement en avril

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TURQUIE – Au moins 20 femmes ont été assassinées et 20 enfants ont été victimes d’abus sexuels au mois d’avril, en Turquie.

Les abus sexuels sur enfants et les féminicides continuent d’augmenter en Turquie. L’atmosphère créée par l’AKP, la politique d’impunité et le langage sexiste des médias jouent un rôle déterminant dans cette situation alarmante.

Selon Jinnews, au moins 20 femmes ont été assassinées et 20 enfants ont été victimes d’abus sexuels en avril. Quinze femmes ont signalé des viols, des agressions sexuelles, des violences et des menaces, et trois enfants ont été tués. Les tribunaux ont imposé des réductions de peine pour « bonne conduite » à 5 auteurs d’abus sexuels.

27 femmes tuées en mars

Des femmes sont tuées chaque jour en Turquie. Le nombre de féminicides a fortement augmenté sous les gouvernements AKP.

La plate-forme « Nous stopperons les féminicides » a annoncé qu’au moins 27 femmes avaient été tuées en mars et 43 en janvier de cette année.

ANF

« Mehmet vit dans la mémoire collective de toutes les familles kurdes »

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Le documentariste Nikola Ivanovski parle de ses motivations pour tourner un film sur les derniers mois de la vie de Mehmet Aksoy, journaliste et cinéaste kurde mort lors de l’attaque de l’EI contre le centre de presse des YPG à Raqqa, en Syrie en 2017.

« Looking for Mehmet » est le titre d’un projet de film du réalisateur macédonien de documentaires Nikola Ivanovski sur les derniers mois de la vie du journaliste Mehmet Aksoy (Nom de guerre: Fîraz Dağ). Aksoy était membre du centre de presse des YPG et accompagnait l’offensive contre le soi-disant « État islamique » (DAESH / ISIS) en vue de la libération de la ville syrienne de Raqqa, dans le nord du pays. Le 26 septembre 2017, il est mort dans une attaque de l’Etat islamique alors qu’il travaillait sur un documentaire sur la bataille contre DAECH.

Pour « Looking for Mehmet », Ivanovski partira en voyage au Rojava avec la mère de Mehmet Aksoy, Zeynep, et sa sœur Gonca, pour travailler sur le temps qu’Aksoy a passé dans la région à travers d’entretiens avec des personnes qui l’ont côtoyé et d’archives réalisées sur le terrain. Dans une interview accordé à ANF, le réalisateur Nikola Ivanovski parle de ses motivations pour le film.

Un appel au financement du documentaire a été lancé par l’équipe du projet.

Vous pouvez y participer ici.

Les femmes kurdes marquées par la violence de l’Etat dans le sud-est de la Turquie

« Mon deuxième fils a été blessé, mais ce n’était pas grave. Il m’a dit : « Maman, ne m’emmène pas à l’hôpital, si tu m’y emmènes, ils me tueront », dit une femme de Cizre. « Nous l’avons emmené là-bas et ils l’ont tué. C’est mon plus grand regret. »

TURQUIE / BAKUR – Les forces de sécurité turques ont soumis les femmes kurdes à des menaces de viol et à des abus et leur ont refusé l’accès aux soins médicaux pendant les longs couvre-feux dans le sud-est de la Turquie de fin 2015 à début 2016, laissant souvent de profondes cicatrices psychologiques, selon un rapport de l’Association de surveillance des migrations (GÖÇİZDER) qui éclaire les aspects invisibles de la guerre et dévoile ce qui s’est passé à travers les yeux des femmes.

 
À partir d’août 2015, des couvre-feux de 24h24 – dans certains endroits, pendant des mois – ont été imposés lorsque la population locale a déclaré l’autonomie dans certaines parties de nombreuses villes kurdes et que la jeunesse kurde a érigé des barricades pour empêcher l’armée turque de les attaquer. La réaction disproportionnée de l’État turc – avec l’utilisation d’artillerie, de chars et d’hélicoptères – a provoqué le déplacement d’environ un demi-million de personnes, le nombre de morts estimé à 3 638 et de graves violations des droits humains perpétrées par l’État turc, notamment le massacre de plus de 100 civils pris au piège dans les sous-sols de Cizre.
 
Basé sur des entretiens avec 480 femmes, le rapport intitulé « Violations des droits humains contre les femmes et leurs expériences pendant le couvre-feu et la migration forcée enregistre les témoignages des femmes », brossant ainsi un tableau complet des difficultés et des pertes qu’elles ont subies et soulignant l’aspect sexiste de la violence de l’État en Turquie. Comme le président turc Recep Tayyip Erdogan menace d’envahir la Syrie du Nord – Est, le territoire sous contrôle des Kurdes syriens et leurs alliés dans le but d’éradiquer les forces kurdes « terroristes », ce rapport sert un avertissement des dangers auxquels la population locale sera confrontée si la Turquie remplit ses menaces.
 
Sur la base d’entretiens avec 480 femmes, le rapport brosse un tableau de l’impact profond sur les femmes kurdes de leur existence tendue pendant les vagues de violence et de destruction qui ont déferlé sur elles au cours de cette période. Plus de 90 % des personnes interrogées ont accusé l’État turc.
 
« Ils ont déchiré mes sous-vêtements dans la chambre. Il y avait des préservatifs partout dans la maison. Il y avait beaucoup d’écrits hideux et désobligeants sur les murs », a déclaré une femme de 31 ans originaire de Cizre, qui a déclaré que les agents de sécurité avaient utilisé sa maison comme dortoir pendant une longue période.
 
En plus des problèmes courants comme les rues dangereuses et le manque d’électricité et d’eau, les femmes n’arrivaient pas à trouver des produits d’hygiène nécessaires, n’ont pas eu accès à un médecin lorsqu’elles étaient malades ou enceintes, et la violence domestique s’est accrue.
 
« Ils ont même laissé de la merde sur les sous-vêtements des femmes. Ils ont écrit des choses hideuses », dit une femme de 43 ans de Diyarbakır « Trois ans se sont écoulés depuis, mais ces écrits sont toujours dans ma tête, comme « Préparez-vous, les filles, nous arrivons bientôt. »
 
À la suite de ces expériences, de nombreuses femmes éprouvent maintenant de graves problèmes psychologiques, y compris la dépression et le stress post-traumatique. Certains voient encore des cadavres sur le sol et refusent de quitter leur maison. Certains sont incapables de gérer le traumatisme.
 
« La belle-fille de notre voisine s’est suicidée après le couvre-feu. Elle est devenue déprimée et s’est ensuite pendue », raconte une femme de 80 ans de Yüksekova.
 
« Nous ne pouvions pas sortir pendant le couvre-feu. Nous sommes restés au sous-sol pendant trois mois. Nous étions sept familles, toutes affamées et assoiffées. Il y avait beaucoup de malades parmi nous. Nous ne pouvions ni aller à l’hôpital, ni acheter de médicaments, ni sortir du tout », a déclaré une femme de 23 ans à Cizre, où les forces de sécurité ont tué plus de 130 personnes qui étaient restées coincées dans des sous-sols lors du blocus militaire.
 
« Il y avait beaucoup de malades. Nous ne pouvions ni aller à l’hôpital, ni prendre de médicaments. Nous ne pouvions pas sortir. L’État ne nous a pas traités comme des humains, nous ne reconnaissons donc pas l’État. Je ne vais plus à l’école, j’ai arrêté, je ne veux plus, » dit un jeune de 18 ans à Cizre.
 
De nombreuses femmes sont marquées à vie par ce dont elles ont été témoins ou par les circonstances qui les ont poussées à le faire. Pourtant, à la suite des couvre-feux et de la tentative de coup d’État de 2016, l’État turc a fermé toutes les organisations et initiatives de femmes qui avaient été créées au cours d’un processus de paix de deux ans avec le PKK qui a pris fin en juillet 2015. Les femmes n’ont plus personne vers qui se tourner pour obtenir de l’aide.
 
« Des soldats tiraient sur notre maison. Nous avons accroché un morceau de tissu blanc comme drapeau à notre maison, mais ils ont continué le feu. Ils ont bombardé notre maison, faisant un énorme trou dans un mur », dit une femme à Nusaybin. « Une femme a été tuée devant notre maison. Ils tiraient des coups de feu, donc nous ne pouvions pas sortir. C’était une femme enceinte, tuée dans l’escalier, elle est morte là où elle était. »
 
« Mon deuxième fils a été blessé, mais ce n’était pas grave. Il m’a dit : « Maman, ne m’emmène pas à l’hôpital, si tu m’y emmènes, ils me tueront », dit une femme de Cizre. « Nous l’avons emmené là-bas et ils l’ont tué. C’est mon plus grand regret. »
 

Que valent les souffrances des Kurdes aux yeux de l’Amnesty International ?

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L’ONG internationale, l’Amnesty International (AI) dit avoir comme missions la défense des droits humains et le respect de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Elle « milite notamment pour la libération des prisonniers d’opinion, le droit à la liberté d’expression, l’abolition de la peine de mort et de la torture et l’arrêt des crimes politiques, mais aussi pour le respect de l’ensemble des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels. » (Wikipedia)
 
Dans les faits, concernant les Kurdes notamment, on a eu de nombreux cas où l’AI a agi en total contradiction avec les valeurs qu’elle est sensée défendre.
 
En effet, ces dernières années, Amnesty a été critiquée par les Kurdes pour son silence concernant les violations des droits des Kurdes, notamment en Turquie, et pour ses allégations non fondées qui accusaient les Kurdes syriens d’opérer un nettoyage ethnique dans le nord de la Syrie. (Ces allégations ont été démenties officiellement par l’ONU en mars 2017. Malgré cela, l’AI n’a jamais présenté des excuses aux Kurdes syriens.*)
 
Récemment, Amnesty a de nouveau attiré la colère des Kurdes quand, devant son refus de parler des violations des droits des prisonniers kurdes, dont ceux d’Abdullah Ocalan, leader du PKK – en isolement carcéral aggravé depuis des années – en Turquie, les Kurdes ont appelé l’AI a se prononcer sur ce sujet, en vain. En dernier recours, un groupe de militants kurdes se sont introduits dans le siège d’AI à Londres le 25 avril dernier.
 
Les militants kurdes demandaient à Amnesty International de :
 
« Appeler le gouvernement turc à respecter les droits fondamentaux de ses citoyens, en particulier des prisonniers, dont plus de 7 000 sont en grève de la faim.
 
Appeler à la fin de l’isolement carcéral de prisonniers politiques, y compris Abdullah Öcalan, ce qui constitue une torture et une violation des droits de l’Homme au regard du droit international.
 
Lancer un appel mondial urgent à l’action contre le gouvernement turc dans ces domaines. » (Publié par ANF)
 
Dans un premier temps, l’AI a interdit aux militants kurdes d’utiliser ses WC en espérant que les militants quitteraient ses locaux rapidement. Mais au bout de 2 jours, l’AI a fait évacuer par la police les militants kurdes, dont 15 avaient était mis en garde-à-vue pendant plusieurs heures.
 
Suite à cet incident, les militants kurdes ont accusé l’AI d’hypocrisie et qui « ignore délibérément les demandes de millions de Kurdes en refusant de défendre les droits humains et le droit international en raison de l’isolement continu d’Abdullah Ocalan ».
 
Ils ont souligné que l’ONG avait auparavant « honteusement refusé de faire campagne pour le leader sud-africain Nelson Mandela », ajoutant que l’AI avait violé aujourd’hui leurs droits humains en leur refusant l’eau, l’air frais et même l’accès aux toilettes.
 
Les militants ont ajouté : « Si l’on veut croire les affirmations d’Amnesty International en faveur des droits humains, il faut qu’ils écoutent nos demandes et prennent des mesures urgentes sans délai. Cela soulève la question : Les défenseurs des droits humains d’Amnistie sont des abuseurs des droits humains ou des défenseurs des droits humains ? »
 
*L’ONU a déclare en mars 2017 qu’il n’y avait pas eu de nettoyage ethnique de la part des Kurdes dans le nord de la Syrie
 
La Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU sur la République arabe syrienne a publié un rapport en mars 2017 qui réfutait les allégations d’Amnesty International et de la Turquie selon lesquelles les Kurdes auraient participé à un nettoyage ethnique dans le nord du pays.
 
Bien que des allégations de « nettoyage ethnique » aient continué d’être reçues au cours de la période à l’examen, la Commission n’a trouvé aucune preuve à l’appui des allégations selon lesquelles les YPG [Les unités de protection du peuple] ou les FDS [Forces démocratiques syriennes] auraient visé des communautés arabes en raison de leur appartenance ethnique, ni que les autorités cantonales YPG auraient cherché à changer la composition démographique des territoires sous leur contrôle par des violations commises contre un groupe ethnique donné, » a indiqué l’ONU.
 
« Notre dernier rapport de la Commission syrienne de l’ONU indique que les déplacements temporaires effectués par les FDS ou les YPG dans le nord de la Syrie l’ont été par nécessité militaire », a déclaré la Commission Syrie de l’ONU.
 
« Dans tout le nord de la Syrie, les FDS ou les YPG ont déplacé les communautés afin de nettoyer les zones minées par DAESH pendant son retrait », selon le rapport de l’ONU.
 
Pour les responsables kurdes syriens, le rapport de l’ONU a été une preuve que les allégations antérieures d’Amnesty International et de la Turquie étaient fausses et politisées. (publié par ARA news)
 
Malgré ce rapport sans équivoque de l’ONU, l’Amnesty International n’est jamais revenu sur ses allégations, ni présenté des excuses aux Kurdes injustement accusés par elle.
 

Le HDP écrit une lettre à la communauté internationale sur le jeûne de la mort

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« Nous appelons une fois de plus la communauté internationale à ne pas rester silencieuse et indifférente, mais à prendre des initiatives pour surmonter cette situation aggravante. Mettre fin à la politique d’isolement contribuera à normaliser la vie politique en Turquie, à relancer le dialogue démocratique et, espérons-le, à reprendre le processus de paix dans le contexte de la question kurde. » 

TURQUIE – 15 prisonniers politiques kurdes ont transformé leur grève de la faim en un « jeûne de la mort » le 30 avril 2019, exigeant la fin de l’isolement imposé au leader du peuple kurde Abdullah Öcalan.

Hişyar Özsoy, vice-coprésident du parti démocratique des peuples (HDP) chargé des affaires étrangères et député de Diyarbakır, a écrit une lettre à la communauté internationale concernant les 15 prisonniers politiques qui ont transformé leur grève de la faim en « jeûne de la mort ».

Voici la lettre du HDP :
 
« Leyla Güven, coprésidente du Congrès de la société démocratique (DTK) et députée du HDP pour Hakkari, a entamé une grève de la faim le 8 novembre 2018 pour protester contre l’isolement de M. Abdullah Öcalan et de trois autres détenus de l’île prison d’Imrali. Outre Mme Güven, les députés HDP Dersim Dağ, Tayip Temel et Murat Sarısaç, des milliers de prisonniers politiques en Turquie et des militants et politiciens du gouvernement régional du Kurdistan en Irak, en Allemagne, au Pays de Galles, en France, au Canada et ailleurs ont également rejoint la grève.
 
Öcalan a été le négociateur en chef du mouvement kurde dans le processus de paix entre 2013 et 2015. Lorsque le gouvernement turc a mis fin au processus de paix en avril 2015, il a simultanément isolé M. Öcalan de la société. En d’autres termes, les autorités turques n’autorisent pas M. Öcalan à recevoir la visite de ses avocats, des membres de sa famille ou d’autres personnes. Il ne peut pas non plus téléphoner, ni envoyer ou recevoir des lettres.
 
Le Comité pour la prévention de la torture (CPT) et l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) ont souligné à plusieurs reprises que l’isolement de M. Öcalan constituait une violation des articles 3 et 10 de la Convention européenne des Droits de l’Homme et ont appelé les autorités turques à faire en sorte que tous les détenus de la prison d’Imrali puissent, s’ils le souhaitent, recevoir la visite de leurs proches et de leurs avocats.
 
Après des mois d’indifférence de la part des autorités turques malgré la détérioration de la santé des grévistes de la faim, 15 prisonniers politiques dans quatre prisons ont transformé leur grève de la faim en « mort rapide » le 30 avril 2019. Les noms des prisons et des prisonniers sont : Prison pour femmes de Bakırköy ; Nesrin Akgül, Şükran Aydın Aslı et Zozan Çiçek ; Prison pour femmes de Gebze ; Ardıl Çeşme et Aslı Doğan ; Prison de haute sécurité de Van ; Ahmet Anığı, Özhan Ceyhan, Vedat Özağar, İhsan Bulut et Erol Çelik ; Prison de Diyarbakır de tyrpe D, Ergin Akhan, Enver Dönmez, Ahmet Topkaya, Haluk Kaplan et Ferhat Turgay. Parmi ces prisonniers, Nesrin Akgul a entamé la grève de la faim le 15 janvier 2019, tandis que tous les autres ont entamé leur grève de la faim le 1er mars 2019. Contrairement aux grévistes de la faim, qui consomment plusieurs liquides et prennent de la vitamine B pendant le jeûne, les prisonniers qui ont entamé le jeûne de la mort ne boivent que de l’eau contenant du sucre et du sel.
 
Ces 15 prisonniers politiques, qui ont déjà maigri en raison de leur grève de la faim qui dure depuis des mois, risquent de ne pas survivre longtemps si les autorités turques ne prennent pas des mesures urgentes pour mettre fin à l’isolement illégal imposé à M. Öcalan. Huit prisonniers s’étaient déjà suicidés fin mars et début avril pour protester contre la politique d’isolement.
 
Nous appelons une fois de plus la communauté internationale à ne pas rester silencieuse et indifférente, mais à prendre des initiatives pour surmonter cette situation aggravante. Mettre fin à la politique d’isolement contribuera à normaliser la vie politique en Turquie, à relancer le dialogue démocratique et, espérons-le, à reprendre le processus de paix dans le contexte de la question kurde ».
 

« L’eau est attaquée en Mésopotamie »

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Le Forum Mésopotamien de l’Eau sur la gestion alternative de l’Euphrate et du Tigre et de leurs affluents en Irak, Turquie, Syrie et Iran s’est tenu du 6 au 8 avril 2019 à Sulaymaniyah, région du Kurdistan en Irak.

Plus de 180 activistes se sont réunis durant 3 jours pour dénoncer les manquements au droit à l’eau et à sa gestion en commun et délivrer une déclaration finale qui prévoit l’organisation à venir d’un second forum.

Le surpompage; l’assèchement des marais et des zones humides; la déforestation; le trop grand nombre de projets d’irrigation; les terres mal drainées; le déversement des pesticides et des engrais; la contamination par des rejets industriels et domestiques mal ou souvent non traités; la construction massive de grands et petits barrages en cascade; l’exploitation croissante des aquifères souterrains; la chenalisation des cours d’eau; les transferts d’eau inter-bassins et les ravages du changement climatique induit par les combustibles fossiles ont perturbé à des degrés divers les cycles hydrologiques et créé des conditions de grave pénurie locale et régionale en eau. Pour les êtres humains et non humains, ces pénuries physiques ont été exacerbées par des politiques visant à marchandiser et/ou politiser l’eau, refusant l’accès à l’eau bien commun.

Pris séparément, chacune de ces agressions serait une source de grave préoccupation. Ensemble, elles constituent une menace pour la survie collective des humains et des non-humains. La défense de l’eau et du droit d’accès à l’eau de toutes les formes de vie, en Mésopotamie, est désormais un devoir civique fondamental : sans eau, il ne peut y avoir de vie.

L’eau est un élément crucial de notre culture et de notre spiritualité. De nombreuses légendes, mythes, chansons, poèmes, prières et danses sont centrés sur l’eau. C’est le cas depuis l’installation de l’homme en Mésopotamie il y a 13000 ans.

En Turquie, en Irak, en Syrie et en Iran – les quatre Etats traversés par les rivières du bassin mésopotamien – les multiples crises de l’eau ne sont pas le fruit du hasard. Depuis un siècle ou plus, les gouvernements, les milieux d’affaires et les militaires ont mené des politiques imprudentes qui ont pollué et dégradé les rivières et les écosystèmes de la région.

Des centaines de milliers de personnes ont été déplacées de force de chez elles pour faire place à des barrages et à des projets de transfert d’eau. L’environnement des rivières a été gravement dégradé, menaçant la survie de nombreuses espèces de la flore et de la faune, la santé des citoyens a été mise en danger et les inégalités économiques et sociales se sont accrues.

Rien de tout cela ne s’est passé sans contestation. Dans toute la région mésopotamienne, des mouvements engagés en faveur de la justice environnementale et sociale cherchent depuis longtemps à exercer leurs droits constitutionnels de faire campagne pour l’accès à une eau salubre et sûre. Dans bien des cas, cela a conduit à des arrestations, des emprisonnements ou pire encore.

Résolus à œuvrer pour des solutions pacifiques, durables et équitables face à ces multiples injustices, plus de 150 militants de l’eau de la région, ainsi que des collègues d’Afrique, d’Asie, d’Amérique et d’Europe partageant les mêmes idées, se sont réunis à l’Université de Sulaimani dans la région du Kurdistan irakien du 6 au 8 avril 2019 pour participer au 1er Forum Mésopotamien de l’Eau. Nous nous sommes rencontrés dans un esprit de solidarité et d’apprentissage mutuel. Nous nous sommes interrogés sur les nombreuses causes de la pénurie d’eau, en explorant les mécanismes complexes par lesquels la demande en eau est prise en compte par les systèmes économiques et sociaux. Nous avons appris comment la construction intensive de barrages et d’autres projets d’infrastructures hydrauliques a créé une pénurie d’eau.

Nous avons exploré d’autres façons de gérer l’eau dans l’intérêt du plus grand nombre, et non d’une minorité. Nous avons pris connaissance de nouvelles initiatives, notamment dans la région de Rojava/Nord-Est de la Syrie déchirée par la guerre, pour développer de nouvelles approches participatives de la gouvernance de l’eau, impliquant tous les citoyens – indépendamment de leur appartenance ethnique, sexuelle ou religieuse – dans des approches ascendantes et consensuelles de prise de décision.

Nous, habitants de Mésopotamie – et les alliés présents au Forum Mésopotamien de l’Eau – avons affirmé que, malgré nos diverses réalités culturelles, sociales, politiques et environnementales, nos luttes ne font qu’une, et avons exprimé notre solidarité avec tous ceux qui luttent pour la justice dans la région et dans le monde.

Nous avons décidé de :
  1. Remettre en question les politiques d’exploitation de l’eau dans la région, en reconnaissant la charge particulière qui pèse sur les femmes et les autres identités opprimées, et s’attaquer à leurs causes sous-jacentes.
  2. Mobiliser un soutien en faveur d’accords négociés dans le cadre d’un droit international juridiquement contraignant qui garantiraient le partage équitable de l’eau de l’Euphrate et du Tigre dans l’intérêt de toute vie, humaine et non humaine, dans la région.
  3. S’opposer à l’utilisation de l’eau comme arme d’hégémonie et œuvrer pour que l’eau soit un outil de coopération et de paix durable. Les États en amont en Mésopotamie doivent garantir les droits d’accès à l’eau des populations en aval.
  4. Demander qu’il soit mis fin à la récente réduction des débits des cours d’eau de la Turquie et de l’Iran vers la Syrie et l’Irak.
  5. Appeler à prévenir les inondations causées par le barrage d’Ilisu dans la ville de Hasankeyf, vieille de 1000 ans, et à préserver de la dégradation le patrimoine naturel et culturel unique des marais irakiens de Mésopotamie.
  6. Établir des alliances, à l’échelle nationale, régionale et internationale, afin d’élaborer des politiques et des pratiques qui permettraient de démocratiser la gestion de l’eau.
  7. Veiller à ce que l’eau soit utilisée de manière à donner la priorité au droit collectif à la survie de tous, plutôt que de quelques-uns.
  8. Étant donné que la plus grande partie de l’eau détournée va à l’irrigation, les points suivants sont cruciaux: Pour les agriculteurs d’une économie de subsistance, une eau non polluée est vitale, c’est pourquoi aucun produit chimique ne doit être utilisé dans les zones proches des points d’eau. Comme les semences hybrides et les semences OGM nécessitent trop d’eau et nuisent aux écosystèmes, les semences locales devraient être utilisées. Les abris pour animaux ne devraient pas être construits près des points d’eau, de sorte qu’ils ne causent pas de dommages graves aux masses d’eaux. L’eau utilisée dans l’agriculture ne devrait pas être contaminée par l’industrie. L’irrigation à proximité du cours d’eau est possible, mais aucune eau ne doit être transférée vers des zones éloignées du cours d’eau. Ainsi, au lieu de transférer l’eau aux plantes, il faut cultiver des plantes adaptées au climat et au régime des précipitations.
  9. La pollution et la destruction du Tigre commencent de manière intensive loin en amont. L’une des raisons en est que le Tigre n’a pas de statut de rivière dans le tronçon amont jusqu’à la ville de Bismil. Nous appelons de nos vœux une campagne internationale pour déclarer le statut de rivière du Tigre dans sa partie supérieure.
  10. Renforcer la Campagne Save the Tigris en tant que réseau à travers lequel les activistes de l’eau en Mésopotamie peuvent échanger des informations et des analyses, explorer les points communs et les différences, et ensemble préparer des déclarations/rapports et organiser des activités/campagnes.
  11. Faire du Forum Mésopotamien de l’Eau un espace ouvert de plaidoyer en faveur de nouveaux processus décisionnels aux niveaux municipal, national et régional permettant de formuler et de promouvoir de manière inclusive des politiques de l’eau équitables sur les plans environnemental et social.
  12. Mettre en œuvre les recommandations spécifiques formulées par les ateliers du Forum, dont la liste figure en annexe.
  13. Organiser un 2ème Forum mésopotamien de l’eau à Diyarbakir (Amed) / Turquie dans un proche avenir.
Principales organisations participantes au Forum:

Save the Tigris Campaign (STC)
Humat Dijla (Tigris Keepers), Iraq
Mesopotamia Ecology Movement, North Kurdistan
Iraqi Civil Society Solidarity Initiative (ICSSI), Iraq
Initiative to Keep Hasankeyf Alive, Turkey
People’s Campaign to Save the Kind Zagros, Iran
Waterkeepers Iraq, Kurdistan Region of Iraq
Make Rojava Green Again Campaign, Rojava/Northeast Syria
Ecology Union, Turkey
Mountain Watch, Iran
DOZ international, Northeast Syria
Union of Turkish Chambers of Engineers and Architects (TMMOB), Diyarbakir (Amed) Branch, Turkey
KAREZE Environmental Organization, Iran
Lebanon Eco Movement, Lebanon
Rivers Without Boundaries, East and North Asia
Movement of Defence of Water, Land and Environment (MODATIMA), Chile
Un Ponte Per, Italy
Corner House, UK
International Rivers, USA
Water Grabbing Observatory, Italy
Italian Forum of Water Movement, Italy

mesopotamian water forum

 

Publié le 29 avril par France Libertés – Fondation Danielle Mitterrand 

TURQUIE. Le massacre des manifestants à Taksim lors de la fête du 1er mai 1977

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ISTANBUL – Les célébrations de la fête du Travail sur la place Taksim en 1977 avaient vu la participation de plus de 500 000 personnes. Beaucoup de travailleurs n’étaient même pas entrés sur la place lorsqu’on a entendu des coups de feu.
 
La plupart des témoins ont déclaré qu’ils venaient du bâtiment de la compagnie des eaux (Sular Idaresi) et de l’hôtel Intercontinental (aujourd’hui appelé le Marmara).
 
Par la suite, les forces de sécurité sont intervenues avec des blindés faisant beaucoup de bruit avec les sirènes et des explosifs. Ils ont également arrosé la foule avec de l’eau sous pression. La plupart des morts ont été causés par la panique créée par l’attaque des forces de sécurité.
 
Les chiffres concernant les victimes font toujours l’objet d’un débat, bien que les chiffres officiels soient de 37 personnes tuées et plus de 200 personnes blessées.
 
Le jour de l’incident, la station de radio d’Istanbul a annoncé que 34 personnes avaient été tuées et 126 blessées. Selon les rapports d’autopsie, seules quatre victimes ont été tuées par balles. Dans trois cas, la cause du décès a pu être soit une balle, soit des blessures à la tête et 27 victimes ont été écrasées. Plusieurs témoins ont déclaré que Meral Özkol avait été écrasé par un véhicule blindé.
 
Après l’attaque, plus de 500 manifestants ont été arrêtés et 98 ont été inculpés. Parmi les 17 accusés, qui avaient été placés en détention provisoire, trois ont été libérés avant la première audience et neuf ont été libérés lors de la première audience, le 7 juillet 1977. Les autres prévenus ont été libérés peu après.
 
Le procès s’est terminé par un acquittement le 20 octobre 1989. Selon diverses sources, une vingtaine de tireurs d’élite placés sur le toit de la compagnie des eaux ont été arrêtés par la gendarmerie et remis à la police. Cependant, aucun d’entre eux ne figurait dans les registres de la police. Ces informations proviennent de l’enquête menée par le procureur sur le massacre de la place Taksim, Çetin Yetkin. Il a déclaré que le lieutenant Abdullah Erim a procédé aux détentions et a remis les détenus aux policiers Muhsin Bodur et Mete Altan (qui, après le putsch militaire du 12 septembre 1980, ont travaillé dans le département politique du siège de la police d’Istanbul).
 
Les deux agents ont rejeté les accusations selon lesquelles ils avaient été impliqués dans le massacre de Taksim. On sait néanmoins que les forces de contre-guérilla ont préparé l’attaque contre la foule.
 
Après trois mois d’enquête, le procureur Çetin Yetkin a été muté ailleurs et a démissionné. Çetin Yetkin a affirmé qu’un sac contenant des explosifs avait été remis à la police, mais avait disparu par la suite. De même, l’avocat Rasim Öz a affirmé qu’il avait tourné un film de l’incident montrant beaucoup de choses, y compris les tireurs d’élite sur le toit de la Société des eaux. Il l’avait remise au bureau du procureur, mais il avait été perdu au siège de la police d’Istanbul.
 

TURQUIE. Jeûne de la mort dans les prisons turques

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TURQUIE – Aujourd’hui, 15 prisonniers politiques kurdes, dont cinq femmes, ont entamé un jeûne de la mort alors qu’ils étaient en grève de la faim depuis 16 décembre 2018.

Voici le communiqué du Conseil démocratique kurde en France concernant le jeûne de la mort des prisonniers politiques kurdes :

15 PRISONNIER.E.S POLITIQUES KURDES PASSENT DE LA GRÈVE DE LA FAIM
AU JEÛNE DE LA MORT
En grève de la faim depuis le 16 décembre 2018 dans différentes prisons de Turquie, 15 prisonnier.e.s politiques membres du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) et du Parti pour la Liberté des Femmes du Kurdistan (PAJK) ont annoncé entamer aujourd’hui, 30 avril, un jeûne de la mort, portant ainsi à un niveau supérieur la résistance contre l’isolement et le fascisme en Turquie.
 
Le 7 novembre 2018, la Députée du HDP Leyla Güven a commencé une grève de la faim dans la prison de Diyarbakir, exigeant du gouvernement turc qu’il mette fin à l’isolement carcéral total imposé au leader kurde Abdullah Öcalan qui, privé de tout contact avec ses avocats depuis 2011, n’a eu droit qu’à deux visites de sa famille au cours des quatre dernières années. Cette action avait pour objectif, non seulement, de mettre fin à la violation grave des droits humains résultant de l’isolement du leader kurde et de ses codétenus dans la prison d’Imrali, mais aussi de contraindre la Turquie à cesser sa guerre antikurde et à reprendre le processus de paix avec Öcalan et le mouvement kurde.
 
Aujourd’hui, plus de 7.000 personnes, majoritairement des prisonniers politiques, participent à ce mouvement contre l’isolement et le fascisme en Turquie. Parmi les grévistes de la faim, figurent trois autres Députés du HDP qui mènent leur action à Diyarbakir et des dizaines de militant.e.s kurdes et non-kurdes à travers le monde.
 
Dans la capitale européenne, Strasbourg, 14 personnes, dont une ancienne Députée du HDP, sont en grève de la faim depuis le 17 décembre 2018. Elles/ils demandent aux institutions européennes, en particulier au Conseil de l’Europe et à son Comité pour la Prévention de la Torture (CPT) d’intervenir auprès de la Turquie, conformément à leur mission, pour mettre fin aux violations des droits humains dans les prisons.
 
Tandis que l’état de santé des grévistes de la faim se dégrade dangereusement, les institutions européennes continuent à se murer dans un silence totalement irresponsable, violant ainsi les principes et valeurs mêmes qu’elles sont censées défendre.
 
Le mutisme et l’inaction des gouvernements et des institutions européennes face à la montée du fascisme en Turquie ont conduit plusieurs personnes à se donner la mort au cours des dernières semaines : Le 20 février 2019, un militant kurde s’est immolé par le feu en Allemagne. Et depuis le 17 mars, sept prisonniers politiques, quatre femmes et trois hommes, ont mis fin à leur vie dans les geôles turques.
 
Face à ce silence qui encourage le fascisme, la dictature et la répression de toutes les oppositions en Turquie et à l’indifférence profonde du gouvernement turc qui ignore totalement les 7.000 personnes en grève de la faim dans ses prisons, 15 prisonnièr.e.s politiques kurdes ont décidé d’entamer aujourd’hui un jeûne de la mort.
 
Une fois de plus, nous appelons l’Europe et tout particulièrement le gouvernement français à rompre le silence meurtrier et agir immédiatement, avant qu’il n’y ait d’autres morts.
 
Nous exigeons du Conseil de l’Europe et du CPT qu’ils accomplissent, enfin, leurs missions en agissant auprès de la Turquie afin de mettre un terme à l’isolement que le régime d’Erdogan, encouragé par le silence des institutions européennes, fait subir depuis des années à M. Abdullah Öcalan.
 
Conseil Démocratique Kurde en France 

Hommage au résistant kurde Nuri Dersimi

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Nuri Dersimi (à droite), avec deux autres militants kurdes, enchaînés dans la prison turque de Divriği, à Sivas, en 1921. L’image contient peut-être : 3 personnes, personnes debout et intérieur
 
L’intellectuel et activiste kurde de confession alévie, Mehmet Nuri Dersimi est né en 1893 à Dersim. Il est mort le 22 août 1973 à Alep et a été enterré à Afrin. Après l’invasion d’Afrin, les mercenaires de la Turquie ont détruit sa tombe.
 
Surnommé Baytar (vétérinaire), Dersimi commença à étudier à l’école de vétérinaire d’Istanbul en 1911. il est devenu membre de l’association kurde Hevi-Kürt Talebe Cemiyeti (Association de l’espoir des étudiants kurdes) et en 1912 secrétaire du Kürdistan Teali Cemiyeti (la Société de l’Eveil du Kurdistan). Pendant la Première Guerre mondiale, il fut envoyé comme vétérinaire par le gouvernement ottoman à Erzincan en 1914. A Erzincan, il a été témoin de massacres d’Arméniens. En raison de ses activités politiques, il a été transféré à Kangal, à Sivas en 1916. Là, il a épousé Sevli, la fille d’un notable kurde. Peu de temps après, il fut envoyé à Giresun. En 1918, il retourna à Istanbul et termina ses études.
 
Après ses études, Dersimi est retourné à Sivas et organisa le soulèvement de Koçgiri en 1920. Dersimi est devenu une personne importante du soulèvement et le conseiller de Said Rıza. Après le soulèvement de Koçgiri, il est allé à Dersim. Il a également été impliqué dans le premier soulèvement de Dersim. Mais il a perdu trois de ses frères et son fils Ali à Koçgiri. Après le déclenchement du soulèvement du Dersim en 1937, Dersimi s’est enfui en Syrie, mais a dû se rendre à Amman en 1938 car le mandat français en Syrie l’avait expulsé sous la pression de la Turquie. Dersimî a perdu sa fille dans le soulèvement Dersim. Il l’a décrit ainsi :
 
« En rangs, des filles et des femmes kurdes se sont jetées dans les bras de la mort en se jetant dans les abîmes ou en se tirant dessus pour ne pas tomber entre les mains des Turcs. (…) Parmi ceux qui se sont jetés dans les gorges d’Iksor se trouvait ma fille de quatorze ans, « Fato ».
 
– Cité d’après Hans-Lukas Kieser : Mehmet Nuri Dersimi, un Kurde demandeur d’asile.
 
En 1940, il retourna à Alep en Syrie où il est resté jusqu’à sa mort en 1973. Il aurait creusé sa propre tombe 10 ans avant sa mort. Il est enterré près d’Afrin. Après l’occupation d’Afrin par l’armée turque en violation du droit international, de nombreux cimetières, dont la tombe de Nuri Dersimi et de son épouse Zarife, ont été détruits.

YPJ internationalistes : « Notre révolution »

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ROJAVA – Le bureau d’information des combattantes internationalistes des YPJ a publié un communiqué sur ce qu’elles entendent par « révolution ». 
 
Voici leur communiqué :
 
– Notre révolution –
 
Comment voyons-nous notre monde ? Quelle est notre réalité ? Le désir de réparer le monde n’est-il que le rêve naïf d’un enfant ? Sommes-nous capables de faire cela ? Que pouvons-nous, en tant que personne normal, pour changer la cruauté du monde ? Quel serait notre rôle individuel à cet égard ? Est-il peut-être déjà trop tard ? Les êtres humains sont-ils capables de survivre sans un gouvernement oppressif ? Pourquoi est-ce notre affaire lorsqu’il se passe quelque chose pour d’autres personnes, et particulièrement, pour les personnes vivant dans des lieux éloignés des nôtres ? Est-ce notre responsabilité de faire en sorte que leurs problèmes soient les nôtres ? Qu’est-ce que cela signifie: « je », « nous » ou « les autres » ? Le «mal» responsable de toute la cruauté dans le monde existe-t-il ? Ces questions qui reviennent souvent sont certainement importantes lorsque nous voulons comprendre comment mettre fin à la catastrophe climatique, au génocide, à l’esclavage, au fascisme et à la guerre. Il semble que nous pataugeons de plus en plus dans les problèmes. Et la manière de résoudre ces questions, tou.te.s les révolutionnaires du passé y ont travaillé, ainsi que celles et ceux d’aujourd’hui qui y travaillent encore.
 
Nous devons admettre que nous avons commis des erreurs dans le passé. Nous, les êtres humains, tou.te.s celles et ceux qui, depuis la construction de la ziggourat [temple babylonien], ont cherché un moyen de sortir de l’oppression, du pouvoir et de l’esclavage dans lesquels nous nous sommes catapultés. Nous avons essayé de nombreuses manières et les concepts sont devenus de plus en plus complexes. À son apogée, nous nous sommes retrouvés dans la tyrannie du socialisme réel. De nos jours, il semble absurde de construire une institution aussi oppressive, si éloignée de la liberté, et de penser que cela entraînerait la libération. Mais pourtant c’est exactement ce que la prétendue démocratie parlementaire utilise comme excuse, ce qui fait que certain.e.s réformistes restent collés au lieu de clore ce chapitre par la remarque suivante: cela ne peut pas fonctionner car le problème des systèmes oppressifs est le système oppressif lui-même.
 
Lorsque nous étudions la vision de « l’Utopie » de Thomas More d’il y a cinq cents ans, nous voyons déjà le souhait d’une société plus égalitaire et même d’autres belles idées. Mais elle est toujours traversée par un état d’esprit lourdement patriarcal, exploiteur et hiérarchique. Le résultat de cela est bien sûr, l’idée que la femme sert l’homme, les enfants servent les adultes, les esclaves servent tout le monde, les animaux sont une propriété privée avec laquelle les humains font ce qu’ils désirent car ils.elles en ont la possibilité. Mais on apprend.
 
Étienne de la Boetié a évoqué dans la « Servitude Volontaire », l’idée selon laquelle un tyran n’est pas en mesure d’opprimer les gens sans réussir à se faire accepter et aider par le peuple lui-même. Il a appelé à une résistance collective. Et ce fut un bon début. Néanmoins, il ne suffisait pas de créer une conscience plus profonde pour une véritable alternative.
Hanna Arendt affirme, en lien avec le génocide et les meurtres causés par le nazisme, la nécessité pour les individus de prendre la responsabilité de tout ce que nous faisons et de ce que nous ne faisons pas. La «banalité du mal», l’abandon institutionnalisé de notre responsabilité constante, est à la base de l’oppression structurelle. Ce point là, nous devons le comprendre afin de ne pas tomber dans le piège de l’esclave qui devient un support, en acceptant toute forme d’oppression. Nous devons donc résister.
 
En fait, comprendre que c’est nous qui sommes responsables de nos actes est inconciliable avec l’acceptation d’un gouvernement central. De plus, l’acceptation de l’exploitation et de l’injustice à travers le monde est, en bref, incompatible avec la lutte contre la servitude volontaire.
 
Nous aurions dû commencer à ce stade. Malheureusement, nous commettons souvent l’erreur de personnaliser notre ennemi. C’est plus facile que de commencer avec nous-mêmes. Et nous l’avons souvent fait: les prolétaires contre les représentant.e.s de la bourgeoisie, la masse communiste contre l’individu ou l’individualiste formé par le capitalisme contre sa société. La «propagande par le fait» n’est qu’un exemple parmi d’autres. Cela a révélé une belle idée, qui a montré par les actions, que les hégémonies en réalité ne sont pas omnipotentes et que nous, personnes normales, avons la capacité de nous autonomiser, de détruire leurs structures ou de les attaquer et donc d’inspirer de nouvelles idées et actions révolutionnaires. C’est certain que c’est une partie importante de la résistance, mais se concentrer seulement sur cela mène, et c’est malheureusement comme cela que l’a été, à rien.
 
Cette construction réductrice et dichotomique a été perpétuée par différents groupes: celles et ceux qui devaient bénéficier de la division entre le peuple, la société elle-même et les révolutionnaires- arrangeant plus particulièrement les premier.e.s. Ce groupe peut avoir deux raisons de le faire: soit parce qu’ils se trouvent dans une situation précaire qui rend nécessaire d’avoir un bouc émissaire pour détourner l’attention de la situation d’ensemble (par exemple, les États qui en voyant des tensions désignent les réfugiés), soit pour leurs propres intérêts personnels. Mais tombent au final esclaves de leur propre avidité. La société fait également sa part pour perpétuer cela, bien que généralement ce ne soit pas intentionnel. La société reproduit ce qu’elle a appris, non seulement en obéissant et en dirigeant, mais aussi en divisant les gens. C’est devenu un système qui fonctionne par lui même, produisant constamment la mentalité des nouvelles générations de serviteurs et de dirigeant.e.s, divisant en permanence le peuple. Bien sûr, il est dans l’intérêt des hégémonies existantes de maintenir ce processus solide. Les révolutionnaires eux et elles mêmes l’ont fait, soit en ne voyant pas les racines du problème -car incapable de l’exprimer correctement- soit en utilisant un moment de tension pour envoyer une masse mécontente, en colère, pour déclencher un soulèvement. Cette tactique à elle seule n’a jamais fonctionné dans le passé et la raison en est simple: dans le vide de pouvoir à suivre, les personnes qui ont seulement appris à être des «hiérarchistes», ne feraient que construire un nouveau système oppressif, car le soulèvement n’était pas dirigé par un changement de mentalité. Cela est arrivé dans un passé plus récent. Plus spécifiquement: un soulèvement doit commencer par les peuples qui souhaitent changer le système politique – par la destruction totale de l’ancien et la construction d’un nouveau avec une base complètement différente – et la société. L’un ne fonctionne pas sans l’autre car la simple réalité est que le nouveau système, créé par le peuple, sera identique au peuple lui même.
 
Chaque acte révolutionnaire est un processus d’apprentissage pour chacun.e, afin de changer nous- mêmes et notre environnement. Lentement et à chaque erreur commise, cette idée s’est cristallisée: à côté de l’étude attentive de l’histoire humaine, de la compréhension de la montée et de l’enracinement de l’exploitation, du développement politique et socio-historique, il y a d’autres besoins : en définitive la sincère et vrai auto-réflexion sur laquelle nous sommes arrivé à nous demander -à coté de l’importante analyse de ce que nous ne voulons pas, et ce que nous voulons éviter pour le futur- est: Qu’est-ce que nous voulons réellement à la place ?
Et la réponse sur laquelle nous sommes tou.te.s d’accord est simple: nous voulons tou.te.s vivre ! Et nous voulons vraiment vivre, pas seulement survivre !
 
Cela signifie qu’au lieu de nous concentrer sur la personnification de l’ennemi sous différentes formes de chauvinisme, nous devons établir un mouvement mondial pour une humanité fondée sur la liberté, fondé sur l’idée que les humains s’entraident au lieu d’un quelconque autre système oppressif. Peu importe où, peu importe la couleur, l’ethnie, la spiritualité, le genre auquel nous nous identifions. Le problème est que, de nos jours, nous sommes obligés de tout classer, que les gens seraient en manque de quelque chose si ils ou elles ne pouvaient pas se créer une claire identité, en se mettant dans des boîtes et – ceci est davantage le problème – en excluant d’autres. Cet outil, pour nous séparer les un.e.s des autres, est souvent utilisé et même développé par le capitalisme et les États. Créer un patriotisme d’État, un nationalisme, une guerre entre les peuples afin de garantir la loyauté envers l’État, et non plus envers les autres humains. Mais toutes ces catégories sont créées. Nous pouvons célébrer les diversités en tant que richesse de l’humanité sans haine, jalousie et chauvinisme. Et les humains le font. À chaque action, nous nous heurtons au mur que le système a construit entre nous, provoquant des éraflures à l’intérieur, le rendant plus poreux.
 
Chaque jour où les gens s’efforcent de briser ce mur est une preuve suffisante pour désarmer l’État, qui tente de nous faire croire que nous sommes comme des loups-garous, qui se déchirent naturellement les un.e.s les autres. Ceci n’était pas vrai dans le passé -car la période la plus longue de l’existence humaine est celle qui précède l’ère de la création du systême- et compte tenu de toutes les résistances, n’est pas vrai pour le présent. Combien de nos camarades ont lutté, chaque jour, sans douter une seconde si cela en valait la peine, ou même sacrifié leur vie, et qui le font pour la liberté de tou.te.s. Oui, nous avons été formés, élevés en tant que parfaits serviteurs, à être affamés et malades les un.e contre les autres. Mais cela ne pourra jamais arrêter notre résistance, ne mettra jamais fin au flot incessant à notre recherche de solutions, de projets, de tentatives et de soulèvements. Au contraire, il devient alors plus clair, plus fort, nous menant à sa confluence. Il grandit, et lorsque le jour de la révolution arrivera, se transformera soudainement en une puissante inondation… Nous ne sommes pas des loups-garous et nous n’avons pas besoin des États pour nous enchaîner. Nous avons besoin de créer ensemble une société fondée sur le respect mutuel, l’initiative personnelle, le sens de la responsabilité, des discours constructifs, la volonté d’apprendre, la solidarité et la communauté au lieu de la peur et ses enfants: jalousie, envie, avidité, et plus.
 
Tout comme la beauté de chaque femme qui devient visible lorsqu’elle jette le masque de son visage et commence à se battre. La beauté de la vie commune entre humains peut devenir vraie lorsqu’il s’agit de l’humain lui-même, et non de la couleur de la peau, la propriété privée, la carrière ou la position de pouvoir.
 
Tout cela étant dit, lorsque nous créons une société telle que décrite ci-dessus, il serait vain de couper la branche sur laquelle nous sommes tous assis, et détruire la Terre mère. Continuer à la traiter comme une propriété privée, l’exploiter et la tuer revient à notre propre mort. Et cela peu importe la façon dont nous nous traitons les un.e.s les autres. Nous devrions nous rappeler qu’elle est une partie vivante de nous-mêmes. Elle peut très bien vivre sans nous, mais nous, nous ne pouvons pas vivre ou même simplement survivre sans elle. Cela rend indispensable un changement fondamental de notre consommation, de prendre conscience de tout notre environnement. Mais il ne s’agit pas seulement de survivre. L’homme frappe la femme, qui frappe l’enfant, qui frappe le chien. Suite à cette métaphore la question est: où commence l’oppression? Où est la racine de l’esclavage? Cela commence-t-il vraiment avec les humains ou devons-nous aller plus loin ? Il est évident que nous devons questionner les fils d’Abraham. Pourquoi ils nous ont dit que Dieu avait ordonné à Adam de diriger toute vie. Ce point de départ, patriarcal, ouvre déjà la porte à l’oppression en général. Imaginons que si nous traitons la nature avec le respect qu’elle mérite, en prenant ce dont nous avons besoin et en cessant également d’exploiter les animaux, comment pourrions-nous alors en venir à l’idée de créer un esclavage entre humains? Nous pouvons rejeter la mentalité hiérarchique qui nous a été inculquée, et avec le temps, revenir à une relation avec la nature dans laquelle nous apprenons à traiter chaque être avec respect.
 
Rien de ce qui est écrit ci-dessus n’est nouveau. Ce n’est qu’un infime morceau d’illumination révolutionnaire acquis par un processus de révolution qui s’est fait sur le long terme.
 
Et de toutes ces idées, nous avons besoin d’un système politique. D’une manière appropriée d’organiser la société que nous voulons créer. Ce que les sociétés les plus naturelles savent depuis toujours, est en train de prendre forme dans les nouveaux concepts révolutionnaires d’organisation apatride du monde entier: un système confédéral de communautés autonomes. Ces communautés peuvent s’organiser et se construire comme elles l’entendent. Cette idée de base doit être développée, et chaque lieu doit le faire en fonction des circonstances des besoins culturels et locaux spécifiques. Il est logique que plus la prise de décision est centralisée, moins il est possible de faire participer celles et ceux qui en sont affectés. Dans un système décentralisé, un plus petit nombre de personnes peuvent participer davantage, être conscient.e des besoins et des souhaits des autres participant.e.s, d’autres groupes, des communes, des quartiers ou des villages. Le consentement est souvent possible, ce qui signifie rechercher la meilleure solution possible pour tout le monde, lorsqu’un processus de prise de décision est nécessaire. Les décisions en résumé sont alors prises par et pour tou.te.s, et non par et pour quelques-un.e.s ou la majorité. C’est la décomposition la plus simple pour laquelle la démocratie ne peut pas fonctionner dans un système centralisé. La démocratie d’État est une contradiction dans les termes. Mettre ces mots ensemble n’est pas différent du cynisme de celles et ceux qui possèdent non seulement ceux d’entre nous sous leurs tyrannies, mais influencent par leurs décisions les personnes qui n’ont jamais la possibilité de dire qu’ils.elles ne sont pas d’accord.
 
Deux exemples vivants sont déjà célèbres: Les zapatistes sont en train de rétablir et de redynamiser les communes fédérales démocratiques que les peuples autochtones du Mexique n’ont jamais voulu abandonner. Car c’était leur style de vie naturel. Abdullah Öcalan a élaboré l’idée du confédéralisme démocratique en tant qu’instrument, permettant d’instaurer une société libre sous la forme d’une nation démocratique. Il a développé cette approche dans le contexte, complexe, de la situation conflictuelle du Moyen-Orient et du terrorisme turc. En analysant de manière approfondit l’histoire locale du genre humain, les intérêts des États-nations et en particulier le rôle important et fondamental des femmes dans la libération des peuples, de la société à travers le monde. Ce ne sont en aucun cas les seuls exemples, mais pour l’instant, ce sont les plus connus et les plus développés.
 
Avec cela, nous avons déjà de beaux exemples de sociétés auto-libératrices. Tous les jours, nous commençons avec de nouveaux projets, construisons de nouvelles structures, commettons de nouvelles erreurs auxquelles nous devons constamment apprendre. Chaque fois que nous voyons des contradictions et que la théorie se heurte à la réalité, que nous trouvons des solutions. Chaque fois que nous sommes confrontés à des problèmes imprévus, que nous devons gérer petit à petit, nous nous rapprochons de ce que nous voulons.
 
Il est maintenant nécessaire de discuter de la résistance de l’ennemi contre un tel développement. Plus il y a de personnes impliquées dans le processus d’élimination de ce système, plus celles et ceux qui veulent le maintenir, sont soit en position d’abandonner, soit de trouver des moyens de détruire notre révolution. Ce n’est pas difficile à comprendre qu’elle manière sera utilisée pour atteindre leurs objectifs Et nous pouvons voir comment le système mondial réagit face aux insurrections. L’appareil d’oppression se développe, les lois changent, les concepts tels que l’USECT sont créés, toujours plus d’armes provenant des soi-disant États démocratiques sont envoyées pour mettre fin à de nombreuses insurrections. L’exemple le plus célèbre est celui de l’étroite collaboration entre les États de l’OTAN -en particulier l’Allemagne- avec les intérêts individuels de la Turquie. Pour cette raison nous devons donc résister ensemble. Le soutien mutuel est un acte de légitime défense. Outre les faits historiques concernant l’entrée du peuple kurde dans sa position d’opprimée, comment pouvons-nous ignorer qu’aujourd’hui, la pluie de bombes qui tombe sur les familles kurdes, détruisent leurs maisons et qui proviennent de nos pays ? Et notre acceptation, cette alliance meurtrière, notre servitude volontaire … Donc bien sûr, chaque insurrection pour la liberté est aussi notre insurrection. De ce fait, chaque massacre, génocide et acte terroriste commis par l’alliance d’ennemis qui vise à réduire le néant, sont des attaque contre chacun.e de nous. Et pas seulement ; chaque tentative d’exploitation et d’esclavage, où que ce soit dans le monde, est une attaque contre chacun.e de nous en tant qu’êtres humains.
 
Il y a tellement de façons de nous soutenir mutuellement, de nous apprendre, de nous inspirer, de travailler sur notre propre initiative et de créer un réseau. Ceci, ainsi que le combat physique qui est malheureusement parfois nécessaire, coude à coude avec nos ami.e.s, fait partie de notre légitime défense. Peu importe où et peu importe combien cela peut être difficile. Au Kurdistan, nous voyons jusqu’où l’ennemi est prêt à aller, il ne fait aucun doute qu’ils et elles sont décidées à vouloir achever cette révolution et inonder le sol du Kurdistan de notre sang. Si nous fixons un seuil de souffrance, de peur auprès duquel nous nous rendons lorsque l’on s’en approche, cela signifie que nous informons le système de notre limite, notre ligne et qu’il lui suffirait simplement de la traverser pour nous abattre Ici, à coup sûr, cela n’arrivera jamais. Plus nous comprenons cet objectif, notre objectif commun, en tant qu’humains libres du monde, plus les États et le système deviennent faibles. A l’intérieur de frontières construites et même au- delà.
 
Notre révolution collective, colorée et créative est ce que nous pouvons opposer au nationalisme émoussé, au fascisme, au patriarcat et au capitalisme. Avec espoir, courage et détermination. « Un autre monde est possible. » Lorsque nous prenons conscience qu’au final, toutes les analyses compliquées reviennent au principe le plus simple et le plus ancien de l’anarchisme: personne n’est libre tant que nous ne sommes pas libres ! (…)
 
Jin Jiyan Azadi ! Berxwerdan jiyan e !
 
Elefteriya Hambi et Güneş
28 avril 2019, Bureau d’information des combattantes internationalistes des YPJ