La jeunesse kurde prend la parole

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Un examen de l’importance du mouvement de jeunesse dans le processus révolutionnaire au Kurdistan, en conversation avec l’un des auteurs du « Manifeste de la jeunesse », un document collectif produit par le Mouvement révolutionnaire de la jeunesse kurde et récemment publié en espagnol par Descontrol Editorial, qui essaie de fournir un cadre théorique aux jeunes en tant que sujet invisible, présentant leurs tâches spécifiques face à une révolution mondiale
 
Le 3 décembre, le Mouvement révolutionnaire de la jeunesse (TCŞ) et le Mouvement des jeunes femmes combattantes (TekoJIN) ont appelé à manifester devant le siège de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques à La Haye. La raison : le silence de cette instance face à l’utilisation de telles armes dans les offensives militaires turques au sud du Kurdistan. La police néerlandaise a violemment pris d’assaut le rassemblement, arrêtant jusqu’à 55 militants, dont quatre sont toujours en détention provisoire aujourd’hui.
 
Les deux organisations reflètent en Europe le paradigme démocratique promu depuis le Kurdistan, organisant les Kurdes et les internationalistes dans un mouvement qui leur est propre pour la jeunesse. Différentes vagues de migrants ont conduit jusqu’à trois millions de Kurdes à fuir la répression des États où ils vivaient et à s’installer en Europe, où leurs filles ont grandi loin de leurs origines tout en étant toujours très présentes. D’autres jeunes sont arrivés ces dernières années, fuyant la guerre et les persécutions ou cherchant simplement une vie digne. Tant dans la diaspora qu’au Kurdistan lui-même, les jeunes Kurdes s’organisent pour lutter contre l’invasion et chercher des alternatives au système qui les opprime.
 
Les jeunes s’identifient à la guérilla
 
Que ce soit en Europe ou au Kurdistan, la jeunesse kurde a ses propres organisations autonomes et considère qu’elle doit prendre part à la lutte comme son propre sujet révolutionnaire. C’est pourquoi en 2017 ils publient le Manifiesto de la Joventud (publié en catalan en 2021 par Descontrol Editorial), où ils font une rétrospective historique du rôle que le système a donné aux jeunes, ainsi que la lutte de ceux-ci pour se détacher à partir de cela. L’intention déclarée du texte est de fournir un cadre théorique à la jeunesse en tant que sujet invisible, présentant ses tâches spécifiques face à une révolution mondiale.
 
« Être né au Kurdistan, c’est être né immergé dans la lutte ; l’invasion et la destruction vous font choisir : fuir ou vous engager dans la résistance ». L’une des auteurs du manifeste – qui préfère ne pas s’identifier – qui a voyagé en Espagne en décembre pour le présenter, est si percutante. « Les jeunes kurdes grandissent en regardant le deuil de la famille et la destruction de leurs maisons », a-t-il déclaré.
 
La « forte influence d’une société féodale et patriarcale n’a pas permis aux jeunes femmes d’assumer un rôle de leadership ». Cependant, les mouvements révolutionnaires de 1968 à travers le monde ont eu une grande influence sur le Kurdistan, convaincant la jeunesse de la nécessité d’être à la pointe de la lutte.
 
Historiquement, cependant, la « forte influence d’une société féodale et patriarcale n’a pas permis aux jeunes femmes d’assumer un rôle de leadership ». Cependant, les mouvements révolutionnaires de 1968 à travers le monde ont eu une grande influence sur le Kurdistan, convaincant la jeunesse de la nécessité d’être à la pointe de la lutte. Les jeunes Kurdes commencent à acquérir une forte conscience de classe, introduisant le Kurdistan dans les débats des cercles révolutionnaires dans toute la Turquie.
 
La politique d’assimilation turque amène de nombreux Kurdes à se former dans les grandes villes de Turquie, où ils seront initiés au mouvement révolutionnaire de la jeunesse. « Cette politique de l’Etat turc entraînera une augmentation de la jeunesse intellectuelle kurde, qui, contrairement aux intentions de l’Etat, prendra encore plus conscience de son identité. La lutte de libération kurde découle du mouvement de jeunesse révolutionnaire en Turquie, lorsque des milliers de jeunes organisés dans d’autres organisations turques décident de s’y joindre. »
 
Cette poussée des plus jeunes est absolument indissociable des conditions qui ont permis la fondation du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). « Ce mouvement est né comme un mouvement de jeunesse et l’est resté. » Les premiers à devenir cadres du parti n’avaient pas plus de 25 ans et la société kurde les appelait « étudiants ». La répression à grande échelle menée par l’État turc a élargi les bases de soutien au mouvement, et la coexistence quotidienne des jeunes avec les persécutions et les violences policières les a fortement poussés vers la guérilla.
 
Des jeunes de 18 et 19 ans de tous les coins du Kurdistan fuient dans les montagnes pour rejoindre la guérilla. « De nombreuses familles font même pression pour que certains de leurs enfants se joignent à la lutte comme une tentative désespérée de défendre leur survie. » Pendant de nombreuses années, la société et le mouvement lui-même ont identifié la jeunesse avec la guérilla, et même la guérilla en est venue à se définir comme l’organisation de jeunesse du mouvement.
 
Pendant de nombreuses années, la société et le mouvement kurde lui-même ont identifié la jeunesse avec la guérilla, et même la guérilla en est venue à se définir comme l’organisation de jeunesse du mouvement.
 
Loin de l’image héroïque, de nombreux jeunes voient dans la guérilla un élément essentiel d’autodéfense pour assurer leur survie en tant que peuple. « Ils ne voient pas la guérilla uniquement comme un groupe armé, mais comme un moyen de sentir qu’ils se battent pour des valeurs. Vivre à la montagne, c’est pour beaucoup se sentir faire partie d’un groupe, tout partager avec ses compagnons et créer avec eux des liens indestructibles », explique l’éditeur du manifeste.
 
Et s’il est un aspect dans lequel la jeunesse kurde se démarque, c’est justement dans la socialisation. Pendant l’enfance et l’adolescence, des liens forts se tissent, créant des cercles d’amitié qui sont souvent plus forts et plus cohésifs que toute autre organisation. De cette façon, il est courant que les jeunes femmes se joignent au combat en groupes. « Un processus idéal de socialisation implique le développement d’un esprit révolutionnaire potentiel. L’amitié est en soi une valeur socialiste. »
 
Les structures autonomes comme et alternatives au capitalisme
 
Mais être jeune et révolutionnaire au Kurdistan, ce n’est pas seulement rejoindre la guérilla. Les jeunes kurdes s’organisent et participent au système communal, souvent avec un rôle de premier plan. Selon les auteurs du manifeste, « être jeune, c’est être en recherche constante d’une vie libre et ce n’est pas possible dans le capitalisme. »
 
« Perdre le contrôle sur les jeunes femmes est un grave danger pour le système gouvernant, alors essayez de canaliser leur énergie dans des canaux contrôlables, elles savent très bien qu’une jeune exposée au système est leur garantie pour l’avenir. » Par conséquent, à Bakur, la politique d’assimilation forcée de l’identité turque est étroitement liée à la propagande capitaliste. « L’État turc bombarde les jeunes de publicités pour des vêtements coûteux et de la musique commerciale avec l’intention d’individualiser les jeunes et de renoncer à leurs origines. Cela a son côté positif – pense le co-auteur du document publié par Descontrol – et c’est que pour les Kurdes la lutte contre le capitalisme de leur lutte en tant que peuple devient indissociable ».
 
« L’État turc bombarde les jeunes de publicités pour des vêtements coûteux et de la musique commerciale avec l’intention d’individualiser les jeunes et de renoncer à leurs origines. Cela a son côté positif, et il appartient aux Kurdes de rendre la lutte contre le capitalisme indissociable de leur lutte en tant que peuple. »
 
Mais si pour une raison primordiale le mouvement kurde considère les jeunes comme à la pointe de la révolution, c’est sans doute en raison de leur dynamisme et de leur capacité de critique. « L’anticonformisme et la remise en cause de la jeunesse poussent la société à se réinventer et à s’éloigner du mouvement dogmatiste. » L’un des mérites de la révolution kurde est qu’il est entendu que les enfants et les jeunes ont leur propre opinion, et celle-ci doit être entendue et valorisée.
 
Au Rojava, dès le début de la révolution, les jeunes ont vu le besoin de créer leurs propres structures. « Quand la révolution éclate, les jeunes ressentent le besoin de rompre avec de nombreuses années de répression idéologique de leur pensée », c’est pourquoi les premiers groupes qui émergent considèrent qu’il est essentiel de commencer par une période d’auto-apprentissage pendant laquelle s’interroger qui ils sont et quel devrait être leur rôle. « Il s’agissait de développer une identité de jeunesse démocratique capable de montrer sa propre vision qui serait acceptée par la société. »
 
Des groupes de femmes, culturels ou d’autodéfense composés entièrement de jeunes voient le jour sur tout le territoire, faisant partie de conseils généraux qui mettent leurs besoins et leurs valeurs au centre. Des projets tels que la création de médias alternatifs créeront une forte prise de conscience chez les jeunes en tant qu’identité différenciée.
 
En 2019, jusqu’à 300 délégués de Syrie, d’Irak, de Jordanie, de Libye, de Palestine, d’Arménie, d’Égypte, de Tunisie, du Yémen, du Soudan et d’autres pays africains se sont réunis à Kobané pour définir des stratégies communes contre le système « religieux, nationaliste et sexiste, et promouvoir un mode de vie démocratique, scientifique et alternatif. »
 
En 2015, la 1ère Conférence de la jeunesse du Moyen-Orient s’est tenue dans la ville d’Amed, qui se poursuivra quatre ans plus tard lorsque jusqu’à 300 délégués de Syrie, d’Irak, de Jordanie, de Libye, de Palestine, d’Arménie, d’Égypte, de Tunisie, du Yémen, du Soudan et d’autres Les pays africains se sont réunis à Kobané pour définir des stratégies communes contre le système « religieux, nationaliste et sexiste », et pour promouvoir un mode de vie démocratique, scientifique et alternatif. Dans cette rencontre, tous les groupes montrent la nécessité de créer un front commun de la jeunesse mondiale à travers la création d’une structure internationale organisée et révolutionnaire.
 
Le potentiel révolutionnaire d’une jeunesse organisée consciente de son identité en tant que telle, ainsi que l’importance d’en faire un autre front de lutte, est indéniable. Kurdes ou pas, il y a des milliers de jeunes qui s’organisent sous le paradigme du confédéralisme démocratique à travers le monde, conscients qu’une cause ne pourra jamais gagner isolément et qu’il est impératif que toutes les identités contredisant le système forgent des alliances mondiales.
 

L’Institut F. Mitterrand décerne le Prix ​​du courage politique au politicien kurde Selahattin Demirtaş

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PARIS – L’Institut François Mitterand à Paris a décerné au politicien kurde emprisonné, Selahattin Demirtaş, le Prix du courage politique. « Bien qu’il me soit décerné, j’accepte ce prix au nom de tous les HDP dans les prisons », a déclaré Demirtaş dans une lettre écrite pour la cérémonie de remise des prix.
 
Selahattin Demirtaş, ancien coprésident du Parti démocratique des peuples (HDP), incarcéré à la prison d’Edirne, a reçu le « Prix du courage politique » décerné pour la première fois par l’Institut François Mitterrand basé à Paris.
 
Hişyar Özsoy, co-porte-parole de la commission des relations étrangères du HDP, a assisté à la cérémonie à Paris pour recevoir le prix au nom de Demirtaş. « Bien qu’il me soit décerné, j’accepte ce prix au nom de tous les HDP dans les prisons », a déclaré Demirtaş dans une lettre écrite à la cérémonie de remise des prix.
 
L’Institut François MITTERRAND déclarait qu’il « entend saluer le combat d’une personnalité exemplaire qui cherche inlassablement, au prix aujourd’hui de sa liberté, à rassembler pacifiquement toutes les forces progressistes pour défendre pratiquement la démocratie et les droits des minorités, en Turquie comme ailleurs dans le monde. »
 
Hişyar Özsoy, co-porte-parole de la commission des relations étrangères du HDP, a assisté à la cérémonie à Paris pour recevoir le prix au nom de Demirtaş
 
Le président de l’Institut François Mitterrand, Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, a déclaré que le prix devait être considéré comme un soutien politique et symbolique à Demirtaş et à la lutte en cours du HDP.
 
La lettre écrite à Selahattin Demirtaş par l’Institut François Mitterrand indiquait :
 
« Ce prix vise à récompenser une personne ou une organisation française ou étrangère pour ses activités ou ses travaux. Le jury du prix est impressionné par votre persévérance, votre courage et votre dévouement. Nous espérons que ce prix vous aidera à surmonter votre emprisonnement, à retrouver rapidement votre liberté et à poursuivre votre combat pour la démocratie et la justice sociale. »
 
 
Discours de remerciement de Selahattin Demirtaş, lu par Hişyar Özsoy :
 
Mesdames, Messieurs, chers invités,
 
Quelle fierté pour moi de recevoir le prix de l’Institut François Mitterrand, un nom historique que je suivais avec beaucoup d’intérêt pendant ma jeunesse même si nous étions dépourvus des moyens de communication d’aujourd’hui.
 
Comme des millions de Kurdes, je connais la valeur de ce nom à travers deux Mitterrand, le président François Mitterrand et Madame Danielle Mitterrand, et je voudrais leur rendre un respectueux hommage. Ce nom est gravé dans nos mémoires car, à nos yeux, il illustre – et avec quelle grandeur ! – les valeurs européennes.
 
Comme vous le savez, en dépit des décisions de la Cour européenne des droits de l’Homme, je ne peux pas être parmi vous, hélas. Je suis toujours détenu à la prison d’Edirne. Mais je sais qu’avec votre soutien, et avec notre résistance, cette profonde injustice qui bafoue les valeurs que nous partageons prendra fin, un jour.
 
Ce prix, c’est à moi qu’il a été remis, mais je l’accepte au nom de tous les membres du HDP qui sont aujourd’hui en prison. Encore une fois, nous vous témoignons notre profonde gratitude.

Je vous salue avec affection, respect, et reconnaissance, dans l’espoir de vous retrouver en des jours meilleurs.
 
Selahattin Demirtaş
Prison d’Edirne

SYRIE. Des hommes armés tuent un médecin dans l’est de Deir Ez-zor

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SYRIE / ROJAVA – Hier soir, des hommes armés ont tué le chirurgien Abdul-Mofdi, près de l’hôpital Al-Kindi, à Al-Tayyana, à l’est de Deir Ez-zor, contrôlé par les forces arabo-kurdes.
 
Al-Mofedi est un chirurgien et il vient de la ville de Salhiya dans la campagne occidentale de Deir Ezzor sur la rive droite de l’Euphrate, où il s’est installé dans les zones contrôlée par les forces arabo-kurdes (FDS) pour échapper aux poursuites du régime. Il a travaillé dans de nombreux centres médicaux en tant que chirurgien général.
 
Les Forces de sécurité intérieure ont commencé à enquêter sur deux assassinats distincts, le premier visant le chirurgien Abdul-Mofedi Ali près de l’hôpital Al-Kindi dans la ville d’Al-Tayyana, à l’est de Deir ez-Zor hier soir, et le second dans le camp d’Al-Hol, où des cellules de l’Etat islamique ont assassiné l’ambulancier du Croissant-Rouge kurde, Muhammad Muhammad. Des hommes armés, qui se sont présentés comme des patients, sont entrés dans un point médical appartenant au Croissant-Rouge kurde et lui ont tiré dessus. L’ambulancier, Bassem Muhammad, a perdu la vie.
 

ROJAVA. L’État islamique tue un infirmer dans le camp al-Hol

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SYRIE / ROJAVA – Deux membres de DAECH ont tué hier Basem Muhammad Muhammad, infirmier de l’ONG kurde, Heyva Sor, alors qu’il soignait des membres de DAECH / ISIS dans le camp de prisonniers d’Al-Hol, dans le Syrie du nord.
 
Hier soir, un ambulancier du Croissant-Rouge kurde (Heyva Sor) perdu la vie, dans le camp d’Al-Hol, après avoir été blessé par un partisan de l’Etat islamique alors qu’il se trouvait à son poste de soins.
 
Basim Mihemed Mihemed, 27 ans, qui est ambulancier, a perdu la vie aujourd’hui au point médical du Croissant-Rouge kurde dans le camp, après avoir été attaqué par deux membres de DAECH qui sont entrés dans le point médical en tant que patients, puis ils ont tué la victime, selon des sources sécuritaires du camp.
 
Basem Muhammad, était originaire d’Al-Hasakah. Il était marié et père de deux enfants. (ANHA)
 
Le camp al-Hol est considéré comme un foyer de l’Etat islamique, avec 57 000 personnes de plus de cinquante pays différents qui y vivent actuellement, dont des milliers de familles de l’Etat islamique qui ont été appréhendées par les Forces démocratiques syriennes (FDS) après la capture du dernier bastion de l’Etat islamique, Baghouz, début 2019. Environ la moitié des familles ont en fait moins de 18 ans et beaucoup apprennent la doctrine de Daech. Cela augmente le risque de création d’une nouvelle génération de terroristes. La plupart des pays d’origine de ces mercenaires et de leurs familles refusent de reprendre leurs ressortissants et échappent ainsi à leur responsabilité.
 
Au moins 127 meurtres en 2021
Responsables de l’endoctrinement des enfants avec l’idéologie de l’Etat islamique sont les structures construites par les partisans de l’Etat islamique fidèles à la ligne dans le secteur des « Muhadjir» (des membres de DAECH venus d’autres pays). Ces femmes djihadistes ont également construit les troupes Hisba sur le modèle de la soi-disant brigade Al-Khansa (Liwa al-Khansa), la police religieuse de l’Etat islamique pour les femmes. Les femmes membres de HISBA commettent des atrocités contre des personnes qui n’adhèrent pas aux normes de l’Etat islamique. En 2021, il y a eu au moins 127 meurtres au camp al-Hol, qui seraient tous attribuables aux membres de Hisba et aux « Jeunes Lionceaux du Califat ». Un homme de 33 ans originaire d’al-Bab, dans le nord de la Syrie, a été retrouvé mort vendredi. Quelques jours plus tôt, des agents de sécurité ont découvert un tunnel souterrain utilisé pour la formation de l’organisation de jeunesse de DAECH / ISIS et comme cachette pour les jeunes tueurs.

TURQUIE. La justice turque refuse d’indemniser la famille de l’étudiant kurde tué par un policier au Newroz d’Amed en 2017

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TURQUIE / BAKUR – Lors des célébrations du Newroz à Diyarbakır, Kemal Kurkut, un étudiant kurde de 22 ans, a été abattu par un policier turc au point de contrôle à l’entrée de la place, le 21 mars 2017.
 
Malgré les tentatives de la justice et la police turque de le faire passer pour un kamikaze, grâce aux photos prises par le journaliste Abdurrahman Gök, les avocats de la famille ont prouvé que Kurkut avait été abattu de sang froid après avoir été agressé par les policiers qui l’ont forcé à se mettre torse nu car il portait un T-shirt avec le mot « Kurdistan » écrit dessus.
 
Mais qu’importe les preuves quand il s’agit de blanchir l’assassin d’un Kurde? Alors, le policier a été acquitté. Il a même demandé à être indemnisé pour les « frais de justice » et la cour d’appel a annulé la décision d’indemniser la famille, affirmant que Kemal Kurkut était un « manifestant agressif » et que les conditions pour que le policier utilise son arme étaient réunies pour son assassinat.
 
Dans le procès intenté par la famille de l’étudiant universitaire Kemal Kurkut contre le ministère de l’Intérieur pour « défaut de service », la décision d’indemnisation matérielle et morale de 256 000 TL a été annulée.
 
La chambre administrative de première instance du tribunal administratif d’Antep a annulé la décision d’indemnisation du tribunal administratif d’Amed, jugeant l’administration responsable et fautive, au détriment de la famille.
 
La justice turque a fait valoir que le meurtre de Kurkut était « dans les limites légales » et que « l’administration n’avait commis aucune faute dans le service de sécurité » concernant le meurtre. Elle a décidé de rejeter la demande d’indemnisation de la famille de Kurkut.
 
« Lorsque la déclaration du kamikaze échoue, l’auteur est acquitté par la +loi+ « , a déclaré le photographe Abdurrahman Gök qui est poursuivi par la même « justice » qui demande 20 ans de prison pour avoir photographié le meurtre de Kemal Kurkut par un policier turc…
 
Que s’est-il passé après le meurtre de Kemal Kurkut ?
 
Le 21 mars 2017, Kemal Kurkut, un étudiant kurde de 22 ans, a été abattu par un policier turc, devant des dizaines de journalistes et une foule rassemblée pour célébrer le Nouvel-An kurde, à Amed (Diyarbakir).
 
Après le meurtre de Kemal Kurkut, les policiers ont immédiatement confisqué les appareils des journalistes pour effacer les images afin de cacher leur crime et ont déclaré avoir abattu un kamikaze. Mais le journaliste Abdurrahman Gök a réussi à cacher la carte de son appareil dans la poche arrière de son pantalon. Ainsi, quand les policiers ont fouillé son matériel, ils n’ont rien trouvé tandis que le journaliste leur a menti en disant qu’il n’avait pas eu le temps de prendre des images. Gök risque 20 ans de prison pour avoir caché les images du meurtre…
 
Finalement, il y a eu un « procès » et la « justice » turque a dû admettre que Kemal Kurkut n’était pas un kamikaze. Yakup S., a été acquitté le 17 novembre 2020 par la 7e Cour pénale de Diyarbakır dans l’affaire où il était jugé pour «meurtre délibéré» de Kurkut.
Yakup S. a demandé à être remboursé pour ses frais de justice (honoraires d’avocat) qui ont été pris en charge par le ministère de l’Intérieur.
 
 
 

TURQUIE. Un étudiant en médecine se suicide dans un foyer dirigé par une secte sunnite qui impose prières, cours islamiques et lectures religieuses

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TURQUIE / BAKUR – Enes Kara, étudiant en médecine, s’est suicidé après avoir partagé une vidéo dans laquelle il déclare que l’administration de son foyer d’étudiants géré par une organisation islamique l’obligeait à prier, à suivre des cours de religion et à lire des livres religieux.
 
Enes Kara, étudiant en deuxième année à la faculté de médecine de l’université de Fırat dans la province kurde d’Elazığ, a déclaré dans sa vidéo que l’administration du dortoir l’obligeait à prier, à suivre des cours de religion et à lire des livres religieux.
 
Le dortoir appartient au mouvement Nur, un groupe religieux sunnite s’inspirant des écrits de l’érudit kurde Said Nursi (1878 – 1960). Les gouvernements turcs ont réprimé le groupe dans les années 1960 et 1970 en tant que mouvement islamiste.
 
Le jeune de 20 ans a déclaré dans la vidéo qu’il était « psychologiquement épuisé » et qu’il ne pouvait plus supporter l’environnement oppressant de son foyer d’étudiants.
 
« Il est obligatoire de prier, d’assister aux cours de la secte dans le dortoir géré par la secte où j’habite. Je ne suis pas musulman, ma famille ne le sait pas, quand j’ai dit que je voulais quitter cet endroit, ils ont répondu non », a-t-il écrit dans une note séparée.
 
Les amis de Kara se sont réunis mardi à l’université de Fırat pour une minute de silence en l’honneur de Kara.
 
« Combien de vies devons-nous encore perdre pour agir ? Nous exigeons que cette situation soit résolue et que les familles, les enseignants et la direction fassent quelque chose à ce sujet », déclarait le communiqué lu par les étudiants.
 
Les étudiants turcs sont contraints de trouver un logement dans des foyers affiliés à des groupes religieux à cause de la pénurie de foyers gérés par l’État.
 
En septembre dernier, des étudiants de tout le pays se sont réunis pendant plusieurs nuits dans des parcs pour protester contre le manque de foyers et la flambée des loyers.
 
Le père de Kara, Mehmet Kara, a déclaré qu’il n’engagerait aucune action en justice pour la mort de son fils.
 
« L’endroit où mon fils a séjourné est géré par des gens sympas. Je lui ai recommandé de rester là-bas. Je suis membre du groupe depuis 25 ans. Je n’ai vu aucun mal de leur part, » a déclaré le père.
 

TURQUIE. Le Parlement turc veut retirer l’immunité parlementaire de la députée kurde Semra Güzel

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ANKARA – La députée HDP, Semra Güzel va probablement être déchue de son mandat d’élu. En effet, un rapport préparé par un procureur d’Ankara qui accuse l’élue kurde « appartenance à une organisation terroriste [PKK]» a été transmis à la présidence turque pour qu’elle le soumette au vote du Parlement où la majorité AKP-MHP rêve d’éjecter du parlement tous les élus HDP. 

Jusqu’à présent, des dizaines de députés HDP ont été dépouillés de leur immunité parlementaire. La plupart sont tenus en otage en prison tandis que le HDP est toujours menacé d’interdiction.

Le rapport pour déchoir la députée HDP, Semra Güzel, de son mandat d’élu a été envoyé à la présidence par le ministère de la Justice pour être présenté à l’Assemblée nationale turque. Accusée de terrorisme par la justice turque, la députée kurde d’HDP risque une lourde peine de prison une fois dépouillée de son immunité parlementaire.
 
La procédure concernant la levée de l’immunité parlementaire de la députée kurde accusée d’ « appartenance à une organisation terroriste [PKK]» avait été préparée par le bureau du procureur général d’Ankara qui l’a envoyé au ministère de la Justice.
 
Le ministère de la Justice l’a approuvé et l’envoyé à la présidence pour être transmis à la Grande Assemblée nationale turque qui va le soumettre au vote.
 
La députée HDP Semra Güzel risque d’être déchue de son mandat d’élu à cause des photos prises par la députée de 38 ans avec le combattant du PKK Volkan Bora (Nom de Guerre : Koçero Meletî), qui a été tué dans des raids aériens à Adıyaman en avril 2017. Les photos ont été prises en 2014 dans un camp de guérilla au sud du Kurdistan, lors des négociations de paix entre l’État turc et le PKK. Le voyage là-bas (et la visite à Bora, avec qui Güzel s’était fiancée quand elle était étudiante en médecine) était connu de l’État turc et de ses autorités a déclaré Guzel.
 
« Cependant, bien que les images soient stockées dans les archives des autorités de sécurité depuis près de cinq ans, elles ne sont publiées que maintenant et utilisées comme base de diffamation. »
 
La députée a parlé d’une « campagne de diffamation vicieuse et sexiste » menée contre elle en raison de la politique misogyne du gouvernement AKP. Elle a ajouté qu’elle avait été exposée à « la diffamation publique, l’ostracisme social et le lynchage ». Guzel a déclaré que dans tous les cas, cette action aura des conséquences juridiques pour tous les responsables impliqués dans le processus de paix avec le PKK.
 
Procédures pour activités subversives
 
Le rapport d’enquête préliminaire du parquet d’Ankara, qui comprend une demande d’autorisation de poursuivre Güzel, est au ministère de la Justice depuis lundi. On ignore à quels articles le rapport d’enquête fait référence. Cependant, étant donné que seules les procédures au titre des articles 301 et 302 dépendent de l’autorisation du ministre de la Justice, il s’agit d’un procès pour « activités subversives ». Le président du Parlement Mustafa Şentop s’est prononcé lundi à l’Assemblée nationale en faveur de la levée de l’immunité des députés « sans si ni mais ».
 
Güzel risque une lourde peine de prison si elle est reconnue coupable
 
L’article 301 est probablement la loi turque la plus connue en Europe. Jusqu’en 2008, il réglementait « l’insulte à la nation turque », mais sous la pression de l’UE, la loi a été réformée. Une violation de l’article entraîne des peines de prison allant de six mois à deux ans. En combinaison avec la législation antiterroriste, cela revient souvent à dix fois plus. L’article 302, en revanche, qui fait de « la destruction de l’unité et de l’intégrité de l’État » un délit punissable, est probablement le plus grave du droit pénal turc. Le texte de la loi stipule : « Quiconque place l’intégrité territoriale de l’État totalement ou partiellement sous la souveraineté d’un État étranger, détruit l’unité de l’État, sépare une partie de l’État »
 
Suppression de l’immunité parlementaire pour « prévenir le terrorisme »
 
En mai 2016, le parlement turc a approuvé un amendement constitutionnel sur la « prévention du terrorisme » initié par le parti islamiste Erdoğan AKP, ouvrant ainsi la voie à la poursuite provisoire des députés. À l’époque, 154 députés au total avaient été déchus de leur immunité, dont plus d’un tiers du Parti démocratique du peuple (HDP). Immédiatement après l’amendement constitutionnel, de nombreuses enquêtes préliminaires ont été ouvertes contre des membres de l’opposition. La vague de répression qui avait commencé a atteint son paroxysme le 4 novembre 2016 avec l’arrestation de dix députés HDP, dont les coprésidents du parti d’alors Figen Yüksekdağ et Selahattin Demirtaş. Les observateurs craignent que l’affaire Güzel ne serve en réalité de prétexte pour lancer une initiative parlementaire de soi-disant prévention du terrorisme afin d’écarter l’opposition. Des dizaines de rapports d’enquête visant à la levée de l’immunité parlementaire ont été présentés contre tous les membres du groupe parlementaire HDP. (ANF)

SUISSE. Des anarchistes de Genève saluent le confédéralisme démocratique du Rojava

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GENEVE – Des anarchistes genévois.es déclarent qu’ils pourraient s’inspirer du confédéralisme démocratique mis en place au Rojava dans un billet publié sur le site Le Courier alors qu’ils s’apprêtent à célébrer le 150e anniversaire de l’Internationale anti-autoritaire de 1872.
 
On le partage avec vous:
 
Escale au cœur du confédéralisme démocratique du Rojava
 
«Prélude à la célébration des 150 ans de l’Internationale anti-autoritaire (Congrès de St-Imier) en juillet prochain, les «Escales Siluriennes» organisées dans l’espace autogéré Le Silure, à Genève, entretiennent un cycle de débats sur l’anarchisme. Retour de l’escale sur le confédéralisme démocratique au Rojava organisée à la mi-décembre.
 
Comme lors de la première rencontre des Escales siluriennes1, la salle du Silure est pleine ce 9 décembre. Venu·es d’horizons variés, nous sommes réuni·es pour discuter du lien entre le nouveau paradigme politique sur lequel repose la révolution du Rojava2– le confédéralisme démocratique – et l’anarchie. Un thème de choix pour continuer notre série de discussions en préparation des Rencontres internationales anti-autoritaires à St-Imier3.
 
Impossible de parler de la révolution en cours au Rojava [Kurdistan syrien] sans mentionner l’histoire du peuple kurde, divisé entre quatre Etats-nations (Turquie, Iran, Irak et Syrie) depuis le début du XXe siècle. Opprimé·es dans chacun de ces pays, les Kurdes lancèrent de nombreuses révoltes pour réclamer leur droit d’exister et d’exprimer leur culture. Mais leurs tentatives furent chaque fois étouffées. Cette culture de lutte se poursuit néanmoins jusque dans les années 1970-80, où le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) est créé et lance une guerre de guérilla contre l’Etat turc.
 
D’abord marxiste-léniniste, le PKK se tourne vers l’idée du confédéralisme démocratique à partir de 1999, lorsqu’Abdullah Ocalan, secrétaire général du parti et philosophe, est fait prisonnier par la Turquie. En prison, il découvre les écrits de l’anarchiste et écologiste Murray Bookchin avec qui il échange une série de lettres. Sur cette base, le PKK développe son nouveau paradigme où démocratie directe à la base, écologie4et féminisme55sont interconnectés.
 
Le confédéralisme démocratique est ensuite adopté dès 2005 par l’ensemble du mouvement révolutionnaire kurde et dès 2012 il commence à être mis en pratique au Rojava. A la suite de la libération par les milices de défense kurdes (YPG et YPJ) de régions non kurdes contrôlées par Daesh, la région autonome grandit autour d’un contrat social commun et prend le nom d’Administration autonome du nord et de l’est syrien.
 
Quel lien avec l’anarchisme? Une des grandes bases de l’anarchisme repose sur la critique de l’Etat comme une structure qui centralise les pouvoirs dans les mains d’une minorité. Comme alternative, certains anarchistes – Proudhon, Bookchin… – proposent un système fédéraliste afin de décentraliser le pouvoir. Mais le risque de centralisation ne disparaît pas au sein d’une fédération: tout dépend de la participation de la population au processus démocratique. Partant, il est intéressant d’analyser les structures mises en place au Rojava pour éviter une dérive autoritaire. De notre discussion ressort le fait que la dépendance de la population à une entité centrale y est encore bien présente. Mais parallèlement, nous pouvons y voir une lutte constante pour pousser la société vers une décentralisation des pouvoirs.
 
A la base du système fédéraliste du Rojava: les communes. Figurant la plus petite entité au sein de la société, elles sont composées de quelques centaines de familles d’un même quartier ou village. Leur but est de pallier les besoins de la population dans tous les aspects de la vie en société: c’est là que sont prises la majeure partie des décisions. Contre le patriarcat, des maisons des femmes en gestion autonome sont créées et un système de coprésidence homme-femme est en vigueur. Contre le nationalisme et le racisme, chaque ethnie est représentée à travers la coprésidence. Contre une économie capitaliste, les coopératives sont encouragées et les monopoles interdits.
 
Au cœur de ce processus, l’éducation (perwerde en kurde, qui signifie: donner des ailes) sert de dynamique pour faire constamment évoluer les mentalités. Des moments de critique et d’autocritique offrent un espace de remise en question, afin d’apprendre des erreurs. Une des personnes présentes à la rencontre relève: «Ici, nous sommes élevées dans un contexte de compétition entre individus, avons tendance à nous vexer face aux critiques et les voir plus comme une attaque personnelle plutôt qu’une opportunité d’évolution.»
 
Le confédéralisme démocratique est une tentative de réponse dans le contexte du Rojava dont nous pouvons nous inspirer. La question reste ouverte sur la forme que cela peut prendre ici – il n’y a sans doute pas qu’une seule réponse possible. En revanche, nous avons une certitude, parfaitement exprimée par les zapatistes: «Nous voulons un monde où il y a la place pour de nombreux mondes.»
 

La présidente de l’USCIRF, Nadine Maenza, au chevet des minorités religieuses et ethniques du Rojava

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SYRIE / ROJAVA – Nadine Maenza, présidente de la Commission des États-Unis pour la liberté religieuse internationale (USCIRF), s’est entretenue avec des responsables de la Commission des relations étrangères du Rojava dans le but d’examiner les derniers développements et les conditions de minorités religieuses et ethniques de la région. Lors de cette quatrième visite dans la région, Maenza a exhorté la communauté internationale à reconnaitre l’administration de la Syrie du Nord et de l’Est « car il s’agit d’un modèle de coexistence pacifique et de liberté de croyance qui pourrait être reproduit à travers la Syrie et le Moyen-Orient ».
 
Abeer Elia
 
Abeer Elia, coprésidente de la Commission des relations étrangères, a commenté sur Suroyo TV la visite de Maenza, expliquant qu’une discussion avait eu lieu sur la situation sécuritaire et les moyens de parvenir à la stabilité dans la région, en particulier à la lumière des attaques et des bombardements lancés par la Turquie. et ses mandataires de l’Armée nationale syrienne (ANS/SNA). Elia a également déclaré que ces attaques ont entraîné le déplacement de la population et le changement de la démographie de la région.
 
Elia a ajouté que les effets de la fermeture des postes frontaliers sur la situation économique et sanitaire dans la région ont également été discutés. Les dangers posés aux minorités par les embargos et la menace qui pèse sur leur présence dans leur patrie ont été soulignés.
 
Selon Elia, Maenza a souligné la nécessité de la reconnaissance officielle, par la communauté internationale, en particulier les États-Unis, de l’Administration Autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) qui gouverne la région.
 
Après la réunion, Maenza a tenu une conférence de presse au cours de laquelle elle a déclaré qu’elle exhortait la communauté internationale à soutenir le projet démocratique dans le nord et l’est de la Syrie, car il s’agit d’un modèle de coexistence pacifique et de liberté de croyance qui pourrait être reproduit à travers la Syrie et le Moyen-Orient.
 
Elle a également dénoncé la poursuite des violations turques dans les régions, dont les plus récentes se sont produites dans la ville kurde de Kobanê et ont entraîné la mort de civils. (Via Syriac Press)
 
Par ailleurs, Maenza participe au Congrès international des religions et des croyances mésopotamiennes qui se tient à l’Université du Rojava, à Qamishlo, depuis hier.
 

Au Rojava, un modèle de société démocratique s’épanouit au milieu de menaces turques, iraniennes, russes…

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SYRIE / ROJAVA – Les Kurdes et leurs alliés arabes mènent une course contre la montre pour consolider leur modèle de société démocratique, pluraliste et féministe alors qu’ils sont menacés sur tous les fronts par des forces étatiques étrangères, le régime central syrien, mais aussi par les groupes terroristes islamistes toujours actifs dans la région.
 
India Ledeganck, doctorant en anthropologie à l’UCLouvain, se rend régulièrement au Rojava pour observer la situation politique, économique et militaire sur place. Il vient d’interroger Farhad Shami, responsable du centre médiatique des Forces Démocratiques Syriennes (FDS).
 
Voici un panorama de la situation sécuritaire des territoires du Nord et de l’Est de la Syrie, régions autonomisées de facto au régime de Bachar al-Asad à partir de 2012. Les Forces Démocratiques Syriennes, coalition d’unités militaires locales créée en 2015, font aujourd’hui face à plusieurs fronts. Aux invasions militaires turques, s’ajoute la menace d’un ravivement des cellules dormantes de l’État Islamique et la volonté du régime syrien de reprendre le contrôle de l’entièreté du pays avec l’aide de la Russie.
 
Reportage: « Jamais nous ne donnerons nos martyrs »
 

Selon Farhard Shami, les territoires du nord et de l’est de la Syrie de manière plus globale et la ville de Raqqa en particulier font face à trois dangers majeurs. En premier lieu, la sécurité interne de la ville est mise à mal par la présence des services secrets turcs, iraniens, et syriens, ainsi que des activités pour l’instant disparates des cellules dormantes de l’État Islamique. Deuxièmement, la présence du régime syrien et des cellules dormantes de Daesh dans les zones situées au sud-ouest de Raqqa sont une menace directe pour la sécurité de la ville. Enfin, la Turquie et les factions affiliées contrôlent la région d’Afrin depuis 2018, ainsi que Seré Kaniyé (Ras al-Ayn) et Giré Spi (Tel Abyad). Une future opération militaire de grande ampleur orchestrée par la Turquie est, de ce fait, une éventualité à ne pas négliger.

Situation des 7 régions du Nord et de l’Est de la Syrie, un mois avant l’opération turque « Source de paix », qui amènera à l’invasion de la ville de Tel Abyad et Seré Kaniyé.
Situation en décembre 2021. La bande bleue représente les territoires occupés par la Turquie depuis octobre 2019. Les territoires à l’ouest en couleur verte sont les territoires d’Afrin occupés par la Turquie depuis mars 2018. Source : Liveumap.

Raqqa : une stabilité retrouvée mais toujours menacée

Les cellules dormantes de l’État islamique continuent d’exercer une menace sur la population même si elles ne représentent plus un danger permanent pour les habitant·e·s. À Firusin, au sud de Raqqa, où une bombe a explosé le 3 novembre 2021. « La situation sécuritaire de Raqqa est différente de celle d’une région comme Deir al-Zor, qui fait face à des cellules terroristes très actives » souligne Fahrad. Il continue : « Il y a trois mois, nous avons, avec la Coalition Internationale en Irak et en Syrie, effectué une opération militaire commune. Une voiture a été bombardée dans la région de Deir al-Zor par la coalition, et une autre a été détruite par nos forces au nord de Raqqa. Pendant 6 mois, nos forces de sécurité et de renseignements ont suivi ces cellules qui planifiaient d’attaquer les prisons d’Hasakê et Raqqa dans l’objectif de libérer des prisonniers membres de l’Etat Islamique ». En 2021, 38 personnes affiliées à l’Etat Islamique ont été arrêtées. Les opérations conjointes réalisées avec la Coalition Internationale en Irak et en Syrie sont donc toujours d’une importance cruciale. D’autant plus que l’organisation de l’État Islamique menace les membres des Forces Démocratiques Syriennes ou les personnes impliquées au sein des institutions de l’administration autonome.

En dehors de l’organisation terroriste, les services secrets iraniens, syriens et turcs sont présents dans la ville et ont été impliqués dans la planification d’attentats et dans la transmission de données sensibles. Cependant, selon Farhad Shami, « il n’a eu de résultats probants, car nous avons toujours réussi à contrôler la situation ». Néanmoins, les conditions de vie grégaires, usées par la guerre civile et la guerre contre l’État Islamique et l’État turc favorisent le recrutement de Raqqawis par le régime, l’État islamique ou la Turquie. À ce propos, Farhad déclare : « Un endroit où la stabilité politico-militaire et l’économie sont faibles est un terreau fertile pour Daech. C’est également pour cela que nous luttons pour que les travaux de reconstruction de la ville continuent ». Il est à préciser que 80% de la ville a été détruite lors de la guerre contre Daech, notamment due aux frappes aériennes de la Coalition Internationale en Irak et en Syrie. « Nous avons arrêté un jeune homme il y a quelques semaines. Il avait posé une bombe et avait reçu 200 dollars de la part du régime dans cet objectif. Un autre, c’était 300 dollars, cette fois de la part de la Turquie. […] Les Raqqawis sont des gens qui ont donné beaucoup de martyrs. Ils connaissent les migrations forcées depuis 2014, ils ont été arrachés à leurs terres à cause de la guerre. Les jeunes partent vers l’Europe et ne reviennent pas. La situation économique se dégrade à vue d’œil ». En parallèle, les membres de l’État islamique utilisent les routes de contrebande afin de s’infiltrer dans des camps de réfugié·e·s non-organisés. Ces personnes, pour la plupart originaires d’Homs ou de Damas, fuient le régime syrien et ne sont pas en possession de documents d’identité. « Nous les laissons rentrer dans nos régions car nous n’acceptons pas les conditions dans lesquelles ces personnes sont obligées de vivre. Ce sont des êtres humains, ce sont des réfugié·e·s. Malheureusement, l’Etat Islamique utilise cette situation pour recruter de nouveaux membres ».

À cette situation économique dramatique, s’ajoute la fermeture récente des frontières entre le nord-est syrien et le Bashur (région kurde d’Irak). Le gouvernement régional kurde en Irak a effectivement fermé le poste frontière de Faysh Khabur le 16 décembre, ainsi que le passage d’al-Waheed le 19 décembre. Le nord-est syrien traverse une crise économique majeure depuis 2019 et la fermeture des frontières amène une énième difficulté à une population qui souffre d’une forte inflation et des pénuries alimentaires.

Raqqa, décembre 2021. Crédits India Ledeganck.

Mais ce sont surtout les régions périphériques au sud et à l’ouest de Raqqa, plutôt que la ville-même, qui posent une véritable menace pour la stabilité politico-militaire de la région. « Parfois, nous pouvons entendre le bruit des forces aériennes russes. La région de Resafi, contrôlée par le régime et située à 35km au sud-ouest de Raqqa, est encore touchée par les attaques de l’Etat Islamique ». L’État Islamique souhaiterait donc reprendre le contrôle de cette zone. Pour Farhad Shami, la proximité géographique de Resafi avec les territoires de nord-est syrien constitue un risque évident. L’État Islamique persiste dans les régions désertiques de la Syrie même si le nombre de sympathisant·e·s s’est amoindri depuis la bataille de Bagouz en 2019 (dernier territoire sous contrôle de Daech). Farhad Shami souligne que « le groupe s’est dissout en tant qu’Etat mais existe toujours en tant qu’organisation ». De fait, l’État Islamique persiste dans les régions désertiques de la Syrie. Toujours selon Farhad Shami, l’État Islamique aurait encore la mainmise sur 60% des régions désertiques syriennes. Dans l’éventualité d’une attaque, les Forces Démocratiques Syriennes ont augmenté leurs effectifs au sud de Raqqa.

Turquie – Nord et Est de la Syrie : harcèlements et provocations sur la ligne de front

Les attaques sur la ligne de front séparant les territoires occupés par la Turquie et ceux de l’administration autonome sont incessantes. Le 21 décembre, les mercenaires affiliés à l’État turc ont lancé une attaque terrestre près de Tal Tamr, dans l’objectif de se saisir du village d’Umm al-Kaif. L’intention de l’État turc est de s’emparer de la ville de Kobané, ville où Daech a connu sa première défaite majeure. La prise d’Afrin en 2018 et de Seré Kaniyé et Giré Spi en 2019, vont dans ce sens, la ville de Kobané étant dorénavant encerclée.

La Turquie utilise depuis 2013 Jabat al-Nosra et l’Armée Syrienne Libre (ASL) pour ses interventions militaires dans le nord-est de la Syrie. Désormais, les factions présentes sur les territoires occupés entre Girê Spî et Serê Kaniyê sont nombreuses. Jebat al-Nosra, l’ASL et Horas al-Din (branche d’al-Qaida) en sont des exemples. Selon Farhad, beaucoup de jeunes hommes enrôlés sont originaires d’Idlib. « Nous savons, de plus, qu’il y a un grand nombre de membres de Daesh à Girê Spî. Et maintenant, leurs familles y habitent. La population est terrorisée et eux, peuvent facilement continuer à s’organiser ». En d’autres termes, il s’agit d’un changement démographique opéré par l’État turc, basé sur une politique de terreur d’un côté et d’installation des mercenaires et de leurs familles de l’autre.

Les populations environnantes sont les premières à subir les conséquences des attaques turques et des groupes affiliés. Cette année, 13 civils habitant les régions voisines à celles occupées par les mercenaires de la Turquie sont tombés martyrs. « Le 7 décembre, les mercenaires, aidés par l’État turc, ont lancé une énième attaque sur les villages environnants. Ils ont tué un jeune homme devant ses parents. Ils ont ensuite volé tous leurs biens et incendié la maison ».

Un Imam donne un discours lors de la veillée de 3 martyrs. Un drone turc a visé une voiture dans la ville de Qamishlo en novembre 2021, tuant trois personnes d’une même famille. L’Imam rappelle la nécessité de la fraternité entre les peuples en ces temps difficiles. Crédits : India Ledeganck.

Il semble important de préciser qu’en plus de la douleur de la perte d’êtres chers, les populations environnantes subissent une importante perte de revenus. En effet, la plupart des agriculteurs et agricultrices n’ont plus accès aux terres cultivées, à cause du risque d’être visé par les mercenaires. La violence de l’occupation turque a donc des retombées économiques sur le moyen et long-terme, notamment par l’impossibilité pour la population de procéder à leurs récoltes.

En préparation à une éventuelle nouvelle opération militaire de la part de la Turquie, des tunnels de 4 mètres de profondeur et de largeur ont été creusés. « Nous sommes conscients qu’en tant que membres des FDS, nous devons rester calme face à ces provocations. Mais nous sommes prêt·e·s. Nous sommes prêt·e·s. à affronter la Turquie sur tous les fronts, que cela soit à Ein Issa, Kobanê, Manbij, Tal Tamr ou Zirgan. Le 5 novembre, nous savons que l’État turc a voulu entamer une opération de grande ampleur contre nos régions. Cela a ensuite été reporté au 9 novembre, puis au 18 novembre. Finalement, ils n’ont pas eu de possibilité d’entreprendre une telle opération. »

Une femme dans le camp « Sere Kaniye ». Elle a fui sa ville natale avec ses enfants. Crédits : India ledeganck.

Cette situation profite au régime syrien, à la Russie et à l’Iran. En amont de l’Euphrate, la région de Tabqa est un endroit stratégique pour ces derniers. Contrôlée par l’administration autonome, Tabqa est une porte vers les régions orientales de l’Euphrate. « Qui contrôle Tabqa, a accès à l’intérieur des territoires syriens » précise Farhad. Depuis 2019, l’objectif de la Russie est le retour du régime syrien sur les territoires de la Syrie du Nord et de l’Est, aujourd’hui contrôlés par l’administration autonome. La Russie souhaite, dans cette perspective, retirer un bénéfice des menaces turques sur la région. Rappelons que le gouvernement de Bachar al-Assad ne reconnaît pas l’administration autonome et ses forces armées. La population de Raqqa subit en conséquence de constantes intimidations de la part du régime, notamment au travers de menaces de vengeance à l’encontre des personnes impliquées au sein des institutions de l’administration autonome.

« Mais jamais nous ne donnerons le nord-est syrien. Nous pouvons travailler au sein de l’État syrien, mais à condition que l’administration autonome et les FDS [Forces Démocratiques Syriennes, N.D.A.] soient reconnues officiellement par celui-ci » déclare Farhad. « Mais pour l’instant, aucun pas dans ce sens-là n’a été entamé par le régime. Ils ont progressé sur certains sujets, mais c’est dérisoire. Par exemple, deux heures de kurde sont données dans les écoles du régime [les écoles du gouvernement syrien situées sur les territoires habités majoritairement par des kurdes, N.D.A] ». Il ajoute : « C’est dérisoire. Cette situation était possible avant 2011, mais les choses ont changé depuis lors. Nous avons tout construit. Nous avons donné 12 000 martyrs. Nous avons 28 000 blessé·e·s, dont 8 000 sont mutilé·e·s. Ces martyrs, ce sont nos jeunes, nos enfants. Jamais nous ne donnerons nos martyrs. S’ils veulent la guerre, nous la ferons ».

Cimetière des martyrs d’Hasake, août 2021. Crédits : India Ledeganck.

Une future invasion militaire organisée par l’État turc ?

Selon Farhad Shami, la Turquie n’a pas pu procéder à une opération militaire de grande ampleur pour trois raisons principales. Premièrement, une guerre dans le nord-est de la Syrie n’est pas dans l’intérêt de la Coalition Internationale en Irak et en Syrie. Effectivement, focaliser les troupes contre la Turquie est une opportunité pour l’État Islamique de ressurgir. « Une se réveille, et toutes suivent. De plus, il suffirait qu’une région ne soit plus stable politiquement et militairement pour que le régime attaque ». Une opération militaire turque qui irait à l’encontre des intérêts de la communauté internationale amène Tayyip Erdogan à devoir considérer les répercussions politico-militaires qui s’en suivront.

Deuxièmement, la situation économique de la Turquie n’est pas propice à soutenir une nouvelle invasion militaire. En effet, une guerre entamée par l’État turc signifierait des coûts importants. « La guerre n’est plus comme avant : nous faisons maintenant la guerre sous-terraine » précise Farhad. « Avant, une frappe aérienne amenait indéniablement à des martyrs. Pour la Turquie, en termes de coûts financiers, de telles attaques n’avaient pas de fortes valeurs. Ce n’est plus le cas à présent ». Un autre changement est à prendre en compte vis-à-vis de la stratégie militaire adoptée par les FDS. « Si une guerre venait à être déclarée, nous nous protégerions de manière active. Il ne s’agira plus juste d’une réponse, nous attaquerons sur tous les fronts. Nous en avons informé la coalition ainsi que la Turquie ».

Finalement, les tactiques de guerre opérées par les FDS ainsi que les entraînements donnés aux combattant·e·s se sont améliorés. « Cela fait deux ans maintenant que nos entraînements ont été modifiés. La Turquie prend en compte ces changements et s’attend à ce que les représailles soient de taille ». Une nouvelle attaque amènerait donc la Turquie à devoir se préparer en conséquence à ses changements.

La communauté internationale ignore le désastre humanitaire causé par la Turquie alors qu’une nouvelle guerre menace la région

Alors qu’un modèle politique et social démocratique se construit, une nouvelle guerre est imminente. Les Forces Démocratiques Syriennes, malgré les nombreuses difficultés, sont déterminées à protéger un projet de société « en train de se faire ». La rédaction d’une nouvelle constitution qui englobe les 7 régions du nord et de l’est de la Syrie est d’ailleurs en cours, malgré le climat politico-militaire incertain.

Le désastre humanitaire causé par la Turquie interroge le rôle de la communauté internationale. La Turquie, deuxième force la plus importante de l’OTAN en termes d’effectifs, multiplie les évictions sur les territoires occupés. Ceci alors même que l’invasion desdits territoires a débuté quelques jours après le retrait des troupes étasuniennes de la frontière turco-syrienne. Une nouvelle opération militaire planifiée par la Turquie signerait un retour en force de Bachar al-Assad et un potentiel ravivement de l’État Islamique.

« Tout pour la liberté » (en kurde), entrée de Tirbespi. Octobre 2021. Crédits : India Ledeganck.