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Suicide d’un réfugié kurde en Allemagne

BERLIN – Le réfugié kurde Serkan Durmuş s’est donné la mort dans un centre d’hébergement à Lychen, dans le Brandebourg. Ce père de deux enfants vivait en Allemagne avec sa famille depuis le séisme dévastateur de février 2023 qui a frappé le Kurdistan de « Turquie » et le Rojava. Ses proches décrivent des mois de souffrance psychologique intense, marqués par l’isolement, la précarité et la peur constante d’une expulsion.

Serkan Durmuş a été retrouvé mort le 12 mai dans le centre d’accueil. Son épouse, Türkan Durmuş, déclare que le rejet de leur demande d’asile a considérablement aggravé son état. Il souffrait déjà de graves crises de panique, de troubles du sommeil sévères et d’anxiété chronique.

Une nouvelle vie brisée par le traumatisme et l’abandon

La famille, d’origine kurde alévie, avait fui la Turquie après la destruction complète de leur maison lors du tremblement de terre. « Après la catastrophe, nous avons essayé de reprendre goût à la vie, confie Türkan Durmuş. Nous voulions offrir un avenir à nos enfants. Mais ici aussi, nous nous sommes retrouvés seuls. »

Selon elle, Serkan a multiplié les demandes d’aide auprès d’hôpitaux et de services psychiatriques, sans jamais recevoir de véritable soutien. Le principal obstacle était l’absence de prise en charge psychologique dans leur langue maternelle. « Mon mari était une personne joyeuse, mais il ne pouvait pas s’exprimer. Nous non plus, nous n’arrivions pas à expliquer correctement nos problèmes », témoigne-t-elle.

Türkan Durmuş décrit une vie rythmée par l’incertitude administrative, la barrière de la langue et l’isolement au sein du camp. La peur permanente d’être expulsés hantait son mari. « Il vivait dans une crainte constante. Nous avons appelé des ambulances, nous sommes allés à l’hôpital, nous avons cherché des psychologues… Mais personne ne nous écoutait vraiment. Les gens ne veulent pas seulement être considérés comme des réfugiés, mais comme des êtres humains. »

Des conditions d’accueil mises en cause

L’Initiative Alan Kurdi, qui a rencontré la famille après le drame, estime que ce cas est loin d’être isolé. « L’isolement dans les camps, la pression liée aux procédures d’expulsion et le manque criant de soutien psychologique ont des conséquences dramatiques », déclare Hran Kasparyan, membre de l’initiative.

Les personnes ayant survécu à la guerre, à des déplacements forcés ou à des catastrophes naturelles se retrouvent souvent seules face à leurs traumatismes dans les structures d’hébergement. L’absence de suivi dans leur langue et les années passées dans des camps collectifs aggravent profondément leur détresse.

Selon une étude de l’Initiative Alan Kurdi, au moins 19 réfugiés kurdes sont morts par suicide ou dans des circonstances troubles en Allemagne entre 2022 et 2026. L’organisation établit un lien direct entre ces décès et les conditions de vie dans les centres d’accueil.

La dépouille de Serkan Durmuş doit être rapatriée demain, vendredi, à Malatya (Meletî), au Kurdistan du Nord, après une cérémonie d’adieu au lieu de culte alévi (Cemevi) de Berlin. L’Initiative Alan Kurdi a annoncé la publication prochaine d’un rapport détaillé sur les circonstances de son décès.