SYRIE. L’ONU « alarmée » par les meurtres commis à al-Hol
PHOTOBOOK. 400 photos honouring Kurdish women’s liberation struggle

Il y a 75 ans, naissait la République kurde de Mahabad

Les crimes de l’Etat turc contre les femmes kurdes à Afrin
SYRIE / ROJAVA – Le Centre de recherche et de défense des droits des femmes syriennes a préparé un rapport sur les crimes contre l’humanité commis par l’État turc et des mercenaires alliés depuis 3 ans dans le canton kurde d’Afrin, dans le nord de la Syrie.

Le rapport a révélé que l’État turc s’était emparé des propriétés de la population et avait procédé au changement démographique et à la turquisation de la région.
Le rapport indique que 66 femmes ont été massacrées, plus de 149 enlevées et 178 autres torturées et violées/harcelées par les forces d’occupation à Afrin.
Selon le rapport:
– Le 28.01.2018, une femme de 55 ans est décédée à Jindires des suites des tirs de l’État turc.
– Le corps d’une jeune femme assassinée à Afrin le 19 novembre 2019 a été retrouvé dans le village de Kani Gewrikê ,dans le district de Jindires.
Kidnappings :
-Gule Sileman a été enlevé dans le village de Basûtê par les gangs du Bouclier de l’Euphrate en 2018. – Une infirmière nommée Heyfa Casim a été enlevée pour avoir prétendument un lien avec l’administration autonome. – Xedice Mistefa Berko (23 ans) a été enlevé par des soldats turcs, Emine Hisên (60 ans) par des gangs Faylaq al-Sham. Ayat Ehmd Rashid et İbrahim Al-Shaar ont également été enlevés. -Le 11 mai 2018, une femme nommée Xedice a été enlevée par les services de renseignement turcs alors qu’elle était assise chez elle dans le quartier d’Achrafiyah (Eşrefiye). Le 19.05.2018, une femme arabe nommée Hesna Al-Id a été enlevée par l’État turc à Jindires. – Les sœurs Lonjîn Mihemed Xelîl et Rûjîn Mihemed Xelîl ont été enlevées dans le district de Dimkiya parce que l’un de leurs frères et sœurs était dans les rangs des Forces démocratiques syriennes (FDS). -Le 15.08.2018, le groupe de gangs Nour al-Din al-Zenki a enlevé des femmes nommées Xedîce Meskîl (50), Cînan Tane (26), Mîdye Tane (20), Cîhan Tane (17) du village de Hikice. – Xalie Silêman, membre du Parti du futur des Kurdes syriens, qui vit dans le village de Birke du district de Mabata, a été enlevée à deux reprises par l’Etat turc. – Une jeune femme du nom de Sara Abdullah Mihemed Elî (16 ans) vivant dans le village de Meriskê a été enlevée par la police militaire de l’Etat turc. – Le 05.10.2019, l’Etat turc a enlevé Wîdad Henan Weqas, Emîre Şehîme et Mewlîde Ebdulrehman Xelîl. – Le 14.11.2019, l’Etat turc et ses gangs ont enlevé des femmes nommées Xedîce Qere Elî, Emîne Qere Elî, Fadîle Mihemed, Fadîle Sîno et Heyat Qere Elî. -Le 27 février 2020, Ebu Shahir, l’un des chefs de gang du groupe Al Hamzat, a enlevé une femme nommée Arin Deli Hesen (21 ans) dans le village de Kîmar à Sherawa. Arin est toujours aux mains de gangs de la police militaire. – Le 12 mai 2020, un membre du gang Faylaq al-Sham a enlevé une femme nommée Hêvin Hesen Dibso (17 ans) dans le village de Celemê à Jindires. Hêvin a été forcé de se marier. -Des gangs affiliés à l’État turc ont enlevé une femme nommée Valentina Arselan Mistefa (22 ans) du village de Derwish à Shera. Valentina, qui a parlé à sa famille un an plus tard, a déclaré qu’elle se trouvait dans la ville de Kafr Nubl à Idlib. Le sort de Valentina, qui n’a pas pu recontacter sa famille, est encore inconnu. Le 29 mai 2020, un affrontement majeur a éclaté entre les gangs Al-Hamzat et Ahrar al-Sham. Après les combats qui ont eu lieu dans le centre d’Afrin, des images ont été publiées de certaines femmes kurdes dans une prison sous le contrôle du groupe de gangs Al-Hamzat. Il y avait 11 femmes et un enfant dans les images diffusées sur les réseaux sociaux. Il a été révélé que certaines des femmes sur les images avaient été enlevées en 2018.– 178 femmes ont été blessées à la suite du bombardement intense d’Afrin. Zêneb Ebdo Misto (70 ans) a été blessée à la jambe et à la taille droites le 8 juin 2018 car elle n’avait pas permis à l’État turc et à ses gangs de fouiller son domicile.
LIVRE. 400 photos mettant à l’honneur la lutte de libération des femmes kurdes
Couverture du livre-photo
L’exposition parisienne de Maryam Ashrafi de 2016 avait pour titre « S’élever au milieu des ruines, danser entre les balles » / « Rising Among Ruins, Dancing Amid Bullets ». Ashrafi a choisi d’utiliser le même titre pour son livre-photo multilingues à paraitre en septembre 2021, si sa campagne de financement participative recueille l’argent nécessaire à la publication du livre qui sera édité par la maison d’édition Hemeria, spécialiste des livres de photo.
Pour compléter le corpus photographique, j’ai demandé au journaliste Allan Kaval, à Kamran Matin, professeur associé au sein du département des relations internationales à l’Université du Sussex, à Carol Mann, sociologue spécialiste des questions de genre au sein des conflits armés, chercheuse associée à l’université Paris 8 et directrice de l’association Women in War, ainsi qu’à Mylène Sauloy, qui documente la guerre au Kurdistan et au Rojava depuis 1998 via la publication d’articles et la réalisation de films documentaires, d’expositions et bientôt d’un roman graphique, qu’ils apportent leur contribution écrite et leur très grande connaissance des sujets abordés dans mon ouvrage.
Maryam Ashrafi est une photographe documentaire qui croit aux projets à long terme. Son travail met un visage sur une guerre — la Syrie — et sur un enjeu géopolitique stratégique pour la région — le Kurdistan — qui ont été largement commentés mais qui restent très lointains pour un Occident qui les a avant tout perçus par le prisme de la question des réfugiés.
Maryam témoigne de la guerre à sa manière, en insistant sur ses complexités et sur la construction efficace, au sein notamment des forces armées kurdes, d’un nouveau modèle social basé sur l’égalité entre les sexes puisque les femmes y occupent les mêmes rôles que les hommes, à contrario de ce qu’il se passe dans d’autres parties du monde ou d’autres sphères sociales.
Ceci explique pourquoi, au fil des ans, sa démarche l’a conduite à retourner aux mêmes endroits, afin de montrer le pouvoir unique de la résilience d’un peuple meurtri et de sa volonté de vivre, toujours en quête d’espoir et d’un changement. Elle est ainsi convaincue que documenter les conflits et les conséquences de la guerre est vital pour mettre à disposition du monde des preuves et des témoignages qui seront demain nécessaires pour construire la paix sur la base d’une réalité avérée et factuelle.
Entre histoire, témoignage, mémoire et engagement, son œuvre emprunte au journalisme sa rigueur et son souci de vérité et révèle en filigrane l’engagement social profond qui est le sien. C’est avant tout une œuvre sensible, forte, qui remplace tout discours didactique et qui fait hommage à tous les combattants, quels qu’ils soient, quand ils défendent une idée et une culture et sont prêts à tout abandonner, sauf la fraternité, pour leur lutte. Oui, il y a une certaine beauté dans ces déchirures, dans cette temporalité de l’attente ou de l’abnégation, dans cette guerre menée pour le rêve d’une liberté qu’on leur refuse. Maryam Ashrafi a choisi de ne pas photographier le spectaculaire mais le banal, et nous entraîne dans ses pas à partager le quotidien des soldats ou des anonymes qui continuent de vivre, malgré le naufrage, dans les ruines, avec la volonté de rester profondément ancrés dans la vie.
Comme le souligne le photographe James Nachtwey à propos de l’approche muséale pour le photojournalisme de guerre, le livre est, lui aussi, un « espace de réflexion sur l’universalité des drames que traverse l’humanité dans sa globalité ». Maryam Ashrafi se positionne dans la tradition des photographes humanistes et, avec ce travail de témoignage, elle redit avec force : « On ne pourra plus dire que l’on ne savait pas. »
« La lutte du peuple kurde et son combat pour la liberté et les droits fondamentaux n’ont toujours pas pris fin. Ce livre ne peut donc pas raconter une histoire dont l’issue, heureuse, serait déjà écrite. Pour autant, je ne vais pas m’arrêter de capturer et de saisir ce qu’il va advenir de leur abnégation à résister sans reculer devant l’adversité. Surtout, je crois qu’en tant que témoin, je dois à l’histoire et à tous ceux que j’ai rencontrés de partager certaines des images présentes dans ce livre pour montrer ce chemin vers la liberté et l’égalité ». — Maryam Ashrafi
Pourquoi Hemeria ?
La plateforme de financement participatif Hemeria est dédiée aux projets photographiques et permet aux photographes de s’auto-éditer en finançant les coûts de production des livres qu’elle produit pour eux. Hemeria garantit l’excellence dans la reproduction des images tout en privilégiant une juste rémunération du travail des photographes qui bénéficient également d’une visibilité en librairie en France et à l’international. Hemeria me soutient également en faisant la promotion de mon travail et m’aide à le faire exposer dans des festivals photo visant à toucher un public plus large. Dans une démarche environnementale, Hemeria a pris la décision de n’utiliser pour sa production que des matériaux nobles et notamment du papier issu de forêts gérées durablement et produit en conformité avec les normes FSC et PEFC, afin de limiter l’empreinte de son activité sur l’environnement. Hemeria participe également au programme reforestACTION : pour chaque livre acheté, un arbre est planté.
Panorama historique des situations politico-identitaires de la langue kurde
Première couverture de la revue Hawar
comme élément constructif et représentatif de la contestation et du
contre-discours kurde. [8] À partir des années 1970, à l’époque où l’autonomisation de la politique kurde et, parallèlement, où la concrétisation de la question nationale kurde s’accélèrent, un homme politique charismatique kurde, le Dr. Şivan, passionné par l’histoire des mouvements de libération nationale anticolonialiste et dé-coloniale, définit la question kurde en Turquie comme une « contradiction nationale interne aux pays sous-développé », en partant d’un critère principal, l’existence de politiques d’assimilation et de négation culturelle. Selon lui, parmi toutes les formes d’oppression et d’exploitation nationale, l’assimilation est la forme « la plus barbare, méprisable et sauvage ». C’est pourquoi, le Dr. Sivan croit en la nécessité d’apprendre, de lire et d’écrire le kurde, la réalité que la langue étant un des éléments nécessaires à l’existence nationale. [9] Sa conception marxiste, ou plutôt stalinienne, de la langue, veut que celle-ci ne soit pas une superstructure et n’ait aucun caractère de classe. [10] Ainsi, dans le but de faciliter la lecture et l’écriture du kurde, puis de créer des conditions utiles pour que la langue, la littérature, l’art, le folklore et tous les sujets culturels puissent être traités et publiés en kurde, il appelle toutes les personnalités kurdes à apprendre à lire et à écrire le kurde, et à travailler à l’unification de la langue et de l’alphabet kurde. Pour lui, il s’agit d’un « devoir » que d’être kurde ou de le devenir. De ce fait, contester les politiques de négation et d’assimilation de l’État envers les Kurdes et combattre ces politiques d’État constitue la ligne idéologique principale dans les lieux et milieux influencés par les idées du Dr. Şivan. [11] Pendant les années 1990, dans la nouvelle ère de la sphère kurde sous la forte influence du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan), un mouvement linguistico-littéraire kurde éclot aux seins des périodiques, qui sera à l’origine de la construction du champ littéraire kurde en Turquie. Ce mouvement est porté par une jeune « Génération de Lumière » (Nifşê Rewşenê). Se plaignant de l’indifférence des Kurdes envers leur langue, ce mouvement se penche sur la « psychologie des dominés » des Kurdes. Car la domination et l’assimilation de la culture et de la langue kurdes ont eu un effet d’aliénation et ont engendré un complexe d’infériorité chez les Kurdes, qui « se sont éloignés de l’esprit kurde ». Critique envers le PKK, ce mouvement souligne la force et le rôle de la langue dans le combat national pour mettre fin à la domination. En ce sens, selon cette génération, l’écriture en kurde est à la fois une façon de contribuer au combat du peuple kurde contre la domination, une façon de « décoloniser l’esprit », et une scène d’autocritique et de déconstruction. [12]