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Une affiche d’Erdogan accompagnée d’une phrase en kurde accrochée aux remparts de Diyarbakir

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TURUQIE / BAKUR – Une affiche géante du président turc Erdogan accompagnée d’une phrase en kurde accrochée aux remparts d’Amed, malgré l’interdiction de telles actions sur ces remparts classés au patrimoine mondial d’UNESCO.

L’administrateur nommé par le régime turc à la place des maires élus d’Amed a fait accrocher une affiche géante d’Erdogan accompagnée d’une phrase kurde disant « Nous aimons Erdogan » aux remparts historiques du quartier Sur d’Amed. L’administrateur d’Erdogan viole deux interdictions avec son affiche: 1) Il est interdit d’accrocher des affiches publicitaires aux remparts historiques d’Amed; 2) Le régime turc a interdit les panneaux ou affiches en kurde dans la région, démontant les panneaux en kurde des noms des localités kurdes.

Pour revenir à cette déclaration d’amour en kurde à Erdogan, cette affiche fait partie de l’offensif turc à la campagne #StopErdogan lancée aux USA contre le régime dictatorial turc via des panneaux publicitaires dans la ville de New York. Depuis, dans toute la Turquie, le régime diffuse sur des écrans et des affiches des messages d’amour à Erdogan pour sauver l’honneur du Sultan…

 

Kongra Star: Notre lutte est au cœur de la révolution des femmes

SYRIE / ROJAVA – Les femmes kurdes, arabes, syriaques, arméniennes, turkmènes célèbrent la Journée internationale de la lutte des femmes du 8 mars dans tout le Rojava à travers de nombreux événements organisés ces derniers jours.

L’organisation faîtière féminine, Kongra Star a publié un communiqué pour la journée du 8 mars sous le titre « Notre lutte est au cœur de la révolution des femmes ».

Kongra Star rappelle l’histoire du 8 mars et la situation des femmes du Rojava: 

« Avec la grève et le sit-in des femmes à New York le 8 mars 1857, et la revendication de l’égalité des salaires, les femmes ont fait les premiers pas pour revendiquer le droit à la justice et à l’égalité. Elles ont résisté aux régimes patriarcaux et capitalistes qui humiliaient les femmes. Avec leur résistance, elles ont sacrifié 129 femmes qui ont été brûlées dans l’usine dans une tentative du régime au pouvoir et des monopoles et en exploitant les hommes pour supprimer les femmes. Leur grève a été un tournant historique dans la lutte des femmes.

Nous, les femmes de la Syrie du Nord et de l’Est, nous comptons sur cet héritage de lutte et renouvelons notre promesse de résister dans l’esprit des camarades Rosa Luxemburg, Clara Zetkin, Sakine Cansiz, Zîlan, Arîn, Zehra, Hebûn, Dayka Emina, Hind et Seda, tombées au combat. Nous continuerons à faire de chaque moment de notre vie un moment de résistance contre toutes les formes de violence, d’inégalité, d’occupation et de génocide, et pas seulement le 8 mars, afin que nous puissions atteindre la liberté, la justice et la démocratie.

Les victimes et la résistance des femmes du Rojava et de la Syrie du Nord et de l’Est ont écrit une histoire épique face aux forces obscures représentées par l’État islamique. Aujourd’hui encore, les femmes font face à l’État d’occupation turc et à ses mercenaires, qui représentent le patriarcat autoritaire et tyrannique qui vise à détruire les femmes.

Nous nous efforçons et luttons de toutes nos forces et de toute notre solidarité pour surmonter la mentalité patriarcale dans les sociétés du Moyen-Orient et tenter de créer une société sans sexe. Nous tirons la force de notre lutte des sacrifices consentis par les personnes tombées pour la libération des femmes et de notre organisation féminine, qui est le pilier le plus important dans la lutte contre toutes les menaces dirigées contre l’unité et la volonté des femmes. Contre l’agression et la guerre, nous nous appuyons intellectuellement et physiquement sur l’autodéfense, qu’elle soit privée, politique ou militaire.

C’est pourquoi notre campagne dit « Non à l’occupation, non au génocide ». Nous défendrons les femmes et la vie jusqu’à la libération des territoires occupés, le retour des personnes déplacées sur leurs terres et la libération des femmes des prisons fascistes.

Nous profitons de cette occasion pour saluer toutes les femmes qui résistent, qui réclament la liberté et qui résistent en prison, comme Leyla Güven, Zainab Jalalian et bien d’autres. Nous appelons à la poursuite de la lutte, à se tenir ensemble pour faire entendre la voix des femmes libres, à s’opposer à toutes les formes d’injustice et de fascisme, à s’armer des idées et de la philosophie d’Abdullah Öcalan et à s’efforcer pour  construire une société où règnent la justice et l’égalité et où les droits et la dignité des femmes sont respectés. »

ANF

Gultan Kisanak aux femmes du monde : De ma prison, je suis avec vos luttes

FEMMES. La politicienne kurde Gultan Kisanak s’adresse aux femmes du monde à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes depuis sa cellule de prison où elle est tenue en otage par le régime turc depuis novembre 2016.
 
L’hebdomadaire féminine suisse, Femina a publié dans sa version papier d’aujourd’hui le texte de Gultan Kisanak, ancienne députée HDP et maire d’Amed, adressé aux femmes en lutte pour leurs droits. (Texte traduit du turc par le politicien kurdo-suisse Ihsan Kurt)
 
 

« De ma prison, je suis avec vos luttes » 

Pendant  que  tout  ce  qui  se  passe  actuellement  dans  le  monde  sur le  plan  social  et  politique,    ce  qu’elles  vivent  des  politiciennes  kurdes  en  Turquie,  pourraient  paraître  une actualité  lointaine pour vous. Or, pour réaliser nos imaginations de la liberté,  nous  devons  suivre nos  traces  respectives  sur le même chemin. Malgré les conditions limitées  dans  lesquelles  je  vis,  j’essaie  de  suivre  la  montée  des  mouvements  émancipateurs  des  femmes du monde entier et j’essaie d’en prendre de la force, de l’énergie. Avec ce texte,  j’aimerais parler de notre lutte et partager mon énergie avec  vous depuis la prison de  « Haute sécurité » de Kandira, à Kocaeli en Turquie. 

Je  vous  écris depuis  une  cellule  de  prison.  Je  suis  une  femme  kurde  qui  a  fait  deux  législatures  de  députation  au  parlement  national  turc  et  une  législature  de  la  mairie.  J’étais arrêtée et incarcérée à cause de mes opinions politiques depuis 2016. L’année de  2016,  c’est  une  année  où plusieurs  politiciens  kurdes  ont  été  arrêtés.  Ces  arrestations  ont aussi continué dans les années suivantes. Actuellement il y a des milliers des femmes  et  hommes  politiques  kurdes  dans  les  prisons.  Les  accusations  sont  toujours  les  mêmes :    faire  des  communiqués  de  presse,  faire  des  discours  dans les manifestations  publiques, critiquer le pouvoir en place,  défendre l’autonomie locale (pour les kurdes),  défendre la paix, etc. 

Dans les dossiers des politiciennes kurdes, la lutte des femmes pour la liberté prend une  place  importante. Les  séances  d’Assemblée  des  femmes  de  notre  parti  (HDP,  Parti  démocratiques  des peuples),  la  parité  de  genre,  le système  de  coprésidence,  la  représentation égalitaire, sont considérés comme délit par le pouvoir. Les activités que  nous  avons  réalisées    à  l’occasion  du  25  novembre,  la  journée  de  la  lutte  contre  la  violence envers les femmes, sont mentionnées dans le dossier du procès. Alors que nous  vivons dans un pays où quatre femmes sont tuées par jour de la part des hommes. Mais  nous sommes jugées en raison de notre lutte contre la violence envers les femmes. 

Comme  partout  dans  le  monde,  ici  aussi  en  raison  de  la  journée  internationale  des  femmes, nous  organisons  des  activités.  Comme  politiciennes  femmes  nous  aussi,  nous  assistons à ces activités et faisons des discours. Mais ces discours aussi sont considérés  comme un délit et mis dans les dossiers  comme actes d’accusation. 

Ce  n’est  pas  fini… En  2014,  quand l’Organisation  d’Etat islamique  (Daech) a attaqué la  ville kurde de Kobanê (Nord de la Syrie), nous avions fait appel à la solidarité. En raison  de cet appel aussi un procès a été ouvert contre 108 politiciens, dont je fais partie. Pour  nous, les politiciennes, ce procès est très significatif. Car la même année, la région kurde de  Sindjar  au Nord  de l’Irak  était  attaquée  par Daech.  Plusieurs  femmes  de la  confession  Yézidis ont été violées, des milliers parmi ces dernières ont été prises esclave de  sexe et vendues dans les marchés à Mossoul. C’était un grand traumatisme pour les  femmes kurdes. Nous étions inquiets que la même tragédie se reproduise à Kobanê.  Et tout naturellement, en tant que citoyennes turques, nous avons demandé de l’aide  aux autorités turques pour arrêter les attaques de Daech. Nous avons aussi fait envers la population turque. Pour cet appel également, les autorités turques ont ouvert un  procès de peine à perpétuité contre nous.

Brièvement, le fait que les femmes s’organisent, participent à la vie politique, affirment une représentation égalitaire, lutter contre la violence, faire appel à la lutte contre les  agressions de Daech, est un délit. La mentalité de domination masculine a dessiné des limites ; la femme qui franchise cette ligne est punie, et est emprisonnée. 

Puisqu’on parle de la prison, je vous raconte un peu les conditions dans lesquelles  nous vivons. C’est une prison dite «Haute sécurité» et je vis dans une cellule  individuelle. Devant chaque cellule, il y a un open espace d’air, de quelques mètres carrés, fermé par de hauts murs. C’est comme un poulailler en béton. On nous  autorise d’y sortir quelques heures par jour, pour prendre l’air, faire un peu  d’exercices sportifs ou sécher nos linges. Cet endroit est surveillé par les caméras.  En tant que femmes nous devons faire très attention à notre vestimentaire et à notre  intimité. «Vivre en prudence» fait partie de notre identité de femme ici ! 

Dans cette prison, il y a encore huit députées et maires kurdes. Il y a quelque temps,  nous avions la possibilité de nous rencontrer et de discuter. En raison des mesures anti Covid-19, tous nos droits ainsi que les activités sociales, y compris notre «droit de  discussion», sont interdits. On ne se voit plus depuis une année. Chacune et chacun  vit dans sa cellule individuelle et lutte contre sa propre solitude. Nous surmontons cette  solitude physique forcée, en pensant aux autres femmes qui luttent à l’extérieur  et ainsi nous devenons nombreuses dans nos imaginations. 

Nous avons franchi plusieurs obstacles pour participer à la vie politique. Nous  avons confronté tout d’abord les multiples visages de mentalité de la domination  masculine qui exclue la femme de l’espace public. Dans les différents espaces, dans  les temps différents, nous avons suivi les chemins de nos sœurs et nous avons  vécu les mêmes expériences qu’elles. Nous avons franchi les préjugés des  hommes, de la famille et de la société et nous avons apporté la parole des femmes  au siège politique. C’était une lutte dure. Et maintenant nous sommes face à face  avec l’attitude masculine de pouvoir politique. 

Je pense que quand vous lisez ce texte, en tant que femme, même si nous vivons  dans des réalités sociales et politiques différentes, vous constaterez que nous ne  sommes pas loin les unes des autres. En tant que femme, pas seulement les chemins  que nous franchissons, mais aussi notre imagination d’un avenir libre et égalitaire  nous rassemblent. En tant que femme, nous prenons la force et le moral de la solidarité féminine. Nous franchissons les frontières qui nous séparent pour partager  nos expériences et protéger nos droits acquis.  

Même si le système patriarcal met des obstacles devant nous, je suis convaincue que nous  réussirons. Je fête le 8 mars, la Journée internationale de toutes les femmes. 

Les droits humains d’Erdogan à la sauce 1984 d’Orwell

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« La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, et la réduction au silence et l’emprisonnement des opposants politiques sont des droits humains »: c’est ce à quoi ressemble la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan. La Turquie a besoin du commerce et des investissements européens, et l’Europe s’accroche à une image de démocratie et de droits humains. Le plan d’action pour les droits humains dévoilé mardi par le président Erdoğan est destiné à huiler les rouages de l’économie. Cependant, le jour même où il a parlé de l’engagement irrévocable de l’État selon lequel « Personne ne peut être privé de liberté parce qu’il exprime des critiques ou des pensées », la plus haute cour de Turquie a pris ce qui pourrait être le premier pas vers la fermeture du HDP, troisième plus grand parti du pays. Alors que la cour demandait des copies des preuves utilisées dans les affaires contre les députés du Parti démocratique des peuples (HDP), le partenaire d’extrême droite du gouvernement, le Parti du mouvement nationaliste (MHP), a réitéré sa demande insistante de fermeture du HDP.
 
Le lendemain, huit autres députés du HDP ont été ajoutés à la liste des personnes faisant l’objet d’une procédure sommaire pour que leur immunité parlementaire soit levée afin qu’ils soient jugés. 203 députés sont maintenant confrontés à cette possibilité, mais l’action se concentre sur les membres du HDP. Une purge massive des juges a éliminé presque toute possibilité d’indépendance judiciaire, et la décision finale sur l’immunité parlementaire est prise par le parlement, où, avec le soutien du MHP, le gouvernement est majoritaire.
 
En même temps que les actions du gouvernement exposent le vide de leur engagement envers les droits humains, l’accent répété de Erdoğan sur la lutte contre l’islamophobie pourrait ouvrir la porte à un nouveau harcèlement des laïques.
 
Que la Turquie interdise ou non le HDP, comme elle a interdit tant d’autres partis pro-kurdes dans le passé, le gouvernement vise clairement à le submerger dans des poursuites judiciaires, des détentions et des raids, de sorte que les capacités d’HDP à faire campagne soit sérieusement entravée. Erdoğan veut s’assurer que le HDP soit assailli de telle sorte qu’il soit incapable de fonctionner suffisamment pour dépasser le seuil de vote de 10% qui doit être franchi pour qu’un parti puisse obtenir des représentants au parlement. Dans le même temps, la rhétorique nationaliste et anti-kurde d’Erdoğan est conçue pour enflammer sa base de soutien populiste.
 
Le discours sur les droits de l’homme est particulièrement peu convaincant à un moment où la Turquie prétend qu’elle n’a pas à se conformer aux décisions rendues à son encontre par la Cour européenne des droits de l’homme, même si le respect de la Cour est une condition fondamentale de l’adhésion au Conseil de l’Europe. La CEDH a décidé la libération immédiate de prison de l’ancien coprésident du HDP, Selahattin Demirtaș, et du philanthrope Osman Kavala. Alors que le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe se prépare à débattre de cette question la semaine prochaine, cinq organisations de défense des droits de l’homme leur ont envoyé une soumission conjointe leur demandant de «demander à la Turquie de libérer Demirtaş immédiatement et de ne laisser aucun doute sur le fait que le non-respect des jugements de la Cour de Strasbourg est inacceptable».
 
Le Comité des Ministres est actuellement présidé par la ministre allemande des Affaires étrangères Heiko Maas, qui a répondu aux plans «droits de l’homme» d’Erdoğan en soulignant que la situation en Turquie a atteint un état très alarmant et en soulignant la nécessité pour le système judiciaire turc de se conformer pleinement conforme à l’arrêt de la Cour européenne.
 
Le temps est également important ici. Si le respect n’est atteint qu’après plusieurs années, il sera trop tard pour annuler ce que la CEDH a reconnu comme un blocage délibéré de la capacité de Demirtaș à prendre part à la politique. Ce serait l’équivalent légal du médecin qui a déclaré que l’opération était un succès, mais le patient est décédé. La poursuite de cette affaire est un test de crédibilité pour la CEDH et pour le Conseil de l’Europe, qui fait de la protection des droits de l’homme une mission essentielle.
 
Mercredi également, le procès a repris en Turquie contre les assassins présumés de l’éminent avocat des droits de l’homme, Tahir Elçi, président du barreau de Diyarbakir. Elçi, qui avait remporté des procès contre la Turquie devant la Cour européenne des droits de l’homme, a été abattu alors qu’il prononçait un discours appelant à la paix en 2015. Il est décédé lorsque la police a ouvert le feu sur deux combattants du PKK en cours d’exécution qui avaient abattu deux policiers dans une rue adjacente. L’enquête promise par le gouvernement n’a jamais eu lieu et ils ont plutôt accusé le PKK. Blâmer le PKK est une position gouvernementale standard, qu’Elçi avait lui-même dénoncée devant la Cour européenne dans l’affaire du massacre de Kușkonar, lorsque 38 villageois kurdes ont été tués par l’armée turque en 1994.
 
Comme l’État n’avait pas enquêté sur la mort d’Elçi, l’association du barreau a chargé Forensic Architecture, basée au Royaume-Uni, de faire une analyse indépendante , rassemblant ce qui aurait pu se passer à partir des différentes images de la caméra des événements. Celui-ci a été publié en février 2019 et a conclu que le coup de feu mortel aurait pu être tiré par l’un des trois policiers. L’Etat turc a donc été contraint de traduire les officiers en justice, mais ils ont également inculpé l’un des membres du PKK. (L’autre n’est plus en vie.) Comme l’a tweeté Forensic Architecture, «Le 3 mars, le procès de l’assassinat de Tahir Elçi rouvre. Mais il y a un problème avec l’acte d’accusation. Il inculpe les officiers que nous avons identifiés, mais inculpe également un militant du PKK, malgré nos conclusions montrant clairement qu’il ne pouvait pas être responsable de la mort d’Elçi». Une lettre a été envoyée aux rapporteurs spéciaux de l’ONU, signée par une longue liste d’associations d’avocats de différents pays, demandant une action urgente pour assurer une enquête appropriée.
 
Alors que Forensic Architecture n’a pas pu examiner le mobile, les trois policiers n’ont été accusés que d’ «homicide par négligence», mais le militant du PKK a été accusé d’homicide intentionnel. Elçi avait reçu de nombreuses menaces de mort et avait également été arrêté pour propagande terroriste, après avoir déclaré sur CNN Turk le mois précédent que le PKK n’était pas une organisation terroriste, mais un mouvement politique armé avec des revendications politiques et une base de soutien importante dans la société. Il s’agit d’un argument similaire à celui accepté par la plus haute juridiction de Belgique l’année dernière, qui définissait l’organisation comme «une partie à un conflit armé non international». Les personnes qui voulaient la mort d’Elçi n’étaient pas le PKK.
 
De l’autre côté de la frontière dans la région du Kurdistan irakien, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) dominant semble prendre des leçons de piratage judiciaire auprès de ses voisins turcs. Jeudi, le Conseil de sécurité régional du Kurdistan a publié une courte vidéo fortement éditée qu’il a qualifiée de «confessions d’un réseau d’espionnage». Cela vise à soutenir les condamnations largement critiquées le mois dernier de cinq journalistes et militants accusés de complot de sabotage en liaison avec le PKK et des États étrangers. Mais la vidéo a donné lieu à une nouvelle série de critiques- notamment par trois membres éminents du Conseil de sécurité régional liés à l’Union patriotique du Kurdistan (principal rival du PDK), qui prétendaient n’avoir rien dit à ce sujet. Les cinq hommes ont déclaré au tribunal qu’ils avaient été contraints de signer des «aveux» sous la contrainte et ils ont fait de graves allégations de torture.
 
Pendant ce temps, alors que la région se prépare à la visite du Pape la semaine prochaine et à la publicité positive qu’ils espèrent qu’elle apportera, le gouvernement régional kurde a déroulé le tapis rouge pour un dirigeant un peu moins pacifique. Des photographies montrent Masoud Barzani, chef du PDK, posant à côté d’un Nasr al-Hariri parfaitement adapté, qui dirigeait une visite de trois jours d’une délégation du Conseil national syrien soutenu par la Turquie. Al-Hariri a soutenu les occupations brutales de la Turquie en Syrie, et une autre image bien partagée le montre en train de présider une réunion dont les membres incluent Hatem Abu Shaqra, qui était présent lors du meurtre de la politicienne kurde Hevrîn Xelef (Havrin Khalaf). Cela n’est guère de bon augure pour ceux qui recherchent un avenir pacifique grâce à l’unité inter-kurde, ou soutiennent les projets soutenus par les États-Unis de négocier un accord dans le nord-est de la Syrie entre les groupes soutenus par le PDK et le parti dominant de l’Union démocratique (PYD).
 
Au Kurdistan oriental (iranien), reconditionner les violations des droits humains n’est pas considéré comme nécessaire. Il n’y a pas de Cour européenne à respecter: en effet, la République islamique s’oppose résolument aux valeurs occidentales. Mais cela ne veut pas dire que nous devrions laisser ses abus passer inaperçus et non marqués. Le mois dernier, l’Association des droits humains d’Hengaw a enregistré 20 citoyens kurdes «arrêtés pour activité politique et coopération avec les partis kurdes, un pour activité civique et un pour activité idéologique et religieuse». Et ils ont compté qu ‘«au moins 15 kolbars [porteurs de marchandises entre les Kurdistan du Sud, d’Est et du Nord] et des commerçants locaux ont été tués et blessés aux frontières du Kurdistan iranien… par le feu direct des forces armées iraniennes».
 
Les divers groupes djihadistes qui contrôlent les zones de Syrie occupées par la Turquie – et se disputent souvent ce contrôle – ne se sentent pas non plus obligés de dissimuler les atrocités qu’ils commettent. Et la Turquie, bien qu’elle assume la responsabilité globale de ce qui se passe, peut se distancer des mercenaires à sa solde. La Turquie tente également de garder le contrôle du récit en ne permettant pas l’accès aux journalistes non accompagnés – une pratique qui a atteint son apogée dans le récent article de propagande turque sur Afrîn écrit par le New York Times. Le contrecoup que cela a provoqué a révélé les limites de cette politique.
 
Bien sûr, l’approche de la Turquie à l’égard de la Syrie, et des Kurdes plus généralement, est tout à fait conforme à la «guerre, c’est la paix» de 1984, y compris les noms des invasions, « Rameau d’olivier » et « Printemps de la paix », et la création d’un «coffre-fort notoirement dangereux».
 
(Juste au cas où quelqu’un serait tenté d’utiliser cette litanie d’hypocrisie pour justifier un sentiment de supériorité occidentale, Counter Punch a publié un résumé utile du rôle de la CIA dans la construction de la Turquie moderne, image de la démocratie et de la liberté comme il est possible d’être.)
 
Mais il n’y a rien d’inévitable dans tout cela, comme nous l’a rappelé le HDP dimanche dernier. Le dernier jour de février, il y a six ans, l’accord de Dolmabahçe a été déclaré à Istanbul: un plan en dix points pour résoudre l’avenir des Kurdes en Turquie, qui avait été négocié entre Abdullah Öcalan et l’Etat turc. Le gouvernement turc a par la suite nié l’accord et s’est retiré des négociations, mais son existence démontre qu’il existe un autre moyen. La déclaration du sixième anniversaire du HDP se lit comme suit: «Le seul moyen de sortir du sombre scénario [d’aujourd’hui] est le retour à une volonté de solution démocratique, qui a été exprimée dans l’accord de Dolmabahçe. L’interlocuteur de cet accord est l’ensemble de la société…»
 
Par Sarah Glynn, pour Medya News

ALLEMAGNE. Une députée germano-kurde menacée de mort part des fascistes turcs

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La députée allemande d’origine kurde du Parti de gauche, Sevim Dağdelen, a reçu des menaces de mort de membres d’un groupe turc d’extrême droite (JİTEM).

Les menaces dirigées contre Dağdelen ont été signées par la force paramilitaire très controversée de la Turquie, Organisation de la gendarmerie, du renseignement et de la lutte antiterroriste (JİTEM), a déclaré le député du Parti de gauche Jörg Schindler.
 
Schindler a également déclaré que Sarya Ataç, candidate du Parti de gauche dans l’État de Hesse aux élections locales, recevait également des menaces similaires.
 
« Le gouvernement turc, dans les termes les plus faibles, tolère cette formation », a déclaré Schindler. « Et le gouvernement allemand devrait y répondre au plus haut niveau. »
 
Les autorités allemandes doivent immédiatement commencer à enquêter sur la question et protéger les deux législateurs, a déclaré Schindler.
 
JİTEM est accusé d’avoir été impliqué dans la torture, la disparition et l’exécution de politiciens et d’hommes d’affaires kurdes au cours des années 1990, une période de conflit sanglant entre la Turquie et le PKK.
 
Ouvertement critique envers le régime turc, Dağdelen avait appelé un jour à interdire au président turc Recep Tayyip Erdoğan de se rendre en Allemagne.
 
Dağdelen a déjà reçu des menaces de mort en 2016 suite au vote sur le génocide arménien au parlement allemand.

Ahval

SYRIE. Meurtres en série dans le mini État islamique du camp al-Hol

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SYRIE / ROJAVA – Dans le camp d’Al-Hol abritant des familles de l’Etat islamique (EI) tenu par les forces kurdes, plus de 32 meurtres, dont celui d’un employé de Médecin Sans Frontière, ont été commis depuis le début de l’année 2021. En effet, le camp al-Hol est sorti du contrôle où les femmes de l’EI font régner la loi islamique héritée de DAECH et quiconque ne s’y soumet pas le paye de sa vie.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) vient de signalé l’assassinat par balles d’une femme syrienne dans le cinquième secteur du camp d’Al-Hol, dans la campagne est d’Al-Hasakah.

Hier, des sources de l’OSDH ont rapporté que le chaos sécuritaire continuait dans le camp al-Hol, alors qu’OSDH a documenté l’assassinat d’une réfugiée irakienne. Elle a été retrouvée morte, jeudi soir, dans la première section du camp avec des blessures par balles à la tête et à la poitrine.

Selon les sources de l’Observatoire syrien (OSDH / SOHR), les assassinats de réfugiés irakiens du camp, qui ont récemment augmenté et sont commis presque quotidiennement, ont été pour la plupart réalisés par des cellules de DAECH / ISIS de nationalité irakienne, qui sont également détenues dans le camp.

Il est à noter qu’il s’agit du cinquième assassinat ciblant des réfugiés irakiens dans le camp d’al-Hol depuis le début du mois de mars.

Le 3 mars, des sources de l’OSDH ont rapporté que les forces d’Asayish ont trouvé le corps d’un réfugié irakien avec des blessures par balle à la poitrine et à l’abdomen dans la première section du camp al-Hol. Pendant ce temps, des assassins ont tué un autre réfugié irakien dans la même section, à l’aide d’un pistolet silencieux.

Alors que le 2 mars, des sources de l’OSDH ont déclaré que les forces de sécurité interne ont trouvé le corps d’un réfugié irakien, qui a été tué par des assaillants inconnus avec trois coups de feu dans la troisième section des Irakiens du camp.

De même, le premier mars, les Forces de sécurité intérieure ont trouvé le corps d’un réfugié irakien assassiné de plusieurs coups de feu dans la poitrine et l’abdomen dans la première section des Irakiens du camp.

OSDH

Les femmes réunies à Istanbul: Nous n’avons pas peur, nous résistons

TURQUIE – ISTANBUL – À l’appel de la plateforme des femmes du 8 mars, des milliers de femmes turques, kurdes et arabes d’Istanbul se sont réunies à Kadıköy à la veille de la Journée internationale des droits des femmes. La police a tenté de bloquer le cortège LGBTI+ et ses pancartes et drapeaux mais grâce à la persévérance, le cortège a rejoint le défilé. Mais de nombreuses femmes trans ont été arrêtées par la police.
 
Les femmes ont commencé à se rassembler sur la place İskele à 15h30 malgré de fortes pluies. Alors que les femmes étaient fouillées avant d’être admises sur la place, les symboles du cortège LGBTI, dont les parapluies aux couleurs arc-en-ciel, n’ont pas été autorisés sur la place par la police pendant longtemps.
 
« Nous gouvernerons nos vies et notre campus »
 
Au nom de la Plateforme des femmes du 8 mars, la déclaration conjointe en kurde a été lue par Şenay Kumuz, celle en turc par Nazlı Andan et celle en arabe par Cemile Baklacı.
 
La déclaration des femmes a souligné que les femmes n’ont pas mis de côté la solidarité pendant la pandémie de COVID-19, en disant: « En tant que femmes du monde entier, de l’Amérique latine à l’Europe, de l’Asie du Sud au Moyen-Orient, notre révolte se poursuit malgré la pandémie. »
 
Faisant référence aux protestations des étudiants et des universitaires contre le professeur Melih Bulu, le recteur nommé de l’Université de Boğaziçi, des femmes ont déclaré:
 
«Aujourd’hui, nous sommes les femmes qui défendons nos universités contre les administrateurs, en disant: « L’élu, pas le nommé » à Boğaziçi. Nous sommes les femmes qui défendent nos villes face à la violence d’hommes – d’Etat agissant contre les gains des femmes depuis des années.
 
Nous sommes ensemble pour notre liberté, nous gagnerons notre liberté. Nous gouvernerons nos vies, notre campus et nos villes.»
 
«Nous luttons pour nos droits»
 
Faisant référence aux difficultés auxquelles sont également confrontées les travailleuses, la déclaration se lit comme suit: «Nous sommes les femmes qui disent:« Nos vies nous appartiennent »face aux heures supplémentaires sans fin et non rémunérées au nom du travail à domicile; nous sommes les travailleuses domestiques qui sont confinées dans les maisons où nous travaillons pendant la pandémie et dont certaines sont sans emploi depuis des mois.
 
Nous sommes les femmes qui luttent pour leur travail, leur sécurité au travail et leurs droits partout à Istanbul», ont ajouté des femmes.
 
« Nous n’abandonnerons pas la Convention d’Istanbul »

La déclaration de la plate-forme des femmes d’Istanbul du 8 mars a également fait référence à la Convention d’Istanbul et à la loi no. 6284 sur la protection de la famille et la prévention de la violence à l’égard des femmes.
 
« Nous sommes les femmes qui disent aux hommes-État « Le coupable, c’est toi », qui n’appliquent pas la Convention d’Istanbul, la loi n ° 6284 sur les ordonnances de prévention et de protection », ont protesté les femmes.
 
S’inquiétant de l’impunité des hommes auteurs de violence, les femmes ont déclaré: «Nous sommes les femmes qui constatent que les femmes sont disparues par la main de l’État et qui ne renoncent jamais les unes aux autres.
 
Nous joignons nos voix à celles de nos concitoyens qui sont retenues captives parce qu’elles ont défendu leur vie face à la violence masculine», poursuit le communiqué, ajoutant brièvement: «Nous sommes ici pour toutes les femmes qui luttent pour une liberté et l’égalité de vie sans violence et qui ont été confinés dans des maisons et des quartiers enchaînés.
 
«Nous gagnerons notre liberté. Parce que nous gagnerons notre liberté de réclamer nos paroles, notre organisation, notre lutte et notre vie. »
 
« Nous résistons avec les LGBTI+ »

Au milieu de la discrimination croissante et des discours de haine ciblant la communauté LGBTI + en Turquie, les femmes ont déclaré:
 
« Nous sommes les LGBTI + qui sont tentés d’être ignorés et ciblés par l’État, mais n’abandonnons pas en disant: » Habituez-vous, nous sommes ici, nous sommes partout », (…)
 
Nous sommes les LGBTI + qui luttent contre l’hétéropatriarchie et les identités assignées à nos amours élues; nous sommes ensemble.
 
Nous luttons ensemble face à la violence de l’État et aux déplacements dirigés par l’État visant tous les LGBTI+, en particulier les personnes trans. »
 
« Nous ne craignons pas la torture de la fouille à nu »

Les femmes ont également fait part de leurs inquiétudes au sujet des fouilles à nu en Turquie, disant: « Nous n’avons pas peur d’être capturée, nous n’avons pas peur des tortures de fouille à nu.
 
Nous n’avons pas été intimidées par les exécutions et les massacres de l’Etat islamique ou par ceux perpétrés par l’Etat avec les mêmes méthodes; nous n’avons pas été intimidées par la violence des hommes.
Nous intensifions notre lutte pour que les grèves de la faim soient entendues à leur 100e jour, afin que nous puissions favoriser la solidarité; nous intensifions notre lutte pour les femmes captives par leurs enfants et pour les prisonniers malades qui n’ont toujours pas été libérés », ont déclaré des femmes.
 
« Nous continuerons à être dans la rue »
 
Pour conclure leur déclaration, les femmes ont déclaré:
 
«Chaque 8 mars depuis des années, nous remplissons les rues contre l’exploitation du travail, le chômage, la précarité, la violence des hommes et d’État, l’homophobie, le racisme, [la mise à mal] de la volonté et l’injustice.
 
Nous élevons notre révolte, notre rage et notre lutte contre le fascisme, le patriarcat, la violence des hommes et d’État, la destruction écologique, le capitalisme, l’exploitation par le travail et le régime des palais partout cette année également.
 
Nous sommes ensemble, le 8 mars et partout, pour gagner notre liberté et défendre nos vies; nous continuerons à remplir les places et les rues. »
 

KURDISTAN. La place de la femme dans les luttes kurdes

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Même s’il est difficile de remonter jusqu’à la première femme kurde qui aurait pris les armes contre les nombreux ennemis des Kurdes dans l’histoire, on pourrait se contenter de celles qui ont marqué l’histoire moderne kurde. L’une de ces femmes légendaire est Adela Xanem (Dame Adela), née en 1847 dans une famille régnante de Sanandaj (Sînê), dans le Kurdistan « iranien ».
 
Adela Jaff ou Mastoureh Ardalan, appelée « la Princesse des Braves » par les Britanniques, était poète, historienne et écrivaine. Elle a exercé une grande influence sur les affaires de la tribu Jaff dans la plaine de Sharazor.
 
Une autre de ces héroïnes kurdes est bien sûr Sakine Cansiz, co-fondatrice du PKK qui a résisté au pire des tortures qu’une femme puisse imaginer dans la prison d’Amed entre les mains de ses bourreaux turcs au Kurdistan « turc » qui fut assassinée à Paris avec Fidan Dogan et Leyla Saylemez le 9 janvier 2013. Sa bravoure a fait d’elle une légende vivante.

Bien sûr, toutes les femmes kurdes ne prennent pas les armes pour combattre l’ennemi. Elles se lancent dans la politique, dans le journalisme, dans la défense de la langue kurde, dans l’art, l’écriture, etc. tant le champ d’action est large. Mais quelque soit le domaine de lutte, les femmes payent cher leur engagement. Elles sont emprisonnées, torturées, parfois violées et exécutées, leurs corps mutilées et exhibés par leurs ennemis comme on l’a vu avec des soldats turcs ou les gangs de DAECH ou d’autres groupes islamistes alliés à la Turquie en Syrie…
Le site CAIRN Info vient de publier un long article sur la place des femmes dans les luttes kurdes sous le titre de « D’Adela Xanem à Sakine Cansiz, la longue histoire des femmes dans les luttes kurdes »
 
A lire ici

INALCO. Conférences autour de la question kurde en Turquie

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PARIS – L’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) organise deux visio-conférences autour de la question kurde en Turquie le jeudi 11 mars à 17h. Le jeune doctorant, Serdar Ay* animera la première conférence intitulée « Les revues kurdes : principale arène de combat de la littérature kurde kurmandji en Turquie ».

« Du fait de la censure, la littérature kurde kurmandji en Turquie a longtemps été mise à l’écart et interdite de diffusion à des degrés divers. Par la force des choses, cette littérature a peiné à se développer suivant sa ligne d’évolution propre. Dans ce contexte, le format de la revue est éclos comme l’outil le mieux adapté à l’intervention des Kurdes dans les domaines de la pensée, de la culture, ou de la littérature. La revue apparaît ainsi comme l’espace d’une survie possible lorsque « l’écosystème » kurde demeure largement dominé et restreint en Turquie. C’est pourquoi il apparaît nécessaire de penser la revue kurde comme instrument déterminant de l’histoire de la littérature kurde kurmandji en Turquie. Elle est à la fois medium structurant, testament national et lieu d’instruction pour les auteurs en devenir.

Cette intervention proposera à ce sujet des réflexions nouvelles et, nous l’espérons, une contribution novatrice aux études littéraires kurdes. »

La deuxième conférence intitulée « Négociation, conflit, concurrence et solidarité : champ de mémoire du conflit kurde à travers la notion d »effet colonial » sera animée par Özgür Sevgi Göral.

« La Turquie est caractérisée par l’absence totale des débats mémoriels selon la majorité des universitaires et des intellectuels. Dans le contexte local, la Turquie est fréquemment décrite comme le pays de l’oubli. Cependant, dans les années 1980, des acteurs qui contestaient les différents fragments et récits mémoriels ont commencé à s’exprimer dans l’espace public. Les initiatives de mémoire incluant les commémorations publiques du génocide arménien, les débats académiques sur les contre-récits et mémoires alternatives, les publications approfondissant le débat mémoriel concernant les expériences violentes du conflit kurde et de diverses minorités se sont multipliées. 
Cette intervention sera axée plus particulièrement sur la mémoire du conflit kurde à travers la notion d’effet colonial fabriquée au cours des quarante dernières années. »

RDV le jeudi 11 mars 2021, à 17:00
Événements en ligne sur inscriptions ici

Serdar AY est doctorant d’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO). Il est l’auteur de la thèse intitulée « La littérature kurde kurmandji en Turquie entre émergence et (re) découverte. Écrire, par le biais des revues, l’histoire d’une littérature de combat ».

Les femmes kurdes sont un espoir pour le Moyen-Orient

La commission des femmes du Congrès National du Kurdistan a critiqué le viol d’État turc et a déclaré que les femmes kurdes donnaient de l’espoir au Moyen-Orient et au monde.
 
La Commission des femmes du Congrès National du Kurdistan (Kongreya Netewî ya Kurdistan – KNK) a publié un communiqué pour la Journée internationale de lutte des femmes du 8 mars.
 
Voici le communiqué de la Commission des femmes du KNK:
 
« Une politique spéciale est menée à l’encontre des femmes kurdes [par les États occupant le Kurdistan]. Plus les femmes kurdes avancent, plus les ennemis attaquent. Elles sont enlevées, abusées sexuellement et assassinées. Les crimes contre les femmes sont commis par l’État turc qui mène une guerre idéologique.
 
L’État turc se venge des femmes kurdes en les tuant, les kidnappant et les violant à Afrin. Il le fait parce que les femmes kurdes ont vaincu DAECH. L’État turc cible également les femmes politiques avec des drones et menace les militantes kurdes en Europe par le biais de ses forces spéciales après le meurtre de Sakine Cansiz, Leyla Şaylemez et Fidan Doğan à Paris.
 
L’État turc agit stratégiquement contre les femmes kurdes du Kurdistan du Nord. Il cible des milliers de politiciennes femmes kurdes, de mères de la paix, de femmes députées et de militantes dans une tentative d’effrayer et de réduire au silence les femmes kurdes. L’État turc a peur du pouvoir des femmes kurdes.
 
L’État turc aborde les femmes de Bashur (Kurdistan du Sud) d’une manière différente dans sa guerre contre les femmes kurdes. Il tente de briser l’esprit de résistance des femmes kurdes par le biais de la télévision, des publicités, des films et des institutions culturelles. »
 
La commission des femmes du KNK a également fait remarquer la politique hostile de l’État turc à l’égard des femmes yézidies.
 
Se référant aux attaques du régime iranien, la Commission des femmes du KNK a déclaré : « L’objectif du régime iranien est clair. Il veut également faire taire les voix des femmes kurdes dans la société. Par conséquent, la résistance et la vitalité des femmes kurdes sont la garantie d’un avenir libre pour le Rojhilat (Kurdistan oriental). »
 
 

Guerre psychologique turque contre les associations kurdes en Allemagne

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L’association kurde Mala Kurda de Cologne condamne les tentatives du gouvernement turc menant des campagnes de diffamations pour créer une ambiance de pogrom contre les associations kurdes en Allemagne et dénonce les fausses déclarations des médias turcs qui criminalisent les Kurdes de diaspora.
 

Dans un communiqué de presse, les coprésidents de Mala Kurda (Maison kurde) à Cologne, Yıldız Aydeniz et Şükrü Töre, ont mis en garde contre les campagnes de dénigrement et la guerre psychologique du régime AKP / MHP contre les associations kurdes en Allemagne. Il s’agit en particulier de fausses allégations diffamatoires diffusées dans les médias turcs à propos d’associations.

Par exemple, les médias du régime turc ont rapporté qu’une jeune femme avait été «enlevée par le PKK» et «détenue» dans l’association kurde de Cologne. Cette forme de diffamation est similaire à la politique de guerre spéciale contre le Parti démocratique des peuples (HDP) dans le nord du Kurdistan, où le régime a rassemblé des dizaines de parents de guérilleros par la corruption, le chantage et la désinformation devant le bâtiment du HDP à Amed (Diyarbakır) pour prétendument « récupérer leurs enfants », tandis que d’autres mères manifestant pour la paix sont matraquées par la police turque. L’association de Cologne a annoncé que toutes les mesures juridiques nécessaires seraient prises contre la campagne de diffamation.

La politique de diffamation turque également active en Allemagne

Comme on le sait, le régime turc poursuit depuis longtemps l’idée de criminaliser les politiciens kurdes, les institutions et les organisations kurdes et de les discréditer aux yeux de la société. Ils essaient de déformer les faits par la propagande mensongère dans leur presse, Internet et les médias sociaux. De cette manière, le régime, qui est en train de s’effondrer, tente de se maintenir en vie et de cacher ses vrais problèmes.

Nous sommes une institution culturelle qui traite les problèmes culturels, sociaux et politiques du peuple kurde et essaie de les résoudre avec notre peuple. Dans le cadre de nos activités en tant que Mala Kurda, nous sommes systématiquement attaqués par le régime turc avec des campagnes de dénigrement et des tentatives de criminalisation.

Les campagnes de diffamation posent un danger aigu

Néanmoins, un danger aigu émane de cette forme de guerre psychologique. Maintenant, ce concept est censé être mis en œuvre efficacement en Europe également. Comme l’État allemand l’a communiqué, environ 8 000 collaborateurs des services secrets turcs sont en Allemagne dans l’emploi. Avec la diffamation progressive et la criminalisation des associations kurdes en Allemagne, cela concerne le travail indirect et souvent aussi direct des services secrets turcs et du régime en général. »

L’association a averti que l’État turc tente de cette manière d’inciter et d’organiser des attaques contre les associations kurdes: « Les allégations selon lesquelles une jeune femme qui a quitté son domicile en janvier a été kidnappée par le PKK et détenue dans notre association sont diffusées et systématiquement dispersées par le régime. les médias dans le cadre de la politique spéciale de guerre. Cela devrait faire de notre association une cible d’attaques. » (L’année dernière, il y avait déjà eu des attaques massives contre des institutions de gauche et kurdes par des fascistes turcs à Vienne.)

« Nous allons intenter une action en justice »

« Nous condamnons ces rapports de mensonges. À cet égard, nous appelons les personnes impliquées de manière significative dans ce jeu de l’État turc à ne pas devenir un outil. Nous déclarons que nous allons engager toutes les poursuites judiciaires. contre ces attaques contre nos institutions, leurs dirigeants et leurs membres, et nous appelons le peuple à être vigilant contre la propagande mensongère. »

 

Mai 1992, ruines et autonomie des Kurdes d’Irak

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La journaliste française, Frédérique Le Brun s’est rendue au Kurdistan irakien pour la première fois en mais 1992, une région portant encore les stigmates de la guerre que le boucher irakien Saddam Hussein avait déclarée au Kurdes, y compris le génocide d’Anfal de 1988.
 
30 ans après, Frédérique Le Brun a publié ce texte et plusieurs photos prises lors de ce voyage au Kurdistan du Sud qui était devenu autonome mais encore en ruine.
 
Un combattant kurde devant des ruines
 
En mars 1991, quelques jours après la fin de l’opération Tempête du désert qui a bouté l’armée irakienne hors du Koweit, un soulèvement éclate dans plusieurs villes à majorité chiite du sud de l’Irak puis au Kurdistan.
 
Enfants devant des tentes
 
Alors que les insurgés s’attendent à être soutenus par les Alliés – George Bush ayant assuré de son soutien le peuple irakien si celui-ci se soulevait contre le régime –, ce sont les tanks de l’armée irakienne qui arrivent et répriment le soulèvement. La violence de la répression entraîne l’exode de centaines de milliers de Kurdes par-delà les frontières turque et iranienne. L’ampleur de la crise humanitaire pousse l’ONU à voter une résolution instaurant une zone d’exclusion aérienne au-dessus du Kurdistan. De nombreux réfugiés rentrent dans un Kurdistan devenu de fait « autonome » et se réinstallent dans leurs villages.
 
Un dispensaire ambulant
 
Ceux-ci ont subi plusieurs vagues de destruction sous le régime baasiste – la plus meurtrière est l’opération Anfal en 1988 –, et lorsque je me rends au Kurdistan d’Irak, en mai 1992, les montagnes ressemblent encore à un champ de ruines. Les villageois campent au milieu des vestiges de leurs anciens villages.
 
Une femme devant une ruine d’un village

Ce 5 mars est le trentième anniversaire du soulèvement dans les villes d’Erbil et de Souleimani. Kirkouk se joindra à l’insurrection dès le lendemain.

Texte et photos de Frédérique Le Brun