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ROJAVA. Un autre civil abattu par les gardes-frontières turcs près de Kobanê

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SYRIE / ROJAVA – Un Syrien de 30 ans a été tué vendredi matin par des tirs de la gendarmerie turque alors qu’il tentait de franchir la frontière syro-turque à l’est de la ville kurde de Kobanê.

Selon une source locale citée par l’agence North Press, Mustafa Alawi, originaire du village d’al-Hadara dans la campagne d’Alep, a été abattu près du village de Jishan, situé à environ 28 kilomètres à l’est de Kobanê. Ses proches ont retrouvé son corps dans la zone frontalière avant de le rapatrier vers Alep.

Deuxième victime en quelques jours

Cet incident survient seulement quelques jours après la mort d’un autre civil dans la même zone. Dimanche dernier, Ibrahim Sabri, un agriculteur kurde de 39 ans, a été tué par des tirs de gendarmes turcs alors qu’il irriguait ses terres agricoles dans le village de Kikan, situé à seulement cinq kilomètres à l’est de Kobanê.

Une violence récurrente contre les civils

Les populations kurdes des zones frontalières du Rojava dénoncent régulièrement des fusillades indiscriminées de la part des gardes-frontières turcs. Les civils, qu’il s’agisse de personnes tentant de traverser la frontière ou d’agriculteurs travaillant sur leurs terres, sont fréquemment pris pour cibles près de la bande frontalière.

Ces incidents s’inscrivent dans un schéma plus large de harcèlement et de violences systématiques exercées par la Turquie le long de sa frontière sud, où les forces turques maintiennent une politique de tir systématique contre toute présence humaine jugée suspecte.

IRAN. Les sœurs Mohammadi récompensées par le Prix du Courage en Journalisme

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IRAN – Les journalistes iraniennes Elaheh Mohammadi et Elnaz Mohammadi ont reçu le prestigieux Prix international du Courage en Journalisme, décerné par la Fondation internationale des femmes dans les médias (IWMF). Ce prix récompense leur engagement exceptionnel et leur détermination à informer malgré une répression féroce.

Les deux sœurs ont été particulièrement visées par les autorités iraniennes pour leur couverture du soulèvement « Jin, Jiyan, Azadî » (« Femme, Vie, Liberté »), déclenché par la mort de la jeune Kurde Jina Mahsa Amini sous les coups de la police des mœurs en septembre 2022.

Un reportage au cœur de la révolte

Elaheh Mohammadi couvrait les funérailles de Jina Mahsa Amini à Saqqez, sa ville natale au Kurdistan iranien, pour le journal Ham Mihan. Peu après, elle était arrêtée. Sa sœur Elnaz, également journaliste au même média, a été condamnée à plusieurs années de prison pour ses reportages sur le mouvement de protestation. Toutes deux ont fait l’objet de multiples convocations, interrogatoires et confiscations de matériel par les services de renseignement des Gardiens de la Révolution.

Malgré les arrestations, les menaces et les pressions constantes, les sœurs Mohammadi ont continué à documenter les violences d’État et les manifestations, contribuant à faire connaître au monde l’ampleur de la répression.

Une reconnaissance internationale forte

Aux côtés des sœurs Mohammadi, la journaliste birmane Nay Min Ni et l’Américaine Georgia Fort ont également été récompensées cette année. L’IWMF a salué des femmes journalistes qui exercent leur métier dans des conditions extrêmement dangereuses, face à des régimes autoritaires.

Ce prix constitue une reconnaissance internationale importante du rôle joué par les journalistes iraniens et kurdes durant le soulèvement « Jin, Jiyan, Azadî », l’un des plus grands défis populaires jamais lancés à la République islamique depuis sa création en 1979.

Afrin : une politique coloniale turque assumée au Rojava

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SYRIE / ROJAVA – Le 15 mai dernier, à l’occasion de la Journée internationale de la langue kurde, les Kurdes d’Afrin tentaient de célébrer leur identité culturelle dans une salle de la ville. Une fête modeste, pacifique, loin de toute provocation. Pourtant, sur ordre des services de renseignement turcs et avec la complicité de leurs mercenaires intégrés aux structures du gouvernement de Damas, des miliciens ont fait irruption, ont hissé le drapeau turc et ont mis fin à la célébration. Face à cette provocation, les participants kurdes ont quitté les lieux. La fête était morte avant d’avoir vraiment commencé.

Cet incident n’est pas un fait isolé. Il s’inscrit dans une stratégie systématique et planifiée de colonisation et de turquification du Rojava, et plus particulièrement de la région d’Afrin, occupée militairement par la Turquie depuis l’opération « Rameau d’Olivier » en 2018.

Une occupation coloniale aux méthodes classiques

La Turquie ne cache plus ses intentions. Sous couvert de « zones de sécurité » et de lutte contre le terrorisme, Ankara mène une véritable politique de remplacement démographique. Des milliers de familles kurdes ont été expulsées de leurs foyers. Leurs maisons, leurs terres agricoles et leurs commerces ont été systématiquement attribués à des colons arabes, souvent issus des rangs de l’Armée nationale syrienne (ANS/SNA), cette coalition de milices pro-turques largement financée, armée et contrôlée par Ankara.

Ces colons refusent aujourd’hui de partir. Ils occupent les propriétés kurdes et bloquent activement le retour des déplacés. Des civils turcs et des familles de miliciens se sont installés durablement, encouragés par des incitations économiques et une protection militaire turque permanente. Des écoles enseignent désormais en turc, les panneaux de signalisation sont changés, les noms de rues kurdes sont remplacés par des noms turcs ou arabes islamistes. C’est la turquification méthodique d’une terre kurde historique.

Afrin, symbole d’une tragédie kurde

Afrin était avant 2018 l’une des régions kurdes les plus paisibles et prospères de Syrie. Majoritairement kurde, elle abritait également des communautés arabes, turkmènes et yézidies qui coexistaient relativement bien. Aujourd’hui, la démographie a été bouleversée par la force. Les rapports d’organisations de défense des droits humains documentent des expropriations massives, des enlèvements contre rançon, des viols, des destructions de villages et une répression féroce de toute expression culturelle kurde.

La célébration avortée du 15 mai en est l’illustration parfaite : même la langue kurde, pilier de l’identité d’un peuple, est vue comme une menace par l’occupant turc. Célébrer sa langue devient un acte de résistance qu’il faut écraser.

Une politique d’État turque

Cette entreprise coloniale n’est pas le fait de milices incontrôlables. Elle est orchestrée depuis Ankara. Les services de renseignement turcs (MIT) pilotent les opérations sur le terrain, choisissent les administrateurs locaux et supervisent la politique de peuplement. La Turquie reproduit au Rojava les méthodes qu’elle a employées historiquement contre les Kurdes de Turquie : interdiction culturelle, assimilation forcée, changement démographique et répression sécuritaire.

Dans un contexte régional où la Syrie post-Assad reste fragile, la Turquie profite du vide pour consolider son projet néo-ottoman. Elle transforme des régions syriennes en protectorats de fait, où la souveraineté syrienne n’est plus qu’une fiction commode.

Il est temps de nommer les choses

Ce qui se passe à Afrin et dans les autres zones occupées du Rojava (comme Tal Abyad ou Serekaniyê) constitue une politique coloniale anti-kurde caractérisée par :

  • L’occupation militaire illégale d’un territoire étranger ;

  • Le nettoyage ethnique par déplacement forcé ;

  • La colonisation par peuplement ;

  • L’effacement culturel systématique.

Le silence international face à cette réalité est assourdissant. Pendant que l’on débat de reconstruction syrienne, on laisse la Turquie consolider une annexion de fait et une entreprise de destruction d’un peuple.

Les Kurdes d’Afrin ne demandent ni séparatisme ni privilèges. Ils demandent simplement le droit de vivre sur leur terre, de parler leur langue, de célébrer leur culture et de rentrer chez eux. Des droits élémentaires que la Turquie leur refuse avec la brutale simplicité d’un colonisateur classique.

Tant que l’occupation turque perdurera à Afrin, le Rojava portera une plaie ouverte. Et tant que cette politique coloniale ne sera pas clairement dénoncée et sanctionnée, la Turquie continuera à la mener en toute impunité.

TURQUIE. Arrestation de l’écrivaine kurde Yildiz Çakar

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TURQUIE – L’écrivaine et poétesse kurde Yıldız Çakar a été arrêtée vendredi à l’aéroport d’Istanbul. Arrivée d’Allemagne, elle s’apprêtait à rejoindre Amed (Diyarbakır) lorsqu’elle a été interpellée par les forces de sécurité dès son entrée sur le territoire turc.

Selon la Commission culturelle du parti DEM, l’auteure a d’abord été conduite au poste de police de l’aéroport, puis présentée au parquet. Aucune information n’a pour l’heure été communiquée sur les motifs de son arrestation ni sur les éventuelles charges retenues contre elle.

Cette interpellation suscite une vive émotion dans les milieux littéraires et culturels kurdes. Considérée comme l’une des voix les plus importantes de la jeune génération kurde, Yıldız Çakar vit à Berlin depuis de nombreuses années. Elle y exerce également une activité de journaliste pour des médias kurdes.

Il y a seulement quelques mois, son recueil de poésie bilingue « Mohra Reş / Le Sceau Noir » (Dark Seal) figurait dans la prestigieuse sélection « Poetry Recommendations 2026 », publiée à l’occasion de la Foire du livre de Leipzig. Cette liste est une référence majeure dans le monde littéraire germanophone.

Née en 1978 à Amed, Yıldız Çakar est l’auteure de plusieurs recueils de poésie, romans et nouvelles. Dramaturge reconnue, ses pièces ont été montées notamment au Théâtre Maxim Gorki de Berlin ainsi que dans diverses productions internationales.

IRAN. Une enseignante kurde arrêtée à Ourmia

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IRAN / ROJHILAT – Forouzan Eslami, Kurde d’Urmia, professeure d’anglais et directrice de l’académie de langues « Nojavan », a été arrêtée par les forces de sécurité iraniennes le mercredi 13 mai 2026. Elle a depuis été transférée vers un lieu tenu secret.

 

Selon l’organisation Hengaw pour les droits humains, l’arrestation a eu lieu sans présentation d’aucun mandat judiciaire. Aucune information officielle n’a été communiquée sur les motifs de son arrestation, les éventuelles charges retenues contre elle, ni sur son lieu de détention actuel.

SYRIE. Les Kurdes exigent une représentation équitable à l’Assemblée

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SYRIE / ROJAVA – Les partis et forces politiques kurdes de Syrie ont fermement rejeté l’attribution de seulement 4 sièges sur 210 à la composante kurde au sein de l’Assemblée du peuple syrien, qualifiant cette décision de continuation des politiques d’exclusion et de marginalisation.

Dans une déclaration commune publiée ce vendredi 15 mai 2026, les partis kurdes ont dénoncé ces « nominations » présentées comme des élections, estimant qu’elles ne reflètent ni la volonté du peuple syrien ni le poids démographique et politique des Kurdes en Syrie.

Les forces kurdes exigent une représentation équitable d’au moins 40 sièges, proportionnelle à l’importance de la population kurde et à ses droits nationaux. Elles mettent en garde contre le dangereux précédent que constituerait le maintien de cette représentation symbolique dans les institutions étatiques et les postes souverains.

« Ce nombre limité de sièges ne reflète en aucun cas la libre volonté du peuple kurde », soulignent les signataires.

Les partis réaffirment leur engagement à poursuivre une lutte pacifique et diplomatique, en coopération avec les forces démocratiques syriennes, pour bâtir un État fondé sur la citoyenneté, le partenariat et une constitution reconnaissant les droits de toutes les communautés syriennes.

Signataires de la déclaration :

  • Parti libéral kurde en Syrie

  • Parti vert démocrate

  • Parti de l’Accord démocratique kurde syrien

  • Parti communiste du Kurdistan

  • Parti démocratique du Kurdistan – Syrie

  • Parti du changement démocratique du Kurdistan

  • Parti du Rassemblement National du Kurdistan

  • Parti conservateur du Kurdistan

  • Parti démocratique kurde Roj en Syrie

  • Mouvement de Renouveau du Kurdistan

15 mai : Journée de la langue kurde

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KURDISTAN – Depuis 2006, le 15 mai est reconnu comme la Journée de la langue kurde. Cette date commémore la parution du premier numéro de la revue Hawar en 1932 – une étape marquante dans le développement du kurde moderne et de l’histoire culturelle kurde.

Le 15 mai est célébré chaque année par les Kurdes du monde entier comme la Journée de la langue kurde. Cette date marque la parution du premier numéro de la revue Hawar, le 15 mai 1932 à Damas, un événement considéré comme un tournant historique dans la renaissance de la langue et de la littérature kurdes.

Fondée par Celadet Ali Bedirxan, avec la collaboration de Kamûran Bedirxan, Qedrîcan, Osman Sebrî, Cegerxwîn et Nûredîn Zaza, Hawar a ouvert une nouvelle ère pour le kurde. Entre 1932 et 1943, 57 numéros ont été publiés. Initialement imprimée en caractères arabes, la revue a progressivement adopté l’alphabet latin, posant ainsi les bases du kurde écrit moderne.

Une révolution culturelle et linguistique

Hawar ne se limitait pas à un simple magazine : elle est devenue une véritable école pour toute une génération d’intellectuels kurdes. La revue publiait des poèmes, des nouvelles, des études linguistiques, des articles littéraires et politiques. Grâce à des textes également publiés en arabe et en français, elle a donné une visibilité internationale à la cause kurde.

Celadet Ali Bedirxan, figure centrale de cette aventure, considérait la langue comme bien plus qu’un outil de communication : comme le fondement même de l’existence nationale. Dans le premier numéro, il écrivait :

« Hawar est la voix de la science. La science est la connaissance que l’humanité a d’elle-même. Se connaître soi-même ouvre la voie à la libération et à la beauté. […] Par-dessus tout, Hawar s’attache à faire connaître l’existence de notre langue, car la langue est pour nous un fondement essentiel de l’existence. »

Un héritage toujours vivant

En systématisant l’alphabet latin (aujourd’hui appelé alphabet Bedirxan), Celadet Bedirxan a jeté les bases du kurmancî écrit tel qu’il est utilisé aujourd’hui, tant au Kurdistan qu’en diaspora. Son œuvre reste une référence majeure pour les écrivains, journalistes et chercheurs kurdes.

Une lutte qui continue

Depuis 2006, la Journée de la langue kurde est commémorée officiellement. Au-delà de la célébration, elle rappelle une lutte toujours actuelle : celle contre l’assimilation, les interdictions linguistiques et l’exclusion du kurde de l’éducation et de la vie publique.

Le 15 mai symbolise ainsi non seulement la naissance d’une revue, mais la résistance d’un peuple qui refuse de voir sa langue et son identité disparaître.

TURQUIE. Une journaliste kurde condamnée à 4,2 ans de prison

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TURQUIE / KURDISTAN – Le tribunal correctionnel de Van a condamné la journaliste kurde Reyhan Hacıoğlu à quatre ans et deux mois de prison pour « complicité délibérée avec une organisation terroriste ». Le tribunal a également maintenu l’interdiction de voyager à l’étranger à son encontre.

Hacıoğlu avait passé cinq mois en détention provisoire l’année dernière. Elle était absente lors de l’audience de verdict, qui s’est tenue en présence de ses avocats et de représentants d’organisations de la société civile.

Le procureur avait requis une condamnation pour « appartenance à une organisation terroriste ». Les avocats de la défense ont plaidé l’acquittement, soulignant que les poursuites visaient exclusivement son activité journalistique. « Les accusations sont sans fondement », a déclaré Me Resul Temur.

« Je maintiens chaque mot que j’ai prononcé »

Après le verdict, Reyhan Hacıoğlu a réagi avec fermeté sur les réseaux sociaux :

« Je maintiens chaque article que j’ai rédigé et chaque mot que j’ai prononcé. On ne peut pas dissimuler la vérité avec des peines prononcées. »

Dans une déclaration plus longue, elle a dénoncé les politiques du gouvernement :

« Le journalisme n’est pas un crime. Le crime, c’est de dresser ce pays et ces peuples les uns contre les autres, d’attaquer la nature, d’arrêter les opposants, de commettre des actes inhumains en prison, d’isoler les détenus et de laisser le harcèlement et les viols impunis.

Nous continuerons à nous opposer à tout cela et à suivre l’exemple de nos collègues qui ont payé le prix de la VÉRITÉ. Car nous croyons en la vérité, et nous savons qu’elle connaîtra une fin magnifique. »

La CEDH condamne la Turquie pour la détention illégale d’Ayla Akat Ata

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TURQUIE / KURDISTAN – La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a jugé que la détention en 2016 de la femme politique kurde Ayla Akat Ata était illégale. Dans son arrêt du 12 mai, la Cour a condamné la Turquie pour violation du droit à la liberté et à la sûreté (article 5) ainsi que du droit à la liberté d’expression (article 10).

Ancienne députée du Parti démocratique des peuples (HDP), Ayla Akat Ata a été arrêtée le 26 octobre 2016 lors d’une prise de parole publique devant la municipalité métropolitaine de Diyarbakır, alors placée sous tutelle gouvernementale. Elle a été placée en détention provisoire pour « direction d’une organisation terroriste » et « propagande terroriste ».

Les autorités turques ont fondé leurs accusations sur ses activités au sein du Congrès de la société démocratique (DTK), sa participation à des réunions et manifestations, ses discours publics ainsi que ses publications sur les réseaux sociaux. Elle était également accusée d’avoir dirigé le Congrès des femmes libres (KJA).

La décision de la CEDH

La Cour a estimé qu’il n’existait aucune preuve concrète justifiant sa détention. Elle a relevé que les charges reposaient exclusivement sur des activités politiques et démocratiques pacifiques, sans aucun appel à la violence.

La CEDH a notamment constaté :

  • Une violation de l’article 5 § 1 (droit à la liberté et à la sûreté) : les « soupçons raisonnables » n’étaient pas étayés par des éléments probants.

  • Une violation de l’article 5 § 3 : les prolongations de détention étaient insuffisamment motivées et les autorités n’ont pas démontré la nécessité de maintenir Ata en prison ni examiné des mesures alternatives.

  • Une violation de l’article 10 (liberté d’expression) : la détention constituait une ingérence injustifiée dans l’exercice de ses droits politiques.

Ayla Akat Ata est restée détenue plus de cinq mois avant d’être libérée le 4 mai 2017.

Dersim : une mémoire massacrée, une résistance ciblée

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TURQUIE / KURDISTAN – L’État turc continue de cibler la mémoire de la résistance, la jeunesse et le tissu social de Dersim par le biais de politiques de guerre spéciale continues, écrit le journaliste kurde d dans l’article suivant.

Dersim : Guerre spéciale ininterrompue depuis 1937

Dersim porte l’un des souvenirs les plus lourds, les plus douloureux et les plus systématiquement occultés de l’histoire du Kurdistan du Nord (Bakur) et de la Turquie contemporaine. Le massacre de 1937-1938 reste l’une des plus grandes campagnes d’extermination ethnique et culturelle du XXe siècle. Des dizaines de milliers de personnes y ont perdu la vie, des milliers d’autres ont été déportées, et de nombreux enfants ont été arrachés à leurs familles pour être assimilés de force. Ce territoire demeure, près d’un siècle plus tard, un lieu de deuil profond, de mémoire blessée et, en même temps, de farouche résistance.

Dersim incarne également une identité singulière où se croisent l’alévisme, la culture zaza et kurde, ainsi qu’une tradition sociale et politique progressiste solidement ancrée. C’est précisément pour cette raison qu’elle constitue l’un des points les plus sensibles de la confrontation historique entre l’État turc et la question kurde.

Une nouvelle forme de guerre spéciale

Après les politiques génocidaires des années 1937-1938, l’État turc poursuit aujourd’hui le même objectif d’effacement par d’autres moyens : détruire la mémoire collective, corrompre la jeunesse, démanteler les solidarités sociales et affaiblir les liens culturels et politiques de la population.

Dans cette nouvelle livraison de notre série, nous examinons la propagation des réseaux de stupéfiants à Dersim, la prostitution organisée, le recrutement forcé, la formation de gangs, ainsi que l’affaire Gülistan Doku — l’un des dossiers les plus emblématiques et les plus troublants de ces dernières années —, et les présomptions de complicité étatique qui l’entourent.

Le trafic de drogue dans une petite ville sous contrôle

Avec moins de 80 000 habitants, Dersim reste une agglomération modeste comparée aux grandes villes du Kurdistan du Nord. Pourtant, la consommation et le trafic de drogue y ont connu une hausse spectaculaire ces dernières années.

La présence de l’université de Munzur attire chaque année des milliers d’étudiants, créant un vivier idéal pour les réseaux de stupéfiants. La progression s’est nettement accélérée après 2016. Cafés et lieux de rencontre se sont transformés en points de vente, tandis que les drogues de synthèse, particulièrement la méthamphétamine, se sont répandues dans le centre-ville et le long de la rivière Munzur.

Ce qui distingue Dersim des autres villes, c’est que la drogue n’est pas venue combler un vide social préexistant. Au contraire, les structures politiques et les réflexes de résistance ont d’abord été délibérément affaiblis, puis la drogue a été introduite dans le vide ainsi créé.

Le mandat Tuncay Sonel (2017-…) : laboratoire de la guerre spéciale

Nommé gouverneur en 2017, Tuncay Sonel a incarné une politique de contrôle total. Sous son mandat, des centaines de personnes ont été emprisonnées sur la base de témoignages anonymes. Des milliers de jeunes ont fui la ville ou le pays. Dans un tel contexte d’affaiblissement politique et social, les réseaux criminels ont trouvé un terrain particulièrement fertile.

Une question se pose avec insistance : pourquoi les cas de drogue, de prostitution, de disparitions et de morts suspectes ont-ils explosé précisément au moment où l’État affirmait exercer un « contrôle total » sur la région grâce à une surveillance massive (caméras, checkpoints, postes militaires) ? La réponse semble évidente : le dispositif mis en place ne vise pas tant à empêcher la criminalité qu’à la gérer et à l’instrumentaliser.

Dans cette région que les massacres n’ont pas pu assimiler, l’État aurait choisi de nouvelles armes : la drogue, les gangs et la dégradation sociale. La méthamphétamine, en particulier, agit comme une arme stratégique : elle détruit rapidement les individus tout en neutralisant à long terme les dynamiques politiques futures.

L’affaire Gülistan Doku : le visage le plus sombre de cette politique

Le cas de Gülistan Doku, étudiante de 21 ans à l’université de Munzur, en est l’illustration la plus tragique et la mieux documentée. Disparue le 5 janvier 2020 après avoir quitté sa résidence universitaire KYK, elle reste introuvable six ans plus tard.

En janvier 2025, un témoin secret désigné sous le nom de « Şubat » a relancé l’affaire devant la JASAT (unité d’enquête de la gendarmerie). Selon son témoignage, Gülistan aurait été forcée de monter dans le véhicule de Mustafa Türkay Sonel, fils du gouverneur Tuncay Sonel, près du viaduc de Sarı Saltuk. Le témoin affirme qu’elle a été agressée sexuellement, mise enceinte, puis exécutée d’une balle dans la tête. Son corps aurait ensuite été enterré par un garde du corps du gouverneur et un garde de village.

L’enquête a mis en cause un réseau impliquant des hauts fonctionnaires : le gouverneur Tuncay Sonel lui-même, son fils, des policiers, le médecin-chef de l’hôpital d’État, des techniciens de l’université et d’autres acteurs. Plusieurs d’entre eux ont fui ou font l’objet de mandats internationaux.

Protection politique au plus haut niveau

Des documents parlementaires ont révélé le soutien apporté par Süleyman Soylu, alors ministre de l’Intérieur. Celui-ci avait publiquement affirmé qu’« aucune preuve de meurtre n’avait été trouvée » et accusé le PKK et le HDP de politiser l’affaire. La promotion ultérieure de Sonel au poste de gouverneur d’Ordu a renforcé les soupçons de clientélisme et de protection au sein de l’appareil d’État.

Réseaux de prostitution et pièges ciblant les jeunes femmes

L’affaire Doku a également mis au jour un réseau plus large de prostitution impliquant, selon des plaintes déposées, des fonctionnaires. Comme dans d’autres villes du Kurdistan (Şırnak, Van, Hakkari), ces dossiers aboutissent rarement à des poursuites sérieuses.

Les méthodes sont rodées : approches sur les réseaux sociaux ou sur le campus, fausses relations amoureuses, enregistrement d’images intimes puis chantage. Rojwelat Kızmaz, meilleure amie de Gülistan, retrouvée morte en 2024 dans le barrage de Heskif (Hasankeyf), fait désormais partie du même dossier, suggérant un réseau plus vaste.

Trois méthodes de recrutement systématique

  1. Pièges affectifs et sexuels : cibler les étudiants politiquement actifs via de fausses relations, puis les faire chanter.

  2. Exploitation de la vulnérabilité économique : proposer de l’aide aux familles en échange de collaboration.

  3. Système d’informateurs : pression via des arrestations et des témoignages forcés.

Ces méthodes transforment la trahison individuelle en une politique systématique de destruction du tissu social et politique.

Conclusion : une stratégie d’ensemble

L’affaire Gülistan Doku dépasse le cadre d’un crime isolé. Elle révèle un système où gouverneurs, police, services de santé, université et hiérarchie politique semblent fonctionner en synergie pour étouffer les affaires gênantes. Dans une petite ville où tout le monde se connaît, cette stratégie crée un climat de méfiance généralisée qui paralyse l’organisation collective.

À Dersim, la drogue, la prostitution et le recrutement ne sont pas de simples problèmes de sécurité. Ils constituent des armes d’une nouvelle guerre qui vise, non plus seulement les corps, mais les âmes et l’avenir d’une communauté.

Article original à lire sur le site ANF « Dersim: Uninterrupted special warfare since 1937« 

« Un pain en turc » : Quand parler kurde devient un crime

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LINGUICIDE. À l’occasion de la Journée internationale de la langue kurde célébrée ce 15 mai, nous republions ce texte qui raconte, mieux que n’importe quel discours, la violence de la répression linguistique par l’État colonialiste turc au Kurdistan.

Nous sommes dans les années 1980, dans une région kurde sous occupation turque. Un paysan rentre épuisé de son champ. Le soleil va bientôt se coucher et, avec lui, commence le couvre-feu imposé par l’état d’urgence. Il se précipite à la boulangerie du village. Il ne parle pas un mot de turc, mais il faut bien nourrir sa famille. Alors, dans un souffle, il lance au boulanger : « Ka nanekî, bi tirkî*. » (Un pain, en turc.) Cette phrase devenue célèbre résume à elle seule l’humiliation d’un peuple à qui l’on interdit jusqu’à sa propre langue.

Imaginons un instant la même scène en France, sous l’occupation nazie. Un paysan corrézien, de retour des champs, entre dans sa boulangerie juste avant le couvre-feu. Les Allemands ont interdit le français et imposé l’allemand. Ne parlant pas un mot de la langue de l’occupant, il dirait probablement : « Un pain, en allemand. » L’absurdité saute aux yeux. Pourtant, c’est exactement ce qu’a vécu le peuple kurde pendant des décennies.

Dès la création de la République turque en 1923, la langue kurde a été interdite sur tout le territoire, y compris au Kurdistan. Interdite à l’école, dans l’administration, dans les médias, dans les lieux publics… et même au sein des foyers. Des fonctionnaires étaient spécialement envoyés pour verbaliser, arrêter et parfois torturer ceux qui osaient parler kurde. Des amendes, des humiliations, des emprisonnements : tout était bon pour éradiquer la langue. Aujourd’hui encore, malgré quelques timides assouplissements, le kurde reste fortement discriminé en Turquie. Il n’est toujours pas reconnu comme langue officielle, son enseignement est quasi inexistant dans le cursus public, et son usage public peut encore entraîner des poursuites judiciaires.

« Ka nanekî bi tirkî* » est le titre traduit de la nouvelle « Bana türkçe bir ekmek ver » de l’écrivain et journaliste kurde Cezmi Ersöz. Une histoire vraie devenue symbole d’un linguicide d’État.

La langue n’est pas seulement un outil de communication. C’est l’âme d’un peuple. La réprimer, c’est tenter de tuer ce peuple de l’intérieur.

Génocide linguistique : comment la Turquie m’a arraché ma langue

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LINGUICIDE. À l’occasion de la Journée de la langue kurde, célébrée le 15 mai, nous republions cet article sur la langue kurde, initialement paru en mars 2020. Il reste malheureusement d’actualité tant qu’une grande partie du Kurdistan restera colonisée.

« Qui peut dire que dérober sa langue à un peuple est moins violent que la guerre ? » Ray Gwyn Smith

De nos jours, il est très fréquent d’entendre un Kurde déclarer : « Je suis kurde mais je ne parle pas le kurde. »

Depuis la division du Kurdistan au début du XXe siècle, les États occupants ont cherché à mettre fin à l’existence du peuple kurde en instaurant des politiques de génocide linguistique. Exterminer physiquement des millions de personnes s’étant révélé difficile, malgré les massacres de Dersim, Zilan, Halabja et bien d’autres, la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie ont sévèrement interdit l’usage du kurde à partir de la seconde moitié du XXe siècle.

Les Kurdes ne peuvent ni recevoir un enseignement dans leur langue, ni se défendre devant la justice dans leur langue, ni même affirmer qu’ils possèdent une langue appelée kurde. En Turquie, l’État nie jusqu’à l’existence de cette langue millénaire et la désigne dans ses registres officiels sous le nom de « langue X » (X pour « inconnue »).

Retour sur un génocide linguistique à travers le regard d’une rescapée.

Ma famille vivait dans une ferme isolée en montagne, au Kurdistan du Nord (Bakur), sous occupation turque. En hiver, notre seul lien avec le monde extérieur était un poste de radio que mon père avait acheté et de rares visiteurs venus des villages voisins lorsque la neige ne bloquait pas les sentiers.

Un jour, alors que j’étais encore bébé, mon père a annoncé à ma mère que dorénavant tous les enfants devraient parler uniquement le turc. L’État turc venait d’interdire formellement notre langue, sous peine d’amendes et de prison.

Cette interdiction de parler notre langue maternelle allait provoquer des traumatismes profonds et insoupçonnés chez les nouvelles générations. Il m’a fallu des années pour en mesurer la gravité. De nombreux flash-back me rappellent encore cette destruction lente d’un peuple à travers la mise au ban de sa langue.

Notre village, doté d’une école primaire récente, se trouvait à plusieurs kilomètres de notre ferme. Les mois d’hiver enneigés empêchaient mes frères et sœurs de s’y rendre. Mon père a donc dû les placer en internat.

Dès les années 1980, pour « couper » la langue kurde à la racine, l’État turc a créé des internats destinés aux enfants kurdes. Dès l’âge de sept ans, ils passaient toute l’année scolaire à la merci d’enseignants et de surveillants chargés de leur inculquer le turc – une langue qu’ils ne connaissaient pas – et de les « turquifier » en les coupant de leur famille, de leur culture et de leur langue. Je ne m’attarderai pas sur les sévices psychologiques, physiques et sexuels dont ont été victimes de nombreux enfants kurdes dans ces internats de l’horreur.

Quelques années plus tard, nous avons dû abandonner notre ferme pour nous rapprocher de la petite ville où mes frères et sœurs étaient internés. Ils ont ainsi pu quitter l’internat et revenir à la maison. Mais nous parlions tous turc entre nous et avec notre père. Le kurde était réservé à notre mère, qui maîtrisait très mal le turc.

À l’école, les enseignants nous répétaient à longueur de journée qu’il n’y avait pas de Kurdes en « Turquie » (puisque, pour l’État turc, il n’existait ni Kurdes ni Kurdistan). Enfant, je me sentais coupable. Coupable d’exister alors que, selon eux, je n’aurais pas dû exister. Coupable aussi de parler en cachette une langue qui n’était pas censée exister.

Un jour, le maître a demandé quels enfants ne savaient pas parler le kurde et leur a demandé de lever le doigt. Je me suis exécutée immédiatement. J’étais la seule. Je n’en étais pas très fière.

Avec l’école, la télévision et la radio turques, nous n’avions même plus besoin de faire d’effort pour oublier cette langue clandestine. L’État turc avait tout prévu. Il suffisait de se laisser faire. Notre vocabulaire kurde s’appauvrissait de jour en jour, remplacé par le turc, jusque dans nos rêves, et sans aucun regret. De toute façon, nous n’aimions pas cette langue illégale. Qui aime l’illégalité, surtout quand on est un enfant qui veut bien faire ?

Moi, la petite fille « sage » et « intelligente », j’étais la chouchoute de mes enseignants et j’avais même reçu le surnom de « la Turque » dans le voisinage, car j’avais commencé à parler turc avant le kurde, contrairement aux autres enfants qui peinaient à devenir de parfaits petits Turcs du jour au lendemain. Que dire de la honte que je ressentais devant ma mère qui ne maîtrisait pas le turc ? Honte d’appartenir à un peuple qui n’était pas censé exister, un peuple « arriéré », selon la définition de l’État colonial qui voulait en finir avec nous en nous turquifiant comme il le faut.

Devenue adulte, exilée en France, pays dont je ne connaissais pas la langue, j’ai immédiatement voulu apprendre le français pour me défaire du turc. Cet exil physique a été le déclic d’un retour mental à mes origines. Soudain, les flash-back ont surgi, me rappelant toutes les humiliations subies en tant que Kurdes et enfants, et l’interdiction de parler notre langue sur notre propre terre.

Je passais mes journées à écouter des cassettes d’apprentissage du français, à lire, à discuter avec des non-Kurdes. La nuit, j’avais le dictionnaire Le Petit Robert dans mon lit (je dis souvent que Petit Robert fut mon premier amant français !). En quelques mois, je me débrouillais correctement et, au bout de quelques années, le français était devenu ma langue principale. Mais je ne parlais toujours pas correctement ma langue maternelle. Mon entourage m’avait cette fois surnommée « la Française » !

Il y a quelques mois, un ami kurde m’a demandé si j’étais née en France tant mon français était bon. Je lui ai répondu que non, que j’étais arrivée adulte, sans passer par l’école. Il me croyait à peine. Je lui ai parlé de mes deux surnoms liés aux langues, avant d’ajouter que j’avais réussi à devenir turque puis française, et qu’il était désormais temps que je (re)devienne kurde et qu’on m’appelle enfin « Kurdê » (la Kurde) !

Aujourd’hui, je lis et écris le kurde, avec difficulté, sauf quand ce sont des poèmes orphelins qui viennent frapper à ma porte pour m’emmener au pays. Mais je ne désespère pas. Je deviendrai une « vraie Kurde » qui parle sa langue, même s’il me faut trébucher sur les mots et tomber à terre après tant d’années de paralysie linguistique imposée. Vive la revanche des « vaincus » !

Keça Bênav (La fille sans nom)