AccueilKurdistanBakurMeurtre de Gülistan Doku : l’enquête révèle une dissimulation institutionnelle

Meurtre de Gülistan Doku : l’enquête révèle une dissimulation institutionnelle

TURQUIE / KURDISTAN – L’enquête sur la disparition de Gülistan Doku, étudiante kurde de 21 ans, a pris une ampleur inédite depuis sa réouverture en avril 2026 en tant qu’enquête pour meurtre. Plus de trente personnes ont été interpellées ces dernières semaines, dont des cadres des forces de l’ordre et un ancien gouverneur.

La semaine dernière, sur ordre du parquet d’Erzurum, la police a mené une vaste opération dans quinze provinces. Dix-huit personnes ont été placées en garde à vue, parmi lesquelles des chefs de police, des officiers en activité et des retraités. Elles sont soupçonnées d’avoir entravé le cours de la justice.

Dans la foulée, un tribunal d’Erzurum a ordonné le placement en détention provisoire supplémentaire de trois figures centrales déjà incarcérées : l’ancien gouverneur de Tunceli (Dersim), Tuncay Sonel, son ancien garde du corps Şükrü Eroğlu et l’ex-officier de police Gökhan Ertok. Ils sont désormais également poursuivis pour destruction ou altération de données numériques, privation de liberté, vol qualifié et obtention illégale de données personnelles.

Ces nouvelles charges s’appuient sur des éléments saisis sur les appareils de Tuncay Sonel. Le parquet qualifie les échanges récupérés entre l’ancien gouverneur et son garde du corps de « réseau obscur », dans lequel les suspects auraient utilisé leur autorité publique pour commettre des actes illégaux, selon des informations de l’agence Mezopotamya (MA).

Surveillance illégale et destruction de preuves

L’enquête ne porte plus seulement sur le sort de Gülistan Doku. Les investigations s’intéressent désormais aussi à d’éventuels abus de pouvoir visant sa famille. Des responsables sont accusés de l’avoir surveillée illégalement après la disparition.

Il y a deux semaines, quinze personnes avaient déjà été placées en détention provisoire, dont Handan Sonel, épouse de l’ancien gouverneur, poursuivie pour destruction de preuves. Parmi les autres suspects figurent trois médecins, une infirmière, des employés d’hôpital et du secteur informatique, le propriétaire d’une entreprise technologique, un homme d’affaires et deux agents de sécurité.

Les enquêteurs ont obtenu de nouveaux éléments concernant la suppression de dossiers médicaux et des manœuvres coordonnées destinées à faire disparaître des preuves. Les procureurs cherchent également à déterminer si le corps de Gülistan Doku, jamais retrouvé, a été enterré ou fait disparaître d’une autre manière.

Une disparition restée sans réponse pendant six ans

Gülistan Doku, étudiante en développement de l’enfant à l’université de Munzur, a disparu le 5 janvier 2020 à Dersim (Tunceli). L’enquête initiale s’était concentrée sur l’hypothèse d’une chute dans le lac du barrage d’Uzunçayır, d’où provenait le dernier signal de son téléphone. Malgré des recherches approfondies et la vidange du réservoir, aucune trace n’avait été découverte.

Pendant des années, l’affaire avait été traitée comme une simple disparition, voire un possible suicide. La famille a toujours rejeté cette version et accusé les autorités de dissimulation. L’enquête rouverte explore désormais l’hypothèse d’un meurtre assorti d’une tentative de couverture institutionnelle impliquant les forces de l’ordre, l’administration locale, des établissements de santé et des systèmes numériques.

L’ancien gouverneur Tuncay Sonel, son fils et plusieurs membres de son service de sécurité restent en détention provisoire tandis que les investigations se poursuivent.