SYRIE / ROJAVA – Dans un contexte de grande asymétrie des forces, les populations kurdes autour de Kobanê font face à des attaques répétées menées par des groupes armés et des forces de sécurité liés aux autorités de Damas. Les Kurdes, qui tentent de se protéger avec les moyens limités dont ils disposent, se retrouvent confrontés à des hommes lourdement armés d’un régime reconnu sur la scène internationale.
Assauts armés et tentatives d’incendies de champs
Après avoir tenté d’incendier les terres agricoles kurdes dans les villages de Bender et Qanaïa (Jebel el-Ferrej, canton de Kobanê), ces forces ont attaqué un barrage de la sécurité intérieure kurde avec des armes automatiques et des roquettes RPG. Les assaillants se sont ensuite repliés vers le village d’Al-Cheyoukh et d’autres villages arabes voisins.
Les habitants de Kobanê craignent désormais la répétition du scénario dramatique vécu dans les quartiers kurdes d’Alep (Cheikh Maqsoud et Achrafieh), où des massacres systémiques ont déjà visé les communautés kurdes.
Crimes à Ashme et Aveyna
Dans les villages kurdes d’Ashme et Aveyna, les forces de la Sécurité générale du gouvernement de Damas commettent des actes graves : arrestations arbitraires de civils kurdes, incendies de champs de céréales et abattage de bétail. Face à la résistance déterminée des habitants, l’un des convois a dû se retirer d’Ashme.
Selon les témoignages locaux, ces forces sont composées majoritairement d’Arabes originaires de Jarabulus et d’Ayn Issa. Au cours de ces opérations, 13 villageois ont été arrêtés, du bétail a été abattu et plusieurs maisons pillées. Des champs ont été incendiés avec la participation active de membres des forces régulières du ministère de la Défense.
Tentative d’infiltration et affrontements
La nuit dernière, un groupe armé issu de tribus arabes a tenté de s’infiltrer vers le village d’Ashme. Il est tombé dans un champ de mines, subissant de lourdes pertes. Les YPG sont intervenus pour neutraliser et arrêter plusieurs assaillants. Deux jeunes Kurdes ont été blessés lors de la défense du village.
Un incident banal a par ailleurs dégénéré : un Arabe a tenté de voler un jeune Kurde, qui l’a repoussé. En soirée, un important convoi de la Sécurité générale est arrivé, a arrêté les deux jeunes Kurdes concernés et multiplié insultes et humiliations envers la population. Des tirs indiscriminés ont suivi, entraînant de violents affrontements. Les habitants kurdes ont finalement repoussé les assaillants, capturant cinq membres de la Sécurité générale avant de les libérer après celle des deux jeunes.
Le pot de terre contre le pot de ferre
Les Kurdes se défendent avec les moyens du bord, face à des forces bien mieux armées et soutenues par le pouvoir central. Ni les Forces démocratiques syriennes (FDS) ni les Asayish n’ont directement intervenu dans ces événements. Seule la Sécurité générale de Damas s’est mobilisée, apparaissant clairement en appui aux assaillants arabes.
Ces incidents répétés illustrent une stratégie de harcèlement et de déstabilisation des zones kurdes. Kobanê, symbole mondial de la résistance kurde contre Daech, se retrouve une nouvelle fois menacée. Les populations kurdes, qui ont payé un lourd tribut dans la lutte antiterroriste, appellent à une protection internationale face à cette pression asymétrique exercée par les forces affiliées à Damas.
La communauté internationale, qui reconnaît le régime de Damas, reste largement silencieuse face à ces exactions locales qui risquent d’enflammer davantage la région.