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Les Syriaques demandent aux USA de mettre fin à une éventuelle invasion turque dans le nord-est de la Syrie

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SYRIE – Le Conseil militaire chrétien-syriaque (MFS) soutenu par les Etats-Unis a mis en garde mercredi contre une possible attaque turque de l’est de l’Euphrate en Syrie et a appelé les États-Unis à intervenir.
 
Le MFS craint que cette attaque ne mette en danger la vie des milliers de Chrétiens vivant dans le nord-est de la Syrie.
 
SyriacMilitaryMFS
Le conseil militaire a défendu les chrétiens syriaques contre la menace du l’État islamique au sein des Forces démocratiques syriennes (FDS).
 
Les Syriaques sont l’une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde. Beaucoup d’entre eux ont fui en Europe à cause des attaques de l’Etat islamique.
 
À présent, ils craignent que la Turquie ne lance une incursion à l’est de l’Euphrate, qui déplacerait de nouveau des milliers de Chrétiens vivant dans des localités près de la frontière turco-syrienne.
 
L’armée turque a récemment commencé à ériger un mur entre la Turquie et le nord de la Syrie et à rassembler des forces près de Tal Abyad.
 
« Il vise clairement à envahir le nord de la Syrie », a déclaré le Conseil militaire syriaque dans un communiqué.
 
Une importante population de Chrétiens vit sur le territoire menacée par la Turquie.
 
Le Conseil militaire a appelé les Chrétiens américains à se rassembler et à exhorter Washington à s’assurer que les forces américaines présentes dans le nord-est de la Syrie empêchent la Turquie et ses groupes armés d’envahir la région. « L’armée américaine va-t-elle rester les bras croisés pendant que nous sommes tués ? »
 
Le Conseil militaire syriaque a appelé ses «partenaires de la Coalition internationale à assurer la sécurité et la protection des minorités religieuses et ethniques vivant dans le nord-est de la Syrie», rappelant que l’État islamique «constitue toujours une menace».
 
Aram Hanna, membre du commandement général de la MFS, a déclaré qu’il espérait que la coalition dirigée par les États-Unis protégerait l’est de l’Euphrate, où les cellules dormantes de l’État islamique constituent toujours une menace.
 
Mercredi, une voiture a explosé à un poste de contrôle au centre de la ville de Hasakah, causant peu de dégâts matériels et de blessés parmi les civils, une attaque liée à l’État islamique.
 
La Coalition doit intervenir et protéger nos régions « car nous sommes leurs partenaires dans la guerre contre DAECH. Vous ne pouvez pas oublier nos martyrs [dans la lutte contre DAECH], et nous avons besoin de protection», a déclaré Hanna.
 
Les organisations militaires et politiques syriaques craignent qu’une nouvelle invasion turque reproduise les massacres subis par les Chrétiens sous l’empire ottoman.
 
Des milliers de Syriaques ont fui en Syrie après avoir subi un génocide aux mains des Ottomans en 1915, également connu parmi les Syriaques sous le nom de Seyfo.
 
« La Turquie est notre ennemi historique. Ils ont toujours essayé de nous tuer. C’est leur politique, peut-être, » a déclaré Hanna.
 

Qui est autorisé à prononcer le mot « Kurdistan » en Turquie ?

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Cachez ce mot qu’on ne saurait voir. Le mot « Kurdistan » a été censuré dans la traduction turque du livre « Onze Minutes » de Paulo Coelho. Ce qui est le plus dangereux en Turquie, c’est quand ce sont les Kurdes qui disent « Kurdistan ». Alors, que se passe-t-il quand vous dites ce mot en Turquie ? Voici un guide fort utile pour éviter les ennuis au pays des absurdes…
 
Une famille kurde du Kurdistan d’Irak a acheté des billets d’avion pour İstanbul au départ de Stockholm. Ils allaient passer à Erbil en transit. Mais il y avait un problème : l’un des enfants de la famille s’appelait « Kurdistan ». Un employé de Turkish Airlines a arrêté la famille et leur a dit : « Désolé, mais vous ne pouvez pas entrer en Turquie avec ce prénom », leur refusant l’entrée au pays. Les gros titres disaient : « Il n’y a pas de place pour le Kurdistan. »
 
Le mot Kurdistan est également dangereux lorsqu’il ne désigne pas une zone géographique. Mais le plus important, c’est qui prononce le mot « Kurdistan ».
 
Le candidat de l’AKP peut dire « Kurdistan », mais pas les jeunes Kurdes
 
Par exemple, Binali Yıldırım, le candidat au poste de maire de İstanbul du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, a déclaré « Kurdistan » lors d’un rassemblement à Diyarbakir (Amed) avant les élections du 23 juin et quand on lui a posé des questions à ce sujet, il a répondu : « Le mot Kurdistan est le mot que Mustafa Kemal Atatürk utilise pour les représentants venus de la région pendant la lutte pour l’indépendance avant la fondation de la république. »
 
Cependant, pour l’Association du mouvement de la jeunesse du Kurdistan dans la même ville, le ministère de l’Intérieur a déclaré : « Utiliser le mot « Kurdistan » est une infraction à l’article 14 de la Constitution et à l’article 302 du Code pénal turc. Il ne peut pas être utilisé au nom d’une association. » Une poursuite a été intentée contre l’association.
 
En Turquie, les Kurdes ne peuvent pas dire « Kurdistan » s’il ne sert pas à « un processus » ou à « une politique », mais les premiers ministres le peuvent.
 
Le président et leader de l’AKP, Recep Tayyip Erdoğan a déclaré en 2013 alors qu’il était premier ministre :
 
« Aujourd’hui, quelle que soit l’opposition du MHP et du CHP, ils verront ce à quoi ils s’opposent dans les premiers comptes rendus parlementaires, dans les discours de (…) Mustafa Kemal Atatürk. Ils verront les mots « Kurde, Géorgien, Arabe, Laz, » le mot « Kurdistan » dans ces comptes rendus parlementaires. »
 
Les journalistes kurdes ne peuvent pas dire « Kurdistan », les journalistes pro-gouvernementaux le peuvent
 
Un procès a été intenté contre le journaliste Mehmet Sanri pour avoir partagé un discours du regretté cinéaste Yılmaz Güney où il avait prononcé le mot « Kurdistan ».
 
Le 37e tribunal pénal de première instance de İstanbul a rendu un verdict d’acquittement, soulignant que des administrateurs de haut niveau utilisent parfois ce mot.
 
D’autre part, le mot « Kurdistan » a été mentionné plus de 28 800 fois sur le site du quotidien pro-gouvernemental Yeni Şafak jusqu’à 15 juillet 2019 à 11h44.
 
L’histoire du Kurdistan ne s’écrit pas
 
Le livre « L’histoire kurde », dont la première édition a été retirée par une Cour de sûreté de l’Etat turc en 2001, a été retiré par un tribunal le 26 juillet 2018.
 
Abdullah Keskin, rédacteur en chef et propriétaire des Éditions Avesta, a déclaré, après avoir fait une déclaration à la police antiterroriste pour ses messages sur les médias sociaux, que ses messages étaient considérés comme un « élément de crime » simplement en raison des mots « Kurde, kurde, Kurdistan » qu’ils contenaient, et non en raison de leur teneur. Keskin a été interrogé en tant que rédacteur en chef et éditeur d’une quarantaine de livres, dont la plupart avaient pour thème le « Kurdistan ».
 
Le Kurdistan peut être décrit comme suit :
 
Selon la Constitution de l’Irak, que la Turquie reconnaît, « la région du Kurdistan, en tant que région de la République fédérale d’Irak, a un système politique multipartite, démocratique, parlementaire et républicain ».
 
Les universitaires ne peuvent pas dire « Kurdistan »
 
Le sociologue İsmail Beşikçi est l’exemple le plus connu. Il a passé 17 ans de sa vie en prison parce qu’il n’acceptait pas le discours officiel concernant les Kurdes et le Kurdistan en Turquie et avait dit que cela était « non scientifique ».
 
D’autres exemples peuvent être trouvés, mais ce qui ne change pas en Turquie, c’est que le mot « Kurdistan » peut ou ne peut pas être prononcer en Turquie selon l’atmosphère politique. Dire « Kurdistan » peut ou non être une offense. Mais ce qui est toujours le plus dangereux, c’est quand ce sont les Kurdes qui disent « Kurdistan ».
 

IRAN. Risques imminents d’exécution de deux femmes à la prison d’Orumiyeh

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IRAN / ROJHILAT – Les autorités de la prison centrale d’Orumiyeh ont informé Arasteh Ranjbar et Nazdar Vathnkhah, deux femmes condamnées à mort pour meurtre, qu’elles seraient exécutées dans un mois si les familles de leurs victimes ne les pardonnaient pas.
 
Arasteh Ranjbar et Nazdar Vathnkhah ont été convoquées par le bureau des exécutions de la prison centrale d’Orumiyeh et on leur a dit que leur condamnation à mort serait exécutée dans un mois si les « propriétaires de sang (Oliya- e-dam) » n’auront pas fait preuve de clémence à leur égard.
 
Le Kurdistan Human Rights Network (KHRN) a été informé que les deux prisonnières avaient été condamnés à mort pour «meurtre» et détenues dans le quartier des femmes de la prison centrale d’Orumiyeh depuis plusieurs années. Les tentatives des activistes civils visant à convaincre les propriétaires de sang pour faire preuve de clémence n’ont pas abouti jusqu’à présent.
 
Dans un rapport détaillé publié en 2017 sur le quartier pénitentiaire pour femmes de la prison centrale d’Orumyeh, le KHRN avait révélé les noms de 7 femmes détenues qui étaient condamnées à mort, notamment Arasteh Ranjbar, Nazdar Vathnkhah, Tahmineh Danesh, Shidir Khosravi, Zaynab Sakan et Somayeh. L’une de ces personnes, Zaynab Sakan, une jeune Kurde âgée de moins de 18 ans au moment de son arrestation, a été exécutée en octobre dernier sous les accusations de meurtre de son mari.
 
Image via Amnesty

Engin Sustam : Les cinéastes kurdes cherchent des réponses avec de nombreux travaux expérimentaux

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Discussions autour du cinéma kurde
 
(Une interview réalisée par le journaliste Ercan Jan Aktaş)
 
Nous avons eu notre première interview avec Aram Taştekin sur le cinéma kurde et notre deuxième interview avec Ömer Can Jaro.
 
Nous allons à la troisième partie de nos discutions sur le festival du film kurde à Paris avec Engin Sustam pour discuter du cinéma kurde d’un point de vue plus académique.
 
Les cinéastes kurdes cherchent des réponses avec de nombreux travaux expérimentaux
 
Peux-tu nous parler un peu d’Engin Sustam aux lecteurs de Demokrat Haber ? Que fait-il, où il vit, quel est son problème avec le cinéma kurde ?
 
Engin Sustam est un signataire des Universitaires pour la Paix [créé en 2016, le Collectif des Universitaires pour la Paix s’oppose aux militaires du gouvernement turc dans les régions kurdes de la Turquie et appelle à une solution pacifique]. Il donnait des cours de sociologie, philosophie et d’art dans différentes universités en Turquie. Mais, après avoir été licencié de son poste, comme de nombreux autres académiciens, il est un académicien qui poursuit ses travaux en exil, aux Universités de Genève et de Paris 8, auxquelles il a été invité.
 
Sustam donne actuellement des cours à l’Université Paris 8 sur la philosophie contemporaine, sur Deleuze, Guattari et Foucault, sur les « Nouveaux Espaces de Libération », et collabore avec différents artistes en Europe.
 
C’est aussi un intellectuel qui a publié un ouvrage complet [“Art et Subalternité Kurde, L’émergence d’un espace de production subjective et créative entre violence et résistance en Turquie”] en français sur ces sujets.
 
Il mène des travaux portant sur la Subalternité post-coloniale chez les Kurdes ainsi que des essais et des critiques centrés essentiellement sur l’art contemporain, le cinéma, la musique, le théâtre et les créations culturelles.
 
En ce moment, il termine son livre « Kırılgan Sapmalar: Sokak Mukavemetleri ve Başkaldırının Yeni Alanları » [« Déviation bifurquée : Nouveaux espaces de soulèvements et désobéissance dans la place publique »] qui paraîtra très bientôt.
 
Après cette introduction générale, je pense que la raison pour laquelle le cinéma kurde fait partie de mon domaine devient plus claire. Travailler sur le cinéma, qui fait partie des arts, surtout le cinéma kurde qui a un cadre dynamique, n’était pas uniquement une situation personnelle de mon point de vue. Grosso modo, la récente convergence de l’art analytique contemporain avec les œuvres vidéo et la technique de la caméra du cinéma, ainsi que la transformation des sensations politiques de l’image en un langage efficace, m’ont permis de me tourner vers le cinéma kurde, qui réalise actuellement des travaux sérieux dans le domaine de l’activité artistique. Cette aventure m’a attiré avec ma thèse au milieu des années 2000, alors je me demandais quel genre d’images du cinéma et du langage de l’art étaient utilisées dans ce domaine, qui est presque nouveau dans le domaine kurde. Le cinéma kurde, qui a trouvé son souffle au milieu des milieu des années 1980, est un laboratoire à mémoire politique qui s’appuie sur l’énonciation collective de la production en dehors des mouvements idéologiques classiques du cinéma.
 
LES CINÉASTES KURDES RECHERCHENT DES RÉPONSES AVEC DE NOMBREUX TRAVAUX EXPÉRIMENTAUX
 
Avant toi, nous avons parlé avec Aram Taştekin et Ömer Can Jaro du cinéma kurde, Aram demandait « Les Kurdes ne font-ils rien d’autre que résister ? » et Jaro disait ; « Les Kurdes vont acheter du pain à la boulangerie, ils deviennent aussi des bashur (?) [sud en kurde] », Avec leurs critiques, ils disent que le cinéma kurde reste très politique plutôt que d’être dans la vie. Pour ma part, j’ai regardé des documentaires et des films au festival des films kurdes de Paris, et je pense la même chose. D’accord, chaque instant de la vie, la vie quotidienne elle-même est politique en soi, mais dans le cinéma kurde, le langage du cinéma ne se simplifie toujours pas à cause du souci de créer la phrase la plus lourde, pour raconter le plus de chose possible. Qu’en penses-tu ?
 
Oui, j’ai lu les conversations d’Aram et Jaro. Je pense également que ce qu’ils disent est important en tant que membres de la jeune génération dans le domaine de l’art. Aram avait raison de demander si on ne se souviendrait de nous [Kurdes] que par la résistance. Cela m’a rappelé les montagnes sauvages kurdes, une tribu de guerriers kurdes, des intellectuels orientalistes qui ont commencé leur premier travail sur les Kurdes. Je pense qu’aujourd’hui encore, avec leur résistance aux régimes violents au Moyen-Orient, les Kurdes sont encore, pas uniquement aux yeux des sphères européenne et occidentale, mais aussi dans le monde entier, sont vus de cet œil : un peuple rebelle, des femmes et des enfants rebelles.
 
Tu le sais, la mémoire des études kurdes semble raconter presque la description de ces bandits rebelles que Marquez a toujours mentionnés à propos de l’Amérique latine. Au cinéma aussi, disons que le banditisme kurde est peut-être une autre implication donquichottesque qui essaye de se montrer contre la socialité dominante, la mémoire coloniale. Dans cette critique, ce que Jaro a dit du cinéma était important. Moi aussi, j’avais des critiques que j’avais faites à d’autres moments. En d’autres termes, n’y a-t-il vraiment que des guérillas rebelles et des crimes d’honneur chez les Kurdes, ou une congestion rurale-urbaine, ce point de vue ne montre-t-il pas une confrontation exagérée du point de vue de ceux devenus habiles au bout d’une heure ?
 
En d’autres termes, les Kurdes connaissent des crises ontologiques horribles dans la littérature. Les Kurdes urbains (bajari) n’ont-ils pas des hipsters, des aspirations de la culture populaire ? En d’autres termes, le champ de mouvement des images entrant réellement dans le cinéma est toujours lié au langage des années 90. Nous pouvons voir cela dans d’autres travaux hormis l’art contemporain. Donc, parfois, il y a des images de cinéma, pleines de clichés (que je ne rejette pas) et des scènes tissées avec un perspectif vicieux, qui ne touche pas à la situation militante, artistique, des œuvres qui subjuguent des installations musicales dramatiques qui vous emprisonnent dans un désert. Mais, à côté de ça, comme le disent Aram et Jaro, il y a aussi Ali Kemal Cinar et le réalisateur de ces images incroyablement puissantes Bahman Gobadi. 
 
Quand nous regardons le « Genco » de Çınar, le super contre-héros qui est tourné vers l’ironie de l’horreur et l’image absurde se déplace, Il y a l’image d’un héros ordinaire qui est l’un de nous qui s’installe dans la vie quotidienne avec sa caméra. Je pense à la juxtaposition de l’absurde et de la réalité dans le film « Kûsî jî dikarin bifirin » (Les Tortues volent aussi) de Gobadi. 
 
Mais d’un autre côté, je pense que tout le cinéma kurde suscite en moi ceci : Vous vous rappelez la scène du bus qui entre au Kurdistan dans le « Duvar » de Yılmaz Güney. Nous n’avons pas encore dépassé cette histoire de la route du cinéma kurde, peut-être sommes-nous encore sur la route. Peut-être à cause de cela (la ruralité, l’exil, le tribalisme, la nomadisme, etc.), le cinéma de Guney a attiré également l’attention de Gilles Deleuze car sa caméra prenait en compte toutes les réfractions, les réalités, les micro-récits de la vie quotidienne et l’état saisissant de la réalité qui s’installait dans un style simple. Je ne lie pas cette situation à la nature politique du cinéma kurde, le cinéma kurde doit nécessairement être politique. Le problème, je pense, réside davantage dans les relations visuelles des cinéastes lorsqu’ils utilisent leurs caméras pour aborder les problèmes et les images. 
 
Il est important de noter que nous parlons d’un cinéma indépendant, sans soutien institutionnel et qui essaie d’exister grâce aux efforts des cinéastes. Il convient de mentionner que la lacune la plus importante dans ce domaine est la critique solide du cinéma. Je ne suis toujours pas sûr que la critique cinématographique soit basée sur des tangentes artistiques et sur la philosophie. 
 
Mais d’un autre côté, je pense qu’on ne doit pas rejeter tous ces efforts. On peut donc attendre des cinéastes kurdes le cinéma de Vertov, Polanski, Renoir, Truffaut, Kieślowski. Je ne dis pas cela pour exagérer, le cinéma kurde couvre un très vaste territoire, pas seulement le Bakur (Nord). Je pense que nous nous concentrerons sur cela davantage à avec les générations futures. Ce que je trouve important, c’est qu’il est utile de dire qu’il y a une nouvelle génération qui se forme avec des courts métrages, des œuvres expérimentales et des œuvres vidéo.
 
Mais bien sûr, je dois ajouter également ceci, c’est-à-dire, quand on commence à parler du cinéma kurde, qui existe dans des conditions essayant d’être fluide dans la lutte d’un peuple apatride, la première chose qu’on remarque est qu’il est lié à son existence politique. Oui, le cinéma kurde est politique et s’appuie même sur un récit post-traumatique, sur la mémoire de la résistance des Kurdes, les séquences de la lutte pour l’existence. Je voudrais expliquer pourquoi je répète ceci obstinément.
 
Quand vous regardez l’histoire courte et dynamique du cinéma kurde, basée sur les références politiques de la sphère sociale et les lectures issues d’une situation de rébellion, ce qui vous attire, c’est que, tout en essayant de s’impliquer dans le domaine de l’art, il a également créé le langage qui est ancré dans un mouvement cinématographique politique issu des points focaux de la résistance (problème kurde et désir de libération). En d’autres termes, le cinéma kurde tente peut-être de montrer encore qu’il existe dans ces conditions de violence et d’altérité. Mais bien sûr, cela ne devrait pas permettre que des films graves soient portés à l’écran. Mais je ne parle pas de cinéma politique, on peut parler d’une création qui est déjà politique, qui entre dans la mémoire anticoloniale de son identité, en raison de l’ambiance de l’État dans lequel il est formé, avec des références politiques, des images et des sujets linguistiques. 
 
Le cinéma kurde, contrairement au récit de la sphère sociale dominante et à sa macro-histoire, met en valeur un détail dont les représentations sont l’identité politique et un discours cinématographique qui critique, construit et même fait résister obstinément la mémoire contre toutes les normes de guerre, traumatismes, pathologies qui façonnent nos vies. Par ailleurs, il convient de mentionner la grossièreté des films qui entrent dans le vortex du paradigme nostalgique. De même, tout en essayant de toucher une mémoire, des problèmes techniques et artistiques avec la caméra peuvent affaiblir l’importance de la question. 
 
Toute l’histoire politique des Kurdes contribuant à la politisation du cinéma kurde est l’exil, la violence, la guerre, la résistance, la pathologie, les chemins et l’immigration. Nous parlons d’un cinéma qui ne reflète peut-être toujours pas pleinement les crises de la vie quotidienne. Mais je dois mentionner que les cinéastes kurdes cherchent des réponses avec de nombreux travaux expérimentaux. C’est pourquoi, je dis que nous pouvons être témoin de choses incroyables prochainement. Mais bien sûr (…) il convient de noter qu’il existe un événement cinématographique qui s’individualise de plus en plus, tout en parlant de la mémoire collective. En d’autres termes, lorsque nous regardons en particulier les festivals de cinéma kurdes dans la diaspora, nous pouvons dire que nous sommes entrés dans un espace dans lequel le langage de la nouvelle génération est actif.
 
Enfin et surtout, le cinéma kurde, issu de l’utilisation du kurde (langue), du « problème » kurde, passe inévitablement par la conscience politique et nationale même s’il veut traiter des problèmes quotidiens.
 
Donc, cette situation est inévitable, ceux qui font du cinéma ne peuvent pas y échapper, nous allons continuer à regarder des films politiques et parfois même plus idéologiques et agitatifs ?
 
La suite de l’article est en cours de traduction …

La SETA a fiché les Kurdes et les opposants à l’étranger

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BRUXELLES – La SETA, liée au pouvoir turc, a commencé à ficher les Kurdes et les opposants à l’étranger. Le journaliste turc vivant en exil à Bruxelles, Doğan Özgüden fait partie des personnes visées.
 
La fondation turque pour les Recherches politiques, économiques et sociales (SETA), associée à l’AKP, a publié un rapport intitulé « Extensions des médias internationaux en Turquie ».
 
Le rapport énumère les antécédents professionnels et les publications sur les réseaux sociaux de journalistes travaillant pour BBC Turquie, Deutsche Welle Turquie, La Voix d’Amérique, Sputnik Turquie, Euronews Turquie, Independent Turquie et Radio Chine Internationale (CRI) Turquie.
 
Le rapport a accusé ces organisations de « réaliser un travail de perception ».
 
Citant les publications sur les réseaux sociaux et les retweets des journalistes, la SETA a également fait référence aux journaux et aux sites d’informations BirGün, T24, Bianet, Evrensel, Cumhuriyet, Diken, DW Türkçe et Reporters sans frontières (RSF) avec leurs « nouvelles anti-gouvernement ».
 
Les Kurdes étaient visés à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la Turquie. La SETA a publié un nouveau pseudo-rapport intitulé «Les structures du PKK en Europe».
 
Dans le rapport, les organisations et les dirigeants kurdes à l’étranger ainsi que les associations de solidarité avec les Kurdes ont été fichés et leurs noms, photos et adresses ont été publiés.
 
Le journaliste Doğan Özgüden visé
 
La SETA a également ciblé Doğan Özgüden, âgé de 83 ans, dans le nouveau rapport. Le rapport de 666 pages a qualifié les activités professionnelles d’Özgüden de « terrorisme ».
 
Özgüden a été à plusieurs reprises pris pour cible par l’Ambassadeur de Turquie et les médias et organisations turcs pendant le règne de l’AKP, et le gouvernement belge a dû le placer sous une protection rapprochée.
 

ROJHILAT. Le régime iranien s’apprête à exécuter 4 détenus à Orumiyeh

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ROJHILAT / IRAN – Quatre détenus ont été transférés en cellule d’isolement pour être exécutés demain à la prison centrale d’Orumiyeh.
 
Quatre prisonniers condamnés à mort pour meurtre auraient été transférés à l’isolement à la prison centrale d’Orumiyeh depuis différents quartiers pour être exécutés.
 
Le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan (KHRN) a identifié trois de ces détenus comme étant Heman Banavand et Mohammad Aref Najafian du quartier 3-4 en plus de Abdolkhalegh Royayi du quartier 14.
 
Abdolkhalegh Royayi serait détenu à la prison d’Orumiyeh depuis 17 ans.
 
Les autorités pénitentiaires ont dit aux détenus qu’ils seraient exécutée demain si les « propriétaires du sang (Oliya-e-dam) » ne faisaient pas preuve d’indulgence à leur égard.
 

Campagne sur les réseaux sociaux pour célébrer la révolution du Rojava

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Pour célébrer le 7ème anniversaire de la révolution du Rojava, le réseau mondial RISEUP FOR ROJAVA a appelé à une campagne sur les réseaux sociaux le 19 juillet.
 
Le 19 juillet, ce sera le 7ème anniversaire de la Révolution du Rojava.
 
Pour attirer l’attention sur cette journée historique, le réseau mondial RISEUP FOR ROJAVA appelle à une campagne sur les réseaux sociaux pour célébrer le 19 juillet et la révolution du Rojava.
 
RISEUP FOR ROJAVA invite les gens du monde entier à « partager vos félicitations avec les habitants du Rojava par le biais de la vidéo et de l’image et d’indiquer clairement ce que la révolution du Rojava signifie pour vous et pourquoi elle doit être défendue ».
 

Le rendez-vous est fixé le 19 juillet à 18 heures (heure locale en Europe centrale). Les hashtags seront #pirozbe et #riseup4rojava et les messages seront publiés sur Twitter et Facebook.

Le communiqué rappelle que « le 19 juillet 2012, la révolution a commencé à Kobane et s’est rapidement étendue aux villes kurdes d’Afrin, Qamishlo et Derik.

 
Sept années au cours desquelles l’histoire a été écrite. Sept années au cours desquelles la vie de millions de personnes a radicalement changé. Sept ans durant lesquels des centaines de milliers de femmes se sont organisées et libérées, des milliers de communes et d’innombrables coopératives ont été fondées.
 
Ce qui a commencé alors à Kobanê est devenu une lutte majeure contre le fascisme de notre temps et pour la libération des femmes et de la société. La politique de division du régime syrien a été surmontée. Aujourd’hui, 80 % des combattants des YPG et des YPJ sont arabes. Des centaines de milliers d’enfants kurdes, arabes, assyriens et turkmènes apprennent leur langue maternelle, une nouvelle historiographie et le Jineoloji, la science du point de vue des femmes. Les enfants de la révolution sont un symbole vivant de cette nouvelle vie. La liberté s’est gravée dans la mémoire collective de la société.
 
La révolution est encore pleine de contradictions et d’énergie. Sept années au cours desquelles les sociétés du Kurdistan, du nord et de l’est de la Syrie se sont élevées et ont progressé de jour en jour.
 
Sept années au cours desquelles une lourde guerre a fait rage et le Rojava a été attaqué par toutes les parties. Sept ans pendant lesquels la résistance a été présente toutes les secondes et tous les instants. La guerre a commencé en septembre 2012 lorsque des gangs d’Al-Nosra ont attaqué la ville de Serikaniye, suivie par l’attaque de la DAESH sur Kobanê, la défense de dernière minute de l’attaque et la libération complète de Kobane a été le début de la fin du prétendu califat. DAESH a trouvé sa fin dans la résistance de Kobanê. Avec la résistance de Kobane, le Rojava est devenu un symbole d’espoir dans le monde entier.
 
Kobanê, Gire Spî, Til Temir, Til Hamis, Heseke, Al Hol, Minbic, Shaddadi, Tabbqa, Raqqa, Deir-a Zor, Afrin. Les unités de défense du peuple et des femmes (YPG / YPJ) et les forces démocratiques syriennes ont défendu la vie libre au cours des six dernières années, libérant des millions de personnes de l’esclavage du SI et les défendant contre le fascisme turc.
 
Le 19 mars dernier, DAECH a finalement été battu à Baghouz. Dans la lutte contre les dernières positions de DAECH révolutionnaire et internationaliste italien Lorenzo Orsetti (Tekoşer Piling) est tombé l’avant-dernier jour de l’opération. Une mort douloureuse si proche de la fin militaire de DAECH dans le nord-est de la Syrie. Lorenzo nous rappelle des centaines, des milliers de révolutionnaires qui sont tombés dans la lutte pour la vie libre dans la lutte contre DAECH et la Turquie fasciste de l’OTAN. Nous nous souvenons de tous les morts, des jours passés ensemble, des danses, des discussions, des difficultés et des succès. »
 
« Peut-il y avoir une vie plus significative ? »
 
La déclaration se termine par un hommage à tous les martyrs de la Révolution du Rojava. « Les morts sont la valeur de cette révolution. Les morts ont fait de la révolution ce qu’elle est aujourd’hui. Sans eux, il n’y aurait plus de révolution, sans eux nous n’aurions rien à célébrer le 19 juillet. Ils sont entrés dans l’histoire par leur attitude déterminée envers les valeurs universelles du socialisme et leur amour pour la liberté et l’humanité ! Lorenzo, Ivana Hoffmann, Anna Cambell, Legerin Ciya, Dilsoz Bahar et beaucoup d’autres internationalistes ont fait partie de cette histoire par leur abnégation. Et c’est notre héritage de continuer à écrire cette histoire et d’étendre et de défendre la révolution. »
 
Via ANF

Le génocide du 3 août : Les femmes yézidies appellent à une journée d’actions mondiales

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La Fédération allemande des Assemblées des Femmes a déclaré le 3 août, jour anniversaire du génocide perpétré par DAECH contre les Yézidis à Shengal, jour d’actions et a appelé tout le monde à sortir dans la rue contre le féminicide.
 
Le 3 août 2014, des mercenaires de l’Etat islamique (EI ou DAECH / ISIS) ont attaqué la ville de Shengal dans le Kurdistan du Sud, tuant des milliers de civils, dont des enfants, des femmes et des vieillards.
 
Des milliers de femmes yézidies ont été enlevées par des mercenaires, réduites à l’esclavage sexuel, et beaucoup d’autres ont été torturées et exécutées.
 
Lors de l’un des génocides les plus terribles du 21ème siècle, des dizaines de milliers de Yézidis ont été secourus par le couloir ouvert par les combattants des YPG – YPJ et la guérilla kurde du HPG (PKK).
 
Pour commémorer le cinquième anniversaire de ces massacres qui constituent un génocide, la Fédération allemande des Assemblées des femmes a déclaré le 3 août « La Journée d’action contre le féminicide ».
 
L’appel s’adresse en particulier aux femmes pour qu’elles organisent des activités et des actions ce jour-là, en souvenir de Shengal.
 
Sous la direction de la Fédération, le 3 août à 11 heures à Shengal et dans le monde entier, une minute de silence sera observée en hommage aux femmes enlevées par des mercenaires de DAECH.
 
Dans leur appel, la Fédération des Assemblées des Femmes et les organisations de la société civile ont déclaré que les actions exigeront la fin de la tragédie des femmes yézidies et du féminicide.
 
 

KURDISTAN DU SUD / FÉMINICIDES : 89 femmes mortes au cours des 5 premiers mois de 2019

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KURDISTAN DU SUD / FÉMINICIDES – 89 femmes se sont auto-mutilées ou se sont suicidées au Kurdistan du Sud (Bashur) au cours des cinq premiers mois de 2019.
 
Selon le bilan publié par l’administration chargée de la lutte contre les violences faites aux femmes, 89 femmes se sont immolées ou sont mortes au cours des cinq premiers mois de 2019. Le communiqué de l’administration indique que les femmes sont mortes d’une manière suspecte.
 
Selon le bilan, au cours des cinq premiers mois de 2019, 89 femmes ont été brûlées ou se sont immolées.
 
33 femmes ont perdu la vie à la suite de blessures suspectes provoquées par brûlures à Sulaymaniyah, 24 à Hewlêr, 19 à Duhok, 1 à Germiyan, 8 à Raperin, 4 à Soran. Au cours des cinq premiers mois de 2018, ce chiffre était de 67.
 
Au cours des cinq premiers mois de 2019, 18 femmes ont été tuées, 25 femmes se sont suicidées, 49 femmes se sont immolées et 43 femmes ont été agressées sexuellement.
 
Rewend Sabir, attachée de presse de l’Organisation pour lutter contre la violence à l’égard des femmes, a déclaré : « Après avoir ouvert la ligne de plainte des femmes, les femmes ont commencé à porter davantage plainte. Les femmes devraient nous appeler pour faire valoir leurs droits par des moyens légaux. »
 

Le « Grand saut » réussi pour Hasankeyf

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MONDE / ECOLOGIE / CULTURE / PATRIMOINE – L’Initiative « Garder Hasankeyf en vie » et le Mouvement écologique de la Mésopotamie ont publié une déclaration concernant le succès de la journée mondiale d’actions organisée pour le site historique d’Hasankeyf, vieux de 12 000 ans.
 
Des écologistes ont manifesté dimanche à Hasankeyf et dans le monde contre le barrage d’Ilisu, qui avait suscité la controverse, en réponse à l’appel lancé par l’Initiative visant à maintenir Hasankeyf en vie et le mouvement écologiste de la Mésopotamie. 
 
Le « Grand saut » d’Hasankeyf a également eu lieu dans les villes d’Allemagne, Hambourg, Berlin, Mayence, Nuremberg et Wendland, Rome, Londres, Copenhague, Zurich, États-Unis – Washington / Port Townsend, Brésil – Rio de Janeiro , Sîne / Iran, Sarajevo / Bosnie, Bagdad, etc.
 
Cette journée d’action a été la continuation des activités grandissantes des derniers mois contre le barrage d’Ilisu, qui est presque prêt pour le remplissage de son réservoir.
 
 
Avec ces dernières actions dans plus de 25 régions du monde, les participants ont demandé l’arrêt immédiat du méga barrage qui dévasterait également la région le long du Tigre en Irak.
 
 
La déclaration souligne que « la plupart des actions ont été menées en Turquie, ce qui constitue un développement positif car cela montre la vague de solidarité croissante de la population combattant le barrage d’Ilisu.
« Cette journée d’action est une expression du fait que les activités des prochaines semaines et des prochains mois contre le barrage destructeur d’Ilisu et pour la défense de Hasankeyf et du Tigre continueront. Tant que nous continuerons, ce sera difficile de mener à bien ce projet de destruction, d’exploitation et de domination. »
 
Hasankeyf doit être protégé pour plusieurs raisons :
 
Premièrement, Hasankeyf est le patrimoine culturel du monde entier avec ses plus de 12 000 ans d’histoire laissée par de nombreuses civilisations successives telles que les Sumériens, les Assyriens, les Babyloniens, les Byzantins, les Omeyyades, les Abbassides, les Artuqides, les Kurdes, etc.
 
Hasankeyf compte plus de 5000 grottes, 300 monticules et n’a pas encore livré tous ses secrets, fautes de fouilles archéologiques…
 
Deuxièmement, ce grand barrage d’Ilisu va chasser de leurs terres les populations qui vivent dans cette région depuis des millénaires.
 
Troisièmement, la réduction du débit des eaux du Tigre asséchera les marais située dans le sud de l’Irak causant une autre catastrophe écologique dans une région déjà dévastée par les changements climatiques et sécheresses répétées, tandis que la nature d’Hasankeyf sera engloutie par l’eau alors que la Turquie l’avait déclarée « zone de conservation naturelle » en 1981.
 
Quatrièmement, avec ce barrage, l’État turc prendra le contrôle des ressources en eau et sera en mesure de couper l’eau du Tigre à tout moment, affectant ainsi l’Irak. L’eau est très importante non seulement pour les Kurdes, mais aussi pour les Arabes et l’Irak. L’eau du Tigre ne doit pas être une arme de guerre laissée entre les mains du pouvoir turc.
 
 

SAVE HASANKEYF. Performance artistique à Berlin

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ALLEMAGNE – BERLIN – Le samedi 13 juillet, la journaliste et artiste kurde Zehra Doğan ainsi que Juan Golan Elibeg, Aurélie Gerardin et Thomas Lamouroux – membres de la Compagnie « Bien à vous Armanç Kerborani » – ont réalisé une performance artistique dans le musée de Bergame, devant la porte d’Inana Ishtar, à Berlin, pour attirer l’attention sur la destruction de la ville historique kurde Hasankeyf par la Turquie.

Les quatre artistes ont été arrêtés par la police allemande et relâchés après interrogation.
 

La vidéo de la performance à voir ici

Dogan et la compagnie « Bien à vous Armanç Kerborani » avaient réalisé une performance similaire à l’entrée du Musée du Louvre, à Paris, le jeudi 27 juin 2019.

Plusieurs événements sont prévus pendant ce week-end par l’Initiative « Keep Hasankeyf alive » (Hasankeyf’i Yaşatma Girişimi).

 
Images via ANF 

Aimer la vie à en mourir. Les martyrs du 14 juillet

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TURQUIE – Il y a 39 ans jour pour jour, 4 prisonniers politiques, cadres du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), ont lancé une grève de la faim appelé le « jeûne de la mort », pour protester contre les conditions de détention dans la prison tristement célèbre de Diyarbakır. Tous les quatre ont perdu la vie et sont commémorés en tant que « les martyrs du 14 juillet » par les organisations kurdes.
 
Kemal Pir est l’un des fondateurs du PKK. Avec 3 autres cadres du PKK, Hayri Durmuş, Akif Yılmaz et Ali Çiçek, il a annoncé le début d’un jeûne de la mort le 14 juillet 1982.
 
Kemal Pir était un révolutionnaire turc de la région de la mer Noire. Il est l’un des fondateurs du PKK. C’est sous la direction des membres du PKK, Kemal Pir, Hayri Durmuş, Akif Yılmaz et Ali Çiçek, que le 14 juillet 1982, le début d’un jeûne de la mort a été annoncé pour protester contre les conditions de détention dans la prison Diyarbakır. Tous les quatre sont morts au cours de la grève de la faim. A l’âge de 30 ans, Pir mourut le 55ème jour du jeûne, après avoir perdu la vue. Jusqu’à ce jour, il est honoré en tant qu’incarnation de l’esprit radical et internationaliste du mouvement et en tant que pont entre les peuples turc et kurde en lutte. 
Les conditions inhumaines du système de torture de la prison de Diyarbakir, où les prisonniers étaient soumis à des formes de violence horribles, telles que la violence sexuelle, le viol, terreur psychologique, passages à tabac, décharges électriques et contrainte de manger des excréments de chien, l’État a tenté de briser toute croyance en l’idéal, le rêve et l’utopie des prisonniers. La résistance de la prison de Diyarbakir a toutefois suscité le soutien populaire et déclenché la décision définitive du PKK de se lancer dans une lutte armée contre l’État turc le 15 août 1984. Suite à l’action de Mazlum Doğan, quatre autres détenus, Ferhat Kurtay, Eşref Anyık, Necmi Önen et Mahmut Zengin se sont immolés en signe de protestation.

Sakine Cansız, une des cofondatrices du PKK, est l’une des seules femmes fondatrices du PKK à être décrite par ses camarades comme «l’esprit de la résistance dans la prison de Diyarbakir» et assassinée avec deux autres femmes kurdes Fidan Doğan et Leyla Şaylemez à Paris le 9 janvier 2013.

Terrifié par les implications de la mort rapide de ces prisonniers, qui ont politisé les quartiers, les tribunaux et la population, au-delà des murs de la prison avec leurs défenses politiques, devant les tribunaux et leur éducation dans les cellules, l’État turc a eu recours à des mesures drastiques et a tout fait pour minimiser la signification de ces actions.

L’auteur de l’histoire suivante, l’activiste politique kurde et auteur Fuat Kav, a passé 20 ans dans des prisons turques, dont 8 ans dans la prison de Diyarbakir. Ayant activement participé à la résistance en prison et vécu des formes de cruauté impensables en prison, sa mémoire vivante est l’une des seules sources des histoires silencieuses derrière les murs de la prison turque. À ce jour, les crimes contre l’humanité perpétrés dans la prison de Diyarbakir n’ont pas fait l’objet d’enquêtes. Les mémoires de prison de Kav sont basées sur des événements et des conversations réels, exprimés sous une forme littéraire.
« Kemal était une légende. Comme un chevalier luttant pour sa vie, il a poursuivi sa résistance à la mort. Il résistait instant après instant, cellule par cellule. Mais la mort était déjà à sa porte, il avait atteint la fin de sa vie physique.
«Je dois être le premier à mourir. Je dois être le premier à fermer les yeux », avait-il déclaré dans les premiers jours du jeûne de la mort. Il est resté fidèle à ses mots. Cependant, il était maintenant dans le noir. Après un certain point, il ne pouvait que rêver du monde, des étoiles, du soleil, de la lune et de la lumière. Parce que ses yeux avaient perdu la vue. Le sourire dans ses yeux de feu qui illuminaient ses amis n’existait plus.
«Mes yeux ne voient plus. Tout est noir… Wow ! Voilà à quoi ressemble le monde des aveugles ! Maintenant, je comprends à quel point la vie doit être cruelle pour eux », a-t-il dit tout à coup à Hayri.
«Ne vois-tu pas du tout, Kemal ?», Demanda Hayri, rassemblant toutes ses forces.
« Non rien. Obscurité totale… Mais ce n’est pas important. Mes jours sont finis de toute façon. Je ne veux pas que les gardiens de prison le sachent. Sinon, ils s’en serviront contre moi. »
« Ne parle pas comme ça, Kemal. Qui sait qui ira en premier ? »
« Non, je dois être le premier à mourir. Ne t’inquiète pas pour ça. »
« Je ne peux pas gérer la mort d’un autre ami, Kemal. Comme toi, moi aussi je pleure du sang. Ce Mazlum est mort avant nous, que les quatre amis se sont sacrifiés, toutes ces choses m’ont profondément blessé. Et maintenant… »
« Je te comprends. Nous avons vécu ensemble des jours insupportablement douloureux. Je suis pleinement conscient des responsabilités. Néanmoins, je dis «je dois être le premier à mourir». Comprends-moi, d’accord? »
En changeant de sujet, Hayri serait en mesure de mettre fin au discours sur le vœu insupportable de Kemal. Il voulait changer l’ordre du jour en posant des questions sur quelque chose de différent :
« Est-ce que quelqu’un connaît la chanson « Ağlama yar ağlama / mavi yazma bağlama » ? C’est une chanson incroyable. Je veux toujours écouter cette belle chanson qui exprime si clairement la douleur, la solitude et le désir ardent de sa mère. Ce serait génial si quelqu’un le chantait. N’y a-t-il personne ici qui connaisse cette chanson ? »
Bien que personne qui sache la chanson ne soit là, la chanson devait maintenant être chantée, parce que Hayri l’avait voulue. Mais personne n’avait le talent de chanter. C’était comme si les gens, qui sont privés de compétences en chant, ont été spécifiquement sélectionnés pour entrer rapidement dans la mort ! Mustafa Karasu était la seule personne qui connaissait les chansons par cœur. Il ne connaissait qu’une ou deux chansons. À la demande de Hayri, il fit de son mieux pour rassembler ses lambeaux de mémoire pour se souvenir des mots des chansons. En fait, ils avaient tous chanté cette chanson lors d’une de leurs soirées récréatives. Mais personne n’aurait été capable de se souvenir du texte de la chanson en entier. Qu’est-ce qui allait se passer maintenant ? Karasu est venu à la rescousse de tous. « Très bien, chantons tout ensemble », a-t-il dit. «Nous pouvons le faire si nous chantons dans une chorale». Ils avaient vraiment réussi. Ils ont chanté en chorale et ont terminé la chanson. Mais si on demandait «comment» ils ont chanté, la réponse serait «terrible». À la fin de la chanson, Karasu a réussi à éviter les critiques en disant: «Nous avons chanté, même si nous avons rendu la chanson méconnaissable. Mais peu importe, nous avons chanté après tout. »Hayri a applaudi la chorale.
“J’ai rejoint votre chant”, a déclaré Hayri.
«Karasu, je t’ai rejoint aussi. Ne pense pas que tu es le seul à avoir chanté », intervint Kemal.
«Je ne sais pas, Kemal. Pour être honnête, je n’ai pas entendu ta voix. Je n’ai pas eu le signe de ta signature. »
« Quel type de signe attendait-tu ? »
« Un bon. J’ai senti les signes de tous les autres amis qui chantaient, mais je ne suis pas aussi sûr de toi. »
« Si tu ne l’entends pas, c’est que tu as quelque chose à faire. J’ai chanté et je ne te laisserai pas refuser mon travail.  »
 » Très bien, j’écoute plus attentivement cette fois.  »
 » Connais-tu la chanson « Eşkıya dünyaya hükümdar olmaz » [Le bandit ne peut pas gouverner le monde], Karasu ? »
« Non, je ne le sais pas. Ou plutôt, je ne me souviens pas de tout le texte de la chanson. Mais je suis sûr que nous pouvons chanter en chorale.
“Ok, chantons-la. Je chanterai aussi, mais ne me dites pas que vous n’avez pas reçu de signe après, d’accord?  »
 » D’accord, d’accord. Je vais bien écouter cette fois. Voyons voir. »
La« chorale »avait fait ce que Kemal souhaitait. Pendant le chœur, la voix distinctive de Kemal s’élevait. Il avait la voix la plus grave parmi tous et parce qu’il chantait très fort, le son était juste incroyable. Sa voix riche et profonde résonnait dans la cellule de prison. Il était impossible pour Karasu de ne pas le remarquer.
« As-tu eu le signe cette fois-ci, Karasu? », S’est demandé Kemal à la fin de la chanson.
“Je l’ai eu, en effet. Un gros, en fait, cher Kemal. Nous pourrions maintenant t’accepter dans notre chorale, ha ! » Il était vraiment impressionné par la voix de Kemal.
« Tu as dit que vous pourriez, n’est-ce pas ? »
« Non, non, pas « pourriez ». Je me corrige: nous t’accepterons.
“D’accord, Karasu. Je dois me reposer un peu. »
« Repose-toi, Kemal. Je vais dormir aussi. Nous n’avons pas dit quel jour nous sommes, où nous sommes, où nous sommes allés, ce que nous avons vu pendant notre voyage, et si nous avons combattu des fascistes aujourd’hui, camarade Kemal. »
 » C’est vrai! Aujourd’hui est le 47ème jour de notre action. Cela signifie que nous sommes à Mardin aujourd’hui. Je dois dire que j’aime beaucoup Mardin, l’une des villes les plus dynamiques, historiques et multiculturelles du Kurdistan, une mosaïque de peuples très colorée. Aujourd’hui, j’ai visité ses sites historiques, monté la forteresse, examiné son architecture avec fascination. Malheureusement, je ne pouvais pas combattre les fascistes, car il n’y a pas de fascistes à Mardin. Mais je dois dire que j’ai discuté avec des chauvins sociaux. »
«Je me suis promené silencieusement. Quand je suis fatigué, je monte la forteresse. Là, j’ai bu de l’eau que des enfants vendent. Pendant un moment, je ne pouvais m’empêcher de penser à tous les conquérants qui ont capturé cette ville à travers l’histoire. Quand j’ai pensé à tous les tyrans, despotes et bourreaux qui ont dû incendier et détruire cette ville à plusieurs reprises, les oppresseurs de notre époque me sont venus à l’esprit. Sont-ils plus scrupuleux que les anciens tyrans ? Kemal, tu m’écoutes…? »
Kemal s’était endormi, plongeant au plus profond de l’espace, au-delà des limites de la pensée. Sa faiblesse due à la faim, à la soif et à l’épuisement l’avait amené à ces endroits.
Le corps de Kemal ne pouvait plus gérer la situation. Il avait perdu ses yeux, ainsi que son énergie. Sa conscience allait et venait. Comme ses yeux étaient devenus aveugles, il a souvent allumé le côté filtre de ses cigarettes. Parfois, il se taisait, mais la plupart du temps il parlait. Il a parlé sans pause. Les tentatives des médecins et des gardiens d’encourager les prisonniers à renoncer à leur action le fâchèrent extrêmement; il le devrait et jure parfois. Le médecin de la prison, Orhan Özcanlı, faisait de son mieux pour convaincre Kemal de mettre un terme à ses agissements.
«Regarde, Kemal. Tu es en train de mourir, la mort t’approche pas à pas. Pense-y, tu atteins la fin de ta vie. Tu es sur le point de migrer de ce monde. Il suffit d’abandonner cette chose. Il n’y a pas de fin à cette route… ”
«Docteur, regardez-moi attentivement ! Ouvrez vos oreilles et écoutez. Graver mes mots dans votre tête. J’ai commencé cette cause consciemment. Je suis bien conscient que la mort m’attend au bout du chemin. Je réalise aussi que je suis au bout de cette route en ce moment. Je peux sentir la présence de la mort et de son bourreau. Je peux les entendre respirer. »
« La vie est belle, Kemal. Tu dois aimer la vie. Même si les humains sont mortels, ils veulent vivre dans ce monde et craignent donc énormément la mort. C’est pourquoi c’est un mensonge de prétendre que tu n’as pas peur de la mort. Nous voyons ceux qui se voient comme les plus vaillants et les plus courageux, trembler de peur devant la mort. Et puisque tu es humain aussi, tu as sûrement peur aussi. Mais je peux toujours te sauver, même dans cette situation… »
«Qui pensez-vous que je suis, docteur ? Vous n’avez toujours pas réussi à me connaître ? Je suis Kemal Pir. Sans vouloir me vanter, j’ai ouvert les yeux sur la vie sur les rives de la mer Noire. C’est avec les attributs de cette région que j’ai appris à connaître la vie sous sa forme la plus solide et la plus pure parmi les gens authentiques, qui ont su être amis avec les amis et ennemis avec les ennemis. Je suis Kemal Pir, qui est arrivé à ce jour en rencontrant des peuples de soixante-douze nations des terres d’Anatolie, pour se consacrer ensuite à la liberté du peuple kurde. Je ne sais pas si j’ai été assez clair? »
« Vous l’avez fait, mais… »
« Il n’y a pas d’autre solution que ça, docteur. Je me suis présenté à vous tel quel, sans exagération ni mensonge, de manière honnête, dans un langage simple. Cependant, si vous dites toujours « mais » après cela, c’est votre problème. « 
«Mais la vie est différente, Kemal. Peu importe la façon dont vous vous décrivez, personne ne peut s’empêcher de penser la même chose face à la mort. La peur de la mort est un sentiment terrifiant. Cela crée un séisme d’émotions qui peut vous mettre dans n’importe quelle forme. C’est un tremblement de terre qui peut te prendre ton humanité. »
« Enfin, quelque chose de correct est sorti de votre bouche. »
« Qu’est-ce que cela signifie ? »
« N’est-ce pas compréhensible ? »
« Je parle de la vie et de la peur. Je prétends que tous les êtres humains sont les mêmes devant la mort. Tout le monde a peur de la mort. Quiconque est dans cette situation frissonnera comme s’il avait de la fièvre. Même si cette personne est Kemal Pir. « 
«Regardez, docteur. Je suis pleinement conscient du sens de la vie et de la mort. Je sais exactement qui a peur de la mort et qui frissonne devant elle. Je sais aussi que nous menons une vie mortelle et que je suis conscient des notions de paradis et d’enfer dans l’après-vie. C’est vous et ceux qui vous aiment ne sauraient pas de telles choses. Ils ne comprennent pas et même s’ils le font, ils agissent comme s’ils ne comprenaient pas. Dois-je vous dire autre chose, docteur ? –
Bien sûr.
– J’aime tellement la vie que je suis prêt à en mourir. Regardez, vous êtes le témoin de cela. Vous verrez de vos propres yeux comment je meurs pour la vie, comment je sacrifie ma vie sans cligner des yeux, comment je m’accroche à la vie en mourant… »
«Vous mourrez pour rien, Kemal, pour rien. Vous ne réaliserez rien par la mort. Vous devez vivre pour atteindre votre objectif, sinon personne ne prendra des mesures en fonction de vos objectifs. Rêver d’être un «héros» est un fantasme temporaire et inutile. Je ne le trouve pas juste ou significatif. Qu’une personne devienne un héros après sa mort, qu’il s’agisse de statues, de livres écrits ou de films produits en son nom, n’a aucune signification pour moi. Quand vous êtes mort, vous êtes mort.
«De toute façon, vous ne croyez en rien. Vous êtes une personne sans but, qui ne pense pas à l’avenir, qui rejette la vie, qui n’a rien à offrir aux enfants du futur. C’est pourquoi vous regardez tout en termes de pertinence quotidienne et de valeur matérielle. Vous pensez que tout ce qui est passé est passé et que seuls ceux qui verront l’avenir devraient s’en préoccuper. « Vivre, penser et concevoir le présent ». C’est pourquoi vous ne pouvez pas comprendre l’héroïsme ou le courage. « 
« Je suis toujours convaincu qu’il n’y aura pas un seul homme dans le futur qui posera des questions sur vous, érigera votre statue, écrira des livres ou réalisera des films sur vous et dira « Il était une fois un homme courageux de la mer Noire qui a perdu sa vie pour nous pendant le jeûne de la mort. » Peut-être qu’un groupe marginal commémorera votre nom simplement pour tuer le temps, mais vous ne deviendrez jamais un héros ayant quelque chose à offrir à une nation ou à un peuple. Notez mes mots, Kemal. »
« Pourquoi continuez-vous de mentionner l’héroïsme ou l’héritage de mon nom ? Une personne ne peut-elle pas simplement remplir ses devoirs sociétaux et historiques ? Pourquoi avez-vous besoin de voir quelque chose en retour ? « 
«Nous parlons d’un problème grave, celui de la mort, Kemal. Bien sûr, il devrait y avoir quelque chose en retour. Vous mourez, au moins vous êtes un héros, au moins votre nom doit être gardé en mémoire, des livres doivent être écrits en votre nom.  »
 » Les choses que vous mentionnez, ces titres ne devraient pas avoir autant d’importance. Ce qui compte, c’est le devoir et la responsabilité. Penser qu’il devrait y avoir une récompense pour tout est scandaleux. C’est l’expression extérieure d’un état intérieur qui consiste à se perdre et à se brouiller avec sa réalité, son âme et sa raison d’état. « 
«Je vais continuer à vous demander ceci: pourquoi mourrez-vous exactement ? Pour un objectif vide, vous mourrez pour rien, une vie gâchée. En tant que personne connaissant bien l’Etat, je vous dis que l’Etat ne vous adressera pas. Même si vous mourez tous, si chacun d’entre vous se laisse entraîner dans des cercueils, notre état sublime ne vous prendra pas au sérieux. Sachez le. »
« Nous discutons depuis si longtemps de choses aussi pénibles. Mais vous continuez d’être un homme raide, têtu, à la tête de tambour. Je ne pense pas que vous soyez un médecin, vous n’avez probablement jamais passé le département de médecine. Vous pourriez être un boucher, un bourreau, un meurtre ou peut-être un monstre. Mais il est impossible pour vous d’être médecin. »
« Vous m’insultez, Kemal. Nous discutons, nous discutons et parfois nous nous disputons. Mais nous ne devrions jamais être insultants. « 
«Toutes vos paroles sont insultantes. Il est impossible de discuter de quoi que ce soit avec vous. Une personne devrait au moins avoir la capacité de parler et de discuter comme un être humain. « 
 » Quoi qu’il arrive, vous ne devrez pas m’insulter.  »
 » Si vous parlez comme ça, je ne vous ‘insulterai pas seulement, mais si j’avais le pouvoir, Je me battrais avec vous. Sachez-le. »
« Je ne voudrais pas insulter ni faire d’injustice à une personne dont le cou est dans les griffes de l’ange de la mort. Vous mourrez quand même, Vous êtes sur votre dernier voyage. De toute façon, vous dites adieu à la vie. »
« Est-ce ainsi que vous parlez à une personne qui meurt pour ses idéaux ? Est-ce que cela convient à un médecin ? »
« Je peux vous sauver, je peux vous soigner et vous ramener à votre ancienne forme. Rentrez avant qu’il ne soit trop tard, Kemal. »
«Je meurs pour mes convictions. C’est pourquoi ma mort n’est pas en vain. Je me suis consacré à la cause de l’humanité. Je meurs pour l’humanité. Je suis redevable au peuple kurde. C’est une autre dimension particulière de mon combat, de mon combat. Mais vous ne comprenez pas et ne comprendrez jamais cela! »
« Bien, j’ai offert. Je suis libre de culpabilité. Même si vous me le demandez, à partir de maintenant, je ne vous sauverai plus ! Je sais tout ce que vous faites en secret de toute façon… »
Les autres prisonniers, qui avaient entendu la conversation, voulurent intervenir mais finirent par abandonner. Ils étaient contrariés par les accusations du médecin selon lesquelles ils mangeaient secrètement. Il y avait le désespoir, mais c’était trop. Ils se demandaient si de telles choses se produisaient dans d’autres parties du monde. On pourrait s’attendre à ce que l’ennemi réserve une sorte de respect face aux personnes qui risquent la mort pour défendre leurs convictions. C’était pourtant la forme ultime de piétinement de la dignité humaine.
«Regardez-moi, docteur !»
«Oui, Kemal, je vous regarde. Qu’Est-ce que c’est ? Qu’est-ce que tu as à dire ?  »
 » Est-ce que vous insinuez que j’ai mangé en secret ?! Quoi qu’il en soit, vous êtes quand même une personne déshonorante … Regardez docteur, dans quelques jours, vous verrez que je n’ai pas mangé. « 
«Peu importe, Kemal. Si vous voulez partir rapidement, je vous emmènerai à l’hôpital. N’oublie pas que si je fais cela, il y aura quelque chose en retour. »
« Éloigne-toi de moi ! Votre capitaine bourreau et même son supérieur, votre pantin de général n’a pas réussi à me faire tomber à genoux. Mais vous pensez que vous allez le faire ? Pars tout de suite. Je ne veux pas te voir ! »