TURQUIE. Le 5 juin 2015, DAECH commettait un massacre lors d’un meeting kurde à Diyarbakir

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TURQUIE/ KURDISTAN DU NORD – Il y a 7 ans jour pour jour, le 5 juin 2015, 5 personnes étaient tuées et 400 autres blessées dans un attentat perpétré par DAECH /ISIS contre un rassemblement organisé par le parti HDP dans la ville kurde de Diyarbakir (Amed). C’était 2 jours avant les élections générales turques qui allaient mettre fin au règne absolu d’Erdogan.
 
Depuis, des dizaines de milliers de politiciens, activistes, journalistes, féministes, députés, maires… kurdes ont été arrêtés et sont détenus en otages dans les geôles turcs…

Les jeunes Yézidis sauvés de DAECH ont besoins d’aide pour avoir une vie « normale »

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L’ONG humanitaire Free Yezidi Foundation continue à apporter son aide aux survivant.e.s du génocide yézidi perpetré par le groupe terroriste Etat Islmaique (DAECH / ISIS) en août 2014. En plus des femmes et fillettes yézidies transformées en esclaves sexuelles, les terroristes islamistes ont enrôlé les garçons yézidis comme soldats en leur inculquant l’idéologie jihadiste mortifère. Les enfants yézidis qui ont échappé à l’enfer de DAECH ont besoin d’aide médicale pour pouvoir vivre normalement malgré les séquelles laissées par leur captivité.
 
Récemment, Free Yezidi Foundation a organisé une rencontre entre des jeunes Yézidis sauvés des mains de DAECH et Nadine Maenza, vice-présidente de la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (United States Commission on International Religious Freedom – USCIRF). Cela a été l’occasion de voir de près les souffrances de ces jeunes rescapés et de rappeler au monde qu’il est urgent de leur venir en aide pour qu’ils puissent mener une vie « normale » .
 
Voici le poste de Free Yezidi Foundation concernant la rencontre entre Nadine Maenza et de jeune rescapés yézidis:
 
« Nous avons accueilli de jeunes hommes yézidis qui ont été réduits en esclavage par Daech lors du génocide yézidi. Ces garçons ont énormément souffert et ont été forcés d’être des «Lionceaux du califat» contre leur propre peuple. Nous explorons avec des partenaires des moyens systémiques de soutenir ces survivants.
 
Pendant le génocide yézidi, les hommes d’un certain âge étaient le plus souvent exécutés. Mais des garçons ont été capturés, endoctrinés, (…) subi des crimes et [obligés] de faire partie de l’organisation criminelle et brutale de Daech.
 
Alors qu’une grande partie de l’attention internationale s’est concentrée à juste titre sur les crimes sexistes perpétrés contre les femmes yézidies, nous ne devons pas oublier le sort de ces jeunes garçons yézidis, qui ont également besoin de soutien et d’attention.
 
Non seulement ces garçons ont subi des abus directs et des mauvais traitements horribles, mais leur enfance a été terriblement déformée par le lavage de cerveau de Daech, dans certains cas pendant des années. La communauté yézidie peut aider à bâtir un avenir meilleur pour eux si on leur en donne l’occasion.
 
Nous avons essayé de faire un petit pas en amenant une grande amie et alliée des Yézidis, Nadine Maenza, pour passer du temps avec eux, exprimer sa solidarité et comprendre leurs histoires et leurs besoins actuels. On nous a dit qu’ils appréciaient grandement l’effort.
 
Et en tant qu’établissement géré à 100% par les Yézidis, nous avons été très heureux de préparer une heure de desserts et de friandises pour qu’ils aient un peu de chaleur et de soutien dans notre café-boulangerie. Malgré la souffrance, ces garçons peuvent encore avoir une vie meilleure s’ils reçoivent un soutien et des outils pour l’avenir. »
 

TURQUIE. Le gouverneur d’Adana interdit la représentation de Tartuffe en kurde

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TURQUIE – La pièce en kurde Tartuffe de Molière, qui était prévue au théâtre de la municipalité métropolitaine d’Adana, a été interdite par le gouverneur d’Adana. La demande faite au bureau du gouverneur d’Adana pour mettre en scène la pièce de théâtre a été rejetée. Le bureau du gouverneur d’Adana a interdit la pièce, affirmant qu’elle était « inappropriée » . Contrairement au gouvernorat d’Adana, le gouverneur de Mersin a autorisé la représentation de la pièce kurde Tartuffe. Réagissant à la décision d’interdiction, l’organisateur Suat Ekin a déclaré: « Normalement, il n’est pas nécessaire d’obtenir l’autorisation du bureau du gouverneur pour que des événements se déroulent dans des salles. Mais la direction de la culture de la municipalité métropolitaine du CHP d’Adana a insisté sur le fait que, comme la pièce est en kurde, il valait mieux obtenir l’autorisation du bureau du gouverneur. La décision d’interdiction est une indication d’intolérance envers la langue kurde. » Tartuffe, ou l’Imposteur en 1664, est une comédie théâtrale de Molière. Les personnages de Tartuffe, Elmire et Orgon sont considérés parmi les plus grands rôles de théâtre classique. ANF

« Dersim signifie résistance »

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ALLEMAGNE – La 12e édition du festival de Dersim a réuni des milliers de Kurdes à Francfort. Le député HDP pour Dersim, Kemal Bülbül, a déclaré que Dersim était synonyme de la résistance.
 
Après une pause de deux ans en raison de la pandémie de coronavirus, la douzième édition du traditionnel festival de Dersim a eu lieu à Francfort. Le festival de deux jours a été organisé par la Fédération démocratique alévie en Europe (FEDA) et la Fédération de Dersim en Europe (ADEF).
 
Après les discours de Pir Ali Bali et Narin Ana, les groupes de musique Stêra Muzik, Grup Munzur, Beşer Şahin, Doğan Çelik, Lale Koçgün, Mikail Aslan, Levent Özdemir, Serhad Med, Varvara et des joueurs de dahol û zurna ont chanté et joué des chants folkloriques kurdes lors du festival.
 
Hülya Yer, coprésidente du Comité de construction de Dersim (DIK), a parlé du massacre du Dersim en 1937/38. Selon Hülya Yer, la même mentalité qui a causé le génocide de la population kurde-alévie à l’époque est aujourd’hui derrière les attaques contre les zones de guérilla au Kurdistan du Sud.
 
Elle a également déclaré que la résistance d’Alişer et Zarife d’il y a plus de 80 ans est embrassée aujourd’hui par des personnes comme Sakine Cansiz, Aysel Doğan et des milliers de « héros anonymes » .
 
Le député HDP Kemal Bülbül a déclaré que Dersim est synonyme de résistance. Le journaliste arménien Hayko Bağdat a ajouté : « Tout le monde ici a souffert de l’État turc. (…) Je suis chaleureusement accueilli par toutes les familles alévies et kurdes d’Europe. »
 
Les stands de livres installés lors du festival ont suscité un grand intérêt du public. Des dizaines d’auteurs dont Hatip Dicle, Sefkan Botan, Kemal Aktaş, Erdoğan Yalgın, Aziz Tunç et İmam Canpolat étaient présents et ont écrit des dédicaces dans leurs livres.  
 

LIVRE. Kurdistan, il était une fois la révolution

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PARIS – Le collectif Syllepse continue à publier des ouvrages autour des Kurdes du Rojava avec la sortie en novembre prochain du livre « Kurdistan, Il était une fois la révolution » écrit par Enguerran Carrier*, un ancien volontaire engagé auprès des YPG.
 
Dans ce nouveau livre, l’auteur analyse les raisons du « succès » de la révolution du Rojava tandis le mouvement populaire syrien né dans le sillage des « Printemps arabes » a été écrasé dans le sang par des groupes jihadistes et le régime syrien en place.
 
En attendant la sortie du livre, « Kurdistan, Il était une fois la révolution » , voici la présentation de l’ouvrage faite par le collectif Syllepse qui dénonce également les clichés entourant les Kurdes :
 
« Il y a quelques années déjà, les Kurdes ont fait leur entrée fracassante dans l’imaginaire collectif des Européens. Pourtant, les Kurdes sont et restent largement un peuple peu connu, en dehors de quelques clichés.
 
Les Kurdes fascinent en Occident, par-delà les clivages politiques. Pour certains, « les Kurdes » seraient la tête de pont de la civilisation « démocratique et laïque ». Pour d’autres, c’est un événement particulier qui, depuis 2014, a fasciné, fait couler de l’encre et suscité bien des débats : la révolution du Rojava.
 
La révolution du Rojava reste, en 2022, mal connue, y compris et peut-être surtout par ses zélateurs les plus frénétiques. L’auteur remonte aux origines de ce processus politique ayant débuté avec le mouvement de contestation contre le régime de Bachar al-Assad et ayant abouti, après l’éviction des troupes syriennes des régions kurdes de Syrie, à la constitution d’entités de facto autonomes ayant vocation à persister.
 
La période ici décrite s’étend des premières manifestations en Syrie du printemps 2011 aux offensives militaires lancées par l’organisation djihadiste Jabhat al-Nosrah en juillet 2013. Cette période relativement courte, mais extrêmement dense, soulève un nombre important de questions. Comment une organisation initialement minoritaire, le PYD, a-t-elle pu prendre le contrôle des régions kurdes en 2012 puis imposer son hégémonie politique ?
 
Pourquoi d’autres organisations qui disposaient d’une influence plus étendue et de moyens matériels et logistiques plus importants, ont-elles perdu de leur influence au cours de la révolution syrienne ? En dehors des organisations politiques constituées, quelles étaient les dynamiques sociales qui ont été le moteur de la contestation politique à partir de 2011 ? »
 
*Enguerran Carrier est né en 1987. Traducteur et historien de formation, il a publié plusieurs traductions sous des noms d’emprunt. Engagé volontaire au Rojava dans les YPG de 2015 à 2018, il intervient régulièrement dans les débats sur le Rojava.

PCF: Défendons le Kurdistan contre l’invasion turque

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PARIS – Alors que les attaques turques visant le Rojava se sont intensifiées en parallèle aux menaces d’invasion imminente de la région par la Turquie, le Parti Communiste Français (PCF) appelle à soutenir le peuple kurde contre le fascisme colonialiste turc.
 
Dans un communiqué publié aujourd’hui, le PCF appelle à manifester aux côtés des Kurdes de France le 11 juin prochain pour défendre le Kurdistan contre l’invasion turque.
 
Voici le communiqué du PCF:
 
« Le conseil de sécurité turc, composé de civils et de militaires et présidé par R.T. Erdogan, vient d’adopter les plans d’une offensive généralisée contre les territoires kurdes de Syrie. Cette nouvelle opération vise plusieurs objectifs : achever l’annexion d’une bande frontalière de 30 km de profondeur, chasser la population kurde et les combattants des Unités de protection du peuple (YPG), transformer la zone en « djihadistan » comme cela a été fait dans le canton d’Afrin. Au cœur de cette zone se trouve la ville martyre de Kobané où les unités du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et des YPG avaient infligé leur première défaite à l’organisation de l’État islamique (Daesh) soutenue par la Turquie d’Erdogan.
 
Le tyran d’Ankara entend aussi briser le processus révolutionnaire à l’œuvre au Rojava. Dans cette région autonome de Syrie, toutes les minorités culturelles participent conjointement à l’édification, dans le progrès social, d’une société féministe, écologique et pacifique. Erdogan tente en outre, et comme il en est coutumier, de raviver le sentiment nationaliste de son électorat durement frappé par la crise économique, l’inflation, la dévaluation monétaire et la baisse du pouvoir d’achat. Parallèlement, il poursuit sa politique répressive contre les forces démocratiques de Turquie et, plus particulièrement, contre le Parti démocratique des peuples (HDP).
 
R.T. Erdogan estime que le contexte international lui est favorable : il n’a pas besoin de l’autorisation de V. Poutine accaparé par la destruction de l’Ukraine et sait, après le chantage aux migrants auquel les instances européennes ont cédé, qu’il peut monnayer le silence des puissances occidentales en agitant la menace d’un veto à l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN.
 
L’attitude agressive de la Turquie suscite de nombreuses craintes cependant. Le chef de la diplomatie américaine, Anthony Blinken, a déclaré qu’une offensive turque en Syrie « saperait la stabilité régionale » permettant à Daesh de reprendre de la vigueur, à l’ombre de la protection turque. Les États-Unis savent de quoi ils parlent lorsqu’ils évoquent la « stabilité régionale » !
 
Cette brutalité de l’État turc se déploie également au Kurdistan d’Irak avec la duplicité du clan féodal des Barzani. Depuis plusieurs mois, des bombardements incessants frappent le Sinjar et les zones de localisation des combattants du PKK. En dépit des protestations officielles de l’État irakien pour atteinte à sa souveraineté, des soldats turcs épaulés de tortionnaires djihadistes se livrent à des violences contre les populations civiles.
 
Les capitulations devant Erdogan ont de lourdes conséquences dont les habitants du Haut Karabakh, notamment, ont fait la dure expérience. Cela se traduit dans toute la région par une montée des tensions à l’égard de la Grèce, de Chypre occupée et dans toute la Méditerranée orientale jusqu’en Libye.
 
Les Kurdes ont payé et paient encore un lourd tribut dans leur lutte contre l’obscurantisme et pour la défense des libertés démocratiques dans la région. Ils sont des acteurs de paix et de justice. Les Kurdes ont besoin de solidarité internationale. Les communistes sont à leur côté et appellent à manifester dans toute la France samedi 11 juin 2022(*) pour exiger que les puissances occidentales sanctionnent la politique d’Erdogan et soutiennent les Kurdes partout où ils se trouvent. »
 
Pascal Torre, responsable-adjoint du secteur international, chargé du Maghreb et du Moyen-Orient
 
Voici les dates et lieux des manifestations du 11 juin :
 
Paris, 14h
Place de la République
 
Marseille,14h
Réformés Canebière
 
Montpelier, 19h
Parc du Peyrou
 
Toulouse, 14h
Gare Matabiau
 
Bordeaux à 14h
Place Stalingrad
 
Rennes à 17h, Charles de Gaulle
 
Reims à 18h, Gare centrale
 
Lille à 15h, Place de la République

Réclamer les corps de femmes kurdes: Funérailles de femmes kurdes au Kurdistan du Nord/Turquie

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La chercheuse Ruken Işik a publié ses travaux concernant les funérailles des combattantes kurdes – interdits par l’État turc – et ceux des femmes victimes de « crimes d’honneurs » que les familles refusaient d’enterrer selon les rites funéraires habituels. Işik écrit que depuis les années 2000, les militantes kurdes – que certains surnomment les « Antigones kurdes » ont commencé à organiser des cérémonies funéraires pour les femmes guérilleros et celles victimes de crimes d’honneur. Elles combattent « la nécropolitique de l’État et les pouvoirs patriarcaux qui établissent des exceptions pour contrôler la vie et la mort » .
 
Extraits:
 
L’État turc interdit strictement les funérailles et autres formes de deuil public pour les guérilleros kurdes, les considérant comme une menace pour l’État souverain. Les victimes de crimes d’honneur se voient également refuser des enterrements convenables, car elles sont accusées de « ruiner » la réputation de leur famille. Depuis les années 2000, les militantes kurdes de Turquie sont allées à contre-courant en organisant des funérailles pour les deux groupes de femmes, ainsi que des manifestations publiques contre la nécropolitique de l’État et les pouvoirs patriarcaux qui établissent des exceptions pour contrôler la vie et la mort. Cet article analyse les manières dont les militantes agissent en se réclamant de ces corps et en réimaginant le chagrin et le deuil comme des affects de justice sociale.
 
Une nuit d’été en 1991, ma famille et moi étions hors de la ville quand une bagarre a éclaté entre la guérilla kurde et l’armée turque. Comme il s’agissait d’une petite ville peuplée de quelques milliers d’habitants seulement, tout le monde y entendait les affrontements et le bruit des coups de feu. À notre retour des vacances d’été, tous les enfants du quartier et de l’école parlaient de la façon dont les guérilleros du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) se cachaient sous un pont et attaquaient l’armée. Vingt-huit ans plus tard, je me souviens encore de certains détails qui m’ont été racontés, comme la façon dont l’un des commandants turcs aurait rejeté héroïquement la grenade à main larguée chez lui par les guérilleros. Je me souviens aussi de récits plus horribles et obsédants du lendemain des combats. Après que les guérilleros aient été tués, leurs corps ont été traînés derrière des véhicules militaires à travers la ville. Il y avait un petit bosquet à côté de mon école primaire dans la ville de Hasköy dans la province de Muş. Mes amis m’ont dit que les militaires avaient accroché les têtes des «terroristes» au sommet des arbres là-bas pour les exposer. C’était effrayant d’entendre ces récits. D’un autre côté, enfant, je regrettais de ne pas être là cet été-là et de n’avoir vu aucune de ces choses se produire, de ne pas entendre le bruit des armes à feu et de ne pas pouvoir raconter des histoires comme le faisaient mes amis. Je ne pouvais qu’écouter ce que les autres enfants avaient vu. D’après ce qu’ils ont décrit, ils avaient vu quelques jours extraordinaires en ville. Le même type de violence dont mes amis ont été témoins s’est poursuivi tout au long de l’automne 1991. Nous avons appris qu’après une confrontation armée entre la guérilla kurde et l’armée turque, deux corps de guérilleros avaient été amenés à la base militaire de la ville. Mon grand-père était en ville à cette époque. Il m’a demandé d’aller voir les corps. J’ai attrapé sa main et nous avons marché jusqu’à la base. Quand nous sommes arrivés, il y avait des gens debout devant des barbelés. A un mètre de là gisaient les corps de deux guérilleros kurdes, couverts de journaux. Leurs baskets jaunâtres (mekap) ressortaient. Les gens crachaient et maudissaient les cadavres. Les scènes dont mes amis et moi avons été témoins lorsque nous étions enfants n’étaient pas seulement des incidents extraordinaires. Il s’agissait en fait d’un type de politique utilisé par les pouvoirs étatiques pour gouverner les populations en générant la peur et en profanant les cadavres, ce qu’Achille Mbembe conceptualise comme une nécropolitique. Le concept théorique de nécropolitique de Mbembe ( 2003 ) traite du pouvoir et de la souveraineté entre les groupes et les populations qui sont soumis à la mort et ceux qui ont le droit de décider de la mort. L’incident extraordinaire que mes amis et moi avons vécu était un exemple d’un type de nécropolitique visant à contrôler la population kurde en Turquie en semant la peur – une technique qui a été utilisée contre les Kurdes depuis la création de la Turquie en 1923. La violence exercée contre les cadavres envoyé un message aux vivants (Bargu 2016), un rappel constant de ce qui pourrait leur arriver s’ils s’engageaient dans les mêmes actions. Pour exercer ce pouvoir, la souveraineté opère sous un « état d’exception »  où la loi est suspendue (Agamben 1998 ). Cet article est basé sur des entretiens que j’ai menés avec des militantes kurdes qui ont résisté à la nécropolitique de l’État turc et du patriarcat kurde. J’ai interviewé treize militantes kurdes par téléphone, Skype, WhatsApp et lors de conversations en face à face. Au Kurdistan du Nord/Turquie, là où les femmes sont historiquement, culturellement et religieusement absentes des sites funéraires, les militantes kurdes de ces dernières années sont allées à contre-courant non seulement en portant des cercueils, mais aussi en organisant des manifestations publiques lors des funérailles des femmes guérilleros du PKK et des « victimes de crimes d’honneur ». L’État turc interdit strictement toute forme de deuil public pour les guérilleros kurdes, car les funérailles ou autres reconnaissances publiques de ces décès sont considérées comme une menace pour l’État souverain. Les victimes de crimes d’honneur, d’autre part, se voient refuser des enterrements appropriés par leurs familles pour avoir prétendument « ruiné » la réputation de la famille. Cet article analyse comment les actions des femmes militantes qui revendiquent ces corps défient à la fois la nécropolitique de l’État turc et la structure patriarcale de la culture kurde. En faisant ainsi, cette étude réinvente le chagrin et le deuil en tant que questions de justice sociale. La principale question à laquelle je cherche à répondre est la suivante : qu’est-ce qui pousse ces militantes à agir lors des funérailles des deux groupes de femmes ? Pour illustrer l’activisme important et sans précédent des femmes dans les funérailles des deux groupes de femmes, je commence par deux exemples. La première date de la période entre 2015 et 2016, lorsque le conflit entre la guérilla kurde et l’État s’était intensifié après l’effondrement d’un soi-disant « processus de paix » qui visait à résoudre la question kurde en Turquie. Au cours de ce conflit, des vidéos et des images troublantes ont été partagées sur les réseaux sociaux par l’armée turque. L’une de ces images montrait le corps d’une guérilla kurde, Kevser Eltürk, également connue sous le nom d’Ekin Wan, qui a été tuée lors du conflit dans la ville de Varto le 10 août 2015. Son corps a ensuite été profané, déshabillé et photographié alors qu’il était face contre terre, entouré d’hommes. L’image du corps nu de la guérilla partagée sur les réseaux sociaux perpétue un regard masculin violent et sexualisé. Lorsque l’image a été diffusée sur les réseaux sociaux, elle a déclenché l’indignation internationale. Les femmes kurdes du monde entier ont protesté contre cet exemple de violence nécropolitique sexuelle. Ekin Wan n’a pas été la première victime des violences nécropolitiques sexuelles perpétrées par l’État turc. Il a été documenté que les corps de guérilleros kurdes ont été mutilés après leur capture par des soldats turcs dans les années 1990 (Teyna 2013 ; Kartal 2019 ). Cependant, l’image d’Ekin Wan est considérée comme la première image médiatisée d’une guérilla décédée à être partagée sur les réseaux sociaux (Isik 2015 ). Les femmes kurdes de la région ont organisé ses funérailles et ont porté son cercueil dans la tombe en signe de protestation. Les funérailles d’Ekin Wan ont été un événement important au cours duquel des femmes ont publiquement protesté contre la violence nécropolitique sexuelle perpétuée par l’armée turque. Ma deuxième histoire vient d’un de mes entretiens avec une militante qui avait porté les cercueils des deux groupes de femmes. Dilan [pour des raisons de sécurité, les identités des personnes interviewées sont remplacées par des pseudos] m’a raconté avoir porté le cercueil d’une victime d’un crime d’honneur dont le corps a été rejeté par sa famille. Elle a rappelé comment certains hommes ont insulté les femmes lors des funérailles et leur ont dit : « À cause de femmes comme vous, ces femmes ont été tuées », faisant référence aux victimes de crimes d’honneur. Elle a dit que cette forme de rejet du blâme était la façon dont les hommes légitimaient le meurtre de victimes de crimes d’honneur. Dilan a d’abord hésité à porter le cercueil car il y avait une énorme foule d’hommes sur le site funéraire, alors qu’il n’y avait que dix femmes. Elle a hésité à la fois parce qu’elle pensait qu’elles ne pouvaient pas physiquement porter le cercueil, et parce que les hommes étaient traditionnellement censés porter des cercueils. Ces dix femmes, cependant, se donnèrent de la force les unes aux autres, et elles finirent par soulever le cercueil et le transporter dans la tombe. Dilan m’a également dit que, lors des funérailles de la guérilla, les participants sont toujours attaqués par la police turque, qui essaie de disperser les participants avec des canons à eau. Des militantes kurdes en Turquie ont commencé à porter les cercueils des victimes de crimes d’honneur après que deux femmes, Kadriye Demirel et Semsa Allak, ont été tuées par leurs familles en raison du soi-disant « honneur » au début des années 2000. Pour la première fois, des militantes ont organisé des funérailles pour les deux femmes (Caglayan 2007 ). Aucune famille ne voulait d’enterrement pour les femmes, car elles étaient accusées de ruiner la réputation de la famille et étaient donc « indignes » d’un enterrement convenable. Ces deux incidents ont fusionné avec mon souvenir d’enfance de l’automne 1991 que j’ai décrit ci-dessus. Les images obsédantes des deux guérilleros dont je me souviens de ce jour-là se sont jointes dans mon esprit aux images de femmes portant des cercueils, du cadavre nu et de nombreux autres incidents similaires sur lesquels j’ai enquêté dans le cadre de ce projet de recherche. Tous, l’activisme des femmes sur lequel j’ai fait des recherches et ma mémoire personnelle, ont suscité des questions : pourquoi l’État a-t-il laissé les gens cracher sur des cadavres ? Était-ce normal ? Cela pourrait-il être normal ? Pourquoi les femmes porteraient-elles des cercueils lors de manifestations publiques lors des funérailles ? Pourquoi les familles refuseraient-elles d’enterrer les victimes de crimes d’honneur ? Pourquoi les hommes harcèleraient-ils les femmes pour avoir porté les cercueils ? Et que nous disent ces événements sur la politique du deuil et la politique de l’émotion pour le mouvement des femmes kurdes en Turquie ? Les corps jugés menaçants et « indignes » appartiennent à des guérillas kurdes et rendent hommage aux victimes de crimes. Les sujets qui ont le droit de tuer sont l’État turc et le patriarcat kurde. Lorsque la règle normative ne s’applique pas, l’état d’exception devient la règle (Agamben 1998 ). Ainsi, lorsque la violence commence à affecter « même » les cadavres, il y a plus à parler que de politique au sens large. Comme le théorise Judith Butler ( 2003 ), ceux qui ne peuvent pas être pleurés sont encore plus abjects que ceux qui peuvent être tués.

Des vies vivables, aimables et affligeantes

L’article 66 de la Constitution de la République de Turquie stipule que « toute personne liée à l’État turc par le lien de la citoyenneté est turque » . L’article 42.9 va plus loin en déclarant que « hormis le turc, aucune autre langue ne doit être étudiée ou enseignée aux citoyens turcs en tant que langue maternelle dans une langue, un enseignement ou une institution d’apprentissage. » Ces deux articles sont à la base d’une idéologie d’État turque fondée sur une identité, une langue et une nation, devenue une triple devise souvent citée par les dirigeants turcs. La situation d’apatridie du peuple kurde au Moyen-Orient a également rendu les femmes kurdes invisibles dans la recherche universitaire. Leur apatridie pose un problème unique dans la collecte d’informations sur les Kurdes. La production de connaissances pour les Kurdes est soit supprimée, soit dominée par les États souverains sous lesquels ils vivent. Par exemple, étant donné que les données de recensement basées sur l’appartenance ethnique ne sont pas recueillies, il est difficile de connaître le nombre exact de Kurdes vivant en Syrie, en Turquie et en Iran. Les Kurdes de Turquie sont géographiquement situés dans le nord du grand Kurdistan, appelé Bakûr (Nord) dans le discours politique kurde. Les Kurdes du Bakur (Turquie) ne sont pas reconnus dans la Constitution turque et n’ont pas le droit à l’éducation dans leur langue maternelle, le kurde. Les Kurdes de Bakur (Turquie) ont été exposés à des politiques d’assimilation très dures. Les femmes que j’ai interrogées pour cette recherche, en revanche, ne voient pas cette résistance comme du terrorisme et les guérilleros comme des terroristes. Se référant à l’organisation de guérilla kurde (PKK), Dilan a déclaré : « Qui est le PKK ? PKK est ma sœur, mon frère. » Il serait important d’analyser plus avant en quoi la perception que cette femme a du PKK est différente de l’idéologie officielle de l’État turc – ou en fait en quoi elle diffère des politiques des États-Unis et de l’Union européenne, qui désignent également le PKK comme une organisation terroriste. Pourquoi ces femmes se dirigent-elles vers le PKK ? Que signifie la guérilla kurde pour ces femmes ? Comment les cadavres des femmes guérilleros kurdes s’organisent-ils et déplacent-ils les corps vivants ? Comment les corps des guérilleros kurdes organisent-ils les femmes pour lutter contre les crimes d’honneur ? Les cadavres de « l’autre » sont récemment devenus d’intérêt scientifique en Turquie. Dans une étude récente, des chercheurs se sont penchés sur la question du « mort comme l’autre ». Asli Demir et Evrim Iflazoglu ( 2016) écrivent que « les gens qui vivaient les uns comme les autres en Turquie devraient faire face à presque les mêmes problèmes quand ils mourraient ; en outre, leur situation dans la mort s’aggrave encore. Les problèmes qui affectent les vivants s’étendent jusqu’à la mort. » La mort de minorités religieuses comme les Alévis, de minorités ethniques comme les Kurdes et les Arméniens, d’opposants politiques et de personnes LGBTQI devient ainsi une source de tension. Par exemple, en 2017, Hatun Tuğluk, mère du parlementaire kurde emprisonné Aysel Tuğluk, est décédée dans la ville d’Ankara, la capitale de la Turquie. Elle voulait être enterrée là où elle était morte. Au cours de sa cérémonie d’enterrement, une foule de Turcs nationalistes a attaqué le cimetière et scandé des insultes nationalistes, insistant sur le fait qu’ils ne voulaient pas que des terroristes soient enterrés dans « leur » cimetière. Ils ont même menacé d’exhumer le corps. La famille a décidé de l’enterrer dans leur ville natale de la région kurde après avoir parlé à des responsables de l’État turc. Comme on le voit dans ce cas, les personnes qui revendiquent ces corps doivent s’engager dans une lutte pour enterrer leurs proches. La mort a également organisé les gens parce que le deuil et le deuil de ces corps minoritaires indésirables et illégaux sont une forme de résistance. L’incapacité de pleurer et de pleurer aligne certains corps ensemble. Par exemple, Nira Yuval-Davis ( 2011🙂 dit que « en règle générale, les composantes émotionnelles des constructions que les gens ont d’eux-mêmes et de leur identité deviennent plus centrales à mesure qu’elles deviennent menacées et moins sûres » . De plus, Yuval-Davis affirme que les comportements individuels et collectifs sont cruciaux pour la construction et la reproduction des récits identitaires et des constructions d’attachements. Les performances de deuil dans les funérailles de « l’autre » en Turquie sont des performances identitaires qui résistent et défient les récits identitaires dominants. Ils sont à la fois une lutte pour la reconnaissance et un outil de construction des collectivités dissidentes. En analysant les vies queer, Sara Ahmed soutient que les vies queer doivent d’abord être reconnues comme des vies pour pouvoir faire l’objet d’un deuil : comme des formes de perte en premier lieu, car les vies queer ne sont pas reconnues comme des vies ‘à perdre’ » ( 2004). De même, les vies des guérilleros kurdes et des victimes de crimes d’honneur ne sont pas considérées comme des vies vivables en premier lieu. Leurs vies invivables deviennent inattaquables dans la mort. Je décris l’activisme entourant les funérailles des victimes de crimes d’honneur et des guérillas de femmes kurdes comme une résistance nécropolitique genrée contre le patriarcat kurde et l’État turc, les pouvoirs qui rendent la vie de ces femmes invivable et leur mort insupportable. Cette lutte est ancrée dans la lutte sociopolitique des Kurdes (Özsoy 2010 ) en général, mais les femmes prennent désormais une avance sans précédent. Porter des cercueils et assister aux funérailles sous forme de protestation n’est pas nouveau au Kurdistan du Nord/Turquie. La plupart des femmes que j’ai interrogées ont assisté aux funérailles de guérilleros kurdes dans les années 1990. Cependant, assister aux funérailles des guérillas féminines et des victimes de crimes d’honneur est une pratique nouvelle. Lors des deux types de funérailles, les femmes portent des cercueils dans des espaces publics extrêmement dominés par les hommes. Examiner les deux cas dans le cadre de la nécropolitique genrée est crucial pour comprendre les similitudes entre les actions du patriarcat et de l’État, et comment le pouvoir s’organise sur la base du discours de la terreur et de l’honneur.

Réécrire l’histoire des communautés marginalisées

Les féministes soutiennent que la production de connaissances dans une société donnée est basée sur les perspectives des groupes dominants, ce qui signifie que ces connaissances ne reflètent pas les besoins et les expériences des autres groupes (Hartsock 2013 ). Afin de remettre en question le point de vue de ces groupes dominants, Seung-kyung Kim et Carole McCann affirment que « il faut un effort concerté pour aller au-delà de la réalité superficielle, car cela nécessite de penser « à contre-courant » de la culture dominante » ( 2013). La construction d’un récit résistant et la déconstruction des connaissances existantes sur les femmes sont des étapes importantes vers la production de connaissances sur les personnes marginalisées. À cet égard, se réapproprier le passé dans la perspective d’une production alternative de connaissances est un pas en avant nécessaire. Dans la recherche féministe, il est important de présenter les perspectives de groupes non dominants tels que les femmes kurdes. Mes recherches remettent en question les récits dominants de deux manières ; en mettant en lumière un groupe ethnique marginalisé qui a été exclu de l’histoire turque, et en racontant les histoires de femmes, qui sont exclues de l’histoire dominée par les hommes. Zin, l’une des militantes kurdes que j’ai interviewée, a déclaré que « si nous ne les portons pas, nous serons également tuées. Nous savons que nous devons réclamer ces corps et les enterrer. » Elle faisait référence aux funérailles des guérilleros et des victimes de crimes d’honneur. Les militantes affirment que depuis la proclamation de l’état d’urgence en Turquie en 2016, elles ne pouvaient plus transformer les funérailles en manifestations. Néanmoins, elles organisent toujours des funérailles pour ces femmes et leur donnent des sépultures appropriées. La femme non désirée du Kurdistan n’a pas d’autre endroit où aller que dans la tombe, et son entrée dans cette tombe est contrôlée par la société qui est responsable de la mort en premier lieu. Nous devons penser que les concepts de vivable, aimable et affligeant sont entrelacés et inséparables. Dans le cas des funérailles d’une [femme] guérilleros, en revanche, l’État-nation turc se revendique vulnérable car ces funérailles génèrent un sentiment d’appartenance chez les Kurdes, et sont donc des espaces qui menacent la sécurité nationale de l’État. Les études sur la nécropolitique se concentrent davantage sur la dichotomie souverain-victime ; cependant, l’activisme des femmes kurdes sur les sites funéraires est un exemple de la manière dont les femmes kurdes transforment leurs vulnérabilités en tant que Kurdes et en tant que femmes en résistance (Butler, Gambetti et Sabsay 2016 ). Dilan m’a dit que lorsque des femmes militantes assistent à des funérailles, elles en font généralement la publicité, appelant la presse et d’autres organisations à y assister également. Ce faisant, ils transforment les funérailles en un événement public, réappropriant des espaces où les femmes sont à la fois culturellement absentes et rendues absentes par la violence. Elle a déclaré que les femmes militantes des villes kurdes de Turquie sont parfois qualifiées de féministes, mais sont plus souvent considérées comme des « haineuses des hommes » ou comme agissant au mépris de leurs maris. Dilan a également parlé de son expérience d’enterrer une femme qui a été enfermée dans une pièce pendant trente-trois jours et qui est morte de faim. Les hommes ont cherché à empêcher les femmes d’assister aux funérailles. Ils ont dit aux femmes qu’elles commettaient un péché en essayant d’y assister, mais les femmes ont réagi en disant qu’il n’y avait pas un tel péché écrit dans le Coran – ce n’était que l’interprétation des hommes. Cependant, a déclaré Dilan, lorsqu’il s’agit des funérailles d’une guérilleros kurde, les hommes n’insistaient pas ou ne débattaient pas avec les femmes pour savoir s’il fallait ou non porter le cercueil. Lorsque le cercueil d’une guérilleros arrive, les hommes se retirent du site et laissent tout aux femmes, sans aucune discussion ou référence au Coran ou à la tradition. Elle a également déclaré que, lors des funérailles de la guérilla, les participants étaient toujours attaqués par la police turque, qui tentait de les disperser avec des canons à eau. Dans les deux types de funérailles, il y a une performance politique et une protestation contre la violence, que cette violence soit perpétrée par des hommes ou par l’État. En portant les cercueils des victimes de féminicides, les femmes leur donnent une identité politique. Dans le cas des guérillas féminines, les femmes kurdes revendiquent ces corps comme un acte de résistance contre le déni de l’identité kurde par l’État turc. Se lever et s’exprimer contre les deux formes de violence nécropolitique est essentiel pour rendre justice. La guerre au Kurdistan a toujours été considérée comme une « guerre contre le terrorisme » par l’État turc. Les Kurdes qualifient la guerre intense des années 1990 de « sale guerre ». Les habitants de la région kurde vivent depuis longtemps dans une situation de type « camp » où leur vie est réduite à une « vie nue », pour reprendre le concept d’Agamben (1998 . La guerre contre le terrorisme a toujours été une excuse pour l’État turc pour nier les droits fondamentaux des Kurdes, comme l’éducation dans leur langue maternelle. En d’autres termes, l’état d’exception a toujours été une règle au Kurdistan contre la résistance et la révolte des corps kurdes sous toutes leurs formes. Les Kurdes de Turquie se sont engagés dans une lutte pour obtenir la reconnaissance et les droits culturels. Ce faisant, elles ont également créé des contre-publics subalternes (Fraser 1990 ) en formant des partis politiques, des médias et des organisations de femmes. Les contre-publics subalternes ont aidé les Kurdes de Turquie à construire des identités collectives afin de lutter pour leurs droits culturels et humains. De plus, ces contre-publics ont produit des discours publics alternatifs. Les crimes d’honneur en Turquie ont été principalement associés à la population kurde. Bien que différents groupes ethniques en Turquie commettent également des crimes d’honneur, ils ont été utilisés pour définir spécifiquement les Kurdes comme arriérés et tribaux (Kogacioglu 2004). Ce discours sur l’arriération kurde sert aussi les objectifs politiques d’assimilation et de colonisation. Par conséquent, les contre-publics subalternes sont des espaces importants dans lesquels les Kurdes peuvent déconstruire la production de connaissances sur eux-mêmes.

Conclusion

J’ai soutenu que l’activisme des femmes kurdes sur les sites funéraires est à la fois une forme de résistance contre les pouvoirs qui rendent leur vie invivable et une perturbation de l’espace public dominé par les hommes dans le nord du Kurdistan/Turquie. Cela résonne dans les slogans qu’elles scandent lors des funérailles : jin, jîyan, azadî — femme, vie, liberté. En portant à la fois les cercueils des femmes guérilleros et des victimes de crimes d’honneur, les femmes kurdes deviennent elles-mêmes des sujets politiques. Dans le cas des victimes de crimes d’honneur, elles transforment ces corps en sujets politiques en honorant leurs corps et en transformant leurs funérailles en lieux de protestation. En ce sens, les femmes kurdes non seulement déconstruisent le sens des crimes d’honneur, mais prennent également des mesures directes contre eux dans leurs protestations. Les funérailles de femmes sont des actions directes contre le féminicide au Kurdistan du Nord/Turquie, et un produit de contre-publics subalternes qui génèrent un sentiment d’appartenance au-delà du nationalisme. Les femmes kurdes du nord du Kurdistan/Turquie transgressent et disloquent les espaces publics par des formes politiques non conventionnelles de deuil et de résistance.
 
Article (en anglais) à lire ici: Claiming the bodies of Kurdish women

Les Loups Gris ultra–nationalistes: Un outil du gouvernement turc pour persécuter le peuple kurde

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Spécialiste des conflits armés, Diliman Abdulkader a écrit un article universitaire sur la naissance et les objectifs de la mouvance fasciste turque Loups Gris utilisée par l’Etat turc pour persécuter les Kurdes en Turquie et à l’étranger.
 
Extraits:
 
Depuis sa création, le gouvernement turc a utilisé les Loups gris, une organisation ultranationaliste turque, pour cibler les Kurdes à la fois dans le pays et à l’étranger pour faire avancer le nationalisme turc, en plus des objectifs politiques et militaires de l’État. Cet article examine le contexte historique du nationalisme turc, la persécution des Kurdes par le gouvernement turc et l’utilisation par l’État des loups gris spécifiquement pour persécuter les Kurdes. L’article conclut en proposant des recommandations politiques pour résoudre la question de l’autonomie kurde en Turquie par des moyens pacifiques, avec des mesures que le gouvernement turc peut prendre, et comment les États-Unis peuvent jouer un rôle de médiateur vital entre les Kurdes et les Turcs.
 
Un observateur extérieur pourrait penser que la Turquie n’est composée que de Turcs en raison des manifestations généralisées du nationalisme turc dans le pays. Le nationalisme et la fierté turque se manifestent par la présence omniprésente de drapeaux turcs rouge vif, l’utilisation obligatoire de la langue turque et la criminalisation de quiconque insulte la « turquicité » . Ce ne sont là que quelques reflets de la forte culture de nationalisme de la Turquie qui constitue le fondement de l’État et de la société. Cependant, les minorités ethniques représentent 25 à 30 % de la population du pays. Notamment, les Kurdes forment le groupe minoritaire le plus important, estimé à 19 % de la population turque.
 
Malgré la diversité au sein du pays, le nationalisme turc continue de prospérer et de cibler les non-Turcs, et l’État turc est complice de sa diffusion d’une politique nationaliste violente. Par exemple, le gouvernement utilise les Loups gris, une organisation ultra-nationaliste d’extrême droite, pour cibler les Kurdes, faire progresser le nationalisme turc et promouvoir les objectifs politiques et militaires de l’État. Les loups gris sont finalement un outil pratique que le gouvernement peut utiliser pour persécuter le peuple kurde.
 
Contexte historique sur le nationalisme turc et les Loups Gris

L’État turc d’aujourd’hui a été fondé en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk après l’effondrement de l’Empire ottoman. Lors de la création du nouvel État, Atatürk a promu un sentiment de «turquicité» pour créer les fondements de l’identité nationale turque. La vision nationaliste d’Atatürk est illustrée dans la déclaration de 1930 du ministre turc de la Justice qui disait que « le Turc doit être le seul seigneur, le seul maître de ce pays. Ceux qui ne sont pas de pure souche turque ne peuvent avoir qu’un seul droit dans ce pays » , le droit d’être serviteurs et esclaves.
 
Cette idéologie nationaliste est encore présente aujourd’hui, car des groupes violents se sont formés au nom de la défense de la Turquie et de la turcité. Un de ces groupes est les loups gris. Fondés par Alparslan Türkeş à la fin des années 1960 en tant qu’aile paramilitaire du Miliyetçi Hareket Partisi ou Parti du mouvement nationaliste (MHP) turc, les Loups gris – « Ülkü Ocakları »Foyers idéalistes ») – sont un parti fasciste, ultra-nationaliste, pan -Organisation turque. Le groupe tente de mélanger l’identité turque avec l’islam, comme en témoigne la devise des loups gris : « Votre médecin sera un Turc et votre médecine sera l’islam ».
 
Les loups gris ont émergé pendant la guerre froide en tant que groupe paramilitaire anticommuniste et se sont tournés vers un ciblage intensif des minorités non turques. Bien que les Kurdes soient majoritairement musulmans sunnites, les Kurdes sont toujours ciblés en raison de leur forte identité ethnique. Plus précisément, le groupe cherche à créer une nation turque unifiée des Balkans à l’Asie centrale composée de vrais et « purs Turcs » – ceux qui s’identifient comme Turcs, se disent turcs et vivent dans les territoires turcs. En tant que tels, les loups gris ciblent ceux qui ne s’identifient pas comme de purs Turcs, y compris des minorités importantes telles que les Kurdes, par le biais de violences politiques telles que le ciblage de partis politiques pro-kurdes ou d’activistes kurdes.
 
 
Diliman Abdulkader est le co-fondateur et porte-parole d’American Friends of Kurdistan (Amis Américains du Kurdistan), une organisation indépendante de défense et d’éducation qui travaille à faire progresser les relations américano-kurdes qui couvrent les Kurdes d’Irak, d’Iran, de Syrie et de Turquie. Aulkader vient d’un milieu de la politique étrangère et de la sécurité nationale et investit son temps à Capitol Hill, informant les législateurs et le personnel sur le sort des Kurdes. Abdulkader a beaucoup écrit et parlé de la détérioration de la situation des droits de l’homme en Turquie.
 
Abdulkader a obtenu sa maîtrise à l’Université américaine de Washington, DC, en paix internationale et résolution des conflits. Il est également membre de Turkish Democracy Project, une organisation politique internationale à but non lucratif et non partisane formée en réponse au changement politique en Turquie qui s’est éloignée de la démocratie vers l’autoritarisme.
 
Abdulkader est né à Kirkouk et, avec sa famille, a passé sept ans dans un camp de réfugiés en Syrie après la première guerre du Golfe.

Zebari: l’État turc a tué 150 civils au Kurdistan irakien depuis 2015

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KURDISTAN DU SUD – Le député du Parlement régional du Kurdistan, Zikri Zebari, a déclaré que depuis 2015, les forces colonialistes turques ont tué 150 civils, dont des enfants, dans la région kurde d’Irak.
 
Les attaques de l’État colonialiste turc au Kurdistan du Sud se poursuivent sans interruption. L’État turc a massacré des centaines de civils depuis 2015 lors de ses attaques contre le Kurdistan du Sud.
 
Zikri Zebari
  Selon les informations de Rojnews, le parlementaire de la région du Kurdistan Zikri Zebari, qui a réagi au massacre de civils par l’État turc, a déclaré que 150 personnes ont été tuées dans les frappes aériennes.
 
Le parlementaire du Parlement régional du Kurdistan, Zikri Zebari, a déclaré que 150 civils ont été tués par des avions de guerre et 134 civils ont été blessés.
 
L’État turc tue également des enfants
 
Alors que 5 personnes ont été tuées dans l’attaque menée par l’État turc dans la ville d’Axçeler du district de Çemçemal à Süleymaniye en mai dernier, 2 enfants ont été tués dans les attaques menées dans la région de Bamernê du district d’Amediye à Duhok. Une personne a été tuées dans l’attaque de Maxmur, qui a eu lieu en même temps que l’attaque d’Axçeler.
 

SYRIE. L’armée turque blesse six soldats syriens près de Tall Tamr

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SYRIE / ROJAVA – Les forces turques continuent leurs attaques visant les régions kurdes de la Syrie. Elles viennent de blesser six soldats syriens dans la campagne de Tall Tamr.
 
Les forces armée turques ont attaqué le village d’Um Kêf, près de Tall Tamr, et blessé six soldats du gouvernement de Damas stationnés dans la région.
 
L’armée turque et ses mercenaires ont effectué d’intenses bombardements dans le village d’Um Kêf, à l’ouest de Til Temir, au petit matin. Six soldats des forces de défense des frontières du gouvernement de Damas ont été blessés.
 
Les soldats blessés ont été transportés à l’hôpital du Martyr Lêgerîn à Tell Tamer.
 
L’armée turque d’invasion et ses mercenaires ont tiré près de 100 mortiers et missiles sur le village d’Um Kêf. En outre, à la suite du bombardement, les biens des habitants ont été gravement endommagés. On a également appris que les réseaux électriques ont été endommagés et ont provoqué une coupure de courant à Til Temir.