Documentaire « Kobanê: Se lever » Vie des jeunes en temps de guerre
Le documentaire Kobane: To Stand Up (« Kobanê : Se lever ») de Ferran Domènech Tona a été projeté au Festival du film kurde de Hambourg. Le journaliste catalan a vécu deux ans au Rojava et avec sa caméra, il s’est immergé dans de la vie des jeunes en temps de guerre.
Avec le début de la révolution du Rojava, le nord et l’est de la Syrie ont connu de nombreux changements sociaux. Une nouvelle génération grandit depuis maintenant dix ans dans un modèle politique féministe, basé sur l’écologie sociale et la démocratie radicale.
L’équipe du film dirigée par Ferran Domènech Tona fait face à une réalité différente dans la ville de Kobanê. Certains accueillent avec enthousiasme ces changements sociaux, tandis que d’autres envisagent de partir en Europe. À partir des récits de vie des deux résidents : Zîlan et Hisên, l’équipe plonge dans la réalité de certains jeunes pour comprendre de quoi ils ont peur et quels sont leurs objectifs. Le film montre la ville de Kobanê, où se sont déroulés la guerre contre l’État islamique et les massacres de civils. Il essaie de comprendre comment les femmes luttent contre l’autorité des hommes et comment elles travaillent pour vaincre le patriarcat dans la société.
« Kobanê : To Stand Up« est un film qui explique la situation au Rojava et à Kobanê de manière simple et compréhensible. Les protagonistes racontent de manière très obsédante à quels problèmes et soucis ils sont confrontés, comment ils tentent de surmonter la douleur de la guerre. Le film a été projeté dimanche au Festival du film kurde de Hambourg . ANF a pu s’entretenir avec Ferran Domènech Tona en marge de l’événement.
Vous avez passé deux ans à voyager en tant que journaliste au Rojava. Qu’y avez-vous trouvé ?
Je suis allé au Rojava en tant que pigiste en 2019 pendant la guerre de Serêkaniyê. J’ai écrit et collaboré avec divers journaux. Petit à petit j’ai commencé à comprendre la réalité des gens de Kobanê, les gens qui nous entourent, les amis. Ils avaient tous des histoires si puissantes qu’il fallait juste qu’elles sortent. C’était très intéressant pour moi de voir comment les gens s’organisent malgré les bombardements, même s’ils sont attaqués tous les jours. Ils ne perdent pas le moral et le courage, ils essaient toujours de s’organiser, d’améliorer la situation difficile. Ils résistent et développent de la résilience. En Europe, de plus petites choses nous feraient probablement dérailler. Mais les gens du Rojava n’ont pas cette mentalité. Votre devise est plutôt : Nous devons travailler pour changer la situation.
Il n’était même pas prévu de faire un documentaire. Mais à un moment donné, nous avons réalisé que nous avions un très bon matériel. Nous avons monté quelques séquences, comme le 8 mars, la journée internationale de la femme ou Newroz [nouvel-an kurde]. (…) C’est ainsi qu’est venue l’idée de partager cette réalité avec d’autres personnes. Il s’agissait plutôt de gens en Catalogne. Nous ne pensions à rien de plus grand à l’époque. Nous avons été très surpris que ce documentaire soit diffusé dans de nombreux endroits à travers le monde, par exemple en Inde, en Colombie ou ici en Allemagne.
Où étais-tu au Rojava ?
Principalement à Qamişlo et Kobanê.
Quelle était l’idée de ce film ?
Quand nous étions à Kobanê, nous avons vu la beauté de cette révolution. Pas la ville elle-même, il y a beaucoup de ruines. Mais Kobanê est en plein essor et nous voulions le montrer. En même temps, nous voulions expliquer le contexte de manière simple et compréhensible à des personnes qui ne sont jamais allées au Kurdistan. Il était important pour nous de ne pas mettre la guerre ou les aspects militaires au premier plan, comme c’est souvent le cas. Il nous importait plutôt de présenter les aspects sociaux – comment vit la société et comment elle gère les difficultés. Les jeunes, souvent oubliés, nous tenaient particulièrement à cœur. Vous étiez très jeune au moment de la guerre et vous avez grandi dans un environnement qui offre des conditions très difficiles. Vous avez encore toute la vie devant vous. C’est ce que nous voulions partager.
Le projet au Rojava vous a-t-il ouvert des espaces qui pourraient aussi être intéressants pour la Catalogne ?
Oui, en tout cas. Nos camarades femmes ont été très impressionnées par l’autonomie du mouvement des femmes là-bas. Il n’y avait rien de tel en Catalogne auparavant. Nous avons également trouvé le système de double leadership très remarquable, ce qui peut être très utile. La décentralisation des décisions, c’est-à-dire ne pas concentrer le pouvoir en un seul lieu, en un seul conseil ou auprès d’une seule personne, mais promouvoir le domaine de l’égalité comme principe fondamental de la démocratie, rend les sociétés plus saines et plus fortes.
Quelle est la situation actuelle en Catalogne ?
Le mouvement de solidarité avec le Kurdistan y est certainement apparu plus tardivement qu’ailleurs. Fondamentalement, il a ses racines dans la lutte pour Kobanê. Mais maintenant, ce mouvement se développe très fortement.
En ce qui concerne la question catalane, il faut dire que les partis politiques sont très divisés. Le plus important d’entre eux est la négociation avec l’État espagnol. Une sorte de dialogue s’instaure, mais sans aucune solution. L’État espagnol ne reconnaîtra jamais aucune forme d’autonomie. Il y a encore des gens en prison pour avoir chanté des chansons sur la cause catalane. L’un d’eux est Pablo Hasél [rappeur, auteur-compositeur et militant politique. Ses chansons, qui, selon les forces de l’ordre, soutiennent entre autres des organisations terroristes, ont donné lieu à de multiples poursuites par la justice espagnole. Son arrestation en février 2021 a entraîné des manifestations de masse dans plusieurs villes espagnoles]. Carles Puigdemont est toujours en exil en Belgique. La situation est bloquée. Le mouvement indépendantiste fait son chemin, mais les mesures que l’État espagnol prend pour nous arracher l’autonomie sont beaucoup plus importantes. C’est pourquoi nous n’accordons pas beaucoup d’importance à ce dialogue.
La langue catalane est-elle autorisée ?
Le catalan est autorisé pour le moment, mais (…) chaque jour, la langue espagnole prend plus de place, dans les écoles par exemple. La plupart des gens parlent couramment le catalan, mais le problème est que la culture et la pratique de la culture et de la langue ne sont pas encouragées. Les films et séries catalans sont pratiquement inexistants et c’est pourquoi les jeunes grandissent en dehors de leur langue maternelle. On parle beaucoup l’espagnol dans les écoles et surtout à Barcelone, alors que le catalan domine chez nous, surtout à la campagne. La langue y est plus ancrée qu’à Barcelone, par exemple.
Ferran Domènech Tona est né à Vic (Barcelone). Il est le fondateur de la coopérative de journalistes Directa. Lors de son séjour dans le nord de la Syrie, il a rendu compte du conflit syrien pour Directa et le Rojava Information Center, un portail d’information indépendant basé à Qamishlo. Au cours de ce travail, il prend conscience du vécu de la population kurde et réalise son premier film documentaire. Il a également travaillé avec la commune cinématographique du Rojava.
ANF
IRAN. Les Kurdes manifestent à Marivan contre le meurtre de Nasrin Qasemi
IRAN / ROJHILAT – La nuit dernière, Nasrin Qasemi, une jeune femme kurde tuée par les forces du régime iranien à Téhéran, a été enterrée dans sa ville natale de Marivan, sous le blocus militaire.
Ce matin, la population de Marivan (Merîwan) manifeste contre le régime sanguinaire iranien qui massacre les manifestants pacifiques impunément. Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur les manifestants, blessant au moins 35 personnes.
Les manifestants ont attaqué le bureau de Shiva Qasemi, qui est le représentant des villes de Sarvabad et de Marivan au parlement iranien.
Depuis le début des manifestations provoquées par le meurtre de Jina Mahsa Amini, dans les villes kurdes d’Iran, 60 civils, dont 6 femmes et 11 enfants, ont été tués tandis que plus de 4 000 civils, dont de nombreux activistes ont été détenus.
Deuxième Conférence internationale des femmes à Berlin
BERLIN – Depuis hier, plus de 700 femmes assistent à la deuxième conférence internationale des femmes organisée par « Women weaving the future », réseau international de solidarité féminine initié par les femmes kurdes.
« Notre révolution: construire une vie libre »
La deuxième conférence internationale des femmes organisée par Women Weaving the Future Network s’intitule « Notre révolution : construire une vie libre » et se tient à Berlin ces 5 et 6 novembre.
La 2e Conférence mondiale internationale sur les femmes a débuté hier à Berlin. Environ 700 femmes venues des quatre coins du monde participent à ce rassemblement organisé par des organisation féministes.
La conférence a commencé par un examen approfondi de la Troisième Guerre mondiale ainsi que de la résistance contre celle-ci. Plus précisément, il s’agissait de la lutte contre le patriarcat capitaliste hautement armé. Meghan Bodette, membre du Kurdish Peace Institute a animé et posé les questions suivantes à la première session : Que peut faire la lutte révolutionnaire de libération des femmes et des autres genres opprimés en cette ère de pandémies, de guerres, d’accaparements violents de terres et de crises écologiques ? Le patriarcat capitaliste oppressif continue sa guerre contre les femmes et tous les autres genres opprimés, développant des méthodes et des stratégies toujours nouvelles pour briser la résistance des femmes et essayant de cacher toutes les contradictions du système.
Dans la première partie de la table ronde, Nilüfer Koç, membre du Congrès national du Kurdistan (KNK), et Mariam Rawi de l’Association révolutionnaire des femmes d’Afghanistan (RAWA) ont évoqué la violence de l’État contre la société ainsi que les femmes et les moyens d’oppression – masculinité dominante.
« C’est le bon moment pour façonner l’avenir »
Koç a souligné que « c’était exactement le bon moment pour parler de la façon dont nous, les femmes, devrions façonner l’avenir. « Après tout, ce qui se passe autour de nous en ce moment n’est rien de moins que la Troisième Guerre mondiale – même les États-Unis, l’OTAN, etc. sont d’accord là-dessus. Mais en tant que femmes, nous ne devons pas commettre l’erreur de ne penser à la guerre qu’en termes militaires. Il y a une guerre qui ne se nomme pas comme telle : depuis le début du patriarcat, le féminicide est une guerre et une partie inhérente du capitalisme. Les guerres militaires ne sont que des masques pour masquer les relations et les origines des problèmes. C’est pourquoi il est si nécessaire de trouver des alternatives dans ce siècle. En tant que femmes, nous avons besoin de notre propre idéologie – celle de la libération des femmes », a déclaré Koç et a appelé à un engagement avec les mouvements de femmes qui luttent activement pour la paix.
Koç a ensuite évoqué les crises actuelles, les revendications hégémoniques des États et les guerres et la concurrence qui en résultent. Elle a mentionné la collaboration à ce stade pour détruire les alternatives, comme dans la lutte contre le mouvement de libération kurde et les attaques contre le Kurdistan. « En ce moment, les opprimés ont la possibilité de contredire et de résister. En Iran, cela est actuellement visible à nouveau. Derrière le slogan « Jin, Jiyan, Azadî » (Femme, Vie, Liberté) se cache une lutte de plusieurs décennies qui montre : si nous sommes organisés, nous pouvons gagner des batailles. Au Kurdistan, on montre que c’est possible. Il est temps que nous, en tant que sœurs, assumions la responsabilité de l’avenir. Femme, Vie, Liberté ! C’est comme ça qu’on va gagner. »
« Les femmes prouvent qu’elles écrivent l’histoire de la révolution »
Mariam Rawi a ensuite parlé de l’Afghanistan comme d’un endroit où règnent actuellement les fascistes religieux les plus brutaux. Elle a décrit de manière impressionnante la tragédie qui se déroule sous cette mentalité fondamentaliste islamiste. « C’est une force dirigée contre les femmes. Les atrocités et la souffrance des femmes sont à l’ordre du jour sous ce régime. Les femmes ne sont pas reconnues comme des êtres humains, mais sont réduites à des machines à procréer » , a-t-elle déclaré.
Cependant, Rawi a également souligné que les Talibans n’étaient pas seuls, mais liés aux institutions des États capitalistes, comme la CIA. Elle a donné un bref aperçu de l’historique de cette coopération en déclarant que : « Par exemple, les « droits des femmes » ont été utilisés pour légitimer l’intervention après 2001, mais même si aujourd’hui on parle de son échec, en fait tout s’est déroulé selon le plan impérialiste. Aujourd’hui, le pays est au bord de l’effondrement, pourtant les gouvernements occidentaux entretiennent des relations avec les talibans : les intérêts stratégiques sont bien plus importants que le sort des femmes et des hommes afghans.
Mais, les gens ont aussi appris. Les valeurs ne peuvent être défendues que par les opprimés eux-mêmes – et alors elles ne seront plus enlevées. Elle a détaillé le travail de RAWA : depuis plus de 40 ans, ils sensibilisent aux injustices et organisent clandestinement les femmes. Pour leur travail, l’organisation a récemment reçu le prix Sakine Cansiz. « Nous en étions très heureuses. »
Rawi a conclu en disant : « Nous espérons que le réseau de solidarité deviendra de plus en plus fort. Nous jurons par le sang des femmes qui luttent de poursuivre leur chemin. Les femmes prouvent qu’elles écrivent l’histoire de la révolution. »
Ecocide : vaincre la domination, la dépossession, l’oppression
La deuxième partie de la matinée était consacrée à la destruction de la nature et s’intitulait « Écocide : vaincre la domination, la dépossession, l’oppression : la subordination et la colonisation de la nature et l’appropriation et l’exploitation impitoyables des ressources ». Ici, Lolita Chavez de Feministas Abya Yala du Guatemala et Ariel Salleh, sociologue et écoféministe australienne ont pris la parole.
D’Abya Yala au Kurdistan
Chavez a commencé son discours en allumant un feu et a prononcé des mots de gratitude pour la terre, le cosmos : « C’est notre feu, notre feu féministe, d’Abya Yala au Kurdistan. » Elle s’est positionnée contre la guerre au Kurdistan et l’utilisation d’armes chimiques, déclarant qu’elles étaient des défenseures de la vie.
Elle a raconté l’occupation des territoires indigènes, l’exploitation et la violence des réseaux criminels et des structures terrorisantes. Elle a souligné que ceux-ci étaient également financés par l’Europe et ses institutions : « Nous sommes là, vous disant dans vos yeux : vous en faites partie. » Elle a parlé de la guerre que leur faisaient les entreprises extractivistes parce qu’elles tenaient contre elles leurs mondes, des alternatives possibles sur leurs territoires.
« Arrêtez les sociétés transnationales là où elles sont nées »
Chavez a également dénoncé le féminicide et appelé à la justice. En tant que féministes d’Abya Yala, a-t-elle dit, elles travailleraient ensemble, tissant autonomie et autodétermination, mais partageant également leur sagesse. « Nous n’avons pas honte quand ils disent que nous sommes des sorcières. Nous soutenons notre spiritualité. Nous sommes contre l’idéologie parce que dans nos territoires, nous décidons. »
Chavez a terminé son discours par deux appels. La première, est qu’il n’y a plus de temps pour retarder ce projet important : « Formons ces réseaux féministes et tissons le féminisme par en bas ! Arrêtez les sociétés transnationales là où elles sont nées ! Les sociétés extractivistes sont la mauvaise réponse au réchauffement climatique. Et nous les arrêterons ! »
Surmonter la pensée dualiste
Ariel Salleh a commencé sa présentation en abordant la révolution du Rojava, la qualifiant d’écoféministe. Elle a souligné que le féminisme et l’écologie dénotent une lutte commune et sont étroitement liés. Elle a appelé à lutter contre la perpétuation des dualismes construits et des liens dissociatifs associés. « La pensée dualiste créée, par exemple entre les êtres humains et la nature et liée à celle de l’homme et de la femme, non seulement limite nos possibilités, mais entraîne également des conséquences négatives, par exemple en décrivant un côté comme inférieur ou en ouvrant les portes au colonialisme. L’humanité, la raison, la production sont diamétralement opposées à la nature, le chaos, la reproduction et les dominent. Cette hiérarchie est institutionnalisée dans le patriarcat. Il faut beaucoup d’énergie pour maintenir la domination masculine, ce qui signifie l’aliénation de la vie elle-même. »
« Rendre visible le travail invisible »
Concluant la première session, la troisième partie s’est concentrée sur « Rendre visible le travail invisible : la survie du système repose sur le travail mauvais et non rémunéré des femmes ». Cela a abordé la question : comment pouvons-nous fonder notre lutte de classe sur le principe de la libération des femmes pour combattre les fondements de l’exploitation capitaliste ? Les femmes dans les luttes de classe ont développé une vision selon laquelle la hiérarchie de classe et l’État sont construits sur l’exploitation du corps et des services des femmes. Dans les conditions capitalistes actuelles, le travail des femmes est encore plus exploité et rendu encore plus invisible. »
Abolir le système, pas l’être humain
Geneviève Vaughan, une militante italo-américaine pour la paix, féministe et philanthrope, a clairement indiqué dans sa conférence que l’économie capitaliste des derniers siècles doit être fondamentalement abolie. Vaughan a déclaré que : « Pour pousser à un changement radical du système économique, il faudrait comprendre le travail non rémunéré comme la norme du système et le travail rémunéré comme sa déviation. Ce n’est qu’alors que nous pourrons voir comment le corps des femmes est exploité dans le patriarcat capitaliste. Les humains sont la seule espèce qui ne peut pas subvenir à ses besoins, mais ne reste en vie qu’en prenant soin les uns des autres. Le don maternel, dit-elle, est invisible dans l’économie capitaliste. Ce don comprend la création de la vie et des soins.
La misogynie a historiquement tenu les femmes à l’écart de la science et cela a jeté les bases pour toujours développer des modèles qui auraient des vides dans leur analyse. Nous devons réaliser que nous ne voulons pas que le système survive, nous voulons que notre espèce humaine survive. Et notre espèce est composée d’humains, qui ne sont ni Homo Economicus, c’est-à-dire orientés vers le profit, ni Homo Sapiens, c’est-à-dire savants, car nous ne savons pas qui nous sommes. L’être humain est un homo Donando, un être humain qui donne. »
La vraie sécurité ne vient pas du patriarcat capitaliste
Azadî signifie liberté dans de nombreuses langues. Avec ces mots, Kavita Krishnan, militante féministe de All India Progressive Women’s Association, a commencé sa contribution. Elle a précisé que dans le patriarcat, le mot sécurité est utilisé comme un code pour le contrôle et l’exploitation des femmes. Pour illustrer cette situation dans le système, Krishnan a donné divers exemples de l’Inde et de la Chine pour illustrer ce changement de termes en tant que stratégie pour opprimer les femmes. Dans un exemple, elle a évoqué la situation des jeunes femmes qui sont recrutées pour travailler dans les usines des entreprises multinationales. Les gérants promettent aux familles que leurs filles travailleront en toute sécurité, alors que leur salaire n’est payé qu’au bout de trois ans. Même leurs téléphones portables leur sont en partie confisqués. Krishnan a demandé quel type de sécurité est réellement en jeu: « La sécurité qui devrait être en jeu, est celle qui devrait offrir une protection contre les employeurs. L’employeur devient cependant un allié de la famille en restreignant de facto la liberté des femmes et en les empêchant de nouer des relations avec des hommes en dehors de leur caste, de s’organiser, etc. »
Krishnan a souligné combien il est important que la solidarité féministe critique les régimes prétendument anti-impérialistes, ajoutant que « Nous ne devons pas fermer les yeux simplement parce que des régimes prétendent être anti-américains. Les mêmes régimes comprennent les luttes LGBT et le féminisme comme des valeurs occidentales contre lesquelles il faut lutter. »
La première session s’est achevée par une session de questions-réponses suivie d’un concert de la musicienne Yalda Abbasi.
Voici le programme de la deuxième journée de la Conférence internationale des femmes:
Devenir—La vie désirée ne viendra pas par des miracles mais par la révolution
- Surmonter la fragmentation créée par la mentalité patriarcale : classe, nationalisme, religionisme
- Le féminisme – la rébellion de la plus ancienne colonie et ce qu’il y a au-delà
- Sociologie de la Liberté et Jineolojî
- Comment vivre, quoi faire et par où commencer
- Organiser!
- Défendre la vie : non à la guerre, oui à l’autodéfense
IRAN. Les mollahs continuent à massacrer les Baloutches
IRAN / SISTAN-BALOUTCHISTAN – Lors des protestations hebdomadaires du vendredi 4 novembre à Khach, dans la province de Zahedan, les forces de sécurité iraniennes ont commis un nouveau bain de sang en tuant au moins 16 civils baloutches, dont des enfants, et blessant au moins 60 manifestants.
Le 30 septembre dernier, les forces de sécurité iraniennes ont commis un bain de sang à Zahedan, capitale du Sistan-Baloutchistan secoué par des protestations anti-régime depuis deux semaines. (Comme les Kurdes, les Baloutches sont discriminés et réprimés par les mollahs à cause de leurs origines ethniques et à cause de leur religion Islam sunnite vs l’Islam chiite des mollahs iraniens.)
Un activiste a fait la chronologie du dernier vendredi sanglant au Sistan-Baloutchistan, mettant en garde contre de nouveaux massacres de Baloutches à venir dans la région.
Ali Ostad a écrit sur Twitter:
« Vers midi vendredi, les gens ont commencé à manifester pacifiquement en se dirigeant vers le bâtiment du gouvernorat[de Kach]. Des slogans visaient le guide suprême, etc.
Les forces stationnées au sommet de l’immeuble de bureaux ont commencé à tirer vers la foule, tuant et blessant plusieurs personnes.
Certains manifestants ont commencé à forcer la porte d’entrée pour entrer. Après avoir défoncé la porte, les manifestants ont attaqué les véhicules à l’intérieur et les ont incendiés. La tension est montée et (…) il y a eu un bain de sang. Plusieurs [manifestants] ont été abattus. Les gens ont essayé d’amener les blessés à l’hôpital. Beaucoup n’ont tout simplement pas survécu, et des enfants parmi eux.
Dans ces zones, les gens possèdent des armes, mais pas une seule balle n’a été tirée par les manifestants.
La République islamique traite les habitants du Sistan et du Baloutchistan comme des animaux. Parce qu’ils sont pauvres et sans voix mais surtout parce qu’ils sont sunnites et non chiites.
Le danger est que vendredi prochain, les protestations [au Sistan-Baloutchistan] deviennent violentes de la part des manifestants également. »
FRANCE. Des syndicats de journalistes condamnent la détention des journalistes kurdes en Turquie
PARIS – L’Union Syndicale Solidaires et le Syndicat National des Journalistes (SNJ) ont publié un communiqué commun pour condamner la détention des journalistes des médias kurdes en Turquie.
Voici leur communiqué cosigné:
« Le 25 octobre 2022, dans 9 villes différentes, 11 journalistes kurdes ont vu la police turque débarquer à leur domicile, aux petites heures de la matinée, portes brisées à coup de bélier ou de crosses. Diren Yurtsever, Deniz Nazlım, Selman Güzelyüz, Zemo Ağgöz, Berivan Altan, Hakan Yalçın, Emrullah Acar, Ceylan Şahinli, Habibe Eren, Öznur Değer et Derya Ren ont subi coups, insultes, mises en scènes humiliantes, perquisitions brutales…
Elles et ils ont été ensuite transféré.es à Ankara pour y être interrogé·es par le procureur de la ville, qui a diligenté l’enquête. Les avocat·es des journalistes font état de traitements violents lors de leur garde à vue. Ainsi, par exemple, la journaliste de JinNews, Öznür Deger, pendant la prise d’empreinte, parce qu’elle parlait à ses camarades, a été jetée à terre, puis traînée par les cheveux jusqu’à un véhicule de police. Suite aux nombreuses violences dont ils et elles ont été sujets, les journalistes ont refusé de répondre aux questions de la police, réservant leur déposition au procureur. Après des interrogatoires expéditifs, celui-ci a décidé de la mise en détention de 9 d’entre eux. Zemo Ağgöz, mère d’un nourrisson d’un mois et demi, qu’elle n’a pas eu le droit de nourrir pendant plusieurs heures, a été placée en résidence surveillée. Enfin un journaliste a été libéré sous contrôle judiciaire.
Cette opération fait suite à la précédente vague d’interpellations de juin 2022. Ce sont à présent 26 journalistes kurdes des médias Mezopotamya Ajansi et JinNews qui sont derrière les barreaux, pour le seul crime d’avoir voulu informer l’opinion publique des politiques menées par le régime autoritaire d’Erdogan. A l’approche de l’élection présidentielle de 2023, celui-ci cherche à museler davantage toutes les voix dissidentes, et la presse libre kurde est celle qui « porte le plus la plume dans la plaie » et refuse de se plier aux injonctions du pouvoir. Le Parlement turc a d’ailleurs fait adopter mi-octobre une loi sur la désinformation, rapidement baptisée loi de censure par les organisations professionnelles de la presse. Celle-ci donne des moyens législatifs accrus pour faire fermer les médias d’opposition et censurer les paroles dissidentes.
Dans ces conditions (…), réitèrent leur soutien aux médias indépendants visés par le pouvoir turc et demandent la libération de tout.es les journalistes emprisonné.es.
Nous ne vous oublions pas.
La presse libre ne peut être réduite au silence! »
ANF
A la demande turque, la Suède criminalise les Kurdes syriens pour rejoindre l’OTAN
A la suite du chantage turc qui demandait à la Suède de criminaliser les Kurdes pour pouvoir rejoindre l’OTAN, le nouveau gouvernement suédois a annoncé qu’il arrêtait son soutien aux Kurdes syriens qui ont combattu DAECH aux côtés de la coalition internationale.
« Il y a un lien trop étroit entre ces organisations et le PKK (…) pour que cela soit bon pour les relations entre nous et la Turquie », a déclaré le ministre suédois des Affaires étrangères, Tobias Billstrom, à la radio suédoise.
Cette décision intervient avant que le Premier ministre Ulf Kristersson ne se rende à Ankara pour tenter de convaincre le président turc Recep Tayyip Erdogan de laisser la Suède rejoindre l’alliance militaire.
Malheureusement, l’Occident est tombé encore une fois dans le piège de l’Erdogan qui a pris en otage l’OTAN dans sa guerre anti-kurde, tout en sabotant l’OTAN au grand plaisir du dictateur russe…
Pétition: Halte à l’utilisation d’armes chimiques par la Turquie
Un groupe de médecins kurdes a lancé une pétition demandant l’arrêt d’utilisation d’armes chimiques par la Turquie au Kurdistan.
Dans leur pétition, les médecins kurdes demandent aux institutions internationales (ONU, Organisation pour l’interdiction des armes chimiques – OIAC…) d’empêcher la Turquie d’utiliser des armes chimiques contre les combattants du PKK au Kurdistan iranien et d’enquêter sur les crimes de guerre commises par la Turquie à travers l’utilisation d’armes chimiques.
Les médecins kurdes déclarent que:
« Une délégation de l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (International Physicians for the Prevention of Nuclear War – IPPNW) Allemagne et Suisse s’est rendue fin septembre dans la région du Kurdistan irakien pour enquêter sur les allégations d’utilisation d’armes chimiques par la Turquie. Dans leur rapport, ils appellent à une enquête internationale sur les incidents. Le 18 octobre 2022, des images de combattants kurdes ont été diffusées montrant des symptômes [inconscience, convulsions, crise d’épilepsie, hyperventilation sévère et vomissements] compatibles avec un empoisonnement mortel par des agents chimiques. L’utilisation d’armes chimiques est interdite. Il est urgent d’agir de la part des institutions internationales.
Nous, les travailleurs du secteur de la santé, appelons les institutions internationales à enquêter sur ces crimes et à prendre des mesures en conséquences. »
Pétition à signer sur Change org : STOP TURKEY’S INHUMANE USE OF CHEMICAL WEAPONS
HRW: Des milliers de militants d’Iran menacés d’une condamnation à mort
L’ONG internationale de défense des droits humains, HRW alerte l’opinion publique mondiale face aux risques de condamnation à mort de milliers de manifestants arrêtés en Iran depuis le meurtre de Jina Mahsa Amini, une jeune Kurde de 22 ans par la police des mœurs à Téhéran.
Human Rights Watch (HRW) rappelle que certaines charges retenues contre des manifestants dans le cadre de procès inéquitables comportent le risque d’une condamnation à mort et poursuit:
« Depuis le 16 septembre, les manifestations se sont étendues à au moins 133 villes et 129 universités ainsi qu’à plusieurs écoles secondaires, selon l’Agence de presse des militants des droits de l’homme (HRANA).
Des groupes de défense des droits humains enquêtent actuellement sur les décès signalés d’au moins 284 personnes, dont 45 enfants. Des dizaines de membres des forces de sécurité auraient également été tués, selon les médias officiels. Human Rights Watch a documenté l’utilisation illégale par les forces de sécurité d’une force excessive ou létale, y compris des fusils de chasse, des fusils d’assaut et des armes de poing contre des manifestants dans des environnements largement pacifiques et souvent surpeuplés dans 13 villes du pays.
« Les agences de sécurité iraniennes emploient vicieusement toutes les tactiques à leur disposition – notamment la force létale contre les manifestants, l’arrestation de défenseurs des droits humains et de journalistes, la diffamation et les simulacres de procès fictifs – pour écraser toute forme de dissidence », a déclaré Tara Sepehri Far, chercheuse senior sur l’Iran à Human Rights Watch. « Pourtant, chaque nouvelle atrocité ne fait que renforcer les raisons pour lesquelles les Iraniennes et Iraniens exigent des changements fondamentaux dans une autocratie corrompue.
La communauté internationale devrait être particulièrement vigilante quant à la situation des personnes détenues et de celles qui risquent d’être condamnées à mort. Exiger la libération inconditionnelle et mettre fin aux simulacres de procès des personnes arrêtées en raison de leur dissidence pacifique devraient être une priorité essentielle », a déclaré Tara Sepehri Far, chercheuse senior sur l’Iran à Human Rights Watch. »
Le G7 condamne le régime iranien pour la répression des manifestants et ses activités déstabilisatrices dans le monde
Dans leur déclaration finale du 4 novembre, les pays du G7 ont condamné la répression brutale des manifestations anti-régime provoquées par le meurtre de Jina Mahsa Amini (une jeune Kurde de 22 ans tuée par la police des mœurs à Téhéran le 16 septembre 2022) et ses activités déstabilisatrices dans le monde.
Voici la partie concernant l’Iran de la déclaration finale des ministres des affaires étrangères des pays membres du G7 (l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la France, l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni, l’Union européenne) réunis à Münster, en Allemagne:
« Nous, membres du G7, exprimons notre soutien à l’aspiration fondamentale du peuple iranien à un avenir dans lequel sa sécurité humaine et ses droits de l’Homme universels soient respectés et protégés. Nous condamnons la mort violente de la jeune Iranienne « Jina » Mahsa Amini après son arrestation par la « police des mœurs » iranienne. Par ailleurs, nous condamnons l’emploi brutal et disproportionné de la force contre des manifestants pacifiques et des enfants. Nous demandons instamment aux autorités iraniennes d’honorer leurs obligations internationales en vertu du droit international, et notamment du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Nous défendons le droit de tous les Iraniens à avoir accès à l’information, et nous déplorons le fait que le gouvernement iranien réduise l’espace civique et le journalisme indépendant, prenne pour cible les défenseurs des droits de l’Homme, notamment en interdisant l’accès à l’internet et aux réseaux sociaux. Nous demandons instamment aux autorités iraniennes de traiter les femmes sur un pied d’égalité, dans le respect des droits universels que leur accordent les conventions internationales pertinentes en matière de droits de l’Homme. Nous demandons également aux autorités iraniennes de libérer les prisonniers détenus injustement, en particulier les manifestants, les enfants, les journalistes et les défenseurs des droits de l’Homme arrêtés récemment, et de veiller à ce que les auteurs de violations des droits de l’Homme rendent des comptes. Nous continuerons à mettre en œuvre toutes les mesures diplomatiques à notre disposition pour demander des comptes aux autorités iraniennes. Nous demandons à l’Iran d’autoriser les titulaires de mandat au titre des procédures spéciales des Nations unies en matière de droits de l’Homme à se rendre dans ce pays.
Nous condamnons fermement la détention arbitraire de citoyens étrangers ou binationaux pratiquée par l’Iran, et nous appelons l’Iran à mettre fin à la pratique inadmissible de ces détentions arbitraires visant à obtenir des bénéfices politiques.
Nous apportons notre soutien ferme aux efforts internationaux visant à demander des comptes à l’Iran pour l’abattage du vol PS752 qui a entrainé la mort de 176 civils innocents. Nous demandons à l’Iran de mettre en œuvre ses obligations internationales sans délai.
Nous condamnons fermement la poursuite par l’Iran de ses activités déstabilisatrices au Moyen-Orient et dans la région. Il s’agit en particulier des activités concernant les missiles balistiques et de croisière et les drones, ainsi que des transferts de ces armes sophistiquées à des acteurs étatiques et non étatiques. Cette prolifération est déstabilisante pour la région et aggrave des tensions déjà fortes. Nous demandons instamment à l’Iran de cesser de soutenir des acteurs étatiques comme non étatiques et des groupes supplétifs violents et de se conformer totalement à l’ensemble des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies, y compris la résolution 2231. Nous soutenons également les efforts déployés aux Nations unies afin que la Russie et l’Iran rendent des comptes pour leurs violations flagrantes de la résolution 2231 du Conseil de sécurité.
Nous réaffirmons notre détermination sans faille à faire en sorte que l’Iran ne puisse jamais développer une arme nucléaire. Les membres du G7 continueront de travailler ensemble et avec d’autres partenaires internationaux pour faire face à l’escalade nucléaire iranienne et à son manque de coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) concernant son accord de garanties dans le cadre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Nous demeurons extrêmement préoccupés par le développement toujours aussi soutenu du programme nucléaire iranien, qui n’a pas de justification civile crédible. Nous appelons instamment l’Iran à changer de cap et à respecter ses obligations juridiques et ses engagements politiques en matière de non-prolifération nucléaire sans plus tarder. Nous notons qu’en dépit de nombreux mois de négociations intenses pour un retour au JCPoA, l’Iran n’a pas pris les décisions nécessaires. »
Photo: Dalia, fillette kurde sur la tombe de son père Samko Molodi (Ismail Molodi), un civil kurde tué par les forces armées du régime iranien à Mahabad, au Kurdistan iranien
IRAN. Les mollahs veulent exécuter en masse les manifestants anti-régime
Depuis hier, un hashtag en persan appelle à exécuter les manifestants anti-gouvernementaux en Iran. Le hashtag est en vogue sur les comptes pro-CGRI* qui appellent le régime iranien à exécuter les manifestants. Plusieurs activistes iraniens ont alerté Twitter pour qu’il bloque ce hashtag pro-exécution. Le hashtag est en farsi (اعدام کنید) et signifie « exécutez-les. »
Pour information, depuis le meurtre de Jina Mahsa Amini, une jeune Kurde de 22 ans par la police des mœurs à Téhéran, plus de 13000 manifestants, dont de nombreux blessés, ont été arrêtés à travers le pays, en plus des centaines de tués/blessés. Parmi les personnes soumises à la torture et condamnées à mort lors de procès fictives, il y a au moins deux civils kurdes.
*CGRI: Corps des gardiens de la révolution islamique ou Sepâh-e Pâsdârân / Pasdaran