TURQUIE / KURDISTAN – Près de 300 personnes ont été arrêtées à travers la Turquie dans le cadre de quatre enquêtes distinctes visant les partis politiques, les organisations et les médias kurdes à la veille des élections présidentielles et législatives turques du 14 mai, empêchant le bon déroulement de la campagne électorale du parti kurde mais également mettant en danger le bon déroulement du scrutin.
L’agence Bianet rapporte que près de 300 personnes ont été arrêtées lors des récentes rafles politiques visant les partis politiques et diverses organisations kurdes.
Voici l’article de Bianet qui cite une responsables du parti HDP:
Quelque 295 personnes ont été arrêtées en Turquie au cours du mois dernier dans le cadre d’enquêtes et d’opérations visant le Parti démocratique des peuples (HDP), a déclaré aujourd’hui une responsable du parti.
Soixante et un des détenus ont été placés en détention provisoire, a déclaré Nuray Özdoğan, co-porte-parole de la Commission des lois et des droits de l’homme du parti, lors d’une conférence de presse.
Quatre enquêtes distinctes ont récemment été lancées contre le HDP et d’autres organisations centrées sur les Kurdes, notamment des partis politiques, des médias et des groupes d’avocats.
Özdoğan a noté que la répression est survenue des semaines après les élections cruciales, affirmant que « le gouvernement poursuit sa campagne électorale avec ses propres méthodes ».Elle a énuméré les incidents suivants :*Le 4 mars, 12 membres de notre parti, dont le coprésident de la province HDP d’Urfa, ont été arrêtés. Le même jour, 16 personnes, dont des membres du Conseil des jeunes du HDP, ont été arrêtées à Istanbul.*Le 25 avril, deux membres du HDP du Conseil exécutif central, 25 avocats qui travaillaient sur la sécurité des élections et 143 personnes qui travaillaient sur la campagne électorale et en tant que préposés aux urnes ont été arrêtés à Diyarbakır. Il y a encore des personnes recherchées en lien avec ces détentions. Dans ces détentions, 48 personnes, dont 5 avocats et 4 journalistes, ont été arrêtées. Des dizaines de personnes qui voulaient faire une déclaration à la presse contre cette opération de génocide politique ont également été arrêtées.*Le 26 avril, le candidat du Parti de la gauche verte à Kocaeli a été arrêté.*Après le rassemblement électoral tenu à Muş le 27 avril, de nombreuses personnes ont été arrêtées.*Le 29 avril, 19 personnes, dont deux journalistes et membres du parti, ont été arrêtées à Ankara.*Le 3 mai, Journée mondiale de la liberté de la presse, deux journalistes et cinq autres personnes ont été arrêtés.*Le 30 avril, le coprésident du district de Gebze et quatre employés du parti ont été détenus et arrêtés.*Le 29 avril également, notre convoi électoral a été intervenu par la police anti-émeute à Ankara et trois personnes, dont l’avocat de notre parti, ont été battues.*Le 30 avril, 23 personnes, dont M. Şahin Tümüklü, le coprésident de notre parti constitutif ESP [Parti socialiste des opprimés], des candidats du Parti vert de gauche, des membres de l’ESP et des journalistes de l’opposition ont été arrêtés à Eskişehir et à Istanbul. M. Tümüklü, le candidat du Parti de la gauche verte et un journaliste faisaient partie des six personnes arrêtées.*Le 1er mai, lors de la campagne électorale à Kocaeli, nos candidats au parlement, Ömer Faruk Gergerlioğlu et Arzu Eylem Kayaoğlu, ont été victimes de violences physiques et verbales en présence policière. »
Version anglaise de l’article à lire ici: Nearly 300 people detained in operations targeting HDP in a month, says official
PARIS – Ce samedi 6 mai, le centre culturel kurde de Paris inaugure la deuxième édition du festival culturel kurde de Paris, dont le programme a été modifié à la dernière minute à cause d’arrestation d’un comédien kurde par le régime turc lors des rafles politiques du 25 avril dernier à Diyarbakir (Amed).
Voici le programme inaugural du festival culturel kurde de Paris du samedi 6 mai:
13h, manifestation culturelle et défilé traditionnel
Le Festival commencera en musique et couleurs avec un défilé folklorique depuis le 16 rue d’Enghien jusqu’à la Mairie du 10e arrondissement de Paris. Tout au long du parcours, le Govend (danse folklorique) et la musique seront au rendez-vous pour animer la parade. Tenues traditionnelles kurdes conseillées pour celles et ceux qui en ont ou qui peuvent s’en procurer.
RDV à 13h, au centre culturel kurde Ahmet Kaya16 rue d’Enghien, 75010 Paris15h, cérémonie d’inauguration, Mairi du 10e
La cérémonie d’inauguration aura lieu dans la salle des fêtes de la Mairie du 10ème arrondissement de Paris. Elle débutera par un discours d’accueil, suivi d’un concert de musique avec la chanteuse et musicienne Meral Alkan et le chanteur Ulaş Kelaşîn. La soirée se poursuivra avec une représentation théâtrale et musicale mettant en scène la danse folklorique kurde (govend).
RDV à 15, à la Mairie du 10e arrondissement de Paris72 Rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris
Le programme complet du festival à consulter ici: Programme du festival culturel kurde de Paris, édition 2023
Les inquiétudes concernant les fraudes et les irrégularités, notamment dans les régions kurdes, grandissent à mesure qu’on s’approche des élections législatives et présidentielles turques du 14 mai. En effet, hier, la Confédération des syndicats des travailleurs de la fonction publique (KESK) a annoncé que leurs membres qui s’étaient inscrits pour travailler dans les bureaux de vote des districts Sur et Yenişehir de Diyarbakir (Amed) ont été retirés des listes par les autorités électorales à la solde du dictature Erdogan. Le même jour, un député danois a annoncé qu’il devait se rendre en Turquie pour être observateur électoral de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) mais que la Turquie lui a interdit d’entrer dans le pays au motif qu’il avait par le passé rendu visite aux forces arabo-kurdes qui ont combattu DAECH en Syrie.
Le député danois Soren Sondergaard devait être observateur de l’OSCE lors des élections présidentielles et législatives turques du 14 mai 2023 mais il a été interdit d’entrer en Turquie pour avoir précédemment rendu visite aux Forces démocratiques syriennes (FDS) sous commandement kurde. « Le régime actuel de la Turquie ne veut clairement pas d’un large groupe d’observateurs électoraux de la communauté internationale pour les prochaines élections. Cela jette une autre ombre sur l’élection. Espérons qu’il s’éclaircira bientôt pour la démocratie dans ce grand et beau pays », a déclaré Sondergaard sur son compte Twitter.
Un député danois qui devait être observateur électoral de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) lors des prochaines élections en Turquie a déclaré jeudi qu’Ankara l’avait empêché de surveiller les élections parce qu’il avait précédemment visité les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes, rapporte l’Agence France-Presse.
Soren Sondergaard de l’Alliance rouge-verte socialiste a déclaré à la télévision publique danoise TV2 qu’Ankara l’avait accusé de « promouvoir une organisation terroriste ».
« Il est absolument exact que j’ai rendu visite à ceux qui se sont battus contre l’État islamique, les Forces démocratiques syriennes », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il en était « fier ».
Les FDS, l’armée de facto de l’administration kurde, ont été le fer de lance de la lutte contre le groupe État islamique en Irak et au Levant (EIIL) en Syrie, le chassant de son dernier bastion dans le pays en 2019 avec le soutien des États-Unis.
Sondergaard a déclaré que l’OSCE avait déposé une plainte officielle auprès d’Ankara.
« Cela jette une ombre sur les élections turques. Ils démontrent déjà qu’ils veulent les contrôler », a-t-il déclaré.
La Turquie organise le 14 mai l’une des élections les plus importantes de son histoire post-ottomane.
Le leader laïc Kemal Kılıçdaroğlu, 74 ans, et son alliance aux multiples facettes posent le défi électoral le plus difficile au président Recep Tayyip Erdoğan depuis que son parti d’origine islamique a accédé au pouvoir en 2002.
Sondergaard a déclaré que c’était « une idée fausse » que les observateurs électoraux devraient être objectifs.
« Aucun parlementaire n’est objectif. Nous ne sommes pas des fonctionnaires. C’est précisément en faisant participer différents points de vue que cela devient objectif », a-t-il déclaré.
« Un pays ne peut pas choisir les parlementaires qui servent d’observateurs », a-t-il déclaré.
TURQUIE – Des policiers turcs ont kidnappé et torturé Aydın Koçuk et Muhammet İkto, membres de l’Assemblée des jeunes du parti Yesil Sol d’Istanbul, après leur participation au rassemblement en hommage à Cihan Aymaz, chanteur kurde tué par un fasciste turc le 2 mai à Istanbul / Kadikoy.
Hier, l’Alliance pour le travail et la liberté a lu un communiqué de presse à Kadıköy en hommage au musicien de rue Cihan Aymaz, qui a été assassiné lors d’une attaque raciste à Kadıköy le 2 mai. Aydın Koçuk et Muhammet İkto, membres de l’Assemblée des jeunes du Parti de la gauche verte, qui assistaient à la commémoration, ont été enlevés par des inconnus à bord de véhicules banalisés. Koçuk et İkto, qui ont été torturés, subi des insultes et des propos racistes, ont été emmenés au poste de police de Kadıköy / İskele. Koçuk et İkto, qui ont été torturés pendant des minutes ans une pièce dépourvue de caméra, ont été par la suite transportés à l’hôpital pour un examen médical.
Koçuk et İkto ont été libérés sous contrôle judiciaire. (Via Yeni Yaşam Gazetesi)
*Le musicien de rue et activiste du HDP, Cihan Aymaz a été tué à coups de couteau par un fasciste hier à Istanbul/Kadıköy pour avoir refusé de chanter la chanson « Ölürüm Türkiyem » (« Je mourrais pour toi Turquie »). Aymaz était poursuivi par la justice turque pour avoir interprété une chanson dans laquelle il critiquait Erdogan.
TURQUIE / BAKUR – Entre 1937 et 1938, l’État turc a massacré près de 70 000 Kurdes alévis dans la région de Dersim et chassé des milliers d’autres tandis qu’il rebaptisait Dersim en « Tunceli » (Main de bronze) du nom de l’opération militaire de cette époque. Ce 4 mai, date du début du génocide de Dersim, de nombreuses commémorations ont lieu à Dersim mais aussi en Europe où il y a une importante diaspora kurde.
Le génocide de Dersim
Les politiques hostiles de l’État turc visant la province kurde de Dersim, depuis l’époque ottomane, ont atteint leur apogée en 1937 quand les Kémalistes ont massacré plus de 70 000 Kurdes alévis et en ont chassé 100 000 autres, réalisant le rêve que les Ottomans et les Unionistes n’avaient pas pu réalisé jusqu’alors.
En mai 2020, l’historien et chercheur kurde, Sedat Ulugana expliquait le contexte dans lequel le génocide de Dersim a eu lieu, en mettant en évidence la continuité d’une politique anti-Dersim de l’État turc héritée de l’empire ottoman. Un long reportage qui fut réalisé par Barış Balseçer et publié sur le site Yeni Ozgür Politika le 13 mai 2022 :
83 ans se sont écoulés depuis le génocide de Dersim. Selon les chiffres officiels, entre 1937 et 1938, 14 245 [Kurdes alévis] ont été tués lors du massacre, du nom du décret « Opération Tunceli Tenkil », publié avec la décision du Conseil des ministres du 4 mai 1937. Cependant, selon des chercheurs historiques et de nombreuses sources, environ 70 000 personnes ont été tuées lors du génocide, parmi lesquelles des enfants, des personnes âgées et des femmes. Nous avons parlé avec le chercheur-écrivain Sedat Ulugana du génocide de Dersim.
Quel genre de transformation politique les Ottomans ont-ils connu avant le génocide de Dersim? Quand on regarde ce massacre commis par les Kémalistes, est-il possible de dire qu’une inimitié historique a été perpétuée ?
Contrairement à d’autres endroits du Kurdistan, Dersim est une zone que les Ottomans ne pouvaient pas contrôler complètement jusqu’aux Tanzimat (« réorganisation » en turc ottoman – ère de réformes qui ont eu lieu entre 1839 et 1876). Dersim a un statut relativement indépendant par rapport aux autres émirats kurdes. Bien qu’il semble parfois être lié à l’émirat de Çemişgezek, Dersim était une région tribale et les Ottomans ne purent y entrer vraiment qu’au milieu des années 1800. Le processus des Tanzimat que l’histoire officielle turque nous offre comme «occidentalisation et modernisation» est en fait l’imposition d’une autorité centrale au Kurdistan. Avec ce processus, le transfert à Istanbul du capital accumulé chez les Mîrs (émirs) kurdes a été planifié et mis en pratique.
Dans le processus des Tanzimat, les Ottomans tentent d’établir une autorité à Dersim, mais quand on regarde le Kurdistan, c’est le seul endroit où les Ottomans ont échoué. De l’ère Abdülhamit aux Tanzimat, les tribus sont sévèrement punies. Immédiatement après ce processus, le projet des régiments «Hamidiye» a été lancé en 1892. En fait, de nombreuses tribus alévies kurdes de Dersim souhaitent également participer à ce projet. Parce qu’ils voient ce projet comme un «statut» et une «capitulation» pour eux-mêmes. Un autre nom de ce processus est «la paix de l’État et des tribus». Le processus des régiments Hamidiye est la paix de l’État avec les tribus. Donc les Tanzimat sont aussi un projet pour les Kurdes. Cependant, malgré toutes les demandes, aucune tribu kurde-kizilbash de Dersim n’a été inclue aux régiments Hamidiye [Les Hamidiés étaient des régiments de cavalerie légère de l’armée ottomane créé en 1891 et recrutés principalement parmi les tribus kurdes. Leur nom « Hamidiye » vient de celui du sultan Abdülhamid II]. On inclus dans le projet des régiments Hamidiye uniquement des tribus kurdes sunnites.
Les relations entre les tribus Cibran et Xormeks, limitées à Dersim, jouent un rôle très important pour Dersim. Dersim devint alors le refuge des tribus Kizilbash. En plein pillages des régiments Hamidiye, les tribus des Xormek et des Lolan de Varto pouvaient riposter contre les pillages effectués par la tribu Cibran.
Pendant l’İttihat Terakki (Comité Union et Progrès – CUP, en turc İttihat ve Terakki Cemiyeti) il y eu une certaine calme à Dersim. Surtout avec la dissolution des régiments d’Hamidiye et la sécularisation de la politique d’islamisation Abdulhamid accès sur le sunnisme, Dersim peut enfin respirer. Mais la période de détente a lieu pendant les premières années de l’İttihat Terakki. Par la suite, l’İttihat Terakki met en place la politique de « turquification ». A partir de 1913, l’Etat renoue avec les méthodes de l’époque d’Abdulhamid pasha. Avec la mise en oeuvre des politiques de turquification, l’Etat mettra sur sa liste Dersim qui faisait partie de quelques régions jamais soumises. C’est à dire que l’Etat a décidé qu’a Dersim, la pensée étatique devait prévaloir. Cette liste a été léguée aux Kémalistes après l’İttihat Terakki.
Dersim est l’un des endroits que le kémaliste Abdülhalik Renda, l’un des noms importants de l’époque, député de Çankırı, a cités dans ses rapports en 1926, « Il y a trois lieux de problèmes au Kurdistan ». Dersim fait partie de ces lieux cités par Renda. L’hostilité anti-Dersim du pouvoir ottoman citée dans ces rapports, se lège au régime des Tanzimat; Du régime Tanzimat à l’Ittihat Terakki; Il est passé du Comité d’union et de progrès et enfin aux Kémalistes. En 1937, les Kémalistes ont réalisé le rêve que les Ottomans et les Unionistes n’avaient pas pu réalisé jusqu’alors.
Dersim est situé au centre du Kurdistan, c’est le cœur du Kurdistan. C’est une région très difficile [du fait sa position géographiques montagneuse difficile d’accès] . En raison de l’incapacité de l’État d’y régner, Dersim devient un port où toutes les tribus des environs peuvent se réfugier, une base pour les Kurdes. Tout comme le Rojava est une base à la fin des années 1920, Dersim est un port interne pour les mouvements kurdes. L’État sait que les codes kurdes de Kizilbash étaient très forts à cette époque. Déjà, en regardant les lettres de Seyid Rıza, la forte revendication kurde est perceptible. Dans de nombreux rapports préparés au cours de cette période, Dersim a été déclaré comme le «centre du kurdisme ». Conformément à ces informations, le régime kémaliste a décidé de disposer de cette base et a mis en œuvre le projet d’anéantissement complet des Kurdes.
Alors, peut-on dire que les tribus ont pris part à la résistance contre le massacre?
Certaines tribus ne participent pas à la résistance. Mais ce n’est pas seulement un cas spécifique à Dersim. Dans toutes les sociétés où le féodalisme est fort, il est extrêmement facile de profiter des conflits internes et d’activer la dynamique interne de ces sociétés. En fait, en s’en prenant à Dersim, on cible Seyid Rıza. Parce qu’il y a la lettre qu’il a envoyée à Sèvre en 1920. La raison pour laquelle Dersim est une cible est l’insistance de Dersim en kurdicité.
Quand nous regardons l’histoire officielle de l’État turc, on s’aperçoit qu’ils donne comme prétexte la rebelion comme étant la cause profonde des massacres qu’ils ont commis et en même temps, dans leurs discours, ils qualifiaient de « réactionnaires-féodaux », etc. afin de donner une justification légale au massacre. en ajoutant des discours. Pourquoi est-ce ainsi ?
Depuis la rebelion de Bitlis en 1914, jusqu’en 1938, l’État s’efforce de dépouiller toutes les révoltes et résistances kurdes d’une personnalité politique pour le revêtir d’un « déguisement judiciaire ». Telle est la politique de l’État et cette politique a commencé avec le processus de rébellion de Bitlis en 1914. Ils ont codé le processus Bitlis comme « un soulèvement réactionnaire contre le régime constitutionnel ». Ils ont également fait témoigner les leaders des tribus et les notables arméniens dans ce sens. Le consul russe de Bitlis de l’époque le reconnaît. Lors de la rébellion de Şêx Said en 1925, une opération a été menée auprès de la presse, et en particulier, on a fait pression sur la presse pour qu’elle présente la rébellion comme étant « réactionnaire, une révolte pour la charia ».
Pour la rébellion d’Ağrı, qui est intervenue entre ces deux rebellions, on ne peut trouver un tel alibi. Alors, on la qualifie d’ « agissement de gang » et d’« incitation des États étrangers », et on accuse l’Iran et les Britanniques. Le terme de « pouvoirs extérieurs » d’aujourd’hui remonte en fait à cette époque. Pour Dersim, on a utilisé la qualification de « liquidation du féodalisme ». Quand nous regardons le codage de toutes ces révoltes par le régime républicain, ils ont trouvé un alibi pour chaque rébellion afin de les vider de la kurdicité.
Les révoltes kurdes sont-elles connectées les unes aux autres?
Toutes ces révoltes et résistances kurdes entre 1914-1938 sont interconnectées. Il s’agit en fait d’un mouvement monolithique. Mais ce sont des projets que l’État a brisés; les empêchant de fusionner entre-eux. Lors de la Rébellion de Bitlis en 1914, si les instructions de Bedirxan avaient étaient attendues, c’est-à-dire si la rébellion avait éclate pendant la guerre, la Première Guerre mondiale aurait pu changer le sort de la rébellion. Cela aurait pu entraîner un résultat positif pour les Kurdes. Mais à cette époque, l’État a pris toutes les précautions pour qu’elle reste locale. L’État a arrêté les membres du clan Bedirxan, en a exécuté quelques-uns, en a exilé plusieurs et en a acheté certains.
On voit les mêmes motivations dans la rébellion de Şêx Said en 1925. C’est un calcul remarqué plus tard. Pour le pouvoir ottoman, c’est la revanche sur la rebelion de Bitlis. Cette année-là, Cibranlı Halit Bey avertit de ne pas tenter de soulèvement. Nous n’avons pas de documents, mais je pense que Cibranlı Halit Bey et Alişer se connaissaient, notamment sur la ligne Erzurum. Halit Bey est la seule personne de la tribu Cibran que les tribus Xormek et Lolan respectent . Si la rébellion de 1925 avait été dirigée par Cibranlı Halit Bey, il aurait pu réaliser les unités tribales kurdes et alévies, en particulier au sein du Dersim. Il existe également une telle possibilité.
Quel le degré de véracité quand on décrit le massacre de Dersim comme un massacre d’Alévis ?
Quand on regarde Tokat, Kastamonu, Bandırma, en dehors de la géographie du Kurdistan, par exemple, les codes alévis des Turcs sont plus radicaux que les codes alévis kurdes. En d’autres termes, le régime kémaliste n’a pas de problème avec l’alévisme tel quel. Par conséquent, il ne suffit pas de qualifier le massacre de Dersim de «massacre d’Alevis» seulement. La raison prédominante orientant l’État contre Dersim est qu’il est kurde. Et c’est le pouvoir que les Kızılbaş (Qizilbash, l’ordre soufi chiite des Safavides auquel certains des Kurdes alévies ont adhéré) ont ajouté à la kurdicité.
Quel est le nombre de personnes massacrées et déplacées à Dersim?
Étant donné qu’une ou deux personnes de presque toutes les familles ont été anéanties à Dersim, il s’avère qu’entre 70 et 80 000 habitants de Dersim ont été massacrés. Beaucoup de gens ont été tués par le typhus et le choléra dans les prisons où 50 personnes ont été enfermées dans des cellules pour 10 personnes. Il y a beaucoup de gens qui sont morts sur les routes de l’exil. Il y a ceux morts de faim. Cela signifie qu’au moins la moitié de la population de Dersim a été assassinée.
Mais les dirigeants kurdes ne pouvaient-ils pas voir un tel massacre ou l’attention de l’État?
C’était absolument prévu. Surtout chez les Kurdes après le génocide arménien de 1915, Il y a la suspicion de « Ce qui a été fait aux Arméniens pourrait-il nous arriver? » Quelques années plus tard, le massacre de Koçgiri arrive comme une réponse à cette suspicion. On se disait : « L’État fera des massacres, mais chez les Kurdes alévis ». Cette fois-ci, on s’est dit : « Le feront-ils aux Kurdes sunnites? ». 4-5 ans plus tard, dans le triangle Palu-Genç et Lice, lorsque les villages kurdes ont été incendiés, avec enfants, vieillards, femmes, il était devenu certain qu’on allait massacrer tous les Kurdes.
Après le massacre de Zilan en 1930, la géographie du Kurdistan a été sérieusement réduit en silence. Dersim connaissait très bien le massacre de Zilan en 1930. De toute évidence, ils en avaient peur. Mais les habitants de Dersim n’avait pas d’autre choix. Donc, quoi qu’ils fassent, l’État allait commettre ce massacre. On a réfléchi à la manière de prévenir le massacre et des mesures ont été prises pour l’empêcher. La phrase de Seyid Rıza qui aurait dit , «je viendrai me rendre, pourvu que vous n’attaquiez pas Dersim », et le fait que le massacre ait tout de même eu lieu est une indication que l’État ne voulait en aucun cas faire de compromis. A Dersim, le gouvernement veut liquider complètement celui qu’il considère comme un « bandit », « nuisible à la turquicité », et il le fait.
Quelle est l’attitude des autres États face à cela ?
Aucun Etat ne réagit. Des avions britanniques ont même été utilisés à Zilan. Certains documents ont été rendus publics. «Nos avions ont été utilisés lors de la rébellion d’Ağrı. Nous nous demandons les forces de manœuvre. Mais les Kurdes en ont abattus quelques-uns ». Les Britanniques ont donné des armes à l’État turc à cette époque et ont transformé le Kurdistan en laboratoire. Des documents indiquant que les gaz toxiques utilisés à Dersim appartiennent à l’Allemagne sont également apparus récemment. En dehors de cela, il y a des lettres envoyées par Seyid Rıza à l’Angleterre et à la France, mais ces pays n’entendent pas le cri de Dersim, ils bouchent leurs oreilles.
Je suis tombé sur la correspondance interne de la France à cette époque. « Dans ce processus, l’État kémaliste a tué tant de Kurdes à Dersim. Nous entendons cela ». Mais il n’y a aucun commentaire sur les documents. Ils prennent juste l’information, c’est tout. Je n’ai pas trouvé de déclaration condamnant les massacres. Mais surtout avant le massacre de Dersim, les Français ont empêché les Xoybunistes de venir depuis la frontière syrienne. En bloquant les frontières, ils ont apporté un soutien implicite à l’État turc.
Quelle est la raison principale du soutien international au Kémalisme?
En réalité, les kémalistes se sont en fait battus contre les Grecs, les Arméniens et les Kurdes. Il n’y a pas de combat avec des puissances européennes telles que les Français, les Britanniques, etc., comme le décrit l’histoire officielle. Le régime kémaliste a dominé l’Anatolie à cette époque, en échange de la cession de la province de Mossoul aux Britanniques et de la province d’Alep aux Français et de renoncer à d’autres terres au Moyen-Orient. Il a amélioré ses relations avec les bolcheviques. Les Russes ont abandonné le Kurdistan aux Kémalistes. En fait, il n’y a pas de victoire comme le prétend l’histoire officielle turque. Le sultan Vahdettin allant en Angleterre, le régime ottoman est devenu le régime kémaliste. Les limites sont les mêmes. Le seul changement aux frontières est l’inclusion d’Hatay en 1937 et l’annexion de Chypre en 1974.
Quand nous regardons le présent, nous voyons que la politique néo-ottomane est toujours menée par Erdogan et le bloc au pouvoir. Comment les Kurdes peuvent empêcher cette tentative d’occupation?
Surtout en 1920, il y a une conspiration internationale contre les Kurdes dans le cadre du traité de Sèvres. Les Kurdes doivent tenir compte du fait que cette conspiration sera répétée. La seule chose qui déjouera cette conspiration est « l’unité nationale ».
Le rapport de Mustafa Abdülhalik Renda
Mustafa Abdülhalik Renda est l’une des rares personnes à connaître l’esprit de la rébellion kurde et à avoir étudié les révoltes kurdes. Ce sont des gens de Roumélie (la partie de la péninsule balkanique sous domination ottomane), du Comité de l’Union. Pendant leur séjour à Roumélie et dans les Balkans, ce sont les unionistes qui ont connu la guerre avec les insurgés des Balkans et ont lu le concept de rébellion de la littérature française sur le plan politique. Renda a été trouvée dans différentes parties du Kurdistan de 1913 jusqu’au milieu des années 1920. C’est une personne qui dit ne pas avoir digéré le « kurdisme » de son propre aveux, en parlant de la période allant de la rébellion de Bitlis qui a eu lieu en 1914 à la rébellion de Şêx Said en 1925. Le rapport qu’il a préparé en 1926 est important. Dans le rapport, « Il y a trois districts au Kurdistan. La première de ces régions est le mont Ararat et le ruisseau de Zilan; le deuxième est Sason et le troisième est Dersim ». Ils ont perpétré le massacre de Zilan en 1930. Ils ont perpétré un massacre à Sason en 1935. Ils ont perpétré le massacre de Dersim entre 1937 et 1938.
L’origine du Comité de l’Union
Quand on regarde toutes les révoltes kurdes, on voit que presque tous les commandants turcs qui ont organisé des massacres ou préparé des rapports étaient d’origine thracienne ou balkanique. Comment dois-je lire ceci?
Le lieu où le Comité d’union et de progrès a été créé n’est pas le territoire anatolien, c’est Roumélie. Ces personnes sont principalement des immigrants Roumélie. L’Armée du Mouvement, dont l’Union et les progressistes ont pris le commandement, est arrivée à Istanbul de Thessalonique. Cette équipe s’assure que tous les officiers des quartiers de Thessalonique et Roumélie arrivent à des postes clefs. En fait, ce sont ces cadres qui ont fondé la république kémaliste. En d’autres termes, tout en faisant la promotion du turc anatolien ou d’un officier d’origine kurde, arabe et albanaise promu capitaine; Le régime kémaliste – également lié au fait qu’Ataturk soit originaire de Thessalonique – garantit que les immigrants de Roumélie de l’armée montent jusqu’au grade de général. Ce fut le cas jusqu’aux dernières années.
Première; ce sont des Serbes, Bulgares, etc. islamisés. Ce sont des peuples des Balkans. En d’autres termes, ce sont des personnes issues de familles islamisées il y a plus de 100-200 ans. Il n’y a aucun autre endroit où ces gens peuvent aller. Ils voient l’Anatolie comme une patrie.
De Cevdet Sunay à Fevzi Çakmak, Salih Omurtak, Alpdoğan… Ces personnes sont des officiers de réserve diplômés en tant qu’étudiants militaires, bien avant le génocide de Dersim. Ce sont la génération prometteuse de l’Ittihat Terakki. Ces personnes avaient déjà appris comment le génocide pouvait se faire systématiquement. Cette génération a réalisé le génocide à Zilan en 1930, ils ont théorisé complètement le génocide. Par la suite, ils ont publié des livres éducatifs appelés «guides de recherche de passeurs et de bandits» dans les écoles de gendarmerie. Le but principal de ces livres est de savoir comment tuer des Kurdes et comment faire des massacres. Les directives ont été publiées entre 1930 et 1933. Ils ont été formés au massacre et au génocide dans les écoles de gendarmerie et d’officiers.
L’importance de Nuri Dersimi et d’Alişer
Quelle est l’importance de Nuri Dersimi et Alişer en termes d’histoire kurde?
Contrairement aux intellectuels kurdes, Nouri Dersimi est également un militant. L’anxiété intellectuelle est plus dominante quand on regarde Celadet Ali Bedirhan ou Memduh Selim. Nuri Dersimi est un homme de lutte, d’action. Plus que Seyid Rıza, je pense que Nuri Dersimi n’a pas agit indépendamment d’Alişer. Nuri Dersimi avait un lien politique important avec le Mouvement Xoybun qui était en Syrie. De même, dans son livre, il essaie d’exprimer qu’il a des réseaux de renseignement. À cette époque, nous voyons que le Xoybun existait sous forme d’organisation clandestine presque partout au Kurdistan. En ce sens, je pense que Nuri Dersimi est en fait l’un des rares cadres politiques de la Résistance de Dersim.
Un autre de ces cadres politiques est bien sûr Alişer. Alişer a une ambition. Dans sa lettre de 1920, il apparaît comme un acteur kurde ayant l’intention de porter le fardeau de tout le Kurdistan (avec les sunnites, les alévis et les Êzîdîs) et d’être leur dirigeant. Dans sa lettre, il dit: « J’ai parlé aux Russes au nom de 8 millions de Kurdes ». Quand on regarde la lettre qu’Alişer a écrite en 1920, on voit aussi qu’il a suivi attentivement les travaux de la kurdologie de l’époque.
*Des documents fuités en mai 2019 révélaient que le fondateur de la Turquie, Ataturk avait acheté des armes chimiques à l’Allemagne nazie (1937) pour les utiliser lors du massacre des Kurdes à Dersim.
ISTANBUL – Le musicien de rue et activiste du HDP, Cihan Aymaz a été tué à coups de couteau par un fasciste hier à Istanbul/Kadıköy pour avoir refusé de chanter la chanson « Ölürüm Türkiyem » (« Je mourrais pour toi Turquie »). Aymaz était poursuivi par la justice turque pour avoir interprété une chanson dans laquelle il critiquait Erdogan.
Le musicien de rue kurde et activiste du HDP, Cihan Aymaz a été tué à coups de couteau par un fasciste à Kadıköy-Rıhtım pour avoir refusé de chanter la chanson « Ölürüm Türkiyem » (« Je mourrais pour toi Turquie »), a déclaré le politicien kurde Ferhat Encü.
Ferhat Encü, coprésident provincial du Parti démocratique des peuples (HDP) d’Istanbul, a fait une déclaration au sujet du musicien Cihan Aymaz qui a été tué hier (2 mai) dans le district de Kadıköy à Istanbul.
Encü a déclaré qu’Aymaz avait été tué pour ne pas avoir chanté la chanson « Je mourrais pour toi Turquie » et que le meurtre d’Aymaz était un meurtre raciste. Encu a publié une vidéo d’Aymaz sur Twitter, dans laquelle le jeune homme déclare qu’il est poursuivi par la justice turque pour ses chansons contestataires, mais qu’il continuerait à chanter ses chansons, même s’il finissait en prison.
Encü a également déclaré qu’Aymaz est un employé bénévole du HDP et ajouté qu’il s’agit d’un meurtre raciste car l’assassin avait tué Aymaz car ce dernier avait refusé de chanter la chanson « Je mourrais pour toi Turquie » que le meurtrier avait demandée.
ISTANBUL – Alliance du travail et de la liberté a protesté contre le meurtre de Cihan Aymaz
L’Alliance du travail et de la liberté a protesté contre le meurtre d’un artiste de rue kurde et travailleur du fret Cihan Aymaz par un tueur raciste à Kadıköy. L’Alliance a déclaré : « Nous condamnons cette brutalité, qui est la manifestation de la politique de haine du gouvernement. On demandera des comptes pour Cihan ! »Que s’est-il passé hier soir à Kadiköy?
Le mardi 2 mai, vers 19 heures du soir, une personne du nom de Mehmet Caymaz a attaqué Cihan Aymaz, 29 ans, qui chantait en kurde sur le quai de Kadıköy, au motif qu’il a refusé de chanter la chanson « Ölürüm Türkiyem » (« Je mourrais pour toi Turquie ») qu’il avait demandée.
Aymaz a été poignardé à la poitrine par l’agresseur et est tombé à la mer à cause du coup qu’il a reçu. Ensuite, le suspect Mehmet Caymaz a également sauté à la mer.
Aymaz a perdu la vie à l’hôpital.
Le suspect Mehmet Caymaz a été placé en garde à vue après avoir été repêché par des garde-côtes.
Bianet
TURQUIE – Le candidat de l’opposition pour les élections présidentielles turques, Kemal Kiliçlaroglu a déclaré que les pays méditerranéens, l’UE et l’ONU devraient coopérer pour résoudre le problème des réfugiés et de la migration climatique.
Kemal Kılıçdaroğlu, le principal rival du président Recep Tayyip Erdoğan lors des prochaines élections [soutenu par une large partie des électeurs, y compris les kurdes] a appelé l’UE à coopérer avec la Turquie sur le dossier de la migration.
Hier soir, dans une vidéo sur Twitter, Kılıçdaroğlu a critiqué la gestion de la crise par le gouvernement [turc] et a promis un changement dans la politique turque en matière de réfugiés, mais a également souligné la nécessité d’une coopération internationale.
Affirmant que la Turquie doit répondre aux besoins de sa propre population en termes d’eau, d’énergie et d’infrastructures, il a fait remarquer : « L’Europe doit réaliser que nous ne pouvons même pas garder les citoyens turcs, et encore moins héberger ces demandeurs d’asile et ces [migrants] irréguliers, si la Turquie perd ses propres infrastructures et son eau. »« L’Union européenne doit cesser de penser que je donne un pot-de-vin et que je m’en tire », a-t-il déclaré, faisant référence à l’accord sur les réfugiés de 2016 entre l’UE et la Turquie, qui visait à réduire le nombre de réfugiés venant en Europe en accorder une aide financière à la Turquie, qui a accepté de reprendre les migrants qui ont traversé la mer Égée pour rejoindre la Grèce.
Cependant, l’accord a été critiqué par des groupes de défense des droits humains et l’ONU pour avoir violé le droit international et ne pas avoir fourni une protection adéquate aux réfugiés. Les partis d’opposition turcs ont également critiqué le gouvernement à propos de l’accord, l’accusant de transformer la Turquie en « camp de réfugiés de l’Europe ».
Répétant cette critique, Kılıçdaroğlu a déclaré que l’accord doit être réévalué et que la Turquie ne peut pas continuer à agir comme une « zone tampon » pour les réfugiés climatiques.
« Par conséquent, la Turquie devrait diriger les pays du bassin méditerranéen, où les températures augmentent 20 % plus vite que le reste du monde, avec « une nouvelle vision » pour la région, et l’UE devrait coopérer avec elle » a-t-il ajouté.
Migration climatique
Kılıçdaroğlu a en outre averti que les fleuves Euphrate et Tigre pourraient s’assécher au cours des 20 prochaines années si aucune mesure n’est prise, causant des problèmes agricoles dans le sud-est de la Turquie et affectant les centrales hydroélectriques, entraînant une grave pénurie d’eau. « Cela entraînerait également plus de 60 millions de personnes en Turquie, en Syrie et en Irak souffrant de famine et de pénurie d’eau », a-t-il ajouté.
Kılıçdaroğlu a souligné l’urgence de la situation, déclarant que si la Turquie n’agit pas, elle pourrait faire face à un afflux de réfugiés de Syrie et d’Irak. En réponse, il a appelé l’UE et les pays du bassin méditerranéen à travailler ensemble pour le retour des réfugiés syriens dans leur pays d’ici deux ans au plus tard.
La feuille de route
Il a suggéré des négociations avec l’administration syrienne et l’établissement d’un protocole avec le gouvernement légitime pour sécuriser la vie et les biens de ceux qui quittent le pays. L’Union européenne et les Nations unies seraient associées à ce protocole.
Kılıçdaroğlu a également proposé que des entrepreneurs turcs construisent des maisons, des écoles, des routes et des jardins d’enfants pour les demandeurs d’asile retournant en Syrie avec les fonds de cette coopération. Ce plan vise à aider les Syriens à reconstruire leurs maisons et leurs communautés, et à assurer un retour sûr et durable dans leur patrie.
Bianet
TURQUIE – 4 détenus, dont « le chef de l’aile militaire » du Hezbollah turc, Mehmet Emin Alpsoy, ont été libérés grâce à l’amnistie présidentielle a rapporté l’agence kurde Mezopotamya. Alpsoy avait été condamné à la réclusion à perpétuité aggravée pour avoir tué sous la torture 3 personnes et avoir été le « chef de l’aile militaire » du Hezbollah turc.
Alpsoy a dirigé l’aile militaire du groupe fondamentaliste et a été condamné à mort en 2000 pour son implication dans des exécutions extrajudiciaires. Il a finalement été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle lorsque la Turquie a supprimé la peine de mort.
Le condamné du Hezbollah a été accusé d’avoir torturé et assassiné trois personnes à Ankara, la capitale turque. Les corps des victimes ont été découverts enterrés dans le sous-sol de la maison de son frère. Son frère a déclaré qu’il avait donné les clés de sa maison à Alpsoy et a nié toute connaissance d’activités criminelles.
Erdoğan a cité un rapport de l’Institut de médecine légale et une circulaire du ministère de la Justice dans sa grâce au motif qu’Alpsoy était trop vieux pour rester en prison. L’appel à la libération d’Alpsoy est venu du Parti de la cause libre (HÜDA-PAR), qui serait affilié au Hezbollah et actuellement allié au Parti de la justice et du développement (AKP) d’Erdoğan pour les élections cruciales du 14 mai en Turquie.
Le fils d’Alpsoy, Şeyhmus Alpsoy, est également derrière les barreaux, dans l’attente du résultat d’un autre appel de HÜDA-PAR, pour sa libération pour raisons de santé.
Le groupe extrémiste sunnite Hezbollah, (à ne pas confondre avec le Hezbollah libanais chiite), était actif dans les années 1990 dans les régions kurdes de la Turquie, ciblant des personnes qu’ils croyaient être affiliées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et des civils qu’ils jugeaient « immorales », y compris celles buvant de l’alcool ou portant des jupes courtes.
En février 1992, le journaliste Halit Güngen a publié un dossier sur la façon dont les militants du Hezbollah ont reçu une formation au siège de la police anti-émeute. Deux jours plus tard, Güngen a été assassiné. Un autre journaliste qui a écrit sur les liens de l’organisation terroriste avec l’État, Namık Tarancı, a également été assassiné en novembre de la même année.
À l’époque, le ministre de la Culture de l’époque, Fikri Sağlar, a déclaré aux médias que l’armée turque avait pris la décision en 1985 de développer et de financer le groupe, dans le cadre d’opérations secrètes de contre-guérilla.
Le Hezbollah aurait été responsable de nombreuses exécutions extrajudiciaires dans les régions à majorité kurde dans les années 1990, au plus fort des combats entre l’État turc et le PKK.
L’éminente féministe musulmane Konca Kuriş, qui a fait campagne contre une interprétation « dogmatique » du livre sacré des musulmans, a été découverte dans un sous-sol appartenant au Hezbollah en 2000, ligotée et tuée sous la torture, plus d’un an après sa disparition dans la province centrale de Konya.
L’Association des droits de l’homme (İHD) a publié une déclaration en janvier 2000 selon laquelle au moins 1 964 personnes avaient perdu la vie dans des exécutions extrajudiciaires à motivation politique. 80/100 de ces meurtres ont été commis dans les régions kurdes, avait alors déclaré l’İHD.
Selon les estimations de diverses organisations de la société civile, le nombre de meurtres est bien supérieur à 17 000 personnes. Parmi les victimes figurent Savaş Buldan, époux de l’éminente politicienne kurde Pervin Buldan, qui copréside actuellement le deuxième plus grand bloc d’opposition du pays, le Parti démocratique des peuples (HDP).
Erdoğan a gracié trois autres hommes le même jour qu’Aksoy. L’ancien lieutenant-général Çetin Saner, qui avait été condamné à la prison à vie pour avoir tenté de renverser le gouvernement par la force, a également été gracié en raison de son âge, tandis que Nihat İliman, purgeant une peine de 25 ans pour meurtre au premier degré, et Sedat Çelik, purgeant une peine de 12 ans pour trafic de drogue, ont été graciés pour « handicap ».
Medya News
TURQUIE / KURDISTAN – Dans le cadre d’enquêtes judiciaires visant la presse libre, 34 journalistes kurdes ont été arrêtés en Turquie ces derniers 11 mois. Tous les journalistes sont accusés d’« appartenance à une organisation terroriste ».
A quelques jours des élections présidentielles et parlementaires turques, les détentions et arrestations de journalistes, avocats, politiciens et syndicalistes se sont multipliées. Des centaines de personnes ont été arrêtées lors de raids récents à Diyarbakir (Amed) et à Ankara. En onze mois, 34 journalistes kurdes ont arrêtés en Turquie.
16 journalistes arrêtés le 8 juin 2022 à Amed
Dans le cadre de l’enquête menée par le parquet général de Diyarbakır contre les employés de la Presse libre, une perquisition a été menée dans les bureaux de l’agence féminine kurde JINNEWS et les sociétés de production Pel, Piya et Ari le 8 juin 2022. Tous les documents numériques des agences et des sociétés de production ont été saisies lors des raids. En plus des sociétés de production, les domiciles des journalistes qui y travaillaient ont été perquisitionnés.
Serdar Altan, coprésident de l’Association des journaliste Dicle – Fırat (DFG), rédacteur en chef du journal Xwebûn Mehmet Ali Ertaş, Safiye Alagaş, directrice de JINNEWS, Gülşen Koçuk, rédactrice en chef de JINNEWS, Aziz Oruç, rédacteur en chef de l’Agence Mesopotamya (MA), les journalistes Ömer Çelik, Suat Doğuhan, Ramazan Geciken, Esmer Tunç, Neşe Toprak, Zeynel Abidin Bulut, Mazlum Güler, Mehmet Şahin, Elif Üngür, İbrahim Koyuncu, Remziye Temel, Mehmet Yalçın, Abdurrahman Öncü, Lezgin Akdeniz, Kadir Bayram et les citoyens Feynaz Koçuk et İhsan Ergülen ont été arrêtés.
Gülşen Koçuk, Esmer Tunç, Mehmet Yalçın, Kadir Bayram, Feynaz Koçuk et İhsan Ergülen, qui ont été traduits en justice le 16 juin, ont été libérés sous contrôle judiciaire. Seize autres journalistes ont été arrêtés. Tous les prévenus sont accusés d’« appartenance à une organisation terroriste ». L’allégation était basée sur les entretiens réalisés par les journalistes avec les sources d’information, les programmes de télévision, les informations et les questions posées aux invités dans les programmes. Le blocus policier sur les bâtiments des sociétés de production Piya et Ari a été levé après 32 jours.
« Accusations sans preuves »
Après plus de 10 mois, un acte d’accusation a été préparé contre 18 journalistes, dont 15 ont été emprisonnés. Dans l’acte d’accusation de 728 pages, les archives des sociétés de production, les photographies et les séquences téléchargées sur Internet pour les programmes, les journaux et livres « confisqués » et les paiements effectués pour les programmes ont fait l’objet d’accusations.
Les dossiers concernant le rédactrice en chef de JINNEWS, Safiye Alağaş, et la journaliste Gülşen Koçuk, qui étaient jugées dans l’attente de leur procès, ont été séparés par la décision du 21 mars. Les dossiers de Feynaz Koçuk et İhsan Ergülen n’ont pas été inclus dans cet acte d’accusation.
18 journalistes, dont 15 sont emprisonnés, comparaîtront devant un juge de la 4e Haute Cour pénale de Diyarbakır le 11 juillet.
Opération basée à Ankara
Une nouvelle opération a été lancée le 25 octobre 2022. Les domiciles des employés de Free Press dans 9 provinces basées à Ankara ont été perquisitionnés à un moment où l’utilisation d’armes chimiques dans les régions de Zap, Metîna et Avaşîn de la région fédérée du Kurdistan de Turquie était à l’ordre du jour. En outre, le bureau d’Ankara de l’Agence de la Mezopotamya (MA) et le bâtiment d’Ari Production ont été perquisitionnés. Des documents numériques appartenant à des journalistes ont été saisis.
Dans l’opération de détention pour laquelle un mandat d’arrêt a été émis contre 14 personnes, le directeur éditorial de MA Diren Yurtsever, les journalistes de MA Berivan Altan, Deniz Nazlım, Selman Güzelyüz, Hakan Yalçın, Ceylan Şahinli, Emrullah Acar et Zemo Ağgöz, les journalistes de JINNEWS Habibe Eren et Öznur Değer, MA Ankara Mehmet Günhan, qui a travaillé comme stagiaire dans son bureau pendant un certain temps, a été placé en garde à vue, ont été arrêtés. Les journalistes arrêtés sous la torture ont été transférés au palais de justice d’Ankara 4 jours plus tard. Alors que Zemo Ağgöz et Mehmet Günhan ont été libérés, 9 journalistes ont été arrêtés pour « appartenance à une organisation terroriste ».
Dans le cadre de la même opération, Hamdullah Bayram, un employé du journal Yeni Yaşam, a été arrêté le 21 mars 2023.
Au moment où 11 journalistes ont été arrêtés, la journaliste de JINNEWS, Derya Ren, a également été arrêtée lors de raids à domicile menés à Amed. Ren a été écrouée au palais de justice où elle a été transférée le même jour, après qu’on lui ait signifié la décision de la peine de prison la visant. Ren a été emmenée à la prison pour femmes de Diyarbakır.
Énumérant 149 reportages de l’agence Mezopotamya, qui a été présentée comme l’accusé bien qu’étant une personne morale, dans l’acte d’accusation préparé 3,5 mois plus tard pour les personnes détenues dans le cadre de l’enquête basée à Ankara, le procureur a inclus le déclarations de témoins publics et secrets qui n’ont fait aucune déclaration concernant les journalistes. Les journalistes comparaîtront devant le tribunal un jour après les élections présidentielles et législatives du 14 mai.
Opération basé à Amed
Les opérations contre les journalistes se multiplient alors qu’il ne reste que quelques jours avant les élections. Les maisons de nombreuses personnes, dont des journalistes, des politiciens, des artistes et des représentants d’organisations non gouvernementales, ont été perquisitionnées conformément aux déclarations du témoin public Ümit Akbıyık le 25 avril dans 21 villes basées à Amed. 145 personnes ont été détenues, 51 d’entre elles ont été arrêtées.
Le rédacteur en chef de MA Abdurrahman Gök, le journaliste de JINNEWS Beritan Canözer et les journalistes Mehmet Şah Oruç, Remzi Akkaya et Mikail Barut figuraient parmi les personnes arrêtées pour « appartenance à une organisation terroriste ».
Le titulaire de la concession du journal Xwebûn Kadri Esen, le rédacteur en chef du journal Yeni Yaşam Osman Akın, les journalistes Ahmet Kanbal, Salih Keleş, Kadir Bayram et Mehmet Yalçın, qui ont été arrêtés lors de la même opération, ont également été libérés.
Yilmaz et Muftuoglu arrêtés
Dans le cadre d’une enquête lancé par le bureau du procureur général d’Ankara, 19 personnes, dont Dicle Müftüoğlu, coprésident de l’Association des journalistes Dicle Fırat (DFG) et Sedat Yılmaz, rédacteur en chef de l’agence Mezopotamya, ont été arrêtées lors de raid menés dans 15 villes. 5 personnes, dont les journalistes Sedat Yılmaz et Dicle Müftüoğlu, ont été écroués pour « appartenance à une organisation terroriste » le 3 mai choisi pour célébrer la Journée mondiale de la liberté de la presse.
« L’ordre illégal sera détruit dans 10 jours »
Le journaliste détenu, Sedat Yılmaz a déclaré devant la porte du tribunal : « L’ordre illégal sera détruit dans 10 jours » tandis que Müftüoğlu a écrit « Nous ne nous tairons pas ».
Agence Mezopotamya
TURQUIE / KURDISTAN – Dans la Turquie du dictateur islamiste Erdogan, la liberté de presse n’existe que si vous êtes une brosse à reluire les bottes les bottes du régime clientéliste, corrompu et liberticide. Mais prenez garde à vous, si vous oser dépeindre un tableau réaliste de la situation sociale, économique, culturelle et politique du pays. Vous voilà devenu l’ennemi de la nation qu’il faut vite neutraliser en le jetant en prison. C’est pourquoi, les journalistes kurdes et turc.ques qui tentent, un tant soit peu, d’être à la hauteur de leur métier d’informer la population de ce qui trame dans les coulisses politiques et ce qui se passe sur le terrain, sont empêchés de couvrir l’actualité, criminalisés et finissent en prison ou se réfugient à l’étranger alors que le pays traverse une crise économique et politique majeur et que le bon déroulement des élections présidentielles et législatives du 14 mai est sérieusement menacé par les sbires du régime, ce mercredi 3 mai, une bonne partie de ces journalistes « célèbrent » la Journée mondiale de la liberté de la presse dans les geôles turques.
Alors que la Turquie se classe au 165e rang sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse, la situation préoccupante de la liberté de la presse en Turquie se dégrade d’année en année, comme le fait remarquer le RFS dans son rapport suivant:
Turquie 2022Paysage médiatiqueAlors que 90 % des médias nationaux sont sous le contrôle du pouvoir, l’opinion publique s’est tournée, ces cinq dernières années, vers des médias critiques ou indépendants de divers bords politiques tels que Fox TV, Halk TV, Tele1, Sözcü mais aussi des sites d’information locaux ou internationaux (BBC Turkish, VOA Turkish, Deutsche Welle Turkish, etc), pour s’informer sur l’impact de la crise économique et politique sur le pays. Contexte politiqueÀ la veille des élections 2023, le système d’hyper-présidence de Recep Tayyip Erdogan n’hésite pas à s’en prendre aux journalistes pour masquer le déclin économique et démocratique du pays, et consolider sa base politique. Cependant, ni la censure presque systématique sur internet, ni les poursuites abusives contre les médias critiques, ni l’instrumentalisation de la justice n’ont permis, jusque-là, à Erdogan de redresser sa cote de popularité, alors qu’ils est mis en cause dans une vaste affaire de corruption et de clientélisme politique. Cadre légalLes pratiques discriminatoires vis-à-vis des journalistes et médias critiques, comme la privation de la carte de presse, sont monnaie courante. Les juges à la botte du pouvoir tentent de limiter le débat démocratique en censurant les articles en ligne traitant, notamment, de cas de corruption. Ce contexte rend difficile la publication d’une information de qualité. Dans ce cadre, une partie de la profession tente de rester fidèle à sa mission d’informer en toute indépendance et réclame la reconnaissance d’un “médiateur des médias” (ombudsman). Contexte économiqueLe gouvernement et les compagnies privées proches du pouvoir favorisent les médias qui leur sont favorables en termes d’annonces publicitaires et de subventions, ce qui menace le pluralisme des médias. Le Conseil chargé des annonces publiques (BIK) exerce une pression financière sur les quotidiens récalcitrants, alors que le Haut Conseil de l’audiovisuel (RTÜK) contribue à affaiblir financièrement des chaînes critiques en leur adressant des amendes astronomiques. Certains quotidiens ont également dû réduire leur nombre de pages en raison du prix du papier. Contexte socioculturelDes procès pour “insulte” sont parfois intentés contre les journalistes qui mettent en cause des personnalités religieuses. Les sujets traitant des violences conjugales ou diverses formes d’abus, notamment lorsqu’ils sont évoqués par des femmes journalistes, peuvent donner lieu à des campagnes de haine sur les réseaux sociaux. SécuritéDepuis les élections locales de 2019, la spirale de violences visant les journalistes critiques vis-à-vis de l’alliance gouvernementale (AKP-MHP) n’a eu de cesse de se renforcer. Alors que les élections de 2023 approchent, des groupes ultranationalistes, encouragés par les discours politiques contre la presse, s’en prennent, en pleine rue, aux reporters, éditorialistes, commentateurs ou journalistes citoyens qui couvrent des affaires politiques et évoquent la crise économique.