Le jour où Danielle Mitterrand est devenue « la mère des Kurdes »

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KURDISTAN – Il y a 33 ans, le boucher irakien, Saddam Hussein ordonnait le gazage des Kurdes à la sortie de la guerre Iran – Irak. Près de 200 000 Kurdes, dont 5 000 à Halabja, ont péri lors de la campagne al-Anfal entre février et septembre 1988.
 

Ce génocide a scandalisé la communauté internationale et l’ONU a fini par intervenir pour protéger la région kurde d’Irak qui est devenue autonome depuis. Une des personnalités de l’époque qui a milité activement pour les droits des Kurdes d’Irak était Danielle Mitterrand, l’épouse du Président français François Mitterrand. Pour lui montrer leur reconnaissance, les Kurdes l’ont surnommée « la mère des Kurdes ».

Le journaliste kurde,   rend hommage à Danielle Mitterrand et revient sur son engagement auprès des Kurdes:
 
Nous avons l’habitude, dans les pays de la région, de voir des rues et des places publiques porter les noms de martyres, de guerres et même parfois d’occupants. Mais l’un de ceux choisis au Kurdistan d’Irak peut surprendre : celui de Danielle Mitterrand. Qui est donc cette farouche défenseuse des droits des opprimés et pourquoi est-elle adulée par les Kurdes?
 
Première dame de France – épouse de François Mitterrand, ancien président de la République française de 1981 à 1995 –, elle a embrassé la cause des Kurdes et a ouvert la porte de l’asile aux familles irakiennes. En parallèle, bien entendu, du soutien politique et militaire de son mari.
 
La mémoire des Kurdes est riche en histoires célébrant le rôle de Danielle Mitterrand dans le soutien à leur cause. Notamment pour son aide face aux attaques de l’ancien président irakien Saddam Hussein contre leurs villes et villages.
 
Ce n’est pas par hasard que les Kurdes la surnomment encore « la mère des Kurdes ». Elle fut en effet à l’origine de nombreuses résolutions internationales visant à mettre fin aux massacres contre eux. Comme la résolution 688 émise par le Conseil de sécurité de l’ONU en avril 1991, condamnant la répression des Kurdes qui provoquait alors un flux massif de réfugiés, dont des enfants, vers les montagnes du Kurdistan, la Turquie, l’Iran, etc. Une décision qui a largement contribué à la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne (no-fly zone) au-dessus de l’Irak et, surtout, a contraint Saddam Hussein à cesser ses attaques contre les Kurdes. Cette mesure a d’ailleurs perduré jusqu’à la chute du régime de Saddam en 2003.
Parmi ses autres actions dont l’ancienne comme la nouvelle génération des Kurdes se souviennent, on peut citer l’envoi au milieu des années 90, d’une délégation de la fondation France Liberté qu’elle présidait, pour œuvrer à la réconciliation entre le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) – deux “frères” en conflit armé.
 
En juillet 1992, Danielle Mitterrand avait également marqué les esprits par son inauguration de l’Assemblée nationale du Kurdistan fraîchement élue. D’autant que lors de ce séjour, sur la route de la ville martyre de Halabja, son convoi fut victime d’un attentat des services irakiens faisant plusieurs morts parmi les peshmergas chargés de sa protection. Son engagement auprès du peuple kurde n’a cependant pas faibli, comme en témoigne en 2003, sa participation à la session parlementaire historique annonçant l’unification du gouvernement régional du Kurdistan.
 
 
En signe de reconnaissance pour toutes ses contributions et en hommage à sa personne, son nom a donc été donné à plusieurs lieux publics, dont l’un des principaux boulevards de la ville de Dohuk.
 
Grâce à Danielle Mitterrand, les Kurdes considèrent désormais les Français comme des alliés historiques. Ils les accueillent chaleureusement et leur offrent du thé irakien accompagné d’un sourire.
 
Ainsi, malgré les attaques et les menaces iraniennes et turques qui pèsent encore sur le pays, la population entretient cette mémoire qui l’a aidée à se libérer du règne de Saddam Hussein et à construire un État qui reste l’un des plus sûrs de la région.
 
Shiyar Khaleal est un journaliste kurde de Syrie et ancien résident de la Maison des Journalistes 

SYRIE. L’État islamique renaît de ses cendres après l’invasion turque

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SYRIE / ROJAVA – Les Forces démocratiques syriennes (FDS) dominées par les Kurdes, mettent en garde le monde contre le groupe terroriste Etat islamique (EI) qui représente toujours un grand danger en ce 23 mars qui marque le deuxième anniversaire de la chute du « califat ». Les FDS accusent la Turquie d’être en grande partie responsable de cette résurrection islamiste en envahissant plusieurs régions du Rojava en disant que «l’Etat islamique s’est rétabli suite aux attaques d’invasion de l’État turc dans la région. Cette situation révèle la relation entre l’État turc et Daech.»
 
«En tant que FDS, nous promettons que nous protégerons notre peuple, nos terres, nos réalisations et le système d’administration autonome dans lequel toutes les différences coexistent», a déclaré le commandant des FDS, Sayil Al-Zobei, à l’occasion de l’anniversaire de la libération de Baghouz il y a deux ans déjà.
 
S’exprimant lors d’un événement organisé pour marquer l’anniversaire de la libération de Baghouz de l’Etat islamique, le commandant des FDS, Sayil Al-Zobei, a déclaré: «L’Etat islamique s’est rétabli suite aux attaques d’invasion de l’État turc dans la région. Cette situation révèle la relation entre l’État turc et Daech.» Al-Zobei a souligné ce qui suit: «En tant que Forces démocratiques syriennes (FDS), nous combattons les gangs de l’EI depuis 7 ans. Nous avons lancé des offensives de libération à Kobanê, Manbij, Tabqa, Raqqa et, enfin, Baghouz. Nous avons libéré Baghouz en payant un grand prix. Au cours des 7 dernières années, des milliers de nos combattants ont utilisé leur corps comme bouclier pour mettre fin aux ténèbres de l’Etat islamique et l’État islamique a été vaincu. Nous avons nettoyé le dernier terrain dont il disposait. Mais notre lutte se poursuit toujours contre ce qui reste de l’État islamique. Il existe de nombreux groupes de gangs radicaux influencés par Daech. Ces gangs nous attaquent, notables et employés de l’administration autonome». « UNE RELATION ÉTROITE ENTRE L’ÉTAT TURQUE ET L’EI » Al-Zobei a poursuivi: « Après que l’État turc a envahi Serêkaniyê et Girê Spî, l’activité de l’État islamique dans la région a augmenté. Cela montre qu’il existe une relation étroite entre l’État turc et Daech. L’État turc organise ces gangs pour attaquer nos terres et déploie ces gangs dans des pays comme la Libye, l’Azerbaïdjan et le Yémen. » « LA MENACE DE DAECH POURRAIT ÊTRE ÉLIMINÉE EN SOUTENANT L’ADMINISTRATION AUTONOME » Soulignant que les détenus de l’Etat islamique et les familles résidant dans le camp de Hol représentent toujours un grand danger, Al-Zobei a rappelé que l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie a appelé à plusieurs reprises à la création d’un tribunal international, mais cet appel n’a pas encore reçu une réponse positive. Al-Zobei a déclaré que les FDS poursuivaient leurs opérations contre les cellules de l’Etat islamique sans interruption. «Notre peuple et le monde devraient savoir à quel point ce processus est difficile. Il existe de nombreux facteurs pour une destruction complète d’une organisation comme DAECH. Les forces sociales et militaires peuvent le faire conjointement. Les États régionaux et internationaux doivent s’acquitter de leurs obligations vis-à-vis des détenus de l’Etat islamique et de leurs familles séjournant dans les camps. Le danger de l’Etat islamique ne peut être éliminé qu’en soutenant l’administration autonome dans des domaines tels que la sécurité, la politique, économie et construction. L’Administration autonome s’est battue contre Daech à un moment où tout le monde a quitté la région.» « Nous nettoierons la Syrie des terroristes »  Al-Zobei a conclu son discours ainsi: «En tant que FDS, nous promettons que nous protégerons notre peuple, notre terre, nos réalisations et le système d’administration autonome dans lequel toutes les différences coexistent. L’administration autonome est la garantie pour tous les peuples et croyances de Syrie de vivre ensemble. Nous ressentons profondément la douleur de tous les peuples touchés par les attaques de l’Etat islamique. Nous resterons aux côtés des États qui combattent Daech. Nous allons nettoyer toutes les régions de la Syrie des terroristes.»
 

« D’abord, ils sont venus pour les Kurdes »

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L’annonce de mercredi que le procureur de la République turque avait déposé une plainte pour l’interdiction du Parti démocratique des peuples (HDP) pro-kurde n’était pas une surprise, mais cela n’en fait pas moins un coup dur. Alors que cela arrive quelques heures seulement après que le HDP a vu un autre député dépouillé de son mandat de parlementaire pour faire face à une peine de prison, et avec des nouvelles de raids et de détentions plus tôt le matin vendredi. (le HDP décrit ces attaques comme « un génocide politique » qui n’a jamais semblé plus approprié.) Ce n’est que lundi – cela semble il y a beaucoup plus longtemps – que la communauté kurde du monde entier a réagi par des manifestations de masse aux rumeurs sur les réseaux sociaux selon lesquelles le dirigeant du PKK, Abdullah Öcalan, était mort. Bien que ces rumeurs aient été démenties par les autorités turques, il n’y aura jamais de certitude tant qu’Öcalan sera interdit de communication avec le monde extérieur.
 
 
Après avoir écrit cet article – tard dans la nuit de vendredi – il a été annoncé que, par décret présidentiel, la Turquie avait retiré sa signature de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique. Et tôt ce matin, il y a eu davantage de détentions de militants politiques. Comme l’a dit Harold Wilson, une semaine, c’est long en politique.
 
Les mesures prises cette semaine contre le HDP sont une escalade dans une campagne gouvernementale prolongée contre le parti qui a vu des milliers de personnes emprisonnées, y compris d’anciens députés et co-maires, et les anciens coprésidents du parti, Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ. Il n’y a plus de séparation significative entre le gouvernement turc et le pouvoir judiciaire, et toute critique du gouvernement ou soutien aux droits des minorités peut entraîner l’emprisonnement.
 
Le député du HDP Ömer Faruk Gergerlioğlu, condamné à une peine de deux ans et demi pour un tweet appelant à la paix, est devenu une cible particulière grâce à son travail acharné en faveur des droits de l’homme (comme je l’ai décrit dans une récente revue de presse ). Quand, mercredi, le président du parlement turc a annoncé qu’il était déchu de son statut de député, il a commencé un sit in, avec d’autres députés du HDP. Il a promis de ne pas quitter le bâtiment du parlement tant que les tribunaux n’auront pas entendu l’appel concernant son affaire, qui est toujours pendante.
 
Alors que les députés protestaient contre l’expulsion de Gergerlioğlu, des informations ont été rapportées dans les médias selon lesquelles le procureur général de la Cour de cassation avait intenté une action en justice auprès de la Cour constitutionnelle pour interdire complètement le HDP. Il demande également que 687 membres du HDP soient empêchés de participer à des activités politiques pendant cinq ans. (Il a depuis été souligné que trois des 687 ne sont plus en vie, ce qui pourrait être interprété comme une indication d’un mépris plus large de la nécessité de fonder les accusations sur des infractions réelles.)
 
La Turquie a une histoire longue et déprimante d’interdire les partis politiques, en particulier les partis qui soutiennent les droits des Kurdes, mais chaque fois qu’un parti pro-kurde a été fermé, un nouveau parti est ressuscité, semblable à un phénix, de ses cendres. Les interdictions ont également été utilisées pour mettre fin aux précurseurs du Parti pour la justice et le développement (AKP) au pouvoir pour avoir «agi contre les principes de la république laïque», et en 2008, l’AKP lui-même n’a échappé que de peu à la fermeture. Comme le montre cette histoire, l’interdiction n’est pas, en soi, un moyen efficace d’arrêter une force politique, bien que cela ne signifie pas que ce n’est pas un coup dur pour la démocratie. Leur propre expérience – ainsi que, sans aucun doute, des considérations tactiques – avaient fait paraître l’AKP réticent à recourir à une interdiction pure et simple, mais ils semblent avoir répondu aux demandes insistantes de leurs alliés d’extrême droite au sein du Parti du Mouvement national (MHP).
 
Dans le même temps, l’oppression des politiciens et des militants des droits ne s’est pas arrêtée. Tôt vendredi matin, des perquisitions à Istanbul, Ankara, Eskişehir et Adana ont balayé d’autres membres du HDP, y compris des coprésidents et exécutifs régionaux, ainsi que le coprésident de l’Association des droits de l’homme, Öztürk Türkdoğan. Les médias d’État les ont tous décrits comme travaillant pour le PKK et le ministre de l’Intérieur, Süleyman Soylu, a qualifié l’Association des droits de l’homme de «cette association maudite». Si quelqu’un a été trompé par l’annonce récente du président Erdoğan d’un plan d’action pour les droits de l’homme, il aurait dû être complètement désabusé.
 
Une conséquence de la transition vers une interdiction totale du HDP est que cela attire beaucoup plus l’attention internationale que la longue et brutale guerre d’usure que mène également le gouvernement. Il devrait également aider à attirer l’attention sur toutes ces autres attaques, d’autant plus qu’elles coïncidaient avec l’attaque de Gergerlioğlu. La condamnation des actions du gouvernement turc a été généralisée, avec des déclarations publiques émanant de politiciens et de partis internationaux. Il y a eu des déclarations de l’Union européenne (UE) et de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe qui a également tenu un débat d’urgence – et le département d’État américain «surveille» les événements. Mais, au cas où nous aurions besoin d’un autre rappel des limites d’une telle action étatique, la déclaration de soutien de l’Allemagne, qui entretient d’importantes relations commerciales avec la Turquie, n’a pas pu résister à se plier à Erdoğan. Leur «grande inquiétude» face aux actions du gouvernement turc a été suivie d’un commentaire inutile et contre-productif: «Nous appelons le HDP à se distancer clairement du PKK, qui est également répertorié comme une organisation terroriste dans l’UE».
 
Les événements récents n’ont pas empêché l’UE d’abandonner ses projets de sanction des dirigeants pétroliers turcs, les diplomates de l’UE informant Reuters que «un rapport sur les relations avec la Turquie commandé par les dirigeants de l’UE qui devait à l’origine énumérer les désaccords sur l’énergie, les droits de l’homme et les migrations, sera désormais neutre dans son ton », et « une demande d’un procureur turc d’interdire le parti pro-kurde HDP ne relancera probablement pas les discussions sur les sanctions, même si elle peut être discutée par l’UE ».
 
Vendredi, au lendemain du jour où le haut représentant de l’UE, Josep Borrell, avait apposé son nom sur une déclaration faisant état des «préoccupations de l’UE concernant le recul des droits fondamentaux en Turquie», Erdoğan a eu une vidéoconférence avec le président du Conseil européen, Charles Michel , et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, où, selon le communiqué de presse de l’UE, «la partie européenne a souligné l’importance d’une désescalade soutenue et d’un renforcement de la confiance pour permettre un programme UE-Turquie plus positif».
 
Il y a manifestement beaucoup plus de travail à faire pour sensibiliser davantage le public à ce qui se passe, afin que les gouvernements ne puissent pas se permettre d’être aussi dédaigneux. C’est une période cruciale pour les Kurdes, mais aussi pour la démocratie et l’éthique politique, mais il n’y en a pas d’aussi aveugle que ceux qui ne regarderont pas au-delà des résultats.
 
La suppression du HDP par Erdoğan peut être en partie comprise comme une prise de pouvoir à visage découvert. Des sondages récents ont montré que, dans une lutte électorale directe, on ne s’attendrait pas à ce que l’AKP conserve le pouvoir, même avec le soutien de ses alliés du MHP. Ainsi, ils ont décidé d’éliminer une partie de l’opposition – le troisième plus grand parti au parlement – et de faire basculer les chances en leur faveur. Ils ont également cultivé un soutien populaire grossier à travers une rhétorique de division pour régner qui attribue tous les problèmes aux ennemis kurdes à l’intérieur. Leurs attaques contre les Kurdes, et plus généralement contre leurs opposants politiques, visent à étouffer la résistance par le recours à la peur et à créer une image de force. Mais ils vont même au-delà de cela. La violence, le racisme, et la misogynie se nourrit de sa propre propagande pour créer une logique imparable qui se délecte de la cruauté et de la vengeance pour elle-même. Le nationalisme ethnique est inscrit dans la constitution de la Turquie, et les Kurdes ne sont jamais pardonnés de refuser d’être Turcs. Plus récemment et spécifiquement, le HDP n’a pas été pardonné d’avoir privé l’AKP d’une majorité lors des élections générales de juin 2015 et, par sa promotion du vote tactique, d’avoir fait en sorte que l’AKP perde le contrôle d’Istanbul et d’autres grandes villes lors des élections locales. de 2019. La trajectoire violente du gouvernement AKP n’a été renforcée que par sa dépendance au soutien du MHP.
 
Le gouvernement turc affirme qu’en attaquant le HDP, il attaque en fait son ennemi numéro un, le PKK. Cependant, une conséquence de leur détermination à bloquer les espoirs d’une solution constitutionnelle à la question kurde, sera d’encourager les Kurdes qui avaient auparavant cherché une reconnaissance à travers le HDP à rejoindre les forces de guérilla. Sans aucun doute, il y a des politiciens belliqueux, notamment au sein du MHP, qui seraient heureux d’encourager de nouvelles opportunités de lâcher l’armée sur les régions kurdes, mais un retour aux années 1990 serait une perspective effrayante pour la plupart des gens.
 
Pour sa part, le PKK milite depuis longtemps pour une solution pacifique, mais depuis qu’Erdoğan a retiré le tapis des pourparlers de paix en 2015, il n’y a eu personne avec qui négocier. En effet, la façon dont les pourparlers se sont terminés laisse penser qu’il n’y a jamais eu d’engagement sérieux de la part du gouvernement. Cependant, les espoirs d’un avenir pacifique restent centrés sur Abdullah Öcalan, qui est reconnu comme leur chef par des millions de Kurdes. Cette reconnaissance et son potentiel à négocier un avenir pacifique ont conduit à des comparaisons avec Nelson Mandela. Les idées d’Öcalan ont également inspiré des développements révolutionnaires dans la démocratie radicale et les droits des femmes au Rojava.
 
Pendant vingt-deux ans, Öcalan est détenu dans un isolement presque total sur l’île pénitentiaire d’Imrali, en violation du droit turc et du droit international. Il n’a pas reçu de visite de ses avocats depuis le 7 août 2019, et il n’a eu aucun contact avec le monde extérieur depuis un appel téléphonique avec sa famille – le seul appel téléphonique qui lui a été permis depuis tout ce temps – qui a eu lieu en avril. l’année dernière en réponse aux inquiétudes suscitées par la pandémie. Les visites les plus récentes des avocats n’ont été autorisées qu’après une longue grève de la faim de masse, et les prisonniers politiques sont à nouveau en grève de la faim pour tenter de forcer la fin de son isolement.
 
Lorsque des rumeurs ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux lundi selon lesquelles Öcalan était mort en prison, des Kurdes du monde entier sont descendus dans les rues pour exiger que la Turquie ouvre les portes et autorise l’accès. Il s’est écoulé un certain temps avant la déclaration officielle qu’il était toujours en vie, et il n’y a toujours pas d’évaluation indépendante de son état. Ses avocats et sa famille maintiennent leurs demandes répétées de le voir, et des appels ont été lancés au Comité pour la prévention de la torture, basé à Strasbourg, leur demandant de faire une visite. Dans le traitement d’Öcalan lui-même, qui est qualifié de torture selon le droit et la convention internationaux relatifs aux droits de l’homme, et dans l’incertitude et l’angoisse inutiles imposées aux millions de personnes qui le soutiennent, qui est en soi une forme de torture, le gouvernement turc semble être conduit par un mélange de domination par la peur et de pure vindicte. En ce qui concerne les Kurdes, ils mettaient du sel dans chaque blessure et la broyaient ensuite avec leurs talons.
 
La violence gratuite, voire génocidaire, sous-tend deux anniversaires qui ont été commémorés cette semaine. Mardi, nous nous sommes souvenus de l’attaque chimique de Saddam Hussein contre Halabja, il y a 33 ans, qui a tué jusqu’à 5 000 civils et en a blessé des milliers d’autres. Cela faisait partie d’une vaste campagne d’extermination contre les Kurdes irakiens, menée entre 1987 et 1989, au cours de laquelle plusieurs dizaines de milliers ont été exécutés ou ont disparu, des milliers de villages ont été rayés de la carte et des centaines de milliers ont été déplacés de force.
 
Jeudi, nous marquions les trois ans d’occupation d’Afrîn qui jadis faisait partie de l’Administration autonome du nord de la Syrie. Il était un havre de paix et de démocratie, où plus de 40% des postes importants étaient occupés par des femmes et plus de 90% des ses habitants était des Kurdes. Depuis le 18 mars 2018, elle est occupée par la Turquie et sous l’emprise de milices islamistes agissant en tant que mercenaires turcs. La plus grande partie de la population d’origine – environ 300 000 personnes – a échappé à ce qu’elle savait être une occupation brutale, bien que beaucoup soient toujours la cible d’attaques militaires menées par des mercenaires turcs sur les zones de réfugiés. A leur place, quelque 400 000 nouveaux colons – principalement des familles de combattants islamistes. Ces habitants originels qui restent mènent une existence persécutée. Maintenant, seulement un quart des habitants d’Afrin sont Kurdes, et tout est fait pour éliminer tous les signes de la culture kurde. Les enfants sont éduqués en turc et les lieux reçoivent des noms turcs. Les femmes ont peur de quitter leur foyer. La longue liste des atrocités commises par les occupants comprennent le meurtre, le viol, la torture, la détention, l’enlèvement, l’extorsion, le pillage et le vol. Même les arbres et les sites archéologiques ne sont pas à l’abri de la destruction et du pillage, et bon nombre des brutalités documentées sont similaires à celles perpétrées par l’Etat islamique, en particulier à l’égard des femmes.
 
Ce dimanche, c’est Newroz, la célébration kurde du printemps et de la nouvelle année qui est devenue un centre d’expression de la culture et de l’identité kurdes. Les Kurdes ne voient pas par hasard qu’Erdoğan ait choisi de les réprimer plus durement au moment où ils attendent avec impatience une fenêtre de joie, en particulier une joie centrée sur la kurde. Mais Newroz est un festival de résistance, de gens ordinaires s’élevant contre l’oppression. L’avocat et membre éminent d’HDP, Doğan Erbaş, a rappelé les messages d’Öcalan pour la paix lus lors des grandes célébrations de Newroz de 2013, 2014 et 2015, pendant les négociations de paix, et il a lancé un «appel aux peuples de Turquie» : «Tout ce qui se passe montre que le gouvernement ne veut pas de paix ni ne prépare un processus de solution. Cependant, nous appellerons à nouveau le peuple turc pour un processus de solution de ce Newroz. M. Öcalan n’a d’autre programme qu’une vie commune et démocratique en Turquie ».
 

Une combattante des YPJ condamnée à la perpétuité en Turquie

TURQUIE /BAKUR – La combattante kurde des YPJ, Çiçek Kobanê a été capturée par les gangs de la Turquie en octobre 2019 lors de l’invasion de Serê Kaniyê, au Rojava, et fût emprisonnée en Turquie. Aujourd’hui, elle a été condamnée à la prison à vie.

La combattante kurde des Unités de défense des femmes (YPJ) Dozgin Temo (Çiçek Kobanê) a été blessée et est tombée entre les mains des gangs djihadistes d’Ahrar al-Sham / Darat Izza, dans le village de Mishrefa, près d’Ain Issa (Serê Kaniyê) le 21 octobre 2019. Le groupe Darat Izza a participé à l’invasion du Rojava aux côtés de la Turquie, partenaire de l’OTAN et de sa soi-disante « armée nationale syrienne ».

La combattante du YPJ Çiçek Kobanê (nom civil: Dozgin Temo) a été condamnée à la réclusion à perpétuité à Urfa après son expulsion vers la Turquie en violation du droit international. Le tribunal a estimé qu’il était prouvé que la jeune femme avait détruit l’unité et l’intégrité de l’État turc et commis des meurtres.

 

Des photos et des vidéos de la capture de Çiçek Kobanê sont apparues sur les réseaux sociaux, dans lesquelles les gangs ont annoncé que la combattante serait exécutée. Ce n’est qu’après les protestations internationales qu’elle a été transférée en Turquie. Elle ne pouvait pas se tenir debout ni prendre soin d’elle au moment de sa capture, après quoi elle a été emmenée au département antiterroriste du siège de la police et placée dans la prison d’Urfa.
 
Lors de la sixième audience du procès contre elle, Çiçek Kobanê a participé à l’audience depuis la prison via le système de visioconférence SEGBIS. Son avocate Hidayet Enmek a exigé avant que le verdict ne soit rendu que le contexte de la capture de sa cliente soit clarifié et ajouté que: « les djihadistes doivent également être entendus ». Enmek a souligné que Çiçek Kobanê était désarmée et blessée lorsqu’elle a été capturée. Elle a déclaré que la capture et le transfert de Çiçek en Turquie violaient le droit international, ajoutant: « Cela deviendra clair au plus tard lorsque les tribunaux internationaux traiteront l’affaire. Ma cliente est syrienne. Comme elle n’a été impliquée dans aucune action contre la Turquie, je demande son acquittement. »
 
L’avocate Hidayet Enmek a annoncé qu’elle ferait appel du verdict.
 
 

MARSEILLE. Les Kurdes manifestent le 24 mars contre l’arrestation de militants kurdes

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MARSEILLE – Aujourd’hui, la police française a arrêté de nombreux militants kurdes à Marseille, Paris et Draguignan en plein nouvel an kurde (Newroz), célébré autour du 21 mars de chaque année. Tous sont accusés de « terrorisme ». La communauté kurde de Marseille appelle à manifester demain 24 mars, à 13h, sur la Place des Réformés, en haut de la Canebière. Voici le Communiqué de Marseille Solidarité Kurdistan Ce matin (mardi 23 mars 2021) 10 personnes kurdes se sont faites arrêter par la police française à Paris et à Marseille lors d’une opération antiterroriste. À Marseille, au moins 6 appartements, un magasin et le siège de l’association kurde ont été violemment perquisitionnés. Au moins 3 des personnes interpellées souffrent de maladies chroniques et nécessitent des soins quotidiens.
Loin d’être une action isolée, ces arrestations sont les conséquences de la collaboration historique des États français et turc. Elles interviennent suite à un échange téléphonique entre Macron et Erdogan début mars, suivi d’un plus récent entre les ministres des affaires étrangères des deux pays la semaine dernière, portant notamment sur les questions migratoires et le contexte tendu en Méditerranée Orientale. Hier, le conseil européen des affaires étrangères a adopté l’idée de « maintenir toutes les options sur la table » pour consolider une dynamique d’apaisement. Erdogan a l’habitude de faire pression sur les États européens en utilisant la présence de milliers de réfugiés syriens sur son territoire, mais aussi son influence grandissante au Moyen-Orient pour faire du chantage politique et obtenir un appui européen de sa répression anti-kurde. Après une vague d’arrestations en Turquie, il est aujourd’hui prêt à tout pour faire taire les voix dissidentes de la diaspora, et il est fort probable que les interpellations de ce matin fassent partie du contrat. Pour céder aux exigences d’Erdogan et apaiser des relations diplomatiques, la France n’hésite donc pas à jouer le jeu du dictateur. N’oublions pas par ailleurs que les Kurdes ont été en première ligne des combats face à Daech, relais des forces occidentales sur le sol syrien, et qu’ils et elles continuent de résister à Idlib, seule zone de la Syrie libérée du régime. Nous dénonçons cette trahison et la criminalisation d’une communauté qui lutte pacifiquement en France pour faire valoir les droits humains et la démocratie en Turquie. Rappelons qu’il est monnaie courante que la Préfecture enferme et renvoie des militant-es kurdes qui ont lutté pour défendre leur culture et leur langue. Memet Yalçin s’est fait renvoyé en Turquie en septembre 2020, Huseyin a écopé de 3 mois de prison pour ne pas avoir fait le test anticovid afin d’empêcher les autorités françaises de le livrer à la Turquie en novembre 2020. Ceux qui ont le statut de réfugié politique risquent de se voir retirer leur titre de séjour et renvoyer, tout comme les demandeurs d’asile aujourd’hui emprisonnés dans les Centres de Rétention Administratifs. Il ne fait pas de doute qu’ils seront immédiatement placés en détention à leur arrivée en Turquie pour leurs opinions politiques. Ce soir, nous n’avons aucune nouvelle des 10 camarades arrêtés ce matin et ne savons même pas où ils sont enfermés. Lors du rassemblement de soutien cet après-midi des CRS ont procédé à des contrôles d’identité et ont verbalisé certaines des personnes présentes. Nous appelons à nous rassembler partout en france pour soutenir toutes les victimes de cette mascarade répressive. Des actions à Marseille sont à prévoir toute cette semaine, soyons réactifs. STOP à la collaboration de l’Etat français avec l’Etat fasciste turc d’Erdogan ! Solidarité antifasciste internationale ! Libérez nos camarades ! Communiqué de Marseille Solidarité Kurdistan

Macron normalise ses relations avec Erdogan sur le dos des Kurdes (PCF)

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PARIS – Douche froide chez les Kurdes de France et leurs amis: Ce matin, la police française a arrêté 12 militants kurdes lors de raids menés à Marseille, Paris et Draguignan en plein nouvel an kurde (Newroz).
 
Les condamnations n’ont pas tarder à venir de la part des Kurdes mais aussi de la part des soutiens du peuple kurde.
 
L’organisation parapluie kurde KCDK-E a condamné les raids et les arrestations de militants kurdes en France et a déclaré qu’au lieu de criminaliser les militants kurdes « qui travaillent pour la liberté et la justice, le gouvernement français devrait enquêter sur les responsables des meurtres des trois révolutionnaires kurdes à Paris en janvier 2013. »
 
Le Parti Communiste Français (PCF) a lui aussi condamné, dans un communiqué, la répression des de France :
 
E. Macron normalise ses relations avec R.T. Erdogan sur le dos des Kurdes
 
Une scandaleuse vague d’interpellations de militants et de perquisitions de locaux vient d’avoir lieu au sein de la diaspora kurde de France. Cette décision des autorités françaises survient alors qu’Emmanuel Macron s’est entretenu avec son homologue Recep Tayyip Erdogan afin de mettre un terme à la période de tensions récentes. De toute évidence, le prix de cette réconciliation passe par la criminalisation des Kurdes de France qui déploient une activité pacifique afin de faire prévaloir la démocratie en Turquie. Or celle-ci est mise à mal depuis l’arrivée au pouvoir des islamo-conservateurs qui ont apporté leur appui et soutiennent encore différentes organisations terroristes djihadistes. Rien que cette semaine R.T. Erdogan a entamé la procédure d’interdiction du Parti Démocratique des Peuples (HDP), a procédé à l’arrestation de plusieurs centaines d’élu.e.s et de militant.e.s du HDP et a retiré par décret la Turquie de la Convention d’Istanbul relative à la protection des femmes victimes de violence. La France et l’Union européenne font mine de donner crédit au discours de R.T. Erdogan sur le respect des droits humains par des propos doucereux qui fleurent bon la capitulation devant les exigences liberticides d’Ankara. Le Parti communiste français (PCF) condamne avec la plus grande fermeté les opérations de police contre les Kurdes de France. Les militants, menacés de mort dans leur pays, doivent être libérés et toutes les procédures doivent cesser. E. Macron et les dirigeants européens ont oublié la dette que nous avons contractée à l’égard des Kurdes dans la lutte contre l’obscurantisme. Défendre la démocratie, c’est combattre le régime de R.T. Erdogan et être aux côtés des Kurdes. Parti communiste français Paris, le 23 mars 2021

TURQUIE. Newroz, ou trouble nationaliste post-traumatique

Quand le régime turc a compris qu’il ne pouvait faire disparaitre la célébration de Newroz par les Kurdes avec des interdictions et la répression, il a essayé de le récupérer en déclarant que ceci était en réalité une fête turque et qu’elle s’appelait Nevruz (les lettres, w, x et q étant interdites car elles existent dans l’alphabet kurde). Le journaliste Zafer Yoruk revient sur cette tentative de récupération d’une fête kurde par la Turquie en expliquant la différence entre le Newroz kurde et le Nevruz turc (ou névrose symptomatique).
 
Newroz est une fête vieille de plusieurs millénaires en Asie centrale [en en Mésopotamie] qui coïncide avec l’équinoxe de mars, traditionnellement célébrée principalement par les peuples perse et kurde. Pour l’identité collective des Kurdes, Newroz – au-delà du début du printemps – a une signification mythologique, c’est-à-dire symbolique, culturelle et par conséquent politique.
 
Jusqu’à ces dernières décennies, la date du 21 mars ne signifiait pas grand-chose pour la majorité de la population turque. Mais depuis le milieu des années 1980, parallèlement au renouveau kurde, Newroz a commencé à être célébré en masse par les Kurdes de Turquie, qui étaient en train de découvrir leur «passé glorieux» longtemps oublié. On aurait dit qu’une tradition avait été découverte et réinventée avec de nouvelles connotations en ligne avec ce que l’historien britannique Eric Hobsbawm a souligné comme les principales caractéristiques d’un renouveau national. Hobsbawm a affirmé que toutes les nations sont généralement construites grâce à la revitalisation de traditions longtemps oubliées dans les temps modernes. Les élites modernes ont «inventé» ou «imaginé» des nations en découvrant des pratiques longtemps oubliées, qui avaient généralement un caractère rituel et symbolique. Ces pratiques insinuent une continuité naturelle avec un passé convenable et visent à inculquer certaines valeurs et normes de comportement par la répétition. La découverte par les Kurdes de Turquie de leur «passé glorieux» à travers les rituels de Newroz serait considérée comme un cas typique.

Sous cet abri symbolique, un conflit armé s’intensifiait entre les forces de sécurité turques et les unités de guérilla du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), parallèlement au développement d’un mouvement politique kurde à la fois dans les provinces kurdes du sud-est de la Turquie et dans les grandes villes, un événement majeur dont les célébrations annuelles de Newroz. De nombreux livres ont été publiés sur la culture et l’histoire kurdes dans lesquels la légende de Newroz a joué un rôle important. Une variété de symboles particulièrement kurdes, y compris les couleurs kurdes (jaune, vert et rouge); chansons en kurde; Sheikh Said et Seyyid Riza – les dirigeants régionaux qui se sont révoltés contre Ankara – en martyrs kurdes; Abdullah Öcalan en tant que chef de la nation et le mythe de Kawa fleurissaient dans tout le pays. Le gouvernement turc a dès le départ considéré ce renouveau comme une question de contre-insurrection, imposant des mesures punitives pour supprimer toute expression culturelle ou politique de l’identité kurde. Parmi ces expressions, toute tentative de manifestation le jour de Newroz a été réprimée par la violence. Au mépris des interdictions, les Kurdes ont constamment tenté en nombre croissant de célébrer Newroz en allumant des incendies au sommet des collines et des manifestations de masse sur les places urbaines. « Nevruz » ou névrose Incapables de faire face à la popularité croissante des manifestations de Newroz, les autorités ont révisé leur approche du pôle opposé, réalisant soudain que leurs cousins ​​turcs d’Asie centrale avaient des vacances de printemps appelées « Nevruz ». En mars 1995, le Premier ministre turc de l’époque, Tansu Çiller, a annoncé que non pas «Newroz», mais «Nevruz» était en fait une fête turque et serait officiellement célébrée à Ankara et dans les provinces kurdes. Des cérémonies ont été organisées avec les représentants des «républiques turques» d’Asie centrale pour marquer le «jour sublime de la nation». Les couleurs nationales kurdes – rouge, jaune et vert – dont le port est toujours considéré comme un crime politique, sont désormais déclarées «couleurs turques». Depuis lors, le Nevruz officiel a été observé avec des défilés militaires, des incendies officiels à Nevruz et des cérémonies soulignant à quel point la nation turque était grande et sublime. Le ministère de la Culture a parrainé des volumes de livres, dans lesquels les vacances à Nevruz sont glorifiées comme une tradition turque vieille de plusieurs siècles. Au-delà de cela, «Nevruz» n’était pas simplement une fête de printemps, mais le jour où l’événement mythologique fondateur de la nation turque, Ergenekon, s’était produit dans l’histoire, tout comme le mythe Kawa des Kurdes. Selon la mythologie turque, «  l’âge d’or  » des Turcs dans leur abîme imaginaire, Ergenekon, s’est terminé par la famine et la traite, ce qui a conduit un quincailleur parmi eux à fondre la montagne afin d’ouvrir un passage à la recherche de nouvelles terres. Reflétant cette légende, dans un message aux écoliers, le ministère de l’Éducation a déclaré le 20 mars 1996: «Nevruz est une fête turque. Son origine est Ergenekon. Nos ancêtres ont célébré ce jour pendant de nombreux siècles comme le jour d’Ergenekon». Lorsque l’identité kurde est niée, mais que le déni de New (v) ro (u) z devient impossible à soutenir, la seule façon de se réconcilier avec la réalité est l’introjection. Elle devient une partie du folklore turc et un mythe des Turcs, puisque l’identité kurde interdite et donc officiellement inexistante ne peut pas avoir de folklore, mythe ou tradition en tant que tel. Il s’agit ici d’un aspect du nationalisme, qui ressemble beaucoup à un symptôme névrotique, c’est-à-dire au-delà de l’imagination d’Hobsbawm. Il convient néanmoins de noter qu’Hobsbawm a fait la distinction entre l’adaptation des traditions existantes à de nouvelles situations et l’invention consciente de traditions essentiellement «inexistantes» pour répondre à de nouveaux besoins. Cette distinction peut expliquer la différence entre le Newroz kurde et le Nevruz turc (ou névrose symptomatique). En regardant en arrière sur les deux décennies et demie de ces manifestations officielles du trouble narcissique, le tout ressemble à une farce, avec le gouverneur de la province de Diyarbakır et des bureaucrates locaux en costume sautant par-dessus un feu de camp chaque année pour effectuer un rituel «purement turc». Les tentatives soutenues de turquifier le mythe de Newroz en tant que «nevruz» se sont soldées par un échec. Mythe et envie La définition de l’envie dans la théorie psychanalytique est le sentiment de colère que «l’autre» possède et jouit de quelque chose d’autre désirable, souvent accompagné d’une impulsion à l’enlever ou à le gâcher. Melanie Klein observe que les impulsions envieuses, de nature sadique, conduisent aux manifestations de destructivité primaire dans la psyché humaine. Du point de vue de Klein, le rassemblement Newroz 2013 à Diyarbakır et le cours des événements qui ont suivi peuvent être considérés comme un cas typique de désordre envieux. L’un des rassemblements les plus remarquables de Newroz a été le rassemblement de Diyarbakır en 2013, où une lettre du dirigeant kurde emprisonné Abdullah Öcalan a été lue, en turc et en kurde, depuis la scène par les députés pro-kurdes du HDP, déclarant un cessez-le-feu qui comprenait la fin de la lutte armée du PKK. La déclaration d’Öcalan qui promettait le début de la paix est intervenue après de longues négociations entre le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan d’un côté et les députés du HDP de l’autre, qui représentaient également à la fois Öcalan et les dirigeants du PKK basés dans le nord de l’Irak. L’accord de paix, cependant, ne tiendrait pas longtemps: suite à la victoire du HDP aux élections de juin 2015, Erdoğan a déclaré une nouvelle guerre aux Kurdes. Depuis lors, les villes et villages kurdes ont été soumis à des opérations militaires, notamment des destructions sous les tirs de chars et d’artillerie. Des centaines d’hommes politiques et d’activistes kurdes, y compris des dirigeants pro-kurdes du HDP et des maires élus des villes kurdes ont été emprisonnés pour «terrorisme». La guerre d’Erdoğan avait également un caractère transfrontalier, visant à éliminer l’entité kurde émergente dans le nord de la Syrie. L’incendie de Newroz, cependant, n’a cessé de croître chaque année, avec une plus grande participation en masse dans les centres provinciaux kurdes et les places des grandes villes, notamment Diyarbakır et Istanbul, entre autres. Le Newroz de cette année n’a pas seulement déclenché l’agression envieuse annuelle habituelle, mais il est également arrivé lorsque le souvenir frustrant du traumatisme de la gare était encore frais dans la psyché officielle turque. Par conséquent, la réaction turque à Newroz a été trop agressive. Mercredi dernier, le parlement turc s’est réuni pour déclarer la suppression du statut de député d’Ömer Faruk Gergerlioğlu du Parti démocratique des peuples (HDP). Le même jour, un acte d’accusation exigeant la fermeture du HDP pro-kurde et l’interdiction de plus de 600 membres du parti de la politique a été émis par le procureur de la Haute Cour. Gergerlioğlu, qui a refusé de quitter le bâtiment du parlement, a été expulsé de force aux premières heures du 21 mars. La nuit précédente, le président Erdoğan a résolu par lui-même pour retirer la Turquie de la Convention d’Istanbul de la Commission européenne de 2012, qui régit la protection juridique des femmes et des filles contre la violence. L’anxiété de Newroz de cette année, semble-t-il, ne vise pas seulement l’identité kurde mais aussi les femmes, ce qui indique les forces dissidentes les plus redoutées du régime autoritaire d’Erdoğan. Newroz est un mythe important et un symbole concret de la lutte démocratique des femmes et des hommes kurdes et turcs.
 
La version anglaise est ici

Diffusion de la bande-annonce de la première édition du Festival mondial du film kurde

LONDRES – Les organisateurs du 12e Festival du film kurde de Londres ont diffusé la bande-annonce de la toute première édition du Festival mondial du film kurde le jour de Newroz, le nouvel an kurde. La douzième édition du festival du film kurde de Londres (LKFF) aura lieu en ligne à cause de la pandémie du coronavirus. Cette année, le LKFF organise le Festival mondial du film kurde dont le thème de cette année est « Mon Kurdistan ».
Dans le cadres du Festival du film kurde, les activistes kurdes ont donné les noms des villes kurdes à des stations de métro londoniens. Le Festival mondial du film kurde de cette année se déroulera du 16 au 27 avril 2021. Les organisateurs ont déclaré: «Notre bande-annonce officielle du festival est maintenant en ligne à temps pour célébrer cette merveilleuse saison pour tous les Kurdes du monde entier».
Les organisateurs ont ajouté: « Nous serions ravis d’entendre vos pensées, d’aimer et de partager avec tous ceux que vous connaissez pour exposer davantage le merveilleux travail de l’industrie cinématographique kurde. » Pour célébrer l’édition mondiale de cette année, la bande-annonce du festival vise à présenter un maximum de villes kurdes. « Nous avons décidé de mettre en évidence les villes qui ont récemment connu des conflits douloureux, un nettoyage ethnique et un génocide. Cette bande-annonce est un moyen de récupérer nos villes kurdes et de montrer sa solidarité et son soutien à toutes les personnes dont les histoires sont exposées et célébrées dans le programme de films de cette année. » ANF 

L’Iran a arrêté plus de 10 Kurdes à cause des célébrations de Newroz

IRAN / ROJHILAT – Les mollahs iraniens ont arrêté plus de 10 Kurdes à cause des célébrations de Newroz, nouvel-an iranien également mais qui est devenu pour les Kurdes le symbole de la résistance contre les tyrans qui oppriment le peuple kurde.
 
Au cours des deux derniers jours, plus de dix Kurdes des villes de Marivan, Sanandaj (Sînê) et Saqez ont été arrêtés par les agences de sécurité iraniennes pour avoir participé aux célébrations de Newroz.

Selon un rapport reçu par l’ONG kurdes des droits humains, Hengaw, le lundi 22 mars 2021, les forces de sécurité iraniennes ont fait une descente dans le village de Ney à Marivan, brisant les portes et les fenêtres de plusieurs maisons qu’ils ont saccagées.

Le correspondant de Hengaw à Ney a rapporté que plusieurs citoyens avaient été arrêtés, mais jusqu’à présent l’identité de trois des détenus est connu. Ils s’agit de Salman Afra, un ancien prisonnier politique, Mohammad Parvazeh et Sayvan Partavish.

Selon une source bien informée, ces deux citoyens ont été arrêtés pour avoir participé aux célébrations de Newroz, et il est également possible qu’il y ait des Kurdes arrêtés dans d’autres villes comme Ourmia.

Mardi, plusieurs Kurdes de ce village ont été convoqués aux agences de sécurité iraniennes de Marivan et ont été invités à remettre leurs enfants aux agences de sécurité, a déclaré un habitant de Ney à Hengaw.

Dimanche également, le premier jour de Newroz, un habitant de Sanandaj, identifié comme Saruk Abolghasemi, a été arrêté pour les mêmes chefs d’accusation et transféré dans un lieu inconnu.

D’autre part, des rapports de Saqqez indiquent qu’au moins neuf citoyens ont été arrêtés par les forces de sécurité iraniennes lors des célébrations de Newroz dans le village de Qaleh Kohneh. Au moment de la préparation de ce rapport, l’identité des détenus n’avait pas encore été clarifiée.

 

« Ceux qui ont conspiré contre Dreyfus conspirent aujourd’hui contre les Kurdes »

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PARIS – Les Kurdes de France sont en colère après l’arrestation d’une dizaine de militants kurdes aujourd’hui à Marseille, Paris et Draguignan lors de raids menés par la police française en plein nouvel an kurde (Newroz), célébré autour du 21 mars de chaque année.
 
Le Conseil Démocratique Kurde en France dénonce la criminalisation des Kurdes par l’État français en collaboration avec le régime turc: 
 
« Une fois de plus, des forces obscures au sein de l’État français ont marchandé sur le dos des Kurdes de France, avec leur précieux allié Erdogan, non moins obscure. Aujourd’hui, 23 mars, une vague d’arrestations a visé le mouvement kurde dans l’hexagone.
 
Une association membre de notre réseau a été perquisitionnée à Marseille et une dizaine de militants kurdes ont été placés en garde à vue dans l’ensemble de la France.
 
Nous prenons bien note que ces arrestations interviennent à la suite de l’entretien en visioconférence entre le président français Emmanuel Macron et son homologue l’islamo-fasciste Erdogan, le 2 mars.
 
Il est encore moins anodin que cette vague de répression honteuse commise au nom de la France intervienne le jour-même où va être diffusée dans l’émission « C dans l’air », un entretien avec le chef d’État français concernant ses relations avec Erdogan.
 
Nous retenons par ailleurs, avec attention, que cette politique de criminalisation menée par le Quai d’Orsay et la DGSI survient dans un moment où les Kurdes sont massivement réprimés par le régime dictatorial d’Erdogan.
 
Tandis que la Turquie menace d’interdiction le Parti démocratique des Peuples (HDP), limoge et enferme ses élus au motif qu’ils seraient « membres ou dirigeants d’une organisation terroriste », la France fait exactement de même sur son territoire avec les associations kurdes et leurs militants, agissant comme le bras répressif d’Erdogan.
 
Retenant que cette politique anti-kurde du Quai d’Orsay ne contribue à rien d’autre qu’au renforcement du djihadisme universel, nous le mettons en garde pour cette double faute politique et morale.
 
Comme l’a déjà évoqué à plusieurs reprises le Président de la République, un État profond existe bien en France et ces injustices et machinations à l’encontre des Kurdes émanent entièrement de ce lobby.
 
Les arrestations, perquisitions, tentatives de criminalisation et intimidations dont font l’objet les Kurdes en France aujourd’hui ne sont pas moindres que le traitement infligé autrefois à Alfred Dreyfus.
 
Nous n’avons qu’un seul mot à vous dire : nous ne renoncerons pas à notre combat légitime et l’histoire se souviendra de cette injustice immonde comme elle se souvient de l’injustice de l’affaire Dreyfus.
 
C’est pourquoi, nous nous adressons encore une fois au chef de l’État en l’appelant instamment à élaborer une politique kurde correcte, d’autant plus dans une France où vivent 300 000 Kurdes.
 
Nous appelons par ailleurs les organisations de la société civile et les partis politiques à réagir face à cette injustice dont font l’objet les Kurdes en France. »
 
Conseil Démocratique Kurde en France