TURQUIE. Le gouvernement interdit la manifestation du 1er mai sur la place Taksim
TURQUIE. Accusations de viols et de toxicomanie au centre de rétention de Balıkesir
TURQUIE – Un nouveau rapport a mis en lumière le centre de rétention d’Ayvacık à Balıkesir, dans le nord-ouest de la Turquie, soulevant des inquiétudes quant aux mauvais traitements infligés aux détenus au sein de cet établissement, qui impliquerait des viols et de toxicomanie.
Hier, lors d’une conférence de presse, l’éminente avocate kurde, Eren Keskin dénonçait de son côté la culture d’impunité en matière de torture dans les prisons de Turquie, en particulier contre les prisonniers politiques et les minorités, comme le détaille le rapport sur les violations des droits dans les prisons 2022-2023. Keskin a souligné la nécessité de réformes systémiques et du respect des normes internationales en matière de droits humains.
Le rapport, compilé par la Chambre médicale de Çanakkale, l’Association des droits de l’homme (İHD), le Syndicat des travailleurs de l’éducation et des sciences (Eğitim Sen) et le Syndicat des travailleurs de la santé et des services sociaux (SES), couvre les observations de mars 2023 à mars 2024.
Le document détaille les allégations de viol, de toxicomanie et de corruption au sein du centre. Il comprend un témoignage du 21 juillet 2023, dans lequel une femme affirmait que son mari, détenu au centre, vivait dans des conditions déplorables. Elle a rapporté que des groupes d’hommes violaient d’autres hommes et que des femmes étaient contraintes à consommer de la drogue. La femme a exprimé ses craintes pour la sécurité de son mari, notamment lorsqu’il utilise les toilettes communes en raison du risque d’agression sexuelle.
D’autres plaintes soulignées dans le rapport incluent des menaces et des pots-de-vin de la part de l’ancien directeur du centre, qui aurait exigé 100 000 livres turques pour libérer les détenus. Le rapport mentionne également une femme réfugiée qui a contacté la commission le 15 septembre 2023, invoquant des conditions de vie insalubres et une cohabitation forcée avec des hommes. Suite à ses plaintes, elle aurait été expulsée le 21 septembre 2023.
Manque de produits de première nécessité
Le rapport souligne également d’autres problèmes au sein du centre de rétention, notamment des allégations selon lesquelles des détenus seraient victimes de discours de haine de la part de membres du personnel, des soins médicaux inadéquats et un manque de produits de première nécessité tels que des couvertures et de l’eau potable. De plus, la nourriture fournie serait minime et se composerait souvent uniquement de pain et de fromage.
En réponse à ces allégations, les groupes ont formulé des recommandations pour une action immédiate. Il s’agit notamment d’ouvrir les centres de renvoi à des organisations indépendantes de la société civile pour qu’elles les supervisent, d’améliorer les conditions de vie pour répondre aux besoins saisonniers, de garantir une alimentation adéquate et de l’eau potable, de respecter la vie privée des individus lors des examens médicaux et d’établir un cadre juridique pour répondre aux allégations de torture et d’abus sexuels, et la corruption.
Le rapport appelle les ministères et institutions concernés à prendre des mesures contre les violations et les obstacles à l’accès aux soins de santé signalés dans tous les centres de renvoi.
TURQUIE. Arrestation d’un journaliste qui filmait des policiers tabassant une réfugiée
TURQUIE – Hier, des policiers ont violemment arrêté une femme réfugiée à Şişli, Istanbul, ainsi que le journaliste Ekim Veyisoğlu qui filmait l’altercation entre les policiers et la femme.

L’incident s’est produit hier à la station de métro Mecidiyeköy, lorsque des policiers ont arrêtée violemment une femme réfugiée, en déclarant « Nous débarrassons le pays des immigrants ». Les images, partagées sur les réseaux sociaux par Ekim Veyisoğlu, journaliste du portail d’information Siyasi Haber, montrent la femme allongée sur le sol, à moitié nue, tandis que des policiers interviennent. La vidéo révèle la détresse audible de la femme alors qu’on l’entend crier lors de l’altercation.
Après avoir remarqué que Veysioğlu enregistrait l’incident, les policier ont tenté de l’empêcher de filmer. Ils ont ensuite arrêté la femme et Veysioğlu, ainsi qu’un autre individu (Ekin Emeksiz) qui avait réagi à leur comportement. On entend un policier dire « Je suis l’État » dans la vidéo.
En Turquie, les journalistes critiques et ceux travaillants pour la presse kurde sont persécutés par le régime turc, nombreux d’entre eux sont poursuivis par la « justice » turque pour « terrorisme ».
TURQUIE. Une avocate dénonce la torture systématique dans les prisons turques
TURQUIE / KURDISTAN – Lors d’une conférence de presse, l’éminente avocate kurde, Eren Keskin a dénoncé la culture d’impunité en matière de torture dans les prisons de Turquie, en particulier contre les prisonniers politiques et les minorités, comme le détaille le rapport sur les violations des droits dans les prisons 2022-2023. Keskin a souligné la nécessité de réformes systémiques et du respect des normes internationales en matière de droits humains.
La torture est une politique d’État en Turquie, systématiquement appliquée et profondément ancrée dans les pratiques de détention et d’interrogatoire, en particulier contre les prisonniers politiques et les groupes minoritaires, selon l’avocate et défenseure des droits de humains, Eren Keskin.

S’exprimant samedi lors d’une conférence de presse au cours de laquelle le rapport sur les violations des droits de l’homme 2022-2023 a été publié, Keskin, coprésidente de l’Association des droits de l’homme (İHD), a souligné la nature systémique de ces violations des droits humains, affirmant que le recours massif à la torture, y compris la violence sexuelle, sert non seulement de méthode de répression mais aussi d’outil pour maintenir le contrôle et étouffer la dissidence au sein de l’appareil d’État.
Keskin a également souligné que l’isolement pratiqué dans la prison d’Imralı contre le chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Abdullah Öcalan, reflète une politique d’oppression plus large de l’État. Keskin a expliqué que les conditions inhumaines décrites dans le rapport, recueillies à partir de plaintes déposées dans 91 prisons, sont une extension directe de la répression politique évidente dans les conditions d’isolement d’Abdullah Öcalan et d’autres détenus à İmralı.
Culture de l’impunité : une condamnation sur mille affaires impliquant des représentants de l’État
L’événement a mis en évidence de graves divergences dans les normes juridiques et en matière de droits de l’homme appliquées aux prisonniers, en particulier à ceux identifiés comme prisonniers politiques. Keskin a souligné que malgré le suivi de plus d’un millier de cas impliquant des fonctionnaires en uniforme depuis 1997, un seul a abouti à une condamnation, soulignant l’impunité souvent accordée aux représentants de l’État.
En outre, Keskin a évoqué les défis spécifiques auxquels sont confrontées les femmes détenues, révélant une normalisation inquiétante de la violence sexuelle en tant qu’outil de guerre et de répression, facilitée par l’échec systémique à documenter et à traiter la torture de manière adéquate. Le recours aux rapports médicaux des institutions publiques, souvent retenus ou incomplets, a entravé une réparation judiciaire et une responsabilisation appropriées.
Keskin a attiré l’attention sur le besoin urgent de réformes et d’adhésion aux normes internationales en matière de droits humains, comme l’illustrent les discussions autour de la Convention d’Istanbul, qui, selon elle, a été fortement influencée par les luttes des mouvements de femmes kurdes et turcs pour la reconnaissance et la justice. Elle a suggéré que sans aborder ces questions fondamentales de violence sanctionnée par l’État et de réduction au silence des voix critiques, une véritable démocratisation et un véritable respect des droits de l’homme resteraient hors de portée en Turquie. (Medya News)
ALLEMAGNE. Le Festival des films kurdes de Düsseldorf s’achève par une cérémonie de remise des prix

Les organisateurs ont déclaré que le festival fut un grand succès et ont promis d’en faire un événement annuel.

La mère de Jîna Amini condamne la peine de mort infligée au rappeur Toomaj Salehi
IRAN / ROJHILAT – La semaine dernière, l’éminent rappeur kurde de Lorestan, Toumaj Salehi a été condamné à mort par un tribunal révolutionnaire islamique d’Iran pour « propagation de la corruption sur terre ». Toomaj Salehi avait été arrêté par le régime iranien lors du soulèvement « Jin, Jiyan Azadi » (Femme, vie, liberté).
La peine de mort prononcée contre le rappeur Tumac Salihi le 24 avril a suscité des réactions et des protestations dans le monde entier. Parmi ceux qui condamnent la peine de mort figure Müjgan Eftekhari, la mère de Jîna Mahsa Amini, une jeune femme kurde morte en septembre 2022 après avoir été arrêtée par la police des mœurs iraniennes pour un voile « non conforme » à la charia islamique.
Dans un message, Eftekhari a écrit : « Chère Jîna, j’ai reçu une nouvelle qui m’a encore dévasté. (…) « Ne laissez pas le cœur de la mère de Toomaj refléter le mien ; laissez Toomaj respirer pour que sa mère ne suffoque pas ».
ROJAVA. La Croix-Rouge accusée d’exfiltration de la femme et des enfants d’un chef de DAECH
PARIS. Un médecin qui a échappé à la barbarie des mollahs iraniens appelle à mettre fin au régime iranien
PARIS – Lors de la manifestation d’aujourd’hui contre l’exécution de Toomaj Salehi*, rappeur condamné à mort par le régime iranien, le médecin kurde d’Iran, Mohsen Sohrabi a prononcé un discours résumant les crimes barbares commis par le régime iranien lors du soulèvement « Jin, jiyan, azadî » (femme, vie, liberté).
Mohsen Sohrabi, qui a été en première ligne pour soigner d’innombrables civils blessés par les forces armées iraniennes pendant les protestations populaires, a demandé aux pays démocratiques à ne pas fermer les yeux sur les meurtres de masse commis dans les pays totalitaires et appelé à mettre fin au régime criminel iranien « qui commet des crimes à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran ».
Mohsen Sohrabi a soigné des centaines de civils dans la ville kurde de Sanandaj (Sînê) blessés lors des protestations populaires déclenchées par le meurtres de Jina Mahsa Amini en septembre 2022. Il s’est également rendu dans la ville kurde de Djavanroud le 21 novembre 2022, quand les forces iraniennes ont commis un massacre à Javanrud, dans la province de Kermanchah (Kirmaşan).
Les soins qu’il a prodigués aux blessés civils lui ont valu des menaces dur régime et une arrestation début janvier 2023.
Comme de nombreux autres professionnels de la santé, Mohsen Sohrabi a dû fuir l’Iran il y a plus de six mois. Vivant désormais en France, Sohrabi sert de témoin, mettant en lumière les actions impitoyables des forces de sécurité qui ont impitoyablement coûté la vie aux manifestants.

*L’éminent rappeur kurde de Lorestan, Toumaj Salehi a été condamné à mort par un tribunal révolutionnaire islamique d’Iran pour « propagation de la corruption sur terre ».
AMNESTY demande aux autorités kurdes d’Irak de libérer le journaliste Qahraman Shukri
TURQUIE. L’équipe kurde de football, Amedspor se qualifie pour la 1re ligue

TURQUIE. Une journaliste kurde emprisonnée soumise à des fouilles à nu
TURQUIE / KURDISTAN – Le 26 avril, 3 des 9 journalistes kurdes arrêtés le 23 avril lors de perquisitions à Istanbul, Ankara et Urfa dans le cadre d’une enquête ouverte par le parquet général d’Istanbul ont été incarcérés. Les reporters de l’Agence Mésopotamie (MA) Esra Solin Dal et Mehmet Aslan ainsi que le journaliste Erdoğan Alayumat ont été envoyés en prison le vendredi soir. Esra Solin a été soumise à des fouilles à nu dans la prison d’Istanbul / Bakırköy.
L’Association des journalistes Dicle Fırat (Dicle Fırat Gazeteciler Derneği – DFG) a réagi avec vigueur au traitement réservé à Dal. « Hier soir, la journaliste de l’agence Mezopotamya, Esra Solin Dal, a été soumise à une fouille à nu dans la prison pour femmes de Bakırköy, que nous dénonçons catégoriquement comme une torture et une violation de la dignité humaine. Nous n’accepterons pas ce traitement dégradant ; aucune attaque ne peut soumettre la presse libre. Nous continuerons à dénoncer de tels abus », a déclaré la DFG.
En réaction au traitement subi, les avocats de Dal ont annoncé qu’elle allait porter plainte contre ce traitement, qu’elle considère non seulement comme une fouille mais comme une atteinte à la dignité humaine.
Mahmut Oral, représentant l’Association des journalistes turcs (TGS), a commenté les implications plus larges de ces arrestations. « Les arrestations de journalistes, notamment suite à la posture militaire de la Turquie, révèlent une intention claire de réprimer la presse kurde avant les opérations militaires », a-t-il expliqué . « Le manque de tolérance du gouvernement à l’égard du journalisme et de la transparence est évident et de plus en plus draconien. »
Roza Metinâ, présidente de l’Association des femmes journalistes de Mezopotamya (Mezopotamya Kadın Gazeteciler Derneği – MKG), a également souligné le caractère ciblé de la répression. « La presse libre est attaquée précisément parce qu’elle est la voix de la vérité et de la réalité. Le gouvernement cible la presse pour atteindre ses objectifs avec des opérations transfrontalières. Cette action concertée contre les journalistes est à la fois nationale et internationale. Nous sommes aux côtés de nos collègues et exigeons leur libération immédiate », a déclaré Metinâ.
Ces arrestations ont eu lieu dans le contexte de mesures répressives plus larges contre les journalistes et les médias kurdes en Europe et en Turquie. Récemment, la police belge, à la demande des autorités françaises, a perquisitionné des chaînes de télévision kurdes basées Stêrk TV et Medya Haber TV, basées dans la région de Bruxelles, une action largement considérée comme faisant partie de la politique actuelle de la Turquie visant à supprimer les voix et les médias kurdes sous couvert de lutte contre le terrorisme, avant son opération transfrontalière au Kurdistan irakien et au Rojava.
Les raids en Belgique auraient fait partie d’une ordonnance d’enquête européenne concernant des soupçons de financement du terrorisme liés au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Cependant, toutes les personnes arrêtées ont été libérées, ce qui soulève des inquiétudes quant à la légitimité de leurs arrestations initiales.
Conférence sur la liberté d’Hamit Bozarslan pour l’Université du Rojava
Kurdish Center for Studies (Centre d’études kurdes) récapitule la conférence (en anglais) sur la liberté du professeur Hamit Bozarslan pour l’Université du Rojava où il a discuté d’un éventail de conflits mondiaux et de guerres de décivilisation. Une lecture éclairante sur les opinions d’un intellectuel kurde de premier plan.
Voici l’article récapitulatif du KCS:
Le 24 avril 2024, l’Université du Rojava (fondée en 2016) a organisé sa quatrième série de conférences annuelles sur la liberté. La conférence, animée par l’éminent historien kurde, professeur Hamit Bozarslan, directeur de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris, France, était intitulée : « Reflections on Anti-Democracy and War in the 21st Century. (Réflexions sur l’anti-démocratie et la guerre au 21e siècle) ».
En ce qui concerne la série complète, la conférence inaugurale a présenté le professeur intellectuel public américain Noam Chomsky (15 janvier 2021), et a été suivie de la deuxième conférence mettant en vedette le sociologue irlandais le professeur John Holloway , intitulée « L’espoir dans des temps sans espoir » (22 avril 2022 ). ). La troisième conférence suivante a présenté l’anthropologue britannique, le professeur Alpa Shah, intitulée « The Insurgent Jungles: Forest Notes on the Naxalite Guerrillas and Indigenous People of India (Les jungles insurgées : notes forestières sur les guérilleros naxalites et les peuples autochtones de l’Inde) » (21 avril 2023).
Cette dernière conférence a été ouverte par Sardar Saadi, directeur de l’Institut des sciences sociales de l’Université du Rojava, et animée par l’universitaire Rosa Burç. Massoume Amini, présidente du Centre d’études supérieures de l’Université du Rojava, a prononcé le discours d’ouverture.
Au cours de la présentation d’une heure, le professeur Bozarslan, auteur expert et prolifique de nombreux ouvrages liés à la « question kurde », à la Turquie et au Moyen-Orient dans son ensemble, a abordé plusieurs conflits récents étroitement liés, tels que la guerre actuelle d’Israël à Gaza, la guerre ethnique en Azerbaïdjan, le nettoyage de l’Artsakh (Haut-Karabakh), l’anéantissement de la société syrienne depuis 2011, les occupations turques du Rojava et l’invasion de l’Ukraine par la Russie. D’autres sujets géopolitiques abordés par le professeur Bozarslan incluent : une analyse de l’agence politique palestinienne, les ramifications de l’attaque du Hamas du 7 octobre , l’islamisation du monde arabe et la manière dont le nationalisme turc alimente les désirs d’un espace vital expansionniste touraniste (touranisme ou panturquisme).
Bozarslan s’est concentré sur les guerres de décivilisation menées dans le but de détruire l’urbanité, sur les raisons pour lesquelles les génocides tentent d’anéantir la mémoire vivante d’un peuple et sur la manière dont les régimes antidémocratiques fusionnent mentalement l’État et la nation afin que des autocrates comme Erdoğan et Poutine devient l’incarnation vivante du peuple qu’il prétend représenter. Celles-ci ont été associées à des réflexions historiques sur la façon dont les démocraties passives ont négligé le rôle de la Turquie dans le génocide arménien et l’assaut du fascisme pendant la guerre civile espagnole.
Enfin, sur le front kurde spécifiquement, le professeur Bozarslan s’est prononcé sur les quatre régions du Grand Kurdistan, abordant la désunion régionale interne entre le Rojava (Kurdistan de l’Ouest) et Bashur (Kurdistan du Sud), la mobilisation efficace de la société civile municipale de Bakur (Kurdistan du Nord), et l’impact culturel du mouvement « Jin, Jiyan, Adadi » (Femmes, Vie, Liberté) au Rojhilat (Kurdistan oriental). De plus, il a lié la violence massive contre les Kurdes au cours du XXe siècle aux politiques colonialistes actuelles de la Turquie et de l’Iran, où les deux États souhaitent maintenir les Kurdes divisés et le Kurdistan comme zone tampon entre leurs sphères de contrôle.
Les passages à puces qui suivent sont des extraits de la conférence du professeur Hamit Bozarslan, divisés par thème et soit légèrement reformulés pour plus de clarté, soit cités textuellement lorsque cela est spécifié.
Sur la civilisation et les guerres
« La civilisation n’est ni orientale ni occidentale. La civilisation n’est ni chrétienne ni islamique, ni chinoise ni indienne. La civilisation, c’est la confiance dans le temps et l’espace ».
‣ Nos guerres sont désormais des guerres de destruction de la confiance, de l’urbanité et de la civilisation. Vous ne pouvez pas donner un sens à votre passé. Vous ne pouvez pas vous projeter dans le futur. La destruction devient le seul moment où commence votre histoire. Le génocide arménien et l’Holocauste étaient des situations similaires visant à détruire le temps et l’espace.
‣ Nous l’appelons la « guerre civile syrienne », mais c’est bien pire. C’est une guerre de destruction, d’anéantissement d’une société, car de nombreuses régions de Syrie ont été détruites. La Syrie comptait en 2011 23 millions d’habitants. Aujourd’hui, nous comptons 500 000 tués et 13 millions d’exilés ou de déplacés internes. La société syrienne a été fondamentalement détruite. C’était une guerre de décivilisation.
‣ Prenons un autre cas, le Haut-Karabakh (Artsakh). La population était presque à 100 % arménienne et leur civilisation a été détruite. Dans cette guerre, la Russie, la Turquie et Israël ont soutenu l’Azerbaïdjan contre les Arméniens. La Russie a fait cela parce que les Arméniens avaient leur propre révolution démocratique. Alors qu’Israël a soutenu l’Azerbaïdjan pour des raisons cyniques d’agir contre l’Iran.
‣ Dans le cas de l’Ukraine, nous avons une situation similaire. C’est une guerre mondiale, une guerre contre l’urbanité. Chaque attaque est une guerre contre l’espace urbain qui peut se poursuivre pendant des semaines et des mois et créer des « espaces libérés » lorsque la population est détruite. Cette forme de guerre est contre la vie et la civilisation.
‣ Quant aux exemples historiques de guerres contre la civilisation et les espaces urbains, regardez le siège de Sarajevo dans les années 1990 (1992-1996). Ou la Seconde Guerre mondiale (1941-1945). Ou la guerre civile en Espagne (1936-1938).
« Guernica en Espagne était le symbole même de cette destruction de l’urbanité. »
Guernica (1937) de Pablo Picasso, montrant la destruction aérienne de la ville basque par l’Allemagne nazie pendant la guerre civile espagnole.
Sur les forces antidémocratiques
‣ Malheureusement, les régimes démocratiques sont aujourd’hui très passifs face aux régimes antidémocratiques, tout comme ils l’étaient dans les années 1920 et 1930.
‣ Nous avons vu l’émergence de deux régimes antidémocratiques : la Turquie et la Russie. Erdoğan et Poutine pensent tous deux que leurs nations ont une mission historique de domination du monde qui leur a été confiée par l’histoire et certifiée par Dieu. Le Coran et la Bible sont lus comme des formes de légitimation. Vous avez l’histoire, Dieu et la science darwinienne, car ils croient que seul le fort gagne.
‣ Poutine explique que ce n’est pas l’État russe qui envahit l’Ukraine, mais la nation russe elle-même. La nation est l’entité souveraine. De tels régimes antidémocratiques juxtaposent l’État et la nation elle-même. En conséquence, pour la Russie, l’avenir ne peut pas être un avenir d’égalité entre les nations et les États. L’avenir ne peut être que celui de la guerre.
Sur le monde arabe et la Palestine
‣ Au XXe siècle, « la Palestine n’a jamais été un sujet de sa propre histoire ». Elle a été soit vaincue par les forces israéliennes, soit manipulée ou abandonnée par les gouvernements arabes régionaux.
‣ En 1947 et 1948, il n’y avait aucun acteur ni force palestinienne ; il n’y avait que des armées arabes qui pensaient pouvoir vaincre très facilement les forces israéliennes. Le résultat final fut la Nakba (catastrophe) pour les Palestiniens.
‣ En 1967, une fois de plus, les armées arabes pensaient pouvoir vaincre Israël en quelques jours. Durant le mois de Septembre noir (1970-71), les Palestiniens furent à nouveau abandonnés. Dans les années 1980, de nombreux pays arabes ont massacré les réfugiés palestiniens et abandonné la Palestine.
‣ Aucun État arabe du Moyen-Orient ne soutient actuellement la cause palestinienne. Le monde arabe est dans un silence total. Le Caire est silencieux. Riyad se tait… Presque toutes les capitales arabes se taisent. Aucun soutien diplomatique, stratégique ou moral n’est apporté aux Palestiniens. Par conséquent, la Palestine reste seule.
Sur la société palestinienne
‣ La société palestinienne est en crise car c’est « une société vaincue ». L’historien du XIVe siècle Ibn Khaldun expliquait que : « Les sociétés vaincues n’ont pas d’histoire ; leur histoire appartient à ceux qui les dominent ».
‣ La société palestinienne a été fragmentée et, par conséquent, elle n’a pas été en mesure de proposer une nouvelle alternative après la deuxième Intifada des années 2000.
‣ Bien qu’elle soit une société vaincue, la société palestinienne reste dynamique. Dans lequel se trouvent des intellectuels, dont de nombreuses femmes, engagés dans la lutte pour l’émancipation nationale et de genre. J’espère que cette société saura développer une nouvelle alternative politique qui ne soit ni islamiste, ni djihadiste, ni basée sur la violence.
Sur le Hamas et la guerre à Gaza
‣ « Le Hamas ne faisait pas partie de la solution, mais plutôt du problème. »
‣ Nous devons soutenir la société palestinienne, mais nous devons être conscients que le 7 octobre a changé beaucoup de choses, et nous ne pouvons en aucun cas soutenir ce qui s’est passé ce jour-là. C’était un moment qui appelle désormais une évaluation de la responsabilité et de la rationalité.
‣ Les attaquants du Hamas du 7 octobre pensaient pouvoir réduire l’histoire de la Palestine et d’Israël à une période de 27 heures. Mais ils ont oublié d’anticiper le coût extrêmement lourd de cette décision. Leurs actions représentent la destruction de la rationalité.
‣ Il est vrai qu’il y avait 7 500 prisonniers dans les prisons israéliennes, dont beaucoup n’étaient coupables de rien. Mais l’attaque du 7 octobre , qui était censée les libérer, a au contraire fait environ 40 000 morts parmi les Palestiniens.
‣ L’un des objectifs du Hamas pour le 7 octobre était de rompre les relations entre l’Arabie saoudite et Israël et de rapprocher l’Arabie saoudite de l’Iran. Mais nous voyons la réalité : l’Arabie saoudite continue d’aider Israël.
‣ Lorsque vous prenez le cas de l’Iran et de ses groupes, comme le Hezbollah au Liban, les FMP en Irak, les Houthis au Yémen et leurs groupes en Syrie, organiser une diplomatie basée sur les milices pour l’hégémonie iranienne est l’objectif, pas la libération. de la Palestine ou le souhait d’améliorer les conditions des Palestiniens.
‣ En Turquie, le Président (Erdoğan) a fait des déclarations dures, mais il n’y a eu aucun changement diplomatique avec Israël ; au contraire, le commerce turc a continué.
‣ Malgré ces facteurs, la « guerre brutale en Palestine » nous oblige à exprimer notre solidarité avec la population civile de Gaza, composée de 2 millions de personnes, qui souffre depuis plus de sept mois.
Sur Israël
‣ Israël a été construit davantage par les États-Unis et l’Union soviétique pour avoir un espace au Moyen-Orient que par l’Empire britannique.
‣ Dès le début, il était évident qu’il était impossible d’avoir un État qui soit une ethnocratie. Israël, tel qu’il est construit, ne peut être à la fois un État religieux et un État démocratique. Cela a provoqué une crise interne dans la société israélienne qui s’est intensifiée depuis la guerre de 1967 et surtout depuis les années 1990.
‣ Israël est devenu un État de domination composé de sectes religieuses, de kleptocrates et de forces militaires. Mais cela ne signifie pas que nous nions l’existence d’Israël ; c’est là et dans une partie du Moyen-Orient. Mais nous devons lutter pour la démocratie en Israël, qui est liée à un Moyen-Orient démocratique.
Sur l’expansionnisme turc
« Afrin avait une population à 90 % de Kurdes et aujourd’hui elle est inférieure à 10 %. Quand j’entends en Turquie des partisans de l’AKP critiquer Israël, ce que j’ai envie de leur dire : ‘Si Netanyahu est le bourreau de Gaza, au Rojava, Netanyahu s’appelle Recep Tayyip Erdoğan.’ »
‣ Avec Erdoğan, l’État turc est présenté comme un simple organe de la nation turque. Par conséquent, lorsque la Turquie occupe Afrin, c’est la nation turque elle-même qui occupe Afrin.
‣ « La Turquie n’a jamais abandonné le projet de construction d’un Turan étroit, qui était une théorie de Ziya Gökalp. » Ce Turan étroit veut unifier la Turquie et l’Azerbaïdjan, ce qui signifierait la destruction de l’Arménie.
‣ La Turquie et la Russie poursuivent le Lebensraum , de la même manière que les nazis considéraient le concept.
Sur le djihadisme et le génocide kurde
« Prenons un autre cas, celui du Rojava, d’Afrin, de Serê Kaniyê et de Girê Spî, qui ont été détruits par la Turquie. Ces lieux ont été transformés en un « Jihadistan », où les groupes jihadistes s’affrontent pour avoir le maximum d’autorité. Dans cette guerre, nous avons d’un côté le cynisme de la Russie et de Poutine qui voulaient améliorer leurs relations avec la Turquie, et de l’autre le cynisme de Donald Trump. Et aujourd’hui, dans ces régions du Rojava, la population kurde a disparu. »
‣ Pendant la guerre civile espagnole, les démocraties ne sont pas intervenues pour empêcher l’Allemagne et l’Italie fascistes de détruire l’Espagne. Aujourd’hui, nous assistons à une capitulation similaire, où certaines parties du Rojava ont été transformées en un « Jihadistan », tandis que les démocraties restent silencieuses.
‣ « La Turquie a été construite par les organisateurs du génocide arménien. Ils ont massivement participé au génocide. Ceux qui ont mené le génocide arménien ont gouverné la Turquie jusque dans les années 1950. » Atatürk a été réhabilité plutôt que puni pour avoir perpétré ce génocide.
‣ Les génocides qui ont commencé sous l’Empire ottoman se poursuivent dans une certaine mesure dans de nombreuses régions du Moyen-Orient et au Rojava.
Sur l’histoire kurde
Entre 1961 et 2024, des centaines de milliers de [Kurdes] ont été tués, des milliers de villages ont été détruits, de nombreuses villes ont été détruites. Et de nombreuses générations ont eu une histoire de brutalité et de violence.
‣ L’histoire kurde est une histoire de violence tout au long du 20ème siècle. Depuis 1961, il n’y a pas eu une seule période historique où une partie du Kurdistan ne soit pas en état de révolte, en état d’oppression massive ou en état de violence.
‣ La situation kurde est encore précaire aujourd’hui, mais nous nous trouvons dans une meilleure situation que dans les années 1980. Lorsqu’il y a eu un soulèvement kurde écrasé en Irak, l’opération Anfal a détruit de nombreuses régions du Kurdistan du Sud, il y avait un régime militaire brutal au pouvoir en Turquie et au Rojava il y avait quelques activités culturelles, mais personne ne pouvait parler d’un mouvement kurde autonome. Les relations internes aux Kurdes étaient également violentes et il y eut de nombreux cas de Birakujî (guerre intérieure des Kurdes).
‣ Nous sommes dans une bien meilleure situation aujourd’hui car il existe deux régions avec une autonomie de facto au Rojava et au Kurdistan du Sud.
Sur l’anti-kurdisme de la Turquie
« La violence n’est pas seulement une question d’État, la violence est aussi le refus de toute forme de reconnaissance de l’existence et de l’égalité des Kurdes. On le voit aujourd’hui en Turquie concernant les municipalités kurdes.»
‣ La Turquie n’a jamais accepté l’existence du Rojava. La résistance de Kobanê a été un tournant dans la révolution contre l’Erdoğanisme. « La fin de l’État islamique a commencé à Kobanê et reste problématique en Turquie. »
‣ La Turquie a besoin d’un mouvement démocratique, pas d’un mouvement kémaliste.
Sur les défis du Kurdistan dus à l’Iran et à la Turquie
‣ Lorsque vous prenez le Kurdistan iranien (Rojhilat), le mouvement Jin, Jiyan, Azadi est devenu une force dynamique et dominante dans tout l’Iran. Il y a une résistance civile passive à Rojhilat.
‣ Même si les Kurdes sont numériquement majoritaires, ils sont une minorité car ils ne peuvent pas devenir un sujet de leur propre histoire.
‣ Nous avons des problèmes internes qui peuvent être observés à Bachur, où le Kurdistan du Sud et du Nord ne sont pas intégrés. On ne peut nier qu’à Bachur, l’Iran et la Turquie exercent tous deux une énorme influence. Par exemple, à Kirkouk, ils sont tous deux opposés à toute forme d’autonomie kurde.
‣ La Turquie et l’Iran veulent tous deux diviser le Kurdistan et l’utiliser comme zone tampon, comme au XVIe siècle. Ainsi, tout comme la Palestine doit être indépendante des forces arabes ou de l’Iran, les Kurdes doivent devenir les sujets de leur propre histoire et non les alliés de la Turquie ou de l’Iran.
‣ Pour résister aux pressions extérieures de la Turquie et de l’Iran, les Kurdes doivent dire : « Nous existons. Nous avons une histoire commune et un avenir commun. Nous décidons de notre avenir avec ou sans les États, sous la forme que nous souhaitons. »
La conférence vidéo complète du professeur Bozarslan peut être visionnée ici: Summarizing Hamit Bozarslan’s Freedom Lecture for Rojava University – The Kurdish Center for Studies
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