AccueilMondeEuropeIl y a 37 ans, l'Iran assassinait un chef kurde à Vienne

Il y a 37 ans, l’Iran assassinait un chef kurde à Vienne

Le 13 juillet 1989, le leader kurde Abdul Rahman Ghassemlou (Qasimlo), secrétaire général du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI), et deux de ses collaborateurs, Fadil Rasoul et Abdullah Ghaderi Azar, ont été assassinés à Vienne en Autriche. Ils participaient à une réunion avec des représentants du régime iranien dans un appartement de la Linken Bahngasse, dans le troisième arrondissement. Leur assassinat est resté impuni.

Un piège tendu par Téhéran

Les trois Kurdes s’entretenaient avec une délégation iranienne envoyée par le président Akbar Hashemi Rafsanjani. Selon les éléments de l’enquête et les preuves accumulées au fil des ans, les négociateurs iraniens — Jafar Sahraroudi, Mustafa Ajvadi et Amir Mansour Bozorgian — étaient des agents du régime. Ils disposaient de passeports diplomatiques et avaient quitté l’Iran peu avant l’assassinat.

Malgré des preuves accablantes d’implication directe du régime islamique iranien (y compris des témoignages ultérieurs liant l’opération à des figures comme Mahmoud Ahmadinejad), les autorités autrichiennes ont permis aux trois suspects de se réfugier à l’ambassade d’Iran. Ils ont ensuite quitté le pays sans être véritablement interrogés ni jugés. Cette décision, largement critiquée, a été perçue comme un sacrifice de la justice au profit d’intérêts économiques et politiques avec l’Iran.

Des années plus tard, de nouvelles preuves ont émergé, dont le témoignage d’un citoyen allemand aux autorités italiennes en 2006 : il affirmait avoir livré des armes légères à l’ambassade d’Iran à Vienne au début du mois de juillet 1989, sur instruction des services de renseignement iraniens.

Qui était Abdul Rahman Ghassemlou ?

Né en 1930 à Urmia (Rojhilat, Kurdistan d’Iran), Ghassemlou a été marqué dès son adolescence par la République de Mahabad (1946), première expérience éphémère d’autonomie kurde, écrasée par l’Iran. À 16 ans, il assiste à l’exécution de Qazi Muhammad et à la répression qui s’ensuit.

Étudiant à Prague puis docteur en économie à la Sorbonne, il devient un intellectuel engagé. En 1973, il est élu secrétaire général du PDKI lors de son IIIe congrès et adopte le slogan qui résumera son combat : « Démocratie pour l’Iran, autonomie pour le Kurdistan ».

Après la révolution iranienne de 1979, il retourne au Kurdistan. Les espoirs d’une reconnaissance des droits kurdes sont rapidement déçus par l’ayatollah Khomeini, qui déclare Ghassemlou « ennemi de Dieu » en août 1979. Une répression sanglante s’abat alors sur le Kurdistan iranien, faisant plus de 10 000 morts selon certaines estimations. Pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), Ghassemlou dirige la résistance armée depuis les montagnes, notamment le Kandil. Après la mort de Khomeini, des négociations s’ouvrent avec Rafsanjani. Ghassemlou, qui préférait Paris, accepte finalement Vienne comme lieu de rencontre.

Le 13 juillet 1989 : les mots, puis les balles

Le jour de l’assassinat, Ghassemlou avait rendez-vous avec le ministère autrichien de l’Intérieur. La réunion a été annulée dans des circonstances encore inexpliquées. Une heure plus tard, lors de la rencontre avec les Iraniens, les négociations sont enregistrées. On y entend Ghassemlou déclarer qu’il ne peut pas accepter un accord vide de sens sur l’autonomie.

Peu après, les tirs éclatent. Ghassemlou est touché au front, aux tempes et au cou. Ses deux compagnons sont également tués. Jafar Sahraroudi, blessé, est évacué vers l’hôpital puis rapatrié en Iran, tout comme les autres membres de la délégation.

De retour en Iran, les assassins ont été promus : Bozorgian devient général des Pasdaran à Urmia, la ville natale de Ghassemlou. Sahraroudi poursuivra une carrière dans les opérations extérieures du régime.

Un assassinat impuni et une mémoire vivante

Malgré un mandat d’arrêt international, les tueurs ont continué à voyager en Europe. L’Autriche a été accusée d’avoir privilégié ses relations commerciales avec l’Iran (qui ont augmenté de 60 % dans les années 1990) au détriment de la justice. Un sondage de 1997 montrait que 55 % des Autrichiens estimaient que le gouvernement avait laissé les assassins s’échapper.

Aujourd’hui encore, les Kurdes honorent la mémoire d’Abdul Rahman Ghassemlou, intellectuel, leader politique et symbole d’un combat pour la démocratie et les droits du peuple kurde. Sa tombe se trouve au cimetière Père Lachaise, 76ème division, 14ème ligne, face à la 36ème division, 1ère tombe à partir de la 36ème division, dans la 20e arrondissement de Paris.