Les Mères Kurdes de la Paix solidaires des habitants de Marioupol

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« Quelle qu’en soit la raison, un pays ne peut pas entrer sur le territoire d’un autre pays, il ne peut pas l’envahir, il ne peut pas y faire un massacre. Nous, en tant que mères de paix kurdes, partageons les mêmes sentiments que vous. Vos exigences sont aussi les nôtres. Nous signons votre tribune. » C’est ainsi que la présidente de l’initiative des mères kurdes de la paix d’istanbul, Türkan Kocadag répondait au courriel envoyé par Nanou Rousseau, Présidente d’honneur de la Fédération Nationale des Mères pour la Paix. En effet, la Fédération Nationale des Mères pour la Paix a contacté de nombreuses organisations des mères de la Paix pour dénoncer ensemble le martyr de la ville ukrainienne de Marioupol soumise aux bombardements massifs de la part de la Russie depuis un mois et où la population est privée d’eau, d’électricité, du gaz, et des moyens de communication.
 
Voici le texte de la Fédération Nationale des Mères pour la Paix cosigné par de nombreuses organisations de femmes à travers le monde:
 
Appel des associations des Mères pour la Paix Il est urgent de sauver la population martyre de Marioupol Ainsi que toutes les populations civiles ukrainiennes tombées sous le joug de l’envahisseur russe.  Assiégée depuis le début de la guerre en Ukraine, la ville de Marioupol résiste. Mais la situation est chaque jour plus désespérée : plus d’eau potable , ni d’électricité, ni de possibilité de communiquer avec ses  proches, l’agresseur russe ayant coupé les réseaux téléphoniques. Terribles, incessants, les bombardements ont détruit 90% de la ville : au bout d’un mois, on estime à plusieurs milliers le nombre de morts. Les rues sont vides, impraticables, hostiles parsemées de débris dangereux dans tout l’espace public où sont abandonnés de nombreux cadavres comme c’est aussi le cas sans doute dans les appartements auxquels on ne peut plus accéder. Les quelques 160000 habitants encore présents se terrent dans les caves  en tentant de maintenir les réseaux de solidarité et de partage avec un courage inouï, en dépit du désespoir qui s’installe avec la terreur des bombardements, la douleur lancinante causée par la perte des proches, et maintenant la faim et la soif. « Même le vent est mort » écrit une habitante. Il y a peu, les chars russes sont entrés dans la ville et derrière eux les milices tchétchènes de Kadirov, d’ autres milices et d’autres professionnels du FSB, qui, immeuble par immeuble viennent « terminer le boulot », pour les uns, leur sale boulot, qui démultiplie les occasions de commettre des crimes contre les civils : pillages, viols, assassinats…, pour les autres, le travail d arrestation et d incarcération des opposants présumés au pouvoir russe. On sait déjà que 20000 personnes ont été forcées de partir en destination de la Russie. Il faut en avoir conscience : sur les 300 000 habitants de Marioupol, ceux restés en ville sont physiquement les plus vulnérables : des femmes, des enfants, des personnes âgées invalides ou malades. Ce sont aussi les plus modestes économiquement et socialement. Partout, toujours, les victimes qui souffrent le plus des guerres sont aussi celles qui sont le moins bien loties en temps de paix. En s’installant dans la durée, la guerre amplifie chaque jour le désastre : des enfants dont tous les proches ont été tués, errent dans le cauchemar de la ville dévastée sans savoir où aller : nombre de réfugiés dans les caves n’ont tout simplement plus d’appartement où imaginer retourner un jour. Mais sans moyens financiers, sans moyens de communication, sans réseau d’accueil, comment et où partir tant qu’il en est encore temps ? Dans la partie de la ville tombée aux mains des Russes, la seule porte de sortie offerte aujourd’hui aux assiégés l’est par l’agresseur lui-même : un corridor humanitaire en direction de la Russie, assorti de quelques distributions alimentaires devant lesquelles se forment de longues files d’attente, filmées avec complaisance par les caméras russes.  Imagine-t-on une seule seconde que le pouvoir d’un pays qui interdit à sa population de prononcer le mot de « guerre » puisse « accueillir » dignement ses propres victimes et leurs traumatismes, laisser vivre en paix les habitants de Marioupol ?  Pense-t-on sérieusement qu’il est prêt à prendre le risque de leurs futurs témoignages sur la plausibilité de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité ?  Peut-on affirmer que rien ne présage d’un nouveau crime à grande échelle contre cette population déjà martyre ?  Pensons aussi à toutes les populations civiles ukrainiennes dans les villes et les villages, tombés sous la domination russe. Qu’est-ce qui les attend ? Nous, associations des Mères pour la Paix dans le monde, alertons sur le sort réservé à la population prise en otage à Marioupol et refusons sa déportation vers la Russie.  Nous demandons instamment à la Communauté Internationale de tout faire pour ne pas la laisser aux mains d’un pouvoir qui, une fois de plus, après Grozny, après Alep, démontre que sa principale tactique de guerre est l’usage des crimes contre les civils. Si rien n’est fait pour sauver la population de Marioupol, nous aurons collectivement sur notre conscience le sort que ce pouvoir-là lui réserve. Fédération des Mères pour la Paix Envoyer les signatures à : federation@merespourlapaix.org
 
Les premières organisations de femmes signataires du texte:
 
Amitiés Mères afghanes (AMA)
Association franco-chilienne Cordillera
Association des femmes victimes de Guerre
Mères des enclaves de Srebrenica-Zepa, Bosnie-Herzégovine
Collectif des familles de disparus en Algérie (CFDA)
Fondation Panzi de Kinsasha, République Démocratique du Congo
Marche Mondiale des Femmes
Femmes en Noir – Serbie
Mères kurdes de la paix (Bakûr / Turquie)
Mariannes du Nord
Maison des Femmes de Lille
Alliance des Femmes pour la Démocratie, France

ROJAVA. « L’autodéfense est plus importante que le pain et l’eau »

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SYRIE / ROJAVA – Necat Musa est membre des Forces de défense civile (HPC) à Qamishlo. Cette femme kurde de 67 ans est une fervente défenseure de l’autodéfense et demande : « Qui d’autre devrait le faire si ce n’est nous-mêmes ? »
 
Depuis 2015, les Forces de défense civile (en kurde: Hêzên Parastina Civakî – HPC) sont une expression importante de l’auto-organisation démocratique de base au Rojava et dans le nord-est de la Syrie. Elles sont le contre-modèle démocratique des forces de sécurité de l’État. Necat Musa est membre du HPC depuis sa création et défend son pays au sein de cette structure. Elle a parlé de ses activités à l’agence ANF à Qamishlo, disant que la capacité à se défendre la rend heureuse et la calme :
 
« En commençant par nos maisons, nous protégeons nos quartiers et la terre sur laquelle nous vivons. Au Rojava et dans les autres parties du Kurdistan, les femmes doivent se protéger, protéger leur famille et leur terre avec des méthodes d’autodéfense. Nous devons nous éduquer sur les sujet de la légitime défense. Ici, nous protégeons nos résidences en tant que HPC. Nous effectuons toutes les tâches nécessaires pour cela. Qui d’autre devrait le faire si ce n’est nous-mêmes ? »
 
L’autodéfense est la base de tous les êtres vivants, selon Necat Musa. « Même la rose se protège avec ses épines. Chaque être vivant se défend, donc notre peuple doit aussi se protéger. C’est vrai pour tout le monde de 7 à 77 ans. L’autodéfense est plus importante que l’eau. La terre que nous vivre représente notre dignité. Sa défense n’est pas seulement la tâche des FDS, des YPG, des YPJ et de la guérilla [PKK]. » Elle a donné l’exemple de la tentative de prise d’assaut de la prison de Sina, à Hassaké, en janvier par l’Etat islamique et ajouté que sans l’auto-défense, ils ne pourraient faire face au terrorisme.
 
« Chacune de nos maisons est une garnison et nous sommes tous des élèves de Rêber Apo [Abdullah Ocalan] » , a déclaré Necat qui a lancé un appel à toutes les mères : « L’autodéfense commence avec nos enfants. Parlez-leur de leur pays. Nous protégeons nos enfants du feu, de l’eau, du froid et des maladies. De la même manière, nous devons protéger notre pays. La défense est plus importante que l’eau et le pain. Apprenez cela d’abord à vos enfants, puis à vos voisins et à toute la ville. En tant que femmes, nous pouvons tout accomplir. »
 

ROJAVA. Un drone turc cible le Conseil militaire syriaque à Tal Tamr

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SYRIE / ROJAVA – Hier soir, un drone turc a visé un véhicule militaire transportant Orom Maruki, membre du commandement général du Conseil militaire syriaque, à Til Tamer alors qu’il escortait un convoi russe vers la centrale électrique de la ville. L’attaque a blessé Maruki et un traducteur.
 
L’Union syriaque européenne (European Syriac Union – ESU) a condamné l’attaque turque visant le Conseil militaire syriaque (Syriac Military Council – MFS) et appelé les gouvernements américains et européens à faire cesser ces attaques visant la Syrie du Nord et de l’Est.
 
Le MFS fait partie des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), coalition militaire composée des Kurdes, Arabes, Arméniens, Syriaques, etc.
 

ROJAVA. Les YPJ célèbrent le 9e anniversaire de leur fondation

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​​​​​​​SYRIE / ROJAVA – Le 4 avril 2013, les Unités de défense des femmes (en kurde: Yekîneyên Parastina Jin, YPJ) étaient formées par les femmes kurdes et la lutte héroïque de ses combattantes face à l’Etat islamique et d’autres organisations terroristes qui ont envahi la Syrie suscitait l’admiration à travers le monde.
 
Aujourd’hui, pour marquer le 9e anniversaire* de leur fondation, les combattantes des YPJ ont organisé une cérémonie à Al-Shaddadi.
 
Les Unités de protection des femmes ont organisé une cérémonie à l’occasion du neuvième anniversaire de sa fondation, dans le district d’Al-Shaddadi, à laquelle ont participé des dizaines de combattantes et de dirigeantes des Unités de protection des femmes (YPJ).
 
La membre du Commandement général des Unités de protection des femmes, Suzdar Dêrik, lors de la cérémonie a félicité le chef Ocalan, les martyrs de la révolution, les familles des martyrs et toutes les femmes combattantes qui luttent pour protéger cette terre dans les plaines, les villes et montagnes du Kurdistan, à l’occasion du 9e anniversaire de la mise en place des Unités de protection femme.
 
Elle a ajouté: « Les événements qui se déroulent au Rojava et dans le monde entier ont créé de nombreuses raisons pour nous, en tant que femmes, de lutter, nous avons commencé cette lutte à cause des attaques brutales sur nos terres, en tant que femmes, nous avons de nombreuses raisons de nous défendre et de défendre la liberté. »
 
Elle a rappelé que les Unités de protection des femmes se battent pour le bien de la société en général, pas seulement pour les femmes. Elle a souligné leur attachement à la philosophie de la vie libre et de la nation démocratique.
 
Suzdar Dêrik a ajouté: « Nous avons été inspirées par les femmes combattantes dans les rangs de la guérilla [PKK] dans les montagnes du Kurdistan.
 
Nous allons intensifier la lutte sans nous arrêter, car les femmes ont encore besoin de vivre libres, Nous sommes fières qu’aujourd’hui nous luttons ensemble contre les ennemis de l’humanité. »
 
La cérémonie s’est terminée par des slogans appelant à la liberté du chef et des femmes (Abdullah Ocalan). (ANHA)
 
*Le 4 avril 2013, les unités de protection des femmes de l’YPJ ont annoncé leur création, et après la tenue de la première conférence, ses premières brigades ont été formées. Il s’agit de la brigade des martyrs Ruken dans le district de Janders dans le canton d’Afrin, tandis que la brigade Adalat a été formée dans la ville de Qamishlo, et la brigade de Tigre a été formée à Kobanê.

TURQUIE. « Le peuple kurde ne se laissera pas évincer de l’arène politique »

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TURQUIE / BAKUR – A un an des élections législatives turques et de l’élection présidentielle du même jour en juin 2023, le parti HDP est menacé d’interdiction par un système judiciaire turc à la solde d’un régime viscéralement anti-kurde. Ainsi, le pouvoir turc veut priver les Kurdes d’élire leurs représentants, laissant le champ libre à Erdogan, son parti AKP et son allié d’extrême-droite MHP (sachant que la soi-disant opposition kémaliste anti-kurde du CHP n’a rien à envier à l’alliance AKP-MHP). Mais selon le politicien Özgür Zeydanoğlu, malgré ces basses manouvres politico-judiciaires, « le peuple kurde ne se laissera pas évincer de l’arène politique. »
 
« Le HDP est plus qu’un nom de parti »
 
Le HDP va être interdit prochainement en Turquie alors que les élections* législatives et présidentielles se profilent à l’horizon 2023. Le politicien HDP Özgür Zeydanoğlu y voit une tentative d’exclure le peuple kurde de l’arène politique.
 

Le politicien HDP Özgür Zeydanoğlu a parlé à l’ANF de l’interdiction imminente et de la stratégie de son parti. Zeydanoğlu est membre du conseil du parti du HDP et voit un message important dans les événements du Newroz de cette année au Kurdistan du Nord et en Turquie ; « Des millions de personnes ont exprimé le 21 mars que le plan de décomposition de l’État turc contre le mouvement kurde, lancé en octobre 2015, a échoué. Malgré la répression massive de ces sept dernières années, le peuple kurde a fait valoir ses revendications sans ambiguïté et a déclaré qu’il ne voulait renoncer à aucun statut.
 
Au premier plan se trouvait la demande de levée de l’isolement d’Abdullah Öcalan. Le peuple kurde a pris une position claire contre la campagne de criminalisation de ses institutions démocratiques et de sa représentation politique. Il vaut la peine que toutes les parties comprennent correctement le message du Newroz. Ce message doit être pris en compte. »
 
Le processus d’interdiction du HDP n’a aucune base légale et est exclusivement politique, a expliqué Zeydanoğlu : « Le processus de fermeture a été lancé afin d’exclure notre peuple de l’équation politique. Cela a été tenté à plusieurs reprises auparavant. Cependant, le HDP est plus qu’un nom de parti. Il compte des millions d’électeurs et des dizaines de milliers de membres actifs. Nous ne pensons pas que la fermeture changera cela. Notre peuple défend son parti partout. Il y a un débat sur ce qui se passera si le HDP est Il n’y a pas de justification légale, mais l’interdiction peut être prononcée par une décision politique. Les mesures arbitraires du gouvernement sont bien connues. Néanmoins, le peuple kurde ne se laissera pas évincer de l’arène politique. »
 
« Il ne s’agit pas d’élections, il s’agit de la lutte »
 
Zeydanoğlu a souligné que son parti ne se limite pas aux élections : « Contre la polarisation au niveau politique, il est nécessaire d’étendre les luttes sociales. La fonction la plus importante de notre parti est la lutte pour la démocratie et la participation à la construction d’une vie démocratique. important, mais pas la seule méthode dans cette lutte. Nous avons la prétention d’initier le changement social. Par conséquent, le succès électoral n’est pas notre seul objectif. Avec ou sans élections, notre lutte grandit et nous la poursuivrons. Nous nous définissons comme un « troisième voie » et s’efforcer de coopérer avec tous les cercles qui ne sont pas intrinsèques au système. De grands résultats en découleront. C’est déjà évident. » Via ANF
 
*Les élections générales turques de 2023
 
Les élections générales turques de 2023 auront lieu le 18 juin 2023. Des élections présidentielles sont organisées pour élire le président de la Turquie selon un système à deux tours. Simultanément, des élections législatives sont organisées pour élire 600 députés à la Grande Assemblée nationale de Turquie.
 
En parallèle à l’interdiction du HDP, le régime turc a modifie sa loi électorale et abaisse le seuil de 10 à 7% des voix nécessaire aux législatives pour entrer à l’assemblée. Selon les analystes, c’est une mesure destinée à aider le parti ultranationaliste (MHP) à obtenir un maximum de députés.

PEN KURDE: La Turquie cherche à détruire l’existence et le statut des Kurdes

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PEN-KURDE appelle la communauté internationale et les autorités compétentes à mettre fin aux attaques brutales de l’État turc visant le peuple kurde, après l’attaque au drone qui a visé le poète Ferhad Merdê près de Qamishlo.
 
Le Conseil exécutif central du PEN-KURDE a publié un communiqué concernant l’attaque de drones turcs de vendredi au Rojava. L’attaque contre une voiture à Tirbespiyê a tué Dirar Cuma Hemze, un membre des forces de sécurité de l’administration autonome, et a blessé deux autres personnes. L’un des blessés est le célèbre poète Ferhad Merdê.
 
Le communiqué a souligné que l’objectif de la Turquie était de détruire l’existence et le statut des Kurdes, en disant : « Nous pensons que Ferhad Merdê a été ciblé non par coïncidence, mais délibérément. »
 
Soulignant que la politique d’ignorer les Kurdes échouera, PEN Kurde a appelé la communauté internationale et les autorités compétentes à mettre fin à ces attaques brutales de l’État turc.
 

« La France ne doit pas la laisser la question kurde à la merci du Quai d’Orsay qui marchande avec la Turquie sur le dos des Kurdes »

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Le 21 mars dernier, le Conseil démocratique kurde en France (CDK-F) organisait un diner de Newroz réunissant une centaine de personnes, dont de nombreux élus, parlementaires français et des personnalités de la société civile, autour d’un diner du Newroz (Nouvel-an kurde) à l’hôtel Lutetia, à Paris.
 
Lors de ce diner considéré comme une tentative de lobbying kurde en France où ont trouvé refuge les militants kurdes depuis les années 1980, Agit Polat, porte-parole du CDK-F, a demandé à la France « d’élaborer une politique kurde inclusive et adaptée et de ne pas laisser la question kurde à la merci du Quai d’Orsay qui marchande avec la Turquie sur le dos des Kurdes. »
 
Voici le discours complet d’Agit Polat:
 
« Monsieur le Vice-président du Sénat,
 
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
 
Mesdames et Messieurs les Maires et élus,
 
Messieurs les représentants des cultes,
 
Mesdames et Messieurs les Présidents d’associations,
 
Mesdames et Messieurs,
 
Quel honneur, quelle fierté pour nous, le Conseil démocratique kurde en France, de vous accueillir ici, en ce jour du 21 mars, à cette réception du Newroz qui symbolise le nouvel an kurde, l’arrivée du printemps et le début d’un monde nouveau.
 
Profondément enraciné dans les rituels et les traditions du Zoroastrisme, le Newroz est célébré le 21 mars depuis plus de 2600 ans. C’est aujourd’hui l’une des principales fêtes traditionnelles dans de nombreux pays et régions du Moyen-Orient et d’Asie centrale.
 
D’après les traditions, le Newroz symbolise aussi et surtout la libération des peuples opprimés. Après plus de 2600 ans, aujourd’hui encore, le Newroz est perçu comme un moyen de résistance pour tisser la liberté.
 
Depuis le début du XXème siècle qui a vu la division du Kurdistan entre quatre États, division qui a commencé avec les accords Sykes-Picot pour s’achever avec le traité de Lausanne, la fête du Newroz a pris une signification bien plus politique qu’auparavant. Symbole le plus visible de la culture et de l’identité kurde, le Newroz a été interdit par trois des quatre Etats qui occupent le Kurdistan.
 
Ainsi, a-t-il été interdit pendant de très longues années en Turquie. Au fil du temps, le Newroz est devenu une manifestation de la résistance kurde.
Depuis des millénaires, cet événement qui marque l’arrivée du Printemps et le passage à la nouvelle année, symbolise aussi la détermination et la lutte pour la liberté.
 
La liberté ; chose que les Kurdes n’ont jamais cessé de revendiquer et pour laquelle ils ont toujours lutté. Ce peuple qui était en voie de disparition a su renaître de ses cendres. Hélas, cette renaissance ne signifie guère une liberté. Mais elle incarne au minimum un éveil des consciences. C’est cet éveil qui permet au peuple kurde de tracer la voie qui le mènera vers sa liberté.
 
Au cours de l’histoire proche, c’est justement le défaut de cette conscience qui a poussé certains Kurdes à commettre des erreurs graves, impensables et irréparables à l’encontre des Arméniens et des Assyro-Chaldéens, peuples frères avec lesquels les Kurdes ont vécu en harmonie pendant des millénaires sur ces terres ancestrales.
 
Ce sont ces mêmes kurdes qui, entre 1916 et 1923, ont développé multiples manoeuvres aux côtés des Turcs, contre les intérêts des Peuples de la région.
Malheureusement, de nos jours, cette tradition de soumission au pouvoir turc se poursuit chez certains kurdes, au mépris de l’honneur, de la dignité et des valeurs de la culture kurde.
 
Deux lignes essentielles se sont toujours opposées chez les Kurdes, l’une incarnant indéniablement la résistance, et l’autre, la triste et laide soumission.
 
C’est ainsi que durant ce dernier siècle, 28 soulèvements ont été réprimés de manière sanglante par le pouvoir turc.
 
C’est lors du massacre de Zilan, en 1930, que l’armée turque a complètement détruit plus de 500 villages des régions de Van et d’Agri, dans l’est de la Turquie. C’est lors de ce massacre que plusieurs milliers de Kurdes ont été tués de la façon la plus horrible, la plus barbare que l’on puisse imaginer. C’est lors de ce massacre que plusieurs milliers de femmes ont reçu les baïonnettes de l’armée de Mustafa Kemal dans leurs ventres, afin que même les enfants kurdes non nés, ne puissent pas voir le jour.
 
C’est ainsi que des centaines de milliers de kurdes ont été massacrés, torturés, emprisonnés et cruellement réprimés. C’est pendant ces massacres, en 1937, que le sang a coulé dans le fleuve du Munzur, à Dersim, pendant des semaines et des semaines. Ce sang était celui des dizaines de milliers de Kurdes alévis massacrés par la Turquie de Mustafa Kemal Ataturk.
 
La liste des massacres kurdes est longue, très longue. Elle dépasse pleinement les frontières turques. Elle s’étend à l’Irak sous Saddam Hussein, au régime Baathiste en Syrie et au régime des mollahs en Iran.
 
Des centaines de milliers de Kurdes ont été tués par la Turquie dite moderne et laïque, de Mustafa Kemal. A quel prix ? Celui de la dignité, de l’honneur et de la liberté. Ils ont tous été étiquetés de terroristes. La supposée protection de l’intégrité territoriale et l’utilisation de l’étiquette terroriste contre les Kurdes ont toujours été des arguments valables aux yeux du monde, pour garder le silence face aux occupations et aux massacres commis par la Turquie.
 
Aujourd’hui, le PKK incarne le 29e soulèvement, la plus grande et plus longue résistance de l’histoire kurde, soutenue par des millions de personnes. Pourquoi autant de soutien ? Tout simplement parce que c’est grâce à cette dernière résistance que nous avons pu parler notre langue, vivre notre culture, éveiller notre conscience, être représenté en tant que peuple libre… Les Kurdes ont gouté à la liberté… Ils sont maintenant assoiffés de cette liberté que la Turquie d’Erdogan, tout comme celle d’Ataturk autrefois, voudrait confisquer.
 
C’est au cours de ce long chemin de lutte pour préserver leur existence que les Kurdes ont de nouveau été tués, emprisonnés et poussés à l’exil. La diaspora kurde se compte par millions, avec plus de 2,5 millions vivant en Europe, dont plus de 300 000 en France.
 
C’est à partir des années 1980 que les Kurdes ont commencé à s’installer dans ce pays d’accueil qu’est la France. Deux générations de français d’origine kurde ont ouvert les yeux dans ce pays qui est dorénavant le notre. Loin d’une érosion culturelle, comme certains le prétendent, nous percevons cela comme une richesse culturelle. Nous, le Conseil démocratique kurde en France, encourageons cette intégration des Kurdes à la société française. C’est seulement ainsi que nous pourrons nous sentir pleinement français et kurdes à la fois.
 
La structuration des milieux associatifs kurdes en France a été un levier essentiel pour répondre à un besoin culturel, celui de préserver et promouvoir le patrimoine culturel kurde. Nos associations jouent toutes un rôle crucial de rempart contre toutes les formes d’extrémisme, de fanatisme, de communautarisme et de nationalisme.
 
C’est à travers les associations du mouvement des femmes kurdes, des associations de la jeunesse, des instituts de recherches, des associations culturelles et cultuelles, que nous nous efforçons de transmettre des repères, et soutenir cette communauté qui a tant souffert.
 
Il en est de même pour le monde du travail. En France, les Kurdes sont aussi connus pour leur contribution au monde du travail. Principalement investis dans les secteurs du bâtiment et de la gastronomie, les centaines de milliers de salariés et d’entrepreneurs franco-kurde représentent plusieurs milliards d’euros de contributions dans le PIB de la France.
 
Loin d’être des chômeurs, les Kurdes de France contribuent pleinement à la vie active dans leur pays d’accueil ou d’adoption.
 
J’en profite pour saluer le travail remarquable réalisé par l’Union des entrepreneurs kurdes de France, cette association qui soutient activement les salariés et les entrepreneurs franco-kurdes. `
 
C’est à travers cette institutionnalisation que la présence des franco-kurdes dans la société française contribue aux valeurs de la République.
 
Il est important de comprendre que les Kurdes ne sont plus les anciens kurdes, le PKK n’est plus l’ancien PKK marxiste-léniniste, le Moyen-Orient n’est plus l’ancien Moyen-Orient et les équilibres politiques et géostratégiques ne sont plus les mêmes. Le monde change, les acteurs politiques, militaires et géostratégiques changent avec. La résistance accrue que les Kurdes ont affichée contre Daesh prouve largement ce changement.
 
Les Kurdes sont aujourd’hui des acteurs incontournables de l’échiquier politique et géostratégique. Il est dorénavant impossible de nier leur existence et de ne pas voir ce problème qui est la non-résolution de la question kurde.
 
La résolution de la question kurde par des moyens politiques est un enjeu important à atteindre. Pour ce faire, les alliés et les soutiens des Kurdes doivent également passer à l’action. Faire le nécessaire et se mobiliser pour trouver une solution politique à cette question. La France, quant à elle, doit impérativement s’imposer, user de son influence pour être le garant et le bâtisseur d’un nouveau processus de paix entre les Kurdes et les Turcs.
 
Rappelons-nous des pourparlers qui ont eu lieu de 2013 à 2015 entre la Turquie et le PKK. Il est important de savoir que ce processus de paix a commencé à Genève et s’est poursuivi à Oslo, avant de déboucher sur des négociations directes entre les deux parties. De toute l’histoire de la République turque, ces deux années représentent le seul moment de paix véritable, tant pour les Kurdes que pour la Turquie. Au cours de ces deux années, aucun jeune turc ou kurde n’a été tué dans cette guerre qui use les deux côtés.
 
Ces kurdes porteurs de projets démocratiques, écologiques et laïques, basés sur la liberté des femmes et le vivre ensemble, ont le mérite d’être soutenus par les intellectuels, les politiques et la société civile française.
 
J’appelle ici, solennellement, les intellectuels français à jouer un rôle déterminant dans la résolution historiquement sensible de la question kurde.
 
Notons par ailleurs que la démocratisation de la Turquie et impossible sans la résolution de la question kurde.
 
Une Turquie anti-démocratique, en l’occurrence celle d’aujourd’hui, représente un danger, non seulement pour la stabilité du Moyen-Orient, mais aussi pour celle de l’Europe. Nous avons tous été témoins de l’expansionnisme panturquiste et neo-otoman de la Turquie à Chypre, en Syrie, en Irak, en Libye, dans le Haut-Karabagh, et de ses manifestations agressives en Méditerranée.
 
Que doit-il se passer encore pour que l’État Français et ses diplomates comprennent que la Turquie concurrence la France sur tous les terrains, dans tous les domaines ?
 
L’invasion des nombreux pays précités par la Turquie, ou bien celle de l’Ukraine par la Russie, nous montre encore une fois à quel point la guerre est proche de l’Europe.
 
La sécurité de l’Europe passe peut-être par la Turquie, mais elle ne passe absolument pas par le régime turc. En revanche, il est incontestable que cette sécurité passe par les Kurdes. Nous avons tous été témoins du rôle joué par les Kurdes dans l’éradication de Daesh, ou bien dans la défense des minorités yézidies et chrétiennes d’orient.
 
Encore une fois, je me dois de souligner la nécessité de la résolution de la question kurde, pour préserver la sécurité, l’avenir et les intérêts stratégiques de l’Europe. Car seule la démocratisation de la Turquie peut freiner les ambitions islamo-fascistes du régime turc, inspirées par la doctrine neo-ottomaniste.
 
Disons le clairement : sans le PKK et le leader kurde Abdullah Öcalan, la résolution de la question kurde est impossible. La criminalisation de ce mouvement soutenu par des millions de kurdes est tout simplement inadmissible.
 

N’oublions surtout pas que c’est cette criminalisation qui a causé la mort de trois femmes kurdes, assassinées par les Services de renseignements turcs au coeur de Paris le 9 janvier 2013.
 
C’est pourquoi, nous lançons un appel à la France, depuis le Lutetia, cet hôtel réquisitionné par le Général de Gaule pour accueillir les déportés à leur retour des camps de concentration nazis : nous l’appelons à l’empathie envers ces Kurdes qui sont traités de terroristes, tout comme les résistants français l’étaient autrefois, avant que la France ne soit libérée de l’occupation nazie et que les rescapés ne soient accueillis dans cet hôtel.
 
Nous demandons incessamment à la France d’élaborer une politique kurde inclusive et adaptée et de ne pas laisser la question kurde à la merci du Quai d’Orsay qui marchande avec la Turquie sur le dos des Kurdes.
 
« Si vous voulez que vos rêves se réalisent, ne dormez pas. » C’est par ce dicton juif que je tiens à conclure mon discours, tout en précisant que nous venons de très loin et que nous poursuivrons sans dormir cette longue route vers la liberté.
 
En espérant que ce Newroz soit celui qui changera l’approche de la France quant à la résolution de cette question historique.
 
Merci »

PARIS. Expo-photo: L’Ombre du Kurdistan. Une recherche photographique d’une identité culturelle

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PARIS – Le photographe kurde, Murat Yazar expose à l’Institut kurde de Paris des photos prises au Kurdistan, en déjouant les frontières colonialistes qui défigurent la géographie kurde.
 
L’exposition de Murat Yazar a été inaugurée ce samedi, en présence du photographe, à l’Institut kurde de Paris.
 
Un public composé de Kurdes et de Français a pu admirer les vingtaines de photographies d’enfants, de mariés, de paysans ou des célébrations du Newroz prises au Kurdistan, toutes en noir et blanc.
 
En plus de l’exposition, le public peut acheter le livre photo de Murat Yazar: « Shadow of Kurdistan: A photographic research of a cultural identity » (L’Ombre du Kurdistan: Une recherche photographique d’une identité culturelle). Prix 35 euros.
 
Exposition gratuite à voir du 2 au 15 avril, du lundi au samedi, de 14 heures à 18 heures.

Adresse:
Institut kurde de Paris
106, rue La Fayette, F-75010 Paris
M° Poissonnière – Gare du Nord – Gare de l’Est
 
Quelques photos de l’expo de Murat Yazar:
 
 
 
Livre-photo: Shadow of Kurdistan – A photographic research of a cultural identity

Traduire en image les histoires du peuple kurde
 
Murat Yazar écrit en préface de son livre « Shadow of Kurdistan: A photographic research of a cultural identity »:
 
« Nous sommes tous nés quelque part. La nature qui nous entoure est le premier élément à nous façonner avec toutes les caractéristiques uniques d’un environnement particulier. Ensuite, nous donnons des noms à ces caractéristiques et des significations à cet environnement – noms qui viennent de nous-mêmes et font partie de notre culture. Ce projet est le reflet de ma propre vie, un moyen pour moi de découvrir ma culture en me tournant vers moi-même et mon identité. J’ai cherché à traduire en images les histoires du peuple kurde. Parfois il a été difficile de voir et de documenter la vie des gens dans ma région d’origine parce que la situation politique et la guerre civile qui fait rage les enfermaient dans le silence. Les gens avaient peur de partager leurs idées et leur identité et il m’a fallu du temps pour entrer dans leur vie. Mais quand j’y suis parvenu, cela a été vraiment gratifiant de rencontrer mon peuple et de le comprendre. Alors que les murs entre nous tombaient, j’ai réalisé à quel point j’étais proche – et pourtant, toujours aussi loin – de ma culture et des personnes qui la composent.
 
Je suis né dans un petit village près du fleuve Euphrate. La première langue que j’ai parlée était le kurde. J’ai appris à nommer les choses qui m’entourent dans ma langue maternelle jusqu’à ce que j’aille à l’école. Le tout premier jour d’école, il y avait un homme dans la classe qui parlait une langue que je ne comprenais pas. Un camarade de classe m’a chuchoté que cet homme était notre professeur et qu’il nous disait que la langue kurde était interdite à l’école. A partir de ce moment-là, nous n’étions autorisés à parler qu’une seule langue, le turc. Ma vie a donc été divisée en deux langues. A l’école, j’essayais d’apprendre le turc pour pouvoir recevoir une instruction et en dehors, je parlais kurde avec ma famille et ma communauté. Le temps a passé, le turc est devenu ma langue principale et j’ai même oublié une partie de ma langue maternelle.
 
Au fur et à mesure des années, je constatais avec tristesse que la culture et la vie quotidienne des Kurdes étaient affectées par l’assimilation turque et la guerre civile. Pour certains Kurdes, l’assimilation était si profondément ancrée en eux qu’ils avaient même honte de parler le kurde. Je me souviens de certaines familles qui ne parlaient avec leurs enfants qu’en turc parce qu’elles craignaient que leurs enfants puissent avoir des problèmes avec les autorités turques. Ils craignaient que leurs enfants ne soient exclus de la société s’ils parlaient leur langue maternelle. À l’époque, tel était l’objectif de la Turquie: que les Kurdes aient honte de parler leur langue maternelle.
 
Pour moi, la photographie a été la clé pour découvrir mon identité, ma culture et la rendre visible. Mon projet porte sur l’ensemble du Kurdistan, divisé en quatre parties par les accords Sykes-Picot en 1916. Aujourd’hui, près de 35 millions de Kurdes vivent séparés le long des frontières de la Turquie, de l’Irak, de l’Iran et de la Syrie. Je voulais documenter la vie de mon peuple dans ces quatre pays et rassembler mes images dans un seul livre, sans frontières. Dans ce livre, j’ai essayé de montrer ma culture sous toutes ses couleurs. J’ai donc traversé les frontières qui divisent le Kurdistan. Je suis allé dans ses villes et ses villages: mon appareil photo était ma toile et mon pinceau, ma culture, les couleurs et les prises de vues la composition. Les gens rencontrés sur mon chemin étaient les conteurs de cette fresque.
 
La vie quotidienne dans les villes et les villages, le long des routes et sur le flanc des montagnes, lors de mariages, de funérailles, de manifestations populaires, un peuple avec toute son histoire et ses traditions, parfois emporté par la guerre, font partie de mon récit photographique. Dans de nombreuses régions du Kurdistan, il nous est toujours interdit de vivre selon nos traditions et d’étudier notre langue. C’est pourquoi j’appelle mon projet « Les Ombres du Kurdistan ». Nous vivons encore sur nos terres comme des ombres. Il y a une région du Kurdistan où je n’ai pu me rendre: le Rojava, en Syrie. À cause de la guerre, il m’a été impossible de traverser la frontière pour rencontrer mon peuple. Je n’ai que des images des Kurdes fuyant les violences à la frontière turco-syrienne. L’absence du chapitre Rojava laisse mon projet incomplet. J’attends et espère qu’un jour la paix viendra dans ce territoire ; je pourrai ainsi terminer mon récit. »
 
Qui est Murat Yazar ?
 
Murat Yazar (né en 1978) est un photographe kurde basé à Rome. Murat est originaire de la province kurde d’Urfa, dans l’est de la Turquie. Il a commencé ses projets photo au Kurdistan, au Moyen-Orient, en Arménie, en Géorgie, en Iran et en Europe. Yazar a traversé l’Anatolie et la Géorgie à pied sur 1200 km dans le cadre du projet Out of Eden Walk – National Geographic. La photographie de Murat Yazar pose la question de savoir si les frontières et les limites sont la marque de notre humanité. (Pour plus d’info, aller sur le site de Murat Yazar)
 
Les expositions de Murat Yazar comprennent :
 
Ombres du Kurdistan, Festival du film Corto Dorico, Italie, Festival du film de Babel, Italie, Festival Zoom Photo Saguenay, Canada, Institut kurde de Paris, France
 
Les Réfugiés et Balade en Anatolie, Festival BarrObjektif, France, Centre Cívic Can Basté, Espagne
 
Les photos d’Yazar ont été publiées notamment par :
 
National Geographic Magazine, Now Magazine, The Times, IZ Magazine, Le Courrier, The New York Times, Artribune magazine, Travel Globe Magazine
 
Subventions et Prix reçus par Yazar:
 
« Shadows of Kurdistan » Institut italien pour le Moyen-Orient et l’Extrême-Orient (ISMEO) et l’Institut kurde de Rome
 
MonoVisions Black & White Photography en 2019
 
Sélectionné pour Sony World Photography en 2020
 
Le Grand Prix de Banff Mountain Photo Essay en 2020
 
Prix de la Photographie, Paris, Prix ​​d’Argent en Livre/Documentaire
 
Siena International Photo Award 2020 / Prix ​​Mention honorable
 
Lauréat des prix de la photographie noir et blanc MonoVisions 2019
 
Livre photo publié :
 
Shadows of Kurdistan. A photographic research of a cultural identity

Construire des ponts avec les médias mondiaux: Leçons d’un centre d’information syrien

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SYRIE / ROJAVA – Matt Broomfield, ancien membre du Rojava Information Center, a écrit un article sur les difficultés de construire un centre d’information indépendant centré sur la situation au Rojava et capable de défier les récits dominants dans les médias mondiaux.
 
« Lorsque mes collègues et moi avons fondé le Rojava Information Center (RIC) en décembre 2018, Donald Trump venait d’annoncer le retrait avorté des États-Unis de la région autonome du nord et de l’est de la Syrie (NES) dirigée par les Kurdes, et un nouvel assaut turc contre la région semblait imminente. Mais un manque de financement, de statut, de professionnalisme, de contacts, d’objectivité et de légitimité se dressait entre NES et une audition équitable dans la presse occidentale.

Nous pensions qu’il y avait à la fois une soif en Occident d’informations claires et objectives sur le NES, et un impératif moral de connecter directement la presse et les chercheurs occidentaux avec des sources sur le terrain dans les régions autonomes. »
Matt Broomfield, ancien reporter du site d’information Rojava Information Center, a écrit un article sur les difficultés de construire un centre d’information indépendant centré sur la situation au Rojava / Syrie du Nord et de l’Est et capable de défier les récits dominants.

Le NES est mieux connu sous le nom kurde « Rojava », faisant référence à la région à majorité kurde de Syrie qui a obtenu de facto une autonomie par rapport au régime syrien lors du déclenchement de la révolution syrienne. La région a remporté des éloges internationaux pour sa promotion de la démocratie de direction, de la tolérance intercommunautaire et de l’autonomie et des droits des femmes – notamment dans les images diffusées dans le monde entier de sa force de combat kurde entièrement féminine, les YPJ. Mais il a également subi des assauts successifs de l’État islamique, du régime syrien et du régime autocratique d’Erdogan en Turquie, tuant des milliers de personnes et déplaçant des centaines de milliers d’habitants.

Depuis le « R » dans notre nom, RIC n’a jamais cherché à cacher notre large soutien au projet démocratique souvent appelé la « révolution du Rojava » – ni notre large opposition à la destruction et au chaos provoqués par les invasions et les occupations turques successives de NDA. La Turquie est existentiellement opposée à toute expression de l’autonomie kurde, et plus largement aux valeurs de droits des femmes et de démocratie décentralisée promues dans la NES. En tant que journalistes professionnels et universitaires, nous voulions agir comme un correctif à ce que nous considérions comme un biais médiatique injuste envers la Turquie L’hégémonie médiatique turque, en favorisant un meilleur niveau de discours, de recherche et de reportage sur la crise et le projet politique dans NES.

Ainsi, le modèle RIC a développé une objectivité prioritaire et un accès direct aux sources sur le terrain. Nous pensions qu’il y avait à la fois une soif en Occident d’informations claires et objectives sur le SNE et un impératif moral de connecter directement la presse et les chercheurs occidentaux avec des sources sur le terrain dans les régions autonomes.

Sur ces deux points, une réponse forte de notre public cible nous a donné raison. (Au cours des trois années qui ont suivi sa fondation, RIC a été cité ou soutenu plusieurs milliers d’articles, travaillant avec toutes les plus grandes organisations médiatiques du monde : Al Jazeera, BBC, NYT, Washington Post, Fox News, CNN, NBC, etc., ainsi que l’ONU, Human Rights Watch et Amnesty International.)

Dans cette série en deux parties, je décrirai comment cette double stratégie nous a permis de nouer des partenariats de collaboration fructueux avec la presse internationale, avant d’expliquer comment nous avons collaboré avec des journalistes locaux, des militants et des organisations médiatiques. Ces tactiques ont aidé RIC à lutter contre les défis interdépendants de l’épuisement public, du scepticisme professionnel dans un environnement « post-vérité » et des idées fausses orientalistes sur le conflit syrien. Ils peuvent être utiles aux militants des médias et aux journalistes citoyens opérant dans d’autres zones de crise.

Un gouffre qualitatif dans la couverture médiatique

L’auteur rapporte sur le terrain à Deir-ez-Zor. Source photo : RIC

Pour un exemple de l’approche que RIC a cherché à combattre, nous pouvons examiner un article de fil de l’AFPannonçant la précédente invasion par la Turquie, plus tôt en 2018, de l’enclave syrienne majoritairement kurde d’Afrin – qui fait également partie du NES. L’invasion était en violation flagrante du droit international et condamnée par l’ONU, alors que les avions de guerre turcs et les milices islamistes par procuration de la Turquie chassaient les populations kurdes et yézidies de la région pour les remplacer par un patchwork de milices arabes sunnites en guerre. Pourtant, en l’espace de seulement cinq paragraphes, l’agence de presse française cite l’armée turque, le Premier ministre turc Binali Yildirim et la chaîne de télévision contrôlée par l’État turc Anadolu, tout en faisant référence à l’agression via son nom de code turc officiel (et quelque peu ironique) « Opération Rameau d’Olivier » .

Bien que l’article répète sans critique les affirmations de ses sources turques, il n’y a pas de place pour un seul mot d’un Kurde ou de l’un des représentants militaires ou politiques d’Afrin. Même les articles couvrant les atrocités attestées par l’ONU et commises par les forces soutenues par la Turquie ne citent pas une seule victime, un responsable ou un témoin de la NES, ce qui donne aux responsables turcs l’espace nécessaire pour repousser les allégations tout en privant l’agence de leurs victimes.

Ici, les commentateurs pro-turcs protesteraient sans aucun doute que le projet politique de démocratie directe, kurde et dirigé par des femmes en cours dans la NES a lui-même attiré une bonne couverture médiatique. Mais il y a une différence qualitative entre l’orientalisationd’articles ponctuels jaillissant sur les « héroïnes guerrières kurdes qui combattent l’EI » d’une part, et la répétition cohérente et respectueuse des points de discussion de l’État turc, des lectures de communiqués de presse turcs et des vox- apparaît avec des responsables turcs de l’autre.

Il y a plusieurs raisons à cet écart.

Lorsque nous comparons la Turquie et la NES, nous comparons un acteur étatique et un acteur non étatique ; la deuxième plus grande armée de l’OTAN dans les forces armées turques et une ancienne milice légèrement armée dans les Forces démocratiques syriennes (SDF) du NES ; un vaste appareil médiatique contrôlé par l’État soutenu par une campagne de lobbying de plusieurs millions de dollars et une autorité appauvrie et non reconnue. A titre de comparaison, l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie (AANES) dispose d’un budget annuel inférieur à 1% de celui de la Turquie.

Il est très facile pour les journalistes d’appeler un groupe de réflexion ou un porte-parole officiel pro-Turquie, tandis que les porte-parole de NES ne parlent souvent pas anglais et peuvent être lents à répondre aux demandes de la presse. De plus, pendant la guerre d’Afrin, la Turquie a pu contrôler l’accès à l’enclave isolée, ce qui signifie que moins d’une douzaine de journalistes occidentaux ont pu entrer dans la région pour repousser la domination narrative des sources officielles turques. La différence dans la couverture occidentale, par conséquent, est la différence dans les pièces bouffées et l’intérêt voyeuriste d’une part; et la légitimité institutionnelle d’autre part.

L’objectivité comme stratégie média

L’approche objective de RIC face au conflit syrien a été cruciale pour sortir de ce moule. Contrairement à de nombreux éléments des médias pro-AANES ou kurdes, RIC travaille également avec des journalistes et des enquêteurs couvrant les abus et les problèmes humanitaires dans le territoire contrôlé par l’AANES, comme la crise en cours à Hol Camp. Bien que la Turquie soit responsable de la grande majorité de la propagande et des fausses allégations, lors de l’invasion de la NES par la Turquie en 2019, nous avons vérifié les allégations des deux parties, par exemple en démystifiant d’anciennes images diffusées comme montrant de nouveaux abus turcs, ou en appelant à la prudence face aux chiffres gonflés des victimes. émis par la Turquie et le NES.

Bien que RIC couvre principalement des questions telles que les abus turcs dans ses zones d’occupation, l’insurrection de l’Etat islamique dans la NES et la crise humanitaire et l’embargo auxquels la région est confrontée, nous aiderons les journalistes pour toutes les questions sérieuses sur la NES. Le choc des journalistes face à notre empressement à critiquer toutes les parties au conflit syrien ( « Je n’ai jamais rien vu de tel ! » ) en dit long sur la nature de mauvaise foi du débat médiatique sur la Syrie.

Une deuxième différence clé entre le RIC et d’autres observateurs des droits de l’homme dans la région, comme le célèbre Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH / SOHR), est que nous mettons l’accent sur la connexion directe des journalistes avec les sources primaires, plutôt que sur le modèle typique de rédaction de rapports basés sur des informations provenant de un réseau de contacts anonyme (et, dans le cas du SOHR, apparemment peu fiable). Nos sources sont nommées, joignables et vérifiables – en effet, mon propre rôle au RIC consistait principalement à envoyer un flux infini de contacts WhatsApp à des centaines de contacts dans le monde entier.

Le RIC n’agit pas comme un média éditorial, mais sert plutôt de pont ou de conduit pour connecter les journalistes avec des sources sur le terrain pour mener leurs propres recherches – quel que soit le soutien, la critique ou l’indifférence du journaliste en question vis-à-vis du projet politique de la NES. Cette approche objective et professionnelle a été essentielle pour apaiser les craintes que les journalistes pouvaient avoir sur la légitimité du RIC et pour renforcer rapidement la crédibilité du centre.

En nous concentrant sur l’aide aux journalistes étrangers pour mener à bien leurs missions plutôt que sur la publication de nos propres informations, nous avons bien sûr évité le contrôle éditorial dont jouissent les agences de presse locales – un compromis, mais qui nous a permis d’établir un réseau de contacts beaucoup plus large. alors que nous cherchions à favoriser et à approfondir la qualité de la couverture préexistante.

Reproduction du modèle de presse RIC

Un membre de l’équipe du RIC interroge une femme sur le terrain. Source photo : RIC

Mes collègues et moi avons été en contact avec des militants des médias qui s’efforcent d’attirer l’attention sur des conflits moins connus, comme la crise en cours dans les monts Nouba au Soudan. Au cours de ces conversations, il était parfois difficile de voir comment notre modèle, qui dépend d’un niveau d’intérêt médiatique intense quoique quelque peu égaré, pourrait être reproduit dans le contexte de conflits qui bénéficient d’un peu moins d’attention occidentale.

Néanmoins, nous pensons que notre approche pourrait s’avérer utile pour les militants des médias et les journalistes citoyens qui cherchent à sensibiliser et à améliorer la couverture dans la chaleur blanche d’autres points chauds humanitaires, des droits de l’homme et politiques. Le « journalisme citoyen » et l’activisme sur les réseaux sociaux ont leur place, mais rien ne remplace l’établissement de liens avec la presse internationale. Cela peut être un défi pour les militants ou les journalistes locaux frustrés par l’indifférence internationale à long terme ou les doubles standards avancés sous le couvert de «l’objectivité» occidentale, mais cela reste une nécessité stratégique.

De manière perverse, le déclenchement de la guerre en octobre 2019 a été ressenti comme l’aboutissement des efforts de RIC pour construire une structure capable de défier l’hégémonie médiatique turque. Nous avons pu envoyer un message à des centaines de contacts presse, leur faisant savoir que nous étions disponibles pour les mettre en contact avec des informations, du matériel et, surtout, des équipes au sol et des sources du RIC dans les villes attaquées. RIC a répondu à des centaines de demandes par jour et nos chercheurs sont apparus tous les soirs sur Fox News.

Mais ici, je pense au poème de Bertolt Brecht où il fait la satire de l’indifférence de la population face à la catastrophe : « d’abord, on nous dit 50 000 morts/et le lendemain, il s’avère : 3 700… et pourtant nous ne pouvons même pas/organiser une guerre comme que chaque année. La vision initiale et utopique de la vague de protestations anti-autoritaires connue sous le nom de « printemps arabe » était liée à un récit de l’activisme des médias sociaux comme étant intrinsèquement égalitaire, avec des manifestations décentralisées organisées via les médias sociaux et un activisme en ligne anonyme défiant la centralisation autoritaire. Tous deux ont été noyés dans le sang, alors que les dirigeants autoritaires ont repris le contrôle et que des organisations pan-nationales, de l’ONU à Facebook, se sont alignées derrière le statu quo. »

Cela illustre la nécessité de combiner les reportages de première ligne sur le terrain qui ont caractérisé l’activisme médiatique pendant le printemps arabe avec une stratégie médiatique bien pensée étayée par un engagement à respecter des normes professionnelles d’objectivité, d’exactitude et de clarté. En d’autres termes, les médias de masse ne peuvent pas être court-circuités sur Twitter : il faut s’y engager selon ses propres conditions.

Matt Broomfield est l’un des co-fondateurs du Rojava Information Center, la principale source d’information indépendante sur le terrain dans le nord et l’est de la Syrie. Vous pouvez suivre RIC sur Twitter @RojavaIC et suivre Matt sur @MattBroomfield1.

Article publié en anglais sur le site Center for Media, Data and Society 

CFWIJ: En Turquie, 10 femmes journalistes ont été victimes de violences en mars

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JOURNALISME. La Coalition pour les femmes dans le journalisme (CFWIJ) a annoncé que 10 femmes journalistes avaient été victimes de violences en mars en Turquie.
 
Dans le rapport de mars préparé par la Coalition pour les femmes dans le journalisme (Coalition for Women in Journalism – CFWIJ), il est indiqué que des journalistes ont été harcelées par la justice et que 9 femmes journalistes en Turquie ont comparu devant le juge pour les accusations portées contre elles en raison de leurs activités de journalisme.
 
Le CFWIJ a répertorié les violations ainsi:
 
Lors de la Journée internationale de la femme, la journaliste Izel Sezer a été empêchée de filmer la Marche des femmes par ses collègues masculins et la police. Des reporters masculins et la police ont tenté de l’empêcher de faire des reportages car elle n’avait pas de « carte de presse officielle » fournie par la Direction de la communication en Turquie.
 
Après avoir passé 49 jours en prison, la journaliste kurde Sedef Kabaş s’est vue accorder une ordonnance de libération et a été condamnée à une peine de deux ans et quatre mois de prison avec sursis pour avoir insulté le président Recep Tayyip Erdoğan. La journaliste a été poursuivie pour « insulte au président et à deux ministres de la Turquie ». Elle a été gardée derrière les barreaux pour « risque de fuite » et libérée à la première audience.
 
La journaliste Sultan Eylem Keleş a été condamnée à une peine de prison avec sursis le 10 mars 2022, après qu’un tribunal d’Izmir l’a condamnée par contumace pour « insulte au président ». Ni Keleş ni ses avocats n’étaient présents dans la salle d’audience lorsque le verdict a été prononcé et elle n’a pas non plus eu la possibilité de présenter sa défense.
 
La rédactrice en chef de l’agence féminine kurde Jinnews, Beritan Canözer, est jugée et risque une peine de cinq ans de prison pour « avoir fait de la propagande pour une organisation terroriste » à cause des publications d’un compte Twitter qui ne lui appartient pas. La première audition du journaliste a eu lieu le 31 mars.