KURDISTAN – En pleine guerre Iran vs USA et Israël, on reparle de la trahison américaine en Syrie où on a jeté en pâture les Kurdes (fer de lance de la coalition internationale anti-EI) aux gangs de Damas qui ont écrasé l’autonomie du Rojava. Mais quid des trahisons russes envers les Kurdes qui sont pourtant plus anciennes et nombreuses que celles des USA ? Voici une liste de « trahisons russes » ayant ciblé les Kurdes depuis le XXe siècle.
La Russie, championne toutes catégories de la trahison kurde : de Mahabad au retrait de Qamishlo en 2026
Pendant que vous [Alexander Dugin, sociologue et politologue russe] versez des larmes de crocodile pour les « pauvres Kurdes » et leur prétendue « absence de réflexion stratégique » et leur « foi aveugle dans les trahisons américano-israéliennes », parlons plutôt du bilan impeccable de la Russie en matière d’utilisation des Kurdes comme pions jetables, puis de trahison à la moindre occasion.
Époque ottomane / Empire russe : Au XIXe siècle, la Russie tsariste courtisa les tribus kurdes, les étudiant avec une attention obsessionnelle (dont la kurdologie russe est issue), et encouragea les révoltes contre les Ottomans afin d’affaiblir Istanbul lors des guerres russo-turques à répétition. Certains groupes kurdes combattirent même pour la Russie. Mais l’indépendance ? Jamais. Les Kurdes n’étaient pour eux qu’un obstacle utile à l’expansion russe, jamais des partenaires potentiels pour la création d’un État.
1923–1930 : « Kurdistan rouge »
Les bolcheviks créèrent un véritable district autonome kurde (« Kurdistan Uezd » / Kurdistan rouge) au sein de l’Azerbaïdjan soviétique. Les Kurdes obtinrent leur propre territoire… jusqu’à ce que Staline le dissolve en 1929-1930, abolisse l’autonomie, assimile la population à l’Azerbaïdjan, puis déporte [plusieurs centaines de milliers] de Kurdes soviétiques en Asie centrale lors des purges de 1937. Quel bel exemple de « libération nationale » !
1946 : République du Kurdistan à Mahabad
Le summum de la trahison soviétique. Après la Seconde Guerre mondiale, alors qu’elle occupait le nord de l’Iran, Moscou créa la République du Kurdistan à Mahabad – la première république kurde de l’histoire moderne – avec Qazi Muhammad comme président et Mustafa Barzani comme ministre de la Guerre. Staline promit la lune aux Kurdes (« tant que l’Union soviétique existera, les Kurdes auront leur indépendance »).
Puis, après avoir obtenu des concessions pétrolières et subi les pressions de l’ONU et des États-Unis, l’Armée rouge se retira en décembre 1946. Quelques jours plus tard, les troupes iraniennes envahirent le territoire, exécutèrent publiquement les dirigeants et anéantirent la république. Une manœuvre russe classique : utiliser les Kurdes pour faire pression sur l’Iran, puis les abandonner comme une vieille chaussette une fois l’accord conclu.
Syrie / Rojava — les répétitions se poursuivent
La Russie a soutenu Assad, s’est coordonnée avec les Kurdes contre l’EI quand cela l’arrangeait, puis les a trahis à plusieurs reprises :
En 2018, la Russie a donné son feu vert à l’invasion d’Afrin par la Turquie, a ouvert son espace aérien et a permis à Erdogan de procéder à un nettoyage ethnique dans un canton kurde alors que les Kurdes combattaient encore Daech. Les commandants kurdes ont ouvertement dénoncé cette action comme une trahison de la Russie.
2024-2026 : La Russie a maintenu des bases au Rojava (Qamishli, etc.), promis sa protection, puis a discrètement retiré ses forces tandis que les nouvelles autorités syriennes (avec l’aval de la Turquie) s’activaient pour « rétablir l’intégrité territoriale ». Poutine lui-même a salué l’offensive contre les zones kurdes. Le même scénario se répète.
Les Kurdes n’ont pas d’État non pas parce qu’ils sont « mauvais en stratégie », mais parce que toutes les grandes puissances — les États-Unis, la Russie, la Turquie, l’Iran, Israël, les Arabes — les ont traités exactement de la même manière : des alliés utiles lorsqu’ils affaiblissent votre ennemi, une menace existentielle dès l’instant où ils réclament une véritable souveraineté.
La Russie a trahi les aspirations à l’indépendance des Kurdes avec plus de constance et de cynisme que quiconque aux XXe et XXIe siècles. Qu’elle ait au moins la décence d’admettre cela au lieu de donner des leçons de « réflexion stratégique » depuis Moscou.
Les Kurdes ont survécu aux empires, aux génocides et à de multiples trahisons de tous bords. Ils survivront à cette épreuve aussi.
Pauvres Kurdes ? Peut-être. Mais stratégiquement naïfs ? Regardez-vous dans un miroir, Monsieur Dugin. (Liste dressée par Selîm)