NARBONNE – À l’occasion du 1er mai, Narbonne a accueilli une journée de mobilisation riche et engagée autour du thème « Paix et solidarité entre les peuples ». Dès 10h30, une manifestation unitaire a réuni de nombreuses organisations, associations et syndicats. Plusieurs communiqués y ont été lus, dont celui de l’Union des communautés du Kurdistan – Europe (KCK-E), relayé par le Centre démocratique kurde de Montpellier.
L’après-midi, de 13h à 19h, le Palais du Travail s’est transformé en un véritable village des associations, espace convivial d’échanges, de rencontres et de débats. Le Centre démocratique kurde de Montpellier y tenait un stand commun avec l’association France Kurdistan.
Une conférence sur la révolution féministe kurde
Dans ce cadre, le Centre démocratique kurde de Montpellier et France Kurdistan ont co-organisé une conférence intitulée : « De la révolution féministe du Rojava à la marche mondiale des femmes ». Celle-ci était modérée par Maud Seguier, autrice de Sul camin del feminisme, premier livre féministe contemporain écrit en langue occitane.
Gökçe Ciftci, représentante du Centre démocratique kurde de Montpellier (CDK-M), a ouvert l’intervention en replaçant la révolution féministe du Rojava dans l’histoire du mouvement de libération kurde. Elle a évoqué les figures fondatrices telles que Sakine Cansız, ainsi que les assassinats politiques de militantes kurdes à Paris et le parcours d’Evin Goyi.
L’intervenante a ensuite mis en lumière des personnalités emblématiques comme Leyla Zana et Gültan Kışanak, symboles d’un féminisme kurde ancré depuis longtemps dans la lutte et l’injustice historique subie par le peuple kurde. Elle a insisté sur le caractère concret de ce féminisme, mis en pratique au Rojava à travers des transformations sociales profondes, une éducation repensée et une organisation autonome des femmes.
L’exemple du village de Jinwar, construit par et pour les femmes, a illustré cette utopie concrète. Les combattantes des YPJ ont également été mises à l’honneur, avec des figures marquantes telles que Nesrin Abdullah, Rojda Felat, Rohilat Efrin et Arin Mirkan. Des personnalités politiques et diplomatiques comme Ilham Ahmed et Hevrîn Khalaf ont complété ce panorama, soulignant la répression systématique dont ces femmes font l’objet.
La jineolojî, science de la libération des femmes
Gökçe Ciftci a ensuite développé le concept central de jineolojî (« science des femmes »), qu’elle présente non comme une simple théorie, mais comme une pratique politique transformative. Opposée au patriarcat, au colonialisme et aux systèmes de domination étatiques, la jineolojî vise à reconstruire l’ensemble de la société en plaçant la libération des femmes au cœur du projet.
Elle s’incarne dans l’organisation autonome des femmes, la transformation des rapports sociaux et une éducation émancipatrice. Au Rojava, cette approche est devenue une réalité institutionnelle, politique et sociale. « La libération des peuples passe par la libération des femmes », a rappelé l’intervenante, citant l’exemple de Nagihan Akarsel, intellectuelle et militante assassinée pour son engagement en faveur de la jineolojî.
Un féminisme internationaliste
La conférence a enfin souligné la dimension internationaliste du féminisme kurde. Le rôle du TJK-E (Mouvement des femmes kurdes en Europe) a été mis en avant comme pont entre les luttes au Kurdistan et les mobilisations européennes.
Magali Chomette, de l’association France Kurdistan, a conclu en présentant la Marche mondiale des femmes, rendez-vous international organisé tous les cinq ans depuis 2000, comme un espace majeur de convergence des luttes féministes planétaires.
Cette journée à Narbonne a ainsi incarné, dans un esprit Jin, Jiyan, Azadî (« Femme, Vie, Liberté »), la force du lien entre féminisme, internationalisme et solidarité entre les peuples.