AccueilKurdistanBakurCommémorations du massacre des Kurdes alévis de Dersim

Commémorations du massacre des Kurdes alévis de Dersim

TURQUIE / KURDISTAN – Entre 1937 et 1938, l’État turc a mené une violente campagne militaire contre la région de Dersim (rebaptisée Tunceli, « Main de bronze »), bastion kurde alévi réputé pour son esprit indépendant. Le 4 mai 1937, le Conseil des ministres, sous Atatürk, lance l’« Opération Tunceli ». Des bombardements aériens, des incendies de villages, des exécutions sommaires et des déplacements forcés ont suivi.

Selon les sources kurdes et des chercheurs, au moins 70 000 personnes, dont des femmes, enfants, personnes âgées, ont été massacrées lors du génocide de Dersim, soit une large part de la population locale. De plus, d’innombrables fillettes kurdes (voir « Les filles disparues de Dersim », Dersim’in Kayıp Kızları) ont été kidnappées et données aux familles d’officiers turcs pour leurs turkification forcée. Des documents indiquent l’achat d’armes chimiques à l’Allemagne nazie en 1937 pour cette opération.

Contexte historique

Dersim résistait depuis des siècles à l’autorité centrale ottomane puis républicaine. La Loi de réorganisation de Dersim (Tunceli Kanunu) de 1936 visait l’assimilation forcée et la destruction des structures tribales kurdes. Cette politique s’inscrit dans une continuité ottomane de centralisation (Tanzimat, régiments Hamidiye excluant les tribus alévies) puis kémaliste de turquification, Dersim étant perçue comme un « centre du kurdisme » et un refuge.

Il y a quelques années, le chercheur kurde Sedat Ulugana soulignait cette hostilité historique transmise des Ottomans à l’İttihat Terakki puis aux Kémalistes. Les révoltes kurdes (Bitlis 1914, Şêx Said 1925, Ağrı, etc.) ont été systématiquement dépolitisées par l’État (qualifiées de « féodales », « réactionnaires » ou « manipulées de l’étranger ») pour justifier la répression.

Aujourd’hui

Le sujet, longtemps tabou, est discuté plus ouvertement depuis les années 2000 (excuses d’Erdoğan en 2011). Les Kurdes et les organisations alévies réclament reconnaissance, enquête, réparation et restitution du nom « Dersim ».

Ce 4 mai 2026 marque le 89e anniversaire du début de l’opération. Des commémorations se tiendront à Dersim et dans la diaspora kurde en Europe, comme chaque année, pour honorer les victimes et exiger justice. Le génocide de Dersim reste un symbole de la résistance kurde face aux politiques assimilationnistes et autoritaires.

La reconnaissance pleine et les réparations divisent toujours la société turque.