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De 1975 au sommet de l’OTAN à Ankara : redéfinition géostratégique de la question kurde

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TURQUIE / KURDISTAN – Les récents développements en Irak et en Syrie, ainsi qu’au sein de l’OTAN et de l’Union européenne, indiquent que la question kurde est en train d’être redéfinie dans un nouveau cadre de sécurité régionale.

Tout au long de son histoire plus que centenaire, la question kurde n’a jamais été un simple problème local ou national. Chaque tournant majeur de l’histoire régionale l’a redéfinie. Tour à tour, elle a été perçue comme une menace pour la sécurité, un partenaire d’alliance, un enjeu de négociation ou encore le pivot occulte d’un ordre régional en mutation.

L’accord d’Alger de 1975 demeure l’un des exemples les plus frappants de ce schéma historique. Bien que l’accord signé entre l’Iran et l’Irak ne mentionne pas les Kurdes, ses conséquences se sont fait senti le plus durement au Kurdistan du Sud (Başur). Le Shah d’Iran et Saddam Hussein siégeaient à la table des négociations, tandis que Washington, et la realpolitik d’Henry Kissinger, tiraient les ficelles en coulisses. En engageant les deux parties à ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures de l’autre, l’accord a permis à l’Iran de retirer son soutien au mouvement dirigé par le mollah Mustafa Barzani. Absents du texte, les Kurdes en ont pourtant subi les conséquences les plus graves.

C’est pourquoi réduire 1975 à la simple phrase « les Kurdes ont été trahis » ne rend pas compte de toute sa portée historique. La trahison explique la dimension morale des événements, mais la réalité politique était bien plus complexe. La défaite de 1975 n’a pas brisé la volonté de résistance du peuple kurde. C’est le mouvement dirigé par le mollah Mustafa Barzani qui a subi un revers historique. Parallèlement, cet épisode a mis en lumière les limites structurelles d’une lutte fondée essentiellement sur le soutien des puissances régionales.

Les conclusions de la commission Pike, créée par la Chambre des représentants des États-Unis en 1976 pour enquêter sur les opérations secrètes de la CIA à l’étranger, ont révélé les calculs stratégiques sous-jacents à l’accord. La commission a conclu que Washington considérait les Kurdes non comme un peuple dont la liberté méritait d’être soutenue, mais comme un instrument géopolitique de pression sur l’Irak. Bien que les responsables américains savaient que le mouvement kurde s’effondrerait une fois le soutien iranien retiré, les dirigeants kurdes n’ont jamais été informés de ce changement de politique. La remarque ultérieure d’Henry Kissinger, « il ne faut pas confondre action secrète et prosélytisme », est depuis devenue l’une des expressions les plus claires de cette politique. À l’époque, sa stratégie pour le Moyen-Orient était axée sur la sécurité d’Israël, la limitation de l’influence soviétique et le renforcement du rôle régional de l’Iran. Dans ce cadre stratégique plus large, le mouvement kurde était traité non comme un acteur politique indépendant, mais comme une variable parmi d’autres dans une équation géopolitique bien plus vaste.

L’histoire ne s’est toutefois pas arrêtée là.

C’est peut-être là la caractéristique déterminante de l’histoire kurde : aucune défaite majeure n’a jamais réussi à retirer les Kurdes de la lutte. Les événements de 1975 ont marqué non seulement une rupture profonde, mais aussi le début d’une nouvelle quête politique. Au lendemain de cette défaite, Jalal Talabani fonda l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), tandis que trois ans plus tard, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) tenait son congrès fondateur, ouvrant un nouveau chapitre dans la vie politique kurde. Bien que les deux mouvements aient emprunté des voies politiques différentes, tous deux sont nés de la prise de conscience historique et de la quête renouvelée qui ont suivi 1975. Peut-être aucune métaphore ne saisit-elle mieux l’histoire kurde que celle du phénix (Zümrüdü Anka). C’est une histoire marquée par la capacité de renaître de ses cendres après chaque catastrophe majeure. En ce sens, 1975 doit être perçue non pas comme une simple fin, mais comme le début d’une nouvelle ère historique.

Aujourd’hui, la région se trouve à un nouveau carrefour historique. Pourtant, bon nombre des mêmes questions refont surface.

Une analyse plus approfondie des récentes initiatives

Une analyse plus approfondie des récentes initiatives turques à l’égard de l’Irak, de la Syrie, de l’Union européenne et de l’OTAN suggère que la question kurde n’est plus envisagée uniquement sous l’angle de la sécurité intérieure. Bagdad, Erbil, Souleimaniye et Kirkouk apparaissent de plus en plus comme des points interconnectés au sein d’une même stratégie. La sécurité, l’énergie, le commerce, les transports, l’industrie de la défense, les migrations et la diplomatie ne sont plus considérés comme des domaines politiques distincts, mais comme des composantes interdépendantes d’une architecture régionale plus vaste.

Cette situation évolutive indique que la Turquie cherche à élaborer une stratégie à plusieurs niveaux à l’égard du Mouvement de libération kurde, une stratégie qui dépasse largement le cadre militaire et englobe la diplomatie, l’économie, les mesures juridiques, la coopération en matière de renseignement et les mécanismes de sécurité régionale. Bien que les circonstances actuelles ne soient pas identiques à celles de 1975, elles présentent néanmoins d’importantes similitudes avec le réalignement géopolitique qui a suivi cette période.

Le sommet de l’OTAN qui se tiendra en Turquie les 7 et 8 juillet revêt une importance particulière dans ce contexte. La Turquie se positionne non seulement comme un allié de l’OTAN sur son flanc sud, mais aussi comme un acteur incontournable de l’architecture de sécurité euro-atlantique, de par son rôle en mer Noire, dans le corridor Irak-Syrie, la gestion des migrations, la sécurité énergétique et l’industrie de défense. Cette même logique géopolitique influence de plus en plus les relations d’Ankara avec l’Union européenne.

Ce qui frappe le plus dans ce nouveau paysage, c’est que la question kurde est rarement mentionnée explicitement, alors qu’elle se trouve au centre de presque tous les grands débats stratégiques.

En 1975, la question kurde était la conséquence tacite du rapprochement entre l’Iran et l’Irak. Aujourd’hui, elle est devenue l’un des points névralgiques, souvent invisibles, de la nouvelle architecture géopolitique que la Turquie cherche à construire sur l’axe Irak-Syrie-Union européenne-OTAN.

Les deux périodes ne sont évidemment pas identiques. L’histoire ne se répète pas. Pourtant, les grands bouleversements géopolitiques suivent souvent une logique stratégique similaire. Le parallèle ne réside pas dans des résultats identiques, mais dans les tentatives répétées de redéfinir la question kurde de l’extérieur.

L’erreur la plus grave aujourd’hui est peut-être d’interpréter l’évolution de la politique uniquement à travers les déclarations publiques des acteurs politiques. Les États déclarent rarement ouvertement leurs intentions. Leurs priorités stratégiques se révèlent plutôt par des mesures progressives, des partenariats nouvellement noués, l’engagement diplomatique, les doctrines de sécurité et les arrangements institutionnels. Une analyse politique pertinente repose donc non pas sur des spéculations quant aux intentions, mais sur la reconnaissance de signaux stratégiques qui, au fil du temps, forment un schéma cohérent.

L’analyse conjointe des récents développements diplomatiques et sécuritaires, de l’Irak et de la Syrie à l’OTAN et à l’Union européenne, ne révèle aucun événement isolé témoignant d’une transformation profonde. Toutefois, pris dans leur ensemble, ces développements confortent l’impression que la question kurde est une fois de plus redéfinie au sein d’une nouvelle architecture de sécurité régionale. Plutôt que de tirer des conclusions hâtives ou de se fier uniquement aux déclarations officielles, il est plus judicieux de suivre attentivement ces signaux stratégiques, de les examiner à la lumière de l’expérience historique et d’évaluer avec discernement leur évolution possible. L’histoire montre que les tournants majeurs résultent rarement d’un événement unique et spectaculaire ; ils sont le plus souvent le fruit d’une accumulation de changements stratégiques apparemment mineurs, dont l’importance ne se révèle qu’a posteriori.

La question centrale

La question centrale est donc la suivante :

Les Kurdes se verront-ils une fois de plus assigner une place au sein d’architectures de sécurité conçues par d’autres, en tant que « partenaire utile », source de « stabilité » ou acteur à gérer ? Ou bien façonneront-ils leur propre avenir politique à partir de leur propre expérience historique ?

Après plus d’un siècle de lutte, le peuple kurde n’a plus à prouver sa légitimité aux États, aux alliances ou aux puissances internationales avec lesquelles il interagit. Ce combat séculaire a déjà consacré le peuple kurde comme une réalité historique incontestable. Le défi n’est plus de se positionner dans les calculs géopolitiques d’autrui, mais de tracer sa propre voie grâce à sa force sociale et à son rôle historique.

Article d’Hüseyin Salih Durmuş pour ANF

TURQUIE. Un prisonnier politique meurt après 250 jours de grève de la faim

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TURQUIE / KURDISTAN – Gürkan Türkoğlu, prisonnier politique kurde-alévi, est mort des suites d’une longue grève de la faim entamée contre les conditions de détention dans les prisons de haute sécurité turques. Il était incarcéré à la prison fermée de haute sécurité (« de type puits ») de Döşemealtı, à Antalya.

Son corps, après autopsie à l’Institut de médecine légale d’Antalya, sera remis à sa famille et transféré dans sa ville natale d’Erzincan (Ezirgan).

Une cérémonie funéraire aura lieu mardi à 16h30 au cimetière Yalıncak Cemevi du quartier de Çağlayan, dans la province kurde d’Erzincan. À l’issue de celle-ci, Gürkan Türkoğlu sera inhumé dans le cimetière familial.

Trois mois de lutte acharnée

L’état de santé de Gürkan Türkoğlu s’était gravement détérioré au 250e jour de sa grève de la faim. Hospitalisé le 10 avril à l’hôpital municipal d’Antalya, il avait été placé en soins intensifs le 20 avril, puis intubé le 30 avril. Il est décédé hier, après trois mois de combat pour sa survie.

Sa mort remet une nouvelle fois en lumière les conditions de détention dans les prisons de haute sécurité turques, régulièrement dénoncées par les organisations de défense des droits humains.

Les prisons de type « puits »

Des milliers de prisonniers politiques croupissent dans des prisons de type S, de type Y et de haute sécurité, qualifiées de « prisons de type puits », qui sont des lieux de torture dénoncent les défenseurs des droits humains.

En Turquie, on compte plus de 50 prisons « de type puits » tandis que des dizaines d’autres sont en cours de construction.

ROJAVA. Les proxies de la Turquie refusent de quitter le canton kurde d’Afrin

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SYRIE / ROJAVA – Plusieurs Kurdes d’Afrin, de retour chez eux, ont confirmé que leurs maisons et leurs terres agricoles restent occupées par des factions armées affiliées à la Turquie. Beaucoup se voient contraints de payer des sommes exorbitantes pour récupérer leurs biens.

Un habitant revenu avec le huitième convoi de rapatriement a déclaré à l’agence de presse ANHA que les familles installées dans sa maison refusaient de la libérer. Selon lui, ces nouvelles occupantes lui ont réclamé 2 500 dollars américains en échange de la restitution de son logement. Il a déposé une plainte auprès des autorités compétentes, sans résultat à ce jour.

Le problème dépasse les habitations. De vastes étendues de terres agricoles appartenant aux originaires d’Afrin auraient également été saisies, leurs propriétaires étant sommés de verser de l’argent pour y accéder à nouveau.

Dans le district de Shiyeh (Sheikh al-Hadid)

La « 30e Brigade » et la « 25e Division », placées sous le commandement d’Abou Amsha, exercent un contrôle étroit sur la zone. Selon des sources locales, ces factions extorquent régulièrement de l’argent aux habitants. Elles ont par ailleurs transformé le bâtiment de la poste et trois maisons privées en quartiers généraux militaires et logistiques, interdisant l’accès aux civils.

Dans ce même district, 521 familles liées aux factions armées y résideraient, tandis qu’environ 5 000 familles occupent la ville d’Afrin, la plupart originaires du gouvernorat de Deir ez-Zor.

Rappel des faits

L’État turc et ses alliés ont pris le contrôle d’Afrin en 2018, provoquant le déplacement forcé d’une grande partie de la population kurde et un important changement démographique. Des familles issues d’Idlib, Deir ez-Zor, Azaz, Hama et Homs ont été installées dans les logements abandonnés.

Dans le cadre de l’accord du 9 janvier entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le Gouvernement intérimaire syrien, les deux parties s’étaient engagées à garantir le retour sécurisé des déplacés vers leurs régions d’origine. Plusieurs groupes d’habitants d’Afrin ont ainsi pu regagner leurs foyers ces derniers mois.

Cependant, des milliers de maisons appartenant aux résidents originels restent occupées par des familles affiliées aux factions armées et n’ont toujours pas été évacuées.

TURQUIE. Création d’une initiative de cinéastes kurdes

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TURQUIE / KURDISTAN – L’atelier sur le cinéma kurde s’est conclu par la décision de créer l’Initiative des cinéastes kurdes.

Organisé par l’Académie du cinéma du Moyen-Orient, l’atelier de cinéma kurde s’est achevé après avoir réuni de nombreux cinéastes, réalisateurs, scénaristes et acteurs dans la salle de conférence de la municipalité de Yenişehir à Amed (Diyarbakır).

L’atelier a porté sur les défis auxquels est confronté le cinéma kurde et sur sa situation actuelle. Le deuxième jour, les participants ont discuté de solutions possibles à ces problèmes.

Parmi les propositions avancées figuraient la création d’archives complètes pour le cinéma kurde, des cours d’écriture de scénarios en langue kurde, le développement de programmes universitaires et éducatifs, et la mise en place de plateformes numériques dédiées à la diffusion de films kurdes.

Les participants ont finalement décidé de créer l’Initiative des cinéastes kurdes. Dans le cadre de cette initiative, une commission a été formée pour travailler au développement, à l’institutionnalisation et à la résolution des défis auxquels est confronté le cinéma kurde.

La liste complète des décisions adoptées lors de l’atelier sera annoncée ultérieurement.

TURQUIE. Arrestation de la rédactrice en chef d’un journal kurde

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TURQUIE / KURDISTAN – Le régime turc a intensifié la pression sur les médias et la société civile à la veille du sommet de l’OTAN organisé à Ankara.

Berfin Ay, rédactrice en chef du journal kurde d’Azadîya Welat, a été placée en garde à vue dans le district de Cizre, à Şırnak. Sa famille, qui réside à Diyarbakır (Amed), a été informée de son arrestation, mais aucune précision n’a été apportée quant aux raisons de cette détention.

Berfin Ay a été arrêtée à un point de contrôle à l’entrée de Cizre et a été emmenée au département de police provincial de Şırnak.

IRAN. Au moins 109 prisonniers exécutés en juin

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IRAN / ROJHILAT – Au cours du mois de juin 2026, au moins 109 prisonniers, dont 18 Kurdes, ont été exécutés dans les prisons iraniennes. Ce chiffre représente une hausse d’au moins 10 exécutions (+10 %) par rapport à juin 2025, période durant laquelle 99 personnes avaient été exécutées.

L’identité des 109 personnes exécutées a été vérifiée par l’organisation de défense des droits humains Hengaw.

Parmi les prisonniers exécutés figurent trois femmes.

Seuls 7 cas (soit 6,5 % du total) ont été officiellement annoncés par les autorités judiciaires iraniennes. Par ailleurs, au moins 12 exécutions ont été menées en secret, sans que les familles soient informées ni autorisées à rendre une dernière visite aux condamnés.

Cinq prisonniers politiques, dont deux Kurdes, ont été exécutés au cours du mois. Ils avaient été arrêtés lors des manifestations de janvier et ont été condamnés notamment pour « Moharebeh » (guerre contre Dieu) ou espionnage :

Ashkan Maleki et Mehrdad Mohammadinya, prisonniers politiques kurdes originaires de Qorveh, exécutés le 1er juin 2026 à la prison de Ghezel Hesar (Karaj) pour espionnage.

Fathollah Avari, originaire de Hamedan, exécuté le 6 juin à la prison centrale de Hamedan.

Javad Zamani et Abolfazl Saedi, originaires de Shahroud, exécutés le 6 juin à la prison centrale de Shahroud.

Répartition des exécutions par minorités nationales et ethniques :

Au cours du mois écoulé, au moins 31 prisonniers persans ont été exécutés, soit 28,5 % du total. Par ailleurs, 18 prisonniers kurdes et 18 prisonniers baloutches (soit 33 % du total), 12 prisonniers lor et 10 prisonniers turcs ont également été exécutés.

  • Kurdes : 18 cas
  • Baloutchistan : 18 cas
  • Lor : 12 cas
  • Turcs : 10 cas
  • ​Gilak et Mazandaranis : 5 cas
  • Arabe : 5 cas
  • Turkmènes : 1 cas
  • Persan : 31 cas
  • Ressortissants afghans : 5 cas
  • Inconnu : 4 cas

SYRIE. Des juges du Rojava rencontrent des responsables du ministère syrien de la Justice

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SYRIE / ROJAVA – Des juges de l’Administration autonome kurde se sont rendus aujourd’hui à Damas pour rencontrer des responsables du ministère syrien de la Justice, dans le cadre des efforts d’intégration de leurs institutions au système judiciaire national.

Les juges sont arrivés dans la capitale syrienne samedi matin pour entamer des discussions avec le ministère. Des entretiens individuels sont prévus dès dimanche, une étape préliminaire à leur possible nomination dans les tribunaux du gouvernorat d’Hassaké, dans le nord-est du pays.

Cette initiative est considérée comme une avancée potentielle dans le processus, longtemps bloqué, d’intégration des institutions de l’Administration autonome kurde au sein du cadre juridique syrien. Les tentatives précédentes avaient échoué, retardant les efforts plus larges d’unification des institutions de l’État.

Les habitants de Hassaké attendent avec impatience la réouverture des tribunaux et du palais de justice à Hassaké et Qamishlo, où les services judiciaires sont paralysés depuis plusieurs années, empêchant de nombreuses personnes d’accomplir leurs procédures légales.

TURQUIE. Criminalisation de la langue kurde : le propriétaire d’un café condamné à la prison

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TURQUIE / KURDISTAN – Un tribunal turc a condamné à 15 mois de prison Ramazan Simsek, propriétaire du Pine Cafe, après avoir annoncé que son établissement fonctionnerait exclusivement en kurde. Il est accusé de « propagande terroriste ».

Le barreau de Diyarbakir (Amed) a fermement condamné vendredi la décision d’un tribunal turc condamnant un cafetier kurde à 15 mois de prison pour avoir décidé de n’offrir ses services qu’en kurde.

Jeudi, le tribunal de Diyarbakir a condamné Ramzan Şimşek, propriétaire du Pine Cafe, à un an et trois mois de prison. La procédure aura duré plus de deux ans. Simsek avait été arrêté le 29 mai 2024, deux semaines après avoir annoncé, à l’occasion de la Journée de la langue kurde, que son établissement fonctionnerait désormais exclusivement en kurde.

Dans un communiqué publié en kurde, le barreau de Diyarbakir a déclaré :

« Les lieux de travail qui proposent des services en kurde ne sont pas de simples espaces commerciaux ; ce sont aussi des espaces culturels qui contribuent à la visibilité de la langue kurde dans la vie publique. Les condamnations punitives visant de tels lieux ont un effet dissuasif non seulement sur les commerçants, mais sur l’usage même du kurde dans la sphère publique. »

Le barreau a rappelé que l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme protège la liberté d’expression, laquelle inclut « la diffusion, la protection et la communication des idées et des œuvres culturelles ».

Ramazan Simsek a été placé en résidence surveillée pendant six mois après son arrestation. Il a indiqué avoir été accusé de « propagande en faveur d’une organisation terroriste », une charge fréquemment utilisée contre des milliers de Kurdes soupçonnés de liens avec le PKK. Il a refusé de s’exprimer en turc lors des cinq audiences de son procès, s’adressant à la cour uniquement en kurde via un interprète. Il a annoncé son intention de faire appel devant les juridictions supérieures et a affirmé qu’il ne renoncerait pas à son combat pour la langue kurde, même au prix de nouvelles condamnations.

Contexte

Ce jugement intervient alors que des pourparlers de paix sont en cours entre le PKK et l’État turc, dans l’espoir de mettre fin à un conflit qui dure depuis des décennies et qui a fait plus de 40 000 morts. Le Parti de l’égalité des peuples et de la démocratie (Parti DEM), principale formation pro-kurde, joue un rôle de médiateur dans ces négociations et réclame la reconnaissance officielle de la langue kurde.

« Les Kurdes vous ont ouvert leurs portes, ils ont combattu à vos côtés. Acceptez maintenant l’identité kurde, la langue kurde, et cessez de les combattre », avait déclaré l’année dernière Tuncer Bakirhan, coprésident du Parti DEM.

Depuis la fondation de la République turque en 1923, l’usage public du kurde a longtemps été restreint, voire interdit. Bien que les restrictions se soient progressivement assouplies, notamment lors du précédent processus de paix il y a une dizaine d’années, l’usage du kurde dans la sphère publique reste encore largement stigmatisé.

SYRIE. Des gangs de Damas kidnappent dix jeunes Kurdes d’Afrin à Raqqa

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SYRIE / ROJAVA – Les gangs de Damas ont kidnappé une dizaine de jeunes Kurdes d’Afrin à un point de contrôle à Raqqa alors qu’ils se rendaient avec leurs familles à Hassaké.

Des sources locales rapportent que les forces de sécurité générale du gouvernement intérimaire ont enlevé une dizaine de jeunes Kurdes originaires d’Afrin à un point de contrôle situé dans la campagne de Raqqa.

Selon ces sources, les faits se sont produits au point de contrôle d’Al-Karama, alors que les jeunes hommes, accompagnés de leurs familles, se dirigeaient vers le gouvernorat de Hassaké. Les agents n’ont interpellé que les jeunes hommes, autorisant les femmes à poursuivre leur route. Les personnes arrêtées ont ensuite été emmenées vers une destination inconnue.

Aucune explication officielle n’a été fournie concernant les motifs de ces arrestations ni le lieu de détention des jeunes. Leurs familles, très inquiètes, réclament des informations sur leur sort et exigent leur libération immédiate.

Cet incident intervient quelques jours seulement après une campagne d’arrestations menée par les mêmes forces dans les villes de Tal Aran et Tal Hasel, dans la campagne orientale d’Alep, où plusieurs habitants ont été appréhendés lors de raids.

Il est à noter que l’article 14 de l’accord du 29 janvier conclu entre le gouvernement intérimaire et les Forces démocratiques syriennes (FDS) prévoit des engagements pour garantir le retour sûr et digne des habitants d’Afrin et de Cheikh Maqsoud vers leurs régions d’origine.

IRAN. Une prisonnière politique condamnée à mort

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IRAN – Arghavan Fallahi, une prisonnière politique de 24 ans détenue à la prison d’Evin, a été condamnée à mort pour « rébellion armé », signale l’ONG kurde Hengaw.

Selon les informations recueillies par l’organisation Hengaw pour les droits humains, la peine de mort de Fallahi a été récemment prononcée par la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, présidée par le juge Abolghasem Salavati, et lui a été officiellement notifiée. Se fondant sur l’article 287 du code pénal islamique, le tribunal l’a reconnue coupable de « baghi » (rébellion armée contre l’État) pour appartenance à des groupes d’opposition et participation à des activités armées.

Après son arrestation, Fallahi a été détenue pendant plusieurs mois dans les quartiers 209, gérés par le ministère du Renseignement, et 241, géré par l’Organisation de protection du renseignement du pouvoir judiciaire, à la prison d’Evin, où elle a subi de graves tortures physiques et psychologiques. Hengaw a appris que les services de sécurité ont cherché à lui extorquer des aveux forcés et à monter un dossier contre elle en l’accusant d’être impliquée dans un complot visant à assassiner deux juges, Mohammad Moghiseh et Ali Razini.

Fallahi a été arrêtée par les forces de sécurité iraniennes début février 2025. Suite aux événements survenus à la prison d’Evin en juin 2026, elle a d’abord été transférée au pénitencier du Grand Téhéran, puis exilée à la prison de Qarchak, avant d’être finalement renvoyée dans le quartier des femmes de la prison d’Evin.

Fallahi avait déjà été arrêtée avec son père en novembre 2022 lors du mouvement « Femme, Vie, Liberté » (Jin, Jiyan, Azadi). Elle a ensuite été condamnée par la 26e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, présidée par la juge Iman Afshari, à deux ans de prison pour « attroupement illégal et collusion » et « propagande contre l’État ». Elle a été libérée après avoir purgé sa peine.

TURQUIE. Langue kurde : vers un nouveau statut juridique et un enseignement renforcé

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TURQUIE / KURDISTAN – La déclaration finale de la Conférence sur la langue kurde a été publiée à l’issue de l’événement de deux jours organisé les 27 et 28 juin 2026 par les Institutions démocratiques de la langue, sous le slogan « Un nouveau cadre de négociations : du statut à l’éducation ». La conférence s’est tenue au Centre culturel et de congrès de ÇandAmed, en présence de centaines de participants, dont 550 délégués répartis en sept sessions et ayant écouté 19 intervenants.

La déclaration a été lue en kurmanji par Leyla Kaymaz et en kirmanckî (zazaki) par Mehmet Şahin, au nom du comité préparatoire.

Selon le texte, l’objectif de la conférence était de créer un espace de dialogue et de coopération entre universitaires, acteurs politiques et organisations de la société civile sur le statut juridique de la langue kurde, les politiques linguistiques, l’enseignement en langue maternelle, le rôle social de la langue et les stratégies de son développement futur.

« Chaque thème a été examinez à travers ses propres questions et défis », indique la déclaration. Celle-ci souligne que la langue n’est pas un simple outil de communication, mais « la mémoire collective d’une société », le fondement de l’identité et de la nation. Pour le peuple kurde, elle constitue « la clé du statut politique, de l’identité et de la liberté ».

La conférence a adopté une vision dépassant la simple défense de la langue, appelant à sa promotion active comme contribution à la vie nationale et démocratique. Parmi les mesures concrètes proposées figurent : la reconnaissance officielle de son statut, l’enseignement en langue maternelle, l’usage public du kurde, la création d’écoles autonomes, en ligne et mobiles, ainsi que la mise en place d’académies et de fondations linguistiques.

Recommandations et décisions principales (adoptées à l’unanimité) :

  • La lutte pour la langue kurde est indissociable de la lutte pour la libération physique de M. Abdullah Öcalan.

  • La maîtrise du kurde est une condition indispensable pour toute personne aspirant à représenter le peuple kurde ou à diriger ses institutions.

  • La Semaine de la langue kurde (autour du 15 mai) sera célébrée annuellement.

  • Une conférence sur la langue kurde sera organisée tous les deux ans.

  • Création d’une Commune des institutions de langue kurde.

  • Tous les documents officiels des institutions kurdes seront rédigés en kurde.

  • Chaque institution devra consacrer une partie de son budget aux activités linguistiques et organiser des ateliers de kurde pour son personnel.

  • Les sites web et communications officielles seront prioritairement publiés en kurde.

  • Efforts de kurdification du paysage urbain (noms de rues, institutions, etc.).

  • Création d’une institution autonome pour le kirmanckî (zazaki) et d’une chaîne de télévision culturelle indépendante en kirmanckî.

La conférence a également salué les décisions prises lors de la Conférence des gouvernements locaux des 8 et 9 juin 2026 concernant les institutions linguistiques.

 

ROJAVA. Inquiétudes pour un Kurde d’Afrin kidnappé il y a 11 jours

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SYRIE / ROJAVA – Des sources locales rapportent que les services de sécurité générale du gouvernement intérimaire ont enlevé, il y a onze jours, un jeune Kurde du nom de Muhammad Ali Zakariya Naasan, originaire du sous-district de Sheeh, dans la région d’Afrin.

 

Selon les informations disponibles, le jeune homme a été transféré vers la ville d’Alep après son enlèvement. Sa famille a tenté à plusieurs reprises de lui rendre visite et de s’enquérir de son état de santé, mais s’est vu refuser toute autorisation.

Des sources ont informé la famille que des interrogatoires sont en cours, sans toutefois fournir la moindre précision sur les motifs de son arrestation ni sur son statut juridique.

À ce jour, aucune information n’a été communiquée sur le sort de Muhammad Ali Zakariya Naasan ni sur son lieu de détention actuel.