Accueil Blog Page 7

TURQUIE. Surveillance intrusive des villages kurdes

0

TURQUIE / KURDISTAN – Les villageois de la province d’Amed (Diyarbakır) dénoncent la poursuite d’une surveillance massive qui viole leur droit à la vie privée. Malgré le processus de dialogue lancé suite à l’appel historique d’Abdullah Öcalan le 27 février, les caméras installées sous prétexte de « sécurité » continuent de scruter leur quotidien.

Alors que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a annoncé son intention de déposer les armes et de se dissoudre, et qu’une commission parlementaire a été mise en place pour explorer des solutions constitutionnelles, les violations des droits humains perdurent au Kurdistan au nom de la « sécurité ».

Des caméras omniprésentes dans la vie quotidienne

Bien avant le début du processus actuel, des caméras de surveillance et des pièges photographiques ont été installés dans de nombreux villages kurdes, particulièrement dans les zones montagneuses et rurales. Ces dispositifs, souvent placés à l’entrée des villages, sur les poteaux électriques ou directement dans les jardins privés, n’ont jamais été retirés malgré les protestations répétées des habitants.

Pire encore, de nouvelles caméras continuent d’être déployées. Ces derniers jours encore, dans les villages montagneux de Licê (Lice) et Pasur (Kulp), des équipes arrivant en véhicules civils ont procédé à de nouveaux installations, ignorant les objections des villageois.

Un habitant de Licê témoigne :

« Il y a quelques jours, j’ai vu un véhicule s’arrêter près du village. Ils m’ont salué et m’ont dit que si j’avais un problème, je pouvais venir les voir. Dès que je suis parti, ils ont recommencé à installer les caméras. »

Une atteinte systématique à la vie privée

Ces caméras surplombent les maisons, les jardins et les espaces de vie. Selon les villageois, elles ont souvent été installées sans même informer les muhtars (responsables de village). Lorsque des caméras sont endommagées, des amendes sont systématiquement infligées, notamment dans la région de Licê. Les bergers sont régulièrement accusés d’avoir abîmé les pièges photographiques.

Si la pression sécuritaire a diminué ces derniers mois avec l’ouverture du dialogue, les habitants insistent : cette surveillance permanente reste inacceptable.

« La pression a baissé pendant ce processus, mais nous voulons que ça s’arrête complètement, déclare un villageois. Nous voulons nous sentir en sécurité dans nos propres maisons et villages. Nous ne voulons pas être filmés 24 heures sur 24. Les caméras doivent être retirées. »

« La Turquie instrumentalise la question kurde à des fins politiques »

0

KURDISTAN – Un universitaire égyptien spécialiste des affaires kurdes et du Moyen-Orient critique l’instrumentalisation politique de la question kurde par Ankara.

Face aux difficultés politiques et économiques que traverse la Turquie, les doutes s’intensifient sur la sincérité du processus de paix avec les Kurdes et sur sa possible instrumentalisation à des fins électorales et tactiques.

Mahmoud Zayed, universitaire à l’Université du Caire et spécialiste reconnu des questions kurdes et moyen-orientales, estime que la Turquie traite la question kurde de manière pragmatique et opportuniste, plutôt que comme un enjeu de droits fondamentaux et de réforme structurelle de l’État. Selon lui, Ankara utilise le dialogue et le processus de paix comme un levier dans ses calculs politiques internes, notamment pour préparer d’éventuels amendements constitutionnels et maximiser ses chances électorales.

« Le gouvernement turc et l’AKP considèrent le processus de paix initié par Abdullah Öcalan soit comme une manœuvre tactique, soit comme une nécessité stratégique temporaire », affirme Mahmoud Zayed. Il souligne que le vote kurde pourrait s’avérer décisif lors de prochaines échéances électorales ou d’un référendum constitutionnel, poussant le pouvoir à chercher à neutraliser ou à séduire une partie de l’opinion kurde, notamment via les initiatives de Devlet Bahçeli.

Une approche sécuritaire dominante

Le chercheur critique vivement la politique de l’AKP, qui oscille selon lui entre ouvertures tactiques et répression sécuritaire. Il dénonce notamment la destitution répétée des maires élus dans les municipalités kurdes, les poursuites judiciaires massives contre des responsables et journalistes kurdes sur la base d’accusations de « terrorisme » souvent jugées vagues, ainsi que le retard dans la mise en œuvre de mesures concrètes en réponse à l’initiative d’Öcalan.

« Le gouvernement ne propose aucune réforme législative ou constitutionnelle sérieuse garantissant les droits culturels, linguistiques et identitaires des Kurdes, ni de véritable avancée vers la décentralisation. Il s’agit avant tout de désarmer les acteurs kurdes armés pour assurer la stabilité sécuritaire, sans transformation structurelle de l’État centralisé », explique-t-il.

Crise interne et politique régionale

Mahmoud Zayed met en garde contre l’impact des crises économiques et politiques intérieures, qui poussent le pouvoir à durcir sa rhétorique nationaliste et à instrumentaliser les menaces sécuritaires pour détourner l’attention de l’opinion publique. Il considère notamment la politique turque au Rojava (nord-est de la Syrie) comme un prolongement direct de ses calculs internes : « Le Rojava sert souvent de bouc émissaire sur lequel le gouvernement projette ses échecs ou comme caisse de résonance pour ses conflits intérieurs. »

Chaque fois que la situation intérieure se dégrade, Ankara aurait tendance à exporter la crise via des opérations militaires ou des menaces dans le nord de la Syrie, sous couvert de « zone de sécurité » et de lutte contre le PKK.

Trois scénarios pour l’avenir

Face à cette dynamique, Mahmoud Zayed esquisse trois scénarios possibles :

Maintien de l’impasse : Le processus de paix reste gelé, sans véritable avancée législative ni rupture totale. La situation est gérée au coup par coup.

Retour à l’escalade : En cas de frustration kurde face à l’absence de réformes ou si le pouvoir estime ne plus tirer bénéfice électoral du dossier, un retour à la confrontation sécuritaire, interne et externe, devient probable.

Accord constitutionnel global (scénario optimiste mais peu probable) : Il supposerait des réformes législatives concrètes, la reconnaissance de droits culturels, l’intégration des combattants désarmés et un soutien kurde aux amendements constitutionnels voulus par le pouvoir. Ce scénario se heurte cependant à la forte opposition nationaliste au sein de la coalition gouvernementale et à une profonde crise de confiance.

Le spécialiste conclut que la question kurde reste étroitement liée aux grands bouleversements régionaux en cours au Moyen-Orient. Son règlement durable dépendra de la capacité des acteurs kurdes à peser dans le nouvel ordre régional, mais aussi de la volonté réelle d’Ankara d’aller au-delà d’une simple gestion tactique et sécuritaire du dossier.

Mahmoud Zayed, universitaire égyptien, spécialiste des affaires kurdes et du Moyen-Orient

Le Festival des Films Kurdes de Paris revient pour sa 5ᵉ édition

0

CINÉMA – Du lundi 29 juin au jeudi 2 juillet 2026, le Festival des Films Kurdes de Paris (FFKP) posera ses valises au cœur du quartier Beaubourg pour une nouvelle édition placée sous le signe de la richesse culturelle et artistique kurde.

Installé au Centre Wallonie-Bruxelles (46 rue Quincampoix, 75004 Paris), ce rendez-vous incontournable du cinéma kurde proposera une programmation variée mêlant longs et courts métrages, documentaires, fictions et films d’animation. Une belle occasion de découvrir ou redécouvrir les regards singuliers des cinéastes kurdes du Kurdistan et de la diaspora sur leur histoire, leurs identités et leurs imaginaires.

Cérémonie d’ouverture le lundi 29 juin à 19h

La soirée d’ouverture mettra à l’honneur le long-métrage « My Uncle Jens » du réalisateur Brwa Vahabpour, suivi d’un débat en sa présence.

Synopsis :

Akam, jeune professeur de littérature, mène une vie confortable à Oslo jusqu’au jour où son oncle éloigné, originaire de la partie iranienne du Kurdistan, débarque à l’improviste. Malgré l’exiguïté de l’appartement qu’il partage avec des amis, Akam se sent dans l’obligation de l’héberger quelques jours. Mais les jours passent, et l’oncle, qui ne parle pas la langue et s’impose de plus en plus, ne montre aucun signe de vouloir partir. Akam commence à soupçonner que cette visite cache quelque chose, instaurant une tension croissante entre eux et déclenchant des événements imprévus aux conséquences potentiellement graves.

Le Festival des Films Kurdes de Paris continue d’affirmer sa place comme une vitrine essentielle de la création cinématographique kurde contemporaine en Europe, offrant au public parisien des œuvres souvent méconnues et porteuses de récits puissants.

Plus d’informations et programme complet à venir sur les réseaux sociaux du festival.

Tarifs

Plein tarif : 5 €

Tarif réduit : 3 €

Tout public.

ADRESSE : Centre Wallonie-Bruxelles

46 rue Quincampoix – 75004 Paris

ROJAVA. Un chef de village tué dans la campagne d’Afrin

0

SYRIE / ROJAVA – Les Kurdes d’Afrin continuent à être victimes de crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par des gangs pro-Turquie installés dans la région depuis mars 2018.

Le mukhtar du village de Deir Sawan, dans le district de Sharan (campagne d’Afrin), a été assassiné mercredi. Wahid Abu Bakr Sheikh Saleh, connu sous le nom d’« Abu Bakr Brazi », a été tué par des hommes armés non identifiés.

Selon des sources locales, des individus à moto ont ouvert le feu sur lui alors qu’il se trouvait sur la place du village. Touché par plusieurs balles, il a été transféré en urgence vers un hôpital d’Azaz, où il a succombé à ses blessures peu après son arrivée.

Ce meurtre intervient dans un contexte de forte insécurité à Afrin (Efrin) depuis la prise de contrôle de la région par les forces turques et leurs alliés en mars 2018. De nombreuses exactions, dont des assassinats ciblés, des enlèvements et des expropriations, ont été documentées à l’encontre des habitants kurdes restés sur place, dans un contexte de profondes transformations démographiques de la région.

IRAN. Un manifestant exécuté à Hamedan

0

IRAN – Les autorités iraniennes ont exécuté Fathollah Avary, un prisonnier arrêté lors des manifestations de janvier 2026, à l’aube du mardi 2 juin 2026 à la prison centrale de Hamedan. Les ONG dénoncent des aveux extorqués sous la torture.

Selon l’ONG kurde Hengaw, Avary avait été condamné à mort pour moharebeh « guerre contre Dieu ». Il était accusé d’avoir tué un membre des forces de sécurité, Mohammad Javad Bakhshian, lors des manifestations survenues le 8 janvier 2026 à Hamedan.

L’agence de presse Mizan, organe officiel du pouvoir judiciaire iranien, a confirmé l’exécution mercredi dans un communiqué. Elle affirme que les enquêteurs ont retrouvé l’arme du crime présumée ainsi que des vêtements correspondant aux images de vidéosurveillance lors d’une perquisition au domicile d’Avary. Le communiqué indique également qu’Avary a avoué les faits lors de son interrogatoire.

Inquiétudes sur la torture et les aveux forcés

Hengaw dénonce régulièrement les conditions de traitement des détenus politiques et des personnes arrêtées lors des manifestations en Iran. L’organisation évoque des cas fréquents de torture et de coercition dans les centres de détention pour obtenir des aveux, le refus d’accès à un avocat indépendant et l’absence de garanties d’un procès équitable.

« Le recours à la peine de mort dans les affaires liées aux manifestations constitue une violation du droit à la vie et un instrument de répression politique », a déclaré Hengaw dans un communiqué, condamnant fermement cette exécution.

Les autorités iraniennes utilisent souvent des chefs d’accusation très larges liés à la « sécurité nationale » et une rhétorique accusatrice pour justifier des peines sévères, y compris la peine capitale, à l’encontre de manifestants.

ALLEMAGNE. La police censure une affiche des YPJ à Hambourg

0

ALLEMAGNE – Une grande affiche de soutien à la campagne « Nous sommes tous YPJ » a été recouverte de peinture par la police dans le quartier de Schanzenviertel. L’action, qui visait le mur du centre autonome Rote Flora, a provoqué la colère des militantes kurdes, d’autant plus que ni les YPJ ni les YPG ne sont interdits en Allemagne.

L’affiche avait été apposée dimanche, à l’occasion de la journée internationale d’action en soutien à la campagne « Nous sommes tous des YPJ ». Cette dernière réclame l’intégration des Unités de protection des femmes (YPJ) au sein du ministère syrien de la Défense.

Dans de nombreuses villes d’Europe et au-delà, des rassemblements, débats et actions symboliques ont eu lieu ce week-end pour saluer le rôle des YPJ dans la défense de la révolution des femmes au Rojava (nord-est de la Syrie). À Hambourg, l’Alliance pour le Kurdistan a décoré le mur du Rote Flora en signe de solidarité, affirmant vouloir attirer l’attention sur les menaces qui pèsent sur les acquis démocratiques et féministes de la région.

« Nous avons une dette envers les YPJ »

Mercredi matin, les militantes du conseil des femmes kurdes de Hambourg, Rojbîn, ont découvert l’affiche entièrement recouverte de peinture. Elles ont exprimé leur indignation auprès de l’agence de presse kurde ANF.

« Nous condamnons fermement l’intervention de la police de Hambourg. Nous sommes tous des YPJ. Cette censure est incompréhensible », a déclaré une porte-parole, qui a comparé l’action policière à l’attitude des groupes islamistes en Syrie à l’égard des unités de défense des femmes.

« Nous avons une dette infinie envers les YPJ pour leur combat contre Daech et pour la défense des droits des femmes », a-t-elle ajouté.

Une pratique contestée à Hambourg

Ni les YPJ ni les YPG ne figurent sur la liste des organisations interdites en Allemagne. Pourtant, à Hambourg, la police intervient régulièrement contre l’affichage de symboles liés à ces groupes, contrairement à la pratique observée dans la plupart des autres Länder.

Selon les informations recueillies par l’ANF, les procédures pénales ouvertes dans ce cadre se soldent systématiquement par un non-lieu du parquet. Ces interventions reposeraient sur une directive interne du parquet général de Hambourg, dont le contenu resterait inaccessible, y compris aux avocats des personnes concernées.

Face à cette opacité, plusieurs militants ont saisi le tribunal administratif de Hambourg.

TURQUIE. Élevage en péril, terres dévastées : double peine des villageois kurdes

0

TURQUIE / KURDISTAN – Enver Narinç, éleveur kurde du village de Demirli (Temiran) à Pasur (Kulp), alerte sur la survie de son activité et de sa communauté. Hausse vertigineuse des coûts et projets d’exploration pétrolière et minière menacent à la fois ses moyens de subsistance et l’environnement dans lequel il vit depuis trente ans.

La crise économique qui frappe le Kurdistan s’aggrave continuellement, touchant désormais durement les zones rurales. Dans les villages de la région d’Amed (Diyarbakır), où l’agriculture est limitée par le relief montagneux, l’élevage constitue souvent la seule source de revenus. Mais l’envolée des prix des aliments du bétail et la destruction écologique progressive mettent les éleveurs au bord du gouffre.

Enver Narinç, qui a commencé avec un seul animal il y a près de trente ans, témoigne :

« L’élevage est désormais ma seule source de revenus. J’ai élevé tous mes enfants grâce à ce travail. »

Aujourd’hui, la productivité de son troupeau a chuté sous l’effet conjugué de la crise économique et de la dégradation environnementale. Le prix de la paille a explosé : une botte qui coûtait 1 000 lires se vend désormais jusqu’à 5 000 lires. Résultat, une grande partie des revenus générés par les animaux sert uniquement à les nourrir.

Exploration pétrolière et destruction écologique

Depuis l’année dernière, la Turkish Petroleum International Company (TPIC), filiale de TPAO, mène des opérations d’exploration intensive dans la région. À Pasur, des milliers d’arbres ont déjà été abattus, des routes ouvertes dans les montagnes et des explosifs utilisés pour sonder le sous-sol. Bien que l’extraction à grande échelle n’ait pas encore commencé, les habitants craignent une destruction irréversible des pâturages et de l’écosystème local.

« Outre la crise économique, nos animaux et nos terres sont maintenant directement menacés, explique Narinç. Des milliers d’arbres ont été coupés pour l’exploration pétrolière. Si du pétrole est découvert, ce sera encore pire. »

Le barrage de Silvan, en construction à proximité, accentue encore la pression sur la région.

Une demande concrète

Face à cette double menace, Enver Narinç et de nombreux villageois refusent la destruction de leur environnement et appellent à des projets réellement bénéfiques :

« Nous ne voulons pas de ces projets qui nous privent de tout. La moitié des habitants vivent de l’élevage. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une usine de transformation laitière dans le district. Cela permettrait de donner une valeur ajoutée à notre production et d’assurer la survie de notre activité. » (ANF)

ROJAVA. Maisons rasées, terres volées : les Kurdes de Tal Abyad sous pression

0

SYRIE / ROJAVA – L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) signale que le village kurde de Turba, dans la campagne de Tal Abyad, continue de subir des violations graves et systématiques des droits de ses habitants depuis plusieurs années par des gangs pro-turcs.

Les maisons ont été entièrement démolies, les biens mobiliers pillés ou saisis, et plus de 500 oliviers et vignes appartenant aux familles kurdes du village ont été abattus par des gangs pro-turcs.

Par ailleurs, les terres agricoles des personnes déplacées de force depuis 2019 sont toujours exploitées et cultivées par des tiers, tandis que les propriétaires légitimes restent empêchés de rentrer chez eux et de récupérer leurs biens.

Cette situation s’inscrit dans un schéma plus large de violations du droit de propriété et de discriminations à l’encontre des populations déplacées par l’occupation turque dans le nord de la Syrie. Malgré les appels répétés des organisations internationales et locales, le retour des habitants dans leurs zones d’origine et la restitution de leurs biens demeurent bloqués.

ROJHILAT. Commémorations de 59 jeunes Kurdes tués à Mahabad en juin 1983

0

IRAN / ROJHILAT – Le 2 juin 1983, dans le cadre de la politique répressive de la République islamique d’Iran, le régime a exécuté 59 adolescents et jeunes Kurdes arrêtés arbitrairement dans la ville de Mahabad. Ce même jour, le bureau du gouverneur de Mahabad a émis un avis officiel annonçant l’exécution de ces 59 civils. Plusieurs d’entre eux étaient des adolescents de moins de 18 ans.

Rafles, simulacres de procès et punition collective

Selon des témoignages de l’époque, des agents en civil se sont déployés dans la ville tôt le matin pour capturer des étudiants kurdes qui se rendaient à l’université. Les rapports disponibles précisent que beaucoup de ces individus avaient été détenus arbitrairement dans les rues de Mahabad en avril et mai 1983. La plupart n’avaient aucune implication dans des activités armées, et certains étaient de simples élèves du secondaire au moment.

Transférés dans les prisons d’Urmia et de Tabriz, ils ont été condamnés à mort lors de simulacres de procès qui n’ont duré que quelques minutes, sans respect des normes juridiques de base, sans procès équitables et sans accès à des avocats. Leurs exécutions ont eu lieu seulement quelques mois après leur arrestation, sans que leurs familles n’en soient informées.

Ces exécutions massives sont survenues peu après la mort de Mohammad Boroujerdi, un commandant supérieur du Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC), lors d’affrontements au Kurdistan. Les militants des droits humains et les familles des victimes soutiennent depuis lors que ces mises à mort ont été orchestrées comme un acte de punition collective et de représailles contre la population de Mahabad et du Kurdistan. Cet événement s’inscrit dans la longue série de violences et d’injustices subies par le peuple kurde, dont les droits fondamentaux continuent d’être bafoués à travers les différentes régions du Kurdistan divisé.

Une politique d’oppression et d’impunité systémique

Depuis la proclamation du Jihad par l’Ayatollah Khomeini contre la population kurde lors de l’établissement de la République islamique, le gouvernement maintient une pression constante sur le plan militaire, économique, culturel et social. Durant la première décennie de ce conflit, des centaines de villages kurdes ont été détruits. Par la suite, la société a été confrontée à l’introduction massive et systémique de stupéfiants parmi la jeunesse, parallèlement à une marginalisation économique marquée par des restrictions d’accès à l’emploi et l’exploitation des ressources locales par l’État.

Aujourd’hui, le Kurdistan oriental (Rojhilat) subit une militarisation intense de ses centres urbains et ruraux, ainsi qu’une dégradation de son environnement par l’exploitation forestière. L’omniprésence des forces de sécurité et des contingents militaires y dépasse largement les effectifs des services publics essentiels, tels que le corps enseignant ou le personnel médical.

Plus de quatre décennies plus tard, la vérité reste étouffée. Les lieux d’inhumation des 59 victimes demeurent inconnus. Bien que les familles aient à plusieurs reprises exigé d’obtenir des informations sur le sort de leurs proches et l’emplacement de leurs tombes, les autorités iraniennes n’ont jamais fourni de réponses claires. Les défenseurs des droits humains soulignent que la dissimulation systématique des preuves, la destruction des registres et le refus de révéler les lieux d’inhumation sont délibérément organisés pour empêcher que la vérité ne soit pleinement révélée, contribuant ainsi à l’impunité persistante des responsables de ce massacre.

Liste des 59 victimes de l’exécution de Mahabad

 

  1. Abbas Hosseinpour
  2. Abbas Yousefi
  3. Abdollah Tahriyan
  4. Aboubakr Shokri
  5. Ahmad Kahroubi
  6. Ali Abade
  7. Ali Baneiyan
  8. Ali Baziyan
  9. Ali Ghaware
  10. Ali Golparast
  11. Ali Mazna
  12. Ali Salahi
  13. Feridoun Shanga
  14. Gholamreza Barezi
  15. Hamed Mahmoud Kando
  16. Hasan Jahani
  17. Hasan Rahmanian
  18. Hejar Karimi
  19. Homayon Niloufari
  20. Hossein Kalhori
  21. Ibrahim Amini
  22. Inshallah Naderi
  23. Kamal Chawshini
  24. Kamal Karimi
  25. Kamran Zaher Hejazi
  26. Karim Kaveh
  27. Karim Rahimian
  28. Kazem Khatooni
  29. Khaled Rahim Azar
  30. Khaled Safayi
  31. Khalegh Barzani
  32. Khezer Rangin
  33. Maghsoud Mahmoudi
  34. Mahmoud Rizeyi
  35. Mansour Janah
  36. Mohamad Farough Baziar
  37. Mohammad Aboubakri
  38. Mohammad Amin ahmadi
  39. Mohammad Hosseini
  40. Mohammad Mashoodi
  41. Mohammad Olyayi
  42. Mohammad Salimi
  43. Mohamman Amin Safa
  44. Molla Hasan Lajavardi
  45. Mostafa Faghri
  46. Mostafa Ismati
  47. Rahman Khezerpour
  48. Rahman Rahimi
  49. Saleh Farhoudi
  50. Saleh Mam Ibrahimi
  51. Seyed Ibrahim Ahmadi
  52. Seyed Mahmoud Seyed Mahmoudi
  53. Shokri Naderi
  54. Siyamak Saghezi
  55. Soleiman Hasanzadeh
  56. Vafa Elyasi
  57. Yousef Ayazi
  58. Yousef Habibpanah
  59. Yousef Hasanzadeh

SHENGAL. Commémoration des 19 Yézidies brûlées vives à Mossoul en 2016

0

SHENGAL – Dix ans après le meurtre de 19 femmes yézidies par l’État islamique, le Mouvement de libération des femmes yézidies (en kurde: Tevgera Azadiyê ya Jinên Êzidî – TAJÊ) a commémoré les victimes à Shengal (Sinjar). Ces femmes avaient été brûlées vives en public à Mossoul en 2016 pour avoir résisté à l’esclavage.

Rassemblement à Shengal pour le dixième anniversaire

À l’occasion du dixième anniversaire de cette atrocité perpétrée le 3 juin 2016, des militants se sont rassemblés devant le bâtiment du Conseil populaire à Shengal. Ils ont lancé un appel pour que justice soit rendue aux victimes du génocide qui a frappé la communauté yézidie.

Ces 19 femmes faisaient partie des milliers de Yézidis enlevés par l’organisation terroriste après le génocide de Shengal, déclenché le 3 août 2014. Elles ont été enfermées dans des cages de fer et brûlées vives sur une place publique du centre de Mossoul, devant des centaines de personnes. Par ce supplice, l’État islamique punissait leur refus d’abjurer leur foi et de se soumettre à l’esclavage sexuel, tout en cherchant à terroriser la population.

Un appel à la mobilisation internationale des femmes

L’immolation publique de ces 19 femmes reste l’un des crimes les plus brutaux commis par Daech au cours du génocide yézidi. Lors de la cérémonie, la porte-parole du mouvement, Rîham Hesen, a réaffirmé l’exigence de justice de l’organisation :

« En tant que TAJÊ, nous commémorons ces femmes assassinées et renouvelons notre engagement : nous ne les oublierons jamais et nous ne permettrons jamais qu’elles tombent dans l’oubli. »

Rîham Hesen a également insisté sur la dimension historique de ces violences et sur la nécessité d’obtenir des comptes :

« Ce qui a été fait à notre communauté est sans précédent dans l’histoire. Nous appelons les organisations de femmes à se mobiliser pour que justice soit faite. Il ne faut pas faire taire la voix des femmes assassinées. »

Elle a conclu en réitérant la détermination du mouvement à poursuivre la lutte pour que les auteurs du génocide soient traduits en justice.

La commémoration s’est achevée par la reprise collective des slogans « Vive l’héritage des femmes martyres », « Vive la résistance des femmes » et « Femme, Vie, Liberté (jin, jiyan, azadî) ».

IRAN. 10 prisonniers exécutés en une journée

0

IRAN / ROJHILAT – Douze prisonniers condamnés pour des délits de droit commun, parmi lesquels figuraient trois Baloutches, deux Turcs, un Kurde et deux Afghans, ont été exécutés par les autorités iraniennes au sein des prisons de Shiraz, Zanjan et Sabzevar. Dix d’entre eux ont été exécutés le 31 mai.

Dix exécutions recensées à la prison d’Adelabad (Shiraz)

D’après les informations recueillies par l’organisation Hengaw pour les droits humains, dix de ces exécutions ont été programmées aux premières heures du dimanche 31 mai 2026 à la prison centrale de Shiraz.

L’organisation a pu identifier huit des condamnés :

  • Saeid Dehqanizadeh (32 ans) et Abbas Bayat (30 ans), tous deux originaires de Shiraz, arrêtés respectivement quatre et trois ans plus tôt pour « meurtre avec préméditation ».

  • Barzou Mousazadeh (30 ans), un ouvrier kurde originaire de Kermanshah, arrêté trois ans avant son exécution pour « meurtre avec préméditation ».

  • Ali Akbar Sarabi Moqadam, habitant de Kazerun, arrêté quatre ans auparavant pour « meurtre avec préméditation ».

  • Salar Sheikhi (29 ans), un Turc originaire de Jolfa, arrêté deux ans plus tôt et condamné pour « viol ».

  • Mohammad Osman Danebarchin (35 ans, père de 3 enfants), Qader Khodamoradi (43 ans, père de 4 enfants) et Mohammad Sediq Balouchi (55 ans, père de 6 enfants et originaire de Zahedan). Ces trois hommes de la communauté baloutche avaient été condamnés pour des infractions liées à la drogue. Balouchi a passé neuf ans dans le couloir de la mort, tandis que les deux autres avaient été arrêtés il y a quatre ans.

L’identité des deux derniers prisonniers, de nationalité afghane, n’a pas encore été confirmée et fait l’objet d’investigations.

Exécutions à Zanjan et Sabzevar

Le même dimanche 31 mai, les autorités ont procédé à l’exécution de Parviz Valizadeh à la prison centrale de Zanjan. Ce jeune Turc de 27 ans avait été condamné à la peine capitale pour un « meurtre avec préméditation » que l’administration a qualifié de crime d’honneur.

La veille, aux premières heures du samedi 30 mai 2026, Isa Shakourian (23 ans) a été exécuté à la prison centrale de Sabzevar. Originaire du village d’Hashemabad, il avait été arrêté trois ans auparavant pour « meurtre avec préméditation » à la suite d’une confrontation ayant entraîné la mort d’Abolfazl Vafaei, un membre du Bassidj âgé de 18 ans.

À ce jour, les médias d’État iraniens et les canaux de communication officiels du pouvoir judiciaire n’ont pas communiqué sur ces douze exécutions.

ROJAVA. Des gangs pro-turcs pillent les terres des Kurdes déplacés de Serêkaniyê

0

SYRIE / ROJAVA – Des groupes armés affiliés à la Turquie se sont emparés des terres agricoles et des récoltes appartenant à des familles kurdes déplacées dans la région de Serêkaniyê (Ras al-Aïn), dans le nord de la Syrie.

Xidir Zahir Sîno, un habitant du village kurde de Xirbê Çemo, a pu retourner brièvement dans son village et a témoigné de la situation sur place :

« J’ai vu cinq moissonneuses-batteuses en train de récolter du blé et de l’orge sur nos terres. Je voulais m’approcher des ouvriers pour leur dire que cette terre m’appartenait, mais ils m’en ont empêché. Quand j’ai demandé qui gérait ces terres, on m’a seulement répondu que c’était une personne nommée “Muelim”. »

Zahir Sîno a indiqué que les groupes armés ont confisqué non seulement ses terres, mais aussi celles de nombreux villageois des alentours. Une maison du village a été transformée en centre de collecte des récoltes, gardée par des hommes armés.

« Ils récoltent nos cultures depuis des années », déplore-t-il. « J’ai exigé qu’ils quittent mes terres, mais ils m’ont repoussé et interdit de m’approcher. »

Le témoin appelle à la fin immédiate de ces pratiques et exige que les habitants déplacés puissent regagner leurs villages en sécurité, avec la restitution de leurs terres et de leurs biens confisqués.