Gulistan Sido, universitaire kurde d’Afrin œuvrant pour le reboisement du Rojava

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PARIS – L’universitaire Gulistan Sido est originaire du canton kurde d’Afrin, le paradis d’olivier et du vivre-ensemble des peuples détruit par la Turquie lors de son invasion en mars 2018. Tout en rêvant de pouvoir retrouver ce paradis perdu, Gulistan Sido a cofondé l’association « Tresses Vertes » au Rojava pour reboiser la région et participe aux partenariats entre des associations du Rojava et des ONG et institutions européennes. Alors que des milliers de semis d’arbres (oliviers, chênes, pins…) poussent dans des pépinières du Rojava, Gulistan est revenue en France faire une thèse en littérature orale kurde à l’INALCO, tout en continuant à travailler pour l’association « Keziyên kesk » (« Tresses Vertes ») et à tisser des liens de solidarité entre le Rojava et l’Europe. Cette vie riche en actions de Gulistan Sido est publiée sur le site de l’INALCO: Gulistan Sido, semer les graines de la vie et de la solidarité Pouvez-vous vous présenter ? Je m’appelle Gulistan Sido, je suis kurde de Syrie, originaire de la Montagne kurde « Afrine », une région montagneuse très fertile et fief d’oliviers qui s’étendent à perte de vue, terre de mes ancêtres à laquelle je suis très attachée depuis mon enfance. Nous la considérons comme notre petit paradis. Je suis née en 1979 et à deux ans, j’ai eu la poliomyélite. Avec une mobilité réduite, j’ai été confrontée à plusieurs difficultés dans ma vie. Mais cette situation particulière ne m’a pas empêchée de faire des études. J’ai grandi et fait mes études à Alep, où la scolarisation jusqu’au baccalauréat se déroulait en langue arabe. Quel a été votre parcours universitaire en Syrie, puis en France ? J’ai une formation littéraire à la base. J’ai pu lire et découvrir la littérature russe traduite en arabe qui, à l’époque, était abondamment publiée en Syrie. Ensuite, entre 1997 et 2001, j’ai suivi des études de littérature française à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, au Département de langue française de l’Université d’Alep. En 2002, j’ai obtenu un diplôme d’études supérieures littéraires. Mon premier mémoire portait sur le thème de la violence dans le roman La condition humaine d’André Malraux. En 2006, j’ai poursuivi mes études en France où j’ai fait un Master en lettres modernes à Paris III. J’ai travaillé sur le thème de la sagesse et les figures du sage dans les œuvres d’André Gide. J’envisageais de faire un Master en littérature orale kurde à l’Inalco, mais, après un retour en Syrie en 2008, j’ai eu des difficultés pour revenir en France et ces études ont été interrompues. Alors, durant cette période jusqu’en 2011, j’ai collecté et enregistré de nombreux textes de littérature orale dans ma région natale et dans le quartier kurde Cheik Maqsoud à Alep. J’enseignais également le français à l’université d’Alep. Dans le sillage du « Printemps arabe », le soulèvement populaire a commencé en Syrie en mars 2011 et, sous les coups de la violente répression, il s’est transformé en une guerre civile. J’ai vécu dix ans de cette guerre qui fait encore rage dans mon pays. Un long exode a commencé pour moi, d’Alep vers Afrine, puis d’Afrine vers les régions d’Al-Jazeera et enfin le débarquement et l’exil en France en octobre 2021. Là, j’ai pu m’inscrire en doctorat à l’Inalco. Vous êtes lauréate du programme PAUSE et poursuivez votre thèse de doctorat à l’Inalco, sous la direction de Mme Ursula Baumgardt et la co-direction de Amr Ahmed (CeRMI) Sur quels sujets portent vos recherches ? Aujourd’hui, je suis membre de l’équipe de recherche Plidam (Inalco) et du Groupe de recherche « Oralités du Monde » (ODM). Je m’intéresse aux questions des articulations et des rapports entre les deux modalités d’expressions littéraires orale et écrite. J’étudie les représentations de l’identité et de l’altérité culturelles dans la littérature orale et écrite en kurde. Depuis 2018, Afrine est occupée par la Turquie. En janvier 2018, la Turquie a commencé à bombarder la ville et après 58 jours de bombardements, j’ai dû partir avec les autres, le 18 mars, vers la campagne et, hélas, je n’ai pas pu sauver ma bibliothèque qui contenait des centaines de livres en plusieurs langues. Fort heureusement, j’ai pu sauvegarder l’archive de mon corpus de littérature orale. Cette archive est pour moi un trésor. Ce corpus de contes oraux constitue le terreau à partir duquel s’articule ma problématique de thèse. Depuis toujours, je vis à la lisière de plusieurs langues et cultures. Je parle le kurde, l’arabe, le turc, que j’ai appris à Alep, et le français. Ma formation en littérature française et en traduction m’a permis de me pencher sur une œuvre d’Emmanuel Roblès, la pièce de théâtre « Montserrat » dont j’ai achevé la traduction en kurde en 2022. Dans une interview accordée à Contretemps en juin 2021, nous découvrons que vous étiez très engagée dans la création de l’Institut de langue et de littérature kurde d’Afrine en 2013 et de la première université du Rojava. Pourriez-vous revenir en quelques lignes sur le contexte et les enjeux de l’époque ? Aujourd’hui, quel est le fonctionnement de ces universités et sur quels soutiens s’appuient-elles ? Sous la pression des populations kurdes qui se sont soulevées, les services de renseignements et l’armée du régime se sont retirés des villes kurdes : Afrine, Kobané et Al-Jazeera. Un an après, le 19 juillet 2012, la révolution du Rojava a démarré. Cette révolution s’est traduite par la construction de nouvelles institutions alternatives sociales et l’émergence d’un vrai mouvement culturel. En mars 2013, le régime a bombardé le quartier à Alep où je vivais. J’ai dû partir et aller vers Afrine. Les régions kurdes étaient alors sous blocus, complètement isolées. Il était aussi très dangereux de se déplacer entre ces villes et les deux grandes villes, Damas et Alep. Avec plusieurs universitaires, dans une démarche de se réapproprier notre langue, notre culture qui, depuis toujours, était marginalisée, interdite, étouffée, nous nous sommes regroupés pour fonder, en octobre 2013, le premier institut de langue et littérature kurde « Viyan Amara » destiné à la formation des enseignants en 2 ans. Pour nous, l’enseignement du kurde était un événement important et un tournant historique. En tant que membre fondatrice, j’ai participé à la préparation des matières d’enseignement et à la planification des formations en histoire, grammaire et plus spécialement en littérature kurde, en adaptant la méthodologie acquise dans mon cursus de littérature française. Créer des universités était un réel besoin pour que les étudiants puissent continuer leurs études. En 2015, une première université voit le jour à Afrine. Trois autres universités suivront : Rojava (2016), Kobané (2017) et Al Charq à Raqqa (2021). Des dizaines de départements offrent des formations dans différentes disciplines (la médecine, l’ingénierie civile et écologique, la pétrochimie, l’agriculture, la langue et littérature kurde, la Jineolojie « science de la femme »…). Ces universités ne sont pas reconnues étant donné le statut politique des régions de l’auto-administration démocratique du Nord-Est de la Syrie. Elles sont financées par l’administration. Plus de 2000 étudiants ont déjà obtenus des diplômes et peuvent soit travailler soit continuer leurs études en Master. En 2020, avec plusieurs collaborateurs, vous initiez le programme écologique « Tresses Vertes » au Rojava. Pourriez-vous revenir sur la genèse de ce projet, ses objectifs et réalisations ? L’association des Tresses Vertes est une initiative écologique populaire née en octobre 2020 dans ce contexte de guerre. Lancée par une équipe de 8 personnes issues de différentes régions du Rojava, elle est basée à Qamișlo et est active dans la région du Nord-Est de la Syrie. Le projet a commencé sur une base de volontariat, sans aucun budget, et avec juste quelques graines récupérées gratuitement. Elle vise à intensifier les efforts de reforestation en mobilisant largement la société civile, et en encourageant, à travers cette mobilisation citoyenne, l’auto-administration et les municipalités à fournir les moyens nécessaires pour faire face aux fortes dégradations écologiques de la région. Après dix années de conflit armé et de politiques destructrices orchestrées par le régime de Bachar el-Assad dans les territoires de la Syrie, notamment dans la région du « Nord-Est de la Syrie », il a fallu trouver des solutions alternatives pour faire face à de véritables catastrophes sociales, humanitaires et écologiques. Les investissements dans des champs pétroliers, l’imposition de monocultures intensives de céréales et l’interdiction de planter des arbres ont contribué à l’avancée du désert, à l’asséchement des cours d’eau et à la pollution de l’air. Les populations, non seulement privées d’eau potable, sont également aujourd’hui confrontées à l’augmentation de maladies respiratoires et de cancers.
* En Syrie, 80% des patientes atteintes de cancer viennent du nord/est. * Il n’y a que 1,5% d’espaces verts au Rojava, alors que les recommandations internationales sont de 10 à 12%. * Au moins cinq rivières au Rojava sont aujourd’hui à sec. Par conséquent, une très grande variété de plantes a disparue.
L’association des Tresses Vertes a pour vocation de tisser à nouveau des liens avec la vie grâce à la création de pépinières. C’est un acte de résistance. Par cette initiative bénévole, nous aspirons à préparer 4 millions de semis de différentes variétés d’arbres à replanter en 5 ans dans l’ensemble de la région. Les objectifs spécifiques du projet sont : – Consolider la capacité de reproduction de plants du projet Tresses Vertes, notamment sur la nouvelle pépinière de Qamishlo. Nous sommes épaulés et soutenus par la Fondation Danielle Mitterrand et la municipalité de Lyon. – Renforcer la sensibilisation écologique au Nord-Est Syrie, et plus particulièrement une culture de soin des arbres. – Contribuer à l’accompagnement technique et au renforcement des capacités du projet des Tresses Vertes à travers des échanges avec des spécialistes – Contribuer à préserver/rétablir des écosystèmes sains et une diversité biologique. – Atténuer la pression psychologique causée par la guerre en impliquant les habitants de la région dans le projet. Partie d’une pépinière de 17 000 arbres cultivés sur un petit terrain prêté par l’Université du Rojava à Qamishlo, l’association a fait essaimé de nouveaux groupes de bénévoles et jusqu’à 10 pépinières dans les villes de Kobanê, Amuda, Derbasiyê, Tell Tamer, Hassakeh et Raqqa. Afin d’augmenter la couverture végétale tout en respectant les équilibres naturels, on a choisi des essences d’arbres adaptées aux écosystèmes locaux. On verra bientôt fleurir cyprès, pins de Beyrouth ou d’Alep, tilleuls et grenadiers dans toute la région d’Al-Jazeera. L’objectif, ambitieux, est de recouvrir 10% du territoire du Nord et de l’Est de la Syrie. Accompagnée par un conseil scientifique, l’initiative se poursuit avec la création de cinq nouvelles pépinières de plus grandes capacités. En promouvant la participation des habitants et habitantes des territoires, les Tresses Vertes font de la mobilisation populaire le moteur de leur ambition : régénérer des milieux de vie sains et vivants dans le Nord-Est de la Syrie. Dans les écoles et les lycées, les organisations de la société civile, les communes, le travail collectif est favorisé à travers des campagnes de sensibilisation aux enjeux écologiques et des formations. Ce programme est lauréat du Prix de la fondation Danielle Mitterrand 2022, avec quatre autres initiatives locales et populaires de la région du Nord-Est de la Syrie. Quel soutien représente ce prix pour les acteurs du projet ?  Ce prix nous a été décerné dans le cadre du réseau JASMINES (Jalons et Actions de Solidarité Municipalisme et Internationale avec le Nord-Est de la Syrie) initié et conçu par la Fondation Danielle Mitterrand. Ce réseau soutient les projets démocratiques, écologiques et alternatifs menés par la société civile au Rojava et au Nord-Est de la Syrie et œuvre à construire des ponts d’amitié et de coopération. C’est grâce à ce programme que la ville de Lyon nous a offert la première aide financière pour développer et pérenniser notre projet. Ce prix représente pour nous une reconnaissance de ces projets. Cette distinction que nous avons méritée montre l’importance et la valeur des projets réalisés. Le prix vise à les rendre plus visibles. Il nous ouvre de nouvelles portes de soutien et de solidarité et nous prouve que nous ne sommes pas seuls et abandonnés. Quelles sont les interactions entre ces différents programmes de la région ? Le point commun entre ces différents programmes alternatifs est le contexte de guerre et d’embargo dans lequel ils se développent. Chaque programme représente une façon d’agir et de faire résistance. Ils se complètent et sont très vitaux dans le sens où chacun d’eux essaie de trouver des solutions et cherche à améliorer la situation. L’écologie, l’émancipation de la femme et son rôle dans la démocratisation des esprits, la réorganisation de la société et la construction d’infrastructures vitales sont des besoins essentiels pour subsister et trouver des réponses collectives locales. Aujourd’hui, comment les populations locales font-elles face aux exactions commises par la Turquie sur leur territoire ? Sur quels soutiens pourraient-elles compter pour mener à bien ces projets ? Face aux menaces intérieures (l’existence des cellules dormantes de l’Etat islamique) et extérieures (les attaques et les exactions commises par la Turquie), l’auto-administration démocratique du Nord-Est de la Syrie et les populations qui vivent sous sa bannière « Kurde, Arabe, Syriaque et Arménien » comptent tout d’abord sur leur propre force militaire, les Forces démocratiques syriennes (FDS), qui ont pu vaincre l’EI en 2017. Leur attachement aux valeurs portées par leur projet démocratique est basé sur un nouveau paradigme : la fraternité des peuples, la liberté et l’égalité homme-femme. Les populations comptent également sur le soutien des grandes forces internationales qui croient aux mêmes valeurs et qui défendent les droits de peuples à l’autodétermination. Elles espèrent une prise de position plus ferme de la part de ces forces contre les attaques aériennes turques qui ont ciblé les infrastructures et les ressources de vie. C’est à travers la construction des ponts d’amitié, de solidarité et par le renforcement des relations de coopération avec les organisations et les associations de la société civile que les projets peuvent être soutenus et perdurer. Portrait publié ici: Gulistan Sido, semer les graines de la vie et de la solidarité

KURDISTAN. Le Conseil provincial de Souleimaniye part en guerre contre le genre

Récemment, le Conseil provincial de la région kurde de Souleimaniye, au Kurdistan irakien, a interdit les activités relatives au genre, déclarant qu’elles « détruisent l’ordre de la société et constituent une menace pour nos jeunes et les générations futures ». Pour la chercheuse Dastan Jasim, cette décision encourage les islamistes et l’extrême-droite kurde à attaquer encore plus violemment l’universitaire Choman Hardi qui dispense des cours au Centre d’études sur le genre* et le développement au sein de l’Université américaine d’Irak, Sulaimani. Dastan Jasim a déclaré: « La décision du Conseil provincial de Souleimaniye d’« interdire » les études du genre dans le gouvernorat n’est pas seulement une décision politique vide de sens, mais a en fait encouragé les islamistes et les Kurdes de l’extrême droite à attaquer Choman Hardi et le Centre d’études sur le genre et le développement encore plus fort. Une campagne de haine déjà en cours est alimentée par cette décision qui vient parallèlement aux procès en cours contre différentes institutions éduquant le public sur le genre. Ce qui m’écœure le plus, cependant, c’est à quel point beaucoup sont indifférents à cette évolution. À toutes les personnes qui qualifient les organisations féministes de « corrompues » et aiment voir des gens comme Choman Hardi être attaqués ainsi : le Kurdistan n’est pas seulement un duopole dysfonctionnel corrompu, mais devient un enfer conservateur dans lequel aucun de nous n’aura d’avenir si les choses se passent ainsi. Vous pouvez avoir une différence d’opinion en ce qui concerne la méthodologie ou la théorie du féminisme ou du gauchisme ou quoi que ce soit, mais ce qui se passe en ce moment est un appel sans précédent à la violence contre elle et tous les centres de genre au Kurdistan et s’y opposer est une priorité. Les gens qui étaient au premier rang quand il s’agissait de se chamailler et de se battre en interne ne peuvent même plus dire un seul mot sur cette campagne. C’est inquiétant, c’est effrayant, cela motive ces gens à devenir de plus en plus violents. Ayons les yeux sur tous les centres de genre et les organisations LGBTQIA, sur les féminicides, sur la situation extrêmement détériorée au GRK et interpellons également les gouvernements occidentaux qui tolèrent silencieusement ces développements. » *La décision du Conseil provincial de Souleimaniye fait suite à une tentative antérieure du vice-Premier ministre du KRG, Qubad Talabani, d’expliquer le terme « genre » par l’utilisation de haut-parleurs dans les mosquées, mais cette tentative s’est heurtée à la résistance des habitants de la province. Après de nombreux débats sur les réseaux sociaux dans la région du Kurdistan, un projet de loi visant à remplacer le mot « sexe » par « genre » dans la législation a pour l’instant été rejeté.

Les Kurdes du Rojava vont payer le prix de l’élection d’Erdogan

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Les élections cruciales turques de 2023 devraient avoir lieu début mai. Pour les habitants du nord-est de la Syrie, le vote signifie au mieux des mois d’anxiété et d’anticipation, et au pire des bombardements aériens, du sang et des larmes. L’heure zéro d’une nouvelle incursion militaire turque semble plus proche que jamais. Le commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), le général Mazloum Abdi, a déclaré dans une récente interview qu’il s’attend à une attaque turque contre le nord-est de la Syrie au cours du mois de février. Les dirigeants turcs semblent avoir désespérément besoin d’une opération militaire avant les prochaines élections. Les efforts de la Turquie pour normaliser les relations avec la Syrie, également liés aux préoccupations électorales d’Erdogan, pourraient eux aussi avoir des conséquences néfastes.

Guerre avant les élections

L’économie turque est en crise. Il y a cinq ans, un dollar valait moins que quatre livres turques ; aujourd’hui, il en vaut presque 19. Si le taux d’inflation a légèrement diminué par rapport aux derniers mois, il reste dangereusement élevé. Du coup, les salaires de la classe moyenne ne suffisent plus à vivre et les profits des commerçants se sont rétrécis. Ceux qui se plaindraient de leur situation n’ont pas de chance : le système carcéral en expansion de la Turquie est plein d’opposants politiques et de critiques. La remise en cause des abus du gouvernement est devenue un motif de poursuites : Sebnem Korur Fincanci, la présidente de l’Association médicale turque, a récemment été accusée de « diffusion de propagande en faveur d’un groupe terroriste » après avoir laissé entendre que l’utilisation présumée d’armes chimiques par l’armée turque contre des combattants du PKK en Kurdistan irakien devait faire l’objet d’une enquête. Erdogan cherche à échapper à ces problèmes en convainquant les électeurs turcs que leur sécurité nationale est menacée. Cette situation, selon la philosophie politique d’Erdogan, appelle à une lutte contre les « organisations terroristes » en Syrie – les FDS, le partenaire de la Coalition mondiale dans la guerre contre l’Etat islamique. Il est révélateur que les autorités turques n’aient pas fait de telles déclarations sur l’importance de sécuriser la frontière sud du pays lorsque l’Etat islamique y était présent. Des rapports régionaux et internationaux ont révélé que la plupart des membres étrangers de l’Etat islamique sont entrés et sortis de Syrie via la Turquie. Aujourd’hui, Hayat Tahrir al-Cham, que Washington, l’Union européenne et même la Turquie qualifient de groupe terroriste, est présent le long de la frontière turque à Idlib. Cependant, il n’y a aucun appel de la Turquie à s’opposer à l’affilié d’Al-Qaïda. Au contraire, il existe des relations ouvertes entre les deux parties.

Normalisation avec Assad

Lorsque la crise syrienne a commencé, Erdogan a qualifié le président syrien Bashar al-Assad de dictateur illégitime. La Turquie soutient les factions armées anti-Assad, en particulier les islamistes, depuis le début de la guerre. Cependant, après plus d’une décennie de combats qui ont fait des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés, les intérêts du président turc ont changé. Sous les auspices de la Russie, la Turquie a entamé le processus de normalisation de ses relations avec la Syrie. Erdogan espère intensifier les expulsions de réfugiés syriens en Turquie afin d’empêcher l’opposition de mobiliser avec succès un sentiment anti-réfugiés croissant. Il cherche aussi à porter un coup de grâce au SDF et à l’Administration autonome. Un accord avec Damas pourrait l’aider à accomplir les deux. Pour la Russie, ces pourparlers contribuent à creuser un fossé entre la Turquie et ses partenaires occidentaux et à consolider la position des alliés de Moscou à Damas. Les États-Unis ont réaffirmé qu’ils rejetaient toute normalisation avec l’État syrien. Assad lui-même, probablement préoccupé par le fait que les objectifs d’Erdogan soient davantage liés aux élections qu’à tout véritable changement de politique syrienne, a également stipulé que toute discussion avec la Turquie dépendrait du retrait des forces turques du territoire syrien.

Quelles réactions des puissances internationales ?

La capacité d’action de la Turquie dans le nord-est de la Syrie est surtout contrainte par les positions de la Russie et des États-Unis. Les deux gouvernements savent qu’une incursion turque réussie est susceptible d’augmenter les chances d’Erdogan aux urnes. Même les analystes russes les plus pessimistes ne s’attendaient pas à ce que la guerre de Moscou en Ukraine se poursuive aussi longtemps. Ce conflit a des impacts directs sur la guerre en Syrie. La Russie ne s’opposera pas à une nouvelle incursion turque en Syrie si elle peut conduire à des gains en Ukraine, et espère probablement renforcer la position de ses alliés au Moyen-Orient afin de se concentrer sur le conflit ukrainien. Il avait précédemment concédé Afrin de la Syrie à la Turquie en échange du retrait des factions de l’opposition de la Ghouta et de la reddition de la région à Assad. Une nouvelle incursion turque serait également susceptible d’accroître les tensions au sein de l’OTAN, profitant davantage aux intérêts de la Russie. Sous l’ancien président Donald Trump, les États-Unis étaient également disposés à donner leur feu vert aux opérations turques en Syrie. L’administration Biden, en revanche, affirme qu’elle s’opposerait aujourd’hui à une telle évolution. Les responsables américains avertissent qu’une incursion terrestre turque menacerait les acquis de la guerre contre l’Etat islamique, permettant potentiellement à des dizaines de milliers de prisonniers de l’Etat islamique et à leurs familles de se libérer. Ils craignent également probablement que la Turquie concède tout territoire nouvellement occupé à Assad en cadeau. L’Iran est également un allié clé d’Assad dans la guerre en Syrie, et de récentes déclarations russes suggèrent qu’il devrait bénéficier de tout processus de rapprochement turco-syrien qui pourrait se produire aux dépens de l’AANES. Au milieu de cette incertitude, un constat s’impose : la région traverse une situation complexe régie par les équilibres et les arbitrages internationaux. La population du nord-est de la Syrie souhaite la stabilité et craint une nouvelle vague de guerre et de déplacement. [Les habitants du Nord et de l’Est de la Syrie seront peut-être les plus grands perdants des élections en Turquie, bien qu’ils ne puissent pas y participer]. Par Hoshang Hasan  A lire la version originale ici: As Erdogan Prepares for Elections, Syrians Pay the Price

TURQUIE. Un jeune Kurde blessé au volant de sa voiture par des tirs des policiers en civils

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TURQUIE / KURDISTAN – À Van / Özalp, des policiers en civil ont ouvert le feu sur la voiture d’Ümit Yildiz, un jeune Kurde qui rendait visite à un proche, et l’ont blessé grièvement. Mercredi soir, Ümit Yildiz rentrait chez lui après avoir rendu visite à un parent à Qelqeli (tr. Özalp), un district de Wan, dans le nord du Kurdistan, lorsqu’il a été abattu dans sa voiture par des policiers en civil. Il a été blessé lors de l’attaque et est hospitalisé. La députée HDP de Wan, Muazzez Orhan, a rendu public l’incident sur les réseaux sociaux. Orhan a déclaré que, Ümit Yıldız, revenant d’une visite à un proche, a été suivi par deux véhicules civils sur la route Qelqeli-Wan (…). « Il a été ciblé depuis les véhicules et blessé. Il a ensuite été tiré du véhicule et battu. Il est maintenant à l’hôpital. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement. Il n’y a pas de sécurité de la vie dans ce pays. » ANF

L’espion turc qui traquait les opposants dans des centres de réfugiés en Allemagne

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ALLEMAGNE – Les services secrets turcs (MIT) espionnent les opposants kurdes et turcs en Allemagne. Le consulat général de Turquie à Düsseldorf serait impliqué dans un scandale dévoilé récemment. C’est un scandale qui a des parallèles avec les événements qui ont suivi la tentative de coup d’État en Turquie en 2016. À cette époque, ce sont principalement des imams dans les mosquées de DITIB qui avaient collecté des informations pour le service secret turc MIT sur des partisans présumés du Mouvement Gülen. Le Frankfurter Rundschau d’IPPEN MEDIA a été mis au courant d’un cas d’espionnage similaire en Allemagne, dans lequel le consulat général de Turquie à Düsseldorf est également impliqué. Selon le rapport d’Erkan Pehlivan, la mission turque à l’étranger a reçu des informations d’un ancien employé d’une société de sécurité qui aurait travaillé comme agent de sécurité dans un centre pour réfugiés à Grevenbroich, en Rhénanie du Nord-Westphalie. Dans l’information issue de documents classés « secrets » du ministère turc des Affaires étrangères remis au ministère de l’Intérieur turc, sept hommes et une femme ont été fichés par l’espion turc. « Dans les documents qui nous ont été envoyés par notre consulat général à Düsseldorf en référence à une conversation avec notre citoyen A., il apparaît qu’il aimerait divulguer les noms de personnes qui ont des liens avec « FETÖ » [organisations des adeptes de Fethullah Gulen] » écrit le document. Après la tentative de coup d’État, le président Recep Tayyip Erdogan a accusé le mouvement autour du prédicateur islamique Fethullah Gülen pour la tentative de coup d’État et l’a classé comme organisation terroriste. Un employé d’une société de sécurité espionne des réfugiés originaires de Turquie Selon le document, A., un Turc, avait trouvé les personnes qu’il accusait d’avoir des liens avec la FETÖ non seulement à Grevenbroich mais aussi à Rommerskirchen et Dormagen. Outre les numéros de cartes d’identité turques, les adresses et en partie les numéros de téléphone des personnes espionnées sont également répertoriés. Le rapport du consulat général de Turquie a été transmis à la police antiterroriste (TEM), qui a également rédigé un rapport sur les personnes espionnées. Ce rapport, classé « secret », écrit qu’ils ont, entre autres, comparé les données avec d’autres services de police. Le MIT enrôle des personnes d’origine turque en Allemagne « Il se pourrait bien que des employés des services secrets turcs MIT, qui sont actifs dans les consulats généraux turcs, profitent de personnes comme A. Donc, il semble que certains noms aient au moins été découverts au préalable par le MIT et mis sur le liste », soupçonne Yasar Demircioglu, avocat constitutionnel turc et conseiller juridique des « Défenseurs des droits humains ». Comme de nombreux autres universitaires, Demircioglu s’est enfui en Allemagne après la tentative de coup d’État en Turquie en 2016. D’anciens diplomates turcs ont confirmé par le passé que du personnel du MIT était présent dans des missions turques à l’étranger pour recueillir des informations sur les détracteurs du gouvernement. Par le passé, l’Office fédéral pour la protection de la Constitution (BfV) avait mis en garde à plusieurs reprises contre les activités des services secrets turcs MIT. « L’intérêt des services de renseignement turcs et des autorités de sécurité en Allemagne en matière de renseignement est essentiellement dirigé contre toutes les organisations et tous les individus qui sont en opposition réelle ou présumée au gouvernement turc actuel. Leurs principales cibles sont le « Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et le mouvement Gülen », écrit le BfV dans son rapport 2021. La victime porte plainte pour espionnage Au moins une des personnes concernées a déposé une plainte pour espionnage auprès du parquet de Düsseldorf. Il y accuse A. et des fonctionnaires du consulat général de Turquie à Düsseldorf d’activité d’agent des services secrets et de suspicion politique. En outre, le plaignant accuse la Turquie d’avoir violé la Convention des Nations Unies sur les relations diplomatiques de 1961 en espionnant les détracteurs d’Erdogan en Allemagne. Gökay Akbulut du Parti de gauche, membre du Bundestag et vice-président du groupe parlementaire germano-turc, est indigné par cette affaire. Dans une interview accordée à Frankfurter Rundschau, il déclare : « S’il est vrai qu’un employé de la sécurité dans un logement pour réfugiés espionne les membres de l’opposition de Turquie et travaille pour des missions étrangères turques, ce serait un événement scandaleux. Le gouvernement allemand doit donner suite à ces indications et fixer des limites claires pour le gouvernement turc ». Akbulut appelle à l’intervention des autorités judiciaires et sécuritaires. « Il est impossible que les réfugiés de Turquie ne soient pas à l’abri, même ici, du bras long d’Erdogan. Par conséquent, toutes les activités d’information pour la Turquie doivent être arrêtées et les auteurs poursuivis. » L’incident n’est pas une surprise. Il y a quelques semaines, le député AKP Mustafa Acikgöz avait déclaré dans sa diatribe dans une mosquée de Neuss des Loups gris que peu importe où dans le monde ils fuyaient, les partisans du PKK et du mouvement Gülen seraient détruits. L’affaire a conduit à un différend diplomatique. Le représentant de l’ambassade de Turquie a été convoqué au ministère des Affaires étrangères et informé que la haine et le discours de haine n’avaient pas leur place en Allemagne. ANF

IRAN. Féminicides à Marivan, Kamyaran et Kermanshah

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IRAN / ROJHILAT – Ces derniers jours, Negin Rostami, Rizvan Nadimi et Firuzeh Moradi ont été tuées par des membres masculins de leur famille dans les villes kurdes de Marivan, Kamyaran et Kermanchah. Selon l’ONG Kurdistan Human Rights Network, une femme de 26 ans de Kermanshah nommée Firouze Moradi a été poignardée à mort par son frère. Un jour après s’être présenté à la police, le frère de la femme a déclaré que la raison du meurtre de sa sœur était due à des « différends familiaux » . Le 23 janvier dernier, Negin Rostami a été brûlée dans la cour de sa maison dans le village Ney à Marivan [par son ex-mari]. On raconte qu’après avoir versé de l’essence sur la femme, l’homme l’a brûlée et pris la fuite. Negin Rostami est décédée des suites de graves brûlures le 29 janvier à l’hôpital Kowsar de Sanandaj [Sînê]. L’agence de presse Zan, qui a publié cette nouvelle pour la première fois, a écrit que cette femme de 30 ans avait été forcée de se marier par sa famille à un très jeune âge en raison de la pauvreté financière et de la violence domestique. Mais après le mariage, elle a été constamment soumise à la violence domestique, et pour cette raison, elle s’est séparée de son mari et a épousé un autre homme. Mais les violences continuaient. Après deux séparations, elle s’est mariée pour la troisième fois en raison du manque de soutien de sa famille et du manque de soutien des institutions gouvernementales. Avant son meurtre, Negin déclarait qu’elle était constamment menacée par son ex-mari. Le 31 janvier, une femme de 26 ans nommée Rizvan Nadimi, mère de deux enfants et habitant le village Ziviyeh à Kamiyaran, a été abattue par son ex-mari. Kurdistan Human Rights Network

TURQUIE. Deux autres maires kurdes condamnées pour « terrorisme »

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TURQUIE / KURDISTAN – Deux maires destituées de municipalités kurdes à Mardin, Nilüfer Elik Yılmaz et Gülistan Öncü ont été condamnées chacune à plus de six ans de prison pour appartenance à une organisation « terroriste ». Le tribunal correctionnel de Mêrdîn (tr. Mardin) a infligé jeudi six ans et trois mois de prison à chacune des deux politiciennes du HDP pour « appartenance à une organisation terroriste [PKK] ». Il s’agit du Congrès pour une société démocratique (Demokratik Toplum Kongresi-DTK), qui – bien que parfaitement légale en Turquie – est traitée et criminalisée par les tribunaux comme étant une « structure PKK/KCK ». Yılmaz et Öncü ont remporté les élections locales de mars 2019 avec une nette majorité et ont pris la tête des mairies de Qoser (Kızıltepe) et Stewrê (Savur). Près de six mois plus tard, elles ont été démises de leurs fonctions par le ministère turc de l’Intérieur pour « soutien au terrorisme » et remplacées par un administrateur d’Etat. Peu de temps après, les politiciennes de 61 et 48 ans ont été arrêtées. Yılmaz et Öncü ont passé environ un an et demi en détention provisoire. Elles n’ont été libérées qu’en avril 2021. Kafkaïen et au mieux surréaliste « Les allégations contre ces anciennes maires ne sont pas fondées sur des faits objectifs, mais sur de simples allégations liées au statut des clientes en tant que femmes maires du HDP », a déclaré Azad Yıldırım, avocat de Yılmaz. L’ensemble de l’acte d’accusation a été formulé de manière vague et manifestement conçu pour être pointé différemment selon le déroulement du procès. « Les documents utilisés comme preuves pour étayer le prétendu lien terroriste se sont avérés être des notes totalement inoffensives. De plus, toutes les preuves ont été réfutées. Ce n’est pas pour rien que les deux accusées ont qualifié les accusations portées contre elles de kafkaïennes et, au mieux, de surréalistes. » Les absurdités servent de preuve Outre la participation à des événements de campagne électorale et à des conférences de presse, que la police elle-même considérait comme légales, les preuves alléguées comprennent une entrée dans l’annuaire téléphonique de l’ancienne députée du HDP Gülser Yıldırım. La politicienne emprisonné depuis 2016, y avait cité Nilüfer Elik Yılmaz comme présidente du conseil des femmes, a-t-on précisé. « L’accusation n’a pas pu expliquer pourquoi le parquet a transformé cela en ‘preuve claire’ de liens avec le KCK (l’organisation faîtière du mouvement kurde, à laquelle appartient également le PKK). Évidemment, ils voulaient voir la cliente en prison et pour cela ils ont fouillé dans les archives de la justice », a souligné Yıldırım. Dans le cas d’Öncü, selon son avocat Ferhat Ibrahimoğlu, un projet de création et d’expansion de coopératives dans sa circonscription de Stewrê sert de preuve du lien présumé avec le KCK. Procédure politique « Nous avons affaire ici à une accusation à motivation politique. Pour l’essentiel, les déclarations de témoins présumés à charge, qui ont été gardées anonymes – dans un cas, la police a même admis que les déclarations avaient été mises en scène – ont été incluses comme éléments de preuve dans l’acte d’accusation. Si le tribunal se conformait néanmoins à la demande de l’accusation et condamnait Nilüfer Elik Yılmaz et Gülistan Öncü au lieu de les acquitter tous les deux comme demandé, cela violerait non seulement les règles et principes de l’État de droit. Cela prouverait que le pouvoir judiciaire turc est subordonné au pouvoir exécutif et qu’il s’agit essentiellement d’interdire aux « ennemis du gouvernement » de la vie politique, a déclaré Ibrahimoğlu. « En d’autres termes, les déclarations à l’audience principale et aussi les déclarations – le cas échéant – ne jouent qu’un rôle secondaire. Le verdict est déjà tombé. La façade ne reflète que ce que nous sommes censés voir », a déclaré l’avocat. Verdict non définitif Le tribunal n’a pas été impressionné par les discours de clôture et a ordonné le maintien des exigences d’enregistrement et l’interdiction de quitter le pays. Les avocats de Yılmaz et Öncü ont annoncé qu’ils feraient appel du verdict. Coup d’État contre le HDP Aux élections locales de mars 2019, le HDP l’emporte largement dans 65 communes. Dans 48 des 65 municipalités du HDP, le gouvernement turc a fait révoquer les maires élus et les remplacer par des administrateurs de l’État. Dans six municipalités, les élus n’ont même pas pu entrer en fonction car le comité électoral a refusé de les reconnaître. A leur place, les candidats AKP battus aux élections ont été hissés à la mairie. Des dizaines d’élus se sont retrouvés en prison pour suspicion de terrorisme, tout comme les politiciens aujourd’hui condamnés. Aujourd’hui, seules six mairies sont dirigées par le HDP. Il y a aussi une interdiction du parti en cours. L’acte d’accusation demande que 451 responsables et membres dirigeants du HDP soient interdits d’activité politique organisée ou d’adhésion à des partis politiques pendant une période de cinq ans. Une décision est attendue avant les élections présidentielles et législatives prévues le 14 mai. ANF

TURQUIE. Un journaliste kurde inculpé en vertu de la « loi sur la désinformation »

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TURQUIE / KURDISTAN – Sinan Aygül est le premier journaliste inculpé en Turquie en vertu de la « loi sur la désinformation » promulguée en octobre 2022. Aygül a déclaré qu’il ne se défendrait pas devant le tribunal « pour ne pas légitimer la loi sur la censure ». Un procureur de Bitlis ont inculpé le journaliste Sinan Aygül pour « diffusion publique d’informations trompeuses » en raison d’un tweet qu’il a publié en décembre 2022. Le journaliste kurde, Sinan Aygül, qui dirige l’Association des journalistes de Bitlis et est le rédacteur en chef du site Web Bitlis News, risque jusqu’à trois ans de prison. L’acte d’accusation d’une page indique que la raison des allégations était qu’Aygün « a partagé des informations infondées sur les incidents d’abus sexuels d’enfants (…) » En outre, Aygül a déclaré dans le tweet que des policiers et des gendarmes étaient suspects dans une affaire de maltraitance d’enfants, ont noté les procureurs. Aygün devrait être condamné à la peine la plus lourde possible car il a tweeté en tant que chef de l’Association des journalistes de Bitlis, ce qui a élargi son audience, ont fait valoir les procureurs. Le 1er tribunal pénal de première instance de Tatvan entendra la première audience le 28 février. Aygün a annoncé qu’il ne se défendrait pas, déclarant que: « J’ai été le premier journaliste à être arrêté en vertu de la ‘loi sur la censure. (…) Puisqu’il s’agit d’une loi sur le silence, je garderai le silence devant le tribunal. Je ne légitimerai pas la loi en essayant de me défendre. » Aygül avait supprimé les tweets qu’il avait partagés en quelques heures, s’excusant d’avoir partagé des informations non confirmées. Les tweets portaient sur les allégations contre plusieurs suspects, dont des agents de sécurité, d’avoir abusé sexuellement d’une fille. Pourtant, il a été arrêté le même jour et placé en garde à vue le lendemain. Après huit jours derrière les barreaux, il a été libéré le 22 décembre. À propos de la « loi sur la désinformation » Selon le « Projet de loi portant modification de la loi sur la presse et de certaines lois », ceux qui travaillent pour les portails d’information sur Internet seront considérés comme des journalistes et pourront demander au Département de la communication une accréditation de presse. Les employés publics travaillant dans les services d’information des institutions publiques, des radios et des télévisions pourront également recevoir des accréditations de presse. Les portails d’information sur Internet seront pris dans le cadre des publications périodiques. Le projet de loi qualifié de « loi de censure » par les organisations professionnelles de journalistes prévoit également de nouvelles peines d’emprisonnement. La proposition se lit comme suit : « Ceux qui diffusent publiquement des informations qui ne sont pas vraiment liées à la sécurité du pays à l’intérieur ou à l’extérieur, à l’ordre public ou à la santé publique dans le but de créer de l’inquiétude, de la peur ou de la panique parmi la population d’une manière qui préserve la paix intérieure seront punis d’une peine d’emprisonnement de 1 à 3 ans. » Avec la proposition, le signalement de contenu offensant lié aux activités et au personnel de l’Agence nationale de renseignement est inclus dans le champ d’application des délits liés à la loi de désinformation. Article 29 L’expression suivante a été ajoutée à l’article 217 du Code pénal turc n° 5237 du 26/9/2004 : « Diffuser ouvertement des informations trompeuses pour le public » Article 217/A- (1) Quiconque diffuse des informations sur la sécurité intérieure ou extérieure du pays, l’ordre public et la santé publique qui ne sont pas vraies dans le seul but de créer l’inquiétude, la peur ou la panique parmi les gens de manière à ce que la paix intérieure puisse être perturbé sera puni d’une peine d’emprisonnement de un à trois ans. (2) Si l’infraction est commise par un contrevenant dissimulant son identité ou dans le cadre d’une activité d’organisation, la peine sera multipliée par deux. Bianet

BD. « No sleep till Shengal » par Zerocalcare

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PARIS – Le célèbre auteur italien de la bande dessinée Zerocalcare que les Kurdes connaissent grâce à son roman graphique Kobane Calling vient de publier une autre BD dont les « héros » sont les Yézidis de Shengal. Comme pour Kobanê en 2014 Zerocalcare s’est rendu à Shengal en 2021 pour voir de près la lutte de survie des Yézidis qui ont survécu au génocide commis par DAECH en août 2014 et qui sont assiégés aujourd’hui par la Turquie et l’Etat irakien qui voient d’un mauvais œil l’autonomie locale de cette minorité religieuse menacée d’extinction. La bande dessinée No sleep till Shengal, publiée par la maison d’éditions Cambourakis, est disponible en librairie dès aujourd’hui. Note de l’éditeur: « Méconnue par la communauté internationale, cette minorité religieuse a été victime des pires massacres au fil des dernières années, au point de perdre son territoire avant de parvenir à le reconquérir grâce à l’aide des Kurdes. Dans cette enclave dont l’autonomie est sans cesse remise en question, les Ézidis s’efforcent de mettre en oeuvre les principes du confédéralisme démocratique kurde, à commencer par la libération des femmes, la coexistence entre les peuples et l’autodéfense. Pris en étau entre les diplomaties irakienne et turque, qui souhaitent toutes deux la disparition de cette entité, les habitants de Shengal subissent encore des bombardements incessants. Ce sont leurs combats, leurs questionnements et l’actualité de leurs luttes que Zerocalcare met en lumière, soucieux d’accompagner une résistance qui s’efforce de survivre dans l’indifférence assourdissante de l’Occident. » Prix: 23 euros, 212 pages, ISBN: 978-2-36624-731-2      

PARIS. Manifestation en solidarité avec la révolution féministe d’Iran

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PARIS – Malgré les arrestations, torture, exécutions… des manifestant.e.s, depuis le meurtre de Jina Mahsa Amini, une jeune Kurde tuée par la police des mœurs pour un voile « mal porté » le 16 septembre 2022, les femmes et peuples d’Iran sont dans la rue, exigeant le départ des mollahs sanguinaires qui n’ont aucune légitimité depuis des années déjà. Après les manifestations citoyennes organisées à travers l’Europe en solidarité avec les femmes et peuples d’Iran, plusieurs syndicats français appellent à manifester à Paris le mercredi 8 février en soutien à la révolution féministe d’Iran. Voici le communiqué intersyndical signé par FSU, CGT, UNSA, CFDT, Solidaires: Journée de mobilisation transnationale en soutien au peuple iranien La répression en Iran franchit encore un cap avec la multiplication des condamnations à mort. Depuis la mort de Jina Mahsa Amini, la colère gronde en Iran parmi les étudiant.es, les femmes (qui se déplacent désormais à visage découvert), les salarié·es, etc. avec le soutien de la grande majorité de la population. La répression envers les manifestant·e·s est sanglante. En Iran, vouloir constituer des syndicats, manifester, faire grève ou exprimer des opinions ou des convictions déplaisant au gouvernement sont considérés comme des crimes, que le régime iranien réprime par l’application généralisée de sévices et de la torture, de très lourdes peines, ou encore des exécutions arbitraires. Ces méthodes répressives sont inacceptables. La répression, qui s’est accrue, vise à créer une atmosphère de peur pour dissuader toutes celles et ceux qui voudraient lutter pour de justes revendications. Mais cela n’entame pas la détermination du peuple iranien qui continue à manifester en appelant à la chute du régime tout en refusant un éventuel retour de la monarchie. A travers différents pays (Royaume-Uni, Danemark, Norvège, Suède, Canada…), des mouvements de soutien se sont formés. Des collectifs et des organisations syndicales organisent régulièrement des évènements de soutien dont des manifestations. Face à l’amplification de la répression, des syndicats, collectifs et autres mouvements de ces pays ont décidé d’appeler ensemble à une journée transnationale de mobilisation le mercredi 8 février. A Paris, le collectif intersyndical appelle à un rassemblement à proximité de l’ambassade d’Iran, place Iéna, Paris 16ème (métro Iéna), le mercredi 8 février, à 18h. En soutien à la mobilisation des iraniennes et iraniens, le collectif intersyndical souhaite également interpeller l’ambassade iranienne, notamment sur le sort des syndicalistes emprisonné·es. Le collectif intersyndical reste mobilisé aux côtés des iraniennes et des iraniens pour que leurs aspirations légitimes de liberté et de démocratie deviennent une réalité.