Freedom House fait campagne pour la journaliste kurde Safiye Alagaş tenue en otage en Turquie

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Le groupe de réflexion américain Freedom House a lancé une campagne de soutien aux militants persécutés à travers le monde pour avoir prôné la démocratie et la liberté. La campagne intitulée « Free Them All » (« Libérez-les tous ») vise à documenter et à étudier les cas des milliers de militants qui ont été emprisonnés ou privés de liberté, et à plaider pour leur libération immédiate, a déclaré le groupe de réflexion. Safiye Alagaş, journaliste en détention provisoire depuis plus de six mois, fait partie des 10 « cas emblématiques de prisonniers politiques » cités par Freedom House. Alaş a été arrêtée avec 15 autres journalistes kurdes le 16 juin et qui sont depuis détenus derrière les barreaux sans inculpation. Elle est rédactrice en chef de JINNEWS, une agence de presse entièrement féminine axée sur les femmes et les questions LGBTI+ dans les régions kurdes de Turquie. Une grève de la faim de cinq jours « Ils attaquent chaque partie de la société pour créer une société obéissante et docile », a écrit Safiye Alagaş à propos du gouvernement turc dans une lettre de la prison fermée pour femmes de Diyarbakır, où elle est emprisonnée depuis juin 2022. Elle partage sa cellule exiguë avec 14 autres journalistes. — et une caméra de surveillance 24h/24. Elle n’a le droit ni aux livres ni aux journaux de son choix. Il n’y a pas assez de savon ou de shampoing pour les 15, ce qui crée des conditions insalubres. Alors ils ont protesté : une grève de la faim de cinq jours qui s’est soldée par une procédure disciplinaire. Auparavant, Alagaş et ses compagnons de cellule avaient été sanctionnés pour avoir chanté et dansé dans leur cellule. Ils ont obtenu un mois sans communication pour l’infraction.  Alagaş est en prison avec ses collègues journalistes, accusés de faire de la « propagande terroriste » à la suite d’une descente de police à son domicile et dans la salle de rédaction qu’elle dirige. La police a confisqué ses appareils photo, son téléphone, ses disques durs d’ordinateur et d’autres équipements à cause d’un article que son agence de presse, JIN News, a publié sur le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui est interdit en tant que groupe terroriste en Turquie. L’article aurait pris un angle pro-PKK.  Alagaş a déjà été arrêtée plusieurs fois. En octobre 2019, elle a été acquittée des mêmes charges. En fait, presque tous les journalistes de son agence de presse, dont le personnel est entièrement composé de femmes, ont été fréquemment la cible des censeurs et des procureurs turcs, alors qu’ils couvraient le conflit entre l’État turc et le PKK séparatiste, un conflit qui a fait environ 35 000 à 40 000 vies depuis 1984 selon l’International Crisis Group.  JIN News fait également état de violences faites aux femmes et d’atteintes aux droits humains par les forces de sécurité turques. En octobre 2020, l’agence de presse a publié un article accusant les forces turques d’avoir jeté deux bergers kurdes d’un hélicoptère en mouvement. L’un a été tué et l’autre grièvement blessé. L’État a reconnu l’incident, mais a affirmé que les bergers avaient été blessés en tentant d’échapper à la capture. Après avoir rapporté l’histoire, un collègue d’Alagaş a été arrêté pour « incitation à l’inimitié contre l’État ».   Les observateurs de la société civile et les journalistes soulignent que les lois ambiguës de la Turquie permettent des représailles aussi extrêmes. Les lois sont rédigées de telle manière que les activités de journalisme légitimes, telles que le reportage sur les funérailles d’un extrémiste ou la participation à un rassemblement politique d’opposition au gouvernement, sont passibles de poursuites pénales. En décembre 2022, 40 journalistes étaient emprisonnés en Turquie, selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).  JIN News est basé dans la région majoritairement kurde de Diyarbakır et est publié en turc et en kurde. Sa couverture des questions féminines a été liée au mouvement politique pro-kurde, qui est perçu comme un affront par le gouvernement turc et inclut dans sa plate-forme une demande d’égalité des droits pour les femmes. Les reportages du média surviennent également à un moment où le gouvernement turc a été accusé de ne pas protéger les femmes, en particulier en ce qui concerne la violence domestique. L’État turc s’est également retiré de la Convention d’Istanbul, un accord international destiné à protéger les droits des femmes.    Alagaş continue d’écrire et de réaliser ses reportages, cette fois sur les conditions de détention et les abus qu’elle voit derrière les murs de la prison, à travers des lettres qu’elle remet aux visiteurs. Dans l’une de ces lettres, elle précise clairement ses objectifs : « Nous, les femmes, avons fait des promesses silencieuses, crié nos promesses, nous sommes regardés dans les yeux et nous nous sommes promis : nous n’abandonnerons pas la lutte tant que nous n’aurons pas trouvé notre place dans la société. Nous n’abandonnons pas tant que nous n’avons pas obtenu notre liberté. Notre but ultime et final est notre liberté », a écrit Freedom House à propos d’Alagaş.

TURQUIE. La combattante kurde, Evin Encü enterrée sous blocus militaire

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TURQUIE / KURDISTAN – Les soldats turcs ont assiégé le village de la combattante kurde Evin Encü empêchant la foule d’assister à l’enterrement d’Encu qui a perdu la vie lors de combats entre l’armée turque et les combattants kurdes il y a environs 2 semaines. Le corps d’Evin Encü, l’une des six combattantes d’YJA Star (branche féminine armée du PKK) tombées lors d’une attaque turque contre la région de Besta à Şirnak (Şirnex) le 22 janvier, a été remis à sa famille après onze jours. Bien que son corps ait été formellement identifié le premier jour, la famille a dû se rendre trois fois à Şirnex pour réclamer le corps. Cyniquement, son corps n’a pas été relâché au motif que le collaborateur et garde du village Nimet Encü qui a été tué au même temps qu’Evin  était son oncle et qu’il fallait attendre la fin de la période de deuil de l’oncle. Nimet Encü a joué un rôle important dans plusieurs trahisons qui ont entraîné la mort de nombreux guérilleros. La famille a finalement récupéré le corps d’Evin Encü à l’hôpital d’État de Şırnak mercredi et a emmené sa dépouille au village de Bêceh dans le district de Qilaban (tr. Uludere) à Şirnex. Après une cérémonie religieuse, elle a été enterrée au cimetière assiégé par les soldats turcs. Les corps de cinq des six combattantes d’YJA Star ont été rendus à leurs familles, le dernier corps n’a pas encore été identifié. ANF  

TURQUIE. Les barreaux solidaires d’un bâtonnier kurde menacé de mort

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TURQUIE – Nahit Eren, président du barreau de Diyarbakır, a reçu des menaces de mort sur les réseaux sociaux. Les présidents des barreaux de 81 provinces ont publié un communiqué commun déclarant que « nous ne voulons pas d’une nouvelle affaire Tahir Elçi ». Le président du barreau de Diyarbakır (Diyarbakır Barosu), Tahir Elçi, a été tué dans le quartier de Sur le 28 novembre 2015 lors d’un communiqué de presse dénonçant le conflit dans la région. Le président du barreau de Diyarbakır, Nahit Eren, a été menacé de mort sur les réseaux sociaux. Le barreau de Diyarbakır a déposé une plainte pénale auprès du procureur général de Diyarbakır concernant les menaces répétées contre Eren, qui ont été proférées avec les photos des membres de sa famille diffusées sur les réseaux sociaux. Hier, les présidents des barreaux de 81 provinces ont publié un communiqué commun dénonçant les menaces de morts proférées contre Nahit Eren: « Les menaces de mort contre Nahit Eren sur les réseaux sociaux sont inacceptables ! Nous ne voulons pas d’une nouvelle affaire Ali Günday, ou Tahir Elçi (…) Nous appelons les autorités à faire leur devoir avant qu’il ne soit trop tard pour éviter de nouveaux drames. » ANF

FRANCE. Huit militants kurdes arrêtés à Marseille et Marignane

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MARSEILLE – Huit militants kurdes ont été arrêtés lors de perquisitions ce matin à Marseille et Marignane. Les arrestations seraient liées aux manifestations du 23 et 24 décembre qui demandaient la vérité et justice pour l’attentat du 23 décembre à Paris. Le Mouvement révolutionnaire de la jeunesse kurde (Tevgera Ciwanen Şoreşger – TCŞ) a exhorté les autorités françaises à faire la lumière sur les deux attentats sanglants qui ont visé les Kurdes à Paris en 2013 et en 2022, au lieu de criminaliser la lutte kurde. La police a effectué des descentes ce matin à Marseille, citant des actions de protestation qui ont suivi l’attentat de 23 décembre 2023 dans la rue d’Enghien, à Paris, où Evîn Goyî, Mir Perwer, Abdurrahman Kızıl ont été tués. Plusieurs patriotes kurdes accusés d’avoir participé à des manifestations ont été placés en garde à vue lors des perquisitions de leurs appartements au petit matin. Selon les informations fournies par les proches des personnes concernées, les détenus auraient subi des violences policières lors des arrestations. Comme le nombre de détenus n’a pas encore été confirmé, les avocats du Centre communautaire démocratique kurde (DKTM) à Marseille ont déclaré que les forces de sécurité n’avaient pas encore partagé d’informations avec eux. Suite aux rafles, la communauté kurde a manifesté place de Canebière où une déclaration a été faite au nom du Mouvement de la jeunesse kurde (Tevgera Ciwanen Şoreşger, TCŞ) : « Après le massacre commis par un fasciste sur instruction de l’Etat et des services secrets turcs le 23 décembre 2022, les Kurdes vivant en Europe sont descendus dans la rue pour exprimer leur colère face à cet attentat et au massacre commis il y a dix ans et exprimer leurs revendications démocratiques. La France et d’autres pays européens criminalisent depuis des années la lutte légitime du PKK et du mouvement kurde en Europe. La colère justifiée face au nouveau massacre de trois Kurdes à Paris devrait également être criminalisée selon les mêmes méthodes. Les Kurdes, qui sont descendus dans la rue immédiatement après le massacre pour protester contre les attentats de Paris qui se sont déroulés à dix ans d’intervalle, ont été réveillés à l’aube par des arrestations et des mauvais traitements (…). Il faut savoir que les États européens, et la France en particulier, ne peuvent pas diffamer notre lutte justifiée et ne peuvent pas nous intimider par des arrestations. La tâche réelle de la police n’est pas l’arrestation des Kurdes mais la résolution complète des attaques qui ont eu lieu. Nous continuerons à exiger justice à tout prix. (…) » ANF

Si elle veut construire une vraie démocratie, l’opposition iranienne ne peut ignorer les droits des minorités

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En Iran, tout le monde souffre, mais les femmes, les peuples et les membres des croyances minorisés (Kurdes, Baloutches, Azéris, Arabes…) en souffrent plus qu’un Perse lambda. C’est ce que démontre dans l’article suivant l’activiste Gordyaen Benyamin Jermayi. Pour construire une vraie démocratie, l’opposition iranienne ne peut pas ignorer les droits des minorités Ces dernières années, de nombreux groupes d’opposition persans représentant diverses perspectives politiques à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran ont avancé le même argument: tous les citoyens iraniens souffrent du même degré de discrimination et d’oppression sous la République islamique. Dans certains cas, c’est vrai. Chaque citoyen iranien souffre du régime théocratique de la République islamique, du déni des droits démocratiques fondamentaux et des systèmes sociaux et de la culture patriarcaux profondément enracinés. Cependant, différents groupes en Iran subissent différentes formes de discrimination à différents niveaux d’intensité dans de nombreux domaines de leur vie. Ces formes de discrimination systématiques et profondément enracinées touchent particulièrement les minorités ethniques et religieuses. Avec des manifestations en cours depuis plus d’un mois après le meurtre de Jina Amini, une femme kurde de 22 ans, par la police des mœurs iranienne, reconnaissant les formes spécifiques et aggravantes de discrimination auxquelles les minorités ethniques, les minorités religieuses et les femmes sont confrontées être essentiel si les mouvements d’opposition et les militants cherchent à construire un avenir véritablement démocratique. Ce rapport décrira comment les formes pertinentes de discrimination à l’encontre de différents groupes en Iran se manifestent dans les domaines linguistique, éducatif, culturel, religieux et économique, entre autres. Il discutera ensuite de la manière dont la réponse de la République islamique au mouvement de protestation a eu un impact disproportionné sur les minorités. Enfin, il illustrera comment les attitudes à l’origine de ces réalités discriminatoires se sont manifestées dans les mouvements d’opposition – et pourquoi cela nuit aux aspirations démocratiques. Discrimination linguistique et éducative La première constitution iranienne, adoptée en 1906 sous la dynastie Kadjar, déclarait que le persan serait la langue officielle du pays multilingue d’Iran. L’État iranien moderne, créé par Reza Khan Pahlavi dans les années 1920, a mis cette disposition en vigueur. De nouvelles lois ont interdit ou restreint l’utilisation d’autres langues parlées en Iran, telles que le kurde, le turc azerbaïdjanais et le baloutchi. Restreindre l’usage des langues minoritaires non persanes n’a pas seulement contribué à l’assimilation forcée. Cela a également causé plusieurs autres problèmes, en particulier pour les enfants qui devaient fréquenter l’école dans une langue qu’ils ne parlaient pas à la maison. Les enfants non persanophones ont eu de sérieuses difficultés à comprendre les leçons et le matériel enseignés dans leurs écoles. Ils doivent apprendre le persan rapidement et ont parfois fait face à des punitions et même à la violence de la part des enseignants lorsqu’ils ont du mal à le faire. Ces conditions ont des effets néfastes sur la santé mentale des élèves. De nombreux élèves issus de minorités ont complètement quitté l’école en raison de difficultés linguistiques, de violence et de l’impact psychologique des deux. Aujourd’hui, le chapitre 2, article 15 de la constitution iranienne stipule : « La langue et l’écriture officielles et communes du peuple iranien sont le farsi. Les documents, la correspondance, les textes officiels et les manuels doivent être dans cette langue et cette écriture ; Mais l’utilisation des langues locales et ethniques dans la presse et les médias de masse et l’enseignement de leur littérature dans les écoles sont libres, ainsi que la langue persane. » Cependant, cette loi ne garantit pas la protection et l’amélioration des langues minoritaires, et elle n’a jamais été véritablement mise en œuvre dans le système éducatif et dans la société. Les minorités peuvent être poursuivies pour avoir enseigné ou appris leur langue maternelle, comme l’illustre l’arrestation de l’enseignante kurde Zara Mohammadi. L’État iranien a également consacré moins de ressources à l’éducation dans les zones peuplées de communautés non persanes. Les meilleures universités et instituts d’enseignement iraniens sont principalement situés dans le centre de l’Iran ou dans d’autres provinces et régions peuplées de Perse, tandis que d’autres régions ont des établissements d’enseignement de moindre qualité. Dans certains villages du Balouchistan et du Kurdistan, les enfants doivent étudier sous des tentes ou dans des espaces ouverts. Certains enfants n’ont aucun accès à l’éducation. Ces formes de discrimination ont des impacts mesurables sur les principaux indicateurs socio-économiques. Par exemple, le taux d’alphabétisation moyen de l’Iran est de 84,75. Cependant, les provinces du Kurdistan, de l’Azerbaïdjan occidental et du Sistan et Baloutchistan ont toutes des taux d’alphabétisation moyens inférieurs à 80 %. Ces provinces ont toutes d’importantes populations non persanes. Les provinces à majorité persane enregistrent des taux d’alphabétisation plus élevés en comparaison, probablement en partie parce que les gens y sont nés avec le droit de recevoir une éducation dans leur langue maternelle et ont accès à de meilleures écoles dans lesquelles ils peuvent le faire. Ils n’ont pas à apprendre une nouvelle langue pour aller à l’école et ne feront pas face à des conséquences juridiques pour la promotion de leur langue. Cela conduit presque certainement à de meilleurs résultats économiques, sociaux et psychologiques dans d’autres domaines de la vie. Discrimination culturelle et religieuse Dans les années 1920, la monarchie pahlavi et les intellectuels nationalistes ont travaillé pour transformer l’Iran en un État-nation persan homogène. Ils ont fondé l’identité culturelle, linguistique et historique officielle du pays sur l’identité persane uniquement, supprimant davantage les revendications des minorités. L’expression littéraire, artistique, journalistique et culturelle non perse a été limitée par les deux gouvernements iraniens au cours du siècle dernier. Par exemple, dans les régions kurdes, les gens ont du mal à célébrer Newroz (Nuoroz), un événement historique et culturel partagé que différents peuples d’Iran et d’autres parties de l’Asie occidentale, y compris les Kurdes et les Perses, célèbrent comme leur nouvel an. Bien que le Newroz soit un jour férié officiel en Iran, les célébrations du Newroz dans plusieurs endroits du Kurdistan ont été interdites et les organisateurs et les participants ont été poursuivis. Les citoyens non persans et non musulmans ne peuvent pas choisir librement les noms de leurs enfants et de leurs entreprises. Dans certains cas, le bureau de l’état civil iranien refuse d’enregistrer des noms non persans ou non musulmans et les gens sont obligés de choisir des noms sur une liste créée par le gouvernement. Une partie du journalisme en langue non persane est autorisée en Iran. Cependant, ces canaux existent pour promouvoir les programmes politiques, culturels et religieux de la République islamique dans les communautés minoritaires. Ils ne servent pas le développement des langues et des cultures minoritaires. La discrimination religieuse et ethnique se chevauchent souvent en Iran. De nombreux groupes sont persécutés en raison à la fois de leur identité ethnique non persane et de leur identité religieuse non chiite. Selon l’article 12 de la Constitution de la République islamique d’Iran, l’islam chiite duodécimains est la religion officielle du pays, et ce principe restera « immuable à jamais ». Le même article stipule également que les adeptes des quatre sectes du sunnisme sont libres de pratiquer leurs croyances religieuses, et dans les régions où ils sont majoritaires, les réglementations locales suivront ces croyances. Cependant, comme les lois qui protègent les langues minoritaires sur le papier, cette loi n’a jamais vraiment été mise en œuvre. Au cours des quatre dernières décennies, les musulmans sunnites ont été confrontés à plusieurs formes de persécution, notamment des détentions arbitraires, des exécutions, l’ exil et la destruction de leurs mosquées. Ils sont systématiquement exclus des positions politiques et gouvernementales, limitant leur pouvoir politique. Certaines minorités religieuses non musulmanes, dont les Kurdes Yarsani et les Baha’is, ne sont pas officiellement reconnues par l’État iranien. Des militants de Yarsani ont été arrêtés, torturés et humiliés pour avoir pratiqué leur religion. Leurs lieux de culte et leurs villages ont été détruits par l’État. Dans certains cas, ils se voient refuser l’accès à l’éducation. Comme d’autres non-chiites, ils se voient souvent refuser la possibilité de servir au gouvernement. Les baha’is ont été persécutés sous la dynastie Qajar, le Shah et la République islamique. L’anti-bahaïsme fait partie des politiques de l’État iranien depuis l’établissement de la religion baha’ie. Comme les Yarsanis, les baha’is se voient refuser l’accès à l’éducation et à l’emploi public. Le gouvernement iranien détruit leurs villages et les contraint à l’exil. D’autres minorités non musulmanes, telles que les juifs et les chrétiens, sont officiellement reconnues par l’État. Ils ont des représentants officiels dans le pays. Cependant, ces gestes symboliques n’ont pas profité aux communautés juives et chrétiennes. Au cours du siècle dernier, de nombreux Iraniens chrétiens, juifs, arméniens et assyriens ont fui le pays. Le gouvernement iranien persécute également [ceux] convertis au christianisme en les condamnant à des peines de prison et même à la mort. Discrimination économique L’économie iranienne s’est détériorée ces dernières années en raison de facteurs tant internes qu’externes, notamment les conflits et la pression internationale. Les États-Unis et les pays européens ont imposé des sanctions à l’Iran, invoquant son comportement déstabilisateur, ses violations des droits de l’homme et ses tentatives de construire une arme nucléaire. Ces sanctions n’ont pas forcé l’Iran, l’État iranien, à changer de comportement, mais elles ont touché pratiquement tous les citoyens iraniens. En raison de l’exploitation économique existante affectant les minorités non persanes et non chiites, ces communautés ont été les plus durement touchées, bien qu’elles soient les moins responsables des politiques du gouvernement iranien. Depuis le commandement religieux du guide suprême iranien, l’ayatollah Khomeiny, appelant au « jihad » contre les Kurdes en 1979 , les régions kurdes ont été fortement militarisées. Le gouvernement iranien a construit environ 2 000 points de contrôle et bases militaires dans les provinces kurdes, en particulier dans les zones frontalières des régions kurdes de Turquie et d’Irak. Outre les déplacements massifs et les nombreuses pertes en vies humaines, la militarisation et les conflits dans ces régions ont également contribué à la pression économique, constituant une sorte de politique de « sanctions internes ». Des politiques similaires ont été mises en œuvre au Balouchistan, à Ahwaz (Khouzestan) et dans d’autres régions où vivent des minorités ethniques et religieuses. En conséquence, ces régions bénéficient de taux d’investissement public parmi les plus faibles tout en souffrant de taux de chômage parmi les plus élevés. Par exemple, en 2016, le taux de chômage en Iran était de 13 %. Dans des régions comme Kermanshah, Kohgiluyeh, Boyer-Ahmad et le Khuzestan, qui sont majoritairement non persans, les taux de chômage variaient de 14 à 20 %. La misère et la pauvreté reflètent les taux de chômage et les politiques de l’État iranien envers les minorités. Le taux moyen de misère en Iran a été enregistré à 48 % entre 2019 et 2020. La province kurde de Kermanshah avait le taux de misère le plus élevé, à 55 %. D’autres provinces kurdes du nord-ouest de l’Iran suivaient de près, tout comme Ahwaz (Khuzestan). L’exploitation économique a conduit à des phénomènes dangereux comme le kolbari et le sokhtbari au Kurdistan et au Balouchistan. Il y a plus de 70 000 kolbars [porteurs de la marchandise transfrontalière entre les Kurdistans d’Iran, d’Irak et de Turquie et accusés d’être des contrebandiers] dans les provinces kurdes. Ils ont été contraints à ce travail difficile et dangereux en raison du manque d’investissements dans la région et des limitations causées par l’État iranien, les sanctions internationales et l’exploitation économique du régime. Des centaines de ces travailleurs ont été ciblés par les forces militaires iraniennes, en particulier les gardes-frontières, perdant souvent la vie en conséquence. Beaucoup ont également été tués dans des accidents et des catastrophes naturelles. Étant donné que toutes les organisations kurdes, baloutches et autres, les partis politiques et les organisations de la société civile qui défendent ouvertement les intérêts des minorités sont interdits en Iran, il n’existe aucun moyen par lequel les personnes engagées dans ces formes de travail peuvent être reconnues comme des travailleurs légaux ou bénéficier d’une protection. de la violence des forces de sécurité. Les régions non persanes souffrent également le plus d’autres problèmes sociaux liés à la pauvreté, notamment le suicide, la consommation de drogue et la violence domestique. Par exemple, Ilam a le taux de suicide le plus élevé d’Iran : 17,3 pour 100 000 habitants. Kermanshah et Lorestan arrivent deuxième et troisième avec des taux de 13,6 et 11,1 sur 100,00. En revanche, le taux de suicide moyen en Iran est de 5,2 sur 100 000. La discrimination dans l’opposition trahit les origines et les objectifs des protestations Le meurtre de Jina Amini par la « police des mœurs » iranienne a été une tragédie emblématique des systèmes et idéologies répressifs qui se croisent et se chevauchent de la République islamique. En plus de discriminer les minorités non persanes et non chiites, la République islamique d’Iran est un État profondément patriarcal. L’inégalité entre les sexes est inscrite dans la loi et les attitudes et pratiques patriarcales persistent au niveau familial et communautaire. Ces formes de discrimination se recoupent souvent. Les femmes kurdes, par exemple, ont fait de grands progrès contre le patriarcat dans leurs communautés grâce à leur participation aux luttes contre la République islamique et des groupes comme ISIS. Cependant, les politiques du régime renforcent ces normes patriarcales dans la société et créent des conditions sécuritaires et économiques préjudiciables aux droits des femmes, défiant leurs efforts. La politique obligatoire du hijab que Jina Amini a été assassinée pour avoir prétendument violé est la manifestation la plus visible de cette réalité. Les codes vestimentaires religieux violemment appliqués ont été l’un des piliers politiques et idéologiques de la République islamique d’Iran depuis sa création. Le gouvernement a utilisé cette politique pour cibler les femmes pendant quatre décennies. La répression s’est intensifiée au cours des 20 dernières années après la mise en place de la soi-disant « patrouille d’orientation » ou « police des mœurs ». Les femmes de toutes les ethnies ont résisté à cette politique depuis le début. Ces dernières années, elle est devenue une question centrale pour les opposants au régime en raison de son statut de manifestation visible de la façon dont la République islamique contrôle le corps et la vie des femmes pour s’accrocher au pouvoir. Le mouvement de protestation en cours, que beaucoup appellent une révolution, a duré plus d’un mois. Des villes à travers le pays ont apparemment des manifestations de masse, des grèves et d’autres formes d’action collective. Les forces du régime ont répondu par la violence, tuant des centaines de personnes et emprisonnant des milliers d’autres. Cependant, la répression n’a pas touché tous les domaines de la même manière. Les niveaux les plus élevés de répression violente ont touché le Kurdistan, le Baloutchistan, l’Ahwaz (Khuzestan), les côtes méridionales de la mer Caspienne (Gilan et Mazandaran) et d’autres régions non perses. Au 10 octobre 2022, au moins 185 manifestants auraient été tués dans différentes villes d’Iran. Les régions et les villes de Balochi et kurdes ont jusqu’à présent enregistré les taux de pertes les plus élevés. Dans ces régions, l’armée iranienne a utilisé des armes de guerre contre des civils. Selon des organisations locales de défense des droits humains, 97 des personnes tuées lors de la répression du régime étaient originaires du Baloutchistan, tandis que plus de 30 étaient originaires du Kurdistan iranien. Le nombre réel de victimes dans toutes les régions de l’Iran n’est pas clair, et les chiffres réels sont probablement plus élevés que ceux qui ont été signalés. Pourtant, à partir des données existantes, on peut estimer sans risque que les manifestants kurdes et baloutches représentent environ 60 à 70 % des victimes. Une étude portant sur le nombre de manifestants assassinés par million d’habitants dans différentes provinces a confirmé que les taux de violence meurtrière contre les manifestants dans ces régions étaient nettement plus élevés que ceux des provinces à majorité perse. Des images partagées sur les réseaux sociaux et publiées dans des organes de presse montrent que les niveaux de violence dans les régions habitées non persanes sont bien plus élevés que ceux des régions habitées persanes. Comme discuté précédemment, le Kurdistan et le Balouchistan étaient déjà fortement militarisés. Ces dernières semaines, le gouvernement a déployé encore plus de forces dans ces régions. Alors que les manifestations se poursuivent en Iran, les communautés de la diaspora iranienne, kurde et baloutche ont organisé des manifestations dans plus de 150 villes du monde pour montrer leur solidarité avec leur peuple resté au pays. Bien qu’à l’abri de la répression du régime, les manifestants des minorités à l’étranger n’ont pas été épargnés par les attitudes nationalistes qui le permettent. Plusieurs militants kurdes ont rapporté avoir été menacés par d’autres Iraniens pour avoir parlé et scandé en kurde ou simplement porté des drapeaux kurdes. De nombreux Kurdes ont critiqué le comportement des Iraniens nationalistes, arguant qu’il est contre-productif et dangereux à un moment où une véritable solidarité entre toutes les communautés opposées au régime est nécessaire. Dans le même temps, les médias perses de la diaspora, les célébrités, les influenceurs et les militants politiques influents à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran sont critiqués pour avoir ignoré l’identité kurde de Jina Amini et l’avoir présentée comme « Mahsa Amini » ou seulement comme une « femme iranienne », ignorant l’origine kurde du slogan « femme, vie, liberté [jin, jiyan, azadî] » et négligeant le fait que les récentes manifestations ont commencé dans les villes kurdes. Conclusion Les attitudes discriminatoires dans l’opposition, bien que non comparables dans leur impact à l’oppression de l’État, ont un lien direct avec la discrimination systémique contre les minorités qui existe en Iran. Les individus, les organisations et les communautés qui espèrent remplacer la République islamique d’Iran par un système démocratique doivent veiller à ne pas reproduire les attitudes nationalistes qui sous-tendent certaines des politiques les plus antidémocratiques du régime auquel elles s’opposent. Les minorités en Iran luttent pour obtenir leurs droits humains fondamentaux depuis plus d’un siècle. Pour des raisons à la fois morales et stratégiques, leurs expériences de la violence d’État et leur histoire de lutte organisée contre le régime devraient être au centre des mouvements pour un véritable changement démocratique, et non marginalisés en leur sein. Par Gordyaen Benyamin Jermayi, défenseur des droits humains kurde né à Urmia, Rojhelat (Kurdistan oriental). Il est membre d’une organisation de défense des droits humains qui documente les violations des droits humains au Kurdistan oriental. Version originale à lire ici: To Build Real Democracy, Iran’s Opposition Cannot Ignore Minority Rights

IRAN. En janvier 2023, les mollahs ont exécuté 18 prisonniers kurdes

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IRAN / ROJHILAT – En janvier 2023, 60 prisonniers ont été exécutés par le régime iranien. 18 d’entre eux (30 %) étaient des Kurdes alors que ces derniers ne représentent que 10 à 12% de la population d’Iran. Au cours du premier mois de 2023, au moins 18 prisonniers kurdes ont été exécutés dans les prisons iraniennes, ce qui équivaut à 30 % du total des exécutions qui ont eu lieu en Iran au cours de cette période. Selon les données recueillies par l’ONG des droits humains Hengaw, au moins 18 prisonniers kurdes ont été exécutés en janvier de cette année, ce qui équivaut à un tiers du nombre total d’exécutions de citoyens kurdes (52) en 2022. En janvier, 60 prisonniers ont été exécutés dans les prisons iraniennes, dont 18 (30 % des détenus exécutés) étaient des prisonniers kurdes. Mohammad Mahdi Karami, un prisonnier politique kurde de Bijar qui a été arrêté et condamné à mort lors de la résistance populaire de la ville de Karaj, a été exécuté pendant cette période. Il convient de mentionner que 12 des 18 Kurdes exécutés se trouvaient dans des prisons loin du Kurdistan, notamment à Karaj, Arak et Bandar Abbas. Seul l’exécution d’un des 18 prisonniers kurdes exécutés a été divulguée par les sources officielles du régime iranien. L’un des 18 prisonniers kurdes exécutés était condamné à mort pour son engagement politique, 5 autres étaient accusés de meurtre intentionnel et les 12 derniers condamnés pour des délits liés à la drogue. Les prisons où les exécutions ont eu lieu: Prison centrale de Karaj : 8 cas Prison centrale de Kermanshah : 2 cas Prison centrale de Selmas : 2 cas Prison centrale d’Arak : 3 cas Prison centrale de Bandar Abbas : 1 cas Prison centrale d’Ilam : 1 cas Prison centrale de Mako : 1 cas L’ONU accuse l’Iran d’utiliser la peine de mort pour dissuader les manifestants Le 10 janvier dernier, le chef des droits de l’homme des Nations Unies déclarait que « l’Iran utilise les condamnations à la peine de mort contre des manifestants pour effrayer la population iranienne et faire taire la contestation, ce qui confine au « meurtre d’État ».

La Russie apporte son soutien au front anti-kurde en Syrie

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La Russie ne cache plus son soutien au front anti-kurde en Syrie / Rojava. Son chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov, a déclaré hier que toute nouvelle communication sur la normalisation des relations entre la Turquie et la Syrie impliquera la Russie et l’Iran. La Russie peut voir le sens d’impliquer l’Iran dans de nouvelles réunions sur le processus de rapprochement Turquie-Syrie, a déclaré mardi le haut diplomate russe Sergueï Lavrov. Le président turc Erdoğan et son homologue Bashar al-Assad avaient une amitié étroite jusqu’à ce qu’une guerre civile éclate en Syrie en 2011. Le soutien du gouvernement turc aux rebelles syriens s’est transformé autrefois en ennemis acharnés, échangeant de dures accusations les uns avec les autres. Le rapprochement négocié par la Russie entre les deux pays a inauguré une nouvelle phase dans la politique d’Erdoğan envers la Russie depuis que les chefs de la défense nationale et les chefs du renseignement du pays se sont rencontrés à Moscou. « La Russie, l’Iran et la Turquie sont membres de la troïka d’Astana, qui s’occupe du règlement syrien. Par conséquent, je considère qu’il est absolument logique que toute nouvelle communication sur la normalisation des relations entre la Turquie et la Syrie implique également la Russie et l’Iran », a déclaré Lavrov lors d’une conférence de presse. Il a également ajouté qu’ils sont parvenus à un accord pertinent concernant les négociations. La condition préalable de Damas au rapprochement exige que la Turquie retire toutes ses troupes contrôlant les territoires du nord de la Syrie et coupe son soutien aux trois principales factions de l’opposition, a déclaré à Reuters une source proche des négociations. Certains analystes affirment que le but ultime d’Ankara est d’écraser les Forces démocratiques syriennes (FDS), sa branche militaire les Unités de protection du peuple (YPG) et ses forces de sécurité intérieure Asayish, tandis que Damas veut mettre les Kurdes de son côté en détruisant le partenariat entre les États-Unis et les forces kurdes. Erdoğan et Assad devraient se rencontrer à Moscou au début du printemps. Medya News

Trois millions de signatures pour retirer le PKK de la liste des organisations terroristes de l’UE

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BRUXELLES – L’Initiative Justice For Kurds (Justice pour les Kurdes) a remis à la Commission européenne les trois millions de signatures recueillies pour le retrait du PKK de la liste des organisations terroristes de l’UE. La campagne lancée par l’initiative internationale Justice pour les Kurdes en novembre 2021 pour retirer le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) de la liste des organisations terroristes de l’UE a pris fin. Les résultats de la campagne ont été présentés mardi lors d’une conférence de presse publique à Bruxelles. Trois millions de personnes ont signé la pétition de la campagne demandant à retirer le PKK de la liste des organisations terroristes interdites. La conférence de presse a également réuni des représentants de diverses organisations qui ont activement participé à la campagne. Yüksel Koç, co-président de l’organisation faîtière européenne des associations kurdes KCDK-E, a souligné que les supporters ont envoyé un signal important avec leur signature. Surtout en ce qui concerne la « politique d’anéantissement » menée par l’État turc au Kurdistan, il est significatif que tant de personnes demandent la suppression du PKK de la liste terroriste de l’UE, a déclaré Koç, décrivant le mouvement comme la « volonté du peuple kurde ». L’inscription sert de justification pour les attaques de l’Etat turc contre les Kurdes « La classification du Parti des travailleurs kurdes comme organisation « terroriste » sert de justification aux attaques de l’Etat turc contre les Kurdes – partout. En fait, cette liste sert de garant à la Turquie pour les mesures génocidaires contre notre peuple », a expliqué Koç. « Une solution pacifique à la question kurde est donc attendue depuis longtemps. Parce que c’est la condition préalable à une démocratie qui fonctionne et à la stabilité – non seulement en Turquie, mais dans tout le Moyen-Orient. La solution de la question du Kurdistan garantit l’existence et l’avenir vivable de notre peuple. » « La raison est très simple: le PKK n’est pas une organisation terroriste » Le président de la Gauche européenne, Walter Baier, a exprimé sa pleine solidarité avec le peuple kurde, sa lutte pour l’autodétermination et les objectifs de la campagne Justice pour les Kurdes. « La raison du retrait du PKK de la liste terroriste de l’UE est en fait très simple : le PKK n’est pas une organisation terroriste. C’est le parti du peuple kurde », a déclaré Baier. Ludo de Brabander acquiescé les propos de Baier a déclaré que le moment était venu de réévaluer le PKK. L’organisation pacifiste Vrede est également à l’origine de cette demande. Kopp : le PKK a sauvé les Yézidis du génocide Cela a également été rejoint par Daniel Kopp de Progressive International. Il a évoqué la récente classification des crimes de l’EI contre la communauté yézidie au Bundestag en 2014 comme un génocide et a rappelé que c’était en grande partie le travail du PKK qui avait conduit au sauvetage de milliers de Yézidis. « C’est un fait que les gens en Europe aiment oublier », a critiqué Kopp. « Même les hauts responsables politiques du gouvernement fédéral allemand et de l’opposition ont dû reconnaître à l’époque que les succès dans la lutte contre la « terreur imparable » du soi-disant EI en Irak et dans le nord de la Syrie étaient en grande partie dus à la lutte sans précédent et courageuse du PKK (…). » Les signatures remises à la Commission européenne Après les discours, les signatures notariées ont été remises par une délégation à la Commission européenne. C’est la branche exécutive politiquement indépendante de l’UE. La Commission est chargée de préparer des propositions de nouvelle législation européenne et de mettre en œuvre les décisions du Parlement européen et du Conseil de l’UE. La délégation comprenait également l’artiste néerlandais et chercheur en propagande Jonas Staal (New World Summit). Il a conçu le Parlement populaire du Rojava, à Dêrik, dans le nord-est de la Syrie. ANF  

Blocus armé, embargo, coupure d’eau… tous les moyens sont bons pour achever le Rojava

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SYRIE / ROJAVA – Blocus armé, embargo, terrorisme, coupure d’eau… tous les moyens possibles et imaginables sont mis en œuvre par la Turquie et ses mercenaires jihadistes pour mettre fin à l’autonomie locale des Kurdes dans le nord de la Syrie. Le régime syrien participe également à cette guerre anti-kurde en assiégeant et en imposant l’embargo aux enclaves sous contrôles des forces arabo-kurdes dans le nord d’Alep. Une situation dramatique sur le plan humanitaire, sanitaire et sécuritaire qui renforce par ailleurs les cellules dormantes du groupe État Islamique. L’anthropologue belge, India Ledeganck revient de la région stratégique de Tal Rifaat, dans le nord d’Alep, prise en tenaille au Nord par la Turquie et au Sud par le régime syrien et où les civils sont victimes d’exactions, d’arrestations arbitraires et d’actes de torture commis par les milices pro-turcs. Voici son reportage: La famille qui nous a accueillis à Shehba, canton de Tal Rifaat, est originaire d’Afrin, région envahie par l’État turc en 2018. Comme 300 000 autres exilés, ses membres se sont enfuis après l’occupation de leur ville. Ils habitent actuellement dans une maison qui leur a été fournie par l’Administration autonome du nord-est de la Syrie (Aanes), qui coordonne sept régions autonomes. Selon une ONG de défense des droits humains basée à Shehba, 100 000 réfugiés d’Afrin sont répartis dans 5 camps, dont plus de 3 700 familles à Tal Rifaat. L’aide médicale est fournie pour l’instant par le Croissant-Rouge arabe syrien et le Croissant-Rouge kurde, l’aide internationale n’étant parvenue que de manière très limitée selon les autorités locales. La région de Tal Rifaat, située au nord d’Alep, ainsi que le quartier de Sheikh Maqsoud à Alep majoritairement habité par des Kurdes subissent un blocus particulièrement dur de la part du régime de Bachar Al-Assad depuis août 2022. Les habitants de Sheikh Maqsoud et Tal Rifaat n’ont plus la capacité de subvenir à leurs besoins de base : ou les prix sont trop élevés, ou les produits manquent. Le blocage des médicaments, du lait en poudre et du mazout aux checkpoints a des conséquences désastreuses sur la population. Les malades chroniques ne disposent plus de leur traitement et plusieurs enfants sont morts d’hypothermie ces dernières semaines, tandis que le dernier hôpital de Tal Rifaat, soutenu par la Croix-Rouge kurde, risque de fermer ses portes par manque de matériel. Le quotidien est dorénavant régi par le rationnement et la peur constante du lendemain, d’autant plus que la livre syrienne subit une inflation sans précédent.

REPRENDRE LE CONTRÔLE DE LA RÉGION

Selon le Conseil démocratique syrien (MSD) et l’assemblée civile de Tal Rifaat, l’embargo a pour objectif d’obtenir des concessions de la part de l’Aanes. Car le gouvernement syrien ne reconnait pas l’autonomie des régions du nord de la Syrie, ni celle des Forces démocratiques syriennes (FDS). Depuis 2012, Assad reste imperturbable face aux demandes de négociations adressées par l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (Aanes) sur ce point. « Le gouvernement syrien crée des frontières pour pouvoir assouvir son intérêt premier », qui est de reprendre le contrôle sur Tal Rifaat et Sheikh Maqsoud, déclare Jiyan, membre du Conseil démocratique d’Alep à Sheikh Maqsoud.
Les régions du Rojava 
Dans cette perspective, le morcellement des régions occidentales de l’Aanes s’avère un atout crucial pour le régime syrien. Dix kilomètres séparent la région sud de Tal Rifaat du quartier kurde de Sheikh Maqsoud dans le nord d’Alep. Cette bande de terre est cependant sous son influence, tout comme les territoires séparant Alep de Manbij, l’une des sept régions autonomes du nord-est syrien. En conséquence, les passages sur l’axe Manbij-Alep-Tal Rifaat sont soumis à la bonne volonté du régime, et de nombreux checkpoints sont disposés autour de ces différentes régions.

UNE UNITÉ D’ÉLITE DE L’ARMÉE SYRIENNE À LA MANŒUVRE

Sur le terrain, les contrôles sont exercés par la 4e Division, une unité d’élite de l’armée syrienne proche de l’Iran qui, en plus de mettre en application le blocus économique imposé par le régime, se livre à des pillages et à des vols. Ainsi, lors de notre arrivée au camp de réfugiés Serdem à Shehba, nous avions été reçus par des représentants de l’Aanes encore en état de choc : des membres de la 4e Division avaient tenté de voler du mazout dans le camp le jour précédent, et cela s’était terminé par des confrontations entre eux et les forces de sécurité de l’Aanes.
La région de Shehba, juin 2022
En parallèle, une sélection à caractère discriminatoire est appliquée, et les Kurdes ou les réfugiés d’Afrin, kurdes et arabes, seraient ainsi confrontés à plus de difficultés lors de leurs déplacements. Pour exemple, nous avons rencontré une jeune femme kurde âgée de 20 ans originaire d’Afrin dont le passage avait été refusé. Bien qu’elle soit étudiante à l’université d’Alep, elle doit constamment recourir à l’aide de l’administration autonome pour pouvoir utiliser la route Alep-Manbij et rendre visite à sa famille. « C’est un peu comme une grande prison à ciel ouvert », nous dira un habitant de Tal Rifaat. Cette politique basée sur la faim et la création de divisions au sein de la population touche en premier lieu les civils, comme le rappelle Mohamed Enan, membre de l’assemblée civile de la région de Tal Rifaat. « Ils ont créé des checkpoints et, dès qu’ils voient que je suis originaire d’Afrin, ils m’arrêtent », souligne Ali, un réfugié arabe d’Afrin victime d’humiliations par la 4e Division. Il a fui, avec plus d’une centaine de membres de sa famille, les exactions commises par les milices soutenues par la Turquie à Afrin. La création de checkpoints par le gouvernement syrien afin de forcer l’administration autonome à céder son territoire n’est pas un phénomène récent. L’invasion d’Afrin par la Turquie en 2018 a été utilisée par la Russie et le gouvernement syrien pour affaiblir l’AANES. Lorsque la guerre d’Afrin a éclaté, pour passer les checkpoints il fallait en avoir les moyens. Les civils paniqués de se retrouver bloqués à Afrin alors que de plus en plus de villes tombaient dans les mains de l’État turc étaient alors contraints de brader leurs biens et moyens de locomotion aux membres de la 4e Division pour des prix dérisoires.

LA MENACE TURQUE

« La Russie et le régime syrien brandissent la menace turque », indique Mohamed Enan. « Ils prennent l’invasion turque ou sa potentialité comme une opportunité afin de reprendre le contrôle des régions de Tal Rifaat, Kobané et Manbij. Les frappes quotidiennes à Tal Rifaat tirées depuis les régions occupées par la Turquie, les massacres commis par les milices proturques, tout se passe sous les yeux des Russes et du régime. » Les tirs près de la ligne de front sont effectivement encore monnaie courante à Tal Rifaat. Durant notre séjour, il y a eu plus ou moins deux tirs au mortier par jour près du camp de réfugiés où nous étions. La Turquie considère le Parti de l’union démocratique (PYD), majoritaire au sein de l’Aanes, comme une section du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et une menace pour sa sécurité interne. Ankara a l’objectif de créer une zone tampon de 30 km le long de la frontière syro-turque, là où sont situées les villes à population majoritairement kurde. Elle a envahi la région d’Afrin en 2018 ainsi que la région entre Serê Kaniyê (Ras Al-Ain) et Girê Spî (Tal Abiad) en 2019. La région de Tal Rifaat est perçue comme la dernière cible de l’opération « Rameau d’olivier », selon l’agence de presse du gouvernement turc Anadolu. Un des motifs utilisés pour légitimer une opération militaire sur la région réside dans la composante démographique de Tal Rifaat, principalement constitué d’Arabes. Toujours selon Anadolu, des familles arabes auraient fui la région depuis l’installation de l’AANES en 2016. Pourtant, les régions du nord sont un refuge pour de nombreuses familles arabes fuyant le régime d’un côté, les milices proturques à Afrin de l’autre. Le nord de la Syrie compterait plus de 30 000 déplacé·es provenant d’Idlib.

TAL RIFAAT, RÉGION STRATÉGIQUE

« Tal Rifaat est une porte vers Alep » déclarent Jiyan et Mohamed Enan. Elle se présente effectivement comme une région stratégique pour la Turquie, car elle lui permet, via Alep, d’accéder à plusieurs routes économiques importantes. Celles-ci connectent les régions du nord-ouest de la Syrie avec les régions côtières syriennes, en traversant les régions de Hama et d’Idleb. « C’est une guerre économique qui s’attaque à la M4 », explique Mohamed Enan, se référant à l’autoroute qui traverse effectivement d’est en ouest les territoires de la Syrie et connecte Alep à la ville portuaire de Lattakié. La création d’une frontière entre les villes d’Azaz, de Tal Rifaat et d’Idleb amènerait la Turquie à disposer de carrefours économiques importants près de ses frontières. De plus, les postes-frontières de Bab Al-Salamah à Azaz et de Bab al-Hawa près d’Idleb sont à l’heure actuelle tous deux situés dans les régions occupées par les milices soutenues par la Turquie. Azaz joue de cette manière un rôle essentiel dans le soutien logistique apporté par la Turquie aux groupes rebelles. « Tal Rifaat est la clé pour connecter Azaz à Alep. C’est une manière pour la Turquie de renforcer son pouvoir de négociation face à la Russie et à la Syrie » indique Jiyan. « Il semble pourtant peu probable que la Russie serve Tal Rifaat à Ankara sur un plateau d’argent » précise-t-elle. Les invasions terrestres de la Turquie sur les territoires syriens situés à l’ouest de l’Euphrate ont été exécutées via l’accord de la Russie et de l’Iran en amont. Le 23 novembre 2022, alors que la Turquie opérait une série de bombardements dans toutes les régions du nord de la Syrie, des représentants russes ont déclaré qu’ils n’avaient pas accordé le feu vert à la Turquie pour mener une attaque terrestre. Néanmoins, un alignement de la Turquie par rapport aux objectifs de la Russie, qui souhaite une normalisation des rapports entre les deux États, pourrait potentiellement amener la première à obtenir des concessions. Un feu vert pour une nouvelle opération pourrait être obtenu dans ce cadre. Le 14 janvier 2023, le porte-parole de la présidence turque a ainsi déclaré qu’une attaque sur les régions du nord était imminente. Mazlum Abdi, commandant des FDS, a quant à lui annoncé qu’une opération turque de grande ampleur pourrait être réalisée sur Kobané vers le mois de février.

LES CELLULES DORMANTES DE L’OEI À L’AFFUT

En plus de la menace de l’invasion, les frappes aériennes quotidiennes et intensifiées en novembre 2022 ont engendré au sein de la population la crainte d’une activation des cellules dormantes de l’organisation de l’État islamique (OEI). Au cours de ces derniers mois, le personnel des infrastructures pénitentiaires et judiciaires de l’Aanes a été visé par des frappes aériennes turques, tuant notamment la coprésidente et le coprésident des structures pénitentiaires de la région de Jazira seulement deux mois après leur prise de fonction. La campagne aérienne en novembre 2022 a notamment visé la prison de Jerkin à Qamishli, un checkpoint du camp d’Al-Hol ainsi que les quartiers généraux des unités de contre-terrorisme (YAT) reliés à l’Aanes. Le 23 novembre 2022, plusieurs membres de l’OEI détenus dans le camp d’Al-Hol avaient tenté de fuir après une frappe turque sur l’un des checkpoints du camp. Ce dernier regroupe en son sein plus de 53 000 personnes, majoritairement des enfants et des femmes affiliées à l’OEI. Mazlum Abdi avait déclaré le même jour l’interruption des opérations contre l’OEI, mais elles ont cependant repris quelques jours plus tard. « L’État islamique tire avantage des attaques perpétrées par l’État turc », explique Ruksen Mohamed, porte-parole des unités de protection de la femme (YPJ). « Les cellules dormantes attendent une opportunité pour pouvoir agir. Pour exemple, nous en avons récemment arrêté une près de Tal Hamis qui planifiait d’organiser une attaque contre les camps. Ils disposaient des armes et du matériel logistique nécessaire. Ces arrestations montrent qu’il suffit d’une attaque de la Turquie ou d’une autre cellule dormante pour qu’elles se mettent en action », explique-t-elle. Les actions des cellules dormantes sont majoritairement concentrées dans la partie orientale de la région de Deir ez-Zor, le long de la frontière syro-irakienne. Fin décembre 2022, les unités de contre-terrorisme ont arrêté trois personnes accusées d’être membres de l’OEI et le directeur d’un hôpital de Deir ez-Zor a échappé à une tentative d’assassinat. Le 26 décembre, un membre de la sécurité de l’Aanes a perdu la vie près de Deir ez-Zor après une attaque dirigée contre une station de la sécurité interne. Une autre attaque, cette fois à Rakka, a été effectuée la même journée. Elle visait un centre de la sécurité interne situé à proximité d’une prison contenant presque 900 membres de l’OEI. Deux d’entre eux ont été tués, ainsi que deux membres des FDS et quatre de la sécurité interne. Un couvre-feu total sur la ville de Rakka et la fermeture des routes environnantes ont été imposés pendant plusieurs jours après cela. « Je suis inquiet, nous confie un habitant de la région de Deir ez-Zor, car nous ne savons pas quand ni comment les cellules peuvent attaquer ». Une nouvelle invasion militaire de la part de l’État turc, en plus d’être une catastrophe humanitaire, amènerait une déstabilisation des structures politiques et militaires locales. Ces dernières ont pourtant joué un rôle majeur dans la victoire contre l’OEI au sein de la coalition internationale. Les FDS dénoncent les liens entre les actes terroristes perpétrés dans le nord de la Syrie et les milices pro-turques qui contrôlent les territoires occupés. Les populations locales sont de plus victimes d’exactions, d’arrestations arbitraires et d’actes de torture. Reportage réalisé avec l’aide d’Ali ALI, journaliste kurde de Syrie Avec l’autorisation aimable d’India Ledeganck

SYRIE. Couvre-feu et traque des terroristes de DAECH à Raqqa

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SYRIE – Les forces arabo-kurdes soutenues par la coalition internationale passent au peigne fin la région de Raqqa où elles ont imposé un couvre-feu pour traquer les terroristes de DAECH. Mardi, les Forces de sécurité intérieure du nord et de l’est de la Syrie (Asayish) ont imposé un couvre-feu total à la ville de Raqqa, dans le nord de la Syrie, quelques jours après le début d’une opération de sécurité à Raqqa, Tabqa et leur campagne pour poursuivre les militants de l’État islamique (DAECH / ISIS). L’opération « Représailles pour les martyrs de Raqqa » a été lancée par les FDS et les Asayish soutenus par les forces de la Coalition mondiale dirigée par les États-Unis, à la suite d’une attaque de l’Etat islamique contre le quartier général des Asayish à Raqqa le 26 décembre 2022. Lundi, le Comité de l’intérieur du Conseil civil de Raqqa a annoncé qu’un couvre-feu total commencerait mardi de six heures du matin à huit heures du soir. Les Asayish se sont déployés à proximité du quartier d’al-Diri’ah à l’ouest de la ville et du quartier d’al-Mashlab à l’est. Les FDS ont déclaré avoir arrêté Wali al-Raqqa (un dirigeant local de l’Etat islamique), ainsi que des membres de l’Etat islamique, et ont saisi plusieurs armes, des munitions, des livrets sur l’extrémisme et des badges de l’Etat islamique. North Press Syria