SUISSE. Commémorations du centenaire du Traité de Lausanne qui a dépecé le Kurdistan
Le Traité de Paix signé en 1923 à Lausanne entre les Puissances alliées et la Turquie a joué un rôle tragique sur le destin du peuple kurde en le privant d’un État indépendant pourtant prévu dans le Traité de Paix signé à Sèvres 3 ans plutôt… Depuis, les Kurdes ont subi de multiples massacres, politiques d’assimilation forcée ou ont été chassés en masse de leurs terres.
Pour commémorer le centenaire de ce Traité, des dizaines de partis politiques et associations kurdes ont lancé plusieurs événements dans la ville de Lausanne qui seront clôturés par une manifestation massive le 22 juillet 2022 pour laquelle les organisateurs attendent pas moins de 100 000 manifestants.
La ville de Lausanne commémorera également le centenaire du Traité de Paix de Lausanne sous le titre de « De 1923 à 2023 – Commémorations du centenaire du Traité de Paix signé entre les Puissances alliées et la Turquie à Lausanne le 24 juillet 1923 ».
La ville de Lausanne propose, entre autre, 3 conférences autour du Traité de Lausanne*:
Cycle I: Le temps des guerres, du 24 avril au 14 mai 2023
Cycle II: Le temps des négociations, du 12 juin au 2 juillet 2023
Cycle III: Les lendemains du Traité, du 18 septembre au 8 octobre 2023
Les détails des conférences à venir…
*Le traité de Lausanne de 1923 est un traité de paix signé le 24 juillet 1923 au Palais de Rumine à Lausanne (Suisse). Il remplace le traité de Sèvres signé le 10 août 1920 à Sèvres, qui mettait fin à la Grande Guerre en ce qui concerne l’Empire ottoman. (Wikipedia)
Le Conseil National autrichien appelle à la protection de la population kurde
VIENNE – Le Conseil national autrichien a voté en faveur d’une résolution sur la position du pays concernant les actions de la Turquie dans les régions kurdes de Syrie et d’Irak.
A une large majorité, le Conseil national a voté en faveur d’une résolution sur la position de l’Autriche concernant les actions de la Turquie en Syrie et en Irak. À la suite d’une demande des trois partis d’opposition pour une condamnation ferme des attaques turques dans le nord-est de la Syrie et le nord de l’Irak, l’ÖVP, le SPÖ, les Verts et le NEOS ont adopté une résolution en commission des affaires étrangères appelant le gouvernement fédéral à travailler à tous niveaux pour s’assurer que la Turquie remplit ses obligations en vertu du droit international. En particulier, le ministre des Affaires étrangères devrait s’adresser à la Turquie pour une protection complète de la population civile, des biens civils et des infrastructures critiques dans le nord de la Syrie et le nord de l’Irak et pour le plein respect des droits humains et des droits fondamentaux dans la région, y compris ceux de la population kurde, et continuer à identifier clairement les violations du droit international et des droits humains. La motion d’opposition elle-même n’a pas trouvé de majorité au plénum.
Action systématique contre la population kurde du nord de la Syrie
« L’Autriche doit dénoncer clairement les violations des droits humains et les attaques de la Turquie qui violent le droit international (…), Monsieur le ministre fédéral », a lancé Katharina Kucharowits (SPÖ) au ministre des Affaires étrangères Alexander Schallenberg. « La Turquie sous le président Erdogan prend systématiquement des mesures contre la population kurde du nord de la Syrie dans le but de les chasser de la région. Il faut prendre position contre cela. » Harald Troch (SPÖ) a parlé d’un « compromis mou », la demande initiale de l’ÖVP et des Verts s’étant « cassé les dents ». « Cependant, le SPÖ serait toujours d’accord, car il faut se féliciter que la situation des Kurdes soit une question au Conseil national. »
Kassegger : la guerre d’agression de la Turquie dans le nord de la Syrie en violation du droit international
Axel Kassegger (FPÖ) a souscrit à la déclaration de Kucharowit et a parlé d’une guerre d’agression de la Turquie dans le nord de la Syrie qui viole le droit international. En ce qui concerne la guerre en Ukraine, cependant, le mandataire du FPÖ a identifié l’application de deux poids deux mesures par le gouvernement fédéral. Son groupe ne votera pas pour la motion de compromis car, contrairement à la motion originale des partis d’opposition, elle est affaiblie et « n’entre pas dans le vif du sujet avec audace ». Pour Susanne Fürst (FPÖ), également, la politique étrangère et européenne du gouvernement fédéral se caractérise par des doubles standards et deux poids deux mesures. « D’une part, l’accent est mis sur le « point chaud de la crise, la Russie et l’Ukraine », mais d’autre part, vous fermez les yeux sur un autre point chaud, où, par exemple, les États membres de l’UE, la Grèce ou Chypre, sont directement menacés par la Turquie. »
« Il est juste et important que nous défendions les droits de l’homme et les obligations en vertu du droit international. C’est exactement ce que nous faisons avec l’application », a déclaré Reinhold Lopatka au nom de l’ÖVP. « Des centaines de milliers de Kurdes vivent sous une répression massive depuis des décennies, et c’est le travail de l’Autriche d’attirer l’attention sur ce sort. »
« La menace permanente contre les Kurdes signifie que nous devons adopter une position claire », a souligné Ewa Ernst-Dziedzic (Verts). Du côté du FPÖ, Ernst-Dziedzic a affirmé être du côté de la population kurde sans aucun double standard.
« Erdogan est en guerre contre les Kurdes, nous devons nous dresser contre cela ensemble », a souligné Helmut Brandstätter (NEOS) dans son discours. L’eurodéputé s’est prononcé en faveur d’une Europe de valeurs qui ne peut être déstabilisée. « Si nous semblons unis en tant qu’Europe forte et unie, nous serons pris au sérieux », a déclaré Brandstätter.
ANF
TURQUIE. Le HDP entre dans la course électorale sous la bannière du Parti de la gauche verte
ANKARA – Lors d’un événement organisé hier à Ankara, le parti « pro-kurde » HDP a lancé sa campagne électorale sous la bannière du Parti de la gauche verte (Yesil Sol Parti) créé en remplacement du HDP en cas de fermeture de ce dernier par le régime turc.
Le HDP a partagé son manifeste pour les élections présidentielles et législatives du 14 mai 2023.
Le coprésident du HDP, Mithat Sancar a déclaré: « Ensemble, nous apporterons le changement. (…) Nous avons parcouru cette route sans nous incliner et nous y sommes. Oui, nous avons appris à éviter leurs conspirations et leurs ruses. Nous avons hérité de l’accumulation de la tradition de la lutte. (…) Nous, les Kurdes, sommes ici pour une solution démocratique au problème de la guerre, pour la paix contre la haine et l’inimitié. Nous sommes ici pour défendre la vie contre la mort. (…) Nous sommes ici pour établir la démocratie locale, contre la domination centralisée, pour l’égalité et la citoyenneté libre. Nous sommes ici pour ouvrir la voie à une république basée sur la démocratie. Ensemble, nous changerons les choses. (…) »
Le Parti démocratique des peuples (HDP) est la deuxième force d’opposition au Parlement turque mais des milliers de ses sympathisants, ses députés et maires ont été jetés en prison pour « terrorisme ». Si les droits élémentaires des Kurdes ne sont pas reconnus en Turquie, ces élections ne changeront rien et (s’il défend les droits des Kurdes), le Yeşil Sol Parti aussi reconnaitra le même sort que celui de tous les partis kurdes qui ont tous été interdits en Turquie jusqu’à présent.
KURDISTAN. Prix de l’égalité décerné à Choman Hardi, militante des droits des femmes ciblée par des milieux intégristes kurdes d’Irak
« Attiser la peur existentielle des Kurdes de l’anéantissement, de la présence d’un complot majeur pour nous détruire, est un jeu éhonté avec notre subconscient car depuis des décennies la peur de l’assimilation et de l’extinction entre les mains des États nationalistes et théocratiques qui nous entourent a été l’expérience kurde », Choman Hardi.
Cela fait un certain temps que l’universitaire kurde Choman Hardi qui défend les droits des femmes et dispense des cours au Centre d’études sur le genre et le développement au sein de l’Université américaine d’Irak, au Kurdistan irakien, subit des menaces venant des milieux conservatistes, sexistes et intégristes qui l’accusent de « corrompre la société kurde avec l’argent qu’elle reçoit de l’Occident ». Ces menaces se sont intensifiées en 2022 à tel point que trente-quatre organisations, groupes et institutions de la société civile kurdes se sont réunis pour créer le Prix de l’Égalité et ont désigné Choman Hardi leur première lauréate pour son travail en faveur de l’égalité dans la communauté kurde et sa persévérance face à ces attaques sexistes et misogynes qui veulent réduire à néant la lutte des femmes kurdes pour l’égalité. Ce prix deviendra une tradition annuelle pour les défenseurs de la justice et de l’égalité dans la région du Kurdistan d’Irak.
Lors de la remise du le Prix de l’égalité qui a eu lieu le 14 mars dernier, Choman Hardi a prononcé un discours dans lequel elle a insisté sur l’importance de la lutte pour l’égalité homme/femme et a mise en garde contre la menace que représente la culture d’insultes et de calomnies pour la coexistence et la sécurité de la société kurde.
Voici l’intégralité du discours de Choman Hardi:
« Chers amis, merci d’être venus ! Merci pour la reconnaissance et la confiance que vous m’avez accordées à cette occasion. Se battre pour la justice sociale ou politique n’a jamais été facile et en tout lieu, mais c’est la persévérance et la détermination de personnes comme vous face aux difficultés qui sont toujours encourageantes.
Chacun d’entre nous qui travaille dans ce domaine a, sans aucun doute, fait face à des accusations, des attaques et des menaces qui visent à nous diffamer, nous décourager et nous réduire au silence. Depuis des années, les défenseurs des droits des femmes vivent sous la menace de la déshumanisation et de la diabolisation. Les forces conservatrices et intégristes attaquent les militantes à chaque fois sous un prétexte différent de haine des hommes, de sape des valeurs religieuses, de destruction de la structure familiale et, plus récemment, de trahison nationale.
Et nous savons tous que la diabolisation et la création d’un ennemi imaginaire est la première étape pour les détruire symboliquement ou littéralement. Mais le monstre effrayant qu’ils ont créé, qui reçoit apparemment de l’argent de l’ouest pour travailler secrètement à la désintégration de la famille et à la destruction de sa propre communauté, n’a absolument aucun rapport avec qui nous sommes et ce que nous faisons.
Attiser la peur existentielle des Kurdes de l’anéantissement, de la présence d’un complot majeur pour nous détruire, est un jeu éhonté avec notre subconscient car depuis des décennies la peur de l’assimilation et de l’extinction entre les mains des États nationalistes et théocratiques qui nous entourent a été l’expérience kurde.
La phobie et la peur qui sont fabriquées autour des efforts des organisations travaillant pour les droits des femmes, les droits civils et l’égalité des sexes, n’ont aucun rapport avec la réalité. Le véritable objectif de ces vagues de mensonges, de fausses informations et de mutilation de la vérité est de saper la réussite et l’impact des personnes et des organisations qui luttent pour l’égalité et de les calomnier en public.
D’autre part, la crainte d’un complot occidental contre notre communauté et nos valeurs sociales et religieuses n’est pas fondée. Nous n’avons pas un État puissant, ni une armée puissante, nous ne sommes pas suffisamment développés technologiquement ou économiquement pour constituer une menace pour le système économique ou politique international pour qu’ils veuillent conspirer contre nous. En fait, au cours des dernières décennies, nous avons été des alliés des puissances occidentales et avons reçu un soutien technique et financier pour renverser le gouvernement de Saddam Hussein et vaincre l’EI.
Notre objectif en tant qu’activistes et universitaires dans le domaine de l’égalité des sexes est de sensibiliser et de créer une nouvelle compréhension de l’inégalité et de l’injustice. Nous essayons de changer le discours coincé et dépassé qui attribue l’inégalité des sexes à la nature et aux différences biologiques entre les hommes et les femmes, un discours qui ne veut pas accepter que c’est un contrat social qui a créé cette inégalité et nous pouvons avoir une meilleure contrat dans lequel les femmes ne sont pas marginalisées, réduites au silence et opprimées.
Je suis sûre que certains des jeunes qui tombent dans le piège de ce malentendu [découvriront] bientôt la vérité. Ce n’est pas le combat des femmes pour l’égalité des sexes, pour le pluralisme religieux, culturel et ethnique, pour la protection des droits et des dignités, pour l’amélioration des relations collégiales, amicales, fraternelles et amoureuses entre hommes et femmes qui menace nos valeurs. Ce qui constitue une menace pour nos valeurs, ce sont ces forces qui veulent remplacer la conversation et l’argumentation par la diffamation, les mensonges et les grossièretés et en faire la culture dominante de notre communauté.
Pendant des années, notre communauté a été confrontée à des menaces majeures telles que la corruption et la destruction de l’environnement, mais maintenant la culture des insultes et des calomnies est une menace majeure pour notre sécurité et notre coexistence.
Pour finir, je veux dire qu’affronter les vagues généralisées et organisées d’irrespect, de calomnies, de manipulations et de menaces est difficile ; il est difficile d’être victime d’une diffamation et d’être calomnié dans son travail ; mais l’importance de notre objectif commun et le soutien inconditionnel que j’ai reçu de la famille, des amis, des collègues et des gens comme vous sont devenus une source de force et de persévérance. Je tiens à vous remercier une fois de plus de m’avoir accordé votre confiance. Ce prix me donnera de l’énergie pour continuer. Continuons tous ensemble. Merci. »
Discours publié en anglais sur le site Gender, Justice and Security Hub: Surviving abuse, defamation and backlash (Survivre aux abus, à la diffamation et aux contrecoups)
Choman Hardi est autrice du recueil de poèmes « Considérer les femmes » publié en français en 2020 par la maison d’édition Kontr.
Après les « Turcs des montagnes » voici les « Iraniens des montagnes » ou des bigoteries antikurdes!
Pendant des décennies, l’État turc colonialiste a tenté de nier l’existence même des Kurdes et a essayé de les faire passer pour des « Turcs des montagnes » dont les pas auraient fait « kart-kurt » dans dans la neige [pendant les hivers rigoureux du Kurdistan] et qui auraient donné naissance au mot « Kurde » [en turc: Kürt]. Aujourd’hui, alors que cette théorie fumeuse a volé en éclat et que plus aucun fasciste turc parle de « Turcs des montagnes », la droite iranienne d’Europe attaque les militants kurdes sur les réseaux sociaux, mettant en doute leurs origines ethniques et parle des « Kurdes iraniens très proches des Iraniens ethniquement et culturellement » qui seraient différends des « autres Kurdes » qui vivent sous la colonisation turque ou arabe.
Cette droite-iranienne qui milite pour le retour de la monarchie en Iran attaque systématiquement les activistes kurdes qui dénoncent la persécution dont sont victimes les Kurdes et d’autres minorité en Iran depuis l’époque de la monarchie. Au lieu de répondre aux arguments avancés par ces activistes, chercheurs ou journalistes kurdes, ces royalistes préfèrent mettre en doute la kurdicité même de ces personnes sous prétexte qu’il y a des différences d’us et coutumes chez les Kurdes selon les régions ! De plus, ils passent sous silence le rôle des politiques assimilationnistes turques, persanes et arabes mises en place au Kurdistan et qui ont pu altérer ces us et coutumes kurdes.
Une des activistes kurdes qui font les frais de ces attaques hideuses est la chercheuse germano-kurde Dastan Jasim, dont les parents sont originaires du Kurdistan irakien, tout près de la frontière iranienne qui défigure le Sud-Est du Kurdistan. Ces royalistes (germanophones) lui ordonnent de se taire, déclarant qu’elle n’a pas de légitimité à parler des Kurdes d’Iran, car « elle est originaire du Kurdistan irakien et différente de ceux d’Iran qui seraient plus proches ethniquement des Iraniens ». A travers cette théorie fumeuse, la droite iranienne espère décrédibiliser les activistes kurdes en s’arrogeant le droit de décider qui est Kurde et qui ne l’est pas mais aussi que les Kurdes sont différents entre eux, plutôt que de leur répondre pourquoi les Kurdes (mais aussi les autres minorités éthiques et religieuses) d’Iran sont persécutées, leurs régions sont sous-développées, n’ont pas le droit à l’éducation dans leurs langues, ne peuvent pratiquer leurs us et coutumes… doivent persaniser leurs noms et prénoms (comme on l’a vu dans l’exemple du prénom kurde de Mahsa Amini – Jina – qui est ignoré par cette même droite iranienne) et subissent l’assimilation forcée pour devenir des Perses (ou Persans) chiites.
Mais ces royalistes ne sont pas que des inventeurs de théories infondées. Ils sont aussi voleurs de slogans, comme le slogan féministe kurde « Jin, jiyan, azadî (femme, vie, liberté) » qu’ils ont persanisé et dont ils s’arroge la paternité d’une manière impudente…
TURQUIE. Acte d’accusation visant 20 journalistes kurdes préparé près de 10 mois après leur arrestation
TURQUIE / KURDISTAN – Le parquet général de Diyarbakır vient de préparer l’acte d’accusation visant 20 journalistes kurdes et un employé de bureau, détenus lors de raides menés en juin 2022.
Le parquet général de Diyarbakir (Amed) a terminé son acte d’accusation contre 22 prévenus, dont 20 journalistes kurdes, qui ont été arrêtés le 16 juin 2022 pour des accusations d’« appartenance à une organisation terroriste ».
Le parquet général de Diyarbakır a envoyé l’acte d’accusation à la 4e Cour Pénale de Diyarbakır. Après avoir examiné l’acte d’accusation, le tribunal décidera dans un délai de 15 jours s’il l’accepte ou non. Si l’acte d’accusation est accepté, le procès des journalistes débutera.
Journalistes en prison
Les journalistes détenus lors de perquisitions au domicile et sur leur lieu de travail le 16 juin 2022 sont le coprésident de l’Association des Journalistes Dicle-Fırat (DFG) Serdar Altan, le rédacteur en chef de l’Agence Mezopotamya (MA) Aziz Oruç, le rédacteur en chef du journal Xwebûn Mehmet Ali Ertaş, la rédactrice en chef de l’agence féminine JINNEWS Safiye Alağaş et les journalistes Zeynel Abidin Bulut, Ömer Çelik, Mazlum Doğan Güler, İbrahim Koyuncu, Neşe Toprak, Elif Üngür, Abdurrahman Öncü, Suat Doğuhan, Remziye Temel, Ramazan Geciken, Lezgin Akdeniz et Mehmet Şahin.
ANF
TURQUIE. Deux journalistes kurdes ayant purgé leur peine interdits de quitter la prison pour absence de « remords »
TURQUIE – Les journalistes kurdes Dilan Oynaş et Abdulkadir Turay sont maintenus en prison bien qu’ils aient purgé leur peine car ils auraient refusé de se « repentir ».
Les prisonniers politiques en Turquie subissent des pressions pour faire des aveux de remords après avoir purgé leur peine de prison habituelle. Ceux qui refusent restent derrière les barreaux. Les prisonniers sont depuis longtemps soumis à une pression accrue pour faire des aveux en vertu de la « loi sur le repentir ».
La journaliste Dilan Oynaş est incarcérée à la prison pour femmes d’Ankara Sincan depuis 2016 pour « appartenance à une organisation terroriste ». Elle reste en prison sur décision du Conseil de surveillance pénitentiaire, même si elle a purgée sa peine le 26 avril 2022. Sa libération a été suspendue pour la quatrième fois.
Le Conseil de surveillance de la prison n’a pas libéré Oynaş le 27 avril 2022, sous prétexte qu’elle n’avait pas eu une « bonne conduite ». Le 21 juillet 2022, l’emprisonnement d’Oynaş a été prolongé de 6 mois supplémentaires car elle a rejeté la « loi sur le repentir ». Le Conseil de surveillance de la prison s’est réuni le 21 janvier et a refusé sa libération pour la troisième fois, invoquant une sanction disciplinaire contre Oynaş.
Le Conseil de surveillance des prisons s’est réuni pour la quatrième fois hier (27 mars) et a de nouveau suspendu la libération d’Oynaş pour 6 mois supplémentaires car elle a insisté pour rejeter la «loi sur le repentir».
Le Conseil se réunira le 29 avril et se prononcera sur le cas de la journaliste.
Entre-temps, la libération d’un autre journaliste, Abdulkadir Turay, qui est incarcéré à la prison de type L d’Erzincan, a également été suspendue pour 3 mois supplémentaires au motif qu’il a rejeté la loi sur le repentir.
Le journaliste Turay est en prison depuis 2016. Le cas de Turay a été examiné par le Conseil de surveillance des prisons à l’approche de sa date de libération.
Alors que le Conseil a forcé Turay à montrer des remords, Turay a répondu : « Je suis en prison depuis de nombreuses années. Je n’ai pas de regrets ». Le Conseil a suspendu la libération de Turay pour 3 mois supplémentaires.
Turay a été arrêté alors qu’il travaillait comme correspondant pour l’agence de presse Dicle (DİHA), qui a ensuite été fermée par décret gouvernemental (KHK), dans le district de Savur à Mardin. Turay a été condamné à 9 ans de prison pour avoir « être membre d’une organisation terroriste [PKK] » par la 2e Haute Cour pénale de Mardin.
ANF
PARIS. Décès du musicien kurde Adnan Alex Mohamed
PARIS – L’Institut kurde de Paris annonce le décès du musicien kurde originaire d’Afrin, Adnan Alex Mohamed, 67 ans, survenu le 24 mars des suites d’une longue maladie.
Les obsèques de Mohamed auront lieu le vendredi 31 mars 2023 à 14h30, au cimetière de Romainville, rue Paul de Kock, 93230 Romainville. Le lendemain, le 1er avril, l’Institut kurde de Paris rendra un hommage à Adnan Alex Mohamed de 15h à 18h dans ses locaux, en présence de sa famille.
L’Institut kurde écrit qu’Adnan Alex Mohamed est arrivé en France en 1976 et ajoute que: « Dès son arrivé en France il a participé à la vie culturelle et artistique de la petite communauté kurde d’alors au sein de l’Union des étudiants et travailleurs du Kurdistan, puis à partir 1983 dans la section Arts et Musique de l’Institut kurde de Paris.
Musicien et animateur de talent, il a été parmi les tout premiers artistes à faire connaître la musique kurde en France dans les MJC, dans les collèges et lycées et dans les fêtes
En 1981, il a fondé le groupe Koma Zozan de musique et chants traditionnels kurdes.
Ce groupe était parmi les premiers à participer aux festivals européens et internationaux.
Il a été l’initiateur pour beaucoup de musiciens kurdes installés en France
Très apprécié dans la communauté kurde de France, il a laissé à tous ceux qui l’ont connu l’image de quelqu’un de très joyeux, drôle, humain et cultivé.
Adnan a toujours œuvré pour la reconnaissance, la diffusion et la sauvegarde de la culture kurde; son groupe à publier 2 disques, le premier en 1983, le suivant en 1991.
Il était marié et père de 3 enfants.
Sa musique et son sourire resteront à tout jamais gravés dans les cœurs de ceux qui l’ont connu. »
Les États-Unis maintiennent leurs troupes en Syrie
Il y a environ 900 soldats américains dans le nord de la Syrie, en partenariat avec les forces locales sous commandement kurde pour empêcher la résurgence du groupe terroriste État islamique. Un haut responsable américain a déclaré que les États-Unis allaient maintenir leur présence militaire dans la région alors qu’une escalade militaire a eu lieu récemment entre les milices pro-Iran et les forces américaines en Syrie.
Le président américain Joe Biden s’est engagé à maintenir les troupes américaines en Syrie et agit toujours de manière décisive pour protéger le peuple américain, a déclaré dimanche le porte-parole du Conseil de sécurité nationale américain, John Kirby.
Kirby a parlé sur « Face the Nation » de CBS au milieu de l’escalade des tensions au Moyen-Orient après qu’un entrepreneur américain a été tué jeudi dans une attaque de drone iranien contre une base américaine en Syrie, et Washington a répondu avec des frappes sur des installations affiliées aux gardiens de la révolution iraniens.
« Nous avons moins de 1 000 soldats en Syrie qui s’attaquent à ce réseau qui est, bien que considérablement réduit, toujours viable et toujours critique », a déclaré Kirby.
Kirby a déclaré qu’il « n’exclurait pas la possibilité d’une action américaine supplémentaire » si Biden jugeait approprié et nécessaire de continuer à protéger les troupes et les installations américaines dans la région, lorsque l’hôtesse du programme, Margaret Brennan, a suggéré aux groupes soutenus par l’Iran « ne semblent pas être découragés » par la réponse de Washington.
Medya News
TURQUIE. Arrestations massives des membres du parti pro-kurde avant les élections
TURQUIE / KURDISTAN – La police turque a intensifié les arrestations des responsables et des militants du Parti démocratique des peuples (HDP) avant les élections du 14 mai lors des raids, dont le dernier a eu lieu hier dans la province kurde de Şanlıurfa (Riha).
La police a effectué des perquisitions à domicile dans la province du sud-est, arrêtant 18 personnes, dont des dirigeants du HDP et du Parti des régions démocratiques (DBP).
L’ancienne co-maire de district Hülya Demir, la coprésidente de district du HDP Yaşar Gündüzalp et la coprésidente de district du DBP Rojda Binici figuraient parmi les personnes arrêtées. Aucune raison n’a été donnée pour leur détention et ils ont été empêchés de voir un avocat pendant 24 heures.
La semaine dernière, le 20 mars, le coprésident provincial du HDP, Mehmet Dilek, a été arrêté par la police lors d’une descente à son domicile à Istanbul, bien qu’aucune raison claire n’ait été donnée pour son arrestation. Dilek a ensuite été libéré après avoir fait une déclaration à la direction de la sécurité d’Istanbul. Lors d’une opération similaire le 22 mars, sept membres du HDP, dont un membre du conseil exécutif du parti, İdil Uğurlu, ont été arrêtés dans la ville d’Izmir.
Les arrestations ont suscité des critiques de la part de divers groupes, car les années précédentes également, de nombreux membres du HDP ont été arrêtés avant les élections, en particulier ceux qui devaient travailler dans des bureaux de vote. Ces tactiques sont considérées comme un moyen de réprimer l’opposition kurde, suscitant des inquiétudes quant à l’équité des prochaines élections du 14 mai en Turquie. (Medya News)
Par ailleurs, le HDP a décidé de se présenter aux élections du 14 mai sous l’étiquette du Parti de la gauche verte (Yeşil Sol Parti) car le risque de fermeture d’HDP a la veille des élections est très élevé.