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ALLEMAGNE. Der Spiegel accusé de faire la propagande d’al-Sharaa

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ALLEMAGNE – Les organisations kurdes nous alertent sur fait que ces dernières semaines, les analyses et les reportages élogieux du régime djihadiste syrien ont été publiés dans certains médias allemands, dont le magazine Der Spiegel. « Ces reportages sont souvent contestables et minimisent les crimes de guerre, notamment les violences sexuelles. Les auteurs islamistes de ces crimes, dans la lignée d’Al-Qaïda et de Daech, sont banalisés, voire blanchis, tandis que les victimes, majoritairement kurdes, sont présentées comme des bourreaux », nous rappelait récemment l’agence ANF. C’est dans ce contexte que des activistes kurdes et allemands ont manifesté hier devant le siège de Der Spiegel à Hambourg, accusant ce dernier de faire de la propagande du régime djihadiste syrien.

Manifestation kurde devant le siège de Der Spiegel, à Hambourg

Le Conseil des femmes de Rojbîn et de nombreux autres militants ont manifesté devant les bureaux hambourgeois du magazine d’information DER SPIEGEL pour protester contre sa couverture de la situation en Syrie. Samedi, le Mouvement des femmes kurdes en Europe (TJK-E) avait déjà vivement critiqué le magazine, l’accusant de relativiser l’idéologie violente du groupe État islamique (EI) et d’autres groupes terroristes dans sa description de la situation au Rojava, tout en propageant des discours misogynes. L’élément déclencheur de la manifestation était l’article « Comment une tresse, peut-être malavisée, fait bouger le monde », écrit par Christoph Reuter et Mohannad Alkhalil Alnajjar.

Heike Sudmann : L’autonomie de tous les groupes de population au Rojava

Heike Sudmann, députée au Parlement de Hambourg et coprésidente du groupe parlementaire du Parti de gauche, a exprimé sa solidarité avec les militants kurdes et, lors d’un discours prononcé devant le bâtiment du SPIEGEL, a appelé à un traitement médiatique nuancé et fidèle à la réalité. « Il est important que les médias allemands examinent de plus près ce qui se passe réellement sur place. Si l’on prétend soudainement qu’il ne s’agit que d’une autonomie kurde et que les Arabes sont opprimés, c’est faux. Nous ne pouvons que réaffirmer qu’il s’agit d’une autonomie des groupes ethniques qui y sont représentés, d’une autonomie des populations qui y vivent, ce qui signifie aussi qu’elles prennent leur destin en main et décident de leur propre avenir. Cela signifie ne pas se laisser dépendre d’un charia qui se prend soudainement pour un grand diplomate et un chef d’État autoproclamé », a déclaré la députée, faisant référence à la lutte des Kurdes contre Daech et d’autres groupes islamistes depuis 2014.

« Campagne de propagande pour al-Sharaa»

Des porte-parole du Conseil des femmes de Rojbîn ont condamné le reportage du SPIEGEL lors de discours prononcés en allemand et en kurde, affirmant que les auteurs de l’article ne s’étaient pas contentés de s’intéresser à la tresse que Rami al-Dahesh, ancien membre de l’EI, avait brandie devant la caméra avec un sourire. Leur objectif apparent était plutôt de remettre en question, de minimiser, voire de discréditer les crimes de l’armée d’al-Shaara, les qualifiant de campagne de propagande des Forces démocratiques syriennes (FDS). Les crimes de guerre commis par les soldats d’al-Shaara ont été documentés de manière exhaustive et méticuleuse, et des organisations de défense des droits humains telles que l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), le Centre Jineolojî, des journalistes locaux, ainsi que les FDS et l’administration autonome ont publié ces dernières semaines des cas individuels et des compilations systématiques, chacun étant rigoureusement documenté, vérifié et étayé par des preuves solides.

« Humiliation ciblée des femmes »

La tresse que tient Rami al-Dahesh, souriant à la caméra, symbolise un message délibérément destiné à humilier les femmes qui combattent en première ligne contre l’armée islamiste d’al-Sharaa. Cette vidéo fait partie d’une série d’enregistrements réalisés par les hommes d’al-Sharaa, tous servant un seul but : dégrader les femmes qui refusent de se soumettre à cette idéologie islamiste. On y voit des images de combattantes capturées, présentées comme du butin de guerre, accompagnées de rires masculins odieux ; des images de corps de combattantes profanés et jetés du haut d’immeubles. Il s’agit, soit dit en passant, de femmes appartenant aux mêmes unités qui ont combattu Daech à Sinjar et Kobanê en 2014. Les mêmes femmes qui ont ensuite libéré Raqqa, la prétendue capitale de Daech. À l’époque, elles étaient célébrées dans le monde entier, y compris dans la presse allemande. Mais aujourd’hui, l’ennemi n’est plus Daech, mais un allié de l’Occident : al-Sharaa. « Et c’est probablement aussi la raison pour laquelle le journalisme allemand ne fait aucun effort pour dénoncer ces crimes, mais protège au contraire les auteurs », a déclaré la porte-parole.

De nouvelles manifestations « Jin Jiyan Azadî » annoncées

Durant la manifestation, le slogan « Jin Jiyan Azadî (femme, vie, liberté) » a été scandé à plusieurs reprises. Les militants ont annoncé qu’ils continueraient à descendre dans la rue pour exiger la reconnaissance de l’autonomie du Rojava et qu’ils ne toléreraient aucune information diffamatoire sur la situation réelle sur le terrain sans protester. (ANF)

ROJAVA. Dispositifs de sécurité mis à l’épreuve

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SYRIE / ROJAVA – Un développement significatif pour la région : de nouveaux dispositifs de sécurité sont mis à l’épreuve dans les zones kurdes du nord-est de la Syrie. Après une offensive majeure de l’armée arabe syrienne le mois dernier, les Forces démocratiques syriennes (FDS), à majorité kurde, se sont retirées de villes clés telles que Deir Hafer, Tabqa, Raqqa, Deir ez-Zor et Shaddadi. Les lignes de contact longent désormais les frontières de la province d’Hassaké.

Fin janvier 2026, le gouvernement de transition syrien et les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont conclu un accord global de cessez-le-feu et d’intégration visant à mettre fin aux hostilités et à établir une voie politique pour l’avenir. Aux termes de cet accord, un cessez-le-feu immédiat a été décrété sur l’ensemble du territoire, et les forces gouvernementales syriennes sont entrées dans les principales villes comme Hassaké et Qamichlo pour en prendre le contrôle administratif.

Véhicules des forces de sécurité publique arrivant sur leur lieu de déploiement à Hassaké | Crédit photo : Abbas Abbas

L’accord prévoit l’intégration progressive du personnel militaire et de sécurité des FDS au sein de l’armée syrienne et du ministère de l’Intérieur, tandis que les institutions civiles situées dans les anciens territoires contrôlés par les FDS seront intégrées aux structures de l’État syrien. Il inclut également le transfert d’infrastructures stratégiques – telles que les points de passage frontaliers et les gisements de pétrole et de gaz – à Damas, avec des garanties pour le maintien des fonctions publiques et la protection des droits civils et éducatifs des Kurdes.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) et le président intérimaire syrien Ahmad al-Charia ont tenu une série de réunions à Damas, qui ont abouti à l’accord actuel. Les États-Unis et la France ont été fortement impliqués dans ce processus, et Erbil, capitale de la région du Kurdistan irakien, a joué un rôle central dans la médiation.

Problèmes de mise en œuvre et de sécurité

Dilar Temo, une responsable kurde des Asayish, forces de sécurité intérieure affiliées aux FDS, a confirmé au journal The Amargi qu’un accord avait été trouvé garantissant que les Asayish continueraient à protéger toutes les communautés des zones kurdes. Elle a rapporté qu’à l’arrivée d’une centaine de membres des Forces de sécurité générale de Damas à Hassaké, des cellules affiliées à l’EI ont tenté de perturber l’opération en lançant des attaques. Les forces de sécurité ont réagi rapidement et ont arrêté les personnes impliquées. Mme Temo a également noté que certains membres de la délégation syrienne avaient fait des gestes ressemblant aux symboles de l’EI, ce qui a entraîné des mesures disciplinaires immédiates.

Une seconde délégation d’une centaine de personnes et d’une quinzaine de véhicules est entrée à Qamishlo conformément à l’accord. Temo a souligné que la présence des Forces de sécurité générale est temporaire et liée au processus d’intégration, qui devrait durer entre un et deux mois.

Le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Nour al-Din al-Baba, a confirmé que le ministère avait entamé la transition du commandement des forces de sécurité syriennes à Qamishlo, qualifiant le processus de positif. Il a souligné que la reconstruction de la Syrie exigeait la participation de tous les acteurs et que la province d’Hassaké avait davantage besoin de développement que d’escalade militaire.

Un véhicule blindé militaire appartenant aux forces de sécurité publique, avec un officier à bord | Crédit photo : Abbas Abbas

Aéroport de Qamishlo et coordination régionale

Une délégation du gouvernement de transition syrien, accompagnée des forces de sécurité intérieure Asayish, s’est rendue dimanche à l’aéroport international de Qamishli pour des discussions à huis clos sur le fonctionnement de l’aéroport, en présence du dirigeant kurde Siyamend Afrin et du général de brigade Marwan al-Ali.

L’administration de la ville de Kobani a accusé le gouvernement de transition syrien à Damas de ne respecter aucun des engagements pris lors de la réunion d’Alep.

Le rôle de la délégation se limite au déploiement de personnel et de techniciens pour la remise en service de l’aéroport. La reprise des vols est prévue pour fin février. L’administration aéroportuaire sera partagée entre l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie et le gouvernement de transition, conformément à l’accord FDS-Damas. Lors d’une conférence de presse à Al-Hasakah, Al-Ali a déclaré que la province connaissait une dynamique positive grâce à l’avancement de l’accord d’intégration, tout en soulignant que les difficultés actuelles sont d’ordre logistique et technique. Il a également indiqué que la situation à Kobané – la ville restant assiégée (…) – était traitée conjointement aux problématiques de Qamishlo et d’Al-Hasakah, dans le cadre d’une action concertée.

Cependant, l’administration de la ville de Kobané a accusé le gouvernement de transition syrien à Damas de ne respecter aucun des engagements pris lors de la réunion d’Alep. Dans un communiqué publié samedi, les autorités ont déclaré que ni la présence militaire dans la région n’avait été réduite, ni aucune mesure concrète prise pour améliorer la situation humanitaire.

Réactions publiques mitigées et perspectives politiques

À Qamishlo, l’opinion publique est partagée, allant d’un accueil prudent à des appels à de véritables garanties. Un habitant, Saif al-Din Bahri, a souligné l’importance d’une nouvelle constitution permanente et d’un dialogue sérieux pour garantir les droits. Un autre, Mohammed Osi, a qualifié l’accord d’historique et s’est félicité du retour des institutions étatiques. Yegnik Karbo, un habitant arménien, a salué les mesures de stabilisation, mais a insisté sur la nécessité de garanties juridiques pour prévenir toute violation.

Malgré les progrès accomplis, la menace que représente l’État islamique demeure importante. Le chaos sécuritaire et l’implication de certaines factions et groupes extrémistes soutenus par la Turquie ont contribué à accroître le risque de résurgence de l’État islamique.

L’analyste politique kurde Walid Joli, s’exprimant auprès du journal The Amargi, a décrit la phase actuelle comme un processus de « liaison » progressive plutôt que comme une intégration immédiate. Il a souligné que les forces gouvernementales seraient présentes de manière symbolique, leur rôle principal étant de superviser le processus d’intégration. Joli estime que cette phase transitoire constitue une étape vers des discussions plus larges sur la future constitution syrienne.

Walid Joli, analyste politique kurde | Crédits photo : Abbas Abbas

Le commandant des FDS, Sipan Hemo, a déclaré : « Cet accord ne doit pas être considéré comme une solution finale, mais plutôt comme un début : le lancement d’un processus politique visant à créer un cadre solide pour la reconnaissance et la protection de l’identité kurde. »

Malgré les progrès accomplis, la menace que représente l’État islamique demeure importante. Le chaos sécuritaire et l’implication de certaines factions et groupes extrémistes soutenus par la Turquie ont contribué à accroître le risque de résurgence de l’État islamique.

Engagement international

Le commandant des FDS, Mazloum Abdi, accompagné d’Ilham Ahmed, coprésident du département des relations extérieures d’AANES, et de Rohilat Afrin, commandant des YPJ, s’est rendu à Erbil et a rencontré le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, afin de discuter de la mise en œuvre de l’accord du 29 janvier, notamment de la lutte contre Daech et de l’intégration des forces militaires et de sécurité. La délégation a également rencontré Nechirvan Barzani, président du gouvernement régional du Kurdistan, et Masoud Barzani, président du Parti démocratique du Kurdistan, insistant sur l’importance du respect de l’accord et de la protection des droits des Kurdes.

Ces développements soulignent le rôle crucial de l’accord entre les FDS et Damas dans la mise en œuvre du processus de transition. Le succès des efforts d’intégration et de coordination sur le terrain déterminera si cette phase débouche sur une voie politique durable pour les régions kurdes du nord-est de la Syrie.

Par Abbas Abbas

Article (en anglais) publié sur le site The Amargi sous le titre de « New Security Arrangements Tested in Rojava, Northeast Syria »

 

ROJAVA. Les habitants de la campagne de Kobanê devraient regagner leurs villages

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SYRIE / ROJAVA – Suite au retrait des troupes du régime syrien, les localités du canton kurde de Kobanê doivent être remises sous contrôle civil. Selon Emîn Salih, responsable des forces de sécurité intérieur (Asayîş), la population pourrait commencer à regagner ses villages.

Dans la région de Kobanê, marquée par une escalade des tensions, les responsables de la sécurité locale signalent une amélioration de la situation. Emîn Salih, membre du conseil exécutif des Forces de sécurité intérieure (Asayîş) de l’Administration autonome de Kobanê, a annoncé le retour des civils dans plusieurs quartiers, sous réserve du retrait complet des unités du Gouvernement fédéral de transition syrien.

Salih s’est entretenu avec ANF à la suite d’une visite officielle d’une délégation d’Asayish de Kobanê à Alep. Les discussions avec les autorités locales ont porté sur la mise en œuvre du récent accord entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le Gouvernement de transition syrien, ainsi que sur les responsabilités territoriales et les questions de sécurité à Kobanê.

Premiers mouvements de retraite à Şêxler et Çelebiyê

Selon Salih, il a été convenu que les districts de Şêxler, Sirîn et Çelebiyê seraient de nouveau entièrement placés sous l’administration civile de Kobanê. Le retrait des troupes du régime syrien, notamment des lignes de front sud-est de Şêxler, près de Qina, a également été approuvé. Cet accord vise à permettre aux populations déplacées de regagner leurs villages.

« Nous nous attendons à ce que les forces assaïdjanaises se déploient immédiatement dans la région de Çelebiyê », a déclaré Salih. « Cela permettra le retour de la population. » À Şêxler, a-t-il poursuivi, la présence des troupes syriennes constituait un problème majeur. Selon les informations actuelles, l’armée s’est retirée. Des forces assaïdjanaises d’Alep ont pris leur place et une passation de pouvoir coordonnée avec les forces de sécurité de Kobanê est en cours de préparation.

Intégration des structures de sécurité dans les nouveaux modèles de gestion

Selon Salih, un autre point essentiel de la réunion portait sur l’intégration structurelle des Asayish de Kobanê dans l’architecture sécuritaire régionale. L’objectif est la mise en place d’une administration stable et ancrée localement, agissant à la fois comme force civile et favorisant la désescalade. « Nous œuvrons au retour à la stabilité, par le retrait des forces armées et la prise de contrôle par les Asayish. C’est la seule façon pour la population kurde de rentrer chez elle en toute sécurité et de reconstruire ses villages. »

Salih a souligné que l’ensemble du processus repose sur l’accord conclu entre les FDS et le gouvernement de transition. Si la mise en œuvre est ralentie dans certaines zones en raison de la présence militaire résiduelle, des mesures concrètes peuvent accompagner chaque étape du retrait. « Une fois les troupes totalement retirées, les prochaines phases de l’accord pourront être mises en œuvre plus rapidement. »

ROJAVA. Les Kurdes appellent à l’unité nationale

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SYRIE / ROJAVA – Les Kurdes d’al-Hasakah ont déclaré que l’unité kurde était devenue une nécessité historique, appelant à la convocation d’une conférence nationale unifiée et au renforcement de la position kurde de manière à assurer la protection du peuple et la préservation des acquis aux niveaux national et international.

Face à l’évolution rapide de la situation dans la région et aux défis croissants auxquels est confronté le peuple kurde, plusieurs citoyens kurdes de la ville d’al-Hasakah ont souligné l’importance de l’unité kurde, la décrivant comme un choix stratégique et une nécessité nationale pour faire face aux menaces, préserver les acquis et renforcer la position kurde tant au niveau national qu’international.

D’emblée, le citoyen Mohammed Ashraf Ali a déclaré : « Nous, habitants d’al-Hasakah, face à l’évolution rapide de la situation dans la région, affirmons que l’unité kurde est devenue une nécessité urgente, une nécessité dont nous avons besoin depuis longtemps. »

Il a ajouté : « L’unité kurde signifie l’unité des quatre parties du Kurdistan. Grâce à elle, nous pourrons protéger les Kurdes dans toutes ces régions. Nous souhaitons organiser une conférence nationale au niveau de la patrie pour proclamer cette unité historique, résister afin de satisfaire aux revendications kurdes et devenir un acteur à part entière sur la scène internationale. »

Les Kurdes ont acquis un poids mondial grâce à leur unité.

Pour sa part, le citoyen Mohammed Amin a déclaré : « À ce stade, les Kurdes sont unis aux niveaux national et international. Nous espérions que cette unité aurait été réalisée depuis longtemps, car elle a incité notre peuple à adopter une position claire et lui a permis de remporter des victoires. »

Il a ajouté : « Notre force s’est accrue et la position de notre peuple s’est renforcée. Grâce à leur unité et à leur position commune, les Kurdes ont désormais un poids international. L’unité nationale est le fondement de la force kurde, et personne ne pourra éteindre leurs rêves. »

Les Kurdes doivent se rapprocher de leur unité.

Dans ce même contexte, le citoyen Ramadan Fattah a déclaré : « La région traverse une période difficile suite aux attaques qui ont ciblé notre population et nos territoires. Cependant, la résistance des habitants et des combattants de la région, soutenue par les Kurdes aux niveaux national et international, en a fait un modèle de résistance kurde à travers l’histoire. »

Il a ajouté : « Si une partie du Kurdistan rencontre des difficultés, les autres parties la soutiennent toujours. Les Kurdes n’ont jamais reconnu les frontières qui divisaient leur patrie. Il est important de renforcer encore cette unité et de nous rapprocher afin de préserver les acquis de nos fils martyrs. »                                         

« Notre peuple doit rester vigilant et les Kurdes doivent tenir leur conférence nationale. »

En conclusion des entretiens, Mohammed Badran a déclaré : « Grâce aux martyrs, nous vivons aujourd’hui dans la dignité. Ce sont eux qui ont permis l’unité des Kurdes aux niveaux national et international. Ce que nous devons faire aujourd’hui, c’est préserver et renforcer l’unité kurde au sein de notre peuple. »

Il a poursuivi : « Nous avons soutenu les peuples opprimés de la région et nous avons libéré les habitants de cette terre de ceux qui, autrefois, pendaient leurs têtes au rond-point al-Naeem à Raqqa. Aujourd’hui, certains groupes cherchent à semer la discorde parmi les habitants de la région et à nous faire la guerre. »

Il a souligné que « face aux trahisons dont nous avons été témoins, nous appelons aujourd’hui le peuple kurde à rester vigilant, car nos ennemis nous guettent. Chacun doit protéger son quartier et sa ville et descendre dans la rue pour défendre ses droits. »

En conclusion, Mohammed Badran a appelé les Kurdes « à convoquer une conférence nationale exhaustive, à unifier leur discours et à parvenir à des résultats satisfaisants pour notre peuple, qui a souffert et continue de souffrir tout au long de l’histoire. Notre peuple a enduré d’immenses souffrances, et l’unité kurde est la voie de son salut. » (ANHA)

Kurdistan : une colonie internationale mise à nu

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Le Kurdistan n’est pas qu’un simple territoire : c’est un enjeu stratégique, morcelé et contrôlé par les puissances mondiales en raison de ses vastes ressources et de sa position centrale au Proche-Orient. Les événements récents au Rojava (nord-est de la Syrie) et les conséquences du référendum d’indépendance de 2017 au Kurdistan du Sud (Irak) le prouvent sans l’ombre d’un doute : les Kurdes sont privés de leur droit à l’autodétermination afin de protéger les intérêts étrangers liés au pétrole, à l’eau, aux routes commerciales et à la domination régionale.
 
Prenons l’exemple du Rojava. Depuis la chute d’Assad fin 2024, le nouveau régime syrien d’Ahmed al-Charia (soutenu par Hayat Tahrir al-Sham) a lancé une offensive brutale en janvier 2026 contre les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, reprenant le contrôle de 80 % des territoires du nord-est. Les FDS, jadis saluées pour leur victoire contre Daech, ont été contraintes à un cessez-le-feu et à leur intégration dans l’armée syrienne, anéantissant ainsi l’autonomie chèrement acquise du Rojava. Les forces américaines sont restées passives tandis que des émissaires de l’ère Trump, comme Tom Barrack, déclaraient que le rôle des FDS était « acquis », livrant des prisonniers de Daech à Damas et donnant le feu vert à l’assaut. Les défections de tribus arabes et l’influence turque ont scellé le sort du Rojava : quel était le but ultime du Rojava ? La priorité donnée par les puissances étrangères à la « stabilité » plutôt qu’aux droits des Kurdes, un procédé qui rappelle la stratégie coloniale de diviser pour mieux régner.
 
Retour en 2017 au Kurdistan du Sud. Le référendum sur l’indépendance a été approuvé à 92 %, un mandat clair pour la liberté. Mais Bagdad, avec le soutien de l’Iran, a riposté promptement : les forces irakiennes se sont emparées de Kirkouk et de ses champs pétroliers, territoires disputés que les Kurdes contrôlaient depuis 2014. Les vols internationaux ont été suspendus, les frontières fermées et l’Irak a réduit le budget alloué à la région de 17 % à 12 %. Les États-Unis, la Turquie et l’Iran se sont unis contre cette décision, contraignant les Kurdes à geler les résultats pour éviter une escalade. Pourquoi ? Le pétrole de Kirkouk est à lui seul une véritable mine d’or, et un Kurdistan indépendant menace les oléoducs, les frontières et l’équilibre des pouvoirs.
 
Ce n’est pas un hasard, c’est une stratégie délibérée. Le Kurdistan, qui s’étend sur plus de 500 000 km², comprend des gisements pétroliers, des terres fertiles et des axes de communication reliant l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient. Des puissances comme la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie l’exploitent comme zone tampon, et non comme nation. Les divisions internes, alimentées par des ingérences extérieures (comme les liens de la Turquie avec certaines factions kurdes), empêchent toute unité. Les Kurdes existent pour résister, mais jamais pour maîtriser leur propre destin.
 
La preuve est flagrante : l’autonomie est anéantie dès qu’elle menace l’ordre établi. La géographie du Kurdistan pourrait en faire une puissance mondiale : plaque tournante du commerce, du transit énergétique et un pont culturel. Au lieu de cela, il est colonisé au service des empires. Il est temps d’ouvrir les yeux : cette terre ne sera libre que lorsque les Kurdes en prendront le contrôle.

 

Par « Selim«  auteur et politologue kurde

SYRIE. Des gangs de Damas ont intensifié le vol des biens des Kurdes à Alep

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SYRIE / ROJAVA – Des factions affiliées à Damas mènent des raids contre les domiciles des Kurdes du quartier de Sheikh Maqsoud à Alep, saisissant leurs biens et les forçant à l’exode.

Des témoins oculaires du quartier de Sheikh Maqsoud à Alep signalent des incidents continus de pillage, de vol et d’intimidation sous la menace d’armes à feu contre les résidents kurdes restants.

D’après les informations disponibles, des hommes armés, vraisemblablement affiliés à des factions du gouvernement de transition syrien, ont pris d’assaut le domicile d’une famille kurde de cinq personnes. Sous la menace d’armes, les assaillants ont pénétré dans la maison et ont pillé tous les biens de la famille, y compris les téléphones portables, emportant la somme de 250 000 livres syriennes et tous ses effets personnels.

Cet incident survient dans un contexte de pillages, de vols et d’intimidations systématiques visant les familles kurdes des quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafiyeh. Les organisations locales de défense des droits humains considèrent ces actes comme des tentatives de contraindre les résidents kurdes fuir leurs quartiers, en l’absence de toute responsabilité et de tout respect de l’État de droit.

Ces crimes font suite à l’attaque violente perpétrée contre les deux quartiers le 6 janvier, qui s’est accompagnée de massacres de civils et de destructions massives de biens et d’infrastructures. (ANF)

L’historique du drapeau kurde : ala rengîn

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La guerre antikurde en Syrie a fait mobilisé les Kurdes du monde entier, au-delà des frontière du Kurdistan, portant souvent le drapeau du Kurdistan devenu un symbole d’unité kurde par excellence. Mais revenons sur l’histoire de ce drapeau né au XXe siècle et qui a évolué ensuite, avant de trouver sa forme et couleurs définitives et adopté comme drapeau national par le Kurdistan du Sud sous l’occupation de l’Irak.

 

L’historique de drapeau kurde : l’ala rengîn

 

L’ala rengîn (drapeau multicolore), composé du vert, du rouge et du jaune, est le symbole national le plus largement reconnu du peuple kurde. Son histoire moderne commence au début du XXᵉ siècle, dans le contexte de l’éveil politique et culturel kurde après la chute de l’Empire ottoman.

Aujourd’hui, le drapeau kurde est particulièrement visible dans les manifestations à travers le monde, notamment lors des rassemblements de soutien aux Kurdes du Rojava. Dans cette région, les Kurdes se sont courageusement battus contre les terroristes de Daech, défendant non seulement leur territoire mais aussi les valeurs de liberté et de coexistence. Cette visibilité internationale du drapeau kurde est en grande partie due à l’utilisation des réseaux sociaux et à la mobilisation active des communautés kurdes, qui ont su créer une véritable conscience et sensibilité autour de leur identité nationale. Le Rojava, symbole de résistance et d’autonomie kurde, est ainsi devenu un point central de ce patriotisme moderne, et le drapeau kurde en est le signe le plus emblématique. Utilisé également par les Kurdes du Sud du Kurdistan, en Irak, ce drapeau est devenu aujourd’hui le symbole de l’unité et de l’identité de l’ensemble du peuple kurde, au-delà des frontières.

Dans cet article, nous nous appuierons sur l’étude de Sedat Ulugana, qui met en lumière l’origine du drapeau Kurde. L’historien Ulugana s’appuie notamment sur une lettre envoyée par Memduh Selim Bey au général Ihsan Nuri Pacha, chef de la révolte d’Ararat au Kurdistan.

Nous savons avec certitude que le drapeau kurde, que les Kurdes appellent « ala rengîn » ou « kesk û sor û zer » (drapeau multicolore / vert, rouge et jaune), possède un passé historique de 105 ans. Au cours de ce processus, ce drapeau a acquis, dans des centaines de chansons, de poèmes, de romans, de pièces de théâtre et de films, des significations symboliques et imagées qui se sont inscrites dans l’âme du peuple kurde.

Une copie du drapeau dessiné au stylo noir dans la lettre envoyée par Memduh Selim Bey à İhsan Nuri Pacha

Dans cette lettre apparaît une définition précise et détaillée du drapeau kurde.

Jusqu’à aujourd’hui, la seule source connue concernant l’histoire de la conception du drapeau en question était une phrase rapportée par Kadri Cemil Pacha. Or, une lettre issue des archives du Taşnaksütyun prouve de manière définitive que le drapeau a été conçu en 1920. Cette lettre a été envoyée par Memduh Selim Bey depuis Beyrouth à İhsan Nuri Pacha, représentant militaire de Hoybûn au mont Ararat, connu sous le nom de code « Cemşid ».

Dans cette lettre datée du 21 janvier 1928, nous voyons à la fois le récit du processus de conception du drapeau ainsi qu’un croquis rapide de celui-ci, dessiné à la hâte au crayon noir. Memduh Selim Bey y déclare que le drapeau kurde a été conçu pour la première fois en 1920, à Istanbul ; il demande que les débats autour du drapeau kurde prennent fin et exige que ce drapeau soit accepté sans condition par le comité de résistance du mont Ararat :

« Dans la décision qu’il a prise concernant le drapeau national kurde, le Premier Congrès kurde a accepté le drapeau qui avait été conçu en 1920 au sein de l’organisation kurde d’Istanbul. La raison en est la suivante : ledit drapeau avait alors été accepté à Istanbul par l’ensemble des Kurdes et avait été officiellement présenté aux consulats et aux représentants spéciaux des grandes puissances présents à Istanbul, par lesquelles il a été reconnu comme drapeau kurde.

Par ailleurs, ce drapeau a été envoyé par lettre dans divers lieux d’Europe et d’Amérique, où il a été reconnu de la même manière sur le plan officiel. D’un autre côté, il a été imprimé, diffusé et distribué auprès de nombreux Kurdes. Ainsi, le drapeau kurde qui s’est répandu et a été accepté à cette époque possède une histoire de huit années.

Bien que cette question soit d’une très grande valeur, elle ne saurait en aucun cas être négligée ; c’est sur cette base que le congrès a accepté ledit drapeau tel quel, sans discussion. Les décisions du congrès étant celles de l’ensemble de la nation, il n’est désormais plus possible de débattre de la question du drapeau, et ledit drapeau a été accepté comme le drapeau national des Kurdes.

La forme du drapeau est la suivante : successivement, rouge, blanc et vert. Ces trois couleurs sont disposées le long de la hampe du drapeau. Au centre de la bande blanche se trouve un soleil jaune, d’une forme parfaitement circulaire et d’un dessin exceptionnel. Sur le drapeau, les rayons du soleil s’étendent vers le haut dans le rouge et vers le bas dans le vert. Pour l’instant, un modèle réalisé à la hâte vous a été envoyé. »

Cependant, le drapeau en question ressemblait beaucoup au drapeau iranien de l’époque. On peut dire que le mouvement kurde de cette période, qui n’hésitait pas à exprimer une forte sympathie envers l’Iran dans le cadre du thème « aryen », a également cherché à établir une similarité à travers le symbole national. À cette fin, il ne faut pas écarter la possibilité que l’on ait voulu concevoir un drapeau proche de celui de l’Iran de l’époque. En effet, Memduh Selim Bey, en décrivant le drapeau, déclarait : « Si nous y ajoutions le shîr (le lion), on pourrait dire qu’il s’agit exactement du drapeau de l’Iran. »

Une différence qui distinguait le drapeau kurde conçu de celui de l’Iran, portant un lion avec le soleil dans son dos, résidait dans l’inversion des couleurs rouge et verte. Néanmoins, ces deux drapeaux, malgré leur ressemblance, reposaient — quant aux significations attribuées aux couleurs et au symbole solaire — sur une doctrine mythologique commune issue de l’ancienne croyance zoroastrienne et d’un arrière-plan historique remontant aux empires mède et perse.

En effet, entre 1925 et 1979, l’Iran utilisait un drapeau tricolore composé de rouge, de blanc et de vert, au centre duquel figuraient un lion tenant une épée et un soleil. Sur ce drapeau, le lion symbolisait Rostam-e Zâl, l’un des héros légendaires de la mythologie iranienne. Quant au soleil, il était considéré comme représentant l’« Iranzemin » (une région-noyau existant depuis l’Empire perse historique jusqu’à aujourd’hui) ainsi que le légendaire roi iranien Jamshid.

Les Kurdes, pour leur part, ont attribué à ces couleurs et au soleil des significations différentes : le « rouge » représente pour eux le sang des martyrs et la couleur de la révolution ; le « vert », la fertilité des terres kurdes ; le « blanc », la paix ; et le « soleil », le bien-être ainsi que la religion ancestrale qu’est le zoroastrisme.

Le drapeau envisagé par İhsan Nuri pour l’administration qu’il avait mise en place à Ağrı portait une forte thématique islamique. Dans une lettre datée du 1ᵉʳ août 1928 qu’Ardeşir Muradyan, représentant du Taşnaksütyun pour la résistance du mont Ararat, adressa au représentant du parti à Hoy, ledit drapeau est décrit comme suit :

« Il faut préparer un drapeau en bon tissu. Le fond du drapeau sera noir. Le soleil placé dans le coin, ses rayons et l’inscription au-dessus seront blancs. Le soleil et l’inscription seront réalisés sous forme de broderie à la main. La couleur et la forme du drapeau ont été spécialement choisies afin d’avoir un impact sur les foules. Le noir symbolise avant tout l’étendard du prophète, ainsi que la situation politique profondément sombre du peuple kurde ; quant au rayon du soleil, il représente l’avenir et la victoire de la cause kurde. »

Tandis que les témoins de l’époque évoquent un drapeau de couleur « blanche », selon la presse turque de l’époque, à partir de l’année 1930, le drapeau qui était arboré par les insurgés dans ladite région et dans les environs de Zilan avait un fond vert. Sur ce drapeau étaient inscrits le premier verset de la sourate Al-Fath ( اِنَّا فَتَحْنَا لَكَ فَتْحًا مُب۪ينًاۙ – Innâ fatahnâ laka fathan mubînâ(n) / « En vérité, Nous t’avons accordé une victoire éclatante ») ainsi que le hadith ( إنَّ الْجَنَّةَ تَحْتَ بَارِقَةِ السُّيُوفِ / Al-jannatu taḥta ẓilāli al-suyūf / « Le paradis se trouve sous l’ombre des épées »).

Toujours selon cette presse, ces drapeaux auraient été retrouvés sur des insurgés blessés faits prisonniers, puis envoyés au corps d’armée afin d’être examinés. Or, en réalité, l’étendard évoqué comme le drapeau de la République du mont Ararat était un fanion correspondant à un emblème que les forces kurdes ayant pris part à l’insurrection portaient sur leurs coiffes.

Cet emblème constituait la face avant d’une médaille en or ou en argent qu’İhsan Nuri avait remise à certains combattants en raison de leurs succès militaires. İhsan Nuri précise d’ailleurs explicitement cet élément dans ses listes de commandes.

 

Guerrier sans bras montant la garde devant le drapeau sur le mont Ararat… Malgré la description de Memduh Selim Bey, on peut voir que les couleurs du drapeau sont conçues verticalement et non horizontalement.

 

Après que la description et le croquis du drapeau kurde aient été envoyés au mont Ararat, le comité de résistance a commandé via le bureau du Taşnaksütyun à Hoy de grandes quantités de tissus verts, rouges, blancs et jaunes. En examinant les listes de commandes de l’administration de l’insurrection d’Ağrı pour l’année 1928, on constate que presque chaque liste comportait des tissus de ces couleurs. D’après les documents, l’été 1928 a vu le drapeau kurde fabriqué conformément aux conditions fixées par Hoybun et arboré.

Cependant, si l’on examine la seule photographie connue prise à Ağrı sur laquelle le drapeau apparaît, on constate que, malgré la description de Memduh Selim Bey, les couleurs y sont disposées verticalement et non horizontalement. En effet, quelque temps plus tard, un exemplaire du drapeau envoyé depuis Beyrouth est arrivé à Ağrı et l’erreur a été corrigée.

Ainsi se dessine l’histoire du drapeau kurde, conçu à Istanbul en 1920 et dont l’ombre, tangible ou imaginaire, s’est projetée sur le peuple kurde.

 

Traduction et présentation : Sabahattin Kayhan

 

Article d’origine (en turc) à consulter sur le site Nupel : https://nupel.tv/sedat-ulugana-kurt-bayraginin-kisa-tarihi/  

Sommes-nous en train d’entrer dans une nouvelle ère sunnite au Moyen-Orient ?

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Le chercheur kurde, Kamal Chomani affirme que nous assistons au retour d’un arc sunnite qui remplace le croissant chiite au Moyen-Orient qui implique de nombreux pays, dons la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar.

Voici l’article de Chomani :

Le 3 février 2026, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a déclaré au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane que la Turquie était prête à hisser ses relations avec l’Arabie saoudite à un « niveau supérieur ». Huit ans plus tôt, Erdoğan avait fait de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi une mise en cause internationale de Riyad. Aujourd’hui, cependant, cette rupture morale a été discrètement mise de côté, un arc sunnite remplaçant le croissant chiite.

Pendant plus de vingt ans, la géopolitique du Moyen-Orient s’est organisée autour de l’expansionnisme du « Croissant chiite » iranien. S’étendant de Téhéran à Beyrouth en passant par Bagdad et Damas, et plus tard jusqu’au Yémen, ce croissant incarnait un ordre régional fondé sur une résistance idéologique à Israël et à l’influence occidentale. Aujourd’hui, suite aux attentats du 7 octobre et au réajustement régional qui s’en est suivi, cet ordre se fracture. Un nouvel alignement se dessine, moins idéologique, plus étatique et de plus en plus sunnite. Appelons-le, pour les besoins de cet article, « l’Arc sunnite ».

Cet axe, à la fois géographique et idéologique, a structuré pendant des années les conflits, les alliances et les guerres par procuration du Levant au Golfe.

Le Croissant chiite a émergé au lendemain de la révolution iranienne de 1979 et s’est consolidé après l’invasion américaine de l’Irak en 2003. L’Iran a utilisé un réseau de gouvernements alliés et d’acteurs non étatiques – le Hezbollah au Liban, le régime d’Assad en Syrie, les milices chiites en Irak et les Houthis au Yémen – pour projeter sa puissance dans toute la région. Depuis lors, l’Iran combat ses ennemis par le biais des milices et groupes armés qu’il soutient dans la région. Cet axe, à la fois géographique et idéologique, a structuré pendant des années les conflits, les alliances et les guerres par procuration du Levant au Golfe, dépensant des milliards de dollars pour façonner le Moyen-Orient. Son rôle est en quelque sorte évident dans l’étiquette d’« Axe du Mal » que lui ont attribuée ses rivaux régionaux, par opposition à celle d’« Axe de la Résistance » employée par l’État iranien.

Ce qui distingue cet arc sunnite du croissant chiite, c’est l’accent mis sur les États plutôt que sur les milices.

Mais le paysage régional a considérablement changé. Le 7 octobre et la campagne militaire israélienne qui s’en est suivie ont bouleversé les calculs stratégiques au Moyen-Orient. Le réseau iranien, autrefois considéré comme dominant, est désormais confronté à une pression militaire, un isolement diplomatique et des coûts croissants. Le Croissant chiite a subi un coup dur avec la chute du régime d’Assad en décembre 2024. Parallèlement, un groupe d’États à majorité sunnite, dont l’Arabie saoudite, la Turquie, le Qatar et la Syrie, réintègrent prudemment et collectivement la scène politique régionale et trouvent un terrain d’entente dans le contexte des troubles au Moyen-Orient. L’un des principaux facteurs de ce rapprochement réside dans leurs inquiétudes géopolitiques. Cette alliance naissante n’est ni un bloc formel ni guidée par une idéologie commune. Il s’agit plutôt d’une réponse pragmatique à un équilibre des pouvoirs en pleine mutation, à tel point que la Turquie et le Qatar ont exercé un lobbying intense auprès du président Trump pour qu’il n’attaque pas l’Iran, craignant qu’Israël ne soit le principal bénéficiaire de l’effondrement du régime de la République islamique d’Iran.

Ce qui distingue cet Arc sunnite du Croissant chiite, c’est son attachement aux États plutôt qu’aux milices. Alors que l’Iran s’appuyait fortement sur des acteurs non étatiques pour étendre son influence, l’Arc sunnite reflète une préférence commune pour une autorité centralisée, l’intégrité territoriale et une diplomatie menée par l’État. Le réajustement de la position régionale de l’Arabie saoudite, la politique étrangère affirmée de la Turquie et le rôle de médiateur et de financier du Qatar témoignent d’une nouvelle tendance : une compétition gérée par la diplomatie, le levier économique et une coopération sélective plutôt que par une guerre par procuration permanente. Ces pays ont également en commun une influence significative sur l’administration américaine actuelle.

Leur premier succès géopolitique fut en Syrie, où ils parvinrent à soutenir une figure djihadiste et, de ce fait, à façonner et influencer considérablement les décisions politiques du nouvel État syrien. Ils menèrent conjointement un lobbying contre les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, et ont largement anéanti les anciens acquis kurdes dans le nord-est de la Syrie.

Pour autant, cela ne signifie pas que l’Arc sunnite soit exempt de tensions internes. L’Arabie saoudite et la Turquie, ses deux pôles les plus influents, nourrissent des ambitions distinctes et des intérêts parfois divergents. Jusqu’à récemment, elles étaient rivales. L’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi et le soutien turc aux Frères musulmans ont dressé ces deux pays les uns contre les autres sur le plan diplomatique. Pourtant, leur convergence sur des questions clés – contrer l’influence iranienne, gérer les conséquences de la crise de Gaza, façonner l’avenir de la Syrie et, éventuellement, contenir Israël – témoigne d’une volonté croissante de coordination. D’autres pays, comme l’Égypte et le Pakistan, deux puissances militaires unies par leur besoin de financements saoudiens et qataris et par leur rivalité avec Israël, pourraient se rallier de plus en plus à ce cadre, renforçant ainsi son poids régional.

Malgré leurs différences, l’Arc sunnite et le Croissant chiite partagent un trait fondamental : l’ambition géopolitique, et dans les deux cas, Israël est la cible.

On observe également un changement notable de rhétorique. Les dirigeants iraniens ont longtemps instrumentalisé un discours anti-américain et anti-israélien comme ciment idéologique, alors même que leur société demeurait plus complexe et divisée. À l’inverse, les gouvernements sunnites actuels doivent gérer une colère populaire intense concernant Gaza, tolérant parfois une rhétorique plus virulente sur le plan intérieur tout en menant une diplomatie pragmatique à l’étranger. Il en résulte une région où l’opinion publique et la stratégie étatique sont de plus en plus déconnectées, une instabilité susceptible d’influencer les crises futures.

Malgré leurs divergences, l’Arc sunnite et le Croissant chiite partagent un trait fondamental : l’ambition géopolitique, et dans les deux cas, Israël est visé. De même que l’Iran cherchait à établir un corridor d’influence pour contrebalancer Israël et l’Occident, les puissances sunnites aspirent désormais à un levier collectif dans un Moyen-Orient post-7 octobre. L’attaque israélienne contre les dirigeants du Hamas au Qatar a constitué un tournant décisif. Par conséquent, elles souhaitent s’assurer que la question palestinienne demeure centrale, un argument clé pour rallier leurs populations, en arguant que la liberté d’action d’Israël est restreinte et qu’elles ont un rôle déterminant à jouer dans la définition du prochain ordre régional.

C’est dans ce contexte que la question kurde non résolue au Moyen-Orient devient impossible à ignorer. Les Kurdes habitent de vastes régions de Turquie, de Syrie, d’Irak et d’Iran, précisément les États qui se repositionnent actuellement dans ce nouveau paysage sunnite. Tout ordre régional qui continue de marginaliser les droits politiques des Kurdes restera intrinsèquement instable. Du nord de la Syrie au sud-est de la Turquie et à la région du Kurdistan irakien, les griefs kurdes ont ressurgi à maintes reprises, non pas comme des problèmes minoritaires isolés, mais comme des failles structurelles susceptibles de déstabiliser des États entiers. Cet Arc sunnite considère les Kurdes comme des pions dans les ambitions géopolitiques d’Israël, notamment contre la Turquie. Les Turcs sont très inquiets du soutien rhétorique d’Israël aux aspirations kurdes. De fait, la crainte turque du soutien israélien aux Kurdes est un facteur clé du processus de paix turco-kurde.

Les trente dernières années ont clairement démontré que la répression des aspirations kurdes n’engendre pas une stabilité durable ; elle ne fait que repousser les crises. Si l’Arc sunnite veut éviter de reproduire les erreurs du Croissant chiite – conflits interminables, fragmentation et guerres par procuration –, il doit faire face à cette réalité. Résoudre la question kurde par l’inclusion politique, la décentralisation et des cadres fondés sur les droits humains n’est pas une simple concession ; c’est une condition sine qua non de la stabilité régionale.

L’Arc sunnite émergent est plus adaptable et moins rigide idéologiquement que l’ancien axe iranien. Les Kurdes, répartis dans quatre pays, et les chiites, plus particulièrement en Irak et ailleurs, ainsi qu’Israël et les groupes minoritaires au sein de ces nations, devraient adopter une approche plus souple et pragmatique pour coopérer face à l’Arc sunnite. Ce bloc a récemment fait preuve d’une réaction agressive et violente à la question kurde en Syrie en janvier 2026. Cette réaction pourrait viser tout rival de l’Arc sunnite, s’il en a la possibilité. Cette situation devrait servir d’avertissement, un avertissement qui a été clairement entendu à Erbil et à Bagdad. 

Alors que le Moyen-Orient entre dans cette nouvelle phase, la question n’est pas seulement de savoir si le Croissant chiite est en déclin, mais aussi si l’Arc sunnite peut instaurer un ordre qui stabilise la région plutôt que de simplement réorganiser ses conflits.

Ce qui va suivre façonnera le Moyen-Orient pour toute une génération.

Par Kamal Chomani, rédacteur en chef de The Amargi et doctorant à l’Université de Leipzig

Article (en anglais) publié sur le site The Amargi sous le titre de « Are We Entering a New Sunni-Arc Middle Eastern Era? »

« La Turquie voulait reproduire au Rojava ce qui a été fait à Gaza »

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La chercheuse kurde, Şilan Bingöl s’est entretenue avec l’historien et écrivain Alişan Akpınar sur la situation du Rojava et la politique kurde de la Turquie dans son ensemble.

Nous partageons avec vous l’intégralité de l’article de Bingol :

 

La Turquie a-t-elle une nouvelle politique envers les Kurdes ou poursuit-elle une stratégie centenaire ?

 

L’attitude ouvertement hostile de la Turquie envers le Rojava, et même son soutien apparent aux attaques de l’armée arabe syrienne contre les zones kurdes et les régions contrôlées par les Forces démocratiques syriennes (FDS), ont suscité une vive attention. Ces développements soulèvent une fois de plus des questions cruciales quant aux objectifs de la politique actuelle de la Turquie à l’égard des Kurdes et à l’avenir qu’elle envisage pour le Rojava.

 

De Lausanne à aujourd’hui : la politique turque envers les Kurdes a-t-elle changé ?

 

Après le remodelage du Moyen-Orient par le traité de Lausanne en 1923, qui ratifiait la création de la République de Turquie moderne, les Kurdes se retrouvèrent sans statut politique. L’historien et écrivain Alişan Akpınar souligne que le cœur de la politique turque à l’égard des Kurdes après 1923 était d’empêcher ces derniers d’obtenir un statut politique ou des droits dans quelque pays du Moyen-Orient que ce soit, que ce soit en Iran, en Irak ou en Syrie. Selon Akpınar, la Turquie abritant la plus grande population kurde sur son territoire, l’État turc a longtemps considéré que toute avancée kurde ailleurs dans la région aurait des répercussions directes sur lui. Cette préoccupation a façonné non seulement la politique intérieure de la Turquie, mais aussi sa stratégie étrangère et sa stratégie au Moyen-Orient, qui restèrent globalement inchangées jusqu’à la fin de la Guerre froide dans les années 1990.

Après la première guerre du Golfe, la création du gouvernement régional autonome du Kurdistan (GRK) au Kurdistan irakien en 1992 a marqué le début d’une évolution progressive. Suite à l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003, la formalisation d’une région fédérale du Kurdistan a constitué la première reconnaissance internationale du statut politique kurde depuis le traité de Lausanne. Akpınar rappelle que la Turquie s’est farouchement opposée à la création de cette région fédérale, la considérant comme une menace existentielle et un acte d’agression. Cependant, il note qu’à partir de 2006-2007, la Turquie a commencé à accepter cette réalité. Il souligne qu’Ankara a par la suite ouvert des canaux de communication avec les partis et les dirigeants kurdes de la région et a développé des relations étroites avec le Kurdistan irakien.

 

« Jusque dans les années 1990, une politique absolue consistait à nier aux Kurdes tout droit et tout statut. Avec la fin de la guerre froide et la construction d’un nouvel ordre politique au Moyen-Orient, cette approche a été partiellement révisée. Mais le fond est resté le même. »

 

Dans le même temps, Akpınar souligne que la Turquie poursuit aujourd’hui une ligne de conduite conforme à son approche historique. Selon lui, si la Turquie met tout en œuvre pour empêcher les Kurdes de Syrie d’obtenir un quelconque statut politique, elle s’efforce également de prévenir l’émergence d’une structure autonome semblable à celle du Rojava en Iran, en cas de future crise ou fragmentation politique. En Irak, la Turquie vise à empêcher la région du Kurdistan d’acquérir un statut plus autonome et s’attache tout particulièrement à maintenir Mossoul et Kirkouk en dehors de ce cadre.

Akpınar résume ainsi la politique turque à l’égard des Kurdes d’un point de vue historique : « Jusqu’aux années 1990, la Turquie appliquait une politique de déni absolu de tout droit et de tout statut aux Kurdes. Avec la fin de la Guerre froide et l’avènement d’un nouvel ordre politique au Moyen-Orient, cette approche a été partiellement révisée. Mais le fond est resté le même. Idéalement, les Kurdes ne devraient avoir aucun statut ; s’ils doivent en avoir un, il doit être aussi faible, contrôlable et dépendant de la Turquie que possible. »

Le Rojava, la Turquie et l’équation régionale

Si l’on considère le Rojava et les attaques dont il fait l’objet dans un contexte régional plus large, quelle politique la Turquie poursuit-elle aujourd’hui et quels sont ses objectifs ? Selon Akpınar, l’objectif principal de la Turquie demeure d’empêcher les Kurdes d’acquérir un statut politique dans la région. Toutefois, la Turquie est également consciente que, compte tenu du contexte régional et international actuel, elle ne peut plus atteindre cet objectif aussi pleinement qu’auparavant.

Akpınar fait remonter la phase actuelle du processus à l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Il rappelle que cette attaque a été suivie d’une offensive israélienne de grande envergure contre Gaza, puis d’attaques contre le Hezbollah au Liban, et enfin du renversement du régime d’Assad en Syrie. Selon Akpınar, ces événements démontrent que les actions d’Israël ne doivent pas être perçues comme des manœuvres militaires isolées ou limitées, mais plutôt comme faisant partie d’un processus stratégique plus vaste visant à briser le « croissant chiite » que l’Iran a construit au fil des décennies.

Faisant référence aux réunions tenues à Paris le 6 janvier entre Israël, la Turquie, les États-Unis et le gouvernement intérimaire syrien, Akpınar affirme que l’escalade de l’agression de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) sur le terrain à la suite de ces discussions n’est pas fortuite. Il souligne que le contexte politique et militaire actuel en Syrie est directement lié à ce processus de restructuration régionale complexe.

Les limites de la politique turque au Rojava

Le contenu de l’accord signé le 29 janvier entre les FDS et Damas révèle que la politique turque à l’égard des Kurdes du Rojava n’est plus uniquement guidée par un objectif d’élimination. Le rejet, dans cet accord, de l’intégration individuelle des FDS au sein de l’armée syrienne et l’acceptation de leur déploiement en divisions dans les zones majoritairement kurdes indiquent que certaines exigences fondamentales de l’État turc n’ont pas été satisfaites. Selon Alişan Akpınar, cette situation ne change rien au fait que « la préférence première de la Turquie a toujours été que les Kurdes de Syrie n’obtiennent aucun statut politique », mais elle démontre que la dynamique régionale et internationale actuelle contraint la Turquie à agir dans certaines limites.

La Turquie a cherché à faire au Rojava ce qu’Israël a fait à Gaza.

 

Akpınar souligne que la stratégie des États-Unis et d’Israël, centrée sur l’Iran, les a incités à rechercher la stabilité en Syrie, ce qui a temporairement freiné les efforts de la Turquie pour éliminer complètement le Rojava. Dans ce contexte, l’accord illustre concrètement que, malgré son opposition historique à la subjectivité politique kurde, l’État turc ne peut pleinement mettre en œuvre son programme en raison de la résistance kurde sur le terrain et du contexte international actuel.

 

« Ce qui a été fait à Gaza devait être reproduit au Rojava. »

 

Akpınar compare l’approche turque au Rojava à la stratégie israélienne à Gaza. Il affirme que la Turquie a cherché à reproduire au Rojava ce qu’Israël a fait à Gaza. Cependant, une différence cruciale subsiste : tandis que le Hamas est perçu par l’Occident comme un ennemi, les forces kurdes au Rojava sont considérées comme des alliées de l’Occident sur le terrain. C’est pourquoi les espoirs de la Turquie ne se sont pas concrétisés. Néanmoins, selon Akpınar, la Turquie continue d’adresser un message clair aux Kurdes syriens : « Nous ne vous permettrons pas d’être des sujets politiques ni de vous gouverner ; vous ne pourrez exister qu’en tant que sous-culture. »

Akpınar résume ainsi la politique turque au Rojava :
« Le plan initial de la Turquie était d’éliminer militairement le Rojava dès le départ. Face à l’impossibilité de cette stratégie, elle a évolué vers un refoulement progressif du Rojava à l’est de l’Euphrate, puis son expulsion de Deir ez-Zor et de Raqqa. L’objectif, si possible, est la chute d’Hassaké et de Kobané, ne laissant aux Kurdes que la zone de Qamishlo. »

Cependant, parallèlement à ces attaques, les FDS ont poursuivi leur résistance tout en maintenant ouverts les canaux de négociation afin de prévenir un éventuel massacre. À l’échelle internationale, une forte vague de réactions contre les attaques contre le Rojava s’est manifestée. Selon Akpınar, la résistance militaire et sociale des FDS est devenue un facteur décisif, permettant à la fois d’empêcher une potentielle atrocité de masse et de renforcer la position des Kurdes à la table des négociations.

Akpınar souligne également qu’au cœur de ce processus réside la conscience nationale unique que les Kurdes ont forgée au cours du siècle dernier. Malgré des défaites et des génocides répétés, les Kurdes, qui ont refusé l’assimilation, ont su construire une conscience nationale sans avoir d’État-nation, explique Akpınar. Selon lui, cette conscience ne repose pas sur un modèle replié sur lui-même, excluant et altérisant ; au contraire, elle s’appuie sur un cadre capable d’offrir au Moyen-Orient un projet social démocratique.

Par Şilan Bingöl

Article (en anglais) publié sur le site The Amargi sous le titre de « Does Turkey Have a New Kurdish Policy or are They Continuing a Century-Old Strategy? »

Şilan Bingöl est une chercheuse indépendante qui a étudié la sociologie à l’université Galatasaray et à l’École Normale Supérieure de Lyon. Son mémoire de master porte sur la sociologie des médias.

La République islamique d’Iran : une lutte entre guerre et soumission

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IRAN / ROJHILAT – La chercheuse kurde, Rojin Mukriyan décrypte la situation incertaine du régime iranien qui écrase sa population, tout en faisant face aux risques de confrontation militaire directe avec les États-Unis.

Voici l’article de Mukriyan :

Après des semaines de répression sanglante qui ont vidé les rues iraniennes de toute contestation, la République islamique est confrontée à l’un des choix les plus importants de ses 45 ans d’histoire : céder à la pression internationale croissante ou risquer une confrontation militaire directe avec les États-Unis. Un choix que les responsables iraniens reconnaissent en privé comme pouvant menacer la survie même du régime.

Des organisations de défense des droits humains et des réseaux d’opposition rapportent que des milliers de manifestants ont été tués ces dernières semaines, les forces de sécurité ayant réprimé avec force les manifestations qui ont éclaté dans les principales villes et centres commerciaux, notamment le bazar historique de Téhéran. Bien que le gouvernement n’ait pas publié de chiffres officiels, les estimations font état de plus de 6 000 morts, voire de chiffres bien plus élevés, soulignant l’ampleur des troubles et la violence de la répression.

Dans le même temps, les tensions entre Washington et Téhéran se sont fortement exacerbées. Les États-Unis ont déployé massivement des moyens militaires dans la région, notamment le groupe aéronaval USS Abraham Lincoln, des systèmes de défense antimissile de pointe (dont les batteries THAAD et Patriot), des escadrons d’avions de combat et des renforts navals. Les responsables américains affirment que ce déploiement est défensif, mais la concentration de cette puissance de feu a considérablement élargi les options militaires du président Trump en cas d’échec de la diplomatie.

Le président Trump a de plus en plus souvent associé cette démonstration de force à des avertissements publics sans équivoque. Le 2 janvier, alors que les manifestations se propageaient à travers l’Iran, il a publié un message d’une franchise inhabituelle sur sa plateforme Truth Social, mettant en garde Téhéran contre tout recours à la force létale contre les manifestants. « Si l’Iran tire et tue violemment des manifestants pacifiques, comme c’est souvent le cas, les États-Unis d’Amérique viendront à son secours », a-t-il écrit. « Nous sommes prêts à intervenir. »

Près d’un mois plus tard, les rapports faisant état de nombreuses victimes se poursuivent, mais Washington s’est abstenu d’une intervention militaire directe. Au lieu de cela, l’administration a durci le ton. Le 28 janvier, M. Trump a déclaré qu’une « armada massive » se dirigeait vers l’Iran, la décrivant comme plus importante et mieux préparée que la force navale précédemment déployée près du Venezuela. « Le temps presse », a-t-il averti, ajoutant que toute frappe future serait « bien pire ».

Les puissances régionales se sont efforcées de désamorcer la crise. Le Qatar, l’Arabie saoudite, Oman, l’Égypte et la Turquie ont tous appelé à la retenue et à la reprise des négociations, mais jusqu’à présent, leurs efforts de médiation n’ont guère porté leurs fruits. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré à Al Jazeera que Washington devrait privilégier une approche progressive. « Il faut d’abord clore le dossier nucléaire », a-t-il affirmé. « Si tout est présenté d’un coup, cela risque d’être trop difficile à accepter pour nos amis iraniens. »

Les dirigeants iraniens ont cependant réagi avec défi. Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères, a déclaré sur les réseaux sociaux que les forces armées du pays étaient prêtes à répondre « immédiatement et avec force » à toute attaque, tout en insistant sur le fait que Téhéran restait ouvert à un accord nucléaire « sur un pied d’égalité » et sans aucune coercition. Mohammad Bagher Qalibaf, président du Parlement, a déclaré à CNN que des négociations menées « sous la menace de la guerre » ne feraient qu’attiser l’instabilité régionale.

 

Le président Massoud Pezeshkian a réitéré ce message lors d’entretiens téléphoniques avec des dirigeants régionaux, affirmant que l’Iran privilégiait une « diplomatie digne » mais n’hésiterait pas à se défendre. D’autres se sont montrés plus explicites. Ali Shamkhani, conseiller principal du guide suprême iranien, a qualifié d’« illusion » les informations faisant état d’une frappe américaine limitée, prévenant que toute agression entraînerait une riposte rapide et massive, y compris contre Israël et les pays soutenant Washington.

Malgré une rhétorique enflammée, la position de négociation de l’Iran est restée globalement inchangée. Les autorités insistent sur le fait qu’elles ne suspendront pas l’enrichissement d’uranium sur leur territoire, rejettent les pourparlers dont l’issue est prédéterminée par les États-Unis et refusent de limiter leur programme de missiles balistiques. Ces lignes rouges s’opposent frontalement aux exigences américaines d’un enrichissement nul, du démantèlement des stocks d’uranium enrichi iraniens, de restrictions sur le développement des missiles et de limitations imposées aux alliés régionaux de Téhéran.

Du point de vue de Washington, le temps semble jouer en sa faveur. L’économie iranienne est soumise à de fortes pressions, son réseau régional de supplétifs s’est affaibli et sa légitimité intérieure s’est érodée dans un contexte de troubles persistants. L’Union européenne a accentué la pression le 29 janvier en désignant les Gardiens de la révolution iraniens comme organisation terroriste, ce qui a provoqué de vives protestations de la part de Téhéran.

Abbas Araghchi, en route pour une réunion officielle en Turquie, a écrit sur X : « L’Europe s’emploie à attiser les tensions. Après avoir mis en œuvre le mécanisme de réactivation automatique des sanctions à la demande des États-Unis, elle commet maintenant une autre grave erreur stratégique en désignant nos forces armées nationales comme une soi-disant organisation terroriste. »

Pourtant, l’Iran est loin d’être impuissant. Selon des évaluations des services de renseignement américains et européens citées par le Wall Street Journal, Téhéran possède environ 2 000 missiles balistiques de moyenne portée capables d’atteindre Israël, ainsi que d’importants stocks de missiles de courte portée pouvant frapper les bases et les navires américains dans le golfe Persique. Le pays dispose également de missiles de croisière antinavires, de vedettes rapides et d’un arsenal croissant de drones susceptibles de perturber les flux énergétiques mondiaux transitant par le détroit d’Ormuz.

Cette menace est préoccupante pour les stratèges américains. Lors d’une audition devant le Sénat, le secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré que les États-Unis déploient entre 30 000 et 40 000 soldats sur huit ou neuf bases dans la région, toutes à portée des missiles et drones iraniens. Si les systèmes de défense antimissile ont été renforcés, la récente guerre israélo-iranienne de douze jours a démontré que même les systèmes les plus sophistiqués peuvent être submergés, et que les intercepteurs sont coûteux et difficiles à remplacer.

Durant le conflit, l’Iran a lancé environ 550 missiles sur Israël, dont près de 86 % ont été interceptés, tandis que 14 % ont atteint leurs cibles. Néanmoins, Israël a détruit environ 70 % des lanceurs de missiles iraniens lors des combats de juin, et il demeure incertain que le régime iranien puisse récupérer ou reconstruire des capacités de lancement supplémentaires.

Certains analystes estiment que le renforcement militaire américain viserait moins à déclencher une guerre qu’à intensifier la pression économique, à appliquer des sanctions et à étouffer les exportations de pétrole iranien, selon une stratégie qui rappelle la campagne de pression menée contre le Venezuela.

En renforçant considérablement sa présence militaire dans le Golfe, le président Trump a mis de côté les négociations sur l’intervention humanitaire et s’est recentré sur une stratégie axée sur les négociations nucléaires. L’envoyé spécial des États-Unis pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, accompagné du gendre de Trump, Jared Kushner, doit reprendre les pourparlers nucléaires avec l’Iran à Istanbul vendredi . Parmi les puissances régionales invitées à participer aux discussions d’Istanbul au niveau des ministres des Affaires étrangères figurent le Pakistan, l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Égypte, Oman et les Émirats arabes unis. Le rang des participants, de l’avis de nombreux observateurs, souligne à la fois la sensibilité et l’importance stratégique de ces négociations.

Pour Téhéran, cependant, les choix apparaissent de plus en plus cruciaux. Accepter un accord qui sape les fondements idéologiques et stratégiques de la République islamique, ou s’exposer au risque d’une confrontation avec un adversaire bien plus puissant, à un moment de profonde faiblesse intérieure. La capacité de l’Iran à trouver un juste milieu entre guerre et soumission pourrait déterminer non seulement l’avenir de son programme nucléaire, mais aussi le sort du régime lui-même.

*Par Rojin Mukriyan

Article (en anglais) publié sur le site The Amargi sous le titre de « The Islamic Republic of Iran: A Struggle Between War and Submission »

*Rojin Mukriyan est docteure du Département de science politique et de gouvernement de l’University College Cork, en Irlande. Ses principaux domaines de recherche sont la théorie politique, les études féministes et décoloniales, ainsi que la politique du Moyen-Orient, en particulier la politique kurde. Elle a publié des articles dans The Journal of International Political Theory, Philosophy and Social Criticism et Theoria. Ses recherches ont jusqu’à présent porté sur la liberté kurde, l’État kurde et l’amitié politique kurde. Elle a publié de nombreux commentaires et rapports de groupes de réflexion sur les récents développements politiques au Kurdistan oriental (Rojhelat) et dans le nord-ouest de l’Iran. Elle intervient régulièrement sur diverses chaînes d’information en kurde et en persan.

ROJAVA. 20e jour d’embargo contre Kobanê

SYRIE / ROJAVA – Depuis 20 jours, la ville kurde de Kobanê – qui abrite plus de 600 000 civils, dont de nombreuses familles ayant fui les gangs de Damas – est sous l’embargo de Damas. Les familles entières dorment dans des voitures ou dans des écoles et sont privées de tout : nourriture, chauffage, eau potable, médicaments, lait infantile…

Depuis vingt jours, le gouvernement intérimaire syrien impose un siège suffocant à la ville de Kobanê, affectant gravement la vie d’environ 600 000 civils et personnes déplacées qui y ont trouvé refuge après avoir fui les attaques lancées par les forces armées affiliées à Damas contre leurs régions d’origine.

Les habitants de la ville vivent une situation humanitaire catastrophique, souffrant d’une grave pénurie de médicaments, de fournitures médicales et de produits de première nécessité, en plus d’un manque de combustible de chauffage et d’une coupure totale d’électricité et d’internet, ce qui aggrave les souffrances de la population et paralyse le fonctionnement des services essentiels et de l’aide humanitaire.

Malgré l’accord signé le 29 janvier entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement intérimaire, qui stipulait explicitement la levée du siège de Kobani, celui-ci reste en vigueur à ce jour, sans qu’aucune de ses dispositions n’ait été réellement mise en œuvre.

Dans ce contexte, l’administration de Kobani a publié un communiqué le 7 février, expliquant que « suite à une invitation adressée à l’administration autonome de Kobani, une délégation de l’administration et des dignitaires de la ville s’est rendue à Alep le 5 février, où elle a rencontré le vice-gouverneur d’Alep et le commandant des forces de sécurité intérieure du gouvernorat. »

Le communiqué précise que la réunion a abordé plusieurs questions importantes, notamment les mesures concrètes mises en œuvre dans le district d’al-Sheokh et celles à prendre dans le district de Jalabiya pour assurer le retour des personnes déplacées dans leurs villages. Les participants ont également discuté des problèmes liés aux services, en particulier les coupures d’eau, d’électricité et d’internet.

L’administration de Kobanê a souligné dans sa déclaration que « jusqu’à présent, aucune mesure concrète n’a été prise par le gouvernement, notamment en ce qui concerne le retrait des forces militaires du district de Jalabiya et la levée du siège imposé à la ville de Kobani, malgré les promesses faites par les représentants du gouvernement lors de la réunion. »

Les habitants et l’administration de Kobani mettent en garde contre la poursuite du siège et ses graves conséquences humanitaires, exigeant le respect des accords signés, la levée immédiate du siège et la fourniture des biens de première nécessité aux habitants de la ville sans conditions préalables. (ANHA) 

SYRIE. Les gangs de Damas continuent le massacre des Kurdes à Alep et à Afrin

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SYRIE / ROJAVA – Les régions à majorité kurde du nord de la Syrie, notamment Afrin, ainsi que les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh à Alep, sont non seulement confrontées à des problèmes de sécurité, mais aussi à des attaques systématiques visant leur identité ethnique et leur présence démographique.
 
 
Au cours des deux dernières semaines, les forces de sécurité affiliées au gouvernement intérimaire de Damas ont lancé des campagnes d’arrestation et de détention à grande échelle dans les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh, ciblant 293 jeunes — dont des femmes — sous prétexte de « travailler ou collaborer avec les FDS ».
 
Seuls 21 des détenus ont été libérés jusqu’à présent ; cependant, au moment de la rédaction de ce rapport, le sort de 272 jeunes reste inconnu.
 
Selon les informations obtenues par le centre de recherches Lekolin, le nombre de civils détenus et enlevés depuis le début des attaques a dépassé les 793.
 
Dans le seul quartier de Sheikh Maqsoud, 17 personnes qui travaillaient ou étaient liées aux « bureaux de services financiers, aux archives, aux institutions administratives et militaires » de l’Asayish ont été tuées sous la torture.
 
Lors des affrontements, des centaines de familles kurdes ont été contraintes de fuir Sheikh Maqsoud et Achrafieh pour se réfugier à Afrin. En réalité, le gouvernement de Damas, en coordination avec l’ENKS et son collaborateur Mesud Bettal, a délibérément orienté la population vers Afrin. Cependant, cette migration n’était pas sans danger ; des arrestations ont commencé dès les points de contrôle à l’entrée d’Afrin.
 
Dès le premier jour, sept jeunes ont été arrêtés et emmenés vers des lieux inconnus par les forces de sécurité générale affiliées au gouvernement intérimaire de Damas. Il s’agit d’une violation flagrante des droits des civils et d’un ciblage direct des migrants fuyant la guerre.
 
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D’autres sources d’Afrin ont également signalé que les gangs djihadistes commettent des crimes de guerre et crimes contre l’humanité en tuant sous la torture de nombreux civils, surtout des jeunes hommes kurdes.