ROJAVA. L’État islamique tue un infirmer dans le camp al-Hol

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SYRIE / ROJAVA – Deux membres de DAECH ont tué hier Basem Muhammad Muhammad, infirmier de l’ONG kurde, Heyva Sor, alors qu’il soignait des membres de DAECH / ISIS dans le camp de prisonniers d’Al-Hol, dans le Syrie du nord.
 
Hier soir, un ambulancier du Croissant-Rouge kurde (Heyva Sor) perdu la vie, dans le camp d’Al-Hol, après avoir été blessé par un partisan de l’Etat islamique alors qu’il se trouvait à son poste de soins.
 
Basim Mihemed Mihemed, 27 ans, qui est ambulancier, a perdu la vie aujourd’hui au point médical du Croissant-Rouge kurde dans le camp, après avoir été attaqué par deux membres de DAECH qui sont entrés dans le point médical en tant que patients, puis ils ont tué la victime, selon des sources sécuritaires du camp.
 
Basem Muhammad, était originaire d’Al-Hasakah. Il était marié et père de deux enfants. (ANHA)
 
Le camp al-Hol est considéré comme un foyer de l’Etat islamique, avec 57 000 personnes de plus de cinquante pays différents qui y vivent actuellement, dont des milliers de familles de l’Etat islamique qui ont été appréhendées par les Forces démocratiques syriennes (FDS) après la capture du dernier bastion de l’Etat islamique, Baghouz, début 2019. Environ la moitié des familles ont en fait moins de 18 ans et beaucoup apprennent la doctrine de Daech. Cela augmente le risque de création d’une nouvelle génération de terroristes. La plupart des pays d’origine de ces mercenaires et de leurs familles refusent de reprendre leurs ressortissants et échappent ainsi à leur responsabilité.
 
Au moins 127 meurtres en 2021
Responsables de l’endoctrinement des enfants avec l’idéologie de l’Etat islamique sont les structures construites par les partisans de l’Etat islamique fidèles à la ligne dans le secteur des « Muhadjir» (des membres de DAECH venus d’autres pays). Ces femmes djihadistes ont également construit les troupes Hisba sur le modèle de la soi-disant brigade Al-Khansa (Liwa al-Khansa), la police religieuse de l’Etat islamique pour les femmes. Les femmes membres de HISBA commettent des atrocités contre des personnes qui n’adhèrent pas aux normes de l’Etat islamique. En 2021, il y a eu au moins 127 meurtres au camp al-Hol, qui seraient tous attribuables aux membres de Hisba et aux « Jeunes Lionceaux du Califat ». Un homme de 33 ans originaire d’al-Bab, dans le nord de la Syrie, a été retrouvé mort vendredi. Quelques jours plus tôt, des agents de sécurité ont découvert un tunnel souterrain utilisé pour la formation de l’organisation de jeunesse de DAECH / ISIS et comme cachette pour les jeunes tueurs.

TURQUIE. La justice turque refuse d’indemniser la famille de l’étudiant kurde tué par un policier au Newroz d’Amed en 2017

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TURQUIE / BAKUR – Lors des célébrations du Newroz à Diyarbakır, Kemal Kurkut, un étudiant kurde de 22 ans, a été abattu par un policier turc au point de contrôle à l’entrée de la place, le 21 mars 2017.
 
Malgré les tentatives de la justice et la police turque de le faire passer pour un kamikaze, grâce aux photos prises par le journaliste Abdurrahman Gök, les avocats de la famille ont prouvé que Kurkut avait été abattu de sang froid après avoir été agressé par les policiers qui l’ont forcé à se mettre torse nu car il portait un T-shirt avec le mot « Kurdistan » écrit dessus.
 
Mais qu’importe les preuves quand il s’agit de blanchir l’assassin d’un Kurde? Alors, le policier a été acquitté. Il a même demandé à être indemnisé pour les « frais de justice » et la cour d’appel a annulé la décision d’indemniser la famille, affirmant que Kemal Kurkut était un « manifestant agressif » et que les conditions pour que le policier utilise son arme étaient réunies pour son assassinat.
 
Dans le procès intenté par la famille de l’étudiant universitaire Kemal Kurkut contre le ministère de l’Intérieur pour « défaut de service », la décision d’indemnisation matérielle et morale de 256 000 TL a été annulée.
 
La chambre administrative de première instance du tribunal administratif d’Antep a annulé la décision d’indemnisation du tribunal administratif d’Amed, jugeant l’administration responsable et fautive, au détriment de la famille.
 
La justice turque a fait valoir que le meurtre de Kurkut était « dans les limites légales » et que « l’administration n’avait commis aucune faute dans le service de sécurité » concernant le meurtre. Elle a décidé de rejeter la demande d’indemnisation de la famille de Kurkut.
 
« Lorsque la déclaration du kamikaze échoue, l’auteur est acquitté par la +loi+ « , a déclaré le photographe Abdurrahman Gök qui est poursuivi par la même « justice » qui demande 20 ans de prison pour avoir photographié le meurtre de Kemal Kurkut par un policier turc…
 
Que s’est-il passé après le meurtre de Kemal Kurkut ?
 
Le 21 mars 2017, Kemal Kurkut, un étudiant kurde de 22 ans, a été abattu par un policier turc, devant des dizaines de journalistes et une foule rassemblée pour célébrer le Nouvel-An kurde, à Amed (Diyarbakir).
 
Après le meurtre de Kemal Kurkut, les policiers ont immédiatement confisqué les appareils des journalistes pour effacer les images afin de cacher leur crime et ont déclaré avoir abattu un kamikaze. Mais le journaliste Abdurrahman Gök a réussi à cacher la carte de son appareil dans la poche arrière de son pantalon. Ainsi, quand les policiers ont fouillé son matériel, ils n’ont rien trouvé tandis que le journaliste leur a menti en disant qu’il n’avait pas eu le temps de prendre des images. Gök risque 20 ans de prison pour avoir caché les images du meurtre…
 
Finalement, il y a eu un « procès » et la « justice » turque a dû admettre que Kemal Kurkut n’était pas un kamikaze. Yakup S., a été acquitté le 17 novembre 2020 par la 7e Cour pénale de Diyarbakır dans l’affaire où il était jugé pour «meurtre délibéré» de Kurkut.
Yakup S. a demandé à être remboursé pour ses frais de justice (honoraires d’avocat) qui ont été pris en charge par le ministère de l’Intérieur.
 
 
 

TURQUIE. Un étudiant en médecine se suicide dans un foyer dirigé par une secte sunnite qui impose prières, cours islamiques et lectures religieuses

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TURQUIE / BAKUR – Enes Kara, étudiant en médecine, s’est suicidé après avoir partagé une vidéo dans laquelle il déclare que l’administration de son foyer d’étudiants géré par une organisation islamique l’obligeait à prier, à suivre des cours de religion et à lire des livres religieux.
 
Enes Kara, étudiant en deuxième année à la faculté de médecine de l’université de Fırat dans la province kurde d’Elazığ, a déclaré dans sa vidéo que l’administration du dortoir l’obligeait à prier, à suivre des cours de religion et à lire des livres religieux.
 
Le dortoir appartient au mouvement Nur, un groupe religieux sunnite s’inspirant des écrits de l’érudit kurde Said Nursi (1878 – 1960). Les gouvernements turcs ont réprimé le groupe dans les années 1960 et 1970 en tant que mouvement islamiste.
 
Le jeune de 20 ans a déclaré dans la vidéo qu’il était « psychologiquement épuisé » et qu’il ne pouvait plus supporter l’environnement oppressant de son foyer d’étudiants.
 
« Il est obligatoire de prier, d’assister aux cours de la secte dans le dortoir géré par la secte où j’habite. Je ne suis pas musulman, ma famille ne le sait pas, quand j’ai dit que je voulais quitter cet endroit, ils ont répondu non », a-t-il écrit dans une note séparée.
 
Les amis de Kara se sont réunis mardi à l’université de Fırat pour une minute de silence en l’honneur de Kara.
 
« Combien de vies devons-nous encore perdre pour agir ? Nous exigeons que cette situation soit résolue et que les familles, les enseignants et la direction fassent quelque chose à ce sujet », déclarait le communiqué lu par les étudiants.
 
Les étudiants turcs sont contraints de trouver un logement dans des foyers affiliés à des groupes religieux à cause de la pénurie de foyers gérés par l’État.
 
En septembre dernier, des étudiants de tout le pays se sont réunis pendant plusieurs nuits dans des parcs pour protester contre le manque de foyers et la flambée des loyers.
 
Le père de Kara, Mehmet Kara, a déclaré qu’il n’engagerait aucune action en justice pour la mort de son fils.
 
« L’endroit où mon fils a séjourné est géré par des gens sympas. Je lui ai recommandé de rester là-bas. Je suis membre du groupe depuis 25 ans. Je n’ai vu aucun mal de leur part, » a déclaré le père.
 

TURQUIE. Le Parlement turc veut retirer l’immunité parlementaire de la députée kurde Semra Güzel

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ANKARA – La députée HDP, Semra Güzel va probablement être déchue de son mandat d’élu. En effet, un rapport préparé par un procureur d’Ankara qui accuse l’élue kurde « appartenance à une organisation terroriste [PKK]» a été transmis à la présidence turque pour qu’elle le soumette au vote du Parlement où la majorité AKP-MHP rêve d’éjecter du parlement tous les élus HDP. 

Jusqu’à présent, des dizaines de députés HDP ont été dépouillés de leur immunité parlementaire. La plupart sont tenus en otage en prison tandis que le HDP est toujours menacé d’interdiction.

Le rapport pour déchoir la députée HDP, Semra Güzel, de son mandat d’élu a été envoyé à la présidence par le ministère de la Justice pour être présenté à l’Assemblée nationale turque. Accusée de terrorisme par la justice turque, la députée kurde d’HDP risque une lourde peine de prison une fois dépouillée de son immunité parlementaire.
 
La procédure concernant la levée de l’immunité parlementaire de la députée kurde accusée d’ « appartenance à une organisation terroriste [PKK]» avait été préparée par le bureau du procureur général d’Ankara qui l’a envoyé au ministère de la Justice.
 
Le ministère de la Justice l’a approuvé et l’envoyé à la présidence pour être transmis à la Grande Assemblée nationale turque qui va le soumettre au vote.
 
La députée HDP Semra Güzel risque d’être déchue de son mandat d’élu à cause des photos prises par la députée de 38 ans avec le combattant du PKK Volkan Bora (Nom de Guerre : Koçero Meletî), qui a été tué dans des raids aériens à Adıyaman en avril 2017. Les photos ont été prises en 2014 dans un camp de guérilla au sud du Kurdistan, lors des négociations de paix entre l’État turc et le PKK. Le voyage là-bas (et la visite à Bora, avec qui Güzel s’était fiancée quand elle était étudiante en médecine) était connu de l’État turc et de ses autorités a déclaré Guzel.
 
« Cependant, bien que les images soient stockées dans les archives des autorités de sécurité depuis près de cinq ans, elles ne sont publiées que maintenant et utilisées comme base de diffamation. »
 
La députée a parlé d’une « campagne de diffamation vicieuse et sexiste » menée contre elle en raison de la politique misogyne du gouvernement AKP. Elle a ajouté qu’elle avait été exposée à « la diffamation publique, l’ostracisme social et le lynchage ». Guzel a déclaré que dans tous les cas, cette action aura des conséquences juridiques pour tous les responsables impliqués dans le processus de paix avec le PKK.
 
Procédures pour activités subversives
 
Le rapport d’enquête préliminaire du parquet d’Ankara, qui comprend une demande d’autorisation de poursuivre Güzel, est au ministère de la Justice depuis lundi. On ignore à quels articles le rapport d’enquête fait référence. Cependant, étant donné que seules les procédures au titre des articles 301 et 302 dépendent de l’autorisation du ministre de la Justice, il s’agit d’un procès pour « activités subversives ». Le président du Parlement Mustafa Şentop s’est prononcé lundi à l’Assemblée nationale en faveur de la levée de l’immunité des députés « sans si ni mais ».
 
Güzel risque une lourde peine de prison si elle est reconnue coupable
 
L’article 301 est probablement la loi turque la plus connue en Europe. Jusqu’en 2008, il réglementait « l’insulte à la nation turque », mais sous la pression de l’UE, la loi a été réformée. Une violation de l’article entraîne des peines de prison allant de six mois à deux ans. En combinaison avec la législation antiterroriste, cela revient souvent à dix fois plus. L’article 302, en revanche, qui fait de « la destruction de l’unité et de l’intégrité de l’État » un délit punissable, est probablement le plus grave du droit pénal turc. Le texte de la loi stipule : « Quiconque place l’intégrité territoriale de l’État totalement ou partiellement sous la souveraineté d’un État étranger, détruit l’unité de l’État, sépare une partie de l’État »
 
Suppression de l’immunité parlementaire pour « prévenir le terrorisme »
 
En mai 2016, le parlement turc a approuvé un amendement constitutionnel sur la « prévention du terrorisme » initié par le parti islamiste Erdoğan AKP, ouvrant ainsi la voie à la poursuite provisoire des députés. À l’époque, 154 députés au total avaient été déchus de leur immunité, dont plus d’un tiers du Parti démocratique du peuple (HDP). Immédiatement après l’amendement constitutionnel, de nombreuses enquêtes préliminaires ont été ouvertes contre des membres de l’opposition. La vague de répression qui avait commencé a atteint son paroxysme le 4 novembre 2016 avec l’arrestation de dix députés HDP, dont les coprésidents du parti d’alors Figen Yüksekdağ et Selahattin Demirtaş. Les observateurs craignent que l’affaire Güzel ne serve en réalité de prétexte pour lancer une initiative parlementaire de soi-disant prévention du terrorisme afin d’écarter l’opposition. Des dizaines de rapports d’enquête visant à la levée de l’immunité parlementaire ont été présentés contre tous les membres du groupe parlementaire HDP. (ANF)

SUISSE. Des anarchistes de Genève saluent le confédéralisme démocratique du Rojava

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GENEVE – Des anarchistes genévois.es déclarent qu’ils pourraient s’inspirer du confédéralisme démocratique mis en place au Rojava dans un billet publié sur le site Le Courier alors qu’ils s’apprêtent à célébrer le 150e anniversaire de l’Internationale anti-autoritaire de 1872.
 
On le partage avec vous:
 
Escale au cœur du confédéralisme démocratique du Rojava
 
«Prélude à la célébration des 150 ans de l’Internationale anti-autoritaire (Congrès de St-Imier) en juillet prochain, les «Escales Siluriennes» organisées dans l’espace autogéré Le Silure, à Genève, entretiennent un cycle de débats sur l’anarchisme. Retour de l’escale sur le confédéralisme démocratique au Rojava organisée à la mi-décembre.
 
Comme lors de la première rencontre des Escales siluriennes1, la salle du Silure est pleine ce 9 décembre. Venu·es d’horizons variés, nous sommes réuni·es pour discuter du lien entre le nouveau paradigme politique sur lequel repose la révolution du Rojava2– le confédéralisme démocratique – et l’anarchie. Un thème de choix pour continuer notre série de discussions en préparation des Rencontres internationales anti-autoritaires à St-Imier3.
 
Impossible de parler de la révolution en cours au Rojava [Kurdistan syrien] sans mentionner l’histoire du peuple kurde, divisé entre quatre Etats-nations (Turquie, Iran, Irak et Syrie) depuis le début du XXe siècle. Opprimé·es dans chacun de ces pays, les Kurdes lancèrent de nombreuses révoltes pour réclamer leur droit d’exister et d’exprimer leur culture. Mais leurs tentatives furent chaque fois étouffées. Cette culture de lutte se poursuit néanmoins jusque dans les années 1970-80, où le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) est créé et lance une guerre de guérilla contre l’Etat turc.
 
D’abord marxiste-léniniste, le PKK se tourne vers l’idée du confédéralisme démocratique à partir de 1999, lorsqu’Abdullah Ocalan, secrétaire général du parti et philosophe, est fait prisonnier par la Turquie. En prison, il découvre les écrits de l’anarchiste et écologiste Murray Bookchin avec qui il échange une série de lettres. Sur cette base, le PKK développe son nouveau paradigme où démocratie directe à la base, écologie4et féminisme55sont interconnectés.
 
Le confédéralisme démocratique est ensuite adopté dès 2005 par l’ensemble du mouvement révolutionnaire kurde et dès 2012 il commence à être mis en pratique au Rojava. A la suite de la libération par les milices de défense kurdes (YPG et YPJ) de régions non kurdes contrôlées par Daesh, la région autonome grandit autour d’un contrat social commun et prend le nom d’Administration autonome du nord et de l’est syrien.
 
Quel lien avec l’anarchisme? Une des grandes bases de l’anarchisme repose sur la critique de l’Etat comme une structure qui centralise les pouvoirs dans les mains d’une minorité. Comme alternative, certains anarchistes – Proudhon, Bookchin… – proposent un système fédéraliste afin de décentraliser le pouvoir. Mais le risque de centralisation ne disparaît pas au sein d’une fédération: tout dépend de la participation de la population au processus démocratique. Partant, il est intéressant d’analyser les structures mises en place au Rojava pour éviter une dérive autoritaire. De notre discussion ressort le fait que la dépendance de la population à une entité centrale y est encore bien présente. Mais parallèlement, nous pouvons y voir une lutte constante pour pousser la société vers une décentralisation des pouvoirs.
 
A la base du système fédéraliste du Rojava: les communes. Figurant la plus petite entité au sein de la société, elles sont composées de quelques centaines de familles d’un même quartier ou village. Leur but est de pallier les besoins de la population dans tous les aspects de la vie en société: c’est là que sont prises la majeure partie des décisions. Contre le patriarcat, des maisons des femmes en gestion autonome sont créées et un système de coprésidence homme-femme est en vigueur. Contre le nationalisme et le racisme, chaque ethnie est représentée à travers la coprésidence. Contre une économie capitaliste, les coopératives sont encouragées et les monopoles interdits.
 
Au cœur de ce processus, l’éducation (perwerde en kurde, qui signifie: donner des ailes) sert de dynamique pour faire constamment évoluer les mentalités. Des moments de critique et d’autocritique offrent un espace de remise en question, afin d’apprendre des erreurs. Une des personnes présentes à la rencontre relève: «Ici, nous sommes élevées dans un contexte de compétition entre individus, avons tendance à nous vexer face aux critiques et les voir plus comme une attaque personnelle plutôt qu’une opportunité d’évolution.»
 
Le confédéralisme démocratique est une tentative de réponse dans le contexte du Rojava dont nous pouvons nous inspirer. La question reste ouverte sur la forme que cela peut prendre ici – il n’y a sans doute pas qu’une seule réponse possible. En revanche, nous avons une certitude, parfaitement exprimée par les zapatistes: «Nous voulons un monde où il y a la place pour de nombreux mondes.»
 

La présidente de l’USCIRF, Nadine Maenza, au chevet des minorités religieuses et ethniques du Rojava

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SYRIE / ROJAVA – Nadine Maenza, présidente de la Commission des États-Unis pour la liberté religieuse internationale (USCIRF), s’est entretenue avec des responsables de la Commission des relations étrangères du Rojava dans le but d’examiner les derniers développements et les conditions de minorités religieuses et ethniques de la région. Lors de cette quatrième visite dans la région, Maenza a exhorté la communauté internationale à reconnaitre l’administration de la Syrie du Nord et de l’Est « car il s’agit d’un modèle de coexistence pacifique et de liberté de croyance qui pourrait être reproduit à travers la Syrie et le Moyen-Orient ».
 
Abeer Elia
 
Abeer Elia, coprésidente de la Commission des relations étrangères, a commenté sur Suroyo TV la visite de Maenza, expliquant qu’une discussion avait eu lieu sur la situation sécuritaire et les moyens de parvenir à la stabilité dans la région, en particulier à la lumière des attaques et des bombardements lancés par la Turquie. et ses mandataires de l’Armée nationale syrienne (ANS/SNA). Elia a également déclaré que ces attaques ont entraîné le déplacement de la population et le changement de la démographie de la région.
 
Elia a ajouté que les effets de la fermeture des postes frontaliers sur la situation économique et sanitaire dans la région ont également été discutés. Les dangers posés aux minorités par les embargos et la menace qui pèse sur leur présence dans leur patrie ont été soulignés.
 
Selon Elia, Maenza a souligné la nécessité de la reconnaissance officielle, par la communauté internationale, en particulier les États-Unis, de l’Administration Autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) qui gouverne la région.
 
Après la réunion, Maenza a tenu une conférence de presse au cours de laquelle elle a déclaré qu’elle exhortait la communauté internationale à soutenir le projet démocratique dans le nord et l’est de la Syrie, car il s’agit d’un modèle de coexistence pacifique et de liberté de croyance qui pourrait être reproduit à travers la Syrie et le Moyen-Orient.
 
Elle a également dénoncé la poursuite des violations turques dans les régions, dont les plus récentes se sont produites dans la ville kurde de Kobanê et ont entraîné la mort de civils. (Via Syriac Press)
 
Par ailleurs, Maenza participe au Congrès international des religions et des croyances mésopotamiennes qui se tient à l’Université du Rojava, à Qamishlo, depuis hier.
 

Au Rojava, un modèle de société démocratique s’épanouit au milieu de menaces turques, iraniennes, russes…

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SYRIE / ROJAVA – Les Kurdes et leurs alliés arabes mènent une course contre la montre pour consolider leur modèle de société démocratique, pluraliste et féministe alors qu’ils sont menacés sur tous les fronts par des forces étatiques étrangères, le régime central syrien, mais aussi par les groupes terroristes islamistes toujours actifs dans la région.
 
India Ledeganck, doctorant en anthropologie à l’UCLouvain, se rend régulièrement au Rojava pour observer la situation politique, économique et militaire sur place. Il vient d’interroger Farhad Shami, responsable du centre médiatique des Forces Démocratiques Syriennes (FDS).
 
Voici un panorama de la situation sécuritaire des territoires du Nord et de l’Est de la Syrie, régions autonomisées de facto au régime de Bachar al-Asad à partir de 2012. Les Forces Démocratiques Syriennes, coalition d’unités militaires locales créée en 2015, font aujourd’hui face à plusieurs fronts. Aux invasions militaires turques, s’ajoute la menace d’un ravivement des cellules dormantes de l’État Islamique et la volonté du régime syrien de reprendre le contrôle de l’entièreté du pays avec l’aide de la Russie.
 
Reportage: « Jamais nous ne donnerons nos martyrs »
 

Selon Farhard Shami, les territoires du nord et de l’est de la Syrie de manière plus globale et la ville de Raqqa en particulier font face à trois dangers majeurs. En premier lieu, la sécurité interne de la ville est mise à mal par la présence des services secrets turcs, iraniens, et syriens, ainsi que des activités pour l’instant disparates des cellules dormantes de l’État Islamique. Deuxièmement, la présence du régime syrien et des cellules dormantes de Daesh dans les zones situées au sud-ouest de Raqqa sont une menace directe pour la sécurité de la ville. Enfin, la Turquie et les factions affiliées contrôlent la région d’Afrin depuis 2018, ainsi que Seré Kaniyé (Ras al-Ayn) et Giré Spi (Tel Abyad). Une future opération militaire de grande ampleur orchestrée par la Turquie est, de ce fait, une éventualité à ne pas négliger.

Situation des 7 régions du Nord et de l’Est de la Syrie, un mois avant l’opération turque « Source de paix », qui amènera à l’invasion de la ville de Tel Abyad et Seré Kaniyé.
Situation en décembre 2021. La bande bleue représente les territoires occupés par la Turquie depuis octobre 2019. Les territoires à l’ouest en couleur verte sont les territoires d’Afrin occupés par la Turquie depuis mars 2018. Source : Liveumap.

Raqqa : une stabilité retrouvée mais toujours menacée

Les cellules dormantes de l’État islamique continuent d’exercer une menace sur la population même si elles ne représentent plus un danger permanent pour les habitant·e·s. À Firusin, au sud de Raqqa, où une bombe a explosé le 3 novembre 2021. « La situation sécuritaire de Raqqa est différente de celle d’une région comme Deir al-Zor, qui fait face à des cellules terroristes très actives » souligne Fahrad. Il continue : « Il y a trois mois, nous avons, avec la Coalition Internationale en Irak et en Syrie, effectué une opération militaire commune. Une voiture a été bombardée dans la région de Deir al-Zor par la coalition, et une autre a été détruite par nos forces au nord de Raqqa. Pendant 6 mois, nos forces de sécurité et de renseignements ont suivi ces cellules qui planifiaient d’attaquer les prisons d’Hasakê et Raqqa dans l’objectif de libérer des prisonniers membres de l’Etat Islamique ». En 2021, 38 personnes affiliées à l’Etat Islamique ont été arrêtées. Les opérations conjointes réalisées avec la Coalition Internationale en Irak et en Syrie sont donc toujours d’une importance cruciale. D’autant plus que l’organisation de l’État Islamique menace les membres des Forces Démocratiques Syriennes ou les personnes impliquées au sein des institutions de l’administration autonome.

En dehors de l’organisation terroriste, les services secrets iraniens, syriens et turcs sont présents dans la ville et ont été impliqués dans la planification d’attentats et dans la transmission de données sensibles. Cependant, selon Farhad Shami, « il n’a eu de résultats probants, car nous avons toujours réussi à contrôler la situation ». Néanmoins, les conditions de vie grégaires, usées par la guerre civile et la guerre contre l’État Islamique et l’État turc favorisent le recrutement de Raqqawis par le régime, l’État islamique ou la Turquie. À ce propos, Farhad déclare : « Un endroit où la stabilité politico-militaire et l’économie sont faibles est un terreau fertile pour Daech. C’est également pour cela que nous luttons pour que les travaux de reconstruction de la ville continuent ». Il est à préciser que 80% de la ville a été détruite lors de la guerre contre Daech, notamment due aux frappes aériennes de la Coalition Internationale en Irak et en Syrie. « Nous avons arrêté un jeune homme il y a quelques semaines. Il avait posé une bombe et avait reçu 200 dollars de la part du régime dans cet objectif. Un autre, c’était 300 dollars, cette fois de la part de la Turquie. […] Les Raqqawis sont des gens qui ont donné beaucoup de martyrs. Ils connaissent les migrations forcées depuis 2014, ils ont été arrachés à leurs terres à cause de la guerre. Les jeunes partent vers l’Europe et ne reviennent pas. La situation économique se dégrade à vue d’œil ». En parallèle, les membres de l’État islamique utilisent les routes de contrebande afin de s’infiltrer dans des camps de réfugié·e·s non-organisés. Ces personnes, pour la plupart originaires d’Homs ou de Damas, fuient le régime syrien et ne sont pas en possession de documents d’identité. « Nous les laissons rentrer dans nos régions car nous n’acceptons pas les conditions dans lesquelles ces personnes sont obligées de vivre. Ce sont des êtres humains, ce sont des réfugié·e·s. Malheureusement, l’Etat Islamique utilise cette situation pour recruter de nouveaux membres ».

À cette situation économique dramatique, s’ajoute la fermeture récente des frontières entre le nord-est syrien et le Bashur (région kurde d’Irak). Le gouvernement régional kurde en Irak a effectivement fermé le poste frontière de Faysh Khabur le 16 décembre, ainsi que le passage d’al-Waheed le 19 décembre. Le nord-est syrien traverse une crise économique majeure depuis 2019 et la fermeture des frontières amène une énième difficulté à une population qui souffre d’une forte inflation et des pénuries alimentaires.

Raqqa, décembre 2021. Crédits India Ledeganck.

Mais ce sont surtout les régions périphériques au sud et à l’ouest de Raqqa, plutôt que la ville-même, qui posent une véritable menace pour la stabilité politico-militaire de la région. « Parfois, nous pouvons entendre le bruit des forces aériennes russes. La région de Resafi, contrôlée par le régime et située à 35km au sud-ouest de Raqqa, est encore touchée par les attaques de l’Etat Islamique ». L’État Islamique souhaiterait donc reprendre le contrôle de cette zone. Pour Farhad Shami, la proximité géographique de Resafi avec les territoires de nord-est syrien constitue un risque évident. L’État Islamique persiste dans les régions désertiques de la Syrie même si le nombre de sympathisant·e·s s’est amoindri depuis la bataille de Bagouz en 2019 (dernier territoire sous contrôle de Daech). Farhad Shami souligne que « le groupe s’est dissout en tant qu’Etat mais existe toujours en tant qu’organisation ». De fait, l’État Islamique persiste dans les régions désertiques de la Syrie. Toujours selon Farhad Shami, l’État Islamique aurait encore la mainmise sur 60% des régions désertiques syriennes. Dans l’éventualité d’une attaque, les Forces Démocratiques Syriennes ont augmenté leurs effectifs au sud de Raqqa.

Turquie – Nord et Est de la Syrie : harcèlements et provocations sur la ligne de front

Les attaques sur la ligne de front séparant les territoires occupés par la Turquie et ceux de l’administration autonome sont incessantes. Le 21 décembre, les mercenaires affiliés à l’État turc ont lancé une attaque terrestre près de Tal Tamr, dans l’objectif de se saisir du village d’Umm al-Kaif. L’intention de l’État turc est de s’emparer de la ville de Kobané, ville où Daech a connu sa première défaite majeure. La prise d’Afrin en 2018 et de Seré Kaniyé et Giré Spi en 2019, vont dans ce sens, la ville de Kobané étant dorénavant encerclée.

La Turquie utilise depuis 2013 Jabat al-Nosra et l’Armée Syrienne Libre (ASL) pour ses interventions militaires dans le nord-est de la Syrie. Désormais, les factions présentes sur les territoires occupés entre Girê Spî et Serê Kaniyê sont nombreuses. Jebat al-Nosra, l’ASL et Horas al-Din (branche d’al-Qaida) en sont des exemples. Selon Farhad, beaucoup de jeunes hommes enrôlés sont originaires d’Idlib. « Nous savons, de plus, qu’il y a un grand nombre de membres de Daesh à Girê Spî. Et maintenant, leurs familles y habitent. La population est terrorisée et eux, peuvent facilement continuer à s’organiser ». En d’autres termes, il s’agit d’un changement démographique opéré par l’État turc, basé sur une politique de terreur d’un côté et d’installation des mercenaires et de leurs familles de l’autre.

Les populations environnantes sont les premières à subir les conséquences des attaques turques et des groupes affiliés. Cette année, 13 civils habitant les régions voisines à celles occupées par les mercenaires de la Turquie sont tombés martyrs. « Le 7 décembre, les mercenaires, aidés par l’État turc, ont lancé une énième attaque sur les villages environnants. Ils ont tué un jeune homme devant ses parents. Ils ont ensuite volé tous leurs biens et incendié la maison ».

Un Imam donne un discours lors de la veillée de 3 martyrs. Un drone turc a visé une voiture dans la ville de Qamishlo en novembre 2021, tuant trois personnes d’une même famille. L’Imam rappelle la nécessité de la fraternité entre les peuples en ces temps difficiles. Crédits : India Ledeganck.

Il semble important de préciser qu’en plus de la douleur de la perte d’êtres chers, les populations environnantes subissent une importante perte de revenus. En effet, la plupart des agriculteurs et agricultrices n’ont plus accès aux terres cultivées, à cause du risque d’être visé par les mercenaires. La violence de l’occupation turque a donc des retombées économiques sur le moyen et long-terme, notamment par l’impossibilité pour la population de procéder à leurs récoltes.

En préparation à une éventuelle nouvelle opération militaire de la part de la Turquie, des tunnels de 4 mètres de profondeur et de largeur ont été creusés. « Nous sommes conscients qu’en tant que membres des FDS, nous devons rester calme face à ces provocations. Mais nous sommes prêt·e·s. Nous sommes prêt·e·s. à affronter la Turquie sur tous les fronts, que cela soit à Ein Issa, Kobanê, Manbij, Tal Tamr ou Zirgan. Le 5 novembre, nous savons que l’État turc a voulu entamer une opération de grande ampleur contre nos régions. Cela a ensuite été reporté au 9 novembre, puis au 18 novembre. Finalement, ils n’ont pas eu de possibilité d’entreprendre une telle opération. »

Une femme dans le camp « Sere Kaniye ». Elle a fui sa ville natale avec ses enfants. Crédits : India ledeganck.

Cette situation profite au régime syrien, à la Russie et à l’Iran. En amont de l’Euphrate, la région de Tabqa est un endroit stratégique pour ces derniers. Contrôlée par l’administration autonome, Tabqa est une porte vers les régions orientales de l’Euphrate. « Qui contrôle Tabqa, a accès à l’intérieur des territoires syriens » précise Farhad. Depuis 2019, l’objectif de la Russie est le retour du régime syrien sur les territoires de la Syrie du Nord et de l’Est, aujourd’hui contrôlés par l’administration autonome. La Russie souhaite, dans cette perspective, retirer un bénéfice des menaces turques sur la région. Rappelons que le gouvernement de Bachar al-Assad ne reconnaît pas l’administration autonome et ses forces armées. La population de Raqqa subit en conséquence de constantes intimidations de la part du régime, notamment au travers de menaces de vengeance à l’encontre des personnes impliquées au sein des institutions de l’administration autonome.

« Mais jamais nous ne donnerons le nord-est syrien. Nous pouvons travailler au sein de l’État syrien, mais à condition que l’administration autonome et les FDS [Forces Démocratiques Syriennes, N.D.A.] soient reconnues officiellement par celui-ci » déclare Farhad. « Mais pour l’instant, aucun pas dans ce sens-là n’a été entamé par le régime. Ils ont progressé sur certains sujets, mais c’est dérisoire. Par exemple, deux heures de kurde sont données dans les écoles du régime [les écoles du gouvernement syrien situées sur les territoires habités majoritairement par des kurdes, N.D.A] ». Il ajoute : « C’est dérisoire. Cette situation était possible avant 2011, mais les choses ont changé depuis lors. Nous avons tout construit. Nous avons donné 12 000 martyrs. Nous avons 28 000 blessé·e·s, dont 8 000 sont mutilé·e·s. Ces martyrs, ce sont nos jeunes, nos enfants. Jamais nous ne donnerons nos martyrs. S’ils veulent la guerre, nous la ferons ».

Cimetière des martyrs d’Hasake, août 2021. Crédits : India Ledeganck.

Une future invasion militaire organisée par l’État turc ?

Selon Farhad Shami, la Turquie n’a pas pu procéder à une opération militaire de grande ampleur pour trois raisons principales. Premièrement, une guerre dans le nord-est de la Syrie n’est pas dans l’intérêt de la Coalition Internationale en Irak et en Syrie. Effectivement, focaliser les troupes contre la Turquie est une opportunité pour l’État Islamique de ressurgir. « Une se réveille, et toutes suivent. De plus, il suffirait qu’une région ne soit plus stable politiquement et militairement pour que le régime attaque ». Une opération militaire turque qui irait à l’encontre des intérêts de la communauté internationale amène Tayyip Erdogan à devoir considérer les répercussions politico-militaires qui s’en suivront.

Deuxièmement, la situation économique de la Turquie n’est pas propice à soutenir une nouvelle invasion militaire. En effet, une guerre entamée par l’État turc signifierait des coûts importants. « La guerre n’est plus comme avant : nous faisons maintenant la guerre sous-terraine » précise Farhad. « Avant, une frappe aérienne amenait indéniablement à des martyrs. Pour la Turquie, en termes de coûts financiers, de telles attaques n’avaient pas de fortes valeurs. Ce n’est plus le cas à présent ». Un autre changement est à prendre en compte vis-à-vis de la stratégie militaire adoptée par les FDS. « Si une guerre venait à être déclarée, nous nous protégerions de manière active. Il ne s’agira plus juste d’une réponse, nous attaquerons sur tous les fronts. Nous en avons informé la coalition ainsi que la Turquie ».

Finalement, les tactiques de guerre opérées par les FDS ainsi que les entraînements donnés aux combattant·e·s se sont améliorés. « Cela fait deux ans maintenant que nos entraînements ont été modifiés. La Turquie prend en compte ces changements et s’attend à ce que les représailles soient de taille ». Une nouvelle attaque amènerait donc la Turquie à devoir se préparer en conséquence à ses changements.

La communauté internationale ignore le désastre humanitaire causé par la Turquie alors qu’une nouvelle guerre menace la région

Alors qu’un modèle politique et social démocratique se construit, une nouvelle guerre est imminente. Les Forces Démocratiques Syriennes, malgré les nombreuses difficultés, sont déterminées à protéger un projet de société « en train de se faire ». La rédaction d’une nouvelle constitution qui englobe les 7 régions du nord et de l’est de la Syrie est d’ailleurs en cours, malgré le climat politico-militaire incertain.

Le désastre humanitaire causé par la Turquie interroge le rôle de la communauté internationale. La Turquie, deuxième force la plus importante de l’OTAN en termes d’effectifs, multiplie les évictions sur les territoires occupés. Ceci alors même que l’invasion desdits territoires a débuté quelques jours après le retrait des troupes étasuniennes de la frontière turco-syrienne. Une nouvelle opération militaire planifiée par la Turquie signerait un retour en force de Bachar al-Assad et un potentiel ravivement de l’État Islamique.

« Tout pour la liberté » (en kurde), entrée de Tirbespi. Octobre 2021. Crédits : India Ledeganck.

 
 
 

« La Turquie attaque Kobanê parce qu’elle représente sa plus grande défaite »

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SYRIE / ROJAVA – La ville kurde de Kobanê est le symbole de la révolution du Rojava et le lieu où le déclin de l’État islamique a commencé. « La Turquie attaque Kobanê parce qu’elle représente sa plus grande défaite », déclare la présidente du PYD, Ayşe Hiso, qui ajoute que les objectifs du PYD pour 2022 sont une lutte radicale contre les attaques visant le Rojava et la reconnaissance internationale de l’Administration autonome.
 
La Turquie a étendu ses attaques dans la région autonome de la Syrie du Nord et de l’Est cette année. La présidente du Parti de l’union démocratique (PYD), Ayşe Hiso, a déclaré  que les attaques contre Kobanê en particulier visaient à anéantir la révolution du Rojava. Fin décembre, six militants kurdes ont été tués dans une attaque de drone visant le Mouvement de la jeunesse révolutionnaire syrienne. Samedi, d’autres attaques d’artillerie ont été menées contre des villages du canton de Kobanê. Un civil a été tué et 11 personnes ont été blessées, dont plusieurs jeunes enfants. Un enfant de quatre ans a été amputé d’une jambe. Avec ses attaques contre le Rojava, l’État turc n’a pas obtenu le succès espéré. Toute la région est une cible permanente. Kobanê, en particulier, est le foyer d’agressions. Comment évaluer ces attaques et quelle est la réponse de la population de Kobanê ? L’État turc a perpétré un massacre à Kobanê le 25 décembre. L’attaque visait des jeunes et doit être replacée dans le contexte des autres attaques contre le nord et l’est de la Syrie. Des civils, dont Yusîf Gulo et sa famille, connus dans tout le Rojava, avaient déjà été pris pour cible et attaqués. Cette agression correspond à la réaction de l’État turc à la révolution du Rojava, qui s’est désormais étendue aux régions du nord-est de la Syrie. L’État islamique était l’un des projets les plus importants du gouvernement turc. Kobanê est le symbole de la révolution du Rojava et c’est là que le déclin de l’État islamique a commencé. C’est insupportable pour l’État turc. Il a toujours ressenti une grande colère contre Kobanê et a mené des attaques à chaque occasion. L’un des objectifs de l’État turc est de déstabiliser la région. La population doit être constamment intimidée et incapable de partir en paix. Les habitants de Kobanê sont conscients de cette politique et expriment constamment leur colère à son sujet par des manifestations de masse. Le nord et l’est de la Syrie sont non seulement exposés aux attaques de l’occupation, mais sont également fortement assiégés. Comment évaluez-vous le fait que des partis comme le PDK participent également au siège ? L’embargo s’intensifie de plus en plus du Rojava à Maxmur. C’est un point très important. Il est allégué qu’une action du mouvement de la jeunesse a conduit à la fermeture du poste frontière de Sêmalka par le PDK. Mais ce n’est qu’une excuse. L’action à la frontière est une action civile qui exige la remise des cadavres des jeunes soldats kurdes tombés au combat. Le fait que les proches ne reçoivent pas les cadavres pour l’enterrement est un problème en soi. Notre peuple proteste contre cela par des actions. C’est le PDK qui a attaqué et provoqué les jeunes. Ils ont ensuite invoqué cela comme une raison pour fermer les frontières. Ce faisant, le PDK a une fois de plus clairement indiqué qu’il participait à la politique de siège. Tous ces événements ne sont pas indépendants des pourparlers d’Astana. Bien qu’ils aient utilisé cela comme justification, il serait plus juste de l’évaluer comme la mise en œuvre, par le PDK, des décisions politiques prises à Astana, qui servent les intérêts de la République turque. 2021 a commencé par des attaques intenses contre le Rojava. La nouvelle année a commencé de la même manière. A quoi ressemblera 2022 pour le Rojava ? Pour le Rojava, 2021 a été une année de résistance sans précédent à une vague massive d’attaques. De grands changements ont eu lieu non seulement au Rojava, mais dans le monde entier. L’administration autonome du nord-est de la Syrie s’est développée malgré les circonstances. Notre système est devenu plus établi et un processus est en cours dans lequel ce système est de plus en plus reconnu au niveau international et les lacunes existantes sont corrigées. Il est déjà clair que 2022 sera une année encore plus intense et importante. Il est déjà évident que nous serons confrontés à des attaques d’occupation massives et à des mesures de guerre spéciales. Mais il est tout aussi certain qu’il y aura des résistances à cela. Pour nous, ce sera une année de lutte au cours de laquelle nous protégeons et maintenons notre système malgré la politique agressive. 2022 sera également une année importante pour l’Administration autonome. Le facteur décisif sera de savoir s’il existe la force nécessaire pour une stabilisation permanente de ce système et une solution aux problèmes existants. Notre objectif est une lutte radicale contre l’agression croissante de la politique de guerre spéciale et la reconnaissance internationale de notre modèle d’administration autonome. En ce sens, je crois que 2022 sera une année de lutte et de travail acharné.
 

ROJAVA. Le Congrès international des religions et des croyances mésopotamiennes appelle à l’unité

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SYRIE / ROJAVA – Le Congrès international des religions et croyances mésopotamiennes a débuté à l’Université du Rojava, à Qamishlo, sous le slogan « Favorisons la paix ensemble ».
 
Des représentants d’institutions, des érudits religieux, des responsables de l’administration arabo-kurde de la Syrie du N-E, Nadine Menza, membre du Comité international de la liberté de foi, Xerib Hiso, coprésident du TEV-DEM, Lina Berakat, porte-parole du Conseil des femmes syriennes, Abdulakarim Omor, coprésident Bureau des relations étrangères de l’Administration autonome, les coprésidents du conseil exécutif de l’administration autonome de la région de Cizre Nezîra Gewriye et Telat Yunus, le coprésident du Parti de l’unité syriaque Senharîb Bersûm et un représentant de la maison yézidie de la région de Cizre participent au congrès des religions et croyances mésopotamiennes.
 
Les messages du Comité des Peuples et des Foi de l’Union des communautés du Kurdistan (KCK) , du patriarche Mor Ignatius Joseph, du patriarche de l’Église syriaque catholique, du directeur de la Fondation Al-Ezher Al-Sharif, du chef de l’Assemblée spirituelle de Lalesh et du cheikh Yazidi Şêx Elî sont lus pendant le congrès.
 
Deux présentations intitulées « Les obstacles à l’utilisation de la religion comme mode de vie pacifique » et « Quels sont les facteurs qui conduisent à l’utilisation de la religion contre les personnes et aux violations des droits ? » sont discutées aujourd’hui au congrès.
 
Le deuxième jour du congrès, une vidéo sur les réalisations au Rojava sera projeté. Le professeur Hamid bin Ahmad Al Rifaie, président du Forum de dialogue mondial et de la Conférence internationale sur le leadership pour la justice et la paix et l’évêque de l’Église syriaque orthodoxe, Mar Eustatios Matta Rohm, prononcera également des discours.
 
Les valeurs du peuple ont été préservées
 
Lors du discours d’ouverture, Ebdulkerîm Omer, coprésident du Bureau des relations étrangères de l’Administration autonome, a déclaré que les valeurs de milliers de Yézidis et des peuples du nord-est de la Syrie ont été préservées grâce aux martyrs et aux sacrifices graves.
 
Omar a souligné que l’État turc a manipulé toutes les crises en Syrie et dans la région pour ses intérêts et est intervenu militairement en Syrie, en Irak, en Libye et en Égypte. « L’État turc attaque la région et ses peuples depuis le début de la révolution du Rojava. La Turquie a soutenu Jabhat al-Nosra et DAECH. Accompagnée de groupes extrémistes et terroristes, l’armée turque a occupé Girê Spî, Serêkaniyê et Afrin et commis de nombreux crimes. De plus, les forces turques ont modifié la structure démographique de ces régions et déplacé des milliers de personnes.
 
La Turquie mène une politique d’hostilité envers tous les peuples de la région, ciblant les Kurdes, les chrétiens et les Arabes », a déclaré Omer, notant que les forces turques et ses mercenaires ont récemment attaqué Kobanê.
 
Omer a révélé que leur objectif est de construire une Syrie démocratique, pluraliste et décentralisée.
 
L’unité pour des valeurs communes
 
Le coprésident du Congrès islamique démocratique, êx Mihemed El-Xerzanî, a déclaré que tous les peuples, religions et croyances devraient promouvoir l’unité afin d’atteindre des valeurs communes.
 
Mihemed El-Xerzani a fait remarquer qu’ils travaillent avec toutes les institutions et que le but du congrès est de rejeter toutes sortes de persécutions contre toute religion et tout peuple.
 
S’exprimant ensuite, la membre de la coordination Kongra Star, Muna Yusif, a souligné que le nord-est de la Syrie était aux prises avec des problèmes politiques, économiques et sociaux. « Pour faire face à ces crises historiques et façonner notre présent et notre avenir, nous devons analyser les causes de la crise. »
 
Yusif a noté que pour surmonter les défis actuels, les religions devraient jouer un rôle de premier plan dans la société et que l’histoire des religions devrait être correctement analysée et interprétée en fonction des problèmes contemporains.
 
Le message de la KCK
 
Ebdulkerîm Saroxan, président du Bureau d’administration et d’organisation du Congrès islamique démocratique, a lu le message du Comité des peuples et des religions de la KCK:
 
« Nous saluons tous ceux qui ont contribué, participé et se sont intéressés à la tenue de cette conférence. Nous espérons que votre activité se transformera en une action organisée qui mettra fin au manque de dialogue entre les religions et les croyances, contribuant ainsi à sauver le caractère sacré et les croyances des gens de l’exploitation des forces autoritaires.
 
Toutes les religions et tous les prophètes se sont prononcés contre le pouvoir et se sont tenus aux côtés des pauvres, des opprimés et des esclaves contre l’injustice et les opprimés. Tout au long de l’histoire ancienne du Moyen-Orient, la prophétie n’est jamais née en tant que « mouvement matériel », mais a toujours été active en tant que force morale et a tiré sa force sociétale de cet aspect. Pour cette raison, la prophétie occupait une place dans l’esprit des gens au Moyen-Orient, car c’est le niveau le plus élevé de la morale, et il ne fait aucun doute que la caractéristique commune à toutes les religions et croyances sans exception est la morale, dans laquelle le mensonge, le meurtre d’un être humain, le vol, les commérages et l’injustice sont considérés comme un mauvais comportement et des péchés dans toutes les religions et croyances.
 
Au contraire, l’équité, la justice, l’égalité, le bon travail et l’assistance aux malades, aux pauvres, aux opprimés, aux inadmissibles, la conscience humaine et toutes les formes de comportement qui assurent la paix et la solidarité sociale sont les aspects communs des exigences de la foi dans tous religions et croyances. Cela signifie que, malgré nos différentes croyances et religions, les dispositions des valeurs morales auxquelles nous croyons sont assez communes, et que le point commun à toutes les religions et croyances est de construire une personne et une société de conscience et de moralité.
 
Parce que ce problème a des dimensions et des risques mondiaux, c’est une tâche commune à toutes les religions et croyances du monde entier. La quête pour construire une société morale de conscience est la tâche fondamentale face à une société de consommation corrompue et sans scrupules, la morale et les valeurs humaines. Étant donné que cette mission est intrinsèquement une tâche dans toutes les religions et confessions, nous devons nous accepter les uns les autres avec nos différences et notre diversité et empêcher la religion et la croyance d’être la cause de conflits et de guerres entre nous.
 
Travaillons ensemble dans tous nos efforts pour donner effet au rôle central de toutes les religions et croyances incarnées dans le développement de l’amour, de la paix et de la fraternité entre tous les peuples de la Terre. N’oublions pas que toutes les croyances et religions sur Terre, par leur nature même, sont des alliées dans le but pour lequel l’humanité a été créée, et dans la réalisation de cette alliance naturelle, une organisation commune et un front uni doivent être accélérés. »
 
Le Congrès international sur les religions et croyances mésopotamiennes se poursuit avec des messages adressés par des chefs religieux et des croyances du monde entier.
 

Pétition. 1000 femmes mobilisées pour la libération d’Aysel Tugluk

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1000 femmes ont lancé une pétition demandant la libération immédiate d’Aysel Tugluk, élue kurde d’HDP détenue en otage par le régime turc depuis 2016 malgré ses graves problèmes de santé.
 
Liberté pour Aysel Tugluk
 
Voici le texte de la pétition (à signer ici: Free Aysel Tugluk)
 
« Appel de 1000 femmes pour la libération de Aysel Tuğluk !
 
Aysel Tuğluk fait partie des millions de femmes nées dans une région difficile et abritant de nombreux problèmes complexes. C’est une femme qui a choisi de lutter contre la marginalisation, et au nom de toutes les personnes marginalisées par les relations de pouvoir, notamment les Kurdes et les femmes. C’est une femme qui n’a jamais eu le privilège de bâtir une vie loin des difficultés et des problèmes de sa région, et qui n’a jamais renoncé à lutter à l’intersection du mouvement des femmes et des défenseurs des droits humains. Elle est l’emblème de la lutte en Turquie pour la démocratie et la liberté. Avocate et femme politique, elle est une adhérente précieuse du mouvement du droit des femmes qui nous lie toutes par un profond sentiment de solidarité.
 
Aysel Tuğluk a été jugée sous son mandat de députée pour ses discours qui s’inscrivaient dans le cadre de la liberté de pensée et d’expression. Elle est en prison depuis plusieurs années. Bien qu’il ait été déclaré par les établissement de santé pertinents qu’elle ne pouvait pas vivre en prison, elle est actuellement toujours en captivité sur la base du rapport de l’Institut de médecine légale d’Istanbul. Elle n’est pas en mesure de guérir dans ces conditions carcérales, et sa santé se détériore de manière irréversible chaque jour qui passe.
 
Aysel est notre camarade, notre sœur.
 
Nous ne pouvons plus garder le silence sur le fait que la vie d’Aysel est en danger. Nous ne pouvons pas être spectateurs.
 
En tant que 1000 femmes provenant de différents parcours de vie et au nom de la lutte pour les droits humains, nous invitons tout le monde à donner une voix à Aysel. Nous ne voulons pas verser des larmes.
 
Il y a aujourd’hui, en Turquie, des centaines de personnes emprisonnées, dont beaucoup qui sont gravement malades. Le mois dernier, sept prisonniers sont morts dans les prisons turques. La libération des détenus malades est une exigence de la législation et des conventions nationales et internationales. Chacun et chacune a le droit de vivre et d’être soigné chez soi, parmi ses proches. Nous protégeons le droit à la vie.
 
Nous voulons la liberté pour Aysel Tuğluk et pour tous les prisonniers malades avant qu’il ne soit trop tard. »