Le mouvement kurde et le travail de mémoire du génocide arménien encore menacés par l’État turc

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Ce 24 avril 2022, la majorité des Français avaient les yeux rivés sur l’élection présidentielle. Les années précédentes, c’était pourtant bien la mémoire du peuple arménien massacré qui retenait toute l’attention.
 
Le 24 avril – une date choisie en référence à la rafle d’intellectuels arméniens de 1915 – est en effet devenu officiellement depuis 2019 une journée de commémoration du génocide arménien, que la France reconnaît dans la loi depuis 2001.
 
Cette année-là, le Premier ministre Édouard Philippe avait assuré que « la France entend contribuer à faire reconnaître le génocide arménien comme un crime contre l’humanité, contre la civilisation ».
 
Un génocide toujours nié par l’État turc
 
Lorsqu’un évènement malheureux survient au Kurdistan de Turquie, il est coutume de s’exclamer, comme on invoquerait la fatalité : « Cent ans de malédiction ! » L’origine de ce dicton populaire et le fantôme qu’elle évoque ne font aucun doute. Il se réfère au génocide des Arméniens, déclenché dans l’Empire ottoman en avril 1915 par le Comité Union et Progrès.
 
Dans les régions kurdes, les chrétiens (près d’un tiers de la population, Arméniens et Assyriens) furent massacrés et déportés avec la participation de collaborateurs locaux, au nom d’une fraternité turco-kurde conçue sous la bannière de l’islam.
 
Ce crime fondateur fait l’objet d’un négationnisme farouche en Turquie. Les élites de l’État-nation turc, depuis sa naissance en 1923, ont fait de ce déni un socle de l’histoire officielle, et lourdement criminalisé les voix et mémoires dissidentes. Diffusé depuis le sommet de l’État, le discours négationniste, enseigné à l’école, a tôt infusé l’ensemble de la société, dont une partie a hérité des biens arméniens confisqués et accaparés.
 
Pourtant, dans la capitale politico-culturelle du Kurdistan de Turquie, Diyarbakır, en 2015, des milliers de personnes ont œuvré à la commémoration du centenaire du génocide, point culminant du réveil de mémoire, dont le Kurdistan des deux décennies précédentes avait été le berceau. L’articulation publique de cette contre-mémoire s’inscrit dans un mouvement plus large d’éveil de la société civile.
 
La contestation du récit national turc
 
Dès les années 1990, de nombreux groupes sociaux en Turquie (femmes, mouvement LGBTI+, « minorités » religieuses et ethniques du pays) s’élèvent contre un récit officiel qui les a occultés, invisibilisés, criminalisés. Ils revendiquent une histoire propre, qui diffère de la glorieuse, linéaire et très nationaliste histoire imposée par les vainqueurs. Des bribes et fragments de mémoire diffus, jusqu’alors confinés dans la sphère privée, se rencontrent désormais sur la scène publique. Ces prises de parole se font écho les unes aux autres, se stimulent, et parfois se découvrent une relative communauté de destin, celle d’une oppression et d’une violence étatique récurrentes.
 
C’est ainsi notamment que le passé des Arméniens et celui des Kurdes s’unissent sur un même registre « victimo-mémoriel ». En région kurde, des habitants « se souviennent » de cette mise en garde attribuée à des Arméniens sur le chemin de la déportation à leurs voisins kurdes : « Nous sommes le petit-déjeuner, vous serez le dîner ! »
 
Beaucoup plus proche dans le temps, les soldats turcs faisant la guerre aux combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), – qu’a lancé sur le sol turc une guérilla de décolonisation – dans la terrible décennie 1990 ne s’évertuaient-ils pas à les traiter de « bâtards d’Arméniens », la sinistre inscription conquérante et raciste.
 
La tentative de faire émerger une conscience publique du génocide

Avec l’apaisement relatif du conflit et les nouvelles dynamiques sociales, les années 2000 sont propices à la remémoration et au questionnement. Il apparaît que la langue maternelle des Kurdes (longtemps interdite), leur toponymie (turcisée mais toujours en usage), les récits de leur histoire orale et, plus silencieusement, leurs paysages, charrient irrémédiablement la mémoire de ce génocide. N’est-il pas temps, alors, de se confronter à ce passé, de se détourner de la voie des nationalismes excluants qui ont ensanglanté la région ? Pour qu’advienne le terme des « cent ans de malédiction » ne faut-il pas se confronter au passé ?
 
Entraînée par les prises de parole profanes issues de la société civile et par un très fort désir de retour à la paix, l’émergence de la mémoire refoulée de 1915 fut aussi favorisée par la mue idéologique du mouvement kurde, qui dominait alors très largement la politique locale. En s’éloignant d’un prisme kurdocentré, fort d’un projet politique d’émancipation misant sur la résolution pacifique des conflits et la cohabitation des différences, celui-ci accompagna le déploiement du travail de mémoire qui s’opère dans le champ social. Ce travail de mémoire, pleinement embrassé par les municipalités kurdes, a débouché sur des actes symboliques très forts notamment à Diyarbakir (restauration de monuments arméniens, changement de nom de rues, monuments d’hommage, etc.).
 
Entre 1999 (accession du mouvement prokurde légal à la tête de la mairie de Diyarbakır) et 2015, divers acteurs se sont mobilisés pour la réhabilitation du passé multiculturel de la région et la reconnaissance du génocide de 1915. Cela s’est traduit par une multitude d’initiatives, de la recherche académique au champ littéraire, de l’organisation de rencontres, discussions et festivals à des entreprises architecturales, commémoratives et muséales, jusqu’aux excuses publiques au nom du peuple kurde. La commémoration qui eut lieu en 2015, en présence de figures de proue du mouvement kurde (comme la mairesse de la ville Gültan Kışanak et le co-président du Parti démocratique des peuples Selahattin Demirtaş, tous deux actuellement derrière les barreaux), a constitué l’apogée de ce long cheminement.
 
Le retour en force négationniste
 
Las ! Entre 2015 et 2021, après l’échec du processus de paix initié en 2013, une nouvelle offensive de l’État turc a conduit au presque anéantissement des efforts et réalisations de ce processus mémoriel polymorphe. L’« ouverture kurde » promise par Erdoğan à l’aube de son second mandat a été maigre et de courte durée : quelques avancées symboliques, mais surtout des pourparlers de paix historiques, dont les espoirs ont été balayés dès 2015 par un retour à l’option belliciste et répressive. Depuis la reprise de la guerre contre le mouvement kurde, la violence étatique, militaire et judiciaire s’est à nouveau abattue massivement, non seulement dans les régions kurdes, mais aussi contre tous les acteurs de la société civile qui osaient élever une voix critique en Turquie. Au Kurdistan, les autorités locales élues ont été remplacées par des kayyum (administrateurs) nommés par le gouvernement, parfaite incarnation du despotisme étatique.
 
À la suite de cette offensive de l’État, on assista également au retour en force d’un discours kurde de déni de responsabilité vis-à-vis du génocide de 1915. Il ne faut pas oublier, en effet, l’existence de voix kurdes depuis le début hostiles à ce processus de reconnaissance.
 
Cette hostilité s’ancrait dans des perspectives diverses. Les uns pensaient qu’à travers la « repentance », les Kurdes s’affaiblissaient et endossaient à tort le « crime du maître » (l’État turc est pour eux le seul coupable). D’autres, partisans d’un Kurdistan kurdo-kurde, ne voulaient pas entendre parler d’un passé kurdo-arménien susceptible d’entacher l’homogénéité et les revendications territoriales d’un nationalisme kurde classique. D’autres enfin, islamistes radicaux, s’appropriaient sans réserve la part de la propagande étatique consistant à dénoncer le mouvement kurde dans son ensemble comme un mouvement au service des intérêts arméniens et occidentaux.
 
La mémoire du génocide, ennemie de l’État turc
 
Si ces voix avaient été de fait marginalisées et discrètes durant la montée en puissance du mouvement de réhabilitation de la mémoire arménienne, elles se sont exprimées sans retenue après l’offensive gouvernementale belliqueuse et mémoricide de 2015.
 
Au cours de celle-ci, le quartier historique de Sur à Diyarbakır, qui accueillait notamment l’église arménienne Surp Giragos restaurée avec l’appui politique et économique de la municipalité et le « Monument de la conscience commune » érigé deux ans auparavant, a été rasé en deux temps : par l’armée lors des affrontements des « guerres urbaines » de 2015, puis par la politique d’expropriation-reconstruction qui a suivi. Ce dernier exemple est emblématique de la permanence du désir d’annihilation de tout retour des traces de l’ancienne présence arménienne qui obsède les autorités turques depuis plus d’un siècle.
 
La brutalité du mémoricide et le retour du cycle infernal de la guerre et de la répression ont coupé court à l’extraordinaire travail de mémoire accompli sur le long chemin de la reconnaissance. Ce processus fut d’autant plus singulier et profond qu’il s’est déroulé dans un État-nation négationniste, au sein d’un groupe subalterne (Kurdes) dont les acteurs ont la particularité d’être aussi, pour partie, les descendants de perpétrateurs directs du génocide aux côtés du groupe dominant au pouvoir un siècle auparavant.
 
Il mérite d’être salué et raconté notamment car il fait apparaître combien la reconnaissance du génocide des Arméniens, la lutte pour les droits des Kurdes, et la possibilité démocratique en Turquie restent intimement et irrémédiablement interreliées.
 
Par Adnan Çelik
 
Chercheur anthropologue et historien, Sciences Po Lille, Adnan Çelik est chercheur invité à l’Université de Cambridge et fait partie d’un projet de recherche sur les relations turco-arméniennes accueilli par le Programme interconfessionnel de Cambridge (Cambridge Interfaith Programme) et financé par la Fondation Calouste Gulbenkian.
Article publié initialement par le site The Conversation

L’histoire de Martha, une survivante du génocide des Arméniens

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En 1915, près de 1,5 millions d’Arménien furent victimes d’un génocide commis par l’empire ottoman. De rares survivants qui n’ont pas quitté leurs terres ont dû cacher leurs identités, peur d’être découverts et massacrés à leur tour. Mais de nombreuses filles et femmes arméniennes qui n’ont pas été tuées pendant le génocide ont vécu l’enfer entre les mains de leurs bourreaux: violées, torturées, interdites de parler leur langue, obligées de changer de nom et se convertir à l’islam…
 
L’histoire suivante est un témoignage parmi d’autres rappelant la barbarie vécue par des filles et femmes arméniennes devenues des « butins de guerre » .
 
La journaliste arménienne Alin Ozinian raconte comment elle a été confrontée à des faits jusque-là inconnus lorsque, petite fille, son arrière-grand-mère a finalement commencé à lui raconter sa propre enfance.
 
Dans un article pour Newayajin, la journaliste Alin Ozinian se concentre sur les conditions entourant les femmes arméniennes pendant et après le génocide arménien dans l’Empire ottoman, à travers l’histoire de son arrière-grand-mère. Elle souligne que le génocide n’est pas seulement un événement ponctuel, en particulier pour les femmes et les filles ; il continue pendant des années et tout au long de leur vie.
Pendant le génocide arménien, d’innombrables femmes et fillettes arméniennes ont été enlevées, violées et torturées par des soldats, des gangs et la population locale. La politique de génocide en cours à l’époque a également porté un coup à l’identité arménienne. Les «chanceuses» parmi les femmes arméniennes livrées à elles-mêmes après le meurtre de leurs familles, ont été converties de force à l’islam. On leur a également fait abandonner leur langue maternelle, leur religion et même leur nom. Le prix de leur survie était qu’elles devaient renoncer à elles-mêmes et à leur âme. Ozinian déclare qu’il existe très peu d’études qui traitent de la question du viol pendant et après le génocide arménien, bien qu’il s’agisse de routine, et que les récits de violence sexuelle sont adoucis dans les études d’histoire orale. Elle dit que lorsqu’elle était petite fille, elle a été confrontée à ces faits à travers l’histoire de son arrière-grand-mère Martha. Voici l’histoire de Martha, racontée par Ozinian. Martha a tout perdu pendant la déportation. Elle avait très clairement rejeté son « dieu », qu’elle implorait pour la miséricorde et la patience dans le combat de la vie avant même d’avoir pu ressentir la douleur de la perte de ses frères, qui n’ont même pas de tombes. La première « étrangeté » que j’ai remarquée chez elle, c’est son obstination vis-à-vis de l’église. Une fois, quand elle nous a vus aller à l’église le dimanche, elle a crié : « Où était Dieu quand la gorge de mes frères a été tranchée… ? » et les autres femmes de la maison se couvraient de force la bouche pour que je n’entende pas le reste. Il y avait quelque chose à propos de Martha. Tout le monde voulait que Martha se taise, alors que je voulais entendre ce qu’elle avait à dire. Mais je n’étais pas encore assez vieux pour la faire parler… Puis quand j’avais 12 ans; il n’y avait personne à la maison; Je suis allée la voir et lui ai dit : « Tu ne crois pas en Dieu ; Pourquoi? Comment Dieu t’a-t-il autant irrité ? » Elle s’arrêta et réfléchit. Elle décidait d’en parler ou non. Elle a choisi d’en parler, ses yeux fixant un seul point : « Ils disent que du sang a été versé » , a-t-elle dit. « Beaucoup de sang a coulé… » Ce jour-là, j’ai appris de Martha non seulement l’histoire déchirante d’une des dizaines de milliers de femmes arméniennes, mais aussi l’histoire de ma famille et mon histoire « non officielle », qui ne m’a pas été enseignée en Turquie. Elle vivait dans sa maison à Ünye, Ordu, avec ses huit frères et sœurs, sa mère, dont elle a parlé de la beauté toute sa vie, et son père, dont elle a souligné la force à chaque occasion. Une nuit, au milieu de la nuit, on a frappé à la porte, ils ont été emmenés dehors et tous les villageois se sont rassemblés sur la place. Enfants, hommes et femmes ont été séparés. C’était la dernière fois qu’elle voyait sa mère, qu’elle trouvait si belle, et son père, qu’elle croyait fort. Ses yeux s’écarquillèrent lorsqu’elle parla de l’homme qui frottait ses pouces sur la gorge des enfants, pas seulement la première fois qu’elle le racontait mais à chaque fois qu’elle racontait cette histoire. C’était comme si je voyais tout à travers ses yeux, les yeux d’enfant de Martha, dans ces moments-là. Ma grand-mère de quatre-vingts ans aurait été une petite fille à l’époque. Martha, la plus jeune enfant de la famille, a également perdu ses frères et sœurs aînés, lorsqu’elle a été séparée à l’endroit où se trouvaient les petits enfants. Deux hommes se sont disputés au sujet de Martha; l’un d’eux a dit : « Non, celle-ci est plus âgée. Emmenez-la à l’arrière. » « Non, » dit l’autre, « Elle ne se souviendra de rien, qu’elle reste… » Pendant qu’ils se disputaient, elle s’est enfuie et s’est perdue. Elle a eu faim jusqu’à ce que quelqu’un en uniforme, un soldat, la trouve et la ramène chez lui. Ma grand-mère a dit : « Ma nouvelle ‘mère’ ne m’a jamais aimée » . Elle m’a dit que le soldat avait essayé de convaincre sa femme : « Elle va grandir, elle va t’aider, pourquoi tu ne veux pas d’elle ? » Mais sa femme me battait. Quand mon nouveau « père » venait le soir, il me prenait dans ses bras et me demandait : « As-tu mangé ton dîner ? » « Le matin, la femme me battait à nouveau en disant : ‘Si tu t’assois à nouveau sur ses genoux, je te casse les rotules. » Quand j’ai eu 13 ans, la femme m’a dit, ‘tu vas fuir cette maison.’ Je me suis enfuie et je suis venue ici… »   Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi à l’âge de 13 ans, la « maîtresse de maison » lui a conseillé de s’enfuir de chez elle. Cette fille, qui allait progressivement devenir femme, était désormais un risque ; peut-être qu’elle deviendrait la deuxième épouse. Ce n’était pas la solidarité des femmes mais la jalousie des femmes qui a façonné la vie de Martha à cette époque. Martha avait 18 ans lorsqu’elle est arrivée à Istanbul. Je n’ai jamais su où elle vivait, comment elle vivait, ce qu’elle mangeait et buvait, à qui elle avait affaire ou ce qu’elle avait traversé dans les années intermédiaires. Chaque fois que je lui ai demandé, elle a pleuré; elle ne me l’a jamais dit. Je peux comprendre que ces années n’aient pas été très brillantes pour elle, car elle a dû épouser un homme pauvre avec trois enfants alors qu’elle était une femme belle et talentueuse. Mon arrière-grand-père Ardaşes, le mari âgé de Martha, est originaire de Sivas. C’était un garçon qui avait réussi à survivre à cette époque. Il grandit un peu et tomba amoureux de la fille d’un chef de tribu kurde, mais le chef ne voulait pas donner sa fille kurde à un Arménien, et il ne trouva d’autre solution que de fuir à Istanbul avec sa bien-aimée. Mais la tradition l’a emporté. Quelques années plus tard, ils ont trouvé les amants et ils ont tué la fille. Mon arrière-grand-père était dévasté et ses enfants étaient orphelins de mère. Martha est venue chez eux… « Je les ai élevés, mais ils ne m’aimaient pas ; Ardaşes ne pouvait pas m’aimer non plus, je savais qu’il n’avait pas oublié l’amour de sa vie. Il avait l’habitude de parler de sa femme avec envie la nuit, et il pleurait ; Je pleurerais aussi. J’avais l’habitude de pleurer pour moi, pour mon mari et pour la femme de mon mari. » Personne ne voulait que Martha me raconte ces histoires. En fait, ils lui ont interdit. Ils disaient : « C’est fini et fini. Ne trouble pas l’esprit de l’enfant. » Mais chaque fois qu’il n’y avait personne, et que je pouvais trouver le temps, j’étais aux pieds de Martha. Je lui demanderais de me le dire. Il me semblait qu’elle devenait plus légère avec le récit. Ma grand-mère est la plus jeune fille d’Ardaşes et l’aînée de Martha. Elle est la fille unique de deux orphelins fugitifs, de deux enfants arméniens survivants. Ma grand-mère de 83 ans est belle, comme la mère de Martha, mais la belle-fille de la famille, selon ses frères et sœurs. Chaque 24 avril, l’histoire, la douleur, les blessures et les luttes pour la survie des femmes de la famille dans laquelle je suis née ont été ignorées. Le déni [le déni du génocide arménien et de la tragédie des Arméniens] s’approfondit en Turquie chaque avril ; ils qualifient l’histoire de mon peuple de mensonge impérialiste, de jeu de pression, de trahison contre l’exigence séculaire de coexistence et d’égalité. Le déni déborde des télévisions, des journaux et des films. D’innombrables personnes mentent à l’unisson. Parfois, je ne peux pas faire face à ces moments; Je ferme les oreilles et les yeux et pense à Martha âgée de 7 ans, essayant de s’échapper de son village, courant seule, il y a 107 avril. Heureusement que tu as couru petite fille ! Bravo de ne pas avoir eu peur !! Bravo, fille forte !
 

Une jeune réfugiée yézidie quitte l’Allemagne et ouvre un restaurant à Sinjar

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Une réfugiée yézidie a quitté l’Allemagne, contre l’avis de sa famille, et ouvert un restaurant à Sinjar. La jeune Salwa avait été sauvée de DAECH / ISIS qui l’avaient capturée en août 2014 à Sinjar. Après 5 ans passés en Allemagne, elle est retournée vivre à Sinjar où elle a ouvert un restaurant et un magasin de meubles.

Voici son histoire: 
 
« Après 5 ans de vie en Allemagne, je suis revenue à Sinjar. Ma famille était contre l’idée que je revienne pour de nombreuses raisons, ils s’attendaient à ce que la fille puisse vivre seule dans notre société, mais malgré cela je suis retournée dans ma ville. Après mon retour je ne pouvais pas savoir quoi manger à l’extérieur de la maison, j’ai vu que la ville manque de restaurants, alors j’ai décidé d’ouvrir moi-même un restaurant, surtout que j’avais de l’expérience professionnelle parce qu’en Allemagne je travaillais dans un restaurant (…).
 
Après que les gens ont commencé à rentrer chez eux, j’ai vu qu’ils avaient besoin de meubles, alors j’ai ouvert un magasin de meubles et j’ai commencé à mener deux projets en même temps.

a pire situation que j’ai jamais eue dans ma vie, c’est quand j’ai perdu le contact avec ma famille en 2014. Chacun de nous était loin des autres et nous ne savions rien l’un de l’autre. J’ai été kidnappée par des membres de DAECH et je suis restée dans leurs prisons pendant 8 mois. Après avoir libérée de leur captivité, je suis revenue voir notre maison qui était détruite et ma famille vivait dans un camp pour les personnes déplacées dans la région du Kurdistan. Je ne m’attendais pas à me relever un jour.
 
J’ai visité 18 pays, et j’ai vu de beaux endroits, mais le seul endroit où je pouvais me voir vivre et me sentir en sécurité, c’est Sinjar. » (Publiée en anglais sur la page Facebook de Yezidi Women’s Voice)
 
En août 2014, les terroristes de l’Etat Islamique (DAECH / ISIS) ont attaqué Shengal et y ont commis un génocide en tuant des centaines de Yézidis et en kidnappant des milliers de femmes et enfants réduits à l’esclavage.
 
Certains des captifs ont pu être sauvés mais d’autres sont toujours portée disparus. 8 ans après le génocide yézidi, Shengal est toujours en ruine, la Turquie menace d’envahir la région pour mettre fin à l’existence des Kurdes yézidis qui vivent dans des camps de fortune depuis tant d’années…
 

Il y a 107 ans, l’Empire ottoman massacrait les Chaldéens, Syriaques, Assyriens, Araméens et Kurdes yézidis

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LE GENOCIDE DE SEYFO – Entre 1914 et 1915, les Ottomans ont massacré plus de 500 000 Chaldéens, Syriaques, Assyriens et Araméens (en plus du génocide des Grecs Pontiques et celui des Arméniens qui a été reconnu par certains États récemment). Les descendants de ces peuples massacrés demandent à la communauté internationale de reconnaitre le génocide de Seyfo (ou Sayfo) 107 ans après les faits.

A partir de 1914 et dans les années suivantes, les peuples chaldéen, syriaque, assyrien et araméen de l’Empire ottoman ont été soumis au génocide, aux massacres, aux déportations et à l’islamisation forcée. En outre, des centaines d’églises, de monastères et de lieux saints ont été pillés et détruits, des biens culturels, sociaux et économiques ont été saisis et changés de main par la domination ottomane et turque et leurs alliés locaux, et le génocide se poursuit sur les populations autochtones.
 
Pendant le génocide de 1915, les Arméniens, les Pontiques grecs et les peuples chaldéens-syriaques-assyriens et arabes, à savoir les entités chrétiennes, ont été pris pour cible et leur présence millénaire a été démolie. Le génocide de 1915 connu sous le nom de « Sayfo » qui signifie « épée » en araméen) et a causé la mort de 500 000 Chaldéens, Syriaques, Assyriens et Araméens, notamment des femmes, des enfants et des civils innocents. En commençant par les dirigeants communautaires et les intellectuels, un génocide a eu lieu dans les région de Tur Abdin, Hakkari, Van, Adiyaman et Ourmia, essentiellement dans les régions kurdes de l’Empire ottoman.
 
En plus des Arméniens et des Assyriens, des Kurdes yêzidis (Êzdî) aussi ont été massacrés en masse par les Turcs.

LONDRES. La police britannique attaque des manifestants kurdes

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LONDRES – Hier, une manifestation kurde a eu lieu à Londres dénonçant les attaques armées turques contre le Kurdistan du Sud et le Rojava par la Turquie. La police britannique a attaqué violement un groupe de manifestants qui portaient le drapeau du PKK et les a menacés d’inculpation. Le journaliste et ami des Kurdes de longue date, Mark Campbell était parmi les manifestants attaqués et menacés d’inculpation par la police. La police a verbalisé plusieurs manifestants disant qu’ils seront poursuivis pour terrorisme en arborant le drapeau du PKK.
Mark Campbell plaqué contre le mur par des policiers britanniques lors de la manifestation du 23 avril à Londres
 
Mark Campbell a dénoncé la criminalisation du PKK et la violence policière qu’ils ont subie lors de la manifestation pacifique d’hier ainsi: 

« Lors d’une manifestation contre la dernière invasion du Kurdistan irakien par la Turquie, j’ai été brièvement détenu par la police métropolitaine en vertu de la législation antiterroriste pour avoir porté le drapeau du Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK. J’ai été approché par un grand groupe de policiers dont deux officiers supérieurs et le drapeau m’a été arraché des mains. Certains manifestants qui se tenaient à côté de moi ont essayé de tenir le drapeau et ils ont été très violemment battus par un officier en particulier qui a commencé à les frapper avec une force extrême. J’ai été emmené et la police a demandé mes coordonnées pour confirmer mon identité et après avoir fouillé dans mes effets personnels, on m’a dit que je recevrais une lettre indiquant s’ils allaient m’inculper.
 
Je pense qu’il y avait 3 autres manifestants qui ont également été détenus et soumis au même traitement. L’État britannique est l’un des alliés les plus proches de la Turquie, mais il ne justifie pas un tel comportement. L’affaire judiciaire belge a montré que le PKK n’est pas une organisation terroriste et s’il est accusé, j’espère que nous pourrons utiliser les tribunaux pour faire valoir la même chose. J’attends avec impatience notre journée au tribunal. »
 
Drapeau du PKK confisqué par la police britannique lors de la manifestation d’hier

Le Royaume-Uni est un partenaire privilégié de la Turquie avec laquelle les autorités britanniques font des affaires juteuses, notamment dans le domaine de l’armements pour des sommes faramineuses. Elles ne vont pas risquer leurs intérêts étatiques à cause des Kurdes qui manifestent contre les attaques meurtrières turques au Kurdistan.

Hommage aux victimes de Qaladze tuées au napalme par le régime baathiste le 24 avril 1974

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IRAK / KURDISTAN – Le 24 avril 1974, la ville kurde de Qaladze fut bombardée par le régime irakien, tuant 134 civils, dont de nombreux d’étudiants et universitaires. Huit ans plus tard, le 24 avril 1982, lorsque les habitants de la ville se sont rassemblés pour commémorer les victimes de Qaladiza, deux femmes ont été tuées et nombreux habitants ont été blessés, d’autres arrêtés par le régime sanguinaire irakien.
 
Aujourd’hui, le Kurdistan commémore les victimes du 24 avril, tuées à Qaladze par le régime baathiste irakien, il y a 48 ans jour pour jour.
 
Le bombardement de Qaladze n’était pas seulement un massacre mais aussi un acte de destruction du capital humain, en tuant des étudiants et des professeurs de l’Université Silêmanî qui se trouvaient dans la ville à l’époque.
 
Le régime baathiste irakien a utilisé du napalm pour attaquer l’Université de Souleimaniye, qui s’était déplacée dans la ville de Qaladze, a tué et blessé des centaines d’habitants, d’étudiants et de professeurs.
 

ROJAVA. Les orthodoxes d’Hassaké célèbrent Pâques

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SYRIE / ROJAVA – ​​​​​​​Les syriaques orthodoxes de la région kurde de Hasakah, célébrent Pâques (Résurrection) selon le calendrier oriental.
 
Dimanche, les chrétiens orthodoxes du canton de Hassakeh se sont rendus dès les premières heures du matin après que les cloches de l’église aient sonné pour célébrer Pâques, selon le calendrier oriental.
 
La cérémonie de célébration a eu lieu à l’église de Sainte-Asia Al-Hakim dans le district d’Ad-Darbasiyah, et à l’église de Saint-Georges et de la Vierge dans la ville d’Al-Hasakah.
 
Dans les églises, les rites de célébration commençaient par l’exécution d’hymnes, de chants, de prières et de supplications pour ce jour. ANHA
 
Le Rojava est une des rares régions du Moyen-Orient où toutes les religions sont tolérées.

24 avril. N’oublions pas le génocide arménien, ni aucun des massacres commis par l’Etat turc depuis un siècle

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Le 24 avril 1915, près de 600 intellectuels arméniens furent arrêtés par les autorités ottomanes à Istanbul, avant d’être déportés ou assassinés. Ce jour fut le début du génocide arménien qui s’est soldé par la mort de plus d’un million d’Arméniens. Par la suite, la date de 24 avril a été choisi comme la journée de commémoration du génocide arménien commis par l’empire ottoman en 1915.
 
En 1915, environ un million deux cent mille Arméniens d’Anatolie et d’Arménie occidentale entre avril 1915 et juillet 1916 ont été massacrés par les Ottomans. Ce chiffre correspond à deux tiers des Arméniens qui vivaient alors sur le territoire actuel de la Turquie et qui ont péri du fait de déportations, famines et massacres de grande ampleur.
 
Le génocide arménien a été planifié et exécuté par le Comité Union et Progrès (CUP, mais connu également sous le nom de « Jeunes-Turcs »), sous les auspice des officiers Talaat Pacha, Enver Pacha et Djemal Pacha….
 
On n’oublie pas non plus que certains traîtres kurdes ont participé comme hommes de main à ce génocide.
 
On n’oublie pas non plus les « Justes » kurdes qui ont sauvé des Arméniens, notamment à Dersim, les sauvant du génocide.
 
On n’oublie pas non plus des dizaines de milliers de Kurdes massacrés lors de la guerre entre la Russie et la Turquie à la même époque mais que beaucoup ont « oubliés ».
 
On n’oublie pas non plus les innombrables massacres commis par la Turquie et l’empire ottoman qui sont toujours restés impunis jusqu’aujourd’hui et on n’oublie pas que la Turquie n’a jamais cessé de massacrer les peuples de l’Anatolie, de la Mésopotamie, du Kurdistan, tantôt à cause de leurs origines ethniques, tantôt à cause de leurs religions…
 
On n’oublie rien de cela et on se recueille devant la mémoire de chaque victime de ces génocides, sans faire de distinction ethnique ou confessionnelle entre elles. Elles sont toutes nos frères et sœurs qu’on pleurera et pour lesquelles on luttera pour obtenir « justice » en faisant condamner officiellement l’Etat turc devant les instances internationales.
 

La Turquie utilise les hélicoptères américains Chinook dans sa guerre au Kurdistan

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La Turquie utilise les hélicoptères américains Chinook dans sa guerre colonialiste menée contre la guérilla kurde au Kurdistan du Sud.
 
Les hélicoptères CH-47 Chinook de fabrication américaine peuvent transporter jusqu’à soixante soldats armés et dix tonnes de charge. Dans la guerre au Kurdistan, ils n’ont été utilisés par l’armée turque que le troisième jour.
 
Les Forces de défense du peuple (HPG) ont annoncé vendredi que des hélicoptères CH-47 Chinook de fabrication américaine sont également utilisés dans l’invasion par l’armée turque des zones de défense de Medya dans le sud du Kurdistan (nord de l’Irak), qui a été menée avec le soutien de le PDK depuis le 17 avril.
 
Dans le cadre de son concept d’extermination contre le peuple kurde, l’État turc a eu recours à de nombreuses méthodes différentes pour occuper les zones de guérilla au Kurdistan ces dernières années. Il n’a pas réussi à le faire. Le fait que l’armée turque utilise des hélicoptères Chinook, qui peuvent transporter des charges lourdes et des troupes, lors de sa dernière invasion de la région de Zap attire l’attention.
 
Les hélicoptères Chinook sont généralement préférés dans les zones de guerre globale et fréquemment utilisés dans les missions de l’OTAN. La Turquie possède onze hélicoptères de ce modèle. Le gouvernement AKP/MHP les a acquis auprès du constructeur Boeing dans le cadre de négociations entre Ankara et Washington pour un prix unitaire d’environ 90 millions de dollars.
 
L’hélicoptère bimoteur à rotor tandem peut embarquer une soixantaine de soldats armés et dix tonnes de charge. L’État turc a signé l’accord d’achat de onze modèles en 2011. Cependant, en raison du volume financier élevé, l’achat a été reporté à plusieurs reprises. Dans le cadre du nouveau concept de guerre contre le mouvement de libération kurde, l’accord a été renouvelé en 2015. Six hélicoptères ont été livrés en 2016. La Turquie a reçu les avions restants en juillet 2019 après de sales négociations avec l’administration Trump de l’époque. Auparavant, suite à l’accord entre le régime d’Erdogan et la Russie sur l’achat du système de défense antimissile S-400 et l’arrestation du pasteur américain Andrew Brunson en Turquie en 2018, certains accords d’armement avaient été interrompus sur ordre du président américain Donald Trump, notamment l’avion de chasse F-35.
 
Le fait que le premier déploiement d’hélicoptères Chinook soit maintenant dans le sud du Kurdistan indique l’ampleur de l’opération militaire. Les États-Unis ont utilisé ce modèle au Vietnam, en Afghanistan et en Irak. La Turquie a utilisé l’hélicoptère pour la première fois le troisième jour de l’opération dans la région de Zap. Cela soulève la question de savoir si les hélicoptères ont transporté des morts et des blessés. Le modèle peut transporter 24 brancards et être utilisé comme hôpital mobile.
 
ANF

Les Kurdes entre le marteau et l’enclume

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Dimanche soir, les montagnes du nord de la région du Kurdistan irakien ont été bombardées par des avions de guerre et l’artillerie turcs, et des hélicoptères turcs ont transporté des soldats alors que la Turquie lançait son attaque prévue contre les bases des combattants du PKK. Mais ce ne sont pas seulement les guérilleros dans leurs tunnels de montagne qui sont attaqués. Les Kurdes et le mouvement de libération kurde sont attaqués dans toutes les régions du Kurdistan. Et bien que la Turquie soit leur plus grand ennemi, ce n’est pas leur seul ennemi dans ce qui est devenu un champ de bataille complexe de puissances concurrentes.
 
Alors que la Turquie tente d’accroître sa présence dans la région du Kurdistan irakien, elle multiplie également ses attaques brisant le cessez-le-feu contre la région autonome du Rojava; et elle ne relâchent pas sa pression sur les politiciens et militants kurdes à l’intérieur de ses propres frontières.
 
L’Irak lui-même est déchiré par la concurrence d’influence et de contrôle de ses voisins : la Turquie et l’Iran. Il n’a pas le pouvoir de résister aux incursions de la Turquie, mais il a accru sa propre pression sur les Yézidis de Şengal, qui tentent de conserver leur autonomie durement acquise.
 
Le régime syrien d’Assad ne montre aucun relâchement dans sa tentative d’affamer les quartiers autonomes kurdes d’Alep – Sheikh Maqsoud et Ashafriya – pour qu’ils se soumettent. Cela fait partie d’une politique plus large de refus d’accès aux zones autonomes.
 
La Russie affirme son influence en tant que principal soutien militaire du président Assad. Ils ont également opposé leur veto à l’ouverture de points de passage vers l’administration autonome du nord et de l’est de la Syrie ; et, bien qu’ils soient censés être les garants du cessez-le-feu, ils sont heureux que le nord et l’est de la Syrie soient maintenus sous pression et donc incapables de se développer dans la paix et la sécurité.
 
L’Iran soutient également le régime syrien – afin d’étendre sa propre influence – et est également heureux de promouvoir la déstabilisation du nord et de l’est de la Syrie.
 
Les États-Unis soutiennent la Turquie dans ses attaques contre le PKK. Malgré toutes leurs professions de partenariat avec les Forces démocratiques syriennes (FDS) du nord et de l’est de la Syrie, ce partenariat n’est que contingent et tactique, et les États-Unis ne souhaitent pas voir la mise en œuvre réussie du modèle social de l’administration autonome, qui repose sur les idées du dirigeant emprisonné du PKK, Abdullah Öcalan.
 
Et puis il y a le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) – qui domine le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) en Irak. Bien qu’il s’agisse d’un parti kurde qui s’est battu pour l’autonomie kurde contre le gouvernement irakien, leur quête du pouvoir les a rendus si économiquement et politiquement dépendants de la Turquie qu’ils soutiennent l’invasion militaire turque de leur propre pays. La colère et le dégoût ressentis par de nombreux Kurdes se sont résumés aux œufs lancés sur la voiture du Premier ministre du KRG, Masrour Barzani, lors de sa visite à Londres mercredi.
 
Attaques turques sur tous les fronts
 
L’opération de la Turquie dans la région du Kurdistan irakien fait partie d’une longue histoire d’incursions transfrontalières qui ont commencé dans les années 1980 et ont maintenant permis à la Turquie d’établir un réseau substantiel de bases militaires sur le sol irakien. Apparemment, les attaques de la Turquie visent à mettre fin au « terrorisme du PKK » , bien qu’une attaque transfrontalière soit considérée comme une légitime défense en droit international elle devrait être rendue nécessaire par un risque clair et imminent et par l’absence d’options alternatives, et elle devrait être proportionnée. Ce n’est clairement pas le cas ici, mais il ressort également de cette occupation militaire que la Turquie a des intérêts plus importants en Irak – et le président Erdoğan a lui-même annoncé ses rêves de déchirer le traité de Lausanne vieux de 99 ans et de prendre le contrôle d’un une partie de l’ancien territoire ottoman, y compris des parties de l’Irak et de la Syrie.
 
Les actions de la Turquie en Irak constituent une invasion et une occupation, et comme dans d’autres invasions, la population civile a été gravement touchée. Il y a eu des morts et des blessés, et la destruction massive des communautés locales. La zone attaquée n’a pas de grands centres de population, mais au cours des deux dernières années, des centaines de villages ont été vidés, ou presque, et des milliers de personnes ont été déplacées. Des vergers, des vignes, des ruchers et des milliers d’hectares de terres agricoles ont été détruits ou abandonnés, et de vastes étendues de forêt ont été délibérément abattues.
 
Cette guerre a également de graves conséquences pour les bergers du côté turc de la frontière, où des milliers de moutons sont empêchés de paître dans des pâturages désormais déclarés « zones spéciales de sécurité » .
 
On craint que l’opération de cette année ne soit encore plus intensive que la dernière, les forces peşmerga du PDK apportant une plus grande assistance à la Turquie. Comme l’a souligné l’un des dirigeants du PKK, Murat Karayılan, l’attaque turque de cette semaine a été lancée depuis le sud ainsi que depuis le nord, ce qui n’est possible qu’avec l’autorisation du PDK.
 
Pour le PKK, c’est un combat pour la survie. Ils n’ont nulle part où aller. Mais vaincre les forces de guérilla dans un paysage qu’elles connaissent intimement n’est pas une tâche facile. Et même si la Turquie pouvait tuer tous les combattants du PKK, cela ne tuerait pas les idées pour lesquelles ils se battent.
 
D’autres habitants de la région du Kurdistan d’Irak sont également inquiets. Leur autonomie durement acquise est en train de disparaître, et la prise de contrôle du pouvoir turc est historiquement contre toutes les expressions de la kurde. Aujourd’hui c’est le PKK qui est dans le collimateur de la Turquie, mais demain ce pourrait être d’autres Kurdes.
 
L’agression de la Turquie ne s’arrête pas à la frontière irakienne. Ce mois-ci a vu une intensification des attaques de la Turquie et de ses mercenaires dans le nord et l’est de la Syrie – sans réponse des supposés garants des cessez-le-feu turcs, les États-Unis et la Russie. À Tal Tamir, qui fait l’objet d’attaques constantes depuis plus de deux ans, des villages chrétiens assyriens ont été pris pour cible pendant le week-end de Pâques et un soldat assyrien a été tué. À Zerghan (Abu Rasin), où des bombardements intenses depuis le début de cette année ont chassé une grande partie de la population, une attaque de drone a visé lundi les Asayish – les forces de sécurité intérieure. Mercredi , un autre drone a ciblé un centre asayish à Qamishlo, et un drone a frappé une voiture au sud de Kobanê tué trois membres des YPJ, les Unités de protection des femmes. Vendredi, des obus turcs ont touché le centre de Kobanê, blessant deux civils. Il s’agit d’attaques non provoquées et d’assassinats ciblés de personnes dont la seule menace pour la Turquie était de montrer qu’une coexistence pacifique est possible.
 
La Turquie semble également avoir fait pression avec succès pour que les États-Unis reviennent sur leur plan de levée des sanctions contre les parties de la Syrie qui ne sont pas sous le contrôle du gouvernement syrien. En cela, la Turquie a été rejointe par l’opposition syrienne soutenue par la Turquie, qui en aurait également profité, mais préférerait continuer dans le régime de sanctions plutôt que de voir le nord et l’est de la Syrie obtenir un soulagement. Comme cela a été observé à plusieurs reprises, l’Ukraine a rendu les États-Unis plus prêts à répondre aux demandes turques.
 
Les parties de la Syrie occupées par la Turquie sont traitées comme des parties permanentes de l’État turc , où l’évolution démographique s’accompagne d’une turquification, imposant notamment le turc comme langue officielle d’enseignement. Une tranchée nouvellement creusée est la première étape de la création d’un nouveau mur de bordure en béton.
 
Pour les résidents d’origine qui restent, la vie sous les milices mercenaires que la Turquie a chargées de ces zones est un cauchemar éveillé. Il y a une semaine, Jonathan Spyer a rendu compte d’un dossier constitué par des militants des droits de l’homme à Afrîn, sous occupation turque. Il a écrit : « Les témoignages de survivants révèlent un schéma d’incarcérations illégales sans procédure judiciaire ni contrôle, de graves abus contre les détenus, notamment des abus sexuels, des viols, des tortures et des cas de meurtre.» Et il a noté : « Selon deux organismes de défense des droits de l’homme, 8 590 personnes ont été détenues dans ce système de prisons hors réseau depuis 2018. Parmi celles-ci, 1 500 ont disparu, sans laisser de traces. »
 
En Turquie, la répression autoritaire se poursuit et le système judiciaire politisé éteint les espoirs de justice. Comme chaque semaine, il y a eu des perquisitions à l’aube et des arrestations de politiciens du Parti démocratique des peuples (HDP) et d’autres militants – à Amed et Dersim mercredi, et à Doğubayazıt (où la police a également perquisitionné le bâtiment du HDP) vendredi.
 
Abdülilah Poyraz, le père de Deniz Poyraz, qui a été assassinée par un tueur entré dans les bureaux du HDP à Izmir l’année dernière, a été mis en accusation. Il est accusé de «propagande pour une organisation terroriste» sur la base d’une interview qu’il a donnée sur le martyre de sa fille au lendemain de sa mort. Alors que l’État accuse le père endeuillé de lien avec le « terrorisme » , il refuse de mener une véritable enquête sur les liens politiques du tueur.
 
Il y a également eu des irrégularités juridiques – y compris des séquences vidéo manquantes – dans le procès en cours pour le meurtre de masse d’une famille à Konya qui avait été victime d’abus racistes anti-kurdes persistants.
 
L’affaire de la fermeture du HDP est passée à l’étape suivante, les avocats du HDP présentant leur défense devant la Cour constitutionnelle mardi. L’avocate Maviş Aydın a commenté : « Nous avons abordé l’acte d’accusation à la fois comme un document pour pousser le HDP et l’idéologie qu’il représente hors de la politique, et, plus précisément, pour pousser la lutte des femmes hors de la politique ».
 
Le HDP est au centre de cette politique politique, et le gouvernement tente d’utiliser les tribunaux pour les éliminer de la politique. Mais le Parti républicain du peuple (CHP), parti majoritaire de l’opposition, n’est pas à l’abri de ce système judiciaire politisé. Ekrem İmamoğlu n’a pas été pardonné d’avoir remporté l’élection du maire d’Istanbul en 2019, mettant ainsi fin au règne du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir. Il a également été proposé comme candidat pour battre Erdoğan à l’élection présidentielle. Il est actuellement jugé pour « outrage aux membres du Conseil suprême électoral », et le procureur a requis une peine de quatre ans de prison.
 
Toutes ces actions – dans le pays et à l’étranger – sont symptomatiques d’un gouvernement turc qui cherche désespérément à conserver le pouvoir alors que son soutien s’éloigne. En politique, rien n’est sûr, mais l’inflation galopante a laissé une grande partie de la population peiner à joindre les deux bouts. Erdoğan doit détourner l’attention de la colère naturelle des gens contre un gouvernement qui n’a pas réussi à répondre aux besoins économiques fondamentaux. Le HDP a décrit les attaques de la Turquie contre l’Irak comme « une guerre pour prolonger la vie du gouvernement ».
 
Pendant ce temps, dans un rappel que se débarrasser d’Erdoğan ne résout qu’une partie du problème et de la dynamique dangereuse de la politique en temps de guerre, le chef du CHP, Kemal Kılıçdaroğlu, a tweeté son soutien à « l’armée héroïque » de la Turquie.
 
Le gouvernement fédéral irakien
 
Le gouvernement irakien est faible et manque d’autorité. La politique des factions a fait en sorte que six mois après les dernières élections, qui ont été déclenchées tôt en réponse au mécontentement et aux troubles généralisés, le pays est toujours dirigé par un gouvernement intérimaire. L’influence turque sur le PDK est contrée par l’influence iranienne dans d’autres parties du pays.
 
Le ministère irakien des Affaires étrangères a démenti l’affirmation d’Erdoğan selon laquelle l’Irak aurait collaboré aux attaques de la Turquie. Ils ont exprimé leur mécontentement face à « l’acte d’hostilité » de la Turquie et ont exigé le départ de l’armée turque – et maintenant la Turquie a qualifié le démenti irakien d’« allégation sans fondement ».
 
Quoi qu’il en soit, l’Irak a accru la pression sur les Yézidis de Shengal pour qu’ils renoncent à leur autonomie durement acquise, et il est suggéré que cela se fait sous la pression de la Turquie. En octobre 2020, les Nations Unies ont aidé à conclure un accord entre le gouvernement fédéral irakien et le PDK pour partager le contrôle de Şengal. Mais ils n’ont pas consulté les Yézidis, qui ne font pas confiance à ces gouvernements, qui les ont abandonnés à l’EI en 2014. Avec l’aide du PKK et des Unités de protection du peuple (YPG) du Rojava, qui les ont en fait aidés à s’échapper de l’EI. et reconquérir leur patrie, les Yézidis ont mis en place leurs propres structures autonomes et forces de défense, et ils essaient de négocier pour les garder. Cela devrait être possible dans le cadre de la constitution fédérale irakienne, mais au lieu de cela, l’Irak a choisi d’essayer de forcer leur reddition. Le gouvernement irakien a entouré Şengal de murs et de clôtures, et le lendemain des attaques turques, attaqué un poste de contrôle yézidi. D’autres attaques ont été lancées contre les forces yézidies le lendemain. Il y a eu des heures de combats et de captures de combattants des deux côtés, et une nouvelle escalade est attendue.
 
Le clan préféré de l’Occident
 
Dans leur quête de pouvoir, et maintenant aussi de richesses, la famille Barzani, qui domine la politique clanique du PDK, ne semble pas se soucier de savoir avec qui elle noue des alliances. Ils semblent également indifférents à la corruption endémique et à l’autoritarisme croissant. Rien de tout cela n’a empêché les puissances occidentales de considérer le PDK favorable aux entreprises comme une source d’espoir pour la stabilité irakienne. Le pacte du PDK avec la Turquie leur a permis de dominer la politique locale et de transformer la richesse pétrolière de la région en pouvoir et en profit personnel. Le pétrole est exporté via la Turquie, ce qui donne à la Turquie le contrôle ainsi qu’un accord très rentable. Malgré les conflits avec Bagdad au sujet des droits sur le pétrole de la région, le Premier ministre du KRG, Masrour Barzani, a discuté des exportations pour remplacer le pétrole et le gaz russes, notamment lors de sa rencontre avec le Premier ministre britannique, Boris Johnson, mardi. Lorsque Barzani était à Londres, il a été interrogé sur le soutien du PDK aux attaques de la Turquie. Comme d’habitude, il a affirmé que c’était la faute du PKK d’être là et de ne pas rester en Turquie.
 
Bien que le PDK ait eu une brève entente avec le PKK alors que tous deux étaient des combattants de la liberté non reconnus dans les années 1980, et bien que Massoud Barzani ait personnellement remercié le PKK pour son rôle crucial dans la libération de l’Irak de l’Etat islamique, le PDK a généralement considéré le PKK comme des ennemis. Ils n’ont pas le temps pour la politique communautaire socialiste du PKK et n’apprécient pas leur autonomie. Aider la Turquie à les combattre correspond à leurs propres objectifs. Le PDK a ses propres forces de peshmerga, distinctes du ministère des Peşmerga du GRK, et ce sont ces peşmerga du PDK qui assistent la Turquie.
 
Réactions
 
Les attaques de la Turquie contre l’Irak ont ​​provoqué des protestations partout où il y a des communautés kurdes – y compris dans la région du Kurdistan d’Irak, où seul le PDK soutient les attaques, et les habitants de Sulaymaniyah ont organisé une manifestation.
 
Juste avant que la Turquie ne lance son opération actuelle, mais avec une attaque imminente attendue, Duran Kalkan, un autre dirigeant du PKK, a donné une interview résumant la situation. Il a fait valoir que la Turquie tentait d’encercler et de piéger les guérilleros, mais que la guerre se propagerait dans toute la Turquie.
 
Il semble que certaines personnes aient déjà décidé de prendre leurs propres mesures. À Bursa, dans le nord-ouest de la Turquie, un bus transportant des gardiens de prison a explosé dans l’explosion présumée d’une bombe, tuant un gardien et en blessant quatre autres, dont un grièvement. La brutalité des prisons turques est devenue une préoccupation majeure et a été soulignée dans l’interview de Kalkan. Une autre bombe, dans le quartier Gaziosmanpaşa d’Istanbul, a endommagé le bâtiment de la Fondation turque pour la jeunesse, qui a des liens avec l’AKP et la famille d’Erdoğan. Le gouvernement affirme avoir identifié les coupables, mais personne n’a revendiqué la responsabilité de l’une ou l’autre des explosions.
 
Dans le nord et l’est de la Syrie, il y a eu une série d’incendies criminels contre des bureaux appartenant à des partis d’opposition liés au PDK. L’ambassade des États-Unis, qui est restée silencieuse pendant que la Turquie bombardait des villages et procédait à des assassinats ciblés de ses alliés des YPJ, a tweeté sa « profonde inquiétude » . Les autorités ont nié toute implication et ont posté des gardes asayish devant le quartier général du PDK-Syrie à Qamishlo.
 
Les médias internationaux ont eu tendance à ignorer complètement l’invasion turque (The Times, The Guardian) ou à fonder leur rapport sur des sources gouvernementales turques (Deutsche Welle, Voice of America). Mais il y a eu des réponses plus engagées de politiciens inquiets. Le président de la Ligue arabe a condamné ces attaques, les qualifiant de violation de la souveraineté irakienne. Une motion au Parlement britannique (une forme de déclaration publique) recueille les signatures des députés. Et le groupe d’amitié du Kurdistan au Parlement européen a envoyé une lettre à tous les députés européens qui se termine : « Nous demandons à chacun d’attirer l’attention sur cette attaque militaire illégale de la Turquie et les risques qu’elle comporte ; et souligner que la seule solution pour la paix dans la région réside dans une reprise des négociations – dans lesquelles le PKK a montré sa volonté de s’engager – et une solution politique à la « question kurde ». »
 
De nombreuses autres manifestations contre l’offensive turque au Kurdistan du Sud auront lieu à travers le monde aujourd’hui.
 
Revue hebdomadaire de l’actualité de Sarah Glynn pour Medya News