IRAN / ROJHILAT – La militante kurde Zina Madras Gorj, qui a été arrêtée le 4e jour des manifestations anti-gouvernementales en Iran et libérée sous caution, a été de nouveau emprisonnée.
La militante kurde Zhina Madras Gorj, qui a participé aux manifestations dirigées par des femmes après le meurtre de Jina Mahsa Amini en Iran, a été de nouveau arrêtée et envoyée à la prison de Sanandaj (Sînê). Gorj avait été arrêtée par les services de renseignement le 4e jour des manifestations et libéré sous caution après 40 jours de détention. Gorj est désormais accusée de « complot contre la sécurité nationale » et de « propagande contre le régime ».
L’ONG Kurdistan Humain Rights Network (KHRN) a déclaré qu’après sa libération, Gorj a été menacée à plusieurs reprises par des agents du renseignement pour qu’elle ne participe pas aux manifestations. Selon certaines informations, Gorj, dont le procès est toujours en cours, a été convoquée au tribunal de Sanandaj mais a refusé de s’y rendre. En réponse, elle a été emmenée en prison par les forces du régime le 10 avril.
Entre-temps, il est rapporté que des dizaines de personnes qui ont été emprisonnées dans l’attente de leur procès pour avoir participé à des manifestations et libérées à la suite d’une amnistie générale risquent d’être rejugées pour les mêmes motifs.
ANF
TURQUIE – Osman Şiban, un des deux villageois kurdes jetés d’un hélicoptère militaire de l’armée turque dans la province de Van en 2020, a été condamné à 7,5 ans de prison pour « appartenance à une organisation terroriste ». L’autre villageois avait succombé à ses blessures.
La troisième audience du procès contre Osman Şiban, qui a été torturé et jeté d’un hélicoptère par des soldats turcs dans le district de Çatak de la province de Van en 2020, s’est tenue mardi à la 2e Haute Cour pénale de Mersin. Şiban est accusé d’« appartenance à une organisation terroriste ». Şiban qui n’était pas présent à l’audience a été représenté par son avocat.
Réitérant son opinion lors de la précédente audience, le procureur a requis une peine de prison pour l’homme kurde de 51 ans pour « appartenance à une organisation terroriste », c’est-à-dire le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan).
Le tribunal a condamné Şiban à 7 ans et 6 mois de prison et a décidé que l’interdiction qui lui avait été imposée de quitter le pays resterait en vigueur.
Les avocats feront appel de la décision de justice.
Que s’était passé?
L’inculpation d’Osman Şiban est considérée comme un acte de vengeance par le pouvoir judiciaire contrôlé et l’armée. L’homme kurde est à la fois témoin et victime de l’une des plus graves attaques de l’armée turque contre la population civile kurde ces dernières années. Avec Servet Turgut, 55 ans, Osman Şiban a été arrêté par des soldats d’une unité d’opérations turque près du district de Çatak à Van lors de travaux sur le terrain le 11 septembre 2020. Après de graves tortures, ils ont été jetés d’un hélicoptère militaire et ont subi de graves blessures.
Après l’épreuve, Osman Şiban et Servet Turgut ont été emmenés dans différents hôpitaux. L’armée a déclaré au personnel médical que les deux hommes étaient des terroristes et avaient été blessés alors qu’ils tentaient de s’échapper d’un hélicoptère. Şiban a survécu à l’épreuve tandis que Servet Turgut est mort après vingt jours dans le coma.
Comme preuve de l’appartenance présumée d’Osman Şiban au PKK, l’acte d’accusation énumère, entre autres, trois bidons de carburant qui auraient été découverts dans un hameau de Çatak. Parce que la maison de Şiban, dans laquelle il ne vit que pendant l’été – le reste de l’année, il vit dans la métropole côtière de Mersin – est proche de l’endroit où ils ont été trouvés, les bidons n’ont pu y être emmenés que par l’homme de 51 ans, plaide l’accusation. Ils disent également que la partie du hameau où se trouve la maison de Şiban a été survolée par un drone de reconnaissance le 9 septembre 2020. L’évaluation des données collectées aurait montré qu’au moment des vols de contrôle, il y avait des activités dans la zone qui « ne s’inscrivait pas de manière cohérente dans le flux habituel de la vie ». Enfin et surtout, l’accusation se réfère aux déclarations d’un témoin supposé qui – s’il existe – aurait déclaré que la maison d’Osman Şiban avait été régulièrement visitée par les cadres du PKK Murat Karayılan et Mahsum Korkmaz (tué à Gabar le 28 mars 1986) dans les années 1980 et 1990.
ANF
IRAN – Hossein Maleki, un adolescent kurde de 19 ans, a été abattu par des tirs directs des forces gouvernementales dans un district de Téhéran.
Selon le rapport reçu par l’ONG Hengaw, le matin du samedi 8 avril 2023, Hossein Maleki, 19 ans et originaire de Harsin, a reçu une balle dans la nuque alors qu’il était poursuivi par les forces de police sur le boulevard Baharan dans le quartier Qods de Téhéran.
Selon une source bien informée, Hossein Maleki a été visée à la nuque à quelques mètres seulement par les forces gouvernementales iraniennes alors que l’adolescent tentait seulement de s’enfuir.
Le corps d’Hossein Maleki a été remis à sa famille le lundi 10 avril 2023.
Hengaw
TURQUIE – Ce matin, un Kurde a été tué, plusieurs autres blessés lors d’une attaque raciste visant une famille kurde dans la province de Çanakkale.
La famille Cabir, vivant dans le village de Civler à Çanakkale, a été victime d’attaques racistes. Alors que la famille a été violentée par les gendarmes venus au village après l’attaque raciste, le père blessé, Yavuz Cabir, est décédé par une balle tirée dans la poitrine par un sergent-major.
Selon le site Serhat News, qui a contacté Zilan Leventoğlu, avocate de la famille kurde, la famille Cabir, originaire de Van qui habite dans le village de Civer, à Çanakkale, depuis 15 ans, a été victime d’attaques racistes. Vers 10h30, un villageois qui avait un différend avec la famille kurde a poignardé le père de famille, Yavuz Cabir.
Le père Yavuz Cabir, rentré chez lui blessé, appelle la gendarmerie et l’ambulance pour que l’attaque ne se transforme pas en un massacre. Il y a une dispute entre les gendarmes venus sur les lieux et les jeunes de la famille Cabir. Alors que les membres de la famille Cabir, dont trois femmes, ont été victimes de violences de la part de la gendarmerie après la dispute, le père Cabir aurait pris le fusil de chasse de la maison et un sergent-major aurait tiré sur Yavuz Cabir, le touchant mortellement au ventre.
Tandis que le père Cabir, qui a été emmené à l’hôpital d’État de Çanakkale, où il est décédé, tous les membres blessés de sa famille ont été emmenés au poste de police d’Anafartalar au lieu de l’hôpital.
Alors qu’un ordre de détention de 48 heures a été délivré pour les enfants de Cabir, Yavuz Cabir, Ömer Cabir et Yücel Cabir, leur mère et leurs sœurs sont auditionnées, a déclaré l’avocate Leventoğlu a qui a jouté : « La situation est très grave. La gendarmerie a tiré à plusieurs reprises sur des membres de la famille, visant le père et le frappant sous la cage thoracique. Ils ont été violemment battus par la gendarmerie en plus de tirer avec une arme. »
Suite à l’attaque, l’avocate Leventoğlu a saisi la branche de l’association des droits de l’homme (IHD) de Çanakkale au nom de la famille.
IRAN / ROJHILAT – Les commerçants de Saqiz, ville kurde dont était originaire Jina Mahsa Amini et d’où est partie la révolution « Femme, vie, liberté », n’ont pas ouvert leurs commerces pour protester contre les nouveaux cas d’empoisonnement des écoliers au Rojhilat (Kurdistan iranien) et en Iran.
Le gouvernement iranien utilise tous les moyens pour écraser les soulèvements qui durent depuis 7 mois en Iran et au Rojhilat. Il reste silencieux sur l’empoisonnement croissant des élèves des écoles de filles ces derniers mois.
Suite aux nouveaux cas d’empoisonnement dans les écoles de nombreuses villes du Rojhilat, les commerçants de la ville de Saqqez ont refusé d’ouvrir leurs commerces en signe de protestation. En outre, un appel a été lancé aux habitants de Saqqiz pour qu’ils poursuivent les grèves et les manifestations.
ANF
TURQUIE – Le parti « pro-kurde » HDP invite les observateurs internationaux à surveiller les élections présidentielles et législatives turques du 14 mai 2023.
« Chers amis,Des élections présidentielles et parlementaires se tiendront en Turquie le 14 mai 2023 dans un contexte politique extrêmement répressif et polarisant, accompagné d’une crise économique qui s’aggrave de jour en jour, sans compter les conséquences dévastatrices des récents tremblements de terre qui ont frappé dix provinces du pays. Du résultat de ces élections dépend la vie démocratique et l’avenir politique du pays. Beaucoup s’accordent à dire qu’il s’agit des élections les plus importantes de l’histoire démocratique de la République de Turquie.Depuis les élections législatives de juin 2015, et surtout après le coup d’État avorté de juillet 2016, le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir et ses alliés ultranationalistes ont anéanti les institutions démocratiques déjà faibles du pays en vue d’instaurer un régime autoritaire. Ils ont mis fin à la séparation des pouvoirs et à l’indépendance du système judiciaire. De surcroit, le président Erdoğan s’est assuré le contrôle de la plupart des médias. Plus inquiétant encore, l’alliance AKP-MHP contrôle entièrement le Conseil suprême des élections. Le gouvernement a ainsi modifié la loi électorale, légalisant diverses irrégularités et fraudes électorales.Le président Erdoğan a utilisé le coup d’État avorté de 2016 comme prétexte pour réprimer toutes les oppositions. Cette répression continue a particulièrement visé le Parti démocratique des peuples (HDP), dont les anciens coprésidents Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ, plusieurs députés, des centaines de maires et des milliers d’élus locaux ont été arrêtés et détenus, malgré des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme condamnant la Turquie. Comme si cela ne suffisait pas, en juin 2021, une procédure de clôture a été lancée devant la Cour constitutionnelle turque pour interdire et fermer le HDP, imposer une interdiction politique à 451 politiciens du HDP et confisquer les actifs du parti. Étant donné la pression énorme exercée par le gouvernement sur la Cour constitutionnelle, il est fort probable que le HDP soit fermé avant les élections. C’est pourquoi nous avons décidé de nous prémunir contre cette menace en nous présentant aux élections sous la bannière du Parti vert de Gauche (Yeşil Sol Parti – YSP), au sein d’une alliance électorale avec le Parti des Travailleurs de Turquie (TIP) et le Parti du Travail (EMEP).Lors des élections précédentes, les missions d’observation de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont constaté des violations flagrantes de la loi électorale, des pressions extrêmes sur l’opposition, le quasi-monopole du gouvernement sur les médias, ainsi que des irrégularités et des fraudes généralisées de toutes sortes. Avec les amendements à la loi électorale, l’AKP a légalisé certaines de ses pratiques telles que considérer comme valables les votes contenus dans des enveloppes non scellées. En clair, personne ne s’attend à des élections justes et libres le 14 mai prochain.Dans ces circonstances, le président Erdoğan et ses alliés ont manifestement plusieurs avantages et il sera peut-être difficile, mais pas impossible, de les vaincre. La peur et la répression règnent en Turquie, mais il y a aussi du courage, de l’espoir et une lutte acharnée pour un avenir démocratique et libre.Nous invitons par la présente toutes les institutions internationales, les membres des parlements internationaux, nationaux et régionaux, nos partis frères, les organisations de défense des droits humains et les personnes qui se soucient de l’avenir démocratique de la Turquie à observer les élections présidentielles et parlementaires sur le terrain, et tout particulièrement dans les provinces kurdes, où les irrégularités et les fraudes électorales sont systématiques et endémiques, ainsi que dans les dix provinces touchées par le tremblement de terre qui sont placées sous état d’urgence. Bien que le président Erdoğan ait longtemps fermé les oreilles aux appels répétés de la communauté internationale en faveur de la mise en place de conditions propices à des élections libres et équitables, la présence d’observateurs internationaux aura certainement un impact et contribuera à niveler un tant soit peu les conditions électorales extrêmement inégales.Rejoignez-nous le 14 mai pour observer, témoigner et célébrer la victoire de nos peuples. Ce sera un jour historique dont vous vous souviendrez toujours, nous vous le promettons.Pour toute question, veuillez contacter le département des affaires étrangères du HDP à l’adresse international@hdp.org.tr ou au numéro +90 505 0071981 / +90 535 6495919. »
Paix et solidarité,
Pervin Buldan et Mithat Sancar, Coprésidents du HDP
Via le Conseil Démocratique Kurde en France (CDK-F)
TURQUIE – 58 membres du Hezbollah turc condamnés à la réclusion à perpétuité pour 183 meurtres dans les provinces kurdes de Diyarbakir, Mardin et Batman dans les années 1990 et dont les peines avaient été confirmées par la Cour de cassation, ont été libérés discrètement après que leurs demandes de « nouveaux procès » ont été acceptées. Ils ont été remis en liberté à différentes dates entre le 18 octobre 2019 et le 31 mars 2021.
Le compte anglais du parti politique HDP a dénoncé ces libérations inquiétantes qu’on découvre seulement maintenant, déclarant sur Twitter que: « Des militants des droits humains, des journalistes, des politiciens (environ 4000 membres du HDP) sont en prison depuis des années et le gouvernement turc libère 58 membres du Hezbollah turc responsables du meurtre de 183 personnes. L’aile politique du Hezbollah, HUDAPAR, est le nouvel allié électoral d’Erdogan. »
Selon l’article du journaliste Özgür Cebe publié sur le site Sözcü Gazetesi, 58 membres du Hezbollah turc [ou Hizbullah kurde, car il a des membres kurdes et agit contre le mouvement kurde essentiellement au Kurdistan « turc »] condamnés à la réclusion à perpétuité aggravée pour avoir « commis des actes graves dans le but de détruire l’ordre constitutionnel par la force des armes et d’établir un État islamique kurde sur le modèle iranien », qui ont été jugés à des dates différentes et devant des tribunaux différents, ont contesté leurs peines de prison. La chambre criminelle de la Cour de cassation a décidé à l’unanimité de confirmer l’arrêt séparément, rejetant les pourvois des prévenus sur le fond, puisque les preuves recueillies étaient conformes à la loi, les prévenus ont avoué leurs crimes tant en garde à vue que dans leurs dépositions devant le procureur, et lorsque les témoins oculaires et les témoignages des victimes entendues ont été évalués dans leur ensemble, il n’y avait aucune inexactitude dans les décisions des tribunaux locaux.
Après la décision de la Cour suprême, les membres du Hezbollah emprisonnés, dont les peines sont allées jusqu’au stade de l’exécution, ont saisi les Tribunaux pénaux et ont demandé un nouveau procès, affirmant qu’ils n’avaient pas bénéficié d’un procès équitable car il y avait des juges militaires siégeant dans les cours de sûreté de l’État (Devlet Güvenlik Mahkemeleri – DGM) qui les ont jugés, qu’ils n’avaient pas eu d’avocat lors de leur audition en garde à vue, qu’ils avaient été détenus pendant une longue période en vertu de la loi sur l’état d’urgence, qu’ils avaient été torturés et maltraités pendant cette période, et que leurs cas n’ont pas été conclus dans un délai raisonnable, et ont demandé à être rejugés. Les Tribunaux ont accepté leurs demandes et les ont libérés à différentes dates entre le 18 octobre 2019 et le 31 mars 2021.
Parmi les victimes du Hizbullah turc commis dans les années 1990, il y avait des journalistes, imams de mosquée, enseignants, étudiants et des syndicalistes.
La politicienne kurde du Rojava, Foza Yûsif a expliqué l’importance du modèle de confédéralisme démocratique mis en place dans le Nord et l’Est de la Syrie lors de son intervention dans le cadre de la conférence « Nous voulons que notre monde revienne ! – Résister, récupérer et reconstruire » qui a eu lieu du 7 au 9 avril à Hambourg, en Allemagne.
L’importance du modèle de confédéralisme démocratique a été mieux comprise avec l’administration autonome dirigée par les Kurdes dans le nord et l’est de la Syrie, a déclaré Foza Yusuf, une cadre du Parti de l’union démocratique (PYD), s’exprimant lors de la dernière session de la conférence « Nous voulons que notre monde revienne! ».
« Au cours des 12 dernières années, 12 000 de nos camarades sont tombés martyrs. Les États nous [les Kurdes] ont divisés en quatre parties. Ils ont créé la haine entre les peuples et nous en souffrons depuis un siècle. Aujourd’hui, il n’y a pas d’État au Rojava, mais les conséquences de l’État-nation continuent de vivre dans nos esprits et nos corps. Nous sommes sous la pression des États-nations », a déclaré Yûsif lors d’une conférence organisée à Hambourg, en Allemagne.
Affirmant qu’Abdullah Öcalan a proposé le modèle de confédéralisme démocratique pour tous les peuples du monde, Yûsif a déclaré qu’après la création de l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie (AANES), les enfants allaient à l’école sans crainte et n’avaient pas à renier leur langue pour la première fois en Syrie, et a ajouté : « Le confédéralisme démocratique a libéré nos esprits asservis. Nous recherchons comment construire une nouvelle vie. En 12 ans, nous avons fait au Rojava ce que nous n’avons pas pu faire au cours des 100 dernières années. »Le slogan jin jiyan azadi – accroché dans la salle lors de la conférence We Want Our World Back – Hambourg« Nous voulons que notre monde revienne ! – Résister, récupérer et reconstruire » (en anglais: « We Want Our World Back! – Resist, Reclaim and Rebuild »), organisé par le Network for an Alternative Quest (Network AQ), devait avoir lieu à l’Université de Hambourg du 7 au 9 avril, mais il a finalement eu lieu à Wilhelmsburg Bürgerhaus (un bâtiment municipal d’Hambourg) après que l’administration de l’université d’Hambourg ait annulé la conférence.
L’annulation a suscité une vive réaction d’universitaires et d’initiatives à travers le monde, avec plus d’une centaine de professeurs et d’universitaires qui ont signé une déclaration soutenant la conférence et condamnant son annulation par l’administration de l’université d’Hambourg.
Medya News
PARIS – La journaliste Mirelle Court était à Diyarbakir le 21 mars dernier, pour les célébrations du Nouvel-an kurde Newroz. Elle a déclaré que contrairement à la joie euphorique du Newroz des années précédentes, lors du Newroz 2023, il y avait de la colère et tristesse sur la place des célébrations d’Amed (Diyarbakir) au lendemain du séisme dévastateur du 6 février qui a frappé plusieurs régions kurdes, tandis que le régime turc est sur le point d’interdire le parti « pro-kurde » HDP à la veille des élections présidentielles et législatives turques du 14 mai 2023. Dans l’article ci-dessous, elle décrit l’ambiance pré-électorale au Kurdistan « turc ».
Au Kurdistan turc, le Newroz de la colère sur fond de fin de règne d’Erdogan
La fête de Newroz, le 21 mars, est un symbole identitaire très important pour les Kurdes. Elle est célébrée dans le monde entier par la diaspora, mais plus particulièrement au Sud-est de la Turquie, la région à majorité kurde. La fête a longtemps été interdite et réprimée par les différents gouvernements turcs, puisque dans l’idéologie kémaliste, les Kurdes étaient des « Turcs des montagnes » sans droit à leur langue ni à leur culture. La banderole qui accueillait les visiteurs à Diyarbakir, la capitale du Kurdistan de Turquie spécifiait bien « Un peuple, une langue, une culture », turques évidemment.
L’arrivée au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan en 2003, qui a cherché, dans les premières années de son règne, à négocier avec le PKK et Abdullah Öcalan, son leader emprisonné, a assoupli les conditions de la célébration de Newroz : la fête a été autorisée, elle pouvait même être retransmise en direct. Cette accalmie a duré jusqu’au début de la guerre en Syrie et à la mise en place de l’AANES, l’administration autonome du nord et de l’est de la Syrie.
Les priorités de R. T. Erdogan changent alors drastiquement. La perspective d’un Kurdistan autonome sur le modèle du Kurdistan autonome d’Irak, qui pourrait même revendiquer une partie du territoire turc, le pousse à aider l’Organisation État Islamique, qui massacrait les Kurdes, et à construire un mur de 700 kilomètres tout le long de la frontière avec la Syrie. L’armée turque et ses supplétifs envahissent Al-Bab, puis, en janvier 2018, la province kurde syrienne d’Afrin et, en octobre 2019, les villes de Serêkaniyê et Tall-Abyad.
Dans le même temps, tous les maires kurdes élu-es démocratiquement (parfois avec 90% des voix) ont été destitué-es, les dirigeant-es du HDP emprisonné-es, ainsi que des milliers de militant-es de base. Newroz a continué à être autorisé, mais avec des restrictions et une présence policière écrasante : interdiction des couleurs kurdes même sur les robes des jeunes filles, interdiction des portraits d’Abdullah Öcalan, interdiction de toute référence au PKK et à son président emprisonné, la liste est longue.
Cette année, la fête s’est déroulée dans un contexte encore plus tendu et l’ambiance n’était plus à la fête, plutôt à la colère. Les deux tremblements de terre qui ont secoué la Turquie ont eu leur épicentre dans le sud-est du pays, où des villes majoritairement kurdes ont été pratiquement rayées de la carte, ainsi que dans la province d’Hatay, au sud-ouest du pays. Hatay, province syrienne cédée par le protectorat français à la Turquie en 1939, a la particularité d’être principalement peuplée de Kurdes et de membres de la communauté alévie. Deux minorités détestées par le parti sunnite de R.T. Erdogan, l’AKP.
Est-ce un hasard si les secours ont mis plusieurs jours à arriver, alors que les survivants tentaient d’extraire leurs proches des décombres à mains nues ? On peut en douter, surtout quand l’armée, habituellement appelée à la rescousse dans tous les pays du monde, et bien sûr aussi en Turquie, s’est contentée de bloquer les convois de solidarité du HDP [Parti démocratique des peuples, parti de gauche intégrant le mouvement national kurde] et de la société civile, sans tenter d’aider la population. Comme nous l’explique Ferit Aktepe, député HDP de Diyarbakir :
« Ils n’ont pas envoyé les soldats dans la zone du tremblement de terre parce que c’est une région kurde. En 2009 il y a eu un tremblement de terre dans l’ouest de la Turquie, ils ont envoyé les soldats immédiatement. Mais ils ne veulent pas que les soldats aident les Kurdes et qu’ils aient des relations humaines avec eux. Le HDP a été là bien avant les secours du gouvernement, et les gens nous ont remercié pour cela ».
À Adyaman, une ville proche de l’épicentre du séisme, rasée à 60% et inhabitable à 80% selon les ONG, les habitants nous montraient leurs immeubles transformés en sandwichs de béton, et nous disaient « il y a encore trois personnes sous ces décombres, au moins deux sous celui-là », un mois et demi après le séisme.
Colère aussi contre la corruption et les permis de construire de complaisance qui ont abouti à la mort de dizaines de milliers de Kurdes. Comme l’a souligné Mithat Sancar, co-président du HDP à la tribune de Newroz :
« Le gouvernement est responsable de la transformation de ces tremblements de terre en catastrophe majeure. Il est temps de se séparer d’eux. »
Le HDP menacé d’interdiction
La menace de l’interdiction du HDP va très probablement se concrétiser le 11 avril, à un mois de l’élection présidentielle du 14 mai 2023. Depuis décembre 2022, le HDP a d’ailleurs été privé de toutes les subventions accordées par l’État aux partis politiques, et s’est ainsi retrouvé dépossédé d’une grande partie de ses ressources.
Le HDP est depuis longtemps dans le collimateur de R. T. Erdogan : en 2015, il avait obtenu 14% des voix aux élections législatives, une performance qui avait coûté la majorité parlementaire à l’AKP et provoqué la fureur d’Erdogan. Refusant les résultats, celui-ci avait manœuvré pour que les élections soient annulées, créant un climat de guerre civile dans le pays pour effrayer la population et finalement récupérer la majorité au Parlement.
Cette année, pour résister à la menace pesant sur son existence même, le HDP a décidé de faire alliance avec Yesil Sol, un parti écologiste de gauche, dans le cadre des élections législatives et de ne pas présenter de candidat-e aux présidentielles, appelant de fait à voter pour le candidat de la coalition formée autour du CHP, le parti social-démocrate kémaliste.
Kemal Kiliçdaroglu n’était pas le mieux placé parmi les candidats potentiels à la présidentielle. Le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, beaucoup plus charismatique et très populaire, semblait être le candidat naturel. R. T Erdogan ne s’y est pas trompé en le faisant poursuivre en justice pour « insultes envers des responsables de l’État» – Imamoglu avait traité « d’idiots » les membres du collège électoral. Il a été condamné à deux ans et sept mois de prison en décembre 2022, avec interdiction de présenter dans une campagne électorale, ce qui de fait l’empêche de se présenter à la présidentielle de mai 2023.
R. T. Erdogan n’a jamais digéré son élection à la mairie d’Istanbul, lui qui disait toujours « qui tient Istanbul, tient la Turquie ». Il avait d’ailleurs ordonné d’interminables comptages puis fait annuler l’élection, en vain. Au second scrutin, Imamoglu avait obtenu 780 000 voix de plus qu’au premier, avec le soutien actif du HDP qui, en 2016 déjà, n’avait pas présenté de candidat pour assurer la défaite de l’AKP.
Les enjeux de l’élection présidentielle
La coalition hétéroclite autour de Kiliçdaroglu, surnommée la table des six, n’est pas sans poser problème car elle comprend le Yiyi Parti (le Bon Parti) qui est en fait une scission du MHP (Parti d’action nationaliste, extrême droite, lié aux fameux « Loups gris ») qui, de son côté, s’est allié à l’AKP. Bien que farouchement opposé à une alliance avec un parti islamiste comme l’AKP, le Yiyi Parti est tout aussi farouchement anti kurde que ses anciens collègues du MHP. Les discussions entre le CHP et le HDP ont d’ailleurs bien failli provoquer le retrait de la dirigeante du Yiyi parti, Meral Akşener, mais le pragmatisme en termes de perspective électorale lui ont fait changer d’avis.
La personnalité même de Kemal Kiliçdaroglu ne va pas sans poser problème. Il est issu d’une famille pauvre, kurde alévie, de Dersim dont le village a été brûlé pendant la grande campagne militaire turque de terre brûlée des années 90 (Dersim est renommée Tunceli par les Turcs après le massacre des Alevis de 1938). La famille a dû fuir la région, et bien qu’ayant toujours soutenu sans hésitation toutes les opérations antikurdes et les invasions du Rojava, ses origines peuvent le rendre suspect aux yeux des kémalistes et de certains sunnites. D’un autre côté, certains électeurs kurdes pourraient rechigner à donner leurs voix au président d’un parti, le CHP, qui a toujours nié leur droit à leur langue et à leur culture propre.
Toutefois, pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, Erdogan est sérieusement en danger. Sa gestion catastrophique de la crise humanitaire provoquée par les tremblements de terre a fortement entamé sa crédibilité, malgré les excuses qu’il s’est senti obligé de présenter à la population. Et ce n’est pas le seul boulet qu’il traîne : l’inflation sur les produits de base explose et la livre turque s’est effondrée, comme les immeubles construits récemment sans respecter les normes antisismiques en vigueur, corruption oblige.
L’ascension d’Erdogan s’était pourtant faite sur la base d’une critique virulente de la corruption et du non-respect des normes après le tremblement de terre meurtrier d’Izmit en 1999. Comble du cynisme, les habitants de Diyarbakir, forcés d’évacuer leurs immeubles récents fissurés et dangereux, continuaient à trouver dans leur boîte aux lettres la facture de « l’impôt spécial de prévention des séismes » créé en 2003, dont les millions de recettes ont visiblement servi à autre chose.
Il ne reste à Erdogan que peu d’options, face à des sondages plus que serrés et une conjoncture économique et humaine désastreuse. Il a choisi celle des cadeaux aux entreprises et aux particuliers, en offrant des réductions d’impôts et même des annulations de dettes. Il s’est également lancé dans la fuite en avant autoritaire, en envahissant le Rojava, en jouant sur le nationalisme et la question épineuse du départ d’une grande partie des réfugiés syriens qui seraient déportés de force. La dernière hypothèse, celle d’un coup d’État militaire, serait plus compliquée à mettre en œuvre. L’armée, bien qu’expurgée des gülenistes [partisans du mouvement de Fethullah Gülen], après le pseudo-coup d’Etat de juillet 2016, reste fondamentalement kémaliste.
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« Her der Newroz, Herdem Azadi » « Newroz partout, liberté partout » était le slogan de ce Newroz 2023.
Article publié initialement sur le site Contretemps
Washington enquête sur l’attaque du 7 avril 2023 contre un convoi qui comprenait du personnel militaire américain [et le commandant kurde syrien Mazloum Abdi] près de l’aéroport de Sulaymaniyah, au Kurdistan irakien, a déclaré lundi le porte-parole du département d’État américain, Vedant Patel, appelant les pays à respecter la souveraineté territoriale de l’Irak.
La Turquie accuse le PKK de « contrôler Sulaymaniyah »
Commentant l’accident d’hélicoptère survenu le 15 mars 2023 dans la province de Duhok et qui a tué neuf membres des unités antiterroristes affiliées aux FDS, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a déclaré lundi à une chaine turque pro-gouvernementale que le PKK « contrôlait totalement Sulaymaniyah » et que les hélicoptères en question avaient été achetés par l’Union Patriotique du Kurdistan (UPK) à la France.
Il a également accusé les États-Unis d’avoir facilité les vols des FDS entre le Rojava et Sulaymaniyah.
« Le contrôle de l’espace aérien est entre les mains des États-Unis. Par conséquent, les États-Unis sont au courant de ces vols. C’est l’essentiel de l’événement », a-t-il noté.
Ibrahim Kalin, porte-parole du président Erdogan, a prévenu que « le PKK a une implantation très sérieuse à Sulaymaniyah » et Ankara ne va pas ignorer cela. (Via Rudaw)