Alors que le monde débat aujourd’hui de l’horrible réseau mondial révélé autour d’Epstein, les Kurdes, eux, voyaient déjà leurs filles enlevées et vendues sur des marchés par les États coloniaux qui les dominaient, bien avant même que le nom d’Epstein n’existe.
Cette barbarie, bien sûr, ne concerne pas uniquement les Kurdes. Partout dans le monde, les pauvres et les peuples opprimés ont été — et continuent d’être — les victimes des violences inhumaines exercées par les dominants et les élites.
Epstein ne représente pas seulement la pédophilie : il incarne une corruption globale qui s’étend de la politique au monde de l’art, des entreprises au football, des médias aux associations, des services de renseignement jusqu’aux chefs d’État.
Le marécage qu’ils ont créé a encerclé le monde comme une pieuvre, provoquant des dégâts profonds et difficilement réparables. Et pourtant, ces acteurs continuent encore aujourd’hui à conserver leurs positions de pouvoir.
Mais bien avant Epstein, des atrocités similaires ont été commises sans jamais être sanctionnées — pire encore, leurs auteurs ont souvent été récompensés. Si l’on regarde la situation actuelle, ceux qui ont réduit des femmes et des fillettes à l’esclavage sexuel ont aujourd’hui été portés à la tête d’un État au Moyen-Orient. Vous devinez sans doute lequel.
Il y a près d’un siècle, en 1938, l’État turc a lancé une opération génocidaire dans la région kurde de Dersim. Des populations entières ont été exterminées dans des grottes à l’aide de gaz chimiques. Des femmes, pour échapper à la barbarie, se sont jetées dans les ravins. Mais des milliers de fillettes ont été arrachées à leurs familles, déportées et leurs identités effacées — parmi elles, des nourrissons.
Des décennies plus tard, certaines traces ont pu être retrouvées, mais la majorité de leurs destins demeure inconnue, les archives restant toujours classifiées. Des rumeurs persistent même selon lesquelles l’épouse de Kenan Evren, auteur du coup d’État militaire de 1980 en Turquie, ferait partie des « filles perdues » de Dersim. Les fillettes étaient souvent confiées à des officiers : les plus jeunes étaient adoptées, celles âgées de 20 à 25 ans devenaient leurs épouses.
Entre 1986 et 1989, le dictateur irakien Saddam Hussein a mené une campagne génocidaire contre les Kurdes, connue sous le nom d’« Anfal ». Inspiré d’une sourate du Coran, ce terme signifie « butin de guerre ». Les Kurdes n’étaient rien d’autre qu’un butin. Plus de 200 000 d’entre eux ont été massacrés. Durant l’opération Anfal, de nombreuses femmes ont été violées et un nombre inconnu d’entre elles ont été vendues sur des marchés.
L’ancienne députée kurde Gulale Germiyan déclarait en 2015, dans une interview accordée à un média kurde, que les documents officiels ne mentionnaient que les femmes vendues en Égypte — et que même elles avaient disparu sans laisser de trace.
Elle racontait notamment :
« Sept femmes vendues durant l’Anfal ont été ramenées d’Égypte au Kurdistan du Sud en 2005. L’une d’entre elles souhaitait simplement survoler son village en hélicoptère. Lorsqu’elle l’a vu d’en haut, elle s’est jetée de l’hélicoptère et est morte sur la terre de son village. »
Des documents ont également révélé que des femmes kurdes enlevées avaient été envoyées dans des boîtes de nuit en Égypte.
Plus récemment, en août 2014, lors du génocide perpétré contre les Kurdes yézidis à Shengal, des milliers de femmes et de fillettes ont été kidnappées, vendues sur des marchés et réduites à l’esclavage sexuel. Certaines ont été retrouvées en Turquie, d’autres en Syrie, en Irak et dans les pays voisins. Un réseau terrifiant de traite humaine s’étendait à travers toute la région.
En remontant encore plus loin, lors du génocide arménien de 1915, de nombreuses femmes et fillettes arméniennes ont également été arrachées à leurs familles. Certaines ont vu leur identité effacée et ont été placées dans d’autres foyers, d’autres ont grandi dans des orphelinats.
Des tragédies encore plus lourdes ont eu lieu. Pourtant, ni hier ni aujourd’hui, les responsables n’ont été tenus pour compte. Cette impunité a engendré de nouveaux Epstein.