ROJAVA. Commémorations de 233 Kurdes massacrés par DAECH le 25 juin 2015 à Kobanê

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SYRIE / ROJAVA — Aujourd’hui, 25 juin, la ville de Kobanê et le village de Barkh Botan rendent hommage aux Kurdes massacrés par l’État islamique en 2015, l’une des attaques les plus meurtrières contre des civils durant la guerre en Syrie.

Aux premières heures du 25 juin 2015, des combattants de l’EI s’étaient infiltrés dans Kobanê et Barkh Botan, lançant des attaques coordonnées contre des quartiers résidentiels, des marchés et des zones civiles. Les assaillants avaient délibérément pris pour cible des femmes, des enfants et des personnes âgées, semant la terreur au sein de la population.

À cette époque, les Unités de protection du peuple (YPG) et les Unités de protection des femmes (YPJ) étaient engagées dans des opérations pour sécuriser les environs de Kobanê. Face à l’attaque, elles ont, avec les Forces de sécurité intérieure (Asayish) et les habitants, livré de violents combats qui ont duré plusieurs jours avant de reprendre le contrôle total de la ville.

Selon les autorités locales de Kobanê, cette attaque a fait 233 morts et plus de 270 blessés parmi les civils. Des sources indépendantes font état d’un bilan pouvant atteindre 262 victimes civiles.

Chaque année, des cérémonies commémoratives sont organisées à Kobani et à Barkh Botan. Des monuments ont été érigés en hommage aux victimes et aux combattants tombés lors de la défense de la ville.

Cet anniversaire intervient dans un contexte de tensions sécuritaires persistantes et de tentatives de déstabilisation de la région. Pour les habitants, cette commémoration ne constitue pas seulement un devoir de mémoire, mais aussi un rappel fort de la nécessité de garantir la sécurité de Kobani, de préserver la stabilité obtenue au prix de lourds sacrifices, et d’empêcher la répétition de telles tragédies.

ROJAVA. Des gangs pro-turcs menacent les Kurdes chassés de Serêkaniyê

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SYRIE / ROJAVA — Des groupes armés pro-turcs installés à Serêkaniyê (Ras al-Ayn) ont proféré des menaces directes contre les Kurdes déplacés, dans le but de les empêcher de retourner dans leurs foyers.

Selon une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux, des hommes armés, présentés comme non-originaires de la région, ont tenu des propos menaçants sur une place publique de la ville. Ces déclarations interviennent alors que des discussions s’intensifient sur l’organisation du retour des personnes déplacées dans leurs zones d’origine.

Ces menaces suscitent de vives inquiétudes quant à la sécurité des futurs retours. Elles interviennent dans un contexte marqué par des appels répétés à garantir la sécurité des habitants, à limiter le port d’armes aux seules forces officielles et à mettre fin aux agissements des groupes militants.

TURQUIE. Un enfant kurde tué par des chiens de l’armée turque ?

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TURQUIE / KURDISTAN – Le 29 avril 2026, deux enfants cousins ont été attaqués par une meute de chiens près d’une base de l’armée turque dans la province kurde de Van. Hamza Özsoy, 5 ans, est décédé des suites de ses blessures, tandis que A.Ö., 9 ans, a été grièvement blessé. La famille a déclaré que les chiens appartenaient à l’armée turque.

Le ministère de l’Intérieur a autorisé une enquête pour « négligence » contre Davut Acar, maire DEM de Saray. Selon le communiqué officiel, la municipalité n’aurait pas respecté ses obligations légales en matière de collecte et de prise en charge des animaux errants, malgré de nombreuses plaintes.

« Les chiens appartiennent à l’armée »

Davut Acar rejette fermement toute responsabilité : « Ces chiens appartiennent à l’armée et à la gendarmerie. Ce ne sont pas des chiens errants. » Il affirme que les témoignages du père et de l’enfant blessé vont dans ce sens et que le véhicule mentionné par le ministère n’était pas destiné à la collecte animale.

Déclarations de la famille :

Le père de l’enfant blessé, Veysi Özsoy, a affirmé que les chiens appartenaient à la gendarmerie et qu’il avait alerté l’armée deux mois plus tôt. L’enfant survivant a également déclaré : « C’étaient des chiens militaires, ils étaient treize. »

L’affaire oppose désormais la version officielle de la municipalité à celle des autorités centrales, dans un contexte déjà tendu entre l’État turc et les municipalités kurdes du DEM.

ROJAVA. Les gangs de la Turquie abattent les forêts d’Afrin

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SYRIE / ROJAVA – Tout comme des milliers d’arbres sont abattus dans d’autres régions kurdes, les groupes armés affiliés à l’État turc poursuivent à Afrin une destruction massive du couvert forestier et oléicole. Cette exploitation systématique menace l’équilibre environnemental de tout le canton.

Dans les zones rurales d’Afrin, les opérations d’abattage d’arbres et le transport de bois de chauffage se poursuivent activement. Des vidéos diffusées ces derniers jours montrent des camions chargés de bois circulant dans plusieurs villages de la campagne, tandis que les experts craignent une aggravation rapide des dommages écologiques. Selon diverses sources locales et organisations de défense des droits humains, plus d’un million d’arbres (oliviers, fruitiers et forestiers) auraient été coupés depuis l’occupation turque de 2018.

Des citoyens ont récemment filmé des individus en train de transporter du bois fraîchement coupé dans les zones boisées des villages de Basouta et Ghazi. Ces scènes illustrent une pratique qui dure depuis plus de huit ans : une exploitation commerciale intensive qui a déjà fait disparaître une grande partie des zones forestières et boisées de la région.

Un pillage documenté depuis 2018

Lors de l’occupation d’Afrin par l’armée turque et ses groupes affiliés en mars 2018, des mercenaires ont procédé à une coupe massive d’arbres. Les estimations varient selon les sources, mais elles convergent sur une ampleur dramatique :

  • Plusieurs centaines de milliers à plus d’un million d’arbres abattus (oliviers, fruitiers et forestiers) ;

  • Des dizaines de milliers d’hectares de terres agricoles et forestières endommagées ou brûlées ;

  • Une perte estimée à plus de la moitié du couvert forestier dans certaines zones, confirmée par des analyses satellitaires.

Ces arbres sont principalement transformés en bois de chauffage ou en charbon de bois, vendus sur les marchés locaux ou exportés. Cette destruction n’est pas seulement environnementale : elle s’inscrit dans une logique de pillage économique, de changement démographique et d’affaiblissement des communautés locales kurdes, dont l’olivier constitue un pilier culturel et économique ancestral.

La mentalité prédatrice envers la nature est évidente. Au-delà des profits immédiats tirés du bois, cette déforestation accélère l’érosion des sols, réduit la biodiversité, aggrave les risques d’inondations et de sécheresse, et prive les populations locales de leurs moyens de subsistance.

Afrin paie aujourd’hui un lourd tribut environnemental. La communauté internationale et les organisations écologiques doivent documenter ces faits et exiger l’arrêt immédiat de cette destruction systématique du patrimoine naturel syrien. La préservation des forêts restantes à Afrin est une urgence tant écologique qu’humanitaire.

Pourquoi l’équipe nationale de football turque s’est-elle effondrée ?

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TURQUIE / BAKUR – Les attentes nationalistes excessives et la militarisation du football ont exercé une pression écrasante sur l’équipe nationale turque, expliquant en grande partie son effondrement.

Une propagande intense entourait l’équipe, au point que la grande majorité des Turcs s’attendaient au minimum à un quart de finale. Chaînes de télévision, journaux et réseaux sociaux ont fabriqué un climat d’euphorie qui laissait croire à une victoire inéluctable. Commentant le match contre le Paraguay, un commentateur de la chaîne TRT Spor a résumé cette mentalité en déclarant : « On attendait nos joueurs avec des F-16, et on a encaissé un but dès la deuxième minute. »

Pour faire avancer sa politique contre le peuple kurde, la Turquie a instrumentalisé tous les domaines, y compris le sport, comme outil de guerre spéciale. Depuis le début de la guérilla en 1984, le football turc est devenu un véritable instrument au service de cette stratégie. Les décisions sportives majeures (champion, relégation) étaient souvent prises en coulisses, tandis que des clubs kurdes comme Amedspor ont été systématiquement victimes d’attaques racistes dans les stades à travers le pays.

La promotion du chauvinisme est devenue un pilier central de la politique turque de répression des revendications kurdes et de lutte contre les politiques de négation, d’assimilation et de génocide. Politique, éducation, art, sport, médias et politiques sociales ont tous été pervertis par ce chauvinisme et détournés de leur vocation première.

Dans les stades, ce chauvinisme s’exprime sans filtre. Des slogans tels que « La patrie d’abord » et « Heureux celui qui dit : Je suis Turc ! » y sont omniprésents. L’ambiance y ressemble davantage à un front de guerre qu’à un événement sportif. Comme le dictateur fasciste Franco qui affirmait gouverner l’Espagne avec les « trois F », dont le football, la Turquie perçoit le football non pas comme un sport, mais comme une arme au service d’une politique fasciste et génocidaire.

Les matchs de l’équipe nationale sont devenus des moments où ce chauvinisme atteint son paroxysme. Alors que partout ailleurs dans le monde, le succès sportif est source de joie collective, en Turquie, les performances sont systématiquement instrumentalisées pour nourrir le nationalisme. Les joueurs entrent sur le terrain avec le poids d’une nation à sauver. Une victoire fait d’eux des héros guerriers ; une défaite les transforme en traîtres ayant humilié le pays. Le président de la Fédération turque de football lui-même avait déclaré sans ambages : « Nous gagnerons cette coupe. »

C’est dans ce climat psychologique toxique que les joueurs turcs ont foulé la pelouse. Rongés par la peur de la défaite, ils ont rapidement été submergés par un stress immense qui a annihilé leur potentiel. Cette pression, loin de les galvaniser, les a paralysés. Ils ont encaissé des buts précoces, puis ont sombré dans un football chaotique, oubliant toute organisation et tout talent.

Bien sûr, chaque pays souhaite la victoire de son équipe nationale. Mais aucun ne transforme un match de football en enjeu existentiel de guerre, où la défaite est vécue comme une humiliation nationale. La réaction traumatique du public turc après l’élimination est, à cet égard, sans équivalent.

La véritable cause de cet effondrement réside dans la transformation du football en instrument de propagande chauvine. Si le football avait été traité comme un simple sport, l’équipe nationale turque n’aurait pas connu un tel fiasco. Le football doit cesser d’être façonné par les politiciens et d’être perçu à travers le prisme de figures comme Franco ou Hitler. Tant que cette logique perdurera, même l’équipe la plus talentueuse du monde, comme l’Espagne, connaîtrait les mêmes difficultés sous une telle pression psychologique.

Par Hayri Hazargöl (Via Yeni Yaşam Gazetesi)

SYRIE. Les Kurdes lourdement touchés par la misère qui secoue le pays

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SYRIE / ROJAVA – Les habitants de Tel Tamer ont bloqué ce matin l’autoroute internationale M4 ainsi que plusieurs axes routiers majeurs reliant la ville à Serêkaniyê, Zergan et Hassaké, zones à majorité kurde. Ils protestent ainsi contre la dégradation continue de leurs conditions de vie, absence de l’eau courante, la flambée des prix et la crise des services publics qui secoue tout le pays.

Les manifestants se sont rassemblés aux entrées de la ville et sur les principaux axes, scandant des slogans réclamant des solutions urgentes à la crise économique, une baisse des prix du carburant et une amélioration des conditions de vie.

Selon les participants, la récente augmentation des prix du carburant a fortement aggravé les difficultés quotidiennes, particulièrement pour les agriculteurs, les commerçants et les usagers des transports. Les prix des produits de première nécessité ont fortement augmenté, tandis que le pouvoir d’achat des habitants continue de s’effondrer.

« Nous demandons aux autorités compétentes de prendre des mesures immédiates pour soulager la population et trouver des solutions concrètes à cette crise », ont souligné plusieurs manifestants.

Ces blocages interviennent après un appel lancé par des militants de la société civile et des comités populaires de Tel Tamer, qui dénoncent la hausse répétée des prix du carburant et son impact sur l’ensemble de l’économie locale.

Dans un contexte de colère populaire grandissante en Rojava, ces manifestations traduisent un ras-le-bol face à la baisse constante du niveau de vie, à l’inflation galopante et à l’insuffisance des services publics.

ROJAVA. 80 % des générateurs de Hasakah sont hors service

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SYRIE / ROJAVA – Une grave pénurie de gazole subventionné a paralysé environ 80 % des groupes électrogènes de la ville kurde d’Hassakê, plongeant de vastes quartiers dans le noir. Cette coupure massive intervient en pleine canicule, aggravant les difficultés des habitants qui dépendent presque entièrement de ces générateurs pour leur approvisionnement en électricité.

Le chef du Comité des groupes électrogènes de la municipalité populaire de Hassaké, Mohammad Khamis, a déclaré à l’agence ANHA :

« Le pourcentage de générateurs qui n’ont pas fonctionné hier a atteint 80 % dans la ville de Hassaké, en raison de l’indisponibilité du carburant diesel subventionné alloué aux générateurs privés selon l’ampérage. »

Il a expliqué que les heures de fonctionnement des générateurs avaient déjà été réduites ces derniers jours en raison des pénuries. Certains propriétaires ont toutefois réussi à se procurer de petites quantités de carburant, permettant à une minorité de générateurs de tourner mardi.

Mohammad Khamis a tenu à rassurer la population : le soutien aux groupes électrogènes via le diesel subventionné se poursuit au prix habituel. Le Comité des groupes électrogènes et la Direction des carburants travaillent conjointement pour sécuriser l’approvisionnement.

« Dans les prochains jours, la disponibilité du carburant devrait revenir à son niveau antérieur, ce qui permettra la reprise des opérations pendant huit heures par jour et le retour des groupes électrogènes à leur fonctionnement normal », a-t-il ajouté.

De nouvelles livraisons de gazole sont attendues aujourd’hui et seront distribuées aux propriétaires de générateurs jeudi, sans augmentation de prix.

Programme du Festival des Films Kurdes de Paris (2026)

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PARIS – Le Festival des Films Kurdes de Paris (FFKP), rendez-vous incontournable du cinéma kurde en France revient au Centre Wallonie-Bruxelles du 29 juin au 1er juillet 2026. Pour cette 5e édition, le festival propose une programmation riche et variée, mêlant fictions, documentaires et courts-métrages réalisés par des cinéastes du Kurdistan et de la diaspora.

Lundi 29 juin – Soirée d’ouverture

19h : Performance musicale yarsan avec Farid Elhami

19h30 – MY UNCLE JENS de Brwa Vahabpour (Norvège/Roumanie, 2025, 1h38, fiction)

Le festival ouvrira ses portes avec la première française de My Uncle Jens en présence du réalisateur.

Synopsis 

Akam, professeur norvégien, mène une vie paisible à Oslo jusqu’à l’arrivée inattendue de son oncle iranien. Contraint de l’héberger pour deux nuits, Akam voit son quotidien bouleversé par cet invité envahissant qui ne semble pas décidé à repartir. Une comédie dramatique subtile sur les liens familiaux, l’exil et les différences culturelles. La projection sera suivie d’un cocktail de bienvenue.

Mardi 30 juin

17h – SINGING WINGS de Hemen Khaledi (Iran/Géorgie/Belgique, 2025, 73 min, fiction)

Synopsis 

Dans un village kurde, Khadijeh, 78 ans, recueille une cigogne blessée qu’elle tente de soigner avant la migration du groupe. Parallèlement, elle doit affronter le départ imminent de sa fille pour le Royaume-Uni. Son mari Majid, presque centenaire, supporte mal cette attention partagée. Un film poétique et émouvant sur la transmission, le départ et la résilience.

20h – MEDIHA de Hasan Oswald (États-Unis, 2025, 90 min, documentaire)

Un documentaire puissant et intime.

Mediha, adolescente yézidie rescapée de la captivité de l’État islamique, se filme pour surmonter son traumatisme. Alors que des sauveteurs recherchent les membres disparus de sa famille, elle reconstruit peu à peu sa voix et son avenir. Un témoignage bouleversant sur le génocide yézidi et ses séquelles.

Mercredi 1er juillet

17h – Séance Courts-métrages

  • HEVRAZ de Cemal İşnas (Turquie, 16 min)

  • Un médecin renvoyé pour avoir signé la Déclaration des universitaires pour la paix retourne dans son village pour dire adieu à son père. Un film sensible sur l’exil, la culpabilité et les liens familiaux.

  • UNSER NAME IST AUSLÄNDER de Selin Besili (Suisse, 21 min)

  • Frère et sœurs originaires du Kurdistan recréent leur salon familial en plein espace public en Suisse. Une réflexion touchante sur l’exil, l’identité et la résilience.

  • HELIN (Le nid) de Şems Çiftçi (Turquie, 12 min)

  • Heja, 10 ans, confronté à la perte de son père et à la possible disparition de sa sœur, doit accomplir un rite cruel qui marque la fin de son enfance.

  • GHAZALA MIN

  • SİNORÊN DAYIKA

20h – ALL THE MOUNTAINS GIVE de Arash Rakhsha (Film de clôture)

Le Festival des Films Kurdes de Paris continue de s’imposer comme une plateforme essentielle pour la visibilité du cinéma kurde contemporain, offrant au public parisien des œuvres souvent inédites en France et des rencontres avec des cinéastes.

Informations pratiques :

Lieu : Centre Wallonie-Bruxelles, 46 rue Quincampoix, 75004 Paris

Tarifs : Pass festival 3 jours 15 euros ou une entrée 5 euros disponible sur Helloasso : Festival des Films Kurdes de Paris 2026

Contact

info@ffkparis.fr

www.ffkparis.fr

IRAN. Les femmes confrontées à une répression accrue

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IRAN / ROJHILAT – Les politiques répressives de l’Iran se durcissent dans tous les domaines, ciblant particulièrement la voix et la présence des femmes : de l’éducation aux lieux de travail, en passant par les espaces numériques et publics.

Le soulèvement « Femme, Vie, Liberté » (Jin, Jiyan, Azadî), déclenché en 2022 par la mort sous la torture de Jina Mahsa Amini, a révélé l’ampleur de la colère accumulée contre le régime. Depuis la répression brutale des manifestations, les droits des femmes ont été systématiquement bafoués, restreints et censurés dans tous les aspects de la vie sociale.

Des centaines de manifestants ont été tués et des dizaines de milliers arrêtés. Enfants et jeunes femmes ont subi tortures, violences sexuelles et arrestations arbitraires. Selon Amnesty International, Human Rights Watch, la Mission d’établissement des faits des Nations Unies sur l’Iran (MESI-Iran) et d’autres organisations, les exactions commises — torture, viols et meurtres — pourraient constituer des crimes contre l’humanité. Les mécanismes de surveillance des femmes se sont intensifiés depuis 2023, combinant contrôle physique et surveillance numérique.

Surveillance numérique et contrôle physique

En 2024, le régime a renforcé l’application du code vestimentaire dans les grandes villes (Téhéran, Mashhad, Ispahan, Chiraz, Tabriz). Les conductrices sans hijab reçoivent des messages d’intimidation, et des commerces sont fermés. L’application mobile « Nazer » permet aux citoyens de dénoncer les femmes en indiquant plaque d’immatriculation, localisation et heure. Drones, reconnaissance faciale et caméras de surveillance ont été déployés massivement, y compris à l’entrée des universités comme celle d’Amirkabir. Même les femmes en taxi ou en ambulance ne sont pas épargnées.

Répression dans les universités

Les universités, foyers historiques de la contestation, sont particulièrement visées. Enquêtes disciplinaires, expulsions et mesures de sécurité renforcées ont touché les étudiantes de l’Université de Téhéran, de Sharif, d’Allameh Tabataba’i et de Sharif. Des systèmes de reconnaissance faciale ont été installés pour cibler les participantes aux manifestations, privant de nombreuses jeunes femmes de leur droit à l’éducation.

Femmes journalistes, avocates et militantes dans le viseur

Les femmes journalistes, avocates, défenseures des droits humains et artistes restent des cibles prioritaires. Niloufar Hamedi et Elaheh Mohammadi, qui ont révélé la mort de Jina Amini, ont passé de longues périodes en détention. Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix, fait face à une répression emblématique et se voit régulièrement privée de soins médicaux malgré son état de santé. De nombreuses autres militantes sont poursuivies pour leurs publications sur les réseaux sociaux ou leur engagement dans le mouvement.

Conditions de détention alarmantes

Dans les prisons, les violations des droits humains sont extrêmes. Zeynab Jalalian (détenue depuis 2008), Warisheh Moradi (membre du PJAK) et Pakhshan Azizi (condamnée à mort) incarnent la brutalité du système carcéral iranien. Les condamnations à mort et le refus de soins médicaux constituent un message clair adressé à toute forme d’opposition.

Pression économique et paupérisation

La crise économique (inflation, effondrement de la monnaie) frappe durement les femmes, particulièrement dans les foyers modestes. Le taux d’activité féminin reste très bas, tandis que le travail informel, précaire et à domicile se développe.

Le Kurdistan oriental (Rojhilat) encore plus touché

La situation est particulièrement dramatique dans les régions kurdes (Kurdistan iranien). Dans les régions d’Urmia, Sanandaj (Sînê), Kermanshah (Kirmanşan) et Marivan (Merîwan), les familles des kolbars (porteurs transfrontaliers) tués ou blessés par les forces du régime voient souvent les femmes porter seules le fardeau économique. La double discrimination — de genre et ethnique — pousse de nombreuses femmes à devenir porteuses, transportant de lourdes charges dans des zones montagneuses dangereuses.

Une réalité similaire frappe le Sistan-et-Baloutchistan, où pauvreté, discrimination ethnique, insuffisance des services publics et climat sécuritaire limitent drastiquement l’accès des femmes à la santé et à l’éducation.

Espaces numériques étouffés

Les restrictions internet et la censure renforcée après les manifestations ont également porté un coup sévère à l’indépendance économique des femmes, nombreuses à dépendre des réseaux sociaux, du e-commerce et des plateformes numériques pour leur activité professionnelle (mode, design, éducation, services).

Conclusion

La répression à l’égard des femmes en Iran dépasse largement la question du hijab. Elle constitue une offensive globale contre leur présence, leur voix et leur autonomie dans tous les domaines de la vie sociale, économique, éducative et numérique. (ANF)

Crimes sexuels en uniforme au Kurdistan : impunité assurée par l’État

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TURQUIE / KURDISTAN – Les affaires de crimes sexuels impliquant des représentants de l’État dans les régions kurdes (Kurdistan du Nord) se soldent très largement par l’impunité. De nombreux auteurs restent en fonction malgré les plaintes et les poursuites judiciaires.

Ces crimes commis par des soldats, policiers, gardes villageois et autres personnels en uniforme ont augmenté parallèlement aux politiques de guerre menées au Kurdistan, particulièrement depuis 2015. De nombreux cas de violences sexuelles contre des femmes et des enfants ont été signalés à Mardin, Batman, Şırnak et Van. Dans une région déjà marquée par les abus, la violence et les féminicides, les affaires portées devant les tribunaux se terminent le plus souvent par des acquittements. Cette politique d’impunité, ancrée depuis longtemps, a encouragé les auteurs tout en permettant l’émergence de réseaux de prostitution et d’exploitation impliquant des membres des forces de sécurité.

Des dizaines de cas d’abus sexuels commis par des agents de l’État ont été médiatisés depuis 2012, mais seul un très faible nombre a abouti à des arrestations ou à des condamnations effectives.

Quelques exemples de cas rendus publics :

  • En 2023, une jeune femme de 22 ans originaire de Mardin a porté plainte pour viol contre un garde villageois, Yakup A., et trois autres hommes (Çetin T., Harun Y. et Suud Ç.). Elle a déclaré avoir subi un chantage intensif qui l’avait poussée à tenter de se suicider, puis avoir été contrainte par sa famille à épouser un homme de quarante ans son aîné. Trois suspects ont été interpellés et un mandat d’arrêt a été émis contre le quatrième.

  • En octobre 2021, le sous-officier Talip K., en poste à Van, a été arrêté pour avoir emmené deux lycéennes à son domicile, où il les avait battues et violées. Il a cependant été remis en liberté lors de sa première comparution devant le 5e tribunal correctionnel de Van, au motif de « déclarations contradictoires » et d’un manque de preuves.

  • À Van, plusieurs fonctionnaires, dont des sous-officier et des gardes villageois, ont été accusés d’agressions sexuelles sur une réfugiée. Ils ont été arrêtés et emprisonnés après que l’affaire a été rendue publique.

  • Le sous-officier Ömer Ayas, du commandement de la 70e brigade mécanisée, a été accusé d’avoir systématiquement violé une jeune femme de 19 ans sous la menace, entre décembre 2018 et juin 2019. Inculpé de « privation de liberté par la force, les menaces et la tromperie » et d’« agression sexuelle aggravée », il a finalement été acquitté.

  • L’agent des forces spéciales BK, en poste à Mardin, était accusé d’agression sexuelle sur une jeune femme de 21 ans, MB, rencontrée sur les réseaux sociaux. Bien que le parquet ait requis jusqu’à 12 ans de prison, le tribunal correctionnel de Mardin l’a acquitté faute de preuves suffisantes.

  • En 2020, à Gercüş (Batman), une jeune fille de 15 ans a accusé 27 personnes, dont des militaires, policiers et gardes villageois, de l’avoir agressée sexuellement. L’ancien sous-officier Musa Orhan, accusé d’agression sexuelle sur İpek Er (18 ans), a été condamné à 10 ans de prison mais n’a jamais été incarcéré, bénéficiant d’une mesure de contrôle judiciaire. Il a finalement été révoqué de la gendarmerie en août de la même année.

  • Affaire N.Ç. (Mardin, 2002) : Une fillette de 12 ans a été séquestrée et violée pendant une longue période par plusieurs hommes à Kızıltepe (Qoser). Les mandats de dépôt ont rapidement été levés. En 2010, le tribunal a réduit les peines en affirmant que l’enfant avait « consenti » aux viols. Cette décision a été confirmée en appel par la Cour de cassation. Après épuisement des recours internes, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné la Turquie en 2021 pour durée excessive de la procédure et défaut de protection d’une enfant victime de viol.

Le témoignage d’Eren Keskin

L’avocate et défenseure des droits humains Eren Keskin, qui a suivi de nombreux cas de torture sexuelle, affirme que le système dominant dans la région repose sur des valeurs patriarcales et militaristes, auxquelles les institutions judiciaires se conforment.

Selon elle, les violences faites aux femmes au Kurdistan s’inscrivent dans une politique de guerre. « Cette région est marquée par le génocide. Il y a eu les génocides de 1915 et 1938. Les violences contre les femmes ont été utilisées lors des massacres visant les Arméniens et d’autres populations chrétiennes, ainsi que pendant le génocide de Dersim. Dans les années 1990, ces violences ont été mises en œuvre comme une politique d’État très organisée. »

Elle cite notamment Mardin comme l’un des centres de cette politique : « Dans la zone où le commandant Musa Çitil était stationné, de nombreuses femmes ont subi des tortures sexuelles en détention. Nous avons obtenu que Musa Çitil et 405 soldats soient traduits en justice dans l’affaire Ş.E. L’affaire a cependant été transférée à Çorum et s’est soldée par des acquittements. Par la suite, nous avons retrouvé le même Musa Çitil à Sur et à Cizre, à un grade supérieur. »

Eren Keskin rapproche également la vague de suicides de femmes à Batman d’une politique similaire, tout comme les affaires récentes à Dersim impliquant Gülistan Doku et des réseaux criminels ciblant les jeunes femmes kurdes. « Batman avait été choisie comme région pilote à l’époque. L’impunité est une politique d’État omniprésente. »

Conclusion

Eren Keskin souligne que la torture sexuelle reste un sujet tabou au Kurdistan, malgré sa couverture par certains médias alternatifs comme Özgür Gündem. Elle appelle à une remise en cause du traitement médiatique biaisé et à une mobilisation conjointe des organisations féminines, pacifistes et de défense des droits humains.

« Les violences faites aux femmes et les tortures sexuelles perpétrées dans le cadre de politiques de guerre spécifiques au Kurdistan doivent être débattues par tous les secteurs de la société. Cette politique d’impunité doit être dénoncée de manière exhaustive et mise en lumière. » (ANF)