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ROJAVA. « Le Père », le film qui raconte la lutte d’un ancien détenu de Saydnaya après sa libération

SYRIE / ROJAVA – Un long métrage kurde intitulé « Bav (Le Père) » est actuellement en tournage à Qamishli. Le film suit le parcours de Taymour, un Kurde d’Afrin qui, après 15 ans de détention dans la tristement célèbre prison de Saydnaya, tente de reconstruire sa vie suite à la chute de l’ancien régime syrien.

Libéré après la chute du régime, Taymour reste bloqué un an à Damas avant de rejoindre Qamishli, où sa femme et son fils vivent depuis des années, contraints à l’exil par la guerre. Si ses retrouvailles physiques avec sa famille ont lieu, son retour marque le début d’un nouveau combat : celui des séquelles psychologiques profondes, de l’incapacité à se réadapter et d’un isolement persistant au sein d’une société profondément transformée.

Le réalisateur kurde Zahawi Sanjawi, installé en Suède, porte ce projet depuis plus de vingt ans. Il en a écrit le scénario et supervise actuellement le tournage dans le nord-est de la Syrie, entamé il y a près de deux mois. Le titre actuel reste provisoire.

Un récit aux résonances universelles

Au-delà de l’histoire personnelle de Taymour, le film aborde des thèmes plus larges : le déracinement, la mémoire traumatique, la perte et la quête d’identité. Il reflète le vécu de milliers de Kurdes syriens victimes de détention arbitraire et de disparition forcée sous le régime baasiste.

L’actrice Shirin Rashid, qui incarne l’épouse de Taymour, souligne que le film donne voix aux souffrances endurées par des milliers de familles kurdes. Son personnage incarne une femme qui a élevé seule son fils pendant quinze ans et perdu une fille lors des déplacements forcés à Afrin.

Jamil Murad, directeur de la photographie et responsable de la société de production Ray Artistic Production, explique que le personnage de Taymour symbolise l’injustice accumulée subie par les Kurdes syriens pendant des décennies. « Ce n’est pas seulement une histoire de retrouvailles familiales, mais une quête identitaire profonde après des années de dépossession. »

Malgré des moyens limités et des conditions de tournage difficiles, une grande partie de l’équipe travaille de manière semi-bénévole. La production fournit caméras, éclairage, son et logistique, et le film entre désormais dans ses dernières phases de tournage.

Zahawi Sanjawi est connu pour ses films humanitaires traitant des réfugiés, des traumatismes de guerre et des souffrances des communautés kurdes et yézidies. Parmi ses œuvres notables figurent le documentaire « L’Enfance d’Imad » (sur un enfant yézidi enlevé par Daech) et « Ma Mère », coréalisé avec Ibrahim Saeedi et Abbas Ghazali, qui retrace la campagne d’Anfal et a reçu le Prix du public au Festival du film kurde de Londres.

Avec « Le Père », Sanjawi espère toucher un large public, notamment en Syrie et au sein de la diaspora kurde, et présenter le film dans les festivals internationaux.