SYRIE / ROJAVA – À l’occasion du 14e anniversaire de la Révolution du Rojava, un militant kurde revient sur l’héritage de ce soulèvement et sur ce qu’il a apporté tant au peuple kurde qu’à l’ensemble de la région.
Il déclare que « ce qui a distingué le 19 juillet 2012, ce n’était pas seulement la revendication kurde d’autogouvernance. Son véritable caractère singulier, au regard de nombreuses autres expériences au Moyen-Orient, réside dans sa volonté de dépasser le modèle classique d’un État ethnique pour fonder un projet politique sur le concept de nation démocratique.
Cette vision reposait sur une idée forte : « Ces terres n’appartiennent pas à un seul peuple. Tous les peuples, toutes les croyances et toutes les cultures qui y vivent peuvent coexister dans une fraternité partagée. » Kurdes, Arabes, Assyriens, Arméniens, Turkmènes et bien d’autres communautés étaient appelés à construire ensemble une vie commune sous un même toit politique.
Malgré les critiques légitimes qui peuvent lui être adressées, une reality historique majeure ne saurait être occultée : le peuple kurde a connu une transformation profonde. Il y a encore peu de temps, l’existence même des Kurdes de Syrie était contestée ou niée ; aujourd’hui, ils sont devenus un acteur incontournable dans les débats sur l’avenir du pays.
L’un des acquis les plus remarquables de la Révolution du 19 juillet reste la révolution dans la condition des femmes. Au-delà de leur participation aux institutions et aux structures de gouvernance, elle a profondément remis en question les rapports traditionnels de domination au sein de la société kurde et, plus largement, de la région.
Ainsi, en dépit de ses limites et de ses insuffisances, la Révolution du Rojava constitue l’une des expériences politiques et sociales les plus significatives du peuple kurde au cours du dernier siècle. Sa force future ne tiendra pas seulement au récit de ses succès, mais aussi à sa capacité à regarder lucidement ses faiblesses et à en tirer les leçons nécessaires. Car ce qui maintient une révolution vivante, ce n’est pas uniquement la mémoire de ses victoires passées, mais sa volonté permanente de se corriger et de se réinventer pour affronter l’avenir. »