TURQUIE. Mort d’un prisonnier politique malade
Le printemps d’action de soutien au peuple kurde en Europe
Événements principaux:
18 mars: Journée des prisonniers politiques
19 mars: Journée mondiale d’action pour le climat
19-21 mars: célébrations du Newroz (Nouvel-an kurde)
21-28 mars: Semaine de commémoration des martyrs
27-28 mars: marches régionales de commémoration des martyrs
04 avril: Anniversaire d’Abdullah Öcalan
25 avril: Deuxième anniversaire de RiseUp4Rojava
01 mai: Journée internationale des travailleurs
08 mai: Journée d’action antifasciste
LYON. Rassemblement de soutien au peuple kurde le 20 mars
En Turquie la répression contre toutes les formes d’opposition n’a elle jamais cessé. Dernier acte en date la nomination d’un administrateur aux ordres à la tête de l’Université du Bosphore qui suscite en réaction une résistance courageuse de la part des étudiants et professeurs.
Le Rojava est en danger
Depuis maintenant plusieurs semaines le ROJAVA subit les assauts des supplétifs islamistes de l’armée Turque au nord-ouest de la ville kurde d’Ain Issa.
Si les FDS résistent pour le moment à ces assauts, l’ensemble du ROJAVA est sous la menace prochaine d’une intervention directe et massive de l’armée Turque qui d’ores et déjà amasse des troupes et véhicules le long de l’autoroute M4.
Le régime syrien en profite de son côté pour tenter de reprendre l’avantage dans la région en multipliant les provocations et affrontements avec les forces kurdes au sein des villes d’Hasaka et de Qamishlo. Dans le même temps DAESH ressurgit à Deir ez-Zor et dans les zones d’occupation Turque et multiplent les attaques.
En Turquie la répression continue plus que jamais
En Turquie, l’Etat continue de persécuter les journalistes indépendants et les députés HDP. 79 journalistes [majoritairement des kurdes] ont encore été arrêtés en Turquie en 2020 et 24 d’entre eux ont été emprisonnés. Quatre demandes de levée des immunités parlementaires ont encore récemment visés les députés Ömer Faruk Gergerlioğlu, Ömer Oclan, Nusrettin Maçin et Remziye Tosun. Et, faut-il le rappeler, notre camarade et ami, Tuna altinel est toujours privé de ses mouvements par le refus de lui remettre son passeport malgré son acquittement définitif.
Enfin ces jours-ci, Erdoğan a décidé de mettre au pas l’université Boğaziçi (université du Bosphore). Située sur la rive européenne du détroit, cette université prestigieuse est réputée pour la défense de la démocratie en son sein et le respect de la multiculturalité, dont profitent en particulier, mais pas uniquement, les étudiantes et étudiants kurdes. Elle s’est vu imposer la nomination par Erdoğan d’un nouveau recteur membre de l’AKP. Dans le cadre de ce qu’il appelle une « réforme totale de l’enseignement », c’est-à-dire une mise au pas du système éducatif (6000 enseignants ont déjà été radiés depuis 2016) le dictateur, sur 27 des derniers recteurs promus, en a nommés 20 par décret (alors qu’ils devraient être cooptés par leurs pairs) tous membres de l’AKP.
Face à cette volonté de mise au pas, étudiants et professeurs ont exprimé leur refus par des pétitions et manifestations, manifestations qui se poursuivent encore aujourd’hui. Depuis le 6 janvier, ce sont plus de 160 étudiants qui ont été arrêtés alors que le MHP (parti de l’extrême droite nationaliste allié d’Erdogan) appelle à « écraser » la protestation…
En Irak, l’armée turque mène une guerre d’invasion
En Irak, depuis plusieurs semaines maintenant, la Turquie se livre à des bombardements criminels sur la région yézidie de Sinjar. Parallèlement l’armée turque mène une véritable guerre d’invasion visant le Kurdistan irakien, en menant des opérations aériennes et terrestres contre les bases militaires du PKK à Garê. Dans cette nouvelle guerre sale Erdogan n’a pas hésité a employé des gazs chimiques.
Plus que jamais les kurdes et toutes les forces progressistes et révolutionnaires ont besoin de la solidarité internationale.
Nous appelons à un rassemblement
le samedi 20 mars
à 15h00
Place Bellecour
69002 – Lyon »
Visioconférence. Mathématiciens engagés, regards croisés
La discussion entre Tuna Altınel (depuis İstanbul) et Michel Broué (depuis Paris) sera animée par Gilles Lemée (depuis Lyon). Il sera possible de suivre le direct via ce lien de visioconférence.
Dans les jours qui suivront un enregistrement sera disponible sur la chaîne youtube du comité de soutien.
Le Parlement européen demande à la Turquie de se retirer du nord de la Syrie
La résolution déclare que, depuis 2016, ces opérations ont été menées « en vue d’occuper les parties nord du pays, constituées principalement d’enclaves kurdes syriennes, en violation du droit international, notamment en envahissant en octobre 2019 les territoires contrôlés par les Forces démocratiques syriennes (FDS). »
En réponse, certains pays de l’UE ont suspendu les ventes d’armes à la Turquie.
Ankara a précédemment affirmé que ses trois opérations militaires transfrontalières en Syrie – Bouclier de l’Euphrate (août 2016 – mars 2017), l’opération Rameau d’olivier (janvier 2018 – mars 2018) et l’opération Printemps de la paix (octobre 2019) – étaient conformes au droit de légitime défense, tel que décrit dans l’article 51 de la Charte des Nations unies, « pour combattre le terrorisme international. »
Le Parlement européen a toutefois appelé la Turquie à « retirer ses troupes du nord de la Syrie qu’elle occupe illégalement en dehors de tout mandat de l’ONU. »
Il a également condamné « les transferts illégaux par la Turquie de Kurdes syriens de la Syrie du Nord occupée vers la Turquie pour y être détenus et poursuivis, en violation des obligations internationales de la Turquie au titre des conventions de Genève. »
Un rapport publié l’année dernière par deux organisations syriennes de défense des droits de l’homme a documenté la manière dont Ankara continue de transférer illégalement des dizaines de Syriens arrêtés dans les zones occupées lors de son opération dite du Printemps de la paix en octobre 2019 vers la Turquie.
La résolution demandait instamment que tous les « détenus syriens qui ont été transférés en Turquie soient immédiatement rapatriés dans les territoires occupés en Syrie. »
Elle exprimait également des inquiétudes « sur le fait que les déplacements en cours de la Turquie pourraient s’apparenter à un nettoyage ethnique contre la population kurde syrienne » et soulignait, « que l’invasion et l’occupation illégales de la Turquie ont mis en péril la paix en Syrie, au Moyen-Orient et en Méditerranée orientale. »
En 2018, un rapport de l’ONU s’est également inquiété du fait que l’installation d’Arabes de souche dans des maisons appartenant à des Kurdes à Afrin pourrait « être une tentative de modifier définitivement la composition ethnique de la zone. »
Néanmoins, l’UE a également salué le rôle joué par les États voisins, dont la Turquie, pour offrir solidarité et assistance à un grand nombre de réfugiés syriens en Turquie et a exhorté les États membres de l’UE à « continuer à financer des programmes d’aide humanitaire dans les pays d’accueil des réfugiés et également pour les Syriens déplacés en Syrie. »
KURDISTAN. Des soldats turcs tuent un kolbar kurde sous la torture
Le corps du kolbar Burhan Mohammadi, 23 ans, est toujours aux mains des forces turques tandis que sa famille n’a pas pu entrer en Turquie pour prendre le corps en raison de la fermeture des frontières.
Par ailleurs, au moins 10 chevaux appartenant aux kolbars ont été confisqués par les forces armées turques.
KURDISTAN. Pourquoi les Kurdes ne parviennent-ils pas à s’unir (1/2) ?
KURDISTAN – Certes, les Kurdes sont colonisés par 4 États plus ou moins puissants qui s’unissent pour écraser les revendications du peuple kurde, mais ceci n’est pas la seule raison de l’incapacité des Kurdes à obtenir leur autonomie, et encore moins un État kurde. La désunion et rivalité entre partis / clans kurdes en est une des principales raisons du malheur kurde.
Le journaliste Emil Bouvier revient sur cette question dans son article à deux volés publié sur le site Les clés du Moyen-Orient. (Unions et désunions aux Kurdistans : pourquoi les Kurdes ne parviennent-ils pas à s’unir (1/2) ?)
« Entre partis autonomistes, indépendantistes, sécessionnistes ou encore nationalistes, les différents mouvements kurdes partagent, dans leur très grande majorité, le souhait – sinon la revendication – de parvenir à différents degrés de reconnaissance politique dans leurs différents pays de peuplement (Turquie, Syrie, Irak et Iran) et d’obtenir la création de territoires autonomes kurdes. Pour autant, à l’exception du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) et, dans une moindre mesure, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), aucun mouvement kurde n’est parvenu à s’affranchir des frontières : aujourd’hui, malgré d’évidents succès politico-militaires en Irak et en Syrie notamment, les Kurdes apparaissent toujours profondément divisés à travers le Moyen-Orient. »
TURQUIE. L’avocate kurde, Eren Keskin reçoit le prix « Paix, amitié et démocratie »
TURQUIE / BAKUR – Avocate kurde défendant les droits humains, Eren Keskin a reçu le « Prix de la paix, de l’amitié et de la démocratie » de l’Association médicale de Diyarbakır pour ses années de travail contre la violence faites aux femmes alors qu’elle est persécutée par la « justice » turque qui veut la condamner à plusieurs dizaines d’années de prison pour sa lutte acharnée en faveur des droits humains.
L’Association médicale de Diyarbakır a décerné à l’avocate des droits humains Eren Keskin le « Prix de la paix, de l’amitié et de la démocratie » pour ses années de travail contre la violence envers les femmes. Depuis les années 1990, connues comme « les années sombres » surtout pour la société kurde, Keskin s’est engagée à aider les victimes de violences sexuelles et de viols, à lutter contre le racisme et la discrimination et à faire en sorte que les droits de l’homme soient valables pour tous, partout, selon le communiqué de l’Association médicale de Diyarbakir (Amed).
L’Association médicale de Diyarbakir décerne le prix de la paix, de l’amitié et de la démocratie depuis 1995. Eren Keskin, qui est également co-présidente de l’Association des droits de l’homme (IHD), l’a reçu samedi avec le slogan « Jin, Jiyan, Azadî » (Femmes, Vie, Liberté) et le slogan « La lutte continue ». Le jury avait déjà annoncé le lauréat de cette année en février. Ce samedi, la cérémonie de remise des prix a eu lieu dans les salles de conférence de l’Association du Barreau de Diyarbakir. Dans le public étaient assises plusieurs personnalités politiques, des arts et de la société civile, notamment des membres du parti HDP et des militantes de l’initiative des Mères de la Paix.
Message du maire déchu d’Amed actuellement en prison
La cérémonie a commencé par un moment de silence pour tous les travailleurs de la santé qui ont perdu la vie en service. Le discours d’ouverture a été prononcé par Elif Turan, présidente de l’Association médicale. Turan a d’abord salué le maire destitué d’Amed actuellement en prison, Adnan Selçuk Mızraklı, et l’ancien député HDP Idris Baluken. « La démocratie est essentielle pour la santé et la paix. La paix et la démocratie sont une condition préalable aux valeurs médicales universelles », a déclaré Mme Turan. Elle a ensuite lu un message de Mızraklı. Le politicien de 58 ans, qui est médecin de profession, est en prison depuis octobre 2019. En mars 2020, il a été condamné à neuf ans et quatre mois et demi de prison pour « appartenance à une organisation terroriste armée. » Dans son message, Mızraklı a rappelé les nombreux travailleurs de la santé qui sont morts à la suite de la pandémie du coronavirus en Turquie et a souligné l’importance de renforcer la confiance et le bien-être du public maintenant. »
La région kurde est traversée par une vague de désobéissance
Dans son discours, Eren Keskin a évoqué les trente dernières années de sa vie, au cours desquelles elle a toujours plaidé pour la fin des violations des droits humains en Turquie. Revenant sur les années 1990, la femme de 61 ans a décrit la structure de l’État à laquelle elle avait affaire à l’époque : « Nous savions qu’il existait un pouvoir en dehors de l’appareil gouvernemental, nous savions tous qu’il y avait du militarisme. Nous étions conscients de ces structures, mais les gouvernements niaient leur existence.
Aujourd’hui, nous sommes face à un État qui admet ouvertement ses actes. C’est l’idéologie officielle de la synthèse turco-islamique qui persiste depuis le génocide arménien et nous fait sentir son existence à tout moment. Cette idéologie a été si profondément intériorisée qu’aujourd’hui, même la société ressemble à l’Etat. Nous sommes confrontés à un racisme qui est devenu habituel », a déclaré Keskin.
Faisant remarquer que le monde a toujours été changé par ceux qui luttent et résistent, Keskin a déclaré au sujet de la région kurde de Turquie : « Je crois qu’il y a une nervure de désobéissance qui traverse la région. J’ai une grande confiance dans cette nervure principalement kurde. Donc, notre devise est : la lutte continue. Il n’y a pas d’autre alternative de toute façon. Nous avons besoin les uns des autres ».
IRAN. 13 Kurdes condamnés à la prison et à la flagellation pour avoir manifesté contre l’invasion turque au Rojava
La condamnation a été prononcée par le tribunal révolutionnaire de Marivan pour atteinte à l’ordre public par le biais de rassemblements illégaux et d’affrontements avec des agents des forces de l’ordre.
Selon cette condamnation pour ces 13 citoyens, selon l’article 618 du Code pénal islamique, chacun d’eux a été condamné à 6 mois d’emprisonnement et 30 coups de fouet, ce qui en termes d’absence de casier judiciaire. Les peines prononcées ont été suspendues pendant un an.
Le vendredi 12 octobre 2019, de nombreux Kurdes de Marivan s’étaient rassemblés dans le parc Mellat de la ville pour condamner l’attaque militaire turque contre le Kurdistan syrien (Rojava), dont certains ont été détenus par les forces de sécurité iraniennes dans les jours qui ont suivi la manifestation.
KURDISTAN. Pétition en soutient aux ONG locales défendant les droits des LGBT+
IRAK / KURDISTAN DU SUD – Dans la société ultraconservatrice kurde du nord de l’Irak, l’homosexualité est un tabou absolue que de nombreux dignitaires religieux condamnent publiquement et appellent parfois à la « punition » des homosexuels.
En ce moment, c’est une ONG de défense des droits des LGBT+ kurde qui est attaquée par un député homophobe qui appelle à sa fermeture. Des militants des droits des LGBT+ ont lancé une pétition pour que les autorités kurdes protègent les défenseurs des des droits des LGBT+. (A signer ici)
« L’organisation Rasan, une petite ONG locale basée à Sulaymaniyah au Kurdistan irakien, a été poursuivie le 22 février 2021 par un député homophobe parce qu’elle défend publiquement les droits des LGBT+. Outre le procès, le député a commencé à prêcher des crimes de haine et à diffuser des informations erronées sur la communauté LGBT+ à la télévision locale et nationale. Ces fausses informations ont suscité l’indignation et ont fait des activistes homosexuels la cible d’extrémistes. Le député avait recueilli des signatures qu’il a jointes à son action en justice, demandant la fermeture du bureau de Rasan et le retrait de sa licence.
À l’heure actuelle, l’organisation se bat pour poursuivre son travail dans la région et a besoin de votre soutien pour continuer. Les militants doivent recueillir autant de signatures que possible et les apporter à la DNGO (Direction des organisations non gouvernementales) pour leur montrer qu’ils veulent que Rasan poursuive son action de défense de la communauté LGBT+.
Pourquoi est-ce important et pourquoi Rasan devrait-il continuer à exister ? C’est actuellement la seule organisation physiquement présente en Irak qui soutient publiquement la communauté LGBT+. Si elle est fermée, cela rendrait le travail des militants et des autres organisations qui défendent cette cause beaucoup plus difficile. Mais si on leur montre que nous ne resterons pas silencieux et que nous insistons pour que l’organisation soit autorisée à poursuivre son travail, on montrera aux autres défenseurs de cette cause qu’ils ont un système de soutien et on les encourage à poursuivre leur travail.
Montrons-leur que nous nous soucions d’eux et ne les laissons pas réduire davantage la voix du groupe le plus marginalisé de la société kurde ! SIGNEZ CETTE PÉTITION ET PARTAGEZ-LA AVEC VOTRE RÉSEAU POUR AIDER LE MOUVEMENT LGBT+ KURDE. »
Pétition lancée par Zhiar Ali
SYRIE. Quel bilan après 10 ans de guerre?
La stratégie des pays occidentaux, dont les États-Unis et la France, de poser comme préalable le départ de Bachar Al-Assad et d’armer une partie de l’opposition au régime syrien, soutenue par les pétromonarchies et la Turquie, ont accéléré le processus de militarisation et d’internationalisation de la crise politique souhaité par Bachar Al-Assad afin de tuer dans l’œuf le mouvement populaire démocratique.
Dix ans plus tard la guerre n’est pas terminée et les opérations militaires tout comme le terrorisme djihadiste demeurent une réalité.
La région d’Idlib, qui échappe au contrôle de Damas, est devenue le refuge des organisations djihadistes soutenues par la Turquie. En dépit d’un cessez-le-feu en vigueur depuis mars, les tensions perdurent alors que Moscou et le régime syrien ne cachent pas leur ambition d’en reprendre le contrôle. Par ailleurs, Ankara a annexé des territoires kurdes dans le nord, notamment celui d’Afrin, dans lesquels les populations sont soumises par une politique de terreur. R.T. Erdogan a de surcroît massé des troupes à la frontière et trépigne d’impatience afin d’éradiquer l’expérience libertaire et communaliste du Rojava. A cela s’ajoute la persistance des opérations contre Daesh qui ces derniers mois, dans l’est, a multiplié les opérations meurtrières. Les puissances occidentales ne sont pas en reste. Après avoir jeté de l’huile sur le feu durant tout le conflit, elles poursuivent des opérations de bombardements visant les infrastructures et les positions utilisées par les milices pro-iraniennes. Elles reçoivent l’appui constant d’Israël qui a réalisé plus d’une centaine de frappes depuis 2011 contre le régime syrien, le Hezbollah libanais et les troupes iraniennes provoquant la mort de très nombreux civils.
A la guerre, aux déplacements de populations, à l’exil, s’ajoute désormais une crise économique sans précédent aggravée par les sanctions occidentales et la Covid-19 qui disloquent le tissu social. Le pays s’enfonce désormais brutalement dans la pauvreté voire la famine. Les pénuries sont partout, touchant l’alimentation, les produits pétroliers et gaziers, la production électrique, l’accès aux médicaments. Tous les services publics et plus particulièrement ceux de la santé et de l’éducation sont en ruine. La monnaie nationale s’est effondrée et l’hyper-inflation réduit à néant le pouvoir d’achat. Le peuple syrien n’entrevoit aucune perspective alors que les proches du pouvoir festoient dans les restaurants de Damas qui leur sont exclusivement ouverts. La population craint désormais encore plus la faim que la violence guerrière. Le clan corrompu et prédateur de Bachar Al Assad porte la responsabilité majeure de cette ruine alors que ses membres continuent à s’enrichir insolemment. Les alliés russes et iraniens participent aussi à la curée en contrôlant les ports ou les mines de phosphate. L’effondrement de l’économie libanaise alourdit encore la situation car de nombreux dépôts syriens se sont volatilisés ou demeurent bloqués.
La fin d’un conflit armé porte souvent en lui les germes d’une reprise économique grâce aux efforts de reconstruction et à l’afflux des investisseurs. Rien de tel ne se produit en Syrie. Les caisses de l’État sont vides, l’aide étrangère est absente comme les investisseurs qui craignent la toxicité de cette économie. Les sanctions américaines amplifiées par la loi « César » visent précisément à décourager les investisseurs. Jusqu’en 2011, les sanctions se focalisaient sur des acteurs individuels et des secteurs spécifiques. Désormais, toutes les entreprises de toutes nationalités qui traiteraient avec le régime syrien s’exposeraient aux foudres de Washington. De toute évidence, comme le souligne l’ONU, ces sanctions seront inefficaces, inhumaines, constitueront un obstacle à la reconstruction et renforceront le pouvoir du clan Assad sur les secteurs les plus lucratifs de l’économie.
Dans ce contexte, les perspectives apparaissent sombres pour le peuple syrien. L’opposition politique structurée n’existe plus et celle qui demeure est discréditée et instrumentalisée par Ankara qui l’embrigade pour mener une sale guerre contre les Kurdes. Pour autant, les Syriens aspirent à la liberté, à la justice et à la paix. Les forces démocratiques à l’origine du soulèvement de 2011 existent toujours, tentent de se reconstituer même s’ils ne bénéficient d’aucun soutien. Dans ce combat difficile, les communistes sont à leur côté. »
Pascal Torre
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient