PARIS – Le Président français, Emmanuel Macron a déclaré sur Twitter que la Turquie a fait des « avancées positives » vis à vis de l’Europe alors que le régime turc tente d’interdire le parti politique HDP « pro-kurde », qu’il s’est retiré de la Convention d’Istanbul protégeant les femmes des violences masculines, qu’il occupe plusieurs pays voisins (Syrie, Irak)…
Par ailleurs, il y a quelques jours, ce même Emmanuel Macron a mis en garde contre « les tentatives d’ingérence » de la Turquie dans la prochaine élection présidentielle française de 2022 dans l’émission « Cdans l’Air », sur France 5. Rappelons également la crise provoquée à cause d’une subvention publique accordée à l’organisation islamique turque Milli Gorus pour la construction de la grande mosquée de Strasbourg…
En tout cas, pour Emmanuel Macron et l’Europe, la Turquie fait des efforts vis à vis d’eux, alors, pour encourager la Turquie à aller plus loin dans ses « avancées », on persécute les Kurdes de France et d’Europe en général. D’où les arrestations de militants kurdes accusés de « terrorisme » à Marseille, Paris et Draguignan le mardi 23 mars dernier.
PETITION. Dans une pétition, un collectif de Kurdes d’Afrin demande au Président français, Emmanuel Macron, d’agir pour empêcher le nettoyage ethnique opéré dans la région d’Afrin, au nord de la Syrie, occupée par la Turquie et des mercenaires islamistes depuis 2018. (Vous pouvez la signer ici: pétition)
Voici la pétition du Collectif Afrin adressée à Emmanuel Macron:
La Turquie pratique un nettoyage ethnique systématique dans le canton kurde syrien qu’elle occupe illégalement depuis trois ans. Les Kurdes qui constituaient plus de 95% de sa population ne sont plus que moins de 25%. Plus de 250 000 d’entre eux ont été expulsés par les forces d’occupation turques et leurs supplétifs islamistes syriens qui font régner la terreur. Plus de 400 000 Arabes, pour la plupart des familles et des proches des milices syriennes à la solde de l’armée turque, ont été installés dans ce canton.
Les terres, les riches oliveraies, les maisons, les commerces kurdes ont été pillés, confisqués par les supplétifs syriens qui kidnappent, rançonnent, assassinent les paysans kurdes refusant de partir. Les cimetières et les lieux de culte yézidis sont profanés, les sites historiques et culturels kurdes sont détruits pour éradiquer l’identité kurde de ce territoire.
Ces crimes de guerre sont connus, largement documentés et dénoncés par des ONGs kurdes et internationales mais ils restent impunis car la Turquie est un allié de l’OTAN. Le Parlement européen a adopté le 11 mars 2021 une résolution demandant « le retrait des troupes turques des territoires kurdes syriens qu’elles occupent en violation du Droit international ». En réponse Ankara reconnaît « le transfert de plus de 400 000 réfugiés syriens » et appellent ses alliés à se montrer « compréhensifs à l’égard de ses préoccupations sécuritaires ».
Monsieur le Président,
Nous, Français originaires d’Afrin, regroupés dans un Collectif Afrin pour témoigner et défendre nos compatriotes victimes de l’occupation turque, en appelons à vous. Les Kurdes n’ont pas d’État donc pas de voix à l’ONU. Ils sont nos alliés dans la guerre contre Daech et plus de 11 000 d’entre eux sont morts pour notre sécurité et notre liberté. Nous avons envers eux un devoir de solidarité.
La France, patrie des droits de l’Homme, doit agir pour porter devant les instances de l’Union européenne, de l’OTAN et du Conseil de sécurité de l’ONU la question du nettoyage ethnique en cours à Afrin, qui constitue un crime contre l’humanité, pour exiger l’envoi sur place d’une commission d’enquête internationale et le retrait des troupes turques d’occupation et des milices syriennes à leur solde.
Nos démocraties sont restées silencieuses lorsque Saddam Hussein gazait et massacrait les populations civiles kurdes parce qu’il était « notre allié » contre l’Iran. Vont-elles rester sans agir contre le crime contre l’humanité du nettoyage ethnique à Afrin parce que la Turquie est un allié de l’OTAN ?
Les Kurdes de France et d’Europe sont dans le viseur d’un escadron de la mort turc depuis plusieurs années. Mais que fait la France et l’Europe contre ce danger réel ? Pas grand chose à priori, pire, les Kurdes sont persécutés par les autorités de nombreux pays européens, dont la France, l’Allemagne, la Suède, la Suisse… qui poursuivent des militants kurdes pour « terrorisme » et les livrent parfois à la Turquie. Mais revenons au danger venant de la Turquie.
Le journaliste Maxime Azadi a publié une enquête sur un escadron de la mort turc qui pourchasse les Kurdes et les opposants d’Erdogan en Europe, dont en France. Un des hommes clés de cet escadron de la mort n’est d’autre qu’Ismail Hakki Musa, l’ancien ambassadeur de la Turquie à Paris, d’après l’enquête. Ismail Hakki Musa est accusé d’être le coordinateur de l’équipe de tueurs à gage.
Ismail Hakki Musa était déjà cité dans le dossier du meurtre des militantes kurdes Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez le 9 janvier 2013 à Paris et dont les services secrets turcs (MIT) sont mis en cause par les éléments de l’enquête judiciaire.
« Ismail Hakkı Musa est la figure clé qui organise des meurtres en Europe », a déclaré de son côté le coprésident du Congrès du peuple du Kurdistan (Kongra-Gel), Remzi Kartal au sujet de l’article de Laure Marchand paru dans le journal de Dimanche le 14 mars dernier et qui attirait l’attention sur le rôle d’Ismail Hakki Musa dans le meurtre des militantes kurdes le 9 janvier 2013.
Deux photos, l’une prise devant le palais d’Erdogan et l’autre à l’ambassade de Turquie à Paris, lèvent le rideau sur un escadron de la mort turc. On y voit les commanditaires, les coordinateurs et les exécuteurs.
Juin 2017. Une voiture noire de marque Mercedes Classe E circulait devant le bâtiment du Congrès national du Kurdistan (KNK), basé à Bruxelles. Les occupants de la voiture menaient depuis quelques temps des activités de reconnaissance et collectaient des renseignements.
Le véhicule qui avait fait au moins trois tours autour du KNK était poursuivi par la police. Au début, la police belge n’avait pas prise cette affaire au sérieux. Les responsables kurdes avaient mis en garde à plusieurs reprises contre les suspects. Après avoir effectué une surveillance technique et physique, les autorités avaient enfin compris la gravité de l’affaire.
C’était le 14 juin. Les suspects, après avoir fait un repérage devant le KNK, entraient dans le tunnel de Louise. La police les poursuivaient. Finalement, ils ont été arrêtés pour un motif simple : excès de vitesse. La police donnait l’impression d’un contrôle routier de routine. Après une brève fouille dans le véhicule, quelques documents d’identités ont été retrouvés.
Cette enquête sur la tentative d’assassinat de responsables kurdes reste confidentielle jusqu’à aujourd’hui. Cependant, selon les informations obtenues auprès de sources proches du dossier, le dossier d’enquête est lourd des milliers de pages.
Zekeriya Çelik avec l’ambassadeur turc Ismail Hakki Musa et dans l’enceinte du palais présidentiel ultra-protégé, situé à Ankara
Qui se trouvaient dans la voiture ?
Le 14 mars dernier, le Journal de Dimanche a révélé les noms de trois personnes dans voiture contrôlée par la police belge. L’une des trois personnes à bord du véhicule était Zekeriya Çelikbilek, qui serait un ancien soldat turc de nationalité française. Çelikbilek résidait alors dans la banlieue parisienne d’Argenteuil depuis six à sept mois lorsque le véhicule a été arrêté. La deuxième personne était Yakup Koç ; il avait en sa possession une carte de police turque.
Selon nos informations, Yakup Koç se présentait sous le nom de « Albay » (Colonel). Il serait organisateur de la mission visant à assassiner des responsables kurdes à Bruxelles. La troisième personne était Haci Akkulak, d’origine kurde résidant en Belgique.
Deux jours après ce contrôle, soit le 16 juin, les autorités belges aurait vu plus claire la menace. « Quatre individus d’origine turque seraient venus en Belgique ou ils auraient loué un appartement » peut-on lire dans l’enquête du Journal de Dimanche. Et l’un d’entre eux serait un « tireur d’élite. » Le coprésident de KONGRA GEL Remzi Kartal et le membre du Conseil exécutif du KCK Zübeyir Aydar étaient dans leur viseur.
Les informateurs..
Toujours selon les informations que nous avons obtenues de sources proches du dossier, la police belge a mené une opération quelques mois après le contrôle de la voiture. Zekeriya Çelikbilek et Yakup Koç avaient déjà quitté la Belgique. La police belge semblait avoir préférer de cibler le réseau d’espionnage sur son sol, au lieu d’interpeler les agents turcs. On ignore la raison de ce choix. Les perquisitions ont notamment eu lieu à Gand. Une personne d’origine turque et Haci Akkulak ont fait l’objet de ces perquisitions au cours desquelles plusieurs matériaux ont été saisis. Le turc était Necati Demirogulları, un homme d’affaire originaire de Sakarya en Turquie.
Il faut chercher dans les confessions de Haci Akkulak ce qui a conduit à ces perquisitions. Akkulak, après avoir accepté de recueillir des informations pour les services turcs, avait également mis au courant les responsables kurdes visés et la police belge lorsqu’il s’était rendu compte que l’objectif de cette mission était de commettre des assassinats.
D’après nos sources, la personne qui avait dirigé Akkulak vers l’équipe d’assassins était Necati Demirogulları. Ce dernier avait également avoué auprès de la police tout ce qu’il savait après la perquisition chez lui. Il est aussi le gendre de Yakup Koç et aurait fourni un soutien matériel.
Les confessions de Necati Demirogullari et Haci Akkulak révèlent que l’équipe d’assassins avait des liens étroits avec Ankara, notamment avec l’ambassade de Turquie à Paris. Zekeriya Çelikbilek aurait même confié à Hacı Akkulak lors d’une réunion privée qu’il avait joué un rôle dans le meurtre de trois femmes révolutionnaires kurdes à Paris. On sait déjà que cette enquête en Belgique a largement contribué à l’ouverture d’une nouvelle enquête sur le triple assassinat en pleine cœur de Paris. L’enquête, que le parquet de Paris a décidé de relancer en mai 2019, vise notamment les commanditaires de l’assassinat de trois femmes et leurs complices. Les avocats de la famille des trois femmes kurdes ont affirmé à plusieurs reprises qu’il existe un vaste réseau turc encore actif en Europe lié à cette affaire.
Ces photos qui en dit beaucoup
Les photos que nous avons obtenues révèlent à la fois les visages des personnes qui s’apprêtaient à commettre des meurtres politiques sur le sol européen et leurs liens indéniables avec les autorités turques.
On constate que Zekeriya Çelikbilek entretenait des relations très personnelles avec la présidence turque et l’ambassade de Turquie. L’une des photos met en avant le lien particulier entre Zekeriya Çelikbilek et l’ambassadeur turc Ismail Hakki Musa. Sur la même photo, il y a deux autres personnes que nous n’avons pas pu identifier.
Zekeriya Çelikbilek avec l’ambassadeur turc Ismail Hakki Musa
Zekeriya Çelikbilek apparait sur deux autres photos prises à l’intérieur de l’ambassade dont l’une devant une table réservée aux déclarations à la presse et l’autre dans l’enceinte du palais présidentiel ultra-protégé, situé à Ankara. Il porte un costume bleu foncé devant le palais. Sur une autre photo, il apparait avec un béret commando.
Les photos de Yakup Koç sont prises entre les années 2008 et 2011. L’une d’entre elles est prise sur la route de Bratislava, tandis qu’une autre est prise lors d’une « visite » au Mont Saint-Michel en France. Ce visiteur suspect apparait dans de nombreux endroits sur les photos.
Yakup Koç, lors d’une « visite » au Mont Saint-Michel en France
Le constat est clair. On voit un équipe d’assassins qui entretient des relations particulières avec le palais et l’ambassade de Turquie. Dans la décision d’enquête européenne, le nom du diplomate turc est directement cité, confirme le Journal du Dimanche. « La coordination de leurs actions aurait été assurée par Ismail Hakki Musa, l’actuel ambassadeur de la Turquie en France. »
Qui est Ismail Hakki Musa ?
Au moment où ses activités sombres sont devenues de plus en plus visibles, Ismail Hakki Musa a annoncé le 13 mars derniers la fin de son mandat, après quatre ans et demi à la tête de d’ambassade de la République de Turquie en France.
Dès le premiers jour de l’assassinat le 9 janvier 2013 visant l’une des fondatrices du PKK, Sakine Cansiz, la représentante du KNK à Paris, Fidan Dogan, et une membre du mouvement de jeunesse kurde, Leyla Saylemez, toutes les informations pointaient Ankara du doigt. L’enquête menée en France ainsi que plusieurs documents confidentiels, des témoignages et des aveux ont révélé que les assassinats perpétrés à Paris étaient bel et bien organisés par le service de renseignement de la Turquie, MIT.
Ismail Hakki Musa faisaient également partie des suspects depuis quelques années. La nomination à Paris de ce diplomate turc qui a occupé le poste de président du MIT pendant un certain temps et qui a ensuite été le numéro 2 du MİT, coïncide avec une période d’intensification des réseaux d’espionnage et de tentatives d’assassinat.
Le diplomate avait été envoyé en France à la fin des années 80 pour étudier. Il a assumé de différents rôles et de responsabilités pour l’État turc. Il a été nommé ambassadeur de la Turquie en Belgique le 1er novembre 2011, une nomination qui n’a pas duré longtemps. Il a été rappelé dans son pays en octobre 2012 et y a été nommé directeur adjoint du MIT au moment où Omer Guney planifiait l’assassinat trois femmes kurdes à Paris. Pendant sa mission à Bruxelles qui a duré un an, ses contacts intenses avec des mosquées turques, des associations nationalistes ou salafistes et des loups gris, un mouvement fasciste au service du régime turc, aurait également attiré l’attention des services de renseignement belges.
Plus tard, le 10 février 2015, ce directeur adjoint a été nommé à la tête du MIT par procuration, après la démission du chef de cette organisation, Hakan Fidan, qui s’apprêtait à présenter aux élections législatives. Ismail Hakki Musa est resté dans cette fonction jusqu’au 10 mars 2015.
Les périodes où il était responsable du MIT et où il a été nommé ambassadeur à Bruxelles et à Paris coïncident avec les périodes où le MIT était accusé de graves crimes.
Quelques mois après l’interception en janvier 2014 de camions appartenant au MIT et transportant des armes destinées aux djihadistes de Daech, Ismail Hakki Musa a mené des négociations avec ces djihadistes au consulat turc à Mossoul. Selon des déclarations officielles, le groupe Daech ou l’État islamique a pris en otage une cinquantaine de Turcs au consulat et ils ont été libérés grâce à l’opération « réussie » de l’État turc. Cependant, de nombreux documents et témoignages ont révélé plus tard qu’il y a eu des négociations entre Ankara et Daech. C’était Ismail Hakki Musa qui avait été chargé de résoudre cet incident après la prise de Mossoul par Daech.
Début 2014, il était le nom numéro deux du MIT lorsque la dépouille du grand-père du fondateur de la dynastie ottomane Suleiman Shah en territoire syrien a été déplacée sur une prétendue menace de Daech.
Il a enfin été nommé ambassadeur à Paris quatre mois seulement après la tentative de coup d’État de juillet 2016 en Turquie. La période où il a été nommé ambassadeur intervient également avec une période au cours de laquelle l’État turc a renforcé ses réseaux islamo-nationalistes et ses activités criminels dans de nombreux pays à travers des mosquées, écoles, associations etc…
Il y a une autre « coïncidence » frappante : L’auteur du triple assassinat à Paris, Omer Guney, est mort dans une prison français le 17 décembre 2016 dans des conditions qui restent toujours floues, environ un mois après la nomination de Hakki Musa comme le nouvel ambassadeur. Le terrain était dégagé pour son retour en Europe.
PARIS – Hier, un groupe de militants kurdes a manifesté devant le Ministère de la Justice afin d’exiger la levée du secret défense dans l’affaire du meurtre des militantes kurdes Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez le 9 janvier 2013 à Paris et dont les services secrets turcs (MIT) sont mis en cause par les éléments de l’enquête.
Le 24 mars, le Conseil démocratique kurde en France (CDK-F) a organisé un rassemblement devant le ministère de la Justice pour exiger que les responsables du meurtre de Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Şaylemez soient finalement inculpés. Les trois militantes kurdes ont été abattues le 9 janvier 2013, et le procès de l’assassin a été interrompu après sa mort en détention dans des circonstances douteuses avant le début du procès. À la demande pressante des familles des femmes assassinées, une nouvelle enquête a été ouverte dans laquelle aucun progrès n’a été enregistré à ce jour.
« Les assassins sont connus, le dossier ne doit pas être traité comme un secret d’État. Dans les enquêtes menées jusqu’à présent, il a été précisé que les meurtres étaient organisés par le MIT turc », ont exigé les militants lors du rassemblement. Cependant, les informations pertinentes ont été traitées comme un secret d’État et n’ont pas été mises à la disposition des autorités chargées de l’enquête.
La politicienne de gauche Sabine Rubin a qualifié les meurtres de « tache noir » pour la France et ajouté que le secret d’État devait être levé immédiatement. Dans son discours, Rubin a également évoqué la lutte contre l’EI au Rojava et déclaré que cet effort, qui était en grande partie mené par les Kurdes, avait profité à toute l’humanité et ne devrait jamais être oublié.
La foule a également protesté contre la criminalisation du mouvement kurde en France. Mardi, des appartements et une association kurde ont été fouillés simultanément dans plusieurs villes, et douze personnes ont été arrêtées tandis que mercredi l’ancien coprésident du CDK-F, Vedat Bingol a été convoqué par la police française pour « outrage à Erdogan ».
L’ancien député du HDP, Mehmet Emin Adıyaman a déclaré dans son discours que ce n’était pas un hasard si une opération contre les Kurdes avait lieu en France alors qu’une interdiction du HDP était en cours en Turquie. Les Kurdes ne devraient plus être un pion dans la politique internationale, a déclaré le politicien exilé, appelant le gouvernement français à clarifier sa position à l’égard des Kurdes.
Le rassemblement s’est terminé par le slogan « Vérité et justice! ».
PARIS – Alors que le régime turc s’en prend aux Kurdes et aux femmes avec le retrait de la Turquie de la Convention d’Istanbul pour la protection des femmes, un rassemblement de solidarité avec les femmes de Turquie aura lieu ce samedi 27 mars, à 12h à la Fontaine des innocents, sur la place Joachim-du-Bellay dans le quartier des Halles.
« Avec la décision de retrait par Erdogan de la Convention d’Istanbul, le régime islamo-nationaliste en s’attaquant aux droits des femmes passe à une vitesse supérieure dans la répression et le démantèlement de toutes lueurs de démocratie en Turquie.
Aujourd’hui ce retrait a des conséquences concrètes et désastreuses pour la vie des filles et des femmes de Turquie dans leur vie quotidienne.
Face à ces attaques, des milliers de femmes ont manifesté et continuent de se mobiliser dans plusieurs villes de la Turquie et mènent également un combat juridique contre cette décision illégitime.
Aujourd’hui plus que jamais, la solidarité internationale est déterminante pour les femmes et les personnes LGBT, mais aussi pour tous les défenseurs des droits humains, les Kurdes et l’ensemble des forces progressistes qui continuent de lutter pour la démocratie en Turquie. » (Communiqué partagé sur le site l’Anticapitaliste)
PARIS – Alors que la police française a intensifié la répression des Kurdes de France opposés au Président turc Erdogan, plusieurs organisations et partis politiques de gauche appellent l’État français à cesser de criminaliser les militants kurdes de France.
Pour rappel, hier, Vedat Bingol, ancien co-président du Conseil Démocratique Kurde en France, a déclaré qu’il a été entendu par le commissariat de Villeneuve Saint-George pour « outrage à Erdogan ». La veille, le mardi 23 mars, une dizaine de militants kurdes ont été arrêtés pour « terrorisme » à Marseille, Paris et Draguignan.
Hier, la Coordination Nationale Solidarité Kurdistan a condamné la répression des Kurdes de France par le communiqué suivant:
« Mardi 23 mars 2021 plusieurs opérations de police ont eu lieu en France à l’encontre de réfugiés kurdes de Turquie. Des locaux associatifs ont été perquisitionnés et plus d’une dizaine de personnes placées en garde à vue.
Cette politique répressive qui vise cette communauté va de pair avec la demande formulée par R.T Erdoğan, de dissolution du HDP (Parti Démocratique des Peuples), l’arrestation journalière de centaines de ses membres parmi lesquels de nombreux élu.e.s.
Faut-il croire que cela résulte de l’entretien téléphonique entre M. Macron et R.T Erdoğan le 18 mars 2021 ?
Cette politique de compromission doit cesser, elle porte atteinte aux valeurs qui sont les nôtres et encourage R.T Erdoğan, dans sa politique répressive. Les moyens institutionnels, Parquet National Anti-terroriste, forces de police et justice, doivent êtes mobilisés contre les terroristes de Daesh et les Loups Gris, fascistes turcs qui ces jours-ci ont tagués les locaux d’une association kurde à Lyon.
Les autorités de notre pays ne doivent pas avoir la mémoire courte et passer en pertes et profit les vies des 26 000 kurdes des YPG, YPJ, PKK qui sont tombé.e.s dans la lutte contre Daesh pour protéger l’Occident.
La France doit cesser d’être un État voyou en ne respectant pas l’Arrêt T-316/14 du 15 novembre 2018 de la Cours de Justice de l’Union Européenne (CJUE) rendant illégale l’inscription du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) sur la liste des organisations terroristes, par les pays membres du Conseil de l’Europe.
Les stratégies géopolitiques et économique doivent également cesser, la Turquie doit être sanctionnée politiquement et économique et la France soutenir les forces démocratiques et progressistes de ce pays.
La CNSK apporte son soutien à la communauté kurde, exige la libération des personnes interpellées et appellent ses organisations à se joindre partout en France aux manifestations prévues dans les jours à venir. »
Paris, le 24 mars 2021
Amis du Peuple Kurde en Alsace – Amitiés Corse Kurdistan – Amitiés Kurdes de Bretagne (AKB) – Amitiés Kurdes de Lyon Rhône Alpes – Association Iséroise des Amis des Kurdes (AIAK) Association Solidarité France Kurdistan – Centre d’Information du Kurdistan (CIK) – Collectif Azadi Kurdistan Vendée – Conseil Démocratique Kurde de France (CDKF) – Ensemble – Mouvement de la Jeunesse Communiste de France – Mouvement de la Paix – Mouvement des Femmes Kurdes en France (TJK-F) – MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié́ entre les Peuples) – Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) – Parti Communiste Français (PCF) – Réseau Sortir du Colonialisme – Union Communiste Libertaire (UCL) – Union Démocratique Bretonne (UDB)) – Union Syndicale Solidaires (USL) – Solidarité et Liberté Provence
TURQUIE / BAKUR – « Le gouvernement islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan envisage désormais la dissolution du HDP, un mouvement de gauche défendant les droits des Kurdes. » (Politis)
Le régime turc a intensifié la répression visant les Kurdes tout en s’en prenant aux femmes avec le retrait de la Turquie de la Convention d’Istanbul qui oblige les pays signataires à promulguer des lois pour combattre efficacement les violences faites aux femmes au sein du foyer, dont le viol conjugal et les mutilations génitales féminines.
TURQUIE / BAKUR – Dimanche 21 mars à Diyarbakir, la capitale du Kurdistan de Turquie, des centaines de milliers de Kurdes de tous âges mais majoritairement des jeunes, sont venus fêter le Newroz, la célébration du premier jour du printemps. C’est une fête très importante pour les Kurdes, qui célèbre la révolte du forgeron Kawa contre le tyran Dehak, une version légèrement différente de la version iranienne, mais dans les deux cas la fin de l’oppression.
Cette année, le Newroz avait un caractère particulier puisque la Turquie subit comme tous les pays du monde ou presque la vague du Covid-19, mais aussi parce qu’un autre virus ronge la démocratie en Turquie : son gouvernement islamo-conservateur en alliance avec le MHP (Parti d’action nationaliste), le parti d’extrême droite dont les partisans, la nébuleuse des « Loups gris », viennent d’être interdits en France.
Vers l’interdiction du HDP ?
Ces derniers mois, dix députés du HDP (Parti démocratique des peuples) ont vu leur immunité parlementaire levée. Ils ont été condamnés sous des prétextes divers, comme la participation à une manifestation de soutien à Kobané assiégée par les djihadistes, ou des liens présumés avec la bête noire d’Ankara, le PKK. Le 17 mars , l’immunité parlementaire d’Omer Faruk Gergerlioglu a été levée pour qu’il puisse purger deux ans et demi de prison, à la suite d’un tweet datant de plus de deux ans. Ce député était bien connu pour son infatigable défense des droits humains et des libertés en Turquie. Le lendemain, on apprenait par ailleurs l’arrestation du coprésident de l’Association des droits de l’homme, Öztürk Türkdogan. Soixante maires HDP ont été destitués et remplacés par des administrateurs depuis leur élection en 2018, et les arrestations des militantEs et cadres du HDP se sont accélérées, plus de 800 sont actuellement emprisonnés, dans l’attente de lourdes condamnations.
Mais le pire est sans doute à venir, puisque le gouvernement turc vient de demander officiellement à la Cour constitutionnelle l’interdiction du HDP en tant que parti politique. La Cour constitutionnelle, la plus haute instance en Turquie, héritée de la Constitution de 1982 et du coup d’État militaire de 1980, peut interdire un parti politique et supprimer les financements publics de ce parti. De plus la demande s’assortit d’une interdiction pour des centaines de cadres et de cadres intermédiaires du HDP de reformer un autre parti sous un autre nom et plus simplement d’être actifs politiquement.
Erdogan veut bâillonner les Kurdes
Le mouvement kurde a l’habitude des interdictions à répétition : HEP, DEP, HADEP… ont été interdits, qui se présentaient aux élections souvent dans le cadre d’alliances. Le HDP est différent, c’est un parti large, soutenu par une partie importante de la population et de la gauche turque, bien au-delà de son ancrage dans le mouvement kurde. En juin 2015, ce tout jeune parti a obtenu presque 14 % des voix au Parlement, 80 députés, et fait perdre sa majorité absolue à l’AKP, ce que le président turc Erdogan ne lui a jamais pardonné. Même après la dissolution du Parlement et des mois de guerre civile larvée fomentée par les partisans de l’extrême droite et ceux de l’AKP, les nouvelles élections de novembre 2015 ont permis au HDP de gagner 68 députés au Parlement. Ce qui l’a confirmé dans sa position de troisième force politique du pays.
Le gouvernement de l’AKP et ses alliés d’extrême droite veulent donc en finir avec le HDP, mais ils avaient jusqu’ici avancé à petits pas, destituant une co-maire comme celle de Diyarbakir, Gultan Kisanak, et la condamnant à 11 ans de prison, puis un député, puis un autre co-maire, un autre député… Cela lui a permis de tester la réaction de la « communauté internationale » et de l’Europe. En l’absence totale de réaction, mis à part quelques grognements désapprobateurs non suivis de quelconques sanctions, il a recours aux grands moyens. Le président turc Erdogan veut bâillonner définitivement les Kurdes de Turquie et écraser sous les bombes de ses F16 les Kurdes du Rojava.
Mais la foule jeune et joyeuse de Newroz à Diyarbakir et dans toutes les villes de la région, agitant des milliers de drapeaux du HDP, était là hier pour lui rappeler que la partie est loin d’être gagnée.
PARIS – Vedat Bingol, un militant kurde de France, ancien co-président du Conseil Démocratique Kurde en France, déclare qu’il a été entendu aujourd’hui par le commissariat de Villeneuve Saint-George, en région parisienne, où on lui a signifié qu’il sera entendu pour « outrage à Erdogan », le président turc.
Monsieur Bingol Bingol ne cache pas son étonnement devant une telle convocation en déclarant qu’il est entendu par les autorités françaises sur l’ordre des juges turcs. (Rappelons qu’en France, le délit d’offense envers un chef d’état étranger n’existe plus depuis une loi du 9 mars 2004.)
Cette convocation intervient au lendemain de l’arrestation d’une dizaine de militants kurdes arrêtés pour « terrorisme » hier à Marseille, Paris et Draguignan. A quand la fin de l’acharnement visant les militants kurdes en France?
TOULOUSE – Une Visioconférence sur la situation des Kurdes est organisée par le Conseil Départemental de la Haute-Garonne ce samedi 27 mars, à 19. Lors de la conférence, les intervenants feront le point sur la situation politique et militaire au Kurdistan. A la fin de la conférence, la musicienne Eléonore FOURNIAU interprètera des chants kurdes accompagnés de sa vielle à roue.
Voici la présentation de la visioconférence :
Le peuple Kurde est privé du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes : à cheval sur la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran, les Kurdes sont la plus grande nation sans État.
Ils font l’objet de persécution, 300 000 d’entre eux ont trouvé refuge en France et la Haute-Garonne représente une terre d’accueil pour plus de 300 familles Kurdes.
Avec la participation de :
– Berivan FIRAT, porte-parole chargée des relations extérieures du Conseil Démocratique des Kurdes en France et mère d’un martyr du Kurdistan
– Jean François PEROUSE, enseignant-chercheur, ancien directeur de l’Institut français d’études anatoliennes
– Boris JAMES, Historien, arabisant, persanisant et kurdisant – Maître de Conférence en histoire à l’Université Paul Valéry, Montpellier III
UFR3 / EA CEMM
– Akin ÇAKAR, président du CDK Toulouse
– Eléonore FOURNIAU, musicienne internationalement reconnue pour son interprétation des chants kurdes et son jeu unique à la vielle à roue
IRAN / ROJHILAT – Des policiers iraniens ont tué un kasibkar kurde dans la province du Loristan, au Kurdistan d’Est.
Selon Kolbernews, la police iranienne a pris pour cible le véhicule d’un kasibkar nommé Mihemed Sadiq près de la ville de Xurmawa dans la province du Loristan le 22 mars.
L’homme a été tué à la suite de l’attaque. On a appris que Sadiq était enregistré dans la population de Seqiz, Sine.
En outre, il a été signalé qu’un kolbar de Salalah, Behroz Muradi, avait été grièvement blessé à la suite de l’attaque de soldats iraniens entre le Kurdistan oriental et méridional. Selon Kolbernews, l’attaque a eu lieu le 21 mars.
Les kolbars et les kasibkars sont la cible d’attaques systématiques de l’Etat iranien. Des dizaines de personnes sont assassinées en toute impunité. Les Kolbars essaient de gagner leur vie malgré le risque pour leur vie en raison des conditions météorologiques difficiles et des conditions géographiques dangereuses.
Kolber ou « kolbar » est dérivé des mots kurdes « kol » et « bar ». «Kol» signifie «dos», « bar » signifie «charge». Les Kolbers gagnent leur vie en transportant des charges à travers la dangereuse frontière. Ces produits comprennent les cigarettes, les téléphones portables, les housses, les articles ménagers, le thé et rarement les boissons alcoolisées. Les marchandises importées sont vendues à des prix très élevés dans des centres commerciaux comme Téhéran. Cependant, les kolbers qui font ce travail peuvent recevoir un très petit montant de salaire.
Kasibkar est la personne qui prend en charge la livraison des marchandises que les kolbars transportent au Kurdistan du Sud et trouve des acheteurs en voyageant de ville en ville.
PARIS – Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) condamne la répression des Kurdes en France où par ailleurs l’État français accorde une subvention à l’association turque Milli Gorus dans le but de construire la Mosquée de Strasbourg.
Le CCAF a publié un communiqué aujourd’hui suite à l’arrestation d’une dizaine de Kurdes accusés de « terrorisme » à Marseille, Paris et Draguignan le mardi 23 mars et « invite le ministère de l’Intérieur à faire preuve de cohérence en assortissant son positionnement contre le séparatisme islamiste d’un soutien politique, et non d’une hostilité, envers les représentants des peuples de Turquie qui combattent pour la démocratie et contre le djihadisme. »
Voici le communiqué du CCAF:
Non au Milli Gorus, oui aux Kurdes progressistes
Le CCAF dénonce avec la plus grande fermeté la subvention accordée à l’association Milli Gorus dans le but de construire la Mosquée de Strasbourg destinée à devenir la « plus grande d’Europe ». Le CCAF s’indigne que la mairie de Strasbourg encourage les projets d’une organisation qui non seulement a refusé de signer la « charte de la République », mais qui, bien au-delà de son prosélytisme religieux, constitue l’un des vecteurs essentiels de l’ultranationalisme turc sur le territoire, et l’un des principaux viviers des Loups gris, organisation dissoute en novembre dernier. Il encourage les autorités françaises à la plus grande fermeté dans ce dossier, tout en s’inquiétant par ailleurs de leur initiative hostile du 23 mars contre les représentants d’une organisation kurde de France qui, tout en luttant contre le régime Erdogan, défend les valeurs de la laïcité et de la République. Il invite le ministère de l’Intérieur à faire preuve de cohérence en assortissant son positionnement contre le séparatisme islamiste d’un soutien politique, et non d’une hostilité, envers les représentants des peuples de Turquie qui combattent pour la démocratie et contre le djihadisme.