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Les émirats et principautés kurdes : Un millénaire d’autonomie

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L’idée selon laquelle le peuple kurde n’aurait jamais exercé de souveraineté politique est une contre-vérité historique qui ignore près d’un millénaire de structures étatiques autonomes. Entre le Xe et le XIXe siècle, le Kurdistan n’était pas un vide politique, mais une mosaïque d’émirats et de principautés puissantes — tels que les Marwanides, les Baban ou l’émirat de Bohtan — qui battaient monnaie, rendaient la justice et entretenaient des armées permanentes. L’existence même du Sharafnama*, écrit en 1597, témoigne d’une conscience politique ancienne et documentée, répertoriant des dizaines de dynasties ayant exercé un pouvoir régalien bien avant l’émergence des États-nations modernes. Cette autonomie traditionnelle n’a pas disparu par manque de maturité politique, mais a été délibérément brisée par les politiques de centralisation forcée des empires ottoman et perse au XIXe siècle, transformant une réalité historique séculaire en une lutte contemporaine pour la reconnaissance.

L’histoire kurde est marquée par l’existence de nombreux émirats, principautés et seigneuries. Si les Kurdes n’ont jamais fondé un empire unique et durable — à l’exception notable des Ayyoubides de Saladin, au caractère multinational — ils ont dirigé des entités semi-indépendantes souvent puissantes.

La période médiévale précoce (Xe – XIIe siècles)

Dès le déclin du califat abbasside, plusieurs dynasties kurdes s’affirment comme des puissances régionales, tout en reconnaissant parfois la suzeraineté nominale des autorités centrales :

  • Hasanwayhides (≈ 959–1015) : Régions de Hamadan et Dinawar (Ouest de l’Iran).

  • Marwanides (≈ 990–1096) : Centrés sur Diyarbakır (Amid) et la Haute-Mésopotamie.

  • Shaddadides (≈ 951–1199) : Présents dans le Caucase (Arménie, Arran).

  • Annazides (Banu Annaz, ≈ 990–1117) : Établis dans les montagnes du Zagros.

  • Rawadides : Influence autour de Tabriz et Maragha.

L’âge d’or des émirats sous les Ottomans et les Safavides (XVIe – XIXe siècles)

Après la bataille de Chaldiran (1514), les Empires ottoman et safavide se partagent le Kurdistan. Pour sécuriser leurs frontières, ils accordent une large autonomie aux princes kurdes (mîr ou beg), qui font office de tampon stratégique.

La question de l’origine kurde des Safavides

La dynastie safavide, fondée en 1501 par Shah Ismail Ier, était elle-même d’origine kurde-iranienne. Sa lignée remonte à Sheikh Safi al-Din Ardabili (1252–1334). Des sources anciennes (telles que le Safwat al-Safa) qualifient leurs ancêtres, comme Firuz-Shah Zarrin-Kolah, de « kurdes de Sanjan ». Installés à Ardabil au XIe siècle, ils se sont progressivement turquifiés linguistiquement au contact des tribus Qizilbash, tout en conservant leur socle ethnique kurde. Cette origine rend les relations safavido-kurdes complexes : une dynastie d’extraction kurde imposant le chiisme à des principautés kurdes majoritairement sunnites.

Les principaux émirats de cette période :

  • Émirat de Soran (XIVe–XIXe) : Autour d’Erbil, Kirkouk et Rawanduz.

  • Émirat de Baban : Centré sur Souleimaniye.

  • Émirat de Badinan (XIVe–1843) : Régions de Dohuk et Amadiya.

  • Émirat de Bohtan (Botan) : Puissant sous Bedirxan Beg à Cizre au XIXe.

  • Émirat de Bitlis (XIIe–1847).

  • Émirat de Hakkari (XIVe–1845).

  • Émirat d’Ardalan : À l’est (Sanandaj / Sînê), vassal persan jusqu’en 1867.

  • Autres entités : Mahmudi, Şirvan, Palu, Eğil, Bradost (lieu de la célèbre révolte de Dimdim en 1609-1610), etc.

Le Sharafnama (1597), rédigé par le prince Sharaf Khan de Bitlis, demeure le témoignage le plus précieux de cette époque, recensant 33 dynasties kurdes actives.

La fin de l’autonomie traditionnelle

Entre 1830 et 1880, les réformes centralisatrices ottomanes (les Tanzimat) et les offensives militaires mettent fin à ce système féodal. Les émirats tombent les uns après les autres : le Bohtan en 1847, les Baban en 1850, et l’Ardalan côté iranien en 1867. Cette centralisation marque le passage d’une autonomie kurde traditionnelle à une administration directe par les États modernes.

En résumé : L’histoire politique kurde est celle d’une vitalité millénaire, illustrée par une mosaïque de seigneuries souveraines qui ont dominé la région jusqu’au milieu du XIXe siècle.

*Le Sharafnameh ou Sherefname est une célèbre chronique kurde. Son auteur est Sharaf al-Din Bitlisi, prince, poète et historien kurde. Le texte est considéré comme l’une des principales sources sur l’histoire kurde.

Un poète kurde meurt en exil en Suisse

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SUISSE – Le poète kurde originaire du Rojava, Ehmed Huseynî vient de décéder en Suisse où il était soigné pour un cancer. 

 

Huseynî est né à Amûdê en 1955 et y a effectué sa scolarité primaire. Il est ensuite parti étudier la philosophie à l’université de Damas. Cependant, le régime syrien lui a interdit de faire valoir son diplôme.

Ehmed Huseynî a été contraint de s’exiler en Suisse en 1989. Tout au long de sa vie, il a travaillé dans les domaines de la poésie et de la littérature et a également animé des émissions sur ROJ TV.

Le Mouvement européen de la culture et des arts (TEV-ÇAND) a rendu hommage au poète Ehmed Huseynî dans un communiqué.

TEV-ÇAND a écrit : « C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de notre grand intellectuel et poète, Ehmed Huseynî. Figure pionnière de la poésie kurde libre et moderne, Huseynî a joué un rôle de trait d’union entre les générations. Son style unique lui permettait de créer non seulement des phrases, mais presque des mots. C’est pourquoi on le surnommait le « cheikh des mots ». Il offrait à ses lecteurs des émotions et des mots d’une grande profondeur philosophique. 

Fort du succès de la révolution du Rojava, il retourna au Rojava, réalisant ainsi son rêve et ses convictions, affirmant : « Aimer sa terre, c’est s’accomplir pleinement en l’enlaçant. » Parallèlement à de nombreuses œuvres littéraires et à des activités culturelles patriotiques, il devint l’un des pionniers et fondateurs de l’Union des intellectuels du Rojava Kurdistan (Hevgirtina Rewşenbîrên Rojavayê Kurdistanê). Son retour au Rojava permit également à l’Union de rétablir son siège dans cette région.

Ehmed Huseynî aimait sa terre natale plus que tout. C’est pourquoi il a décidé de retourner au Rojava. Grâce à sa modestie, sa grande amitié et sa maturité intellectuelle, il a su tisser des liens d’amitié avec toutes les générations et conquérir le cœur de chacun. Ces deux dernières années, il a lutté contre la maladie, mais aussi longtemps que ses forces le lui ont permis. 

En tant que Mouvement démocratique pour la culture et les arts, nous sommes profondément reconnaissants envers Ehmed Husseinî pour son amour de la patrie et de la liberté. Il était un compagnon d’art et de culture, un fervent défenseur de la lutte et de la résistance, et dévoué à son pays. Nous présentons nos condoléances à son peuple et à tous ceux qui l’aimaient. » (ANF)

Les gangs de Damas pillent et détruisent les villages de Kobanê

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SYRIE / ROJAVA – Les gangs de Damas ont lancé une vague de pillages et de sabotages systématiques visant les infrastructures vitales de plusieurs villages du canton kurde de Kobanê.

Des preuves documentées par l’agence ANHA révèlent l’ampleur des destructions commises par les factions du Gouvernement intérimaire syrien dans les zones rurales de Kobanê. Dans le village de Bir Nasser, des images montrent les exactions perpétrées par ces groupes armés pro-turcs avant qu’ils ne quittent la zone.

Destruction des infrastructures de base

Les rapports de terrain confirment une volonté délibérée de rendre les villages inhabitables pour les populations kurdes :

  • Accès à l’eau : Plusieurs puits artésiens ont été bouchés et les pompes à eau ont été dérobées, privant les villageois de leur principale ressource en eau potable.

  • Électricité : Les câbles et les fils électriques alimentant les maisons ont été coupés et emportés, paralysant le réseau local.

  • Moyens de subsistance : Des élevages de volailles ont été pillés et détruits, impactant directement l’économie de subsistance des familles.

Destructions d’habitations

Le vandalisme s’est étendu à l’intérieur même des foyers, où portes et fenêtres ont été systématiquement démontées et volées. Plus grave, des habitations ciblées ont été détruites à l’explosif :

  • La maison de Haji Meso a été dynamitée.

  • La demeure de la famille du martyr Bahoz a été piégée et a explosé.

Un retrait marqué par les exactions

Ces faits se sont produits dans 74 villages situés dans les campagnes sud et est de Kobanê. Ces zones font l’objet d’un retrait des factions pro-turques suite à l’accord du 29 janvier conclu avec les Forces démocratiques syriennes (FDS). En endommageant ainsi les infrastructures civiles et les propriétés privées juste avant leur départ, ces factions aggravent la précarité des habitants et compliquent le retour à la normale pour les communautés kurdes de la région.

ROJAVA. Les familles kurdes exigent le retour de leurs otages avant l’Aïd el-Fitr

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SYRIE / ROJAVA – Les familles des otages et disparus kurdes continuent à exhorter Damas à libérer leurs proches et rendre les dépouilles de ceux tués alors que s’approche la fête de l’Aïd el-Fitr.

Sur la Place des Femmes Libres, lieu emblématique de la victoire contre l’obscurantisme, les familles de Kobanê se sont rassemblées pour une veillée poignante. Organisée par le Conseil des familles des martyrs, cette mobilisation vise à briser le silence entourant le sort des captifs détenus par le Gouvernement intérimaire syrien (affilié aux factions pro-turques) et à exiger la restitution des dépouilles des martyrs.

La douleur des familles kurdes

Portant les portraits de leurs disparus, les mères, sœurs et enfants ont exprimé leur détresse à travers des messages simples et directs : « Où est mon père ? », « Je veux mon fils », « Liberté pour les otages ». Pour ces familles, l’attente est une torture psychologique qui dure depuis des mois.

Un appel à la dignité avant l’Aïd

Mohamed Bouzi, coprésident du Conseil des familles des martyrs, a rappelé que si l’administration locale détient également des prisonniers, la réciprocité n’est pas respectée par la partie adverse. Il a martelé l’urgence d’un dénouement humanitaire :

« En ce mois sacré du Ramadan, nous demandons que nos prisonniers retournent auprès de leurs familles. Notre position est ferme : nous exigeons leur libération et la remise des corps de nos martyrs avant l’Aïd el-Fitr. »

Appel à l a communauté internationale

Le communiqué exhorte les organisations internationales de défense des droits humains à sortir de leur passivité. Il demande une pression diplomatique réelle sur le Gouvernement intérimaire syrien afin que les Kurdes de Kobanê puissent enfin faire leur deuil ou retrouver leurs proches pour les célébrations de la fin du Ramadan. (ANHA)

Newroz à Marseille

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MARSEILLE – Le 26 mars prochain, il y aura une soirée de célébrations du nouvel-an kurde (Newroz) à la Mairie du du 2/3 de Marseille.

Jeudi 26 mars, la Mairie du 2/3 de Marseille aux côtés de l’association Solidarité Liberté Provence et du Collectif Solidarité Kurdistan 13 ont le plaisir de vous accueillir afin de célébrer Newroz, le Nouvel An Kurde, à la Mairie du 2/3, 2 Place de la Major, 13002 Marseille.

Newroz, est une fête ancestrale de la culture kurde, signifiant le Jour nouveau qui célèbre l’équinoxe du printemps dans les régions du Kurdistan, du Moyen-Orient et d’Asie Centrale.

Au programme :

[𝐄𝐧 𝐢𝐦𝐦𝐞𝐫𝐬𝐢𝐨𝐧] 𝐉𝐞𝐮𝐝𝐢 𝟐𝟔 𝐦𝐚𝐫𝐬 : Venez assister à la démonstration d’une danse folklorique kurde appelée Govend ainsi que de la musique avec l’ensemble associatif kurde de Marseille, en compagnie de KEÇE ROJEN & TEVCAND / MARSÎLYA, accompagnée d’une dégustation de spécialités culinaires. Une ambiance festive et conviviale.

[𝐄𝐱𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧] 𝐃𝐮 𝟐𝟔 𝐦𝐚𝐫𝐬 𝐚𝐮 𝟏𝐞𝐫 𝐚𝐯𝐫𝐢𝐥 : Exposition « Özgür Gündem » (l’Agenda libre) : manuscrit entièrement illustré et dessiné à la main depuis la prison des femmes de Mardin avec des nouvelles et reportages, tirés de leur milieu carcéral.

IRAN. Au moins 4 300 morts, dont 390 civils, en dix jours de guerre

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IRAN / ROJHILAT – L’ONG kurde Hengaw dresse un premier bilan alarmant des dix premiers jours du conflit opposant l’Iran aux États-Unis et à Israël : au moins 4 300 personnes ont été tuées, dont 390 civils. Les frappes, qui ont touché 167 villes à travers 24 provinces, ont principalement décimé les forces militaires iraniennes, avec environ 3 910 membres du CGRI et de l’armée tués. L’ONG dénonce une stratégie dangereuse des autorités iraniennes consistant à déplacer leurs troupes vers des zones résidentielles, écoles et mosquées, utilisant ainsi la population comme bouclier humain et multipliant les risques de victimes civiles.

Au moins 4 300 personnes ont été tuées durant les dix premiers jours de la guerre entre les États-Unis, Israël et la République islamique d’Iran, selon des données vérifiées compilées par l’organisation Hengaw pour les droits humains. Parmi les victimes, on compte 390 civils, soit 9,6 % du total des pertes, et 3 910 membres des forces armées iraniennes.

Ces chiffres sont basés sur des documents de terrain et des données collectées depuis le début de la guerre, le samedi 1er mars 2026, et couvrent la période jusqu’au lundi 9 mars, dixième jour du conflit.

Répartition des victimes et étendue géographique des attaques

D’après les données enregistrées par le Centre de statistiques et de documentation de l’organisation, des installations militaires et gouvernementales dans 167 villes réparties dans 24 provinces d’Iran ont été ciblées par des frappes aériennes et de missiles au cours de cette période.

Les sites visés comprenaient des bases du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), des centres Basij, des aéroports militaires, des installations de missiles, des commissariats de police, des institutions judiciaires, des bureaux de renseignement, des garnisons de l’armée et des quartiers généraux des forces spéciales.

Les informations recueillies au cours de ces enquêtes indiquent qu’environ 3 900 militaires du gouvernement iranien ont été tués, la plupart étant affiliés aux Gardiens de la révolution iraniens, à l’armée iranienne et à l’armée de l’air.

Les pertes militaires les plus importantes ont été enregistrées dans les provinces de Téhéran, Kermanshah, Hormozgan, Kurdistan et Sistan-et-Baloutchistan.

Au moins 390 civils ont été tués au cours des dix premiers jours de la guerre.

Le plus grand nombre de victimes civiles a été enregistré dans la province d’Hormozgan. D’après les documents disponibles, une part importante des personnes tuées étaient des écolières de l’école primaire Shajareh Tayyebeh.

Outre Hormozgan, des décès de civils — dont plusieurs enfants et femmes — ont également été recensés dans les provinces de Téhéran, du Kurdistan, de Kermanshah, de Fars, du Khorasan Razavi, de Qazvin, d’Alborz, d’Azerbaïdjan occidental (Urmia) et d’Azerbaïdjan oriental.

D’après les données compilées, au moins 390 civils ont été tués lors de ces attaques, ce qui représente 9,6 % du total des victimes enregistrées au cours des dix premiers jours de la guerre.

De nombreux rapports reçus au cours de cette période indiquent que les forces militaires iraniennes ont abandonné certaines installations militaires et se sont positionnées dans des écoles, des dortoirs scolaires et des mosquées situés dans des zones résidentielles civiles, une pratique qui pourrait augmenter considérablement le risque de victimes civiles.

Ces derniers jours, il a également été rapporté que des habitants du quartier Mosk 2 à Marivan s’étaient rassemblés pour protester et avaient empêché les forces militaires gouvernementales de prendre position à l’intérieur d’une salle de sport.

De lourdes pertes parmi les forces gouvernementales iraniennes au Kurdistan et un manque de transparence

Durant les dix premiers jours du conflit, les avions de chasse israéliens et américains ont mené des frappes massives contre des cibles militaires et gouvernementales. Dans 32 villes des provinces d’Ilam, de Kermanshah, du Kurdistan et d’Azerbaïdjan occidental (Urmia), au moins 180 bases militaires et centres de sécurité appartenant à la République islamique d’Iran ont été visés.

Les enquêtes indiquent qu’au moins 900 membres des forces militaires et de sécurité du gouvernement iranien ont été tués dans ces quatre provinces au cours des dix premiers jours de la guerre.

Dans le même temps, au moins 50 civils ont été tués lors de ces attaques, les chiffres les plus élevés ayant été enregistrés dans les villes d’Urmia, Sanandaj, Divandarreh, Naqadeh, Bukan et Kermanshah.

Des études antérieures indiquent également que les institutions de sécurité se sont abstenues de publier des chiffres précis sur les pertes militaires, en particulier dans les villes kurdes, et que, dans les rares cas où des chiffres ont été annoncés, les nombres rapportés sont nettement inférieurs au bilan réel.

L’organisation Hengaw pour les droits humains souligne l’urgence de la transparence dans l’identification des victimes et de la protection des civils lors des conflits armés, conformément aux conventions internationales.

L’organisation appelle une fois de plus les instances internationales à surveiller de près les pertes civiles et, compte tenu de la politique de dissimulation de la République islamique, à obliger fermement toutes les parties impliquées dans le conflit à protéger les vies civiles.

Quand la guerre sert de prétexte : La punition collective des détenus à Ghezel Hesar

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IRAN / ROJHILAT – Profitant de l’état de guerre avec Israël et les États-Unis, les autorités iraniennes ont transformé la prison de Ghezel Hesar, à Karaj, en zone militarisée. Les 16 000 détenus — soit trois fois la capacité initiale — subissent une punition collective : suspension totale des visites, isolement sensoriel, pénuries alimentaires et déploiement d’unités anti-émeutes. L’ONG dénonce l’utilisation du conflit comme prétexte pour bafouer les droits fondamentaux des prisonniers, dont beaucoup sont issus des mouvements contestataires kurdes.

Suite à l’escalade des tensions militaires et au déclenchement du conflit entre l’Iran, Israël et les États-Unis, les conditions de détention à la prison de Ghezel Hesar à Karaj se sont dégradées de manière sans précédent. Selon des sources internes à l’établissement – ​​qui compte actuellement plus de 16 000 détenus – les autorités ont imposé des mesures de sécurité exceptionnelles et restreint sévèrement les droits fondamentaux des détenus.

Militarisation du milieu carcéral

Au cours de conversations avec plusieurs détenus de la prison de Ghezel Hesar, Hengaw a appris que les autorités avaient déployé un grand nombre de forces de sécurité et d’unités anti-émeutes dans l’ensemble de l’enceinte de la prison et à l’intérieur de plusieurs quartiers.

Selon certaines sources, ces mesures ont été mises en place par crainte de troubles parmi les détenus dans un contexte de quasi-guerre. De ce fait, l’environnement carcéral s’est transformé en une zone de sécurité militarisée, engendrant une forte pression psychologique sur les détenus et leurs familles.

Suspension totale des communications et des visites familiales

En violation flagrante du règlement pénitentiaire iranien, les autorités ont suspendu toutes les visites, en personne ou en cellule, entre les prisonniers et leurs familles depuis le début du récent conflit.

D’après les informations recueillies par Hengaw, la suspension des visites dure depuis environ 11 jours, isolant complètement les détenus de leurs familles. De telles restrictions, surtout lorsqu’elles se prolongent, peuvent constituer une forme de pression psychologique et de punition collective à l’encontre des détenus.

Promesses judiciaires non tenues et manipulation des cautions

Selon des sources pénitentiaires, les responsables de l’administration pénitentiaire et les autorités judiciaires basées à Ghezel Hesar avaient initialement promis aux détenus que des libérations temporaires pourraient être accordées moyennant le paiement d’une caution afin de calmer les tensions au sein de l’établissement.

Cependant, malgré la volonté affichée par de nombreuses familles de payer la caution, ces promesses n’ont pas été tenues et les détenus restent incarcérés. Selon certaines sources, ces promesses servaient surtout de tactique pour contenir la frustration croissante des détenus.

Pénuries alimentaires et dégradation des conditions de vie

Des informations provenant de l’intérieur de la prison font état d’une forte détérioration tant de la qualité que de la quantité des rations alimentaires fournies aux détenus.

Dans le même temps, les magasins des prisons connaissent de graves pénuries de produits alimentaires de base, tandis que l’accès des détenus à des aliments complémentaires et à des biens essentiels a été fortement restreint.

Conjuguées à la surpopulation extrême à l’intérieur de l’établissement, ces pénuries soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à la malnutrition et à la propagation des maladies infectieuses parmi les détenus.

Avertissement relatif aux droits humamins

L’organisation Hengaw pour les droits de l’homme avertit que les autorités iraniennes pourraient utiliser les conditions de guerre comme prétexte pour intensifier la répression et bafouer les droits fondamentaux des prisonniers.

En vertu des articles 9 et 10 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), même en cas d’état d’urgence, les autorités restent tenues de respecter la dignité et les droits fondamentaux des personnes privées de liberté.

Hengaw appelle les institutions internationales et Mai Sato, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en Iran, à surveiller d’urgence la situation des quelque 16 000 prisonniers actuellement détenus à la prison de Ghezel Hesar, dont beaucoup sont maintenus dans des conditions de sécurité déplorables et privés de leurs droits fondamentaux.

La prison de Ghezel Hesar a été initialement conçue pour accueillir environ 5 000 détenus, mais elle abrite actuellement près de 16 000 prisonniers, soit plus de trois fois sa capacité prévue.

La situation s’est aggravée en 2023 avec la fermeture de la prison de Rajai Shahr à Karaj et le transfert de nombreux détenus à Ghezel Hesar. De ce fait, Ghezel Hesar est devenue l’une des prisons les plus surpeuplées d’Iran, ce qui aggrave considérablement les risques humanitaires et sanitaires au sein de l’établissement.

KURDISTAN. Iran cible le parti Komala : un combattant tué

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IRAK / KURDISTAN – Ce matin, une attaque de drone iranienne ciblant un camp du parti kurde iranien basé au Kurdistan irakien a fait un mort et un blessé. Les populations kurdes des deux côtés des frontières coloniales qui morcellent le Kurdistan (entre l’Irak et l’Iran) sont les premières victimes de cette guerre opposant l’Iran aux États-Unis et à Israël.

Un Peshmerga du Parti Komala du Kurdistan iranien a été tué ce matin dans des attaques de drones menées par la République islamique d’Iran contre ses camps à Zargwezla (ou Zrgwezala/Zirgwezala), près de Sulaymaniyah. Selon des déclarations du parti et des informations relayées par l’organisation Hana Human Rights Organization, l’attaque s’est produite vers 07h30 et a impliqué plus de cinq drones – jusqu’à neuf selon certains rapports depuis le début de la matinée. Une autre personne a été blessée.

Omid Veysi

La victime a été identifiée comme Omid Veysi (ou Omid Veisi), originaire de Ravansar. Le Parti Komala a décrit ces frappes comme des actes « terroristes et désespérés » du régime iranien.

Il s’agit du troisième décès parmi les partis d’opposition kurdes iraniens suite à la récente vague d’attaques iraniennes contre leurs bases dans la région du Kurdistan. Jusqu’à présent, deux membres de Komala et un membre du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) ont été tués lors de ces frappes.

Cette opération fait suite à des attaques antérieures sur le même site : le 7 mars, un autre Peshmerga du Komala, Ismail (Ako) Rahimi (originaire de Saqqez), avait été tué par des missiles puis des drones. Les sources kurdes (dont des journalistes spécialisés et des médias locaux sur X) confirment l’utilisation de drones kamikazes iraniens ; des débris ont été récupérés sur place.

Contexte de la campagne iranienne

Depuis le 28 février 2026, déclenché par les frappes conjointes israélo-américaines sur l’Iran (visant des sites militaires, nucléaires, des infrastructures et la direction du régime), la République islamique et ses groupes alliés chiites en Irak (notamment des factions des Forces de mobilisation populaire) ont lancé plus de 210 drones et missiles sur la Région autonome du Kurdistan irakien (KRI). Les cibles prioritaires sont :

  • Les bases des partis d’opposition kurdes iraniens en exil (Komala, PDKI, PAK…).

  • Des infrastructures civiles, dont des tours de télécommunications (Korek Telecom et Asiacell sur les monts Shinrwe, Zmnako et Korek), provoquant des coupures importantes d’internet et de réseaux mobiles dans plusieurs zones frontalières et montagneuses.

Bilan global (au 11 mars 2026) : Au moins 4 morts parmi les Peshmergas et opposants kurdes iraniens (dont 2 du Komala et 1 du PAK), environ 19 blessés, et un civil tué (employé à l’aéroport d’Erbil). De nombreux dommages touchent des aéroports, hôtels, sites énergétiques et zones résidentielles. Les défenses américaines ont intercepté une partie des projectiles.

Les civils kurdes pris en étau

La coalition des forces politiques kurdes iraniennes dénonce ces frappes comme des actes aveugles et appelle à une réaction internationale. Les civils kurdes des deux côtés de la frontière – ceux du Kurdistan irakien (KRI) et du Kurdistan iranien (Rojhelat) – sont déjà les premières victimes de cette guerre initiée par les frappes conjointes des États-Unis et d’Israël contre l’Iran : débris de drones interceptés endommageant des habitations à Erbil, attaques sur des infrastructures civiles (tours télécoms, aéroports, quartiers résidentiels), et bombardements massifs en Iran occidental touchant des zones kurdes densément peuplées.

Au Kurdistan iranien, Hengaw rapporte au moins 21 civils kurdes tués (dont des enfants et une femme enceinte) dans des frappes sur des sites militaires proches de zones habitées. En KRI, les attaques iraniennes et de proxies chiites irakiens – menées en réponse aux opérations militaires américaines et israéliennes – ont causé des dommages directs à des civils, avec plus de 95 frappes sur des infrastructures non militaires selon Community Peacemaker Teams. Les populations kurdes, prises en étau entre les frappes iraniennes et le conflit régional impliquant directement les États-Unis et Israël, subissent les conséquences les plus lourdes de cette escalade.

KURDISTAN. L’Iran pilonne le district de Penjwen

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IRAK / KURDISTAN – Ce soir, les bombardements iraniens ont de nouveau frappé la province de Souleimaniye, plongeant la population civile dans l’effroi. Pris en étau, le peuple kurde paie une fois de plus le prix fort, victime des frappes de Téhéran côté irakien et de celles de la coalition israélo-américaine côté iranien.

Ce mardi 10 mars 2026, la région de Souleimaniye a de nouveau été la cible de l’agression militaire iranienne. Entre 17h20 et 18h45, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a mené trois séries de bombardements distinctes visant les environs du village de Qalandarawa, dans le sous-district de Garmik (district de Penjwen).

Une stratégie de harcèlement des populations civiles

Bien que les autorités locales et les organisations de défense des droits humains (comme le Community Peacemaker Teams – Iraqi Kurdistan) ne rapportent aucune victime directe ce soir, l’impact psychologique est dévastateur. Ces frappes, tombées à proximité des zones habitées, ont provoqué un climat d’anxiété généralisée.

Cette nouvelle attaque s’inscrit dans une escalade inquiétante : depuis le début du conflit régional le 28 février, le Kurdistan irakien a été frappé par plus de 200 attaques (drones, missiles et obus), causant déjà plusieurs morts et des dizaines de blessés civils.

Multiples fronts : Penjwen et Harir

Parallèlement aux tirs sur Penjwen, Téhéran a revendiqué ce soir des tirs de missiles contre la base aérienne d’Al-Harir, utilisée par les forces américaines. En frappant simultanément des bases militaires et des villages frontaliers comme Qalandarawa, le régime iranien utilise le territoire kurde comme un champ de bataille pour sa guerre régionale.

Le Kurdistan pris en étau

Ces bombardements incessants sur le district de Penjwen démontrent la volonté de Téhéran de transformer le Bashur en zone tampon militarisée, au mépris de la souveraineté irakienne et de la vie des civils kurdes. Alors que le régime de Damas impose son idéologie djihadiste à l’Ouest, les Gardiens de la Révolution imposent leur terreur par le fer à l’Est.

SYRIE. Humiliation publique des otage kurdes libérés par Damas

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SYRIE / ROJAVA – Ce soir, une centaine de soldats kurdes libérés par Damas avaient presque tous une longue barbe et une moustache rasée. En imposant de force ce « masque djihadiste » aux prisonniers kurdes, le régime de Damas commet un acte de torture symbolique d’une perversité absolue. Il contraint des victimes kurdes à porter les attributs physiques de leurs propres bourreaux djihadistes.

Les images d’une centaine de prisonniers kurdes libérés aujourd’hui par le régime syrien ne laissent place à aucune ambiguïté : presque tous arborent de longues barbes associées à des moustaches rigoureusement rasées. Ce code esthétique n’est pas un détail de détention, mais une signature idéologique. En imposant ces attributs, le gouvernement de Damas ne fait pas que tenter de briser des hommes ; il affiche sa véritable nature.

L’arrivée d’Ahmed al-Charaa (Jolani) à la tête de la Syrie marque la fin de l’ère baassiste et l’avènement d’un régime dont l’ADN est purement djihadiste. Les images des prisonniers kurdes récemment libérés, contraints de porter la barbe longue et la moustache rasée, ne sont pas un héritage du passé, mais la signature esthétique et idéologique du nouveau pouvoir de Damas.

Une rupture idéologique, une continuité oppressive

Contrairement au régime précédent, Al-Charaa n’est pas issu du baassisme. Il se moque de l’arabité et des frontières nationales. Son moteur est l’islamisme radical djihadiste, forgé dans les rangs d’Al-Qaïda. Pourtant, pour les Kurdes, cette « nouvelle » Syrie utilise les mêmes leviers de destruction :

  • L’effacement identitaire : En imposant aux détenus kurdes les codes physiques de l’EI et d’Al-Qaïda, le régime de Jolani cherche à dissoudre l’identité culturelle et laïque kurde dans le moule du fondamentalisme.

  • Le jihad comme politique d’État : La lutte contre le Rojava n’est plus seulement une question de contrôle territorial, mais une guerre religieuse contre un modèle de société pluraliste.

Un régime identique à Daech

Qu’il s’agisse de l’État Islamique ou du gouvernement actuel de Damas sous Al-Charaa, la nature du pouvoir est identique. Les étiquettes changent, mais les méthodes — torture, enfermement, imposition de codes religieux stricts — et les objectifs restent les mêmes : l’anéantissement d’une nation colonisée qui refuse de se soumettre.

La résistance vitale

L’existence du régime d’Al-Charaa est basée sur la négation des Kurdes et toutes les composantes non arabo-sunnites de la Syrie. Face à ce pouvoir qui a remplacé le nationalisme arabe par le djihadisme global, la lutte kurde au Rojava demeure le seul rempart contre l’obscurantisme. C’est un combat pour le droit de vivre sur sa propre terre avec sa propre identité, face à un État qui a fait de la destruction de l’Autre son unique fondement.

#IRANWAR. Téhéran propose des concessions aux Kurdes

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IRAN / ROJHILAT – Le gouvernement iranien aurait mis en garde les partis kurdes, mais aurait également laissé entendre que s’ils ne soutiennent pas les attaques américano-israéliennes, Téhéran pourrait être disposé à négocier et à faire des concessions après la guerre, rapporte le site The Amargi dans l’article suivant.

Selon des sources proches du dossier, citées par The Amargi, des partis kurdes iraniens ont pris contact avec les États-Unis au sujet d’une possible coopération, malgré le flou qui entoure encore les intentions de Washington. L’Iran, toujours selon ces sources, tente également de maintenir les Kurdes hors du conflit en leur proposant des concessions pour l’après-guerre, mais les dirigeants kurdes n’ont pas encore réagi.

Alors que des vagues de frappes aériennes et de missiles continuent de s’abattre sur l’infrastructure militaire iranienne, l’intensification croissante des opérations dans l’ouest du pays – notamment au Kurdistan – a alimenté les spéculations quant à l’ouverture possible d’un nouveau front dans ce conflit.

D’après les informations recueillies par The Amargi, une part importante des infrastructures militaires et de sécurité du Kurdistan a été soit complètement détruite, soit gravement endommagée à la suite de ces attaques.

Deux officiers du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) au Kurdistan ont déclaré à The Amargi que les récentes frappes contre les bases et infrastructures militaires iraniennes ont été massives et ont, dans certains cas, perturbé l’organisation des unités touchées, les forces disposant désormais de moyens limités pour se réorganiser et se reposer. Cependant, ces deux officiers, basés à Sanandaj (Sînê) et Kermanshah, ont souligné que les forces armées iraniennes conservent des capacités considérables. Malgré les dégâts causés aux infrastructures, les pertes humaines sont limitées et leur capacité à maintenir le contrôle du terrain demeure importante.

Le 7 mars, l’agence de presse des militants des droits de l’homme (HRANA) a annoncé que le bilan des victimes dépassait les 1 205 morts, dont au moins 194 enfants. En Israël, on dénombre à ce jour 14 morts et environ 1 200 blessés.

Les Kurdes deviendront-ils un nouveau front dans la guerre ?

Washington envoie des signaux contradictoires aux Kurdes, les laissant dans l’incertitude alors que la Maison Blanche, le secrétaire à la Défense et le département d’État font des déclarations contradictoires :

Le 3 mars, Axios a rapporté que le président Trump avait appelé les dirigeants kurdes irakiens Masoud Barzani et Bafel Talabani, alors que la campagne américano-israélienne contre l’Iran s’intensifiait.

Quelques jours plus tard, le 6 mars, Trump déclara que ce serait « formidable » et qu’il serait « tout à fait pour » si les forces kurdes franchissaient la frontière entre le Kurdistan irakien et l’Iran. Mais le 8 mars, il revint sur sa position, affirmant : « Nous ne souhaitons pas que les Kurdes interviennent », et avertit qu’il ne voulait pas que des Kurdes soient blessés ou tués.

Pour aller de l’avant avec leurs projets, les Kurdes demandent des garanties avant de faire de grandes promesses.

Pour ajouter à l’instabilité de la situation, les autorités turques se sont également mêlées à la frénésie médiatique, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, déclarant que le secrétaire américain aux Affaires étrangères, Marco Rubio, avait assuré Ankara que Washington n’avait « aucune intention » d’armer les Kurdes iraniens.

Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a lui aussi délibérément entretenu le flou autour des plans américains, refusant de dire publiquement avec qui les États-Unis coordonneraient leurs actions.

Pour les Kurdes, c’est un air de déjà-vu : des enjeux considérables, des signaux forts, et toujours aucune garantie. Avant de concrétiser leurs projets, ils exigent des garanties avant de faire des promesses importantes.

Selon certains médias, des armes ont été transférées vers les régions kurdes ces derniers mois et des milliers de volontaires kurdes ont été préparés à d’éventuelles opérations. Le Guardian, citant des responsables américains, a indiqué que Washington pourrait fournir un appui aérien si les forces kurdes franchissaient la frontière iranienne.

En réponse, Téhéran a lancé des avertissements concernant tout mouvement kurde : le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien a déclaré que les forces armées iraniennes avaient averti les partis kurdes que s’ils entraient en guerre, « ils seraient neutralisés ».

D’autres membres du gouvernement iranien, comme Ali Larijani, ont réagi en évoquant la politique américaine envers les Kurdes en Syrie, déclarant : « Les Kurdes sont un peuple sage et ils connaissent la mentalité mercantile américaine et [ils savent qu’]ils n’ont aucune loyauté. »

Les parties kurdes – bien qu’ayant déclaré être prêtes à entrer dans le conflit – n’ont jusqu’à présent entrepris aucune action concrète.

Le gouvernement iranien a également laissé entendre que, s’il ne soutient pas les attaques américano-israéliennes, Téhéran pourrait être disposé à négocier et à faire des concessions après la guerre.

Baba Sheikh Hosseini, secrétaire général du parti Khabat, a déclaré que les forces kurdes étaient prêtes à intervenir en cas d’affaiblissement du gouvernement central. Cependant, un membre du conseil de direction du PJAK estime que « sans contrôle de l’espace aérien, une opération kurde se solderait par un massacre ».

Selon les informations recueillies par Amargi , les partis kurdes n’ont pas encore décidé de s’engager dans la campagne militaire car les États-Unis n’ont fourni aucune garantie claire concernant la protection et la défense des forces kurdes et des villes kurdes contre les attaques iraniennes, qu’elles soient terrestres ou par missiles.

D’après les sources d’Amargi , le gouvernement iranien aurait mis en garde ces partis, tout en laissant entendre que s’ils ne soutenaient pas les attaques américano-israéliennes, Téhéran pourrait être disposé à négocier et à faire des concessions après la guerre. La coalition des partis kurdes iraniens n’a pas encore réagi à ces propositions.

Forces armées des partis kurdes iraniens

Dans les premières années qui ont suivi la révolution de 1979, les groupes armés kurdes iraniens se sont progressivement retirés d’Iran, suite aux opérations militaires menées par la nouvelle République islamique contre les régions kurdes. La plupart d’entre eux se sont installés en Irak, notamment dans la région du Kurdistan.

Bien que leur activité militaire ait diminué après la guerre Iran-Irak, ces groupes ont conservé leurs structures armées et se sont parfois affrontés aux forces iraniennes au cours des décennies suivantes. Certains de leurs combattants ont également participé à la lutte contre Daech en Irak et en Syrie aux côtés des peshmergas du Kurdistan et ont contribué à la défense de zones comme Sinjar [région yézidie].

Aujourd’hui, une part importante de ces forces est organisée au sein d’une coalition appelée Alliance des forces politiques du Kurdistan iranien. Cette coalition a été formée le 22 février 2026.

La coalition travaille à la mise en place d’un commandement militaire conjoint et de mécanismes de coordination politique et diplomatique entre les partis membres.

Les estimations du nombre de combattants varient, mais de nombreuses sources avancent un total compris entre 5 000 et 10 000 combattants, principalement basés dans les zones frontalières de la région du Kurdistan irakien.

Parmi ces groupes, le Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK), lié idéologiquement à l’ancien Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), dispose de la force armée la plus importante et la mieux organisée. On estime que ce parti compte environ 3 000 combattants et un réseau de sympathisants et de forces locales dans les régions kurdes d’Iran. Au fil des ans, des rapports ont indiqué que certaines parties de la zone frontalière entre le Kurdistan iranien et l’Iran – près de Kalar et jusqu’aux zones proches de la frontière turque – ont parfois été sous l’influence ou le contrôle de ses forces.

Le Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI), le plus ancien parti politique kurde du pays, bénéficie d’un important soutien au sein de la communauté kurde. Selon certaines estimations, il compterait environ 1 200 combattants armés et serait capable de mobiliser davantage de sympathisants à l’intérieur du pays.

D’autres partis de la coalition – notamment le Parti de la liberté du Kurdistan (PAK), le Komala des travailleurs du Kurdistan, le Komala du Kurdistan iranien et l’Organisation Khabat – disposent d’unités armées plus petites, mais peuvent mobiliser chacun plusieurs centaines de combattants. La plupart de ces forces sont organisées en unités peshmergas, des formations de guérilla entraînées à la guerre asymétrique et aux opérations en montagne. Nombre de leurs combattants ont une expérience des affrontements avec les forces iraniennes, et certains ont également combattu Daech en Irak et en Syrie.

 

Par Ammar Goli, un journaliste d’investigation dont les travaux portent sur les liens entre groupes mafieux et régimes totalitaires, ainsi que sur la question kurde au Moyen-Orient. Il a collaboré avec divers médias, dont BBC Farsi, Iran International et Radio Ferda, en persan, en kurde et en allemand, s’appuyant sur sa connaissance approfondie des dynamiques politiques et sociales de la région.

Texte d’origine (en anglais) à lire sur le site The Amargi « Tehran offers Kurds concessions, Kurdish leaders have not answered » 

Mort de Dilan Karaman : preuves de violence, d’intimidation et de défaillance structurelle

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TURQUIE / KURDISTAN – Une commission d’enquête a présenté son rapport sur la mort de la journaliste kurde Dilan Karaman. Le rapport attribue son décès non pas à des causes individuelles, mais évoque des violences conjugales, du harcèlement institutionnel et des pressions économiques.

Plus de trois mois après le décès de Dilan Karaman, une commission d’enquête de la société civile a publié son rapport. Ce dernier établit clairement que les circonstances de la mort de la journaliste et chroniqueuse du journal féminine kurde « JIN » ne peuvent se réduire à des facteurs personnels ou psychologiques. Il s’agit plutôt d’une combinaison de violences conjugales, de conditions de travail stressantes, de défaillances institutionnelles et de dynamiques sociétales qui a conduit à la situation ayant finalement entraîné son décès.

Commission conjointe de cinq organisations féminines

Dilan Karaman a été admise à l’hôpital d’Amed (Diyarbakır) le 11 novembre après une tentative de suicide. Elle a passé plus de deux semaines en soins intensifs avant de décéder le 27 novembre. Une commission d’enquête a été constituée le jour même de son décès. Elle est composée de représentantes du mouvement féministe TJA, du Centre des droits des femmes du barreau d’Amed, de l’association DAKAH-DER, de la Commission des femmes de l’Ordre des avocats autrichiens (ÖHD) et de l’association féministe Rosa. Cette initiative vise à faire la lumière sur le contexte des droits humains, social et institutionnel de cette affaire.

Menaces du partenaire

Le rapport s’attarde particulièrement sur les événements du jour de la tentative de suicide. Selon ce rapport, Dilan Karaman a contacté plusieurs personnes ce matin-là et leur a confié avoir été menacée par son compagnon, Mazlum Toprak. Elle a décrit avoir été intimidée avec un couteau, qu’on lui ait tiré les cheveux et qu’elle ait été expulsée de l’appartement. Elle a également déclaré craindre pour sa vie.

Le fait qu’elle ait partagé ces récits de manière indépendante avec plusieurs personnes est considéré par la commission comme une preuve solide qu’il ne s’agit pas d’un récit isolé ou inventé. L’accusé nie toute violence physique, mais a admis avoir utilisé un couteau et proféré des menaces. La commission conclut que Dilan Karaman a été victime de violences conjugales juste avant son décès et que cette situation a considérablement aggravé sa détresse psychologique préexistante.

Retard dans l’aide médicale

Le rapport évalue également de manière critique la conduite des services d’urgence et de la police suite à la tentative de suicide. Bien que Karaman se trouvât dans une situation critique, elle n’a pas été immédiatement transportée à l’hôpital. L’argument selon lequel une hospitalisation sans consentement était impossible car elle était consciente est juridiquement irrecevable. La commission dénonce à cet égard une grave défaillance de la part des autorités étatiques. Le retard dans la prise en charge médicale a été un facteur déterminant dans l’enchaînement d’événements qui a finalement conduit à son décès.

Pression au travail et harcèlement

Un autre aspect du rapport concerne les conditions de travail de Dilan Karaman. Elle cumulait plusieurs fonctions politiques et institutionnelles, notamment comme assistante de recherche auprès de la députée DEM Saliha Aydeniz, au sein du service des relations publiques du parti et dans la production de contenus numériques. Son travail dans le secteur numérique, en particulier, l’obligeait à produire du contenu quasiment 24 heures sur 24. De ce fait, la frontière entre vie professionnelle et vie privée s’estompait progressivement.

D’après les témoignages recueillis, elle a également été victime d’exclusion et de dévalorisation répétées au sein de son entreprise. Le rapport indique qu’elle a été exclue des processus de communication interne pendant une période prolongée, publiquement critiquée et surchargée de tâches dépassant ses capacités. La commission considère qu’il s’agit là d’un cas manifeste de harcèlement moral persistant.

« Solitude politique »

Le jour de sa tentative de suicide, Dilan Karaman a contacté de nombreux amis et alliés politiques. Cependant, nombre de ces contacts n’ont débouché sur aucun soutien concret. Le rapport qualifie ce phénomène de « solitude politique ». Il s’agit d’une situation où, malgré de nombreux contacts, personne n’est réellement joignable ni en mesure d’agir. « La solitude politique ne signifie pas l’absence de toute présence, mais plutôt que, malgré de nombreux contacts, personne n’est véritablement là », précise le rapport.

Pression économique

Selon la commission, des facteurs économiques ont également joué un rôle. L’endettement, la hausse du coût de la vie et la précarité financière ont empêché Dilan Karaman de résister à une charge de travail excessive ou de dénoncer ouvertement les pressions institutionnelles. Le rapport mentionne également des indices de l’existence présumée de structures criminelles. La commission a déclaré avoir reçu des allégations selon lesquelles des réseaux impliqués dans le trafic de drogue et la prostitution forcée pourraient être actifs dans la région. Ces groupes cibleraient en particulier les jeunes et les femmes politiquement engagées, tentant d’exercer une influence par des menaces ou du chantage. La commission ne tire pas de conclusion définitive sur cette question, mais demande des investigations complémentaires.

Demande de changements structurels

La commission conclut que la mort de Dilan Karaman ne peut être considérée isolément. Elle est liée aux structures institutionnelles, aux formes d’organisation politique et aux dynamiques sociétales. Par conséquent, des changements fondamentaux s’imposent, notamment une répartition claire des responsabilités au sein des structures politiques, une transparence totale quant à l’obligation de rendre des comptes et la mise en place de mécanismes de contrôle indépendants contre le harcèlement et les violences psychosociales.

Échec des réponses collectives

« Quand une femme dit : ‘Je ne me sens pas bien’, ce n’est pas une simple conversation, c’est un signal d’alarme », indique le rapport. « Quand une femme dit : ‘Je ne suis pas en sécurité ici’, ce n’est pas un sentiment, c’est une urgence. » L’évaluation finale souligne que la mort de Dilan Karaman ne peut être imputée uniquement aux actions d’individus ou d’institutions. L’absence de réponse collective a également joué un rôle. Il est essentiel que la sensibilité et la solidarité se traduisent par une protection concrète lors de futures crises. (ANF)