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De Bretagne au Kurdistan : la force du matrimoine

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BRETAGNE – À l’occasion du mois de mars et de la Journée internationale des droits des femmes, les Amitiés Kurdes de Bretagne (AKB), en partenariat avec Zin 35 et avec le soutien de la Maison Internationale de Rennes, ont organisé une soirée-débat à Rennes autour du thème du matrimoine — le patrimoine culturel transmis et défendu par les femmes.

L’intervention s’est ouverte en breton par Tifenn Siret, porte-parole de l’Union Démocratique Bretonne (UDB) et co-autrice de l’ouvrage collectif « Kezeg an heol – Femmes effacées, féminismes occultés ? » (Éditions Goater, 2025). À ses côtés, les représentantes de l’association kurde Kassed (du Kurdistan de Turquie) et leur interprète arboraient de magnifiques robes traditionnelles kurdes colorées et pailletées, symboles vivants de résistance culturelle.

Le ton était donné : il s’agissait de mettre en lumière le rôle central des femmes dans la préservation et la transmission des cultures minorisées, face aux pressions patriarcales et aux politiques d’assimilation étatiques.

En Bretagne : femmes visibles, mais dans une société patriarcale

Tifenn Siret a d’abord dissipé un mythe tenace : la Bretagne n’a jamais été une société matriarcale. « C’est une société patriarcale dans laquelle les femmes sont très visibles dans le travail et la gestion du quotidien », a-t-elle rappelé.

Dans cette région maritime où les hommes partaient souvent en mer, les femmes ont historiquement assumé de lourdes responsabilités : gestion du foyer, travail aux champs, avec le bétail, sur les marchés, à la transformation des produits agricoles, à la pêche à pied, à la collecte des algues, à la réparation des filets ou à la vente du poisson. Cette présence forte dans la sphère économique a forgé l’image de femmes actives et autonomes, mais sans pour autant leur garantir une égalité politique ou des droits complets.

L’ouvrage « Kezeg an heol » (« Le cheval du soleil ») collectif, réunissant une vingtaine d’autrices (militantes, universitaires, artistes, élues), met en lumière ces « femmes effacées » et ces « féminismes occultés ». Tifenn Siret y retrace un activisme joyeux et concret : grèves, revendications, actions associatives et collectives, portées par un point de vue féminin contemporain.

Au Kurdistan : les femmes, gardiennes de la culture face à la colonisation

Du côté kurde, les représentantes de Kassed, membres du Mouvement des Femmes Libres (TJA), ont témoigné de la violence culturelle subie sous l’autorité de l’État turc. Dès la fondation de la République en 1923, les vêtements traditionnels ont été interdits, avant même la répression linguistique. Malgré cela, les femmes kurdes ont résisté avec force.

Ce sont avant tout les mères qui ont préservé la culture : elles continuaient à porter les habits traditionnels, à parler la langue kurde, à chanter pour leurs enfants et à transmettre les histoires. Pendant que les intellectuels étaient réduits au silence ou contraints à l’exil pendant des décennies, les femmes ont maintenu vivante la mémoire collective à travers les pratiques quotidiennes, la musique, les récits oraux et la tradition des dengbêj (chanteurs-poètes).

Le nord du Kurdistan (en Turquie) reste perçu comme un territoire colonisé. Dans ce contexte, les associations comme Kassed jouent un rôle essentiel pour promouvoir et protéger la culture kurde. Ces vingt dernières années ont vu des avancées significatives, notamment grâce aux écrits féministes et à la jinéologie (« science de la femme »), concept théorisé dans le mouvement kurde pour penser l’égalité femmes-hommes et libérer la société du patriarcat, du capitalisme et de l’État.

Les femmes kurdes affrontent une double oppression : celle de l’État central et celle du patriarcat traditionnel, qui leur donne moins accès aux arts. Kassed s’emploie donc à leur ouvrir des espaces de création et de production culturelle, à leur donner confiance pour s’exprimer sur scène, dans la littérature, les arts visuels ou les arts de la scène.

La culture comme arme de résistance et de libération

Le panel a également exploré comment, pour les femmes kurdes, la culture n’est pas seulement un champ artistique, mais un pilier de résistance : préservation de l’identité, transmission de la mémoire collective, continuité de l’existence et organisation collective face aux politiques d’assimilation et de déni.

Musique, récit oral, vêtements traditionnels, littérature et pratiques quotidiennes deviennent des outils de lutte. La sauvegarde du patrimoine culturel est indissociable de la lutte pour la liberté des femmes. La culture devient ainsi un lieu de mémoire, un langage de résistance et un moyen de construire une vie libre et autodéterminée.

Cette soirée a illustré la solidarité concrète entre femmes bretonnes et kurdes, unies par la conviction que défendre le matrimoine — ce patrimoine vivant transmis par les mères et les femmes — est au cœur des combats pour la dignité culturelle et l’émancipation. (Amitiés kurdes de Bretagne)

Pour plus d’info sur Breizh Femmes, média féministe en ligne de Bretagne :

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IRAK. 46e anniversaire du génocide des Kurdes Feyli : une plaie toujours ouverte

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IRAK / KURDISTAN – Le 4 avril 2026 marque le 46e anniversaire du début de la campagne systématique de persécution et de génocide lancée par le régime baasiste de Saddam Hussein contre les Kurdes Feyli (ou Feyliés, en kurde : Kurdên Feylî). Cette communauté kurde chiite, historiquement implantée à Bagdad, dans la province de Diyala, à Khanaqin, Jalawla, Kut et dans d’autres régions frontalières avec le Kurdistan d’Iran, a été victime d’une politique délibérée d’épuration ethnique, de déportations massives, d’exécutions et de spoliations.

Contexte historique et déroulement des crimes

Dès les années 1970, sous la présidence d’Ahmed Hassan al-Bakr puis de Saddam Hussein, le régime irakien a ciblé les Feyli en raison de leur identité kurde et de leur supposée « loyauté » envers l’Iran (beaucoup avaient des origines basées au Kurdistan iranien).

La campagne s’est intensifiée le 4 avril 1980 avec des opérations de « nettoyage » à Bagdad, Diyala, Kut, Khanaqin, Jalawla, Mandali, Naft Khana et ailleurs. Des décrets comme le n° 666 ont retiré la citoyenneté irakienne à des dizaines de milliers de personnes, les transformant du jour au lendemain en « étrangers ».

Les familles étaient raflées à leur domicile, à leur travail ou à l’école. Elles n’avaient le droit d’emporter que les vêtements qu’elles portaient. Les biens (maisons, commerces, terres) étaient confisqués. Les hommes adultes étaient souvent séparés de leurs familles et envoyés en prison ou dans des centres de détention, où beaucoup ont été torturés ou exécutés.

Selon les estimations les plus couramment admises :

  • Entre 300 000 et 500 000 Kurdes Feyli ont été déportés de force vers l’Iran.

  • Au moins 15 000 à 25 000 personnes ont disparu ou ont été exécutées (certaines sources kurdes évoquent jusqu’à 22 000 à 23 000 exécutions, dont des jeunes hommes envoyés aux champs de mines ou soumis à des expériences chimiques).

Ces crimes s’inscrivent dans une politique plus large d’arabisation et d’élimination de l’identité kurde en Irak, qui culminera plus tard avec l’opération Anfal (1987-1988). Les Feyli ont été particulièrement visés car ils étaient à la fois kurdes et chiites, deux « menaces » aux yeux du régime sunnite baasiste.

Reconnaissance officielle comme génocide

Après la chute de Saddam Hussein en 2003, la justice irakienne a progressivement reconnu ces atrocités :

  • En 2008, le Haut Tribunal pénal irakien (Iraqi High Criminal Court) a qualifié les crimes de génocide.

  • En 2010-2011, le Parlement irakien a voté la reconnaissance officielle du génocide des Kurdes Feyli.

Ces décisions ont ordonné en théorie la restitution de la citoyenneté, le retour des biens confisqués et l’octroi de compensations. Pourtant, plus de 46 ans après le début des crimes et 23 ans après la chute du régime, la grande majorité des survivants et de leurs descendants attendent toujours une réparation concrète. Beaucoup restent apatrides ou en situation précaire en Irak ou en Iran.

Commémorations du 46e anniversaire (2026)

À l’occasion de cet anniversaire, les autorités de la Région du Kurdistan (KRI) et les représentants feyli ont renouvelé leurs appels à la justice. Le président de la Région du Kurdistan, Nechirvan Barzani, a traditionnellement marqué ces commémorations par des déclarations solennelles (comme en 2025 pour le 45e anniversaire), exhortant le gouvernement fédéral irakien à appliquer les décisions de justice : compensation complète, rétablissement de la citoyenneté pleine et entière, restitution des propriétés et résolution des griefs en suspens.

Des responsables du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), dont Azad Shafi (chef de la cinquième branche), ont rappelé que l’oppression contre les Feyli dure depuis près d’un siècle, depuis la création de l’État irakien. Ils dénoncent le fait que, plus de vingt ans après la chute du Baas, certaines lois et décrets de l’ancien régime restent encore en vigueur et que l’article 140 de la Constitution irakienne (concernant les zones disputées) n’est pas appliqué dans leur cas.

Les survivants et leurs descendants parlent d’une « plaie sanglante » qui n’a toujours pas cicatrisé. Des conférences et rassemblements ont lieu régulièrement à Erbil, Sulaymaniyah et Bagdad pour documenter les témoignages, exiger l’internationalisation du dossier et appeler à la ratification par l’Irak du Statut de Rome de la Cour pénale internationale.


Un chapitre sombre de l’histoire irakienne

Le génocide des Kurdes Feyli n’est pas un événement isolé. Il fait partie d’une série d’atrocités commises par le régime baasiste contre les Kurdes d’Irak (Anfal, Halabja, massacres des Barzanis, etc.). Il symbolise la volonté d’effacer une composante essentielle de la mosaïque irakienne.

Aujourd’hui, les Feyli continuent de jouer un rôle important dans la vie politique et sociale du Kurdistan et de l’Irak. Leur combat pour la justice et la mémoire reste un enjeu majeur pour la réconciliation nationale irakienne.

Les Kurdes Feyli demandent non seulement des réparations matérielles, mais aussi la reconnaissance pleine et entière de leur souffrance, afin que ce « chapitre sombre » ne se reproduise plus et que les générations futures puissent vivre dans un Irak véritablement pluraliste et juste.

46 ans après, la quête de justice pour les Kurdes Feyli demeure inachevée. Les appels lancés depuis Erbil et Bagdad rappellent que la paix et la stabilité en Irak passent aussi par la réparation des crimes du passé.

Contre l’oubli de l’exil : la diaspora kurde de Norvège lance ses propres écoles de langue

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Soutenue par le Gouvernement régional du Kurdistan, une initiative éducative d’envergure voit le jour en Norvège. En collaboration avec les centres kurdes d’Oslo, plusieurs écoles ouvriront prochainement leurs portes afin de permettre aux Kurdes de la diaspora de maintenir un lien vital avec leur langue et leur culture.

Une première école de langue proposera un enseignement dans les deux principaux dialectes, le sorani et le kurmanji. Porté par des enseignants bénévoles, ce projet s’inscrit dans une volonté plus large de sauvegarde du patrimoine immatériel kurde au sein des nouvelles générations.

Rezvan Warmeli, chef de la diaspora kurde en Norvège, a précisé au journal « The New Region » que l’établissement débutera ses activités avec quatre classes, chacune pouvant accueillir jusqu’à 17 élèves. Il a également souligné que cette création bénéficie de l’appui technique et institutionnel de la Confédération de la langue kurde.

Un programme entre racines et intégration

Selon les informations transmises par la Confédération au site The New Region, le ministère de l’Éducation du GRK fournira l’ensemble des manuels et fournitures scolaires. Si le programme s’appuie initialement sur le système éducatif de la région du Kurdistan, l’objectif à terme est d’adopter le modèle pédagogique norvégien (d’origine finnoise) pour favoriser une intégration harmonieuse.

Cette dynamique fait suite à la signature, en mars 2025, d’un protocole d’accord entre le Premier ministre Masrour Barzani, le ministère de l’Éducation et le Centre de la diaspora kurde. Ce partenariat vise à structurer l’enseignement du kurde à l’étranger en y intégrant l’histoire nationale et les luttes historiques du peuple kurde face à l’injustice.

« Nous prévoyons d’ouvrir davantage d’écoles de langue kurde à travers la Norvège », a déclaré Derin Mahmoud, enseignant bénévole. Bien que les inscriptions officielles ne soient pas encore closes, une cinquantaine d’élèves se sont déjà manifestés pour intégrer ce cursus.

Un enjeu de transmission face à l’exil

Au cours des dernières décennies, des milliers de Kurdes ont été contraints à l’exil vers l’Occident. Originaires du Kurdistan d’Irak, de Turquie, d’Iran ou de Syrie, ces familles ont fui des décennies de conflits politiques, de répression systématique et de violences. Dans ce contexte de déracinement, l’école devient un sanctuaire pour la transmission d’une identité souvent menacée dans les pays d’origine.

Syrie : enlèvements, viols et rançons – les femmes et filles alaouites prises pour cible

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SYRIE – Depuis plus d’un an, des femmes et des filles alaouites sont régulièrement enlevées, séquestrées, violées et parfois libérées contre rançon par des gangs criminels, sans que cela suscite une réelle mobilisation de la communauté internationale.

Alors qu’on est sans nouvelles des femmes kurdes ou de combattantes des YPJ enlevées par Damas en janvier, le drame systématique touchant la minorité alaouite est également ignoré par la communauté internationale, malgré des preuves accablantes.

Une enquête approfondie du New York Times, publiée ce jour, révèle que ces enlèvements sont bien plus fréquents et brutaux que ne l’admet le gouvernement de transition syrien.

Un exemple parmi d’autres : En mai dernier, une adolescente de 16 ans a quitté son domicile dans le nord-ouest de la Syrie pour se rendre dans une boutique et a disparu. Des semaines plus tard, sa famille a reçu un appel anonyme exigeant des milliers de dollars pour sa libération. Après paiement de la rançon, la jeune fille est rentrée chez elle plus de 100 jours après son enlèvement. Elle a confié à ses proches avoir été détenue dans un sous-sol humide, droguée et violée par plusieurs hommes. Un examen médical a révélé qu’elle était rentrée enceinte.

Le New York Times a vérifié 13 cas d’enlèvements de femmes et filles alaouites (ainsi qu’un homme et un garçon). Cinq des victimes ont déclaré avoir été violées ; deux sont rentrées enceintes. Dans un autre cas documenté, une femme de 24 ans a été détenue trois semaines dans une pièce crasseuse, où elle a été violée, battue, rasée (tête et sourcils) et tailladée avec des lames de rasoir. Sa famille a payé les ravisseurs pour obtenir sa libération.

Depuis la chute de Bachar al-Assad fin 2024, de nombreuses familles alaouites alertent sur les réseaux sociaux. Elles craignent que leur communauté – à laquelle appartenait le dictateur déchu – ne soit visée en représailles par certains groupes sunnites. Les Alaouites représentent environ 10 % de la population syrienne.

Le gouvernement de transition nie tout ciblage systématique et affirme n’avoir confirmé qu’un seul cas. Pourtant, l’enquête du New York Times, basée sur des dizaines d’entretiens (la plupart sous anonymat par peur de représailles), des captures d’écran de demandes de rançon, des virements et des témoignages de travailleurs médicaux, contredit cette version.

Ces violences interviennent dans un climat de profonde méfiance. L’association des Alaouites au régime Assad par une partie des nouveaux dirigeants a déjà conduit à des violences sectaires meurtrières en mars 2025 (environ 1 400 morts selon l’ONU), avec la participation des forces de sécurité de Damas.

Beaucoup de victimes et de leurs familles dénoncent l’inaction ou le manque de sérieux des autorités face à ces affaires.

Ces enlèvements, motivés à la fois par l’appât du gain et la haine anti-alaouite, alimentent la terreur au sein d’une minorité déjà fragilisée.

SYRIE. Kurdes arrêtés à cause des célébration de Newroz

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SYRIE / ROJAVA – Les gangs de Damas ont arrêté au moins deux Kurdes pour les « célébration de Newroz » et le port du drapeau du Kurdistan.

Le 21 mars, un Kurde de 40 ans a été arrêté devant son domicile dans le village de Ta’ana (campagne d’Alep-Nord) puis transféré à la prison militaire d’Akhtarin, où il est toujours détenu sans charge officielle ni présentation devant un juge.

Le même jour, dans la ville d’Afrin, deux membres de la police militaire ont interpellé un jeune homme d’une vingtaine d’années près de la rue Al-Mazout, alors qu’il participait aux célébrations du feu de Nowruz.

Ces incidents révèlent une répression croissante contre l’expression de l’identité kurde, en totale contradiction avec les discours officiels sur la protection des libertés publiques.

Le 3e Festival du film kurde de Düsseldorf dédié aux femmes kurdes

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ALLEMAGNE – La 3e édition du Festival du film kurde de Düsseldorf se tiendra du 17 au 19 avril 2026 dans deux salles emblématiques de la ville : l’UFA-Palast Düsseldorf (Worringer Str. 142) et le Kino Metropol.

Le festival ouvrira ses portes le vendredi 17 avril à 20h avec la projection du long-métrage « Birako Heval » (90 minutes), un hommage puissant à la résistance du Rojava. Cette édition mettra particulièrement en lumière la région du Rojava, avec notamment le court-métrage « Ye Me Rûmeta Rojava » (« Rojava est notre dignité ») et le documentaire « Hemo ».

L’emblème du festival représente la tresse d’une femme révolutionnaire face à la carte du Kurdistan. Ce symbole fort fait écho à un acte de résistance survenu pendant les combats au Rojava, où la tresse d’une combattante avait été coupée, devenant ainsi une image de dignité et de lutte.

Une programmation riche et diversifiée

Le programme comprend :

  • 3 longs-métrages

  • 8 documentaires

  • 17 courts-métrages

Les films proviennent des quatre parties du Kurdistan et de la diaspora :

  • 3 films du Rojava

  • 11 du Kurdistan du Nord

  • 5 du Kurdistan de l’Est

  • 7 du Kurdistan du Sud

  • 3 productions internationales

Les thématiques abordées reflètent les réalités kurdes contemporaines : la révolution du Rojava, la vie des kolbars (porteurs frontaliers) au Kurdistan de l’Est, l’interdiction de la langue kurde, les pressions de l’État turc sur les villes kurdes, les déplacements forcés au Kurdistan du Nord, ainsi que les restrictions sur la musique kurde. La grande majorité des œuvres mettent en scène la société kurde dans toute sa complexité, sa résilience et ses combats.

Compétition et prix

Un concours de courts-métrages récompensera quatre films, un par partie du Kurdistan. Quatre prix d’honneur seront également décernés dans la catégorie des longs-métrages. Parmi les distinctions annoncées figurent le Human Rights Film Award, le Halil Dag Resisting Film Award, le Jina Amini Honor Award et le Yılmaz Güney Film Award, ainsi que quatre prix « Aspiring Filmmakers Award » (un pour chaque partie du Kurdistan).

Un festival né dans un contexte de résistance

Serhat Holako, membre du comité préparatoire, explique que les préparatifs du festival ont coïncidé avec de nouvelles attaques contre le Rojava. Le choix du film d’ouverture rend ainsi hommage à la résistance de cette région. « Le festival est devenu l’une des plateformes les plus importantes pour promouvoir le cinéma kurde et rassembler les artistes kurdes », souligne-t-il. Il rappelle que les films des quatre parties du Kurdistan sont réalisés dans des conditions souvent marquées par la guerre, les difficultés et les persécutions.

Organisé par le Si Filmkollektiv e.V. et une équipe de bénévoles culturels, le festival vise à rendre visibles les voix, les perspectives et les histoires kurdes à l’échelle internationale, tout en renforçant les liens et la conscience collective au-delà des frontières.

Le 3e Festival du film kurde de Düsseldorf s’annonce comme un événement majeur pour la diaspora kurde en Europe et tous les amoureux du cinéma engagé. Plus d’informations et le programme détaillé sont disponibles sur le site officiel : www.dkff.de.

IRAN. Risques accrus d’exécution des prisonniers politiques

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Les craintes pour la vie des prisonniers politiques en Iran se sont considérablement aggravées depuis le début des frappes militaires américaines et israéliennes. Sur fond d’escalade régionale, l’ONG kurde Kurdistan Human Rights Network (KHRN) signale des exécutions secrètes, des mesures de sécurité renforcées dans les prisons et une répression accrue.

Des coupures généralisées d’internet, des restrictions sévères sur les appels téléphoniques, les visites familiales et l’accès aux avocats ont isolé encore davantage les détenus, rendant leur sort opaque et inquiétant.

Exécutions confirmées

Le KHRN a appris qu’au moins cinq prisonniers politiques ont été exécutés secrètement ces derniers jours :

  • Babak Alipour

  • Pouya Ghobadi

  • Mohammad Taghavi

  • Akbar Daneshvar-Kar

  • Amir-Hossein Hatami

D’autres prisonniers politiques, en particulier des Kurdes précédemment condamnés à mort, font face à un risque imminent d’exécution.

Prisonniers kurdes en danger de mort

Sept prisonniers politiques kurdes restent condamnés à mort à l’issue de procès inéquitables devant des tribunaux révolutionnaires islamiques (accusations de « baghi » — insurrection armée — et « moharebeh » — inimitié envers Dieu) :

  • Pakhshan Azizi (militante des droits des femmes, Mahabad) — peine confirmée par la Cour suprême

  • Hatem Ozdemir (militant politique turc)

  • Yousef Ahmadi (Baneh)

  • Mehrab Abdollahzadeh (Orumiyeh, soulèvement « Femmes, Vie, Liberté »)

  • Nasser Bakerzadeh (Orumiyeh) — recondamné à mort en février 2026

  • Rauf Sheikh-Maroufi

  • Mohammad Faraji

Au moins quatre de ces condamnations ont été confirmées par la Cour suprême.

Nouveaux procès et incertitude

Plusieurs cas où les condamnations à mort avaient été annulées par la Cour suprême ont été renvoyés devant les tribunaux révolutionnaires :

  • Verisheh Moradi, membre de la Communauté des femmes du Kurdistan oriental (Civaka Jinên Rojhelatî Kurdistan-KJAR)

  • Ali (Soran) Ghassemi, Pezhman Soltani, Kaveh Salehi, Rezgar Beigzadeh Babamiri (et d’autres)

Ces personnes, détenues à Evin et Orumiyeh, risquent fortement une nouvelle condamnation à mort pour « baghi », « moharebeh » ou « efsad-e fel arz » (corruption sur terre), après des mois de torture et de détention à l’isolement.

Position du KHRN

Le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan condamne fermement ces exécutions et exprime sa profonde inquiétude face au risque sérieux d’autres mises à mort. Il met en garde : dans le contexte actuel de guerre, la peine de mort risque d’être utilisée de manière croissante comme instrument de pression et de représailles.

Le KHRN exige :

  • L’arrêt immédiat de toutes les condamnations à mort et exécutions ;

  • L’octroi de permissions de sortie temporaires aux détenus pour réduire les risques liés au conflit ;

  • Que les autorités iraniennes assument pleinement leur responsabilité de protéger la vie et la santé de tous les prisonniers.

Ces développements interviennent alors que le régime renforce le contrôle des prisons, limite drastiquement l’information et semble vouloir étouffer toute contestation intérieure pendant le conflit régional.

TURQUIE. Menaces de mort contre le père d’une jeune Kurde tuée

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TURUQIE / KURDISTAN – La famille de Rojin Kabaiş, étudiante kurde de 21 ans morte dans des circonstances suspectes à Van, déclare être victime de graves menaces pour qu’elle abandonne les poursuites judiciaires.

Rojin a disparu le 27 septembre 2024 après avoir quitté sa résidence universitaire. Son corps a été retrouvé 18 jours plus tard sur les rives du lac de Van. Bien que les autorités aient initialement évoqué un suicide, la famille et ses avocats contestent fermement cette thèse et sont convaincus qu’il s’agit d’un assassinat.

Le père, Nizamettin Kabaiş, déclare à l’agence ANF recevoir régulièrement des menaces via WhatsApp et par téléphone :

« Ils me disent d’abandonner l’affaire. Ils menacent de me tuer et de m’enterrer à côté de ma fille. »

Ces menaces, transmises au parquet, n’ont entraîné aucune mesure de protection concrète de la part des autorités turques, malgré les demandes répétées de la famille (caméras de surveillance, sécurité renforcée).

Des failles graves dans l’enquête

Un rapport médico-légal tardif (près d’un an après les faits) a révélé la présence d’ADN masculin sur la poitrine et la zone intime de Rojin, ainsi que des indices de possibles violences sexuelles. La famille dénonce des investigations bâclées, un manque de transparence et exige la mise en place d’une équipe d’enquêteurs indépendants venus d’Ankara ou d’Istanbul.

« Plus nous cherchons la vérité, plus la pression et les menaces augmentent », déclare Nizamettin Kabaiş. Malgré tout, il reste déterminé :

« Je ne reculerai pas d’un pouce tant que les responsables de la mort de ma fille ne seront pas traduits en justice. »

L’Iran et ses milices attaquent les Kurdes d’Irak

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IRAK / KURDISTAN – Mercredi soir, un drone lancé par des milices chiites pro-iraniennes sur Erbil (en kurde Hewler), capitale du Kurdistan, a frappé un restaurant bondé de clients.

Le propriétaire du restaurant remercie les cieux car le drone n’a pas explosé. Sinon, une cinquantaine de personnes auraient été tuées.

’Irak et l’Iran continuent de terroriser la Région du Kurdistan, malgré la neutralité claire proclamée par le Gouvernement régional du Kurdistan (KRG).

Les attaques ne cessent pas. Si les Kurdes ripostent, ils les accuseront d’être entrés en guerre et justifieront leurs bombardements. S’ils ne ripostent pas, ils continueront à les frapper impunément.

Le peuple kurde est la première victime d’une guerre qui n’est pas la sienne.

ROJAVA. Un jeune d’Afrin raconte la torture subie entre les mains des Turcs

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SYRIE / ROJAVA – Avdan Mahmud, un Kurde originaire d’Afrin et combattant des Forces démocratiques syriennes (FDS) depuis 2015, a vécu l’occupation de sa ville en 2018 par la Turquie, le déplacement forcé vers Shehba, la destruction de sa maison, l’abattage de ses oliviers et la torture entre les mains des Turcs.

Le 28 novembre 2024, alors qu’il fuyait les attaques de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) et des groupes affiliés à la Turquie le long de la ligne Alep-Shehba, il a été capturé par des membres de la faction Sultan Murad. « Ils m’ont pris pour cible parce que je suis Kurde », témoigne-t-il.

Un calvaire de 1 an, 3 mois et 17 jours

Transféré à Kilis (Turquie), il a été remis aux services de renseignement turcs où il a subi tortures physiques, interrogatoires forcés, pressions psychologiques, isolement et menaces de mort : « Ils me demandaient si j’étais kurde, pourquoi j’avais rejoint les FDS, et me disaient qu’ils allaient me tuer et livrer mon corps à ma famille. »

Il a ensuite été détenu à la prison d’al-Raia, qu’il décrit comme « la pire prison de Syrie » : faim, mauvais traitements, tortures quotidiennes. Des prisonniers y croupissent depuis dix ans.

Transféré ensuite à Serêkaniyê, puis à Raqqa sous le Gouvernement intérimaire syrien, il a enduré pendant plus d’un mois des pressions pour renier les FDS et une intense torture psychologique.

Libéré finalement dans le cadre d’un échange de prisonniers, Avdan Mahmud a retrouvé sa famille. « J’ai tout subi : torture, faim, soif, manque de sommeil, intimidations… Mais je n’ai jamais perdu espoir. Aujourd’hui, je suis avec les miens. »

Son itinéraire de captivité – Afrin → Shehba → Kilis → al-Raia → Serêkaniyê → Raqqa → Qamishlo – retrace la répression systématique subie par de nombreux Kurdes après la chute du régime d’Assad.

ROJAVA. Des gangs de Damas attaquent des civils et des journalistes dans le canton de Kobanê

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SYRIE / ROJAVA – Ce jeudi, des habitants kurdes de Kobanê se sont rendus dans le district de Jalabiyah (Çelebi), au sud de Kobanê, pour reprendre le contrôle de la municipalité et rétablir les services publics essentiels (eau, électricité, administration locale) bloqués par les forces du Gouvernement intérimaire syrien.

À leur arrivée, les forces de sécurité liées à Damas ont ouvert le feu sur les civils non armés. Plusieurs manifestants ont été blessés et de nombreux journalistes kurdes couvrant l’action pacifique ont été arrêtés.

Alors que Damas a envoyé des renforts dans la région, les autorités kurdes de Kobanê ont publié un communiqué dénonçant le non respect des accords signés entre Damas et les autorités kurdes du Rojava. 

Voici leur communiqué :

Conformément à l’accord signé le 29 janvier entre les Forces démocratiques syriennes et le gouvernement de transition syrien, il était prévu d’intégrer les institutions de la région, de reconnaître la volonté de la population locale et de nommer les administrateurs des institutions parmi les habitants.

C’est sur cette base que le gouverneur d’Al-Hasakah et plusieurs autres administrateurs ont été nommés parmi les résidents locaux de la province. Or, ce processus n’a pas été appliqué dans la région de Kobané, où les administrateurs des institutions locales sont nommés en dehors de la zone.

À ce jour, un directeur de district et plusieurs administrateurs ont été nommés dans les sous-districts de Sirrin et d’Al-Jalabiyah sans consultation préalable de la population de Kobané.

Ces mesures prises par l’administration du gouvernorat d’Alep ne sont conformes ni aux dispositions de l’accord du 29 janvier, ni aux termes de l’accord d’intégration conclu entre le gouvernement de transition de Damas et les Forces démocratiques syriennes. Ces actions entravent la mise en œuvre du processus d’intégration.

Après la nomination par l’administration du gouvernorat d’Alep d’administrateurs pour les institutions du sous-district d’Al-Jalabiyah, les habitants de Kobani et d’Al-Jalabiyah se sont réunis pour publier une déclaration exprimant leur position sur ces mesures. Cependant, les forces de sécurité intérieure et les forces militaires (affiliées au gouvernement de transition) sont intervenues, ont empêché les habitants de publier la déclaration, ont agressé physiquement certains d’entre eux et ont tenté d’arrêter plusieurs personnes.

Nous, administration et population de Kobani, condamnons et dénonçons ces actions. Nous appelons le gouvernement de transition à respecter les dispositions de l’accord du 29 janvier et à mettre en œuvre le processus d’intégration en conséquence. Nous affirmons que nous n’accepterons aucune mesure prise en dehors de ce cadre.

En Turquie, être journaliste, c’est d’abord survivre aux tribunaux

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TURQUIE / KURDISTAN — En Turquie, les journalistes, notamment ceux travaillant pour les médias kurdes, ne se contentent plus d’enquêter : ils passent leur temps au tribunal, sous contrôle judiciaire, avec passeport confisqué ou assignation à résidence. Les témoignages de Tuğçe Yılmaz, Mehmet Aslan et Furkan Karabay révèlent un système de répression systématique où la procédure elle-même devient la punition.

 

En Turquie, pour les journalistes, se battre en justice fait désormais partie intégrante du métier. Les récits de Tuğçe Yılmaz (bianet), Mehmet Aslan (agence Mezopotamya) et Furkan Karabay (Medyascope) illustrent comment la pression sur la liberté de la presse s’est muée en un régime judiciaire systématique et épuisant.

La Turquie traîne depuis des années une réputation désastreuse en matière de liberté d’expression. Arrestations, détentions provisoires, enquêtes interminables et contrôles judiciaires : l’État ne se contente plus de censurer, il use du droit comme arme de harcèlement.

Ces dernières semaines, les arrestations d’Alican Uludağ et İsmail Arı, ou l’emprisonnement de Pınar Gayıp et Elif Bayburt pour leur travail à l’agence ETHA, n’ont fait que confirmer un tableau déjà sombre. Mais le cœur du problème ne réside pas seulement dans les cellules. Il se joue dans les couloirs des tribunaux, les convocations hebdomadaires au commissariat, les passeports confisqués et les assignations à résidence.

Tuğçe Yılmaz et l’avocate de Bianet, Deniz Yazgan au palais de justice d’Istanbul

Tuğçe Yılmaz : « Ce que nous racontons, c’est votre histoire »

Depuis le début de sa carrière, Tuğçe Yılmaz cumule violences policières et menaces judiciaires. Depuis 2024, la pression est devenue méthodique.

Deux procédures distinctes pèsent sur elle : l’une pour « aide à une organisation terroriste » liée à des droits d’auteur perçus pour son travail, l’autre sous l’article 301 du Code pénal pour un article sur la jeunesse arménienne en Turquie. Pendant plus d’un an, elle a dû pointer chaque semaine au même commissariat. Son passeport a été confisqué, son interdiction de voyager à l’étranger reste en vigueur. Les conférences internationales et les voyages professionnels sont devenus impossibles sans autorisation judiciaire.

« En Turquie, presque aucun journaliste n’échappe aujourd’hui au contrôle judiciaire », constate-t-elle. « Certains de mes collègues sont en prison, d’autres assignés à résidence. C’est une peine lourde, même sans condamnation finale. »

Pour elle, les discours officiels sur la paix et la démocratie sonnent creux tant que les pressions sur la presse persistent. « Nous ne pouvons pas mener ce combat seuls. Lecteurs, sources, partis politiques et défenseurs des droits humains doivent nous soutenir. Lisez-nous, partagez nos articles, suivez nos audiences, ne laissez pas nos collègues seuls en prison. Car ce que nous racontons, c’est votre histoire. »

Mehmet Aslan : L’organisation [terroriste] n’existe plus, mais les dossiers, si

Mehmet Aslan

Le parcours de Mehmet Aslan, reporter à l’agence Mezopotamya, incarne le sort des journalistes kurdes. Dès 20 ans, en 2015, l’État l’a plongé dans le système répressif : détention, torture, arrestations répétées.

En 2021, il passe cinq mois en prison pour des articles sur Abdullah Öcalan et les prisonniers politiques, accusé d’appartenance au PKK. Acquitté. En 2024, nouvelle arrestation sur les mêmes faits. Libéré, puis une nouvelle enquête pour les mêmes accusations. Les dossiers sont fusionnés et toujours en cours.

« Le PKK s’est dissous, mais les poursuites continuent », ironise-t-il. « Rapporter des faits ne signifie pas appartenir à une organisation. L’État sait que je ne suis pas membre du PKK. Ce qu’il veut contrôler, c’est ce qui peut être vu, dit et mémorisé, surtout sur la question kurde. »

Même les acquittements ne protègent pas. La machine judiciaire redémarre, avec les mêmes chefs d’accusation, à une autre date.

Furkan Karabay : Le pouvoir judiciaire au service du pouvoir politique

Furkan Karabay

Furkan Karabay, journaliste judiciaire à Medyascope, est l’un des reporters les plus poursuivis de Turquie. Détenu cinq fois, arrêté formellement trois fois, il a passé environ huit mois en détention provisoire ces dernières années. Il totalise une cinquantaine de plaintes et a récemment été placé sous assignation à résidence avec interdiction de voyager.

Dans chaque affaire, son travail journalistique est criminalisé : « diffusion de fausses informations », « outrage au président », ou encore « mise en danger de personnes luttant contre le terrorisme ».

« Le système judiciaire n’obéit plus à la loi, mais aux ambitions politiques », dénonce-t-il. « Les juges ne sont plus loyaux envers la Constitution, mais envers le pouvoir. » (Via Bianet)

Un système où la procédure est la sanction

Pris ensemble, ces trois témoignages dessinent un mécanisme implacable. En Turquie, la vraie punition n’est souvent pas la condamnation finale, mais le processus lui-même : années perdues en audiences, énergie consacrée à sa défense plutôt qu’à l’enquête, mobilité entravée, revenus affectés, vie personnelle disloquée.

La détention envoie un message. L’assignation à résidence étouffe le quotidien. Le contrôle judiciaire use psychologiquement. Même acquitté, le journaliste sort épuisé, parfois ruiné professionnellement.

Ce régime ne vise pas seulement à punir des articles isolés. Il cherche à décourager toute investigation gênante et à effacer une mémoire collective que le pouvoir préfère voir disparaître.

Tant que les journalistes turcs devront passer plus de temps au tribunal que sur le terrain, la liberté de la presse restera une illusion. Leur combat n’est pas seulement le leur : il est celui de toute une société qui aspire à savoir.