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Qui est le plus déçu, les Kurdes ou Trump ?

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Trump pourrait être déçu que les Kurdes ne se comportent pas comme des instruments de ses ambitions. Mais la déception kurde est plus profonde : un siècle de sacrifices, de promesses rompues, et d’être traités comme des combattants quand c’est utile, abandonnés quand c’est inopportun. La prudence kurde n’est pas une faiblesse. C’est une mémoire historique transformée en stratégie, écrit la chercheuse Rojin Mukriyan dans l’article suivant.

Qui est le plus déçu, les Kurdes ou Trump ?

La déception affichée par le président Donald Trump à l’égard des Kurdes ne doit pas être vue comme une réaction isolée. Elle s’inscrit dans une histoire plus longue et plus complexe d’attentes américaines, de sacrifices kurdes et d’abandons politiques répétés.

Ce qui apparaît aujourd’hui comme un différend sur les armes, la coordination militaire et la guerre contre l’Iran en 2026 fait partie, pour les Kurdes, d’un schéma bien plus ancien : les grandes puissances attendent des forces kurdes qu’elles combattent, accomplissent les missions les plus risquées et restent utiles, tout en reconnaissant rarement leur existence politique comme une priorité stratégique.

D’un côté, un peuple apatride qui lutte depuis des décennies pour son autodétermination, accumule les sacrifices et endure l’exclusion politique. De l’autre, un président américain dont la politique est dictée par une situation intérieure instable, des calculs géostratégiques et une vision opportuniste des alliances.

La véritable question n’est donc pas de savoir si Trump est déçu par les Kurdes, mais si les Kurdes n’ont pas, eux, des raisons bien plus profondes d’être déçus par Trump, par les États-Unis et par un ordre international qui a maintes fois instrumentalisé leur force sans jamais protéger leurs aspirations.

L’histoire kurde avec l’Occident

Cette déception kurde s’enracine dans une mémoire vive de promesses non tenues et de protections sélectives. Pour beaucoup de Kurdes, le règlement de l’après-Première Guerre mondiale, scellé par le traité de Lausanne en 1923, ne fut pas un simple redécoupage frontalier. Il a morcelé leurs territoires entre plusieurs États et ancré le sentiment durable que leur souveraineté resterait une illusion. Lausanne est devenu une plaie fondatrice du Moyen-Orient moderne, plaçant l’existence politique kurde sous la tutelle d’États qui, le plus souvent, la perçoivent comme une menace.

Près d’un siècle plus tard, le référendum d’indépendance de 2017 au Kurdistan irakien a rouvert ces blessures : 92,8 % des votants se sont prononcés en faveur de l’indépendance, mais les États-Unis s’y sont opposés et ont refusé de défendre le résultat. Lorsque les forces irakiennes et les milices pro-iraniennes ont lancé l’offensive sur Kirkouk – ville que Jalal Talabani appelait « la Jérusalem du Kurdistan » –, l’administration Trump est restée passive. Ce qui relevait pour Washington d’un calcul de stabilité régionale fut perçu par de nombreux Kurdes comme un nouvel abandon de leur volonté populaire.

Le retrait de Kirkouk ne fut pas une simple manœuvre militaire, mais une décision tragique visant à éviter un bain de sang. Face à une force supérieure, une fragmentation interne et le spectre d’un nouveau désastre après Halabja et le génocide d’Anfal, les dirigeants kurdes ont préféré préserver leur peuple. Ce choix a évité une catastrophe immédiate, mais a aussi laissé une profonde cicatrice politique : même lorsqu’ils s’engagent dans la voie démocratique et coopèrent avec l’Occident, les Kurdes risquent de se retrouver seuls au moment décisif.

Le même schéma s’est répété en Syrie. Les forces kurdes ont été décisives dans la défaite territoriale de Daech, payant un lourd tribut en vies humaines – comme Trump lui-même l’a reconnu. Pourtant, une fois le califat vaincu, leur valeur stratégique a rapidement diminué aux yeux de Washington. La décision de Trump de retirer ses troupes en 2018 a ouvert la voie à l’offensive turque sur Afrin, suivie d’une opération de nettoyage ethnique. En 2019, Ankara s’est emparé de Girê Spî et Serê Kaniyê.

Trump a justifié ce retrait en affirmant que les États-Unis n’avaient « jamais promis de protéger les Kurdes pour le restant de leurs jours », les qualifiant de « loin d’être des anges » et insistant sur le fait que les États-Unis avaient « sécurisé le pétrole ».

Ces déclarations sont révélatrices. Elles réduisent les Kurdes à des instruments : des combattants utiles quand nécessaire, des messagers occasionnels, et des boucs émissaires en cas d’échec. Elles révèlent une hiérarchie claire des priorités américaines : le pétrole, les intérêts tactiques et les relations avec Ankara passent avant la vie des Kurdes, leurs projets politiques et leur crainte légitime d’une occupation turque. En présentant leur combat comme un simple « service payé », Trump a dépolitisé une lutte existentielle pour la survie et l’autonomie.

Or les Kurdes n’ont pas combattu Daech uniquement pour les États-Unis, mais d’abord pour eux-mêmes : pour défendre leurs communautés, leur modèle politique et leur avenir face à une menace totalitaire. Ils ont combattu aux côtés des Américains, mais pas pour eux.

Cette même logique se reproduit dans le contexte de la guerre contre l’Iran en 2026. Face à une campagne plus longue et plus complexe que prévu, les Kurdes sont devenus un bouc émissaire commode. Armes non parvenues aux manifestants ? Hésitation kurde. Forces kurdes n’entrant pas en Iran ? Trahison. Manque de clarté stratégique américaine ? Prudence kurde transformée en défection.

Les partis politiques kurdes iraniens ont rejeté les accusations selon lesquelles ils auraient refusé de transmettre des armes. Mais le fond du problème demeure : Trump semble déçu que les Kurdes refusent d’être les simples exécutants de ses ambitions régionales. Les Kurdes, eux, sont las d’une histoire qui leur a trop souvent enseigné le prix élevé de la confiance sans garanties.

La question centrale n’est pas de savoir si les Kurdes sont prêts à se battre – l’histoire a déjà répondu. Elle est de savoir si leur engagement militaire sera accompagné d’une reconnaissance politique, de garanties de sécurité concrètes, d’une défense aérienne, d’une protection contre les représailles et d’un accord clair pour l’après-guerre.

Les messages contradictoires de Trump – d’abord favorable à une intervention kurde, puis soudainement réticent – ne peuvent inspirer confiance à aucun dirigeant kurde responsable. Pas après Lausanne, Kirkouk, Afrin, Girê Spî et Serê Kaniyê.

La prudence kurde n’est pas une trahison. C’est une mémoire historique devenue stratégie. Face à des communautés vulnérables aux missiles et aux drones iraniens, et à un allié américain dont le soutien reste conditionnel aux relations avec Ankara, les Kurdes refusent d’être réduits à de simples pions dans une guerre qui n’est pas entièrement la leur.

Ils ne manquent pas de courage. Ils refusent simplement d’être, une fois de plus, des instruments sacrifiables. Si Trump est déçu, c’est parce qu’il attendait de l’obéissance. Si les Kurdes le sont, c’est parce qu’ils espéraient, au moins cette fois, être traités en partenaires. Dans cette perspective, leur déception porte un poids historique bien plus lourd.

Rojin Mukriyan est docteure du Département de science politique et de gouvernement de l’University College Cork, en Irlande. Ses principaux domaines de recherche sont la théorie politique, les études féministes et décoloniales, ainsi que la politique du Moyen-Orient, en particulier la politique kurde. Elle a publié des articles dans le Journal of International Political Theory, Philosophy and Social Criticism et Theoria. Ses recherches ont jusqu’à présent porté sur la liberté kurde, l’État kurde et l’amitié politique kurde. Elle a publié de nombreux commentaires et rapports de groupes de réflexion sur les récents développements politiques au Kurdistan oriental (Rojhelat) et dans le nord-ouest de l’Iran. Elle intervient régulièrement sur diverses chaînes d’information en kurde et en persan.

Article original à lire sur le site The Amargi Who is more disappointed, Kurds or Trump?

IRAK. Kawthar, 15 ans, assassinée pour avoir refusé un mariage forcé

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IRAK — Le meurtre de Kawthar Bashar Al-Husayjawi, une adolescente de 15 ans, a provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux et relancé le débat sur les féminicides appelés « crimes d’honneur » dans le pays, signale le site kurde Kurdistan24.

Selon la Plateforme irakienne de défense des droits des femmes, Kawthar a été tuée après avoir refusé un mariage arrangé avec son cousin. La jeune fille aurait été fiancée contre son gré, avant de disparaître mercredi soir. Elle a été retrouvée morte le lendemain dans une zone isolée.

La plateforme a publié des documents et des images choquantes accusant des membres de sa famille et de sa tribu d’avoir organisé le meurtre dans le but de « laver l’honneur ». Des vidéos montrant des proches célébrant le crime ont circulé sur les réseaux sociaux, provoquant une très vive émotion et de nombreuses condamnations.

Les militants dénoncent un assassinat prémédité, perpétré avec la complicité de plusieurs personnes, suivi d’une mise en scène publique jugée particulièrement glaçante.

Contexte et réactions

Cette affaire remet une fois de plus en lumière la persistance des violences basées sur l’« honneur » en Irak, particulièrement dans les zones rurales et tribales où les coutumes traditionnelles priment souvent sur la loi.

Bien que le droit irakien criminalise les meurtres, y compris ceux commis au nom de l’honneur, les organisations de défense des droits des femmes dénoncent une application très inégale de la loi, une certaine clémence judiciaire dans ces dossiers et une forte réticence des familles à porter plainte.

Des centaines de cas de violences liées à l’honneur seraient recensés chaque année par la société civile, même si les statistiques officielles restent peu fiables en raison d’une sous-déclaration massive et d’un manque de transparence.

La Plateforme irakienne pour les droits des femmes a appelé les autorités à traduire en justice tous les responsables et à renforcer urgemment les mécanismes de protection des femmes et des filles face à la violence tribale et familiale.

Mazloum Abdi : « Nous poursuivons la lutte dans une nouvelle Syrie »

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SYRIE / ROJAVA — Le commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), Mazloum Abdi, a accordé un entretien détaillé à l’agence ANHA sur l’état d’avancement de l’accord d’intégration signé le 29 janvier avec le gouvernement syrien. Abdi a pointé plusieurs difficultés persistantes : le retour des déplacés d’Afrin et de Serê Kaniyê (Tal Abyad), la libération des otages kurdes détenus par Damas et la question de l’unité kurde.

Abdi a fait état de progrès significatifs sur les plans militaire et administratif, notamment la prise de fonctions des chefs dans les académies militaires et la formation de quatre brigades. Il a confirmé que des discussions se poursuivent pour intégrer le reste des effectifs des FDS au sein des forces régulières ou des forces de sécurité intérieure.

Sur le plan judiciaire, un accord a été trouvé après une crise récente : les juges de l’Administration autonome seront intégrés sans exclusion, et une signalétique bilingue (arabe-kurde) sera adoptée dans les villes à majorité kurde.

Concernant l’éducation, les certificats de l’Administration autonome (préparatoire et secondaire) seront reconnus dans les prochains jours, et les programmes actuels, dispensés en kurde, resteront en vigueur cette année et l’année prochaine.

Points de tension persistants :

  • Le retour des déplacés, particulièrement à Afrin, Serê Kaniyê et Tal Abyad, retardé par la présence de groupes armés.

  • La libération des prisonniers, dossier prioritaire pour les FDS.

  • La question de l’unité kurde avant les élections législatives.

Mazloum Abdi a insisté sur la nécessité d’un front kurde uni et a déclaré que cet accord, bien qu’imparfait, offre l’opportunité de poursuivre la lutte pour les droits du peuple kurde dans le cadre d’une nouvelle Syrie. Il a appelé à maintenir la mobilisation et à renforcer les institutions civiles kurdes.

SYRIE. Racket à 10 000 dollars pour les Kurdes qui retournent à Manbij

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SYRIE / ROJAVA — Des sources locales de la campagne est d’Alep rapportent de nombreuses plaintes de civils, majoritairement kurdes, qui ont fui Manbij lors de l’offensive des factions de l’Armée nationale syrienne (ANS) soutenues par la Turquie après la chute du régime Assad.
 
De retour après une période d’exil, ces habitants se heurtent à un véritable racket organisé : des intermédiaires liés aux autorités judiciaires locales leur réclameraient jusqu’à 10 000 dollars américains pour « faciliter » la récupération légale de leurs maisons.
 
Selon les témoignages recueillis, près de 25 000 civils kurdes ont quitté la ville pendant les opérations militaires pour se réfugier dans des zones plus sûres. Beaucoup tentent aujourd’hui de rentrer progressivement, mais se retrouvent confrontés à ce système d’extorsion qui les empêche de réintégrer leurs foyers.
 

SYRIE. La répression anti-kurde se poursuit à Alep

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SYRIE / ROJAVA – Les forces de la Sûreté générale du gouvernement intérimaire syrien ont lancé une vaste opération de répression lundi dans le quartier kurde de Sheikh Maqsoud à Alep.

Des patrouilles ont interpellé des dizaines de jeunes Kurdes, fouillé leurs téléphones portables et arrêté au moins deux d’entre eux après y avoir découvert des images de symboles kurdes.

Selon des témoins oculaires cités par l’agence ANHA, les arrestations ont eu lieu près du quartier d’al-Jabanat et du complexe scolaire, dans la partie orientale de Sheikh Maqsoud. Les jeunes ont été contrôlés lors de patrouilles mobiles avant d’être emmenés.

Cet épisode s’inscrit dans un contexte de pressions croissantes sur la population kurde de la ville, après l’interdiction récente d’ériger des symboles kurdes dans le cimetière de la zone.

IRAN. Baloutches : Exécutions secrètes et tueries extrajudiciaires

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IRAN – Le régime iranien poursuit sa répression sanglante contre la population baloutche dans la province du Sistan-et-Baloutchistan, signale l’ONG kurde Hengaw. En seulement quelques jours, les autorités ont procédé à une exécution, à des exécutions extrajudiciaires et à de nouvelles arrestations arbitraires, illustrant une politique systématique de terreur visant cette minorité sunnite marginalisée.

Exécution secrète d’un prisonnier politique en 55 jours

Mardi 12 mai 2026, à l’aube, les autorités iraniennes ont exécuté Abduljalil Shahbakhsh à la prison centrale de Zahedan. Originaire du comté de Taftan, il avait été arrêté 55 jours plus tôt, durant la période de tensions régionales impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis.

Accusé de « baghi » (rébellion armée) pour son appartenance présumée au groupe Ansar al-Furqan et d’espionnage au profit d’Israël, Shahbakhsh a été condamné dans une procédure opaque, sans accès à un avocat indépendant et sans transparence sur les preuves. L’organisation Hengaw pour les droits humains dénonce de graves violations du droit à un procès équitable. Sa famille n’a pas été informée à l’avance de l’exécution.

Quatre Baloutches abattus et carbonisés

La veille, le 11 mai 2026, les forces du ministère du Renseignement ont ouvert le feu sur un véhicule transportant quatre hommes baloutches dans la région de Sorkehvaran, à Iranshahr. Les quatre occupants ont été tués sur le coup. Leur véhicule a pris feu et leurs corps ont été carbonisés. Il s’agit d’une exécution extrajudiciaire manifeste.

Arrestation pour « activité sur les réseaux sociaux »

Le 8 mai 2026, les services de renseignement ont arrêté Shahim Bahrami à Nikshahr, peu après son retour d’Oman. Il a été transféré à la prison centrale de Zahedan. Les autorités justifient cette arrestation par sa « présence sur les réseaux sociaux ».

Ces événements s’inscrivent dans un schéma récurrent de répression systématique contre les Baloutches : exécutions rapides, souvent secrètes, arrestations arbitraires, torture et discrimination institutionnelle. Le Sistan-et-Baloutchistan, l’une des provinces les plus pauvres et marginalisées d’Iran, paie un lourd tribut à la politique sécuritaire du régime, qui instrumentalise les accusations de terrorisme et de collaboration étrangère pour justifier sa violence.

Les organisations de défense des droits humains, dont Hengaw, alertent régulièrement sur cette répression qui vise à briser toute forme de dissidence ou de revendication culturelle et politique dans la région. La communauté baloutche reste aujourd’hui l’une des cibles les plus exposées de la machine répressive iranienne, dans un climat de quasi-impunité.

SYRIE. 27 organisations de la société civile syrienne exigent la reconnaissance immédiate du kurde comme langue officielle

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SYRIE / ROJAVA – 27 organisations de la société civile syrienne demandent la reconnaissance constitutionnelle de la langue kurde comme langue officielle de la Syrie, au même titre que les autres langues du pays, et appellent à mettre fin aux politiques de discrimination et d’exclusion linguistiques.

Les organisations syriennes soussignées expriment leur profonde inquiétude et condamnent fermement les récentes mesures des autorités de transition à Damas visant à restreindre l’usage de la langue kurde dans le gouvernorat d’al-Hasakah (Hassaké).

Une illustration emblématique de cette politique s’est produite au Palais de justice du centre-ville d’al-Hasakah, où les autorités ont exigé le retrait du kurde de l’enseigne principale de l’institution. Cet acte injustifié a suscité une vive réprobation populaire et soulève de sérieuses questions sur la réelle volonté des autorités de transition à respecter le pluralisme linguistique et culturel du pays.

Dans une ville aussi diverse qu’al-Hasakah, habitée par des Arabes, des Kurdes, des Syriaques-Assyriens et d’autres composantes, le recours exclusif à une seule langue pour identifier une institution publique officielle est perçu comme une négation de cette diversité.

Ces pratiques violent :

  • La Déclaration universelle des droits de l’homme ;

  • L’article 7 de la Déclaration constitutionnelle intérimaire, qui stipule que l’État doit « garantir la diversité culturelle de la société syrienne dans toutes ses composantes, ainsi que les droits culturels et linguistiques de tous les Syriens » ;

  • L’article 2 du décret n° 13 relatif aux droits des Kurdes.

L’exclusion du kurde de l’espace public s’inscrit dans la continuité de décennies de politiques d’arabisation forcée et d’effacement culturel que les Kurdes, tout comme d’autres groupes, ont subies sous les régimes précédents. Ces mesures visaient à nier leur identité nationale, culturelle et linguistique.

La préservation de la diversité linguistique et culturelle n’est pas une question secondaire : elle constitue un pilier essentiel de la paix durable en Syrie. Après quatorze années de guerre dévastatrice et des décennies d’autoritarisme, toute politique d’exclusion ou d’assimilation forcée risque de saper le processus de transition, de nourrir les discours de haine et de compromettre la cohésion nationale.

Convaincues que la marginalisation culturelle ne peut que fragiliser la stabilité du pays, les organisations soussignées appellent les autorités de transition à :

  1. Reconnaître constitutionnellement la langue kurde comme langue officielle de la Syrie et garantir son usage libre dans l’espace public, l’administration, l’éducation et les transactions officielles.

  2. Adopter des lois et réglementations contraignantes pour promouvoir l’utilisation de toutes les langues locales dans les institutions de l’État.

  3. Émettre des directives claires interdisant toute forme de discrimination linguistique et imposant le respect de la diversité dans l’ensemble des administrations.

  4. Garantir constitutionnellement le droit de toutes les communautés syriennes d’apprendre et d’enseigner leur langue maternelle.

  5. Criminaliser les pratiques d’assimilation forcée et les qualifier de formes de discrimination, tout en affirmant la diversité linguistique et culturelle comme une richesse et une force pour la Syrie.

  6. Modifier la Déclaration constitutionnelle intérimaire afin d’y inscrire explicitement la reconnaissance et la protection de la pluralité culturelle et linguistique du pays.

La reconnaissance officielle du kurde ne serait pas une concession, mais la restauration d’un droit fondamental longtemps bafoué. Elle constituerait un signal fort de l’engagement sincère des autorités actuelles en faveur d’une Syrie inclusive, où toutes ses composantes participent sur un pied d’égalité à la construction de l’avenir.

Organisations signataires :

  • ASO Consultancy & Strategic Studies

  • Ahrar – Parti libéral syrien

  • L’Union des intellectuels

  • Organisation de coopération humanitaire et de développement (HDC)

  • Centre ACHTI

  • Ahlam Saghira

  • Équipe d’artistes

  • Ambassadeurs pour les personnes handicapées

  • Études d’analyse et de stratégie

  • Organisation Ella pour le développement et la consolidation de la paix

  • PÊL 

  • Association environnementale des arbres verts

  • Association Dar pour les victimes de déplacements forcés

  • Syriens pour la vérité et la justice (STJ)

  • Association Synergy pour les Victimes

  • RÊ pour la Réhabilitation et le Développement

  • TEVIN – Groupe de réflexion indépendant sur les affaires kurdes

  • Association Shawishka pour les femmes

  • Association Mbader pour le développement communautaire

  • Ronî Peywend pour le leadership communautaire

  • Réseau des femmes leaders pour la paix

  • Organisation Kobani pour le secours et le développement

  • Malva pour les arts et la culture

  • Organisation Rose pour le soutien et l’autonomisation

  • Organisation Nextep

  • Centre communautaire de Yalda

  • Sensibilisation HÊZ

SYRIE. Un autre Alaouite abattu à Homs

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SYRIE – Qublan Souleïman (alias Abou Majd) a été abattu ce lundi dans le quartier d’Al-Hamidiya à Homs.

Originaire du quartier d’Al-Muhajirin et membre de la communauté alaouite, la victime a été ciblée dans ce qui s’apparente à un assassinat à caractère sectaire.

Depuis la prise de pouvoir par Ahmed al-Sharaa (anciennement Abou Mohammad al-Jolani) et Hayat Tahrir al-Cham (HTS) en décembre 2024, de nombreuses minorités non sunnites arabes — alaouites, druzes, chrétiens, ismaéliens et kurdes — font face à une recrudescence d’attaques, d’exécutions sommaires et de massacres sectaires à travers le pays. Ces violences, souvent revendiquées ou tolérées par des groupes djihadistes ou des factions affiliées au nouveau pouvoir, alimentent la crainte d’une épuration communautaire systématique.

SYRIE. Attaque armée contre les gangs de Damas

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SYRIE / ROJAVA – Aujourd’hui, un minibus de la 64e Division, unité soutenue par la Turquie et intégrée aux forces du gouvernement syrien, a été attaqué par deux hommes armés à moto à l’ouest des faubourgs d’Aliya, dans la campagne d’Hassaké. L’attaque a fait cinq morts et deux blessés.

Bien que l’opération ait été menée selon des tactiques typiques de l’État islamique, les services de renseignement de HTS ainsi que les canaux turcs ont rapidement attribué la responsabilité aux Forces Démocratiques Syriens (FDS). Selon un militant kurde, cette mise en cause viserait à saboter les négociations en cours entre les autorités kurdes et Damas.

Des images anciennes ont par ailleurs été largement diffusées dans le cadre de cette campagne de fake news.

Cependant, plusieurs éléments contredisent cette fausse accusation : le minibus circulait sur la route Hasakah–Ras al-Ayn (Serekanîyê), en zone contrôlée par les forces turques et leurs proxies depuis l’invasion d’octobre 2019, territoire qui ont été nettoyés de ses habitants kurdes…

ROJAVA. La gendarmerie turque abat un agriculteur kurde à Kobanê

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SYRIE / ROJAVA – Ibrahim Sabri, un agriculteur kurde de 44 ans originaire du village de Kosek à Kobanê, a été froidement abattu par les gardes-frontières turcs ce lundi 11 mai 2026, alors qu’il irriguait paisiblement ses terres agricoles près de la frontière.

Ce nouveau crime s’inscrit dans une longue série d’exactions commises par l’armée et la gendarmerie turques contre les civils kurdes des zones frontalières de Rojava. Les villageois qui tentent simplement de cultiver leurs champs sont régulièrement pris pour cible par des tirs délibérés.

La Turquie poursuit en toute impunité une politique systématique de violence et de terreur contre le peuple kurde, tant à l’intérieur de ses frontières qu’au-delà. Ces meurtres répétés de civils désarmés – agriculteurs, bergers, femmes et enfants – révèlent une haine anti-kurde profonde et structurelle, qui s’exprime par une répression brutale et des crimes de guerre commis en toute impunité.

Les autorités turques visent manifestement à vider les villages frontaliers kurdes de leurs habitants en transformant les terres agricoles en zones de mort. Cette stratégie criminelle doit être condamnée avec la plus grande fermeté.

IRAN. Un étudiant en ingénierie aérospatiale exécuté pour « espionnage »

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IRAN – Le régime iranien a exécuté l’étudiant en master d’ingénierie aérospatiale Erfan Shakourzadeh pour « espionnage », signale l’ONG kurde Hengaw.

Les autorités iraniennes ont exécuté, ce lundi 11 mai 2026, Erfan Shakourzadeh, un brillant prisonnier politique âgé de 29 ans. Chercheur en technologie satellitaire et major de sa promotion en master de génie aérospatial à l’Université des sciences et technologies d’Iran, il a été pendu à l’aube à la prison de Ghezel Hesar, à Karaj, après près de deux ans de détention.

Selon l’ONG de défense des droits humains Hengaw, Erfan Shakourzadeh a été transféré le 7 mai de la prison d’Evin à Téhéran vers Ghezel Hesar, sous le prétexte d’une « réunion avec des représentants de la justice ». Placé à l’isolement, il a été exécuté sans préavis à sa famille et sans pouvoir recevoir une dernière visite. L’agence de presse Mizan, proche du pouvoir judiciaire, l’a accusé de « collaboration avec la CIA et le Mossad ».

Né en 1997, Shakourzadeh était diplômé en génie électrique de l’Université de Tabriz et figurait parmi les meilleurs étudiants en génie aérospatial. Spécialiste des systèmes de contrôle et de positionnement des satellites, il a été arrêté en février 2025 par les services de renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Il a passé neuf mois en isolement total, subissant de graves tortures physiques et psychologiques pour lui extorquer des aveux.

Dans une note publiée depuis sa prison, il avait déclaré :

« Je suis Erfan Shakourzadeh, l’un des rares membres de l’élite à avoir choisi de ne pas émigrer… J’ai été arrêté sur la base d’accusations d’espionnage fabriquées de toutes pièces. Après huit mois et demi de torture et d’isolement, j’ai été contraint de faire de faux aveux. Ne laissons plus jamais une autre vie innocente être fauchée en silence. »

Sa condamnation à mort, confirmée par la Cour suprême iranienne, reposait sur des accusations d’espionnage jamais prouvées lors d’un procès équitable. L’organisation Hengaw qualifie cette exécution secrète d’« assassinat d’État » et d’exemple flagrant de crime contre un membre éminent de l’élite scientifique iranienne, victime d’une affaire de sécurité entièrement fabriquée.

Bingöl : ville réduite au silence par la guerre spéciale

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TURQUIE / KURDISTAN – Bingöl (Çewlig), l’une des villes les plus emblématiques du mouvement de libération kurde est aujourd’hui la cible d’une guerre spéciale systématique menée par l’État turc, alerte Rustem Sincer dans l’article suivant.

Ville réduite au silence par la guerre spéciale :

Bingöl À Bingöl, des réseaux de prostitution clandestins opèrent dans des cafés, des salons de massage et via les « services à domicile », dans une ville où les perspectives d’emploi pour les femmes restent très limitées.

Bingöl (Çewlig), l’une des villes les plus reculées et isolées du Kurdistan du Nord (Bakur), est entourée de hautes montagnes au nord et à l’est. Cet isolement géographique freine fortement son développement économique et ses échanges culturels. Dans une région où l’élevage ne dispose pas d’alternatives économiques viables et où les possibilités de production restent limitées, le chômage et l’exode rural s’alimentent mutuellement dans un cercle vicieux.

Bingöl se distingue par son riche passé de résistance. Longtemps terre d’accueil des patriotes du Kurdistan du Nord, elle porte une tradition militante profondément enracinée. Ville témoin de la fondation et des premières années du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), elle a donné naissance à de nombreuses figures importantes du mouvement de libération kurde, parmi lesquelles des cadres historiques tels que Mehmet Karasungur et Mehmet Hayri Durmuş.

C’est précisément en raison de cet héritage que Bingöl constitue une cible prioritaire des politiques de guerre spéciale menées par l’État turc.

Une stratégie de décomposition sociale

Comme dans d’autres villes du Kurdistan, ces politiques visent à corrompre les valeurs sociales à travers la drogue, la prostitution, le recrutement d’informateurs, les jeux d’argent et la criminalité organisée. À Bingöl, la réalité de ces fléaux — drogue, prostitution, formation de gangs et réseaux d’informateurs — est observable à travers des faits concrets et des témoignages locaux.

Anatomie d’un marais supervisé par l’État

La crise de la drogue à Bingöl est à la fois cause et conséquence de nombreux problèmes sociaux. Au cours de la dernière décennie, l’âge moyen des consommateurs n’a cessé de baisser, tandis que la toxicomanie s’est propagée dans presque toutes les couches de la société.

Au Kurdistan, rien ne se développe spontanément. L’augmentation massive de la consommation de drogue, le développement de réseaux de prostitution et le recrutement systématique d’informateurs s’inscrivent dans une politique d’État délibérée visant à corrompre et à dépolitiser la jeunesse kurde. À Bingöl, les trafiquants circulent librement près des commissariats et les points de vente de drogue ne font l’objet d’aucune opération sérieuse, signe évident d’une « négligence contrôlée » de la part des autorités.

Des familles patriotiques dans le viseur

L’objectif est clair : briser la jeunesse révolutionnaire pour la transformer en une génération passive et contre-révolutionnaire. Un jeune tombé dans la toxicomanie est neutralisé à la fois physiquement et politiquement. Les principales cibles de cette stratégie sont les familles qui ont payé un lourd tribut à la lutte kurde et qui restent engagées.

Suicide : un décès dans chaque lignée familiale

L’un des aspects les plus tragiques de Bingöl est l’ampleur exceptionnelle des suicides, un fléau qui perdure depuis près d’un demi-siècle et touche aujourd’hui presque toutes les familles.

À Bingöl, les enfants sont confrontés à la notion de suicide dès l’école primaire. Presque chaque famille élargie a perdu au moins un des siens de cette manière. Entre 2000 et 2023, le nombre de suicides enregistrés est passé de 22 à 58, soit une multiplication par 2,6 en 24 ans. Le taux le plus élevé a été atteint en 2014 avec 9,78 suicides pour 100 000 habitants, bien au-dessus de la moyenne nationale turque. Les 15-19 ans sont les plus touchés, avec des cas recensés même chez des enfants de 15 ans et moins.

Prostitution et gangs : invisibles mais omniprésents

Bien que moins visible dans les rues qu’à Amed ou Riha, la prostitution existe à Bingöl sous des formes plus clandestines : cafés, salons de massage et « services à domicile ». Dans une ville où les femmes ont très peu d’opportunités d’emploi, ces réseaux sont souvent liés au recrutement d’informateurs. Des femmes fragilisées par la précarité ou la toxicomanie sont poussées à la prostitution, puis utilisées comme outil de chantage.

Des structures de gangs existent également, même si elles opèrent de manière plus discrète en raison de la taille modeste de la ville et de la vigilance sociale.

Le recrutement d’informateurs : une politique prioritaire

À Bingöl, le recrutement d’informateurs commence tôt et vise des milieux politiquement sensibles, en lien direct avec l’histoire de la ville. Deux profils sont particulièrement ciblés : les jeunes en situation économique précaire à qui l’on promet des « opportunités de l’État », et les membres de familles proches du mouvement kurde, soumis à la drogue, au chantage sexuel ou à la pression économique.

Cette stratégie détruit la confiance sociale et installe un climat de paranoïa qui paralyse l’organisation et la solidarité.

Pourquoi Bingöl ?

Bingöl incarne une culture de résistance et de liberté profondément ancrée. Face à cet héritage, l’État turc déploie une stratégie multidimensionnelle combinant suicide, drogue, prostitution et délation pour briser la continuité historique du mouvement.

Malgré les alertes et les initiatives locales, l’État observe un silence délibéré. Il sait que toute enquête sérieuse révélerait l’ampleur de cette politique.

La voie vers une solution

La véritable solution passe par la reconstruction du lien politique, culturel et historique avec la jeunesse de Bingöl. L’expérience des années 2013-2015 l’a démontré : lorsque l’espoir renaît et que les jeunes s’engagent dans le mouvement, la consommation de drogue recule nettement.

La drogue ne doit pas être vue uniquement comme un problème de substance, mais comme un phénomène social, économique et politique qu’il faut combattre par une approche globale et une résistance organisée.

ANF