Accueil Blog Page 10

SYRIE. Les minorités aspirent à la reconnaissance

0

SYRIE / ROJAVA – La nouvelle déclaration constitutionnelle syrienne adopte explicitement le droit international des droits de l’homme. Bien que cela soit théoriquement important pour les droits des minorités, le gouvernement ne les respecte pas dans les faits.

La nouvelle constitution temporaire de la Syrie, applicable à compter du 16 mars 2025, a instauré un régime présidentiel fort, concentrant tous les pouvoirs entre les mains du président intérimaire Ahmed al-Sharaa, sans introduire les dispositions nécessaires à la reconnaissance des minorités.

Aperçu de la déclaration constitutionnelle

La constitution intérimaire syrienne, connue sous le nom de Déclaration constitutionnelle, établit un cadre de transition de cinq ans signé par le président intérimaire Ahmed al-Sharaa. Cette déclaration lui confère des pouvoirs étendus pour une période de cinq ans, sans aucun contre-pouvoir effectif. Le président détient le pouvoir exécutif en tant que chef du gouvernement et commandant suprême des forces armées. Il nomme un ou plusieurs vice-présidents, son cabinet, ses ambassadeurs, ainsi qu’un comité chargé d’élire les deux tiers de l’Assemblée du peuple. Il nomme directement le tiers restant.

Bien que le pouvoir judiciaire soit déclaré indépendant, les sept membres de la Cour constitutionnelle suprême sont tous nommés par le président. L’ancienne Cour constitutionnelle est abolie. La déclaration reste également muette sur la durée du mandat des juges, élément pourtant essentiel à l’indépendance de la justice.

La Déclaration consacre une liste impressionnante de droits humains, notamment la diversité culturelle et religieuse, le droit des femmes à l’éducation et au travail, la liberté d’expression, ainsi que tous les droits et libertés énoncés dans les traités internationaux ratifiés par la Syrie. Cependant, nombre de ces droits ne sont pas compatibles avec d’autres dispositions de la Déclaration. Par exemple, le droit à la protection contre la discrimination religieuse et la liberté de croyance sont incompatibles avec les articles exigeant que le président soit musulman et que la jurisprudence islamique soit la principale source de législation. Ces dispositions favorisent l’islam et privilégient les religions abrahamiques (islam, christianisme et judaïsme), au détriment d’une protection réelle de toutes les croyances et pratiques religieuses.

La Déclaration souligne la nécessité de préserver l’unité et l’intégrité de la Syrie, de son territoire et de son peuple. Elle érige en infraction les appels à la division, à la sécession, ainsi que les demandes d’intervention ou de soutien étranger. L’article 1 stipule que la Syrie constitue une unité géographique et politique indivisible. Cette approche centralisée et unitaire ne laisse aucune place à une quelconque forme d’autonomie ou de partage du pouvoir.

La Déclaration vue par les minorités

Le statut juridique des minorités en Syrie demeure largement inexploré dans cette Déclaration. Cette lacune génère une grande incertitude quant à leur avenir et à leurs droits. Bien que le président intérimaire Ahmed al-Sharaa se soit engagé à protéger les minorités, la Constitution proclamée et le cadre juridique mis en place font l’objet de vives critiques, car ils ne prévoient aucune protection claire, applicable et concrète pour les minorités religieuses et ethniques.

La Déclaration établit un État centralisé sous le nom de « République arabe syrienne », reconnaît la loi islamique comme principale source législative, déclare l’arabe comme langue officielle et exige que le président soit musulman. Ces dispositions font de l’islam le pilier central de la constitution provisoire. Dans l’histoire syrienne, la prépondérance de l’identité arabe et islamique a souvent servi à renforcer le pouvoir de l’élite dirigeante, tout en engendrant de fortes tensions sociales, sectaires et politiques.

Par conséquent, ce dispositif constitutionnel suscite de graves inquiétudes quant aux droits et à la sécurité des minorités religieuses (chrétiens, alaouites, druzes) et ethniques, notamment les Kurdes, en raison de l’absence de protections explicites et de reconnaissance de leurs identités.

Malgré les promesses d’inclusion, les minorités religieuses continuent de faire l’objet d’attaques ciblées, notamment des assauts contre des églises chrétiennes et des violences de représailles contre les alaouites. Depuis mars 2026, les autorités de Damas ont également imposé des interdictions strictes sur la vente et la consommation d’alcool, limitant exceptionnellement sa vente à des bouteilles scellées dans certains quartiers majoritairement chrétiens.

Les minorités aspirent à la reconnaissance

Les groupes minoritaires — Kurdes, Druzes, Alaouites et chrétiens — réclament activement la reconnaissance officielle de leur identity, de leurs droits et une représentation réelle dans une structure étatique décentralisée.

Les dirigeants kurdes ont entamé des négociations pour obtenir la reconnaissance constitutionnelle de leur langue, de leurs droits culturels et d’une autonomie régionale. En janvier 2026, le président a annoncé un décret reconnaissant le kurde comme langue nationale et rétablissant la citoyenneté pour les Kurdes. Pourtant, dans la pratique, le kurde reste traité comme une langue étrangère dans les institutions publiques et l’éducation. Dans de nombreuses régions kurdes, les élèves doivent encore apprendre les matières principales en arabe.

Début mai, le ministère de la Justice a retiré la plaque kurde du palais de justice de Hassaké pour la remplacer par une plaque bilingue arabe-anglais, provoquant indignation et manifestations.

Les Alaouites font face à des violences et à des massacres de représailles. Selon l’ONU, plus de 1 400 civils alaouites ont été tués et des dizaines de milliers contraints de fuir. Les Druzes du sud, notamment à Soueïda, maintiennent une large autonomie locale et militent pour une Syrie démocratique et décentralisée. Les chrétiens et les Yézidis, quant à eux, craignent une marginalisation accrue et la destruction de leurs lieux de culte.

Conclusion

L’expérience historique montre le lien étroit entre la légitimité d’un système politique et la reconnaissance des minorités. La structure constitutionnelle actuelle, fondée sur une identité arabo-islamique unique, ignore les autres groupes culturels et identités. Cela remet en question la légitimité du système et alimente les conflits.

Pour instaurer une paix durable, la future constitution permanente doit adopter une approche inclusive, avec des mécanismes de partage du pouvoir qui reconnaissent réellement tous les groupes sociaux, les minorités et les identités. Sans cela, les tensions actuelles risquent de perdurer. (Nazim Tural pour Bianet)

Trump est-il en train de trahir les manifestants iraniens pour obtenir un accord ?

0

IRAN / ROJHILAT – Alors que l’administration américaine affirme qu’un nouvel accord avec l’Iran pourrait être imminent, une vieille préoccupation refait surface du point de vue du peuple iranien : qu’adviendra-t-il des droits de l’homme et de la démocratie lors des négociations à venir ?

Tout porte à croire qu’un futur accord américano-iranien, vraisemblablement conçu et mis en œuvre par étapes, portera principalement sur le programme nucléaire iranien, les sanctions économiques, la sécurité du détroit d’Ormuz et les activités régionales de Téhéran. Sans surprise, les droits de l’homme, la démocratie et la répression interne ne devraient pas figurer au cœur des négociations, même si Washington a fortement insisté sur ces questions à certains moments de la récente confrontation avec l’Iran.

Cela n’a rien de nouveau ni de surprenant au regard de l’histoire des relations américano-iraniennes. Les droits de l’homme ont rarement été au cœur des négociations avec Téhéran. Le plus souvent, they ont servi de prétexte moral à des politiques dictées avant tout par des considérations sécuritaires et géopolitiques.

Depuis 1979, les priorités stratégiques américaines sont restées relativement constantes : empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire, contenir son influence régionale, protéger Israël, sécuriser les voies énergétiques du Golfe et limiter les activités des groupes armés alliés à Téhéran.

En effet, la rupture initiale entre Washington et la République islamique n’a pas été provoquée par la répression intérieure iranienne, mais par la prise d’otages à l’ambassade américaine. Dès 1984, Washington désignait officiellement l’Iran comme « État soutenant le terrorisme », inscrivant ainsi la relation dans un cadre sécuritaire plutôt que démocratique.

La législation américaine mentionnait certes les violations des droits de l’homme, mais ces références restaient cantonnées à un système de sanctions axé sur la prolifération nucléaire, les missiles balistiques et le soutien iranien aux groupes armés régionaux. Les droits de l’homme apparaissaient davantage comme un outil de pression supplémentaire que comme le fondement d’une véritable stratégie de démocratisation. Les sanctions liées aux droits de l’homme ne représentaient qu’une part relativement limitée du vaste système de sanctions américain contre l’Iran, lequel était essentiellement structuré autour de préoccupations nucléaires, militaires et géopolitiques.

L’accord nucléaire de 2015, le JCPOA, reflétait clairement cette hiérarchie des priorités. L’administration Obama reconnaissait ouvertement le caractère répressif du régime iranien et maintenait certaines sanctions liées aux droits de l’homme. Pourtant, l’objectif principal des négociations était d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Les droits du peuple iranien n’étaient pas absents du discours américain, mais ils demeuraient en marge des négociations elles-mêmes.

Contrairement aux attentes, l’arrivée de Donald Trump n’a pas fondamentalement modifié cette logique. La stratégie de pression maximale a certes élargi la liste des griefs contre Téhéran, mais les références aux droits du peuple iranien sont restées secondaires par rapport aux préoccupations sécuritaires. Le discours de Mike Pompeo en 2018, exposant les « douze conditions » imposées à l’Iran, a été révélateur à cet égard : les droits humains n’y occupaient qu’une place marginale.

Même durant le mouvement « Femme, Vie, Liberté », alors que les manifestations iraniennes suscitaient une immense sympathie internationale, l’administration Biden a continué de privilégier la question nucléaire et la stabilité régionale. Washington a condamné la répression et imposé des sanctions symboliques, sans toutefois placer véritablement les revendications démocratiques des Iraniens au cœur de sa stratégie diplomatique. La priorité américaine demeurait d’empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire tout en limitant son influence régionale.

L’explication ne tient pas simplement au fait qu’un président démocrate était en fonction lors du soulèvement « Femme, Vie, Liberté ». Durant le second mandat de Trump, une vague similaire de protestations civiles a précédé la récente confrontation avec l’Iran, et le soutien aux manifestants (notamment les allégations récurrentes de possibles livraisons d’armes aux groupes d’opposition) s’est intégré au discours politique américain. Pourtant, plus le régime iranien résistait et s’appuyait sur son principal levier stratégique, en particulier le détroit d’Ormuz, plus les références aux droits du peuple iranien disparaissaient progressivement du discours politique. Une fois de plus, les calculs sécuritaires ont primé sur les considérations démocratiques.

Un autre problème majeur réside dans le fait que, malgré les spéculations entourant un futur accord, personne ne connaît véritablement sa portée. S’agira-t-il d’une trêve prolongée ou d’une normalisation plus durable ? Tous les fronts régionaux seront-ils inclus, ou seulement certaines zones de tension ? Cette ambiguïté est particulièrement visible dans le cas des Kurdes iraniens.

Malgré les cessez-le-feu et les négociations diplomatiques, l’Iran a continué de frapper les bases et les camps civils des groupes kurdes iraniens au Kurdistan irakien à l’aide de drones et de missiles, avec une intensité quasi identique à celle d’auparavant. Rien ne laisse présager qu’un futur accord mettrait nécessairement fin à ces opérations.

Les attaques contre l’opposition kurde iranienne en exil illustrent le lien étroit entre les dimensions intérieure et extérieure de la politique iranienne. Répression intérieure, opérations transfrontalières, recours à des groupes interposés régionaux et activités de déstabilisation relèvent d’une même logique sécuritaire. Un régime incapable de tolérer le pluralisme politique à l’intérieur de ses frontières est peu susceptible d’abandonner durablement sa politique coercitive à l’étranger. La question kurde démontre précisément que les dimensions intérieure et régionale du problème iranien ne peuvent être dissociées artificiellement.

Cette contradiction a un coût politique considérable. Nombre d’Iraniens perçoivent désormais les références occidentales aux droits de l’homme comme instrumentalisées. Lorsque Washington évoque les libertés fondamentales tout en négociant avec les mêmes autorités responsables de la répression, le discours américain perd en crédibilité. Cette méfiance nuit non seulement à l’image des États-Unis au sein de la société iranienne, mais aussi à la possibilité d’un changement politique durable. Ce constat s’applique d’autant plus aux puissances européennes, qui ont historiquement privilégié les accords de sécurité et de stabilité au détriment de la question des droits de l’homme et de la démocratie en Iran.

Il faut reconnaître que les objectifs de sécurité occidentaux ne peuvent être atteints durablement sans une transformation intérieure de l’Iran. Tant que le régime restera structuré autour de la logique sécuritaire des Gardiens de la révolution, les tensions nucléaires, les réseaux de supplétifs régionaux et les crises du Golfe continueront de se reproduire.

En s’attaquant aux symptômes sans se pencher sur la nature même du système politique iranien, les puissances occidentales ne font en réalité que prolonger l’instabilité qu’elles prétendent combattre. Le paradoxe est que les États-Unis parlent souvent des droits de l’homme en Iran, mais négocient presque toujours comme si le véritable problème se situait ailleurs.

Pourtant, la seule garantie véritablement durable des intérêts de sécurité occidentaux au Moyen-Orient dépend peut-être de ce qui a le moins occupé la table des négociations depuis 1979 : l’émergence d’un Iran démocratique, représentatif de ses peuples et respectueux de ses citoyens.

 

Par Asso Hassan Zadeh

Asso Hassan Zadeh est un universitaire kurde d’Iran. Docteur en droit international de l’Institut de hautes études internationales et du développement et de l’Université de Genève, il est actuellement maître de conférences à l’Université catholique de Lyon.

Article original (en anglais) à lire ici « Is Trump selling out Iran’s protesters for a deal?« 

Invitation à la 5e édition du Festival culturel kurde de Paris

0

PARIS – Le Conseil Démocratique Kurde en France (CDK-F) vous convie à la 5e édition du Festival culturel kurde de Paris, qui se déroulera du 29 au 31 mai 2026.

Cet événement, organisé en collaboration avec avec la fondation Danielle Mitterrand, la Mairie de Paris, la Mairie du 10e arrondissement, l’Association de Solidarité France-Kurdistan, l’Institut de Réflexion et d’Études sur le Kurdistan (IREK) et l’association Arts et Culture du Kurdistan (ACK), vous propose une immersion de trois jours dans un patrimoine culturel aussi riche que varié, promet trois jours de richesse culturelle, artistique et de partage autour du Kurdistan.

Programmation

Vendredi 29 mai | 18h

INAUGURATION

Le Festival s’ouvre sur un temps fort : la cérémonie d’inauguration, organisée dans la salle des fêtes de la Mairie du 10e arrondissement. Après un mot de bienvenue, les festivités débuteront par un concert dirigé par Ruşan Filiztek, artiste kurde reconnu pour sa manière sensible de mêler traditions et influences contemporaines.

📍 Lieu : Mairie de Paris 10 — 72 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris 🎟️ Tarif : Entrée libre

Vendredi 29 mai | 18h

EXPO-DESSINS Qalik / La carapace

En marge de l’inauguration, le public pourra découvrir une exposition de peintures. Cette année, le festival met à l’honneur les œuvres du peintre kurde Ali Osman Yanak, qui explorent les notions d’identité, d’appartenance et de corporéité. Travaillant principalement à l’acrylique, l’artiste sonde la psychologie humaine à travers des constructions spatiales stratifiées et un vocabulaire métaphorique.

Intitulée « Qalik » (Carapace), l’exposition accorde une place centrale aux femmes et à leurs récits. Les œuvres mettent en lumière la manière dont elles font face aux pressions sociales, évoluent et parviennent à s’en affranchir. Par la force transformatrice de l’art, leurs voix se rendent visibles, leurs histoires prennent forme et rencontrent le regard du spectateur. Chaque carapace qui se craquelle incarne un processus de transformation, porteur d’une promesse d’espoir. À travers ce parcours, le visiteur est invité à interroger la notion de changement — car toute transformation porte en elle les prémices d’un nouveau départ.

Expo visible jusqu’au 4 juin

📍 Lieu : Mairie de Paris 10 — 72 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris 🎟️ Tarif : Entrée libre

Samedi 30 mai | 10h

ATELIERS ENFANTS animés par le collectif Zarok Ma

Le deuxième jour du festival s’ouvre sur une matinée dédiée aux enfants. Dans les locaux du CDK-Paris, des activités spécialement conçues pour eux les inviteront à découvrir la langue kurde de manière ludique, à s’initier à des jeux traditionnels ainsi qu’à la musique et à la danse.

Ces ateliers sont animés avec passion et savoir-faire par le collectif Zarok Ma, basé à Diyarbakır, qui collabore au festival depuis trois ans.

Au programme : des jeux de présentation pour faire connaissance, des animations linguistiques interactives, ainsi que des ateliers de musique et de création destinés à stimuler l’imagination. Une belle occasion d’apprendre en s’amusant !

📍 Lieu : CDK-Paris — 16 rue d’Enghien, 75010 Paris 🎟️ Tarif : Entrée libre

Samedi 30 mai | 14h

PARADE FOLKLORIQUE

Après les animations, place à la parade folklorique dans les rues de Paris ! Au rythme entraînant du Govend (danse traditionnelle kurde) et de mélodies folkloriques, la parade promet une ambiance festive et vibrante.

Pour une immersion totale dans l’esprit du Kurdistan, les tenues traditionnelles kurdes sont les bienvenues !

Venez nombreux participer à cette déambulation musicale et dansante, un tourbillon de couleurs et d’allégresse qui envahit chaque année les rues de Paris.

📍 Lieu : CDK-Paris — 16 rue d’Enghien, 75010 Paris 📌 Note : Tenues traditionnelles recommandées

Samedi 30 mai | 15h

DÉFILÉ DE TENUES TRADITIONNELLES réalisé par le groupe Govenda Rojbîn

À l’issue de la parade folklorique, le Festival vous invite à un moment vibrant et coloré avec un défilé de tenues traditionnelles kurdes dans la salle des fêtes de la mairie du 10ᵉ arrondissement de Paris.

Réalisée par le groupe de danse folklorique Govenda Rojbîn, cette présentation offrira un aperçu de la richesse et de la diversité d’une culture vivante.

Entre élégance des costumes, énergie des mouvements et éclat des couleurs, ce défilé promet une immersion festive et captivante.

📍 Lieu : Mairie de Paris 10 — 72 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris 🎟️ Tarif : Entrée libre

Samedi 30 mai | 19h

SOIRÉE CINÉMA / Drancy Hêvî, un film d’Orhan Ince

La ville de Drancy accueillera une soirée du festival consacrée au cinéma, avec la projection du film « Hêvî » (l’Espoir).

Réalisé par Orhan İnce, « Hêvî » est un long métrage kurde tourné à Bingöl et sorti en 2024. Il raconte l’histoire de Zeyno, une petite fille sourde et muette vivant avec son père Mustafa et son frère aîné Çeto dans une maison isolée loin du village. Très attachée au mouton hérité de sa mère, Zeyno voit son quotidien bouleversé lorsque son père et son frère se lancent dans le commerce de bétail avec un marchand nommé Emin. À travers ce récit intime, le film explore le thème universel de l’espoir, en mettant au centre « l’individu ordinaire » confronté à des conditions de vie difficiles et à des conflits familiaux et sociaux. Refusant les clichés et tout jugement, l’œuvre cherche avant tout à comprendre et représenter l’humain dans toute sa complexité.

Premier long métrage du réalisateur Orhan İnce, le film réunit notamment Ömer Akalın, Bedriye Roza Çelik, Yavuz Akkuzu, Deniz Sal, Nazmi Karaman, Ruken Önen et Güldestan Yüce.

Né en 1983 à Diyarbakır, Orhan İnce est diplomé en cinéma et télévision de l’Université de Marmara. Il s’est d’abord fait remarquer grâce à ses courts métrages : « Dema ku Genim Dirijin » / Le temps de la récolte (2010), « Ali Ata Bak » (2012) et « Adem Başaran » (2015). Présentés dans près de 150 festivals, ses films ont été récompensés par une quarantaine de prix.

📍 Lieu : MCK Drancy — 174 avenue Henri Barbusse, 93700 Drancy 🎟️ Tarif : Entrée libre

Samedi 30 mai | 19h

THÉÂTRE / Limay Mirina Jeanne d’Arc’ê ya din

Le temps d’une soirée, le festival fera escale à Limay avec la représentation d’une pièce de théâtre.

« Mirina Jeanne d’Arc’ê Ya Din » (« L’autre mort de Jeanne d’Arc ») est une adaptation de la pièce du dramaturge bulgare Stefan Tsanev, qui revisite le mythe de Jeanne d’Arc. Elle interroge les idéologies dominantes qui encerclent l’individu, telles que la religion et le nationalisme, tout en établissant des parallèles avec les pouvoirs actuels. Mêlant tragédie, satire et humour, la pièce se conclut sur la victoire symbolique de Jeanne d’Arc face à la fragilité humaine et aux idéologies oppressives.

Traduite en kurde par Dilawer Zeraq, la pièce est interprétée par la troupe du Théâtre municipal de Diyarbakir (Şanoya Bajêr a Amedê). Fondée en 1990, cette compagnie s’est progressivement affirmée, malgré un contexte marqué par une répression constante. Son parcours témoigne de la résilience des structures artistiques kurdes en Turquie et de leur travail remarquable pour préserver et faire vivre la culture et la langue kurdes.

📍 Lieu : Espace culturel Christiane Faure — 34 rue des 4 chemins, 78520 Limay 🎟️ Tarif : Entrée : 10€

Dimanche 31 mai | 18h

CONCERT DE CLÔTURE avec Murad Demir, Ișik Berfîn & Ulaș Kelașîn

Le concert de clôture viendra couronner le Festival, réunissant des artistes kurdes aux répertoires variés, parmi les plus reconnus de la scène actuelle.

Portée par les univers de Murad Demir, Işık Berfîn et Ulaş Kelaşîn, cette soirée mettra en lumière la richesse et la diversité du répertoire kurde. Entre chants traditionnels, compositions contemporaines et influences variées, les artistes proposeront un voyage musical où se croisent héritage ancestral et expressions actuelles, révélant toute la vitalité d’une culture en mouvement.

Murad Demir est un auteur-compositeur-interprète kurde originaire de Colemêrg (Hakkari). Il s’inscrit dans une démarche artistique profondément ancrée dans la musique populaire de sa région, qu’il revisite et transmet avec une sensibilité contemporaine.

Sa première interprétation notable, « Hoy Nermê », s’inscrit dans le registre des chants traditionnels anonymes. Il enchaîne ensuite avec « Rez », dont les paroles sont issues de son héritage familial. Son premier album, « Zê », est composé de neuf titres, dont une majorité écrite et composée par lui-même. À travers son œuvre, Murat Demir s’impose comme une figure engagée dans la transmission et la modernisation du patrimoine musical kurde.

Işık Berfîn a grandi à San Francisco, en Californie. Issue d’une identité culturelle riche, mêlant héritages zazaki et azéri, elle développe très tôt un lien profond avec la musique.

Dès l’âge de six ans, elle se produit sur des scènes internationales aux côtés de sa mère, Özden Öztoprak, participant à de nombreux festivals de musiques du monde. Cette immersion précoce lui permet d’acquérir une expérience artistique rare et une ouverture musicale internationale. Profondément attachée à ses racines du Dersim, Işık Berfîn nourrit son travail artistique à travers les répertoires en zazaki et en kurmancî. Elle collabore régulièrement avec des musiciens venus du monde entier, construisant un univers musical à la croisée des cultures et des traditions.

Ulaş Kelaşîn est un artiste kurde actif sur la scène musicale contemporaine, notamment à travers les plateformes numériques et les événements culturels.

Il s’est fait connaître avec la sortie de son album « Xem » en 2019, qui réunit plusieurs titres diffusés auprès du public kurde, dont « Kejê », « Fedayine », « Qerîn », « Şîrîne Canê » et « Solîn ».

Bien implanté sur la scène musicale kurde en France, notamment lors d’événements culturels et de célébrations comme le Newroz, Ulaş Kelaşîn développe progressivement sa visibilité artistique, affirmant sa place dans la musique kurde contemporaine.

📍 Lieu : Théâtre du Gymnase — 38 bd de Bonne Nouvelle, 75010 Paris 🎟️ Billetterie

KURDISTAN. Nechirvan Barzani reçoit Mazloum Abdi

0

IRAK / KURDISTAN – Le président de la Région du Kurdistan, Nechirvan Barzani, a reçu mardi à Erbil (Hewler) Mazloum Abdi, commandant des Forces démocratiques syriennes (FDS), pour discuter des développements en Syrie et de la situation des Kurdes.

Selon le communiqué de la présidence, les deux parties ont évoqué la situation des Kurdes et des autres composantes syriennes, la stabilité régionale et la lutte contre le terrorisme. Elles ont souligné la nécessité d’un dialogue entre les factions kurdes syriennes pour résoudre les différends avec Damas.

Mazloum Abdi a remercié le président Barzani pour son soutien constant aux droits des Kurdes en Syrie.

Cette rencontre intervient après les critiques des partis kurdes du Rojava sur le simulacre d’élections parlementaires organisés par Damas dimanche dernier.

IRAN. Un Kurde tué à Serdešt, 3 autres arrêtés à Mahabad

0

IRAN / ROJHILAT – Un commerçant kurde a été tué par balle par les forces de sécurité iraniennes dans la région frontalière de Serdešt. Par ailleurs, trois jeunes Kurdes ont été arrêtés par les services de renseignement à Mahabad.

Qazi Kavani, originaire du village de Doletû près de Sardacht (Serdešt), est décédé dimanche soir à l’hôpital Khomeini de Mahabad des suites de graves blessures à la tête. Selon l’agence Kolbarnews, il avait été touché sans sommation par des soldats iraniens quelques jours plus tôt dans la zone frontalière de Casusan, alors qu’il exerçait son activité de commerce transfrontalier.

Arrestations à Mahabad

Dans un incident distinct, des agents du ministère du Renseignement iranien ont mené des perquisitions dans le village de Befrewanî, près de Mahabad. Trois jeunes Kurdes ont été arrêtés : Mansour Abbasi, Ahad Khairy et Vahed Khairy. Aucune information n’a été communiquée sur les motifs de leur arrestation ni sur leur lieu de détention actuel.

Une répression systématique

Ces événements s’inscrivent dans un climat de répression continue au Kurdistan oriental (Rojhilat). Les organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement les fusillades mortelles contre les kolbars (porteurs) et commerçants kurdes dans les zones frontalières, ainsi que les vagues d’arrestations arbitraires visant particulièrement les jeunes et les militants.

Dans les provinces de Sînê (Sanandaj), Kermanshah (Kirmaşan) et Ilam, les tirs des forces iraniennes contre les travailleurs frontaliers kurdes sont récurrents. Faute d’alternatives économiques, de nombreuses familles kurdes n’ont d’autre choix que de risquer leur vie dans ces zones dangereuses.

ROJAVA. Tentative de confiscation d’une carrière appartenant à un Kurde

0

SYRIE / ROJAVA – Des hommes armés ont tenté de s’emparer par la force d’une carrière appartenant à un Kurde dans la campagne ouest d’Ain Issa (gouvernorat de Raqqa), malgré des documents officiels attestant sa propriété depuis plus de trente ans.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), les assaillants ont présenté au propriétaire deux alternatives : abandonner purement et simplement la carrière ou payer une somme d’argent importante. Ils affirment que le site leur appartenait « auparavant » avant d’être transféré à l’actuel propriétaire.

L’incident s’est déroulé en présence de membres des forces de sécurité intérieure du gouvernement intérimaire syrien, qui n’ont pas intervenu. Cette passivité renforce les accusations d’inaction, voire de complicité, déjà portées contre la Sûreté générale dans la région.

Cet événement s’inscrit dans un climat de tensions croissantes dans la campagne d’Ain Issa, où les habitants kurdes dénoncent des violations répétées de leurs propriétés et l’incapacité des autorités en place à assurer leur sécurité.

SYRIE. Des gangs demandent 800 000 dollars à la famille d’un otage

0

SYRIE – Des sources locales ont rapporté l’enlèvement brutal de Joseph Milad Zeno, un jeune ismaélien originaire de Salamiyah (campagne de Hama), le 13 mars dernier dans la zone est de Dummar, à Damas. Un groupe d’hommes armés masqués a intercepté le jeune homme alors qu’il se rendait à son travail.

Joseph, étudiant à l’université et souffrant d’une déficience auditive sévère, travaillait dans un supermarché pour couvrir ses dépenses personnelles. Les ravisseurs ont rapidement contacté la famille et exigé une rançon colossale de 800 000 dollars américains, une somme inimaginable pour cette famille syrienne qui vit déjà dans des conditions économiques très difficiles.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), la mère de Joseph essaie désespérément de vendre la maison familiale, le magasin et l’ensemble de ses biens afin de réunir la rançon exigée.

Les ravisseurs soumettent la famille à une pression psychologique intense en envoyant régulièrement des vidéos montrant le jeune homme en train d’être torturé. Aucune information n’a été communiquée sur le lieu de détention ni sur l’identité des ravisseurs. L’état de santé de Joseph, déjà fragile en raison de son handicap, inquiète fortement ses proches.

Cet enlèvement s’inscrit dans une recrudescence alarmante des kidnappings contre rançon visant les civils issus des minorités (Kurdes, Alaouites, Druzes, Ismaéliens) à travers le pays, sur fond d’insécurité croissante et de critiques envers la faiblesse des mesures de sécurité.

USA vs Chine, guerre au Moyen-Orient : Les Kurdes face à leur destin

0

KURDISTAN – Affirmant que la visite américano-chinoise prépare le terrain à une confrontation mondiale majeure et reflète la guerre en cours, l’universitaire Mithat İshakoğlu a déclaré : « Pour le mouvement politique kurde, cette projection représente à la fois une opportunité historique et une menace existentielle. »

Alors que la guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février se poursuit deux mois plus tard, marquée par de fragiles négociations sur un projet de traité, la récente visite du président américain Donald Trump en Chine — la première en près de dix ans — suscite de vifs débats. L’idée selon laquelle l’Iran et son peuple seraient devenus une monnaie d’échange dans les négociations sino-américaines gagne du terrain. Dans ce contexte de guerre d’hégémonie au Moyen-Orient, la stratégie de la « troisième voie » défendue par les Kurdes prend une importance croissante.

Mithat İshakoğlu

Mithat İshakoğlu, universitaire et homme politique impliqué dans la fondation du Centre pour les affaires kurdes (Centre for Kurdish Affairs) au Royaume-Uni, a analysé la réunion États-Unis-Chine des 13 au 15 mai pour l’Agence de Mésopotamie (MA).

Quel est l’ordre du jour des puissances mondiales ?

Ishakoğlu souligne que cette visite doit être interprétée comme le reflet direct de la lutte pour l’hégémonie mondiale et de l’aggravation du conflit au Moyen-Orient. Selon lui, les États-Unis, ayant pris du retard sur leur calendrier stratégique initial contre l’Iran et atteint leurs limites logistiques et politiques, cherchent à minimiser les risques internationaux en renouant le dialogue avec la Chine.

« Bien qu’aucun consensus global n’ait été atteint, un accord tacite semble avoir émergé pour éviter toute ingérence directe dans les sphères d’influence respectives », a-t-il déclaré. Il ajoute que l’agenda de la diplomatie mondiale ne repose pas sur les droits démocratiques ni sur le bien-être des peuples, mais exclusivement sur les intérêts impériaux et la consolidation du statu quo par les puissances dominantes.

Les Kurdes considérés d’un point de vue tactique et conjoncturel

Ishakoğlu estime que l’Iran et les micro-équilibres régionaux sont utilisés comme monnaie d’échange. « Les acteurs mondiaux exploitent les crises locales pour obtenir des avantages stratégiques dans leur grande confrontation qui va du Pacifique à l’Europe de l’Est. »

Il rappelle que les Kurdes ont payé un lourd tribut aux partages de pouvoir fragiles et intéressés tout au long de leur histoire. Pour Washington, les Kurdes ne sont pas des alliés stratégiques permanents, mais des partenaires tactiques et instrumentaux. Quant à la Chine, sa politique de « non-ingérence » vise surtout à protéger les régimes autoritaires et ignore la lutte kurde pour les droits et les libertés.

Les véritables causes de la crise sont internes

Ishakoğlu insiste sur le fait que la crise iranienne ne s’explique pas uniquement par les pressions extérieures : « Les véritables facteurs déterminants sont internes. Ils résultent de l’opposition légitime des groupes opprimés, notamment les femmes et les Kurdes, face à l’autocratie théocratique et à l’exploitation socio-économique. »

Il met en garde : si la Chine apporte un soutien financier et logistique à Téhéran pour préserver la stabilité du régime, cela ouvrira la voie à une répression encore plus violente des soulèvements populaires et du mouvement kurde.

Une légitimité pour les opérations contre les Kurdes

Les deux puissances, malgré leur rivalité, partagent un interest commun : la sécurité des routes maritimes stratégiques comme le détroit d’Ormuz. Tout accord économique entre elles risquerait d’apporter une « stabilité autoritaire » fondée sur la répression, plutôt qu’une paix durable, et fournirait une légitimité internationale aux régimes régionaux pour mener de nouvelles opérations contre les acquis kurdes.

À la fois opportunité et risque pour les Kurdes

« Dans une perspective impérialiste rationnelle, le Moyen-Orient devient un terrain d’épuration et de contrôle avant le grand affrontement mondial », analyse İshakoğlu. Il avertit que, comme en Irak, en Libye ou en Syrie, les interventions extérieures risquent d’exacerber les divisions et de créer des guerres par procuration chroniques.

Pour le mouvement politique kurde, cette période représente à la fois une opportunité historique et une menace existentielle.

La nécessité d’une stratégie de la « troisième voie »

Ishakoğlu conclut que l’adoption d’une stratégie de « troisième voie » est une nécessité existentielle : « Elle exige pragmatisme, rationalité et souplesse dans les relations internationales, tout en plaçant au centre les intérêts nationaux et démocratiques du peuple kurde. »

« La seule façon d’être un acteur à part entière est de combiner une autonomie légitime sur le terrain avec une diplomatie flexible et réaliste. Les problèmes du Moyen-Orient, occultés depuis l’accord Sykes-Picot, ne peuvent plus être gérés par les anciennes méthodes. » (Interview accordée à l’agence Mezopotamya)

Les tensions entre le KDP et l’UPK affaiblissent l’influence kurde à Bagdad

0

IRAK / KURDISTAN – Un haut responsable du PDK a averti que l’aggravation des divisions entre le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), au pouvoir, et l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) affaiblit directement l’influence politique kurde à Bagdad et à Washington. Il a ajouté que les responsables américains conditionnent de plus en plus leur soutien futur à l’unité kurde et à une réforme institutionnelle.

S’exprimant samedi auprès de Diyar Kurda de Rudaw lors d’une visite aux États-Unis, Hoshyar Zebari a déclaré que son équipe et lui avaient passé près de deux semaines à tenir des réunions de haut niveau avec des représentants de l’administration Trump, du Congrès et des groupes de réflexion. Le message était clair : « Ils préfèrent que la région du Kurdistan soit une région forte au sein d’un Irak fort », a-t-il affirmé, ajoutant que Washington considère un Kurdistan stable comme conforme à ses intérêts stratégiques.

Interview (en anglais) à lire sur le site Rudaw

IRAN. Un autre otage exécuté pour « espionnage »

0

IRAN – Le régime iranien a exécuté un autre otage pour « espionnage au profit d’Israël » signale l’ONG kurde Hengaw.

Les autorités iraniennes ont exécuté Gholamreza Khani-Shakarab, 34 ans, ancien champion de MMA, entraîneur et arbitre international originaire d’Ardabil, à l’aube du lundi 26 mai 2026 à la prison de Ghezel Hesar à Karaj. Il avait été condamné à mort pour « espionnage au profit d’Israël ».

Selon l’ONG kurde Hengaw, l’exécution s’est déroulée en secret, sans que le condamné puisse rencontrer une dernière fois sa famille. Le centre de presse du pouvoir judiciaire a confirmé l’exécution, affirmant que Khani-Shakarab était « l’un des principaux responsables opérationnels du Mossad en Iran ».

Résidant en Turquie, il avait été enlevé en Irak en 2025 lors d’un voyage de pèlerinage et transféré de force vers l’Iran. Après des mois d’isolement et d’interrogatoires à la prison d’Evin, il a été condamné à mort par le juge Abolghasem Salavati (15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran), puis par la Cour suprême. Sa condamnation repose entièrement sur des aveux extorqués sous la torture, sans accès à un avocat de son choix.

Ces derniers jours, il avait été transféré précipitamment à Ghezel Hesar et placé à l’isolement. Malgré une nouvelle demande de révision déposée par sa famille, il a été exécuté sans préavis.

Son frère, Esmail Khani, 43 ans, a été condamné à une peine de prison et purge sa peine à Ardabil.

Hengaw condamne fermement cet « assassinat d’État », dénonçant une exécution fondée sur des aveux obtenus sous la torture et un simulacre de procès. L’organisation appelle la communauté internationale à réagir face à la vague d’exécutions en cours en Iran.

TURQUIE. Le kurde est interdit même aux gardiens de la prison de Şırnak

0

TURQUIE / KURDISTAN – Un avocat a déclaré que les restrictions imposées aux Kurdes à la prison de type T de Şırnak ciblent désormais les prisonniers, leurs familles et même les gardiens kurdes.

L’avocat Sedat Sülger, membre du conseil d’administration de la section de Şırnak de l’Association des avocats pour la liberté (ÖHD), a dénoncé les violations des droits humains et les pratiques arbitraires perpétrées à la prison fermée de type T de Şırnak. Il a affirmé que les détenus y sont privés de leurs droits à la vie, à la santé et à une alimentation adéquate. Selon lui, il leur est interdit de parler kurde, de se saluer et de changer de quartier, et des rapports disciplinaires sont dressés à leur encontre dans ces cas-là. « Les plaintes que nous déposons pour ces violations sont classées sans suite, sans même une enquête approfondie », a-t-il déclaré.

Visites familiales dégradantes

Sülger a souligné que l’une des premières mesures mises en place par un administrateur nommé fin 2024 concernait le système de visites libres. Il a expliqué que toutes les tables du parloir avaient été disposées en forme de « U ». Sülger a déclaré : « Avec cette configuration, les détenus étaient assis d’un côté et leurs familles de l’autre, côte à côte. De ce fait, les visites familiales perdaient toute intimité. Toutes les conversations aux tables étaient devenues confuses. Les détenus ne pouvaient plus s’asseoir à côté de leurs proches et, la largeur des tables rendant même tout contact physique impossible, nous avons recueilli de nombreuses plaintes de détenus affirmant avoir été confrontés à l’intervention des gardiens lorsqu’ils tentaient d’établir un contact physique avec leurs proches. »

Sülger a déclaré que l’administrateur ayant instauré cette pratique avait été muté peu après dans un autre établissement pénitentiaire, mais que la nouvelle direction had maintenu la même politique. Il a ajouté : « Bien que nous ayons constamment signalé ce problème dans nos rapports et exigé, verbalement et par écrit, son abolition, il n’a été résolu au niveau ministériel qu’en novembre 2025. Lors des visites libres, il arrive que des détenus saluent les familles de leurs codétenus, verbalement ou par une poignée de main. Or, comme par le passé, cela reste interdit aujourd’hui, quel que soit l’administrateur en poste. Des rapports disciplinaires et des enquêtes sont ouverts contre les détenus qui refusent de se conformer à cette prétendue règle, problématique même d’un point de vue moral. »

Interdiction du kurde, y compris pour les gardiens

Même les gardiens de prison n’avaient pas le droit de parler kurde.

Sedat Sülger a également attiré l’attention sur les pressions exercées sur l’usage du kurde en prison, affirmant que certains administrateurs, partageant la même mentalité, avaient même interdit aux gardiens de parler kurde entre eux. Sülger a indiqué qu’à un moment donné, les détenus avaient également été empêchés de parler kurde avec leurs familles lors d’appels téléphoniques, et a déclaré : « Par la suite, cette pratique a été transformée en une procédure obligeant les détenus à soumettre une requête pour pouvoir parler kurde. Le rapport que nous avons rédigé à ce sujet a rapidement porté ses fruits et cette pratique a été abolie. Des plaintes ont finalement été déposées contre l’administrateur si sensible à la question du kurde, et nous savons qu’une enquête disciplinaire est toujours en cours. »

Violation de la vie privée

Des caméras surveillent en direct les toilettes et les douches.

Sülger a déclaré que des plaintes concernant le respect de la vie privée des détenues sont régulièrement signalées, notamment concernant la présence de caméras placées face aux portes des toilettes et des douches. Il a expliqué que l’intérieur des douches est visible, surtout lorsque les portes sont ouvertes. Sülger a ajouté : « Les détenues affirment également que les caméras installées sur les toits permettent de voir à l’intérieur des dortoirs. Comme on peut le constater, ces caméras sont positionnées de manière à surveiller les espaces de vie des détenues. Cette pratique s’est transformée en un système qui contrôle tous leurs déplacements et aggrave leur isolement. Le fait que les caméras puissent filmer les portes des salles de bains, et l’intérieur lorsqu’elles sont ouvertes, constitue une violation flagrante du droit à la via privée. Malgré cela, aucune mesure corrective n’a été prise à ce jour et les violations persistent. »

Fouilles à nu systématiques

Les fouilles à nu se poursuivent.

Sedat Sülger a déclaré que si différents problèmes surgissent à chaque période de référence, certaines violations sont devenues chroniques, ajoutant que presque tous les détenus nouvellement transférés sont soumis à des fouilles à nu. Sülger a déclaré : « Les détenus affirment que lorsqu’ils refusent, ils sont soit soumis à des fouilles à nu forcées par des mauvais traitements, soit placés en cellule d’isolement pendant plusieurs jours dans le but de les briser. Nous constatons cette situation systématiquement à chaque période de référence. Lorsque nous en parlons aux responsables, ils nient les faits, prétendant que cela ne s’applique que dans des “cas exceptionnels”. Pourtant, en creusant un peu, nous constatons que ces prétendus cas exceptionnels concernent en réalité des prisonniers politiques. »

Droit à la santé bafoué

Les prisonniers sont contraints de porter des pantoufles lors des transferts vers l’hôpital.

Sülger a déclaré que les violations du droit à la santé demeurent l’un des problèmes les plus graves au sein de la prison, précisant que les transferts hospitaliers des détenus sont fréquemment retardés et, dans de nombreux cas, n’ont jamais lieu. Il a ajouté que certains détenus finissent par renoncer à leur transfert en raison des mauvais traitements subis lors de la procédure. Il a déclaré : « Lors des transferts, on utilise arbitrairement deux, voire trois paires de menottes, on oblige les détenus à enlever leurs chaussures et à porter des pantoufles, on ne leur retire pas les menottes pendant les examens médicaux, et ces examens sont effectués en présence de gendarmes. Lorsque mon client a déclaré qu’il n’accepterait pas d’être transféré en pantoufles, la gendarmerie a tenté de lui faire signer un document déclarant que « si quoi que ce soit m’arrive, y compris la mort, parce que j’ai refusé le transfert, je suis le seul responsable ». En conséquence, son transfert n’a jamais eu lieu. La plainte pénale que nous avons déposée concernant cet incident a été classée sans suite, sans qu’aucune enquête ne soit menée. »

Conditions alimentaires indignes

On trouve des excréments de rats dans les repas des prisonniers.

Sedat Sülger a également indiqué que les plaintes concernant les conditions alimentaires en prison persistent, précisant que les détenus signalent la présence d’insectes, de cheveux et d’excréments de rats dans leurs repas. « Les détenus avec lesquels nous avons discuté ont déclaré avoir cessé de consommer la nourriture de la prison en raison de ces conditions nauséabondes et être contraints de se nourrir de produits achetés à la cantine », a-t-il déclaré. « Ces plaintes sont extrêmement graves. Une alimentation adéquate et saine est un droit fondamental. Les processus de production et de préparation des aliments en prison doivent faire l’objet d’inspections régulières. Or, ce problème n’est toujours pas résolu. »

Un centre de « guerre spéciale »

La prison est devenue un centre de politiques de guerre spéciales.

Sedat Sülger a déclaré que l’une des principales plaintes des prisonniers politiques concerne le refus de l’administration d’examiner leurs demandes de transfert vers des quartiers qu’ils qualifient de « compatibles ». Il a précisé que ces demandes ne font souvent même pas l’objet d’un traitement formel et que les prisonniers qui insistent sont menacés d’une période d’observation de 60 jours. Il a ajouté : « Si ce problème persiste depuis des années, c’est parce que la prison de Şırnak est elle-même devenue un élément de la « Politique de guerre spéciale » mise en œuvre par l’État à Şırnak. Je peux même affirmer sans hésiter que la prison de type T de Şırnak est le premier centre d’application de cette politique à Şırnak. »

Appel à la solidarité

La solidarité doit être renforcée.

Sülger a déclaré que la plus grande attente des prisonniers envers les défenseurs des droits humains est de ne pas être abandonnés ni laissés à eux-mêmes. Il a ajouté : « Le fait de leur faire sentir, à chaque rencontre, qu’ils ne sont pas seuls est extrêmement important pour nous, avocats. En tant que défenseurs des droits humains de l’Est (ÖHD), nous informons les prisonniers, lors de nos visites, des violations de leurs droits et des mécanismes juridiques à leur disposition. Nous essayons de les aider à formuler leurs plaintes, de déposer les plaintes pénales nécessaires et, surtout, de nous efforcer de résoudre les problèmes qui sont devenus chroniques. » (ANF)

Reconstruction intellectuelle contre la liquidation

0

TURQUIE / KURDISTAN — Une société kurde organisée, éduquée, qui préserve sa mémoire historique, qui est capable de comprendre le monde et de développer des réflexes collectifs, représente la plus grande crainte et la plus grande crise du colonialisme.

Le processus actuellement mené en Turquie sous l’appellation « Turquie sans terrorisme » ne se limite pas au désarmement, à la normalisation ou à la résolution des conflits. Il vise également à redéfinir la signification historico-politique de la question kurde, à réinterpréter la mémoire collective du mouvement kurde et à circonscrire la subjectivation historique apparue ces cinquante dernières années dans une sphère politique contrôlée par l’État.

La lecture conjointe du texte exhaustif de Devlet Bahçeli du 18 mai 2026 et des écrits récents de Mehmet Uçum lève le voile sur cette réalité. Pour la première fois, les limites du discours politique légitime sont définies de manière systématique, les frontières du politique sont tracées et la forme acceptable du mouvement kurde est redéfinie.

Le modèle de « coordination du processus de paix et de la politisation » proposé par Bahçeli est particulièrement révélateur. L’objectif n’est pas seulement de gérer le désarmement, mais de dissoudre le caractère historico-politique du mouvement kurde, de le reproduire dans les limites fixées par l’État et de transformer sa subjectivité collective en une forme de politique contrôlable.

Il convient cependant d’établir une distinction fondamentale. Si l’État turc, par nature et par fonction, élabore des stratégies de liquidation, il est illusoire de croire que la conscience collective historique qui porte cette lutte ignore ce risque ou ne s’est pas réorganisée pour s’y prémunir.

Cette structure collective, forgée depuis cinquante ans, dispose d’une expérience historique, d’une intelligence politique, d’une intuition et d’une accumulation stratégique supérieures. Aujourd’hui encore, ceux qui analysent le plus profondément ce processus sont issus de cette expérience collective elle-même.

Dans le contexte des destructions massives, des guerres régionales et des ruptures historiques qui secouent le Moyen-Orient depuis octobre 2023, la capacité à aborder la question kurde dans une perspective aussi large n’est pas dissociable de cette accumulation.

La lutte sur un demi-siècle n’a pas seulement produit une sphère militaire et politique, mais également une puissante mémoire historique, un réflexe politique et un fondement intellectuel solides.

C’est pourquoi la table des négociations d’İmralı revêt une importance historique. Elle ne constitue pas seulement un lieu de discussion, mais un seuil où l’État turc est contraint d’affronter ses propres crises structurelles.

Le discours de Devlet Bahçeli montre que la transformation en cours dans la mentalité étatique turque n’est pas purement tactique, mais répond à une nécessité historique. Que cette démarche soit sincère ou non, le fait que l’État reconnaisse désormais l’inanité du déni traditionnel constitue en soi une situation inédite.

Car la République de Turquie n’a jamais fonctionné selon un seul scénario. Une mentalité sécuritaire qui maintient des plans de liquidation tout en menant des négociations fait partie de ses caractéristiques fondatrices. L’histoire de la fondation de la République l’illustre clairement : après 1908, le Comité Union et Progrès avait intégré des députés kurdes au Parlement ; peu après la proclamation de la République, les Kurdes furent redéfinis comme une « menace intérieure ». La répression qui suivit l’incident de Cheikh Saïd ne fut pas seulement une opération sécuritaire, mais une décapitation systématique de l’intelligentsia kurde et une destruction de la mémoire collective.

Cette réalité historique ne doit pas être oubliée. C’est pourquoi l’approche du processus actuel ne doit relever ni d’un optimisme aveugle ni d’un déni hystérique, mais d’une raison politique nourrie par la mémoire.

Aujourd’hui, deux réalités parallèles coexistent : un processus de négociation en Turquie et le maintien de tensions, provocations et conflits dans la région, notamment en Syrie. Alors que les développements au Rojava, avec les FDS, la dynamique post-Alep, la guerre contre l’Iran et la situation en Irak occupent le devant de la scène, les limites de la politique kurde sont simultanément redéfinies au niveau national.

L’enjeu n’est pas de « croire » ou de « ne pas croire » à la paix, mais de comprendre l’architecture de sécurité parallèle qui accompagne ce processus.

La volonté de résolution démocratique et le réflexe de préparation historique ne sont pas contradictoires : ils se complètent. L’illusion la plus dangereuse serait de croire que l’aspiration à la paix justifie l’abandon des réflexes d’autodéfense et de la mémoire collective.

Dans ce contexte, la Turquie s’éloigne d’un régime parlementaire classique pour évoluer vers un nouveau type de régime où le pouvoir central réorganise l’ensemble de la sphère politique. L’opposition, les médias, la justice, la société civile et les administrations locales sont progressivement intégrés ou réprimés.

Parallèlement à la question kurde, la question alévie — marquée par les tragédies de Dersim, Maraş, Çorum et Sivas — constitue une autre fracture structurelle profonde. Le nouveau régime tente ainsi de réorganiser non seulement la politique kurde, mais l’ensemble de la société turque.

La liquidation visée n’est pas seulement organisationnelle : elle vise la mémoire d’un peuple, son sens de la résistance, son orientation historique, son ancrage moral et ses liens sociaux. Les crises de la drogue, la collusion entre mafia et politique, les jeux d’argent, la normalisation de la violence et la destruction de l’espoir chez les jeunes en sont des instruments.

Face à cela, la reconstruction intellectuelle devient une nécessité vitale. Comme le soulignait Maurice Godelier, la colonisation est un chemin de sang, d’assujettissement et d’humiliation, mais aussi un chemin de résistance.

Aujourd’hui, les Kurdes ont besoin de repenser leur manière d’appréhender le monde, de dépasser les prismes turc, arabe ou persan, et de développer une perspective plus large, plurielle et riche. La géographie elle-même doit être comprise comme une conscience historique.

C’est ici que la responsabilité des intellectuels prend tout son sens. Comme le disait Jean-Paul Sartre : « Un intellectuel est quelqu’un qui intervient dans ce qui ne le regarde pas. » Face au vide laissé par le retrait de la pensée critique, le risque est grand de voir la raison d’État combler ce vide, ou que des manipulations intellectuelles instrumentalisent la souffrance du peuple.

La lutte d’aujourd’hui n’est pas seulement militaire ou politique, elle est profondément intellectuelle.

Si un véritable terreau démocratique émerge, si les Kurdes peuvent librement retourner au Kurdistan et si l’accumulation historique forgée dans les montagnes se conjugue au potentiel humain développé en Europe et ailleurs, cette force pourrait transformer non seulement le Kurdistan, mais l’ensemble de la Turquie.

C’est précisément pour cette raison qu’une société kurde organisée, éduquée, qui préserve sa mémoire historique et développe des réflexes collectifs, représente la plus grande crainte et la plus grande crise du colonialisme.

Dès lors, l’enjeu fondamental aujourd’hui est clair : la reconstruction intellectuelle contre la liquidation.

Article de Huseyin Salih Durmus, pour ANF