Les Kurdes disent non au traité de Lausanne

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Le week-end prochain, 100 000 Kurdes sont attendus à Lausanne pour manifester contre le traité centenaire qui a scellé la division du Kurdistan. Cent après la signature du traité de Lausanne qui les a privés d’un État souverain et soumis à un génocide étalé dans le temps, les Kurdes scanderont haut et fort « Non au traité de Lausanne! » et tiendront une conférence de deux jours sur les conséquences désastreuses du traité pour le peuple kurde. Une conférence se tiendra à Lausanne les 22 et 23 juillet, au cours de laquelle des représentants des partis et organisations kurdes et d’autres groupes de population discuteront des effets du traité de Lausanne signé le 24 juillet 1923 et voudront développer une position commune. Les organisateurs attendent plus de 600 participants des quatre parties du Kurdistan. Une manifestation parallèle contre l’accord aura lieu le premier jour de la conférence. La déclaration finale de la conférence sera présentée lundi. Zübeyir Aydar, membre du conseil exécutif de la KCK (Communauté des sociétés du Kurdistan), fait partie du comité qui organise depuis un an des événements sur la perspective kurde du traité de Lausanne. La conférence et la manifestations du week-end sont le point culminant de la série d’événements. « La raison de toutes les souffrances des cent dernières années a été cet accord. Par conséquent, en tant que Kurdes, nous voulons dire clairement que nous existons, que nous sommes ici et que nous n’acceptons pas le traité de Lausanne », explique Aydar. Zübeyir Aydar (KCK) : « Former une voix kurde commune » Les préparatifs de la conférence sont terminés, déclare l’homme politique kurde, qui vit en exil en Europe, et poursuit : « Il y a cent ans, les États se réunissaient ici, mais les Kurdes n’étaient pas représentés. Les Turcs ont parlé en notre nom et se sont fait passer pour des représentants des Kurdes. » Aydar souligne l’importance de la manifestation parallèle du 22 juillet, à laquelle se rendront des participants de différents pays. Le rassemblement final aura lieu devant le Palais Rumine, là où le Kurdistan a été divisé en quatre parties il y a cent ans avec le Traité de Lausanne. « Les gens exprimeront leur protestation contre l’accord et feront entendre leur voix dans le monde entier. Des centaines de cars viendront d’Autriche, de Belgique, des Pays-Bas, d’Allemagne et de France. Non seulement les Kurdes participeront, mais toutes les personnes concernées par cet accord doivent former une voix commune », a déclaré Zübeyir Aydar.
Zübeyir Aydar
« Nous rejetons le traité de Lausanne » Aydar explique le but des événements du week-end : « Après cent ans, nous voulons nous réunir en tant que partis, organisations et institutions du Kurdistan pour développer une position commune et dire au monde que nous rejetons ce sale accord. Nous discuterons et commenterons les résultats du traité et son impact sur le Kurdistan. Les Kurdes des quatre parties du Kurdistan et de la diaspora se rassembleront et feront appel à haute voix à la conscience de l’humanité. Nous dirons aux États que nous existons toujours cent ans plus tard et rejetons le traité de Lausanne. Nous annoncerons les résultats de notre conférence sur les bords du lac Léman, devant le château d’Ouchy où les parties dînèrent le 24 juillet 1923. » Le programme de la conférence La conférence aura lieu au Centre de Congrès Beaulieu à Lausanne. Le programme de la première journée comprend une cérémonie d’ouverture, des discours et une introduction visuelle au sujet. Lors de la première table ronde, animée par Selma Irmak et Xelil Xezeri, les historiens Dr. Suheyla Qadirî, Prof. Narmen Muhamad Amen Ali de l’Université Selahaddin, Dr. Abdulilah al-Mustafa de la Coordination des universités de la région autonome du nord et de l’est de la Syrie et l’auteur Mehmet Bayrak sur « Le traité de Lausanne et l’impact sur le Kurdistan ». Plusieurs sessions auront lieu le deuxième jour. Kurdê Omer et Seher Aydar animeront la première session intitulée « La situation et la lutte des femmes ». Münevver Azizoğlu de l’Université de Brême et Nermîn Osman, représentant les institutions féminines de Silêmanî, ont été invitées comme conférencières. Dans la deuxième session, l’auteur Aydın Aslan et Nayri Muradian parlent de l’impact sur les Arméniens, les Assyriens et les Chaldéens. La dernière discussion, animée par Behre Mohamed Mehmod et Rojan Hazim, est consacrée à la lutte contre les résultats du Traité de Lausanne qui dure depuis cent ans. Prof. Dr. Naif Bezwan de l’Université de Vienne, Dr. Azad Haji Aghayi de l’Université polonaise Jagellonne et Arêz Abdullah et Dr. Heval Eboubekir. Dans la dernière partie, l’annulation du traité et un consensus politique seront discutés. La déclaration finale sera lue lundi à 10h devant le Château d’Ouchy. Des milliers de personnes attendues pour la manifestation Des milliers de personnes sont attendues pour assister à la manifestation du 22 juillet. Des navettes en car sont organisés depuis la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Autriche et les Pays-Bas. Le meeting débutera à 11h30 sur la Place de la Navigation devant le Château d’Ouchy. La manifestation démarre à 13h et se rend au Palais Rumine sur la place de la Rippone. Lors du rassemblement final, des intervenants et des artistes de toutes les régions du Kurdistan monteront sur la scène. L’ancien coprésident du KCDK-E, Yüksel Koç, parle au nom du comité de l’événement, les autres intervenants sont: Blase Cebar Ferman (YNK), Zeynep Murad (KNK), Asya Abdullah (PYD), Ibrahim Alizade (Komala) et Şükran Sincar (TJK-E). Les artistes Şivan Perver, Ozan Cömert, Mizgîn Tahîr, Necmedin Xulami, Çopi et Nasir Rezazi assureront la partie musicale du rassemblement. ANF

TURQUIE. Des Yézidis menacés ne peuvent retourner sur leurs terres ancestrales

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TURQUIE / KURDISTAN – Plusieurs Yézidis souhaitent retourner sur leurs terres ancestrales au Kurdistan « turc », mais sont empêchés d’entrer dans leurs villages par des gardes de village qui ont volé leurs maisons, leurs terres agricoles et leurs vergers. Plusieurs familles yézidies de Şanlıurfa (Rîha) dans le sud-est de la Turquie ont accusé les gardes du village de la même région de s’être emparés de leurs terres et de leurs biens et de les avoir menacés pour qu’ils ne retournent pas dans leurs villages. « Nous avons déposé des plaintes année après année, mais les administrateurs du district de Viranşehir et le bureau du gouverneur de Şanlıurfa ont choisi de garder le silence et de ne prendre aucune initiative en la matière. Les autorités de l’État ont fermé les yeux sur cette famille en approuvant silencieusement l’interdiction qui nous est faite d’entrer dans le village », ont déclaré les familles dans un communiqué écrit appelant à la solidarité. Par ailleurs, les familles yézidies ont déclaré que la famille Karacadağ, qui travaille comme gardes de village et participe à des opérations militaires de l’armée turque, a utilisé ses armes fournies par l’État pour les menacer, les empêchant d’accéder à leurs villages. « Pas plus tard que la semaine dernière, ils nous ont coupé la route et détruit deux tracteurs. Ils ont ensuite cassé nos systèmes d’irrigation et nous ont menacés », ont déclaré les Yézidis. Les familles ciblées par les gardes du village sont quelques-unes parmi des milliers qui ont quitté la Turquie pour l’Europe. Elles vivent en Allemagne depuis plusieurs décennies, ce qui, selon elles, n’est pas par choix mais par nécessité. « Nous venons chaque année dans notre village pour nous occuper des affaires saisonnières. Mais nous sommes attaqués par une famille de la tribu Şeyhan qui a usurpé nos maisons et occupe nos terres agricoles et nos pâturages depuis 25 ans », ont-elles déclaré. Bien que les gendarmes aient enregistré leurs plaintes, aucune autre mesure n’a été prise, ont déclaré les Yézidis. « Nous voulons retourner sur les terres ancestrales dont nous avons été tenus à l’écart pendant des décennies, pour reconstruire nos maisons et nos vergers. Mais cette famille nous menace constamment. Nous appelons les autorités à faire leur devoir pour le retour de nos maisons et la reconstruction de notre village », ont-elles ajouté. Les Kurdes yézidis sont un groupe autochtone de la Mésopotamie, dont la population n’a jamais augmenté car leur foi préislamique stricte ne leur permet normalement pas de se marier en dehors de leurs communautés. Leur nombre a encore diminué en raison des conflits religieux et des guerres dans la région. Une grande partie de la population restante a quitté la région pour l’Europe après que l’État islamique (DAECH) a commis le génocide des Yézidis à Sinjar, en Irak, en août 2014. Medya News

Sortie d’un manuel de soranî en chinois

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PARIS – Xueqing Zhang et Qiu Tian, deux jeunes femmes chinoises qui ont étudié le dialecte soranî de la langue kurde à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) à Paris, et Hussain Tahr Rauf ont co-publié un manuel de sorani en chinois. Le soranî est un des dialectes kurdes qui est parlé majoritairement par les Kurdes d’Iran et d’Irak. Il est enseigné avec le dialecte kurmanji au département kurde d’INALCO dirigé par Amr Taher Ahmed.
Couverture du manuel du soranî en chinois

ROJAVA. Les Kurdes démentent les propos du Ministre syrien des affaires étrangère

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SYRIE / ROJAVA – Le 18 juillet, le ministère syrien des Affaires étrangères a qualifié d’acte hostile la visite d’une délégation gouvernementale française qui a rencontré les autorités kurdes du Rojava (AANES). L’administration de l’AANES dément ces allégations et exhorte Damas à engager un dialogue sérieux et efficace avec elle. De nombreux États tentent d’éviter les contacts officiels avec l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie (AANES) afin de ne pas fâcher la Turquie. La Suède, par exemple, a rompu ses relations autrefois bonnes avec le nord-est autonome de la Syrie afin de pouvoir rejoindre l’OTAN. Mais le gouvernement syrien à Damas réagit également avec colère aux visites de délégations étrangères dans la région autonome. L’agence de presse d’État SANA a rapporté mardi que la Syrie « condamne fermement l’entrée illégale d’une délégation du ministère français des Affaires étrangères sur le territoire syrien ». La Direction des Relations Extérieures de l’AANES a publié un communiqué sur la déclaration du ministère des Affaires étrangères du gouvernement de Damas. Voici le communiqué de l’AANES: « Le 18 juillet, le ministère des Affaires étrangères du gouvernement de Damas a publié une déclaration sur la visite d’une délégation française dans le nord et l’est de la Syrie. Par le passé, ce ministère a déjà publié des informations qui n’ont rien à voir avec la réalité. Nous, en tant que Département des relations extérieures du gouvernement autonome du nord et de l’est de la Syrie, rejetons les allégations mentionnées dans cette déclaration. Nous ne poursuivons pas un projet séparatiste. Notre projet est syrien-national, il sert l’unité de la Syrie et l’unité de son peuple. Quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme en coopération avec le gouvernement de Damas, ce qui a été rapporté est une claire déformation des faits. Parce que notre peuple a résisté au terrorisme de toutes ses forces. Les succès qu’il a remportés sont des succès syriens. Le monde assiste aux victoires remportées par notre peuple et les Forces démocratiques syriennes contre le terrorisme en coopération avec la coalition internationale anti-EI. Personne ne peut le nier. Nous avons débarrassé de grandes parties de la Syrie du terrorisme et les avons sauvées du séparatisme et du développement de conflits sectaires et ethniques, de la frontière turque à Deir ez-Zor et des frontières irakiennes à Raqqa et Manbij. Nous notons également que la rencontre avec la délégation française s’inscrit dans notre souci de stabilité et notre volonté d’accomplir notre devoir syrien. Nous réitérons également que les déclarations du ministère des Affaires étrangères visent à affecter nos activités et nos efforts de communication avec tous les acteurs avec lesquels nous visons à parvenir à la stabilité et à la sécurité en Syrie. Damas doit s’ouvrir à un dialogue sérieux et efficace. Les positions qui ont émergé aujourd’hui et aussi dans le passé ne servent pas la solution en Syrie. Nous appelons Damas à abandonner cette rhétorique, à changer la réalité de la situation en Syrie et à sortir de l’attitude de blocus, qui n’a encore apporté aucun développement vers une solution nationale et un consensus en Syrie. » Département des relations extérieures du gouvernement autonome du nord et de l’est de la Syrie 18 juillet 2023

« Si l’UE ne peut pas protéger les Kurdes, pourquoi les Kurdes devraient-ils protéger l’UE ? »

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Ancienne députée kurde-suédoise, Amineh Kakabaveh dénonce l’accord turco-suédois criminalisant les Kurdes réfugiés en Suède afin que cette dernière puisse rejoindre l’OTAN et la politique de neutralité militaire autrefois vantée par la Suède, ajoutant que l’Union européenne refuse de protéger les Kurdes qui se sont sacrifiés face à DAECH pour protéger l’Europe et le monde du terrorisme islamiste. La Turquie a apparemment abandonné son opposition à l’adhésion de la Suède à l’OTAN, après dix-huit mois au cours desquels la Turquie a utilisé son veto sur l’adhésion à l’OTAN pour publier une longue liste de demandes ciblant principalement le soutien perçu du pays nordique aux militants kurdes.
Bien que la Turquie n’ait pas encore officiellement approuvé l’adhésion de la Suède, le pays s’est éloigné de sa politique déclarée de neutralité, la Turquie assurant la répression et l’expulsion des membres de la diaspora kurde, reprenant les ventes d’armes après leur suspension à la suite de l’attentat de 2019 de la Turquie. l’invasion et l’occupation du nord et de l’est de la Syrie (NES) dirigées par les Kurdes, et la fin apparente du soutien limité de la Suède à l’activisme politique et à la diplomatie kurdes en Europe, ainsi que l’engagement diplomatique et humanitaire avec la NES. Amineh Kakabaveh a fait la une des journaux l’année dernière lorsque son nom a été inscrit sur une liste d’individus que la Turquie demandait à être extradée de Suède – à l’époque députée au Parlement suédois, Kakabaveh est une réfugiée, écrivaine et militante politique kurde d’Iran sans lien avec la Turquie. Medya News s’est entretenu avec Kakabaveh pour avoir son point de vue sur ce que l’accord signifie pour la diaspora kurde suédoise, les Kurdes du Moyen-Orient et la politique de neutralité militaire autrefois vantée par la Suède.
L’ancien député suédois Amineh Kakabaveh, un Kurde iranien, a fait face à des attaques personnelles de la part des autorités turques
Pourquoi avez-vous été inscrite sur la liste d’expulsion de la Turquie ? Était-ce une menace ? Pour le gouvernement turc, si vous vous battez pour les droits des Kurdes, vous êtes un terroriste. Même si je ne suis pas un citoyen turc, mais un Kurde d’Iran, et que je n’ai que la nationalité suédoise puisque je n’ai aucun document d’Iran – l’Iran veut me tuer, mais Erdoğan est aussi un tueur. Pourquoi? Il y a plusieurs milliers d’anciens députés, maires de municipalités kurdes et membres du Parti démocratique populaire [pro-kurde] (HDP) en prison, parce qu’ils sont kurdes. Y a-t-il un problème plus large en Europe avec la criminalisation de facto de l’activité politique kurde ? Ces problèmes avec la Turquie, l’OTAN et Erdoğan, tous les problèmes de sécurité au Moyen-Orient, ne seront jamais résolus tant que le peuple kurde sera placé sur la liste du terrorisme. Je ne fais pas partie du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), je ne l’ai jamais été, mais pour que ce conflit soit résolu, le PKK doit être retiré des listes terroristes. C’est vrai que le PKK a commis des [crimes] au début, dans les années 1980 et 1990, mais la Turquie tue des Kurdes tous les jours. La Turquie et [le dirigeant politique kurde emprisonné] Öcalan ont entamé des négociations. Erdoğan s’est appuyé sur les votes kurdes et a amené ces soi-disant groupes terroristes à la table quand c’était nécessaire, pour négocier. À l’époque, ils n’étaient pas terroristes, mais aujourd’hui ils le sont. Le peuple kurde ne devrait pas permettre aux États-Unis et à l’OTAN de nous utiliser pour sauver le monde. Lorsque le peuple kurde a vaincu ISIS, nous étions des héros mondiaux, nous avons créé la sécurité pour que les Européens puissent sortir dans les discothèques et avoir une vie normale. Mais quand nous nous battons pour nos propres droits, nous sommes des « terroristes ».
Les concessions faites à la Turquie sur l’adhésion de la Suède à l’OTAN mettent en évidence l’hypocrisie envers les Kurdes qui ont vaincu l’EIIS, selon Kakabaveh
Compte tenu de l’invasion russe de l’Ukraine, la Suède avait-elle une alternative à l’adhésion à l’OTAN ? La guerre de la Russie contre l’Ukraine n’a pas réussi. Il aurait pu y avoir un coup d’État, il y a à peine quelques semaines. Espérons que Poutine ne sera pas président longtemps, et alors il n’y a rien à craindre. La Suède est protégée par l’OTAN, même si elle n’est pas officiellement alliée, absolument protégée. Nous avons une armée moderne avec des jets, mais la droite pro-OTAN et les sociaux-démocrates ont brossé un tableau de la Suède comme faible. Il y a eu une guerre psychologique dans les médias, qui a un grand effet sur les gens. En fait, la Suède est davantage menacée par son adhésion à l’OTAN. Pourquoi? Parce que nos principes sont totalement éradiqués. Nous ne savons pas ce qui pourrait être placé sur notre territoire – des armes nucléaires ? C’est plus une menace. Le gouvernement devrait organiser un référendum sur l’adhésion : pour l’instant, la Suède n’est pas menacée.
L’Etat islamique va bientôt réapparaître si la Turquie est autorisée à attaquer les Kurdes, prévient Kakabaveh
Les États-Unis ont accepté de fournir des avions de combat F-16 à la Turquie. Quels problèmes de sécurité cela crée-t-il ? Les États-Unis veulent une Turquie forte au Moyen-Orient, pour maintenir la force de l’OTAN au Moyen-Orient. Mais la première cible est le peuple kurde. Ce n’est pas facile pour Erdoğan d’attaquer la Grèce. Les États-Unis soutiennent les Kurdes contre DAECH d’une main, et de l’autre ils donnent des F-16 à Erdoğan pour les tuer. Je ne comprends pas cela. [Les Forces démocratiques syriennes dirigées par les Kurdes] détiennent 12 000 membres de l’EI, et s’ils sont attaqués, ils ne pourront plus les retenir. Même si seulement 500 [terroristes de DAECH] s’échappent et viennent en Europe, ils pourraient tout faire pour se venger de l’Occident. Pourquoi les Kurdes devraient-ils continuer à protéger les Européens, alors que l’Europe ne les protège pas ? Medya News

Après le traité de Lausanne, les Kurdes ont subi un génocide étalé dans le temps

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L’historienne Ayşe Hür a déclaré qu’après le traité de Lausanne, les Kurdes ont été victimes d’un génocide étalé dans le temps et que les peuples qui veulent déterminer leur propre destin devraient mener une lutte simultanée dans les domaines politique, diplomatique, militaire et culturel. Les Kurdes et leurs amis discutent du Traité de Lausanne, qui a divisé le Kurdistan en quatre il y a 100 ans. Le Mouvement des femmes libres (en kurde: Tevgera Jinên Azadi – TJA) a organisé dimanche un atelier dans la province kurde de Diyarbakır (Amed) pour discuter des implications du Traité de Lausanne à l’occasion de son 100e anniversaire, en mettant l’accent sur la construction d’une démocratie participative et libertaire. Dans l’atelier sur le Traité de Lausanne, les femmes ont partagé leurs expériences sur les politiques, les pressions et les expériences appliquées sur leurs croyances, ethnies, identités et cultures. L’historienne Ayşe Hür, qui a participé à la réunion en tant qu’intervenante, a évalué le processus historique du Traité de Lausanne et ses conséquences pour les Kurdes tandis que la sociologue Linda Barış a parlé de ses effets sur les Arméniens. Le traité de Lausanne, signé il y a un siècle, a eu des effets profonds sur le paysage géopolitique de la région, en particulier pour le peuple kurde, le divisant entre quatre États-nations, à savoir la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. L’atelier a réuni un certain nombre de femmes éminentes, dont des politiciennes comme Beritan Güneş, une députée de Mardin (Mêrdîn) du Parti de la gauche verte, et des universitaires comme l’historienne Ayşe Hür. Hür a souligné que le traité établissait la République de Turquie sur la base du nationalisme turc, qui opprime les peuples minorisés par diverses méthodes. « Pour les Kurdes, c’est le centenaire de la perte de leur statut d’autonomie dans des terres où ils vivaient de manière autonome depuis des centaines d’années », a-t-elle déclaré, concluant que les Kurdes veulent retrouver leur statut d’il y a un siècle. Hür a en outre rappelé le révisionnisme turc concernant Lausanne, soulignant que le nationalisme turc a tenté de s’étendre au-delà des conditions minimales du traité, donnant des exemples tels que son incorporation de Hatay à l’intérieur de ses frontières, son exécution d’opérations à Chypre et ses tentatives d’incursions en Syrie, Irak, Libye et Afrique du Nord. « Je considère la politique kurde de la république comme un génocide étalé dans le temps », a déclaré Hür, développant ses propos lors de l’atelier. Le traité qui est considéré comme le document fondateur de la république turque après la disparition de l’Empire ottoman « représentait une impasse pour les puissances impérialistes, un état et un statut petits mais présents pour les nationalistes turcs… et un processus d’assimilation pour les Kurdes et d’autres minorités. Si l’assimilation n’a pas fonctionné, les projets de purification violente sont passés de l’exil, de la punition et des massacres », ajoute Hür. « Les politiques [de la république turque] mises en œuvre pourraient être qualifiées d’apartheid étalé sur un siècle, voire de génocide. Cet aspect tragique peut être négligé car il n’a pas été limité dans le temps, comme 1915 et 16 pour la question arménienne », a-t-elle poursuivi. Le traité signalait « la fin de la vieillesse des empires », et que le monde continuerait avec les États-nations qui en sortiraient. À ce carrefour, les Arméniens et les autres peuples non musulmans ont été reconnus comme des minorités, mais les Kurdes « n’ont même pas été prononcés comme des minorités mais rendus invisibles. Les Kurdes ont perdu le système autonome qu’ils avaient depuis l’époque ottomane. Ils ont été empêchés d’exercer leur droit à l’autodétermination et sont devenus des sujets sous l’État nouvellement fondé », a déclare Hür. Le nouveau statut de sujets de l’État-nation « signifiait que les Kurdes tombaient dans un immense broyeur, leur communauté, leur langue, leurs traditions, leurs espaces et tout le reste étant attaqués », a-t-elle poursuivi. Hür a déclaré que le contexte international actuel n’était pas propice à l’exercice de l’autodétermination, comme cela avait été le cas au tournant du siècle. « Ce n’est pas facile de continuer dans cette voie sans aucune entrave », a-t-elle déclaré. L’historienne a conseillé une approche holistique des Kurdes, affirmant qu’ils doivent « intégrer une lutte simultanée dans les sphères de la politique, de la diplomatie, de l’armée et de la culture ». « Cela dépend non seulement des Kurdes, mais aussi des Turcs et du contexte mondial. Il y a de nombreux facteurs à considérer maintenant », a-t-elle déclaré. De son côté, Menice Gülmez, vice-présidente du Parti de l’homme et de la liberté (PİA), a qualifié le traité de Lausanne de « démolition ». Cependant, elle a exprimé son espoir pour l’avenir en déclarant : « Les femmes reconstruiront le nouveau siècle. Les femmes libéreront ces terres. » Gülmez a souligné la nécessité de l’unité entre les Kurdes pour surmonter l’impact du traité, affirmant qu’elle peut être réalisée « en établissant l’unité nationale, en faisant en sorte que les Kurdes s’unissent dans leurs intérêts communs et agissent ensemble ».

YPJ: la révolution du Rojava a pris son vrai sens avec les unités de défense des femmes

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SYRIE / ROJAVA – Les unités de défense des femmes (en kurde: Yekîneyên Parastina Jinê-YPJ) ont publié un communiqué à l’occasion du 11e anniversaire de la révolution du Rojava. Les YPJ ont déclaré que la révolution du Rojava a atteint son véritable sens avec les unités de défense des femmes, qui défendent l’identité, l’existence, la langue, la culture et le libre arbitre de leur peuple. Voici le communiqué des YPJ pour le 11e anniversaire de la révolution du Rojava: « La compréhension qu’ont les peuples de la révolution dans les terres du nord et de l’est de la Syrie a créé une nouvelle vie sous la direction des femmes. Alors que la région était en crise à cause du régime Baath et des politiques des puissances hégémoniques, l’opportunité de déterminer leur propre destin en tant que peuple s’est présentée. Sur cette base, nous avons décidé d’établir un système de confédéralisme démocratique. Pour ce faire, nous avons lutté et nous avons défendu nos terres contre les attaques menées par les envahisseurs et nous avons combattu les politiques de génocide. Nous avons libéré nos territoires un par un, avec notre propre force et notre foi en la vie libre, sans compter sur d’autres forces. Dans toutes les révolutions qui ont eu lieu dans le monde, les intérêts des peuples et des sociétés n’ont pas été défendus jusqu’au bout. Mais puisque la révolution syrienne du nord et de l’est était basée sur une société féminine écologique, démocratique et libre, le phénomène de la révolution dans nos terres a pris son sens sur la base de sa propre nature. Conformément à ce principe, les YPJ ont assumé avec audace la responsabilité du libre avenir de leur propre société en tant que force dominante. L’inclusion des femmes [au sein des unités mixtes des YPG] dès le début a joué un rôle décisif dans l’organisation des femmes et des peuples, mais a également donné aux forces de défense une voie correcte pour représenter les intérêts des peuples avec le bon style et les bonnes méthodes. Bien sûr, les YPJ sont devenues un modèle car elles font partie des forces de défense. Avec la révolution syrienne du nord et de l’est, les femmes ont retrouvé une fois de plus le sens de leur existence qui leur avait été enlevé par le mâle dominant pendant des millénaires. Dans le cadre de la légitime défense, elles ont mené une lutte acharnée contre toutes sortes d’invasions et d’attaques, depuis l’organisation du peuple jusqu’à son éducation, jusqu’au développement militaire des femmes. Les combattantes des YPJ ont défendu l’identité, l’existence, la langue, la culture et le libre arbitre de leur propre peuple sur le champ de bataille. Pour cette raison, la révolution du Rojava a atteint son véritable sens avec les YPJ. Les YPJ poursuivront leur lutte en tant que force dominante contre toutes les politiques d’empiètement et de destruction contre le libre arbitre de notre peuple, sans relâche et sans interruption. Nous avons laissé derrière nous ces 11 années de grande lutte, de résistance, héroïsme et esprit d’abnégation. Bien sûr, notre peuple a toujours été avec nous dans ce voyage révolutionnaire. C’est l’unité des peuples qui a fait la révolution. Pour cette raison, l’esprit d’unité des peuples jouera un rôle décisif dans la poursuite et la pérennité de la Révolution des femmes du Rojava. Beaucoup de nos précieuses commandantes et combattantes ont donné leur vie pour la révolution des femmes du Rojava. Les YPJ poursuivront la lutte pour la pérennité de la révolution. »

L’État turc empêche les commémorations du massacre de Suruç

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TURQUIE / KURDISTAN – Le 20 juillet 2015, un attentat visant à saboter la solidarité des peuples de Turquie avec les Kurdes du Rojava a tué 33 personnes à Suruç. Cet attentat fut le début d’une série sanglante d’attentats visant les Kurdes et les milieux syndicalistes, de gauche et pro-paix en Turquie. 8 ans après ce massacre sanglant, les autorités turques continue à persécuter les proches des victimes, tout en continuant à protéger les commanditaires du massacre. Six des jeunes qui ont été placés en garde à vue le 17 juillet à Istanbul alors qu’ils distribuaient des tracts à l’occasion du 8e anniversaire du massacre de Suruç, ont été envoyés en prison. La police a attaqué lundi les organisations de jeunes qui organisaient la distribution de tracts pour marquer le 8e anniversaire du massacre de Suruç (Pirsûs) le 20 juillet 2015. La police a arrêté 44 personnes. Les jeunes, interpellés lundi soir, ont été conduits mardi au palais de justice. Alors que 35 des 44 personnes ont été relâchées, 9 ont été déférées au juge avec une demande d’arrestation. Ayşe Beliz İnce, Gamze Toprak, Berkan Deveci, Yasemin Ebru Gürsoy, Merve Yeşilyurt et Ali Taha Sarabıyık ont ​​été placés en détention provisoire sous l’inculpation de « résister aux officiers dans l’exercice de leurs fonctions » et de « s’être opposés à la loi n° 2911 ». La décision d’arrestation a été protestée devant le palais de justice, par des jeunes scandant « Justice pour Suruç, justice pour tous ». Arrière-plan 300 jeunes s’étaient rassemblés devant le centre culturel Amara le 20 juillet 2015 pour tenir une conférence de presse avant de partir pour Kobanê. Avec ce voyage dans le nord de la Syrie, ils ont voulu montrer leur solidarité et apporter des jouets pour enfants et de l’aide humanitaire à la ville détruite par l’EI. Il y a des indications claires que les attaquants de l’État islamique ont reçu le soutien des services secrets turcs. Le massacre n’a pas encore fait l’objet d’une enquête complète. Par conséquent, les militants continuent d’appeler à la « Justice pour Suruç ». L’ESP accuse le régime turc Dans un communiqué écrit, le siège du Parti socialiste des opprimés (ESP), a déclaré : « Le régime fasciste n’avait qu’un seul objectif : empêcher les enfants du parc Gezi d’aller aider les habitants de Kobanê. Pour cette raison, « 33 voyageurs de rêve » ont été tués par le MIT (services secrets turcs)-DAECH au centre culturel Suruç Amara le matin du 20 juillet. Le kamikaze a perpétré ce massacre mais l’État a offert à l’EIIL ce dont il avait besoin. au sujet du massacre ont été menacés et offensés. Yakup Şahin, le seul suspect du massacre, a été protégé. Il a été documenté qu’Ilhami Bali, le suspect recherché, a été soigné dans un hôpital public et il a été annoncé qu’il se trouvait à Idlib [tandis] que Mahir El Agal, le planificateur du massacre, a été tué dans la région sous les auspices des TAF [forces armées turques] et des gangs djihadistes en Syrie, et qu’il avait une fausse carte d’identité donnée par les institutions de l’État. »

Appel à la reconnaissance officielle du Rojava

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PARIS – A l’occasion du 11e anniversaire de la révolution du Rojava, le Conseil Démocratique Kurde en France (CDK-F) a publié un communiqué exhortant la communauté internationale à reconnaitre officiellement l’administration autonome de la Syrie du Nord et de l’Est / Rojava. Voici le communiqué du CDK-F publié ce matin: « À l’occasion du 11e anniversaire de la révolution du Rojava, reconnaissons le statut politique de l’AANES Aujourd’hui, nous célébrons avec une immense émotion le 11e anniversaire de la révolution du Rojava. Ce mouvement marque un tournant significatif dans l’histoire du peuple kurde. Cette révolution a pu voir le jour grâce au sacrifice immense des femmes et des hommes des Unités de protection des femmes (YPJ) et de l’Unité de protection du peuple (YPG). Ces braves combattants ont donné leur vie dans la lutte contre la barbarie de Daesh, de l’État turc et de nombreux autres groupes djihadistes. Ils ont travaillé sans relâche pour créer et protéger les acquis des différents peuples de la région. Aujourd’hui, nous rendons hommage avec beaucoup d’émotion à ces milliers de martyrs qui ont perdu la vie pour faire exister le Rojava et le nord et l’est de la Syrie. Le Rojava est bien plus qu’un territoire, c’est une lueur d’espoir, un modèle de société démocratique au milieu de l’obscurité du Moyen-Orient. C’est un lieu de coexistence où Assyriens, Arabes, Kurdes, Turkmènes vivent ensemble. Ce grand exemple pour le Moyen-Orient, cette révolution est une victoire pour tous les peuples du Moyen-Orient. C’est pourquoi nous devons renforcer et soutenir cette révolution. Après 11 ans de gestion démocratique, il est temps de mettre fin au blocus diplomatique et de trouver une solution qui mettra un terme aux attaques turques contre le Rojava. Ces attaques déstabilisent la région et renforcent très sérieusement la menace djihadiste de l’État islamique. Il est plus que temps de reconnaître officiellement le statut de l’Administration auto- nome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES). À l’occasion du centenaire du traité de Lausanne qui a laissé les Kurdes sans statut, nous appelons la France et la communauté internationale à reconnaître le statut de l’AANES. En outre, nous appelons toutes les organisations politiques, associatives et syndicales à soutenir et à protéger politiquement la révolution et l’AANES. Ensemble, nous pouvons mettre fin aux bombardements turcs et obtenir enfin un statut politique pour cette région. Le Rojava est l’avenir du Moyen-Orient. Ensemble, renforçons cette révolution. »

La révolution du Rojava a 11 ans

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SYRIE / ROJAVA – Il y a onze ans jour pour jour, naissait la révolution féministe du Rojava, suite aux déclarations d’autonomie des Kurdes de Syrie. La « révolution du Rojava » est née il y a 11 ans, le 19 juillet 2012, lorsque trois régions du Kurdistan syrien ont déclaré leur autonomie vis-à-vis du gouvernement central. Depuis lors, une administration démocratique et autonome a tenté de créer une société de base, égalitaire et écologique dans ces zones. Les communes et les conseils, représentants démocratiques de la population, organisent la vie et administrent la société. Le modèle politique s’est ainsi imposé en opposition décidée à l’ancien régime Baas. De nombreuses personnes au sein de la société sont impliquées dans une grande variété d’activités locales et sociales – des communes et des conseils au travail dans le secteur de la santé, le mouvement des femmes ou dans des structures d’autodéfense. Dans son histoire de la révolution du Rojava, le Centre d’information du Rojava (RIC) a souligné que « le Rojava a également été synonyme de guerre contre l’État islamique (DAECH / ISIS), d’occupation de la Turquie, de camps de réfugiés surpeuplés, de pénuries d’eau, de mauvaises récoltes et de Mais sur fond de guerre en cours, d’occupation, d’embargo dû à la guerre civile syrienne et d’une situation humanitaire précaire qui rend rares les produits de première nécessité, le Rojava tient bon depuis dix ans. L’administration du nord et de l’est de la Syrie (AANES) s’est développée depuis 2012 et comprend désormais un tiers du territoire syrien et près d’un cinquième de sa population. Onze ans plus tard, l’existence continue du nord et de l’est de la Syrie (NES) – le nom le plus inclusif de la région, qui englobe le Rojava à majorité kurde et les zones à majorité arabe sur les rives de l’Euphrate – est une réussite dans et de Au cours des onze années qui se sont écoulées depuis 2011, la révolution du Rojava est restée attachée à ses anciennes valeurs et a consolidé ses acquis, alors même que tous les autres acquis des soulèvements dits du « printemps arabe » ont été écrasés ou récupérés par les gouvernements nationaux.  L’État islamique est resté actif dans le NES, organisant occasionnellement de grandes attaques, tout en menant une guerre d’usure irrégulière dans la région de Deir ez-Zor et au-delà. Il n’a en aucun cas été vaincu. Malgré toutes ces adversités, la société NES a continué à établir et à développer des structures politiques (relativement) stables. Des institutions juridiques, telles que des comités de paix, ont été introduites. Ces organes fondés sur le consensus sont chargés de résoudre les conflits et ont largement remplacé le système judiciaire hiérarchique courant dans les sociétés occidentales. De plus, deux contrats sociaux – assimilables à une constitution locale – ont été adoptés en 2014 et 2016, fruit d’un processus social collaboratif au cours duquel des discussions collectives ont déterminé les sujets qui seraient inclus. Les travaux sur un nouveau contrat social, qui reflétera mieux toutes les régions sous l’égide de l’AANES, sont actuellement en cours. Ces contrats sociaux ont formalisé les processus décisionnels déjà décentralisés dans la région et consolidé une grande partie du pouvoir législatif des conseils locaux. Beaucoup de ces changements dans le NES peuvent être décrits comme une démocratisation radicale de la société et de la vie. Ceci, à son tour, change la façon dont les gens pensent et conçoivent des concepts juridiques tels que le droit et la justice. » ANF