ROJAVA. La Turquie bombarde des villages yézidis et assyriens

0
SYRIE / ROJAVA – L’armée turque a ciblé le village yézidi de Tal Khatoun et le village syrien de Malla Abbas, près de Tirbespiye, dans le canton de Qamishlo. Depuis début octobre, la Turquie a intensifié les attaques ciblant les civils et les infrastructures vitales dans les régions sous contrôles des forces arabo-kurdes. Il s’agit de crimes de guerre interdit par la communauté internationale…

TURQUIE. Le Parlement censure les questions au sujet des attaques contre le Rojava

0
TURQUIE – Le 9 octobre, députée kurde du Parti HEDEP, Nejla Demir, a soumis une question au Parlement concernant les attaques de la Turquie contre le nord et l’est de la Syrie. La motion, adressée au ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan, a été renvoyée. La présidence du Parlement a affirmé que la motion contenait des « opinions personnelles » et que les questions contenues dans la motion relevaient de « sujets qui ne pouvaient être abordés ». En effet, le massacre des civils et la destructions des infrastructures vitales du Rojava relevant des crimes de guerre ne peuvent être défendus. C’est pourquoi, les autorités turques préfèrent censurer les questions en rapport avec les attaques turques au Rojava et Kurdistan d’Irak, alors qu’ils dénoncent  les attaques d’Israël sur Gaza et les qualifient de crimes de guerre. De quoi s’agit-il? Demir avait déclaré dans sa motion que des civils avaient été blessés lors des attaques turques et a ajouté : « Après les déclarations d’opération du ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan contre l’Irak et la Syrie, le 5 octobre, de nombreuses zones civiles, entrepôts de blé, hôpitaux, des centrales électriques ont été endommagées au Rojava. Il a été rapporté dans la presse que des frappes aériennes ont été menées et que de nombreux civils ont perdu la vie dans des frappes aériennes. Cibler des personnes civiles et des zones civils pendant les conflits est interdit conformément aux Conventions de Genève. Les attaques contre les civils, les bâtiments et les biens pendant la guerre sont considérées comme un crime de guerre. » Des questions Dans la motion, il est rappelé que le président turc, Tayyip Erdoğan, a fait une déclaration de « crime de guerre » contre le ciblage d’infrastructures telles que les services d’électricité à Gaza, mais que des attaques similaires ont été menées contre le nord et l’est de la Syrie. Les questions suivantes ont été incluses dans la proposition : * Les dommages causés aux espaces de vie des civils et la mort de civils lors des frappes aériennes menées par la Turquie dans le nord de la Syrie ne sont-ils pas contraires aux accords internationaux auxquels la Turquie est partie ? Quand ces attaques prendront-elles fin ? * Quelle est la raison des nombreuses frappes aériennes contre des habitations civiles, des entrepôts de blé, des hôpitaux et des centrales électriques au Rojava le 5 octobre, après les déclarations du ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan sur les opérations contre l’Irak et la Syrie ? Est-ce qu’on sait que de nombreux civils ont perdu la vie lors de ces frappes aériennes ? * La Turquie, où vivent plus de vingt millions de Kurdes, doit respecter les accords internationaux dont elle est signataire ; Allez-vous prendre des initiatives pour mettre fin aux attaques contre les Kurdes, les Arabes, les Circassiens, les Assyriens et les Turkmènes de l’autre côté de la frontière et pour résoudre le problème kurde, devenu un problème international, dans un cadre pacifique avec ses interlocuteurs ? * Est-il vrai qu’au cours des dernières 72 heures, la Turquie a ciblé plus de 145 points au Rojava, notamment des centrales électriques, des installations d’eau et d’énergie, des hôpitaux et des écoles ? Pensez-vous que les attaques en question constituent une tentative de saper les efforts internationaux et le travail des organisations et institutions non gouvernementales œuvrant pour assurer la stabilité et servir la population locale après la défaite de l’État islamique ? * La destruction des infrastructures de l’Administration autonome (…) du Rojava n’est-elle pas un crime de guerre ?

PARIS. Rencontres Révolutionnaires avec la Jeunesse du Rojava

0
PARIS – Une délégation de la jeunesse du Conseil de la Syrie Démocratique (MSD) sera à Paris le 8 novembre pour une rencontre/discussion avec le public au siège du Conseil démocratique kurde en France (CDK-F). Pour plus de détails, voici le communiqué des organisateurs de l’événement: « Le mercredi 8 novembre 2023, nous accueillerons une délégations des jeunes du MSD au centre culturel kurde de Paris. Cette rencontre est une occasion unique pour les jeunes militant/es internationalistes de toute la France d’entrer en contact avec les jeunes révolutionnaires kurdes. Elles et ils présenteront leur travail politique, ainsi que le contexte actuel de guerre dans lequel la jeunesse syrienne et kurde évolue et continue malgré tout de se conscientiser, s’éduquer, s’organiser, pour résister. En tant que témoins directs des attaques en cours, bombardements et affrontements avec les armées et milices fascistes, nos camarades et ami/es du MSD se situent à l’avant-garde de la Révolution qui prend racine au Moyen-Orient en ce moment même. Rencontrons-les, partageons nos expériences et nos perspectives, pour construire l’internationalisme révolutionnaire ! Organisation-parapluie de la jeunesse syrienne couvrant les problématiques politiques, sociales et démocratiques, Conseil de la Syrie Démocratique (Meclîsa Ciwanên Suriye Demokratîk-MSD) est composée d’organisations, de partis politiques, de mouvements, de conseils d’administration, de comités, de conseils, de jeunes de l’administration autonome du Rojava et plus généralement de la Syrie. Notre objectif est d’impliquer toute la jeunesse sur le territoire syrien et dans les autres régions du monde de manière décentralisée et auto-organisée, sur la base du confédéralisme démocratique. Nous mettons en pratique les principes d’une libre volonté de la jeunesse et d’une conscience démocratique indépendante, pour une société morale et politique. Rendez-vous le mercredi 8 novembre 2023 de 18h à 20h au centre culturel kurde Ahmet-Kaya, 16 rue d’Enghien, Paris ! »

Journée mondiale pour Kobanê commémorée sous le bruit des drones turcs

0
A l’automne 2014, l’invasion de Kobanê par l’État islamique et la résistance acharnée des combattants kurdes avaient provoqué un élan de solidarité à travers le monde. On avait même déclaré le 1er novembre Journée Mondiale pour Kobanê. Après des mois de combats acharnés, Kobanê fut libérée de DAECH au prix des milliers de morts. Aujourd’hui, même si DAECH n’a plus de territoire en Syrie, qu’une autonomie locale est mise en place par les Kurdes syriens et leurs alliés dans le Nord-Est de la Syrie, les drones tueurs du dictateur turc, ainsi que l’armée de son homologue syrien soutenu par les milices iraniens s’en prennent de nouveau au modèle démocratique du Rojava qui est une lueur d’espoir pour tous les peuples du Moyen-Orient où la guerre régionale a embrasé aussi la Palestine. Pourquoi les Kurdes moulte fois massacrés, déportés, assimilés de forces sur leurs terres colonisées ont été éclipsés de la scène internationale alors qu’ils font face à un nouveau génocide certain et que les acquis du Rojava sont menacés ? LE SIÈGE DE KOBANÊ Les mercenaires de l’Etat islamique ont lancé la première attaque contre la ville de Kobanê dans la nuit du 14 au 15 septembre. Le siège durera jusqu’au 26-27 janvier 2015. Ces mois de batailles verront une défense des valeurs de l’humanité avec un esprit épique d’abnégation qui est entré dans l’histoire. Le matin du 15 septembre, l’Etat islamique a lancé une attaque sur le front sud. Contrairement aux attaques simultanées précédentes sur les trois fronts, les gangs de l’Etat islamique ont désormais déployé des armes et des militants dans les parties sud-est et sud-ouest également, et ont lancé une offensive sur cinq fronts. « NOUS ALLONS GAGNER CETTE GUERRE » Il n’a pas fallu longtemps pour se rendre compte de l’ampleur de l’offensive et de l’immense inégalité des forces en présence. Les commandants des YPG (Forces de Protection du Peuple) et des YPJ (Forces de Protection des Femmes) ont compris qu’il ne s’agissait pas d’une attaque ordinaire. Ils/elles devaient combattre une armée colossale avec des moyens techniques et humains dérisoires. Les djihadistes qui avaient concentré toutes leurs forces et leurs armes autour de Kobanê comptaient occuper la ville en très peu de temps. « Ce ne sera pas une bataille ordinaire, mais une confrontation entre la sauvagerie à dominante masculine et la volonté spirituelle de la modernité démocratique. Nous allons gagner cette guerre », avait alors proclamé Meryem Kobanê, commandante des YPJ. ARÎN MÎRKAN DEVIENT UN SYMBOLE À MISHTENUR Après avoir attaqué avec des armes lourdes la colline de Mishtenur, au sud de Kobanê, un lieu sacré pour les habitants de la région, les gangs de l’EI en ont pris le contrôle le 5 octobre, non sans avoir affronté une résistance acharnée des combattants YPG/YPJ durant plusieurs jours. La commandante des YPJ Arîn Mîrkan était furieuse que la colline de Mishtenur soit tombée sous le contrôle des djihadistes. Convaincue qu’il fallait frapper durement les gangs qui assiégeaient Mishtenur, elle a réussi à atteindre leur point de rassemblement où elle a déclenché les explosifs qu’elle portait sur elle, tuant des dizaines de djihadistes. Les gangs de l’EI ont alors compris qu’ils ne pourraient pas prendre la ville en une semaine et qu’ils allaient vivre un enfer à Kobanê. UN ENFER POUR l’EI Après Mishtenur, les troupes de l’organisation terroriste ont commencé à entrer dans le quartier de Kaniya Kurda par l’est. À l’ouest, la colline Izae était tombée sous leur contrôle, et les combattants des YPG/YPJ avaient pris position dans les tranchées creusées dans la colline Til Sheir. Au sud, les gangs avaient atteint le cimetière de Martyr Dicle, près de l’entrée de la ville. La commandante des YPJ Meryem Kobanê avait alors déclaré : « Daesh va maintenant entrer dans la ville par Kaniya Kurda. Mais cette ville sera un enfer pour lui. » Voyant que Kobanê n’était pas tombée après une semaine, les médias turcs et le gouvernement AKP (Parti de la Justice et du Développement du président turc Erdogan) ont tenté de faire croire que la ville tomberait « automatiquement » si les terroristes atteignaient le centre. « Kobanê est sur le point de tomber », s’était d’ailleurs félicité le Premier ministre de l’époque, l’actuel président Recep Tayyip Erdoğan, lorsque l’EI a pénétré dans la ville. Alors qu’Erdoğan se frottait les mains à cette idée, la commandante générale des YPJ, Meysa Ebdo, lui a répondu : « Kobanê ne tombera que dans ses rêves. La résistance ne fait que commencer, Kobanê sera un enfer pour Daesh et ses partisans. » La promesse de Meysa Ebdo s’est concrétisée au fur et à mesure de la résistance inouïe des YPG/YPJ contre l’avancée des hordes de Daesh. Après deux mois de résistance, les combattants kurdes sont passés à l’offensive. À partir du début du mois de décembre, ils ont progressivement nettoyé le centre-ville de la présence des djihadiste et fini par récupérer la colline de Mishtenur, réalisant ainsi le rêve d’Arîn Mîrkan et de nombreux autres combattantes et combattants kurdes tombés dans cette lutte contre l’obscurantisme. Après Mishtenur, la seconde opération de grande envergure a été menée sur le front sud. Elle a permis d’éradiquer totalement les djihadistes de cette zone. LE COUP FINAL Le deuxième jour de l’opération, le commandant du front est, Mazlum Kobanê, a déclaré : « Nous annoncerons très bientôt la libération », et c’est ce qui s’est passé. Le troisième jour de l’opération, les préparatifs ont été achevés pour donner le coup final, fatal, aux bandes de Daesh. L’annonce de la libération de la ville devait avoir lieu le jour anniversaire de la déclaration du canton, le 27 janvier. L’opération Kaniya Kurda a alors commencé. Quelques heures après le début de l’opération, des chants de victoire ont commencé à retentir, retransmis par la radio. « Bijî Serok Apo » (vive le leader apo), « Bijî Berxwedana Kobanê » (vive la résistance de Kobanê), criaient les combattants. Puis l’un d’eux a laissé échapper sa joie : « Les amis ont pris Kaniya Kurda ! » Kobanê devait être déclarée libre après la prise de Kaniya Kurda. Les combattants étaient agités par l’excitation. Ce n’était pas facile. Pendant plus de quatre mois, ils s’étaient battus bec et ongles, le doigt sur la gâchette en permanence, dans le froid, sans sommeil, avec peu de nourriture, des munitions insuffisantes. Insistant toujours pour vivre librement, affrontant la mort, une résistance défiant presque les lois de la nature. LE DRAPEAU DES YPG FLOTTE AU-DESSUS DE KANIYA KURDA Les combattants kurdes se sont précipités sur la colline de Kaniya Kurda (fontaine kurde) pour y planter un drapeau géant des YPG. « Sur la colline de Kaniya Kurda d’où ils [les djihadistes] sont entrés dans la ville, nous annoncerons au monde entier que Kobanê est un enfer pour Daesh ». Ces paroles de Meryem Kobanê sont devenues réalité au 134e jour de la résistance acharnée. La résistance kurde a marqué un tournant crucial dans l’histoire. Il y a désormais un « avant Kobanê » et un « après Kobanê ».

TURQUIE. Acquittement du père d’une militante kurde tuée à Paris

0
TURQUIE – Le père de Leyla Şaylemez, une des trois militantes kurdes tuées à Paris le 9 janvier 2013, était poursuivi par la « justice » turque pour avoir assisté à la commémoration de sa fille. Il vient d’être acquitté après des mois de persécution judiciaire. Leyla Şaylemez, membre du Mouvement de la jeunesse kurde, a été assassinée avec Sakine Cansız, membre fondatrice du PKK, et Fidan Doğan, représentant du KNK, à Paris le 9 janvier 2013. Le tueur à gages est mort en détention et les dirigeants n’ont pas été inculpés ni condamnés à ce jour. Le père de Leyla Şaylemez, Abdulbari Şaylemez, a été jugé en Turquie pour avoir prétendument « fait de la propagande en faveur du PKK » lors d’un événement de commémoration pour les victimes du triple meurtre au cœur de la capitale française. L’audience a eu lieu mardi au 4e tribunal pénal de Diyarbakır. S’exprimant ici, Abdulbari Şaylemez a déclaré : « Ma fille Leyla a été assassinée lors d’un attentat terroriste à Paris. Le 7 janvier 2017, j’ai assisté à une cérémonie de commémoration à l’invitation de la Mairie de Paris. J’ai assisté à l’événement pour rendre hommage à ma fille et je ne pense pas que cela constitue un crime. » Abdulbari Şaylemez a souligné qu’il lui avait été interdit de quitter le pays pendant 5 mois en raison du procès en cours et que cette interdiction était une mesure injuste contre sa personne et sa famille alors qu’il faisait des affaires en Allemagne. Il a demandé son acquittement. L’avocat de Şaylemez a déclaré que son client n’avait pas scandé de slogan lors de l’événement commémoratif en question, citant le rapport d’analyse vidéo comme preuve. Alors que l’accusation exigeait que Şaylemez soit condamné pour « diffusion de propagande terroriste », le tribunal a statué en faveur de son acquittement.

Les Kurdes et le « péché originel » de la Turquie

0
A l’occasion du centenaire de la République de Turquie, Geerdink souligne un « chapitre noir » de l’histoire de la Turquie : le génocide arménien. « Sans une pleine reconnaissance de cette atrocité, au cours de laquelle un million et demi d’Arméniens ont été massacrés, la république continuera d’exercer son hégémonie sur les Kurdes et les autres communautés ethniques et religieuses du pays », dit-elle. Feux d’artifice que j’ai vu ce week-end. Photos de feux d’artifice à Istanbul et ailleurs en Turquie pour célébrer le 100e anniversaire de la République. Depuis toutes les années que j’écris sur la Turquie et le Kurdistan, le 29 octobre 2023 est une date de référence. Erdoğan parviendrait-il à rester président jusqu’à ce jour ? Dans quelle mesure aurait-il alors réformé la République ? Et maintenant, au moment où j’écris ces lignes, ce jour est passé du futur à l’histoire. Espoir inassouvi. Cela m’attriste, surtout parce que je n’arrive pas à me sortir un autre 100e anniversaire de la tête. L’autre anniversaire, auquel celui-ci est inextricablement lié. Je ne vais pas en faire un jeu de devinettes. L’autre anniversaire dont je parle est la 100e commémoration du génocide arménien, il y a huit ans, en 2015. Nous savons tous ce qui s’est passé. Pendant la Première Guerre mondiale et à la fin de l’Empire ottoman, environ un million et demi d’Arméniens furent massacrés par des milices dans le but de nettoyer l’Anatolie d’une communauté qui y vivait et prospérait depuis des siècles. Même si les preuves de l’existence d’un génocide sont accablantes, la République de Turquie l’a nié dès le premier jour de son existence. Le récit officiel est toujours qu’il y avait une guerre et que, oui, de nombreux Arméniens ont péri, mais qu’il n’y avait aucune intention de les effacer de la surface de la terre, et d’ailleurs, les Arméniens ont également tué des Turcs – ces choses arrivent tout simplement dans les guerres.

Chapitre noir

Dans un podcast que j’ai écouté sur le 100e anniversaire de la Turquie, l’intervieweuse Amberin Zaman a qualifié le génocide arménien de « péché originel » de la Turquie. Tant que ce chapitre noir de la naissance de la Turquie n’est pas abordé, aucun problème fondamental du pays ne pourra être résolu. C’est le problème des chapitres noirs : on peut les arracher du livre ou les retourner rapidement et faire semblant de ne pas l’avoir vu, mais cela influence quand même les événements consécutifs et l’intrigue du livre. Tant que vous ne le lisez pas, tant que vous n’y faites pas face, vous ne comprendrez pas pourquoi de mauvaises choses continuent de se produire et pourquoi les personnages du livre ne peuvent pas résoudre leurs problèmes. Bien entendu, mon pays d’origine, les Pays-Bas, a aussi un chapitre noir. Et nous non plus ne reconnaissons pas notre histoire coloniale et la traite transatlantique des esclaves dans laquelle nous avons été impliqués. Nous savons que cela s’est produit, mais nous sommes passés à autre chose, prétendant que le chapitre noir n’a pas défini le cours de notre histoire, notre histoire depuis lors. Les Pays-Bas doivent eux aussi faire face à leur « péché originel » dans toute sa brutalité pour opérer des changements fondamentaux et s’engager dans un travail sérieux de décolonisation et d’éradication du racisme et de la suprématie blanche. Formuler les choses ainsi est déjà insupportable pour de nombreux Néerlandais blancs. Trop radical, et n’est-ce pas il y a trop longtemps pour nous influencer encore aujourd’hui ? La prise de conscience à ce sujet ne fait que commencer et nous avons un chemin incroyablement long à parcourir.

Digranakerd

Lorsque le génocide arménien a été commémoré pour la 100e fois en avril 2015, j’ai vécu et travaillé à Digranakerd (nom arménien de Diyarbakir; Amed en kurde). Vous n’avez peut-être jamais entendu parler de ce nom, mais il s’agit du nom arménien d’Amed, qui est à nouveau le nom kurde de la ville de Diyarbakır. Digranakerd comptait une importante communauté arménienne et, après le génocide, il ne restait presque plus personne. Je considère les semaines précédant la commémoration et le jour de la commémoration lui-même comme parmi les plus marquants de ma vie. J’ai tellement appris incroyablement. Je me souviens avoir participé à une visite que des Arméniens de la diaspora ont effectuée sur les terres où leurs ancêtres vivaient autrefois en paix jusqu’à ce que leurs vies soient brutalement déracinées et prennent fin. C’était difficile et émouvant, les gens étaient nerveux, mais il y avait quelque chose d’important qui rendait le voyage possible et qui enchâssait tout le voyage dans une certaine douceur. Et c’est que leurs hôtes ne le niaient pas.

Constantinople

Leurs hôtes étaient l’une des autres communautés présentes depuis toujours dans l’est de l’Anatolie : les Kurdes. Lors des rassemblements et des réunions précédant la commémoration du 24 avril, j’avais déjà remarqué que les Kurdes n’hésitaient pas à utiliser le mot en turc : soykırım, ou génocide. C’était remarquable, car les milices kurdes, en particulier la cavalerie Hamidiye, figuraient parmi les plus importants auteurs du génocide à l’époque. Les ordres venaient de Constantinople, les Kurdes, de mèche avec le pouvoir central, faisaient une grande partie du sale boulot. Les Kurdes ont toujours su ce qui s’est passé, aussi bien ceux qui ont participé au génocide que ceux qui n’y ont pas participé. Ils y étaient. C’est l’une des raisons pour lesquelles les Kurdes alévis du Dersim savaient dans les années 1930 ce qui allait se passer lorsque l’armée d’Atatürk commença à construire des infrastructures dans leur province : ils étaient parmi les dernières tribus kurdes qui devaient être mises à genoux et pleinement obéir à l’État, et ils savaient que cela allait être ultra violent. Ils ont résisté, mais un génocide a été perpétré contre eux. Ce génocide est également nié par l’État turc. Ils prétendent qu’il y a eu une rébellion qu’il fallait simplement réprimer. C’est ce que les habitants du Dersim ont demandé. Tout comme les Arméniens, d’ailleurs, collectivement considérés comme des « traîtres ».

Égalité

Cette expérience historique des Kurdes et leur remarquable volonté d’affronter et d’accepter leur « péché originel » ne peuvent être dissociées de la manière dont le mouvement kurde envisage aujourd’hui l’histoire et l’avenir de la République de Turquie. Les peuples d’Anatolie et de Mésopotamie sont frères et devront vivre ensemble dans l’égalité pour s’assurer que quelque chose d’aussi horrible que le péché originel ne se reproduise plus. Une république, certes, mais non fondée sur l’hégémonie d’un groupe sur un autre, et en harmonie avec les communautés ethniques et religieuses des autres pays. Regardez comment l’Union des communautés kurdes (KCK) l’a formulé dans sa déclaration à l’occasion de l’anniversaire de la République. Les dirigeants turcs des partis au pouvoir et de l’opposition établie ont également placé la Turquie dans le contexte des troubles qui sévissent dans la région au sens large. Mais alors qu’ils célébraient la violence et honoraient le sang, les Kurdes pleuraient ce qui aurait pu être et aspirait à l’unité. Et heureusement, il s’est engagé à continuer à se battre pour cela. #ArmenianGenocide

IRAN. 13 ans de prison pour la mère d’un manifestant tué

0
IRAN – Mahsa Yazdani, mère d’un jeune manifestant tué par le régime iranien lors du mouvement « Femme, vie, liberté », a été condamnée à 13 ans de prison pour « insulte à des entités sacrées » et « diffamation ». Mahsa Yazdani, la mère d’un manifestant tué en 2022, a été récemment condamnée par le premier tribunal révolutionnaire de Sari pour « insulte aux valeurs sacrées » et « incitation du peuple à nuire à la sécurité nationale ». Elle a été condamnée à deux peines de cinq ans pour « insulte au Guide suprême », à une peine de deux ans de prison et à une peine d’un an de prison pour « activités contre la République islamique d’Iran », ce qui représente une peine total de treize années d’incarcération. Mahsa Yazdani a été arrêtée par les forces de sécurité à Sari, la capitale provinciale du Mazandaran, le 22 août 2023, puis transférée à la prison centrale de Sari. Yazdani avait été libérée provisoirement jusqu’à la conclusion de la procédure judiciaire. Mohammad Javad Zahedi Saravi, le fils de Mahsa Yazdani, âgé de 20 ans, a été abattu à bout portant par les forces de sécurité le 22 septembre 2022, une semaine après la mort de Jina Mahsa Amini, une jeune Kurde tuée par la police des mœurs iranienne pour un voile « mal porté ».  

Commémoration de la Journée mondiale pour Kobanê

0
Depuis 9 ans, les Kurdes célèbrent le 1er novembre la Journée mondiale pour Kobanê, petite ville dans le nord de la Syrie qui était encerclée par les terroristes de DAECH. Retour sur l’histoire du choix de cette journée. Après les attaques de l’État islamique (DAECH / ISIS) contre Kobanê en 2014, de nombreux écrivains, artistes, universitaires, militants, historiens, journalistes, représentants d’organisations de la société civile et députés ont signé une déclaration pour exprimer leur solidarité avec Kobanê et exiger une aide internationale pour ses habitants. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues de nombreux pays du monde entier pour montrer leur soutien à Kobanê dans sa lutte contre l’État islamique. La Commission civique UE-Turquie (EUTCC) et l’initiative campagne de paix contre DAECH ont lancé une pétition pour appeler à une « mobilisation mondiale pour Kobanê et l’humanité ». 130 personnalités ont signé la pétition au cours des quatre premiers jours. Les 130 signataires internationaux, dont le linguiste américain Noam Chomsky ; Adolfo Perez Esquive, lauréat du prix Nobel de la paix 1980-Argentine ; Desmond Tutu, lauréat du prix Nobel de la paix en 1984 et Michel Roland, président de Médecins du Monde, ont appelé à un rassemblement mondial contre Daech pour Kobanê et pour l’humanité. Dans la déclaration, les signataires écrivaient : « La coalition internationale de lutte contre l’Etat islamique n’a pas rempli ses véritables obligations juridiques internationales. Certains des pays de la coalition, en particulier la Turquie, font partie des soutiens financiers et militaires des terroristes de l’EI en Irak et en Syrie. Si le monde veut la démocratie au Moyen-Orient, il doit soutenir la résistance kurde à Kobanê. Nous encourageons les gens du monde entier à montrer leur solidarité avec Kobanê. Allez dans la rue et manifestez. » Le 1er novembre 2014, des millions de personnes ont manifesté à travers le monde pour exprimer leur solidarité avec la résistance héroïque de Kobanê. Depuis, chaque année, 1er novembre est célébré comme la Journée mondiale pour Kobanê.

TURQUIE. Mobilisation pour une élue kurde détenue illégalement

0
TURQUIE – Les défenseurs demandent la libération de Gultan Kisanak, une élue kurde tenue en otage malgré l’expiration d’une période de détention maximale. Les défenseurs des droits humains rappelle que la détention prolongée de l’ancienne co-maire de Diyarbakır, Kisanak, emprisonnée depuis le 31 octobre 2016, viole les limites légales et que sa libération immédiate est une obligation légale. La famille et l’équipe juridique de Kisanak, ainsi que le parti HEDEP, ont tenu une conférence de presse à Istanbul pour discuter de son cas. Malgré l’expiration de la durée maximale de détention de 7 ans prévue par le Code de procédure pénale, elle reste en détention. Gul Altay, l’avocate de Kisanak, a rappelé au public que Kisanak avait été arrêté le 25 octobre 2016 dans le cadre de l’affaire Kobani. Altay a souligné le contexte politique bien connu entourant l’affaire Kobani, dans lequel le parti au pouvoir a pris le contrôle des municipalités en nommant des administrateurs, suscitant des inquiétudes quant à l’atteinte à la volonté du peuple. Selon Altay, la durée maximale de détention, telle que définie dans la Constitution, est généralement de deux ans, mais dans des circonstances exceptionnelles, elle peut être prolongée jusqu’à un maximum de sept ans. Même ce délai « exceptionnel » est désormais expiré et Altay a appelé la Cour constitutionnelle à prendre des mesures immédiates, ajoutant: « À ce stade, le tribunal n’a plus aucun pouvoir discrétionnaire ni aucune marge d’interprétation. La libération de Gutan Kisanak est une obligation légale. Aujourd’hui, nous vivons l’ironie de lutter pour que les tribunaux turcs se conforment même à leurs propres lois. »

IRAN. L’avocate Nasrin Sotoudeh arrêtée lors des funérailles d’Armita Geravand

0
IRAN – Hier, l’avocate des droits humains Nesrin Sotoudeh a été arrêtée violement lors des funérailles d’Armita Geravand, une adolescente kurde de 17 ans battue par la police du hijab le 1er octobre et décédée après 4 semaines de coma. Nesrin Sotoudeh, une avocate iranienne, écrivaine et ardente défenseure des droits humains qui fut emprisonnée de nombreuses fois, aurait été arrêtée et battue alors qu’elle assistait dimanche aux funérailles d’Armita Geravand. Sotoudeh, qui ne portait pas de voile lors des funérailles, serait détenue au centre de détention femmes à Vozara, où Jina Mahsa Amini avait été emmenée avant sa mort en détention en septembre 2022.