
L’autorisation a été accordée à la société américaine IGNIS H2 Energy Production Joint Stock Company de réaliser des forages dans le cadre d’un projet d’exploration de ressources géothermiques à Varto. Les premières opérations de forage, qui devraient impacter 16 villages kurdes alévis de la région, sont prévues dès le mois de mai.
L’entreprise prévoit d’exploiter 5 560,13 mètres carrés au sein d’une zone de pâturage de 453 494,83 mètres carrés, en puisant directement dans les terres collectives des villageois. Ces derniers rejettent massivement le projet, qui avance malgré une décision qualifiant l’étude d’impact environnemental (EIE) de « non requise », délivrée sans que la population locale ait été informée ni consultée. En réaction, les habitants de Varto descendent dans les rues du Kurdistan, de Turquie et des villes d’Europe pour faire entendre leur opposition.
Les villageois dénoncent un projet qui ne se contente pas de menacer l’environnement, mais qui risque de bouleverser durablement la structure démographique de la région. Déjà fragilisé par les séismes, le chômage et les pressions politiques qui ont provoqué des migrations continues, le district de Varto risque désormais un nouveau dépeuplement forcé.
Gürsel Taş fait partie de ceux qui ont connu toutes les étapes de ce déplacement. Contraint de quitter son village dans les années 1980 pour des raisons politiques, il est revenu plus tard pour vivre de l’agriculture et de l’élevage. Il réside aujourd’hui dans le village d’Içmeler (Regasan), dans le district de Varto.
L’exil m’a volé des années de vie
Gürsel Taş raconte son parcours avec émotion :
« Depuis le coup d’État du 12 septembre jusqu’à aujourd’hui, l’oppression de l’État a toujours pesé sur nous. Après ces jours difficiles, j’étais encore très jeune lorsque j’ai été contraint de partir pour Istanbul. Je suis parti, mais je n’ai jamais oublié ma patrie ni ma terre. Elles étaient toujours dans mes pensées. Chaque jour, j’espérais y retourner. Je ne me sentais jamais chez moi en exil. L’idée d’y vivre le reste de ma vie ne m’a jamais effleuré l’esprit. Après y avoir passé une quinzaine d’années, je suis rentré sur mes terres. Dès mon arrivée, je me suis lancé dans l’élevage, qui est devenu notre principale source de revenus. Pendant des années, j’ai survécu avec le strict minimum. Je disais que tant que je pouvais vivre sur ma terre, je préférais avoir faim. Mais ces terres ne nous ont jamais laissés affamés. Désormais, je ne quitterai plus jamais cet endroit. »
Nous préférerions mourir ici dans la dignité plutôt que d’émigrer vers les villes
Pour Gürsel Taş, ce projet géothermique ne profitera qu’aux entreprises. Il ne fera que poursuivre la politique de déplacement forcé entamée depuis des décennies :
« Ils tentent maintenant de mettre en place un projet géothermique. Comme je l’ai dit, beaucoup d’entre nous ont été contraints à l’exil après le coup d’État du 12 septembre, et l’État cherche maintenant à déplacer ceux qui restent grâce à cette initiative. Nous ne voulons pas que cela se produise. Où irions-nous si nous étions forcés de migrer à nouveau ? Si je dois mourir, je mourrai ici. Plutôt que de migrer et de souffrir en exil, plutôt que de mourir un peu chaque jour, je préfère mourir ici, une fois pour toutes, dans la dignité. Nous n’abandonnerons ni notre terre natale ni notre village. »
Nous protégerons nos terres et nos eaux contre ce projet
Taş met en garde : le projet ne se limitera pas aux 16 villages directement concernés et s’étendra rapidement à toute la région, comme on l’a déjà observé ailleurs.
« On constate déjà, sur les réseaux sociaux et dans les médias, que de tels projets débutent dans une zone restreinte avant de s’étendre à toute la région. Une fois le projet lancé, plus personne ne pourra s’y opposer. Nous devons nous opposer à ce projet avant même qu’il ne commence. S’il est mis en œuvre, nos espaces de vie disparaîtront et tout sera empoisonné. Il contaminera tout ce que nous possédons : nos terres, nos fleurs, nos roses, notre herbe, notre eau et nos animaux. »
La résistance doit se développer
Gürsel Taş appelle les habitants de Varto à rester vigilants et à renforcer leur unité :
« Les habitants de Varto sont très sensibles à cette question, et j’espère que cette prise de conscience perdurera. Nous avons déjà payé un lourd tribut, et désormais, je fais confiance à notre peuple. Notre communauté à l’étranger nous apporte un soutien indéfectible, et elle doit continuer à le faire. Nous souhaitons que ce soutien s’amplifie. Nous avons besoin de tous pour continuer à nous soutenir afin de renforcer encore davantage cette solidarité et cette résistance. »
Face à ce qu’ils perçoivent comme un second déplacement déguisé, les habitants de Varto refusent de céder. Leur combat pour l’eau et la terre est aussi un combat pour rester dignement chez eux, sur la terre de leurs ancêtres. (ANF)

En marge de l’inauguration du Festival, le public pourra découvrir une exposition de peintures. Cette année, le festival met à l’honneur les œuvres du peintre kurde Ali Osman Yanak, qui explorent les notions d’identité, d’appartenance et de corporéité. Travaillant principalement à l’acrylique, l’artiste sonde la psychologie humaine à travers des constructions spatiales stratifiées et un vocabulaire métaphorique.
Intitulée Qalik (Carapace), l’exposition accorde une place centrale aux femmes et à leurs récits. Les œuvres mettent en lumière la manière dont elles font face aux pressions sociales, évoluent et parviennent à s’en affranchir. Par la force transformatrice de l’art, leurs voix se rendent visibles, leurs histoires prennent forme et rencontrent le regard du spectateur. Chaque carapace qui se craquelle incarne un processus de transformation, porteur d’une promesse d’espoir. À travers ce parcours, le visiteur est invité à interroger la notion de changement — car toute transformation porte en elle les prémices d’un nouveau départ.

Réalisé par Orhan İnce, Hêvî est un long métrage kurde tourné à Bingöl et sorti en 2024. Il raconte l’histoire de Zeyno, une petite fille sourde et muette vivant avec son père Mustafa et son frère aîné Çeto dans une maison isolée loin du village. Très attachée au mouton hérité de sa mère, Zeyno voit son quotidien bouleversé lorsque son père et son frère se lancent dans le commerce de bétail avec un marchand nommé Emin. À travers ce récit intime, le film explore le thème universel de l’espoir, en mettant au centre « l’individu ordinaire » confronté à des conditions de vie difficiles et à des conflits familiaux et sociaux. Refusant les clichés et tout jugement, l’œuvre cherche avant tout à comprendre et représenter l’humain dans toute sa complexité.
Premier long métrage du réalisateur Orhan İnce, le film réunit notamment Ömer Akalın, Bedriye Roza Çelik, Yavuz Akkuzu, Deniz Sal, Nazmi Karaman, Ruken Önen et Güldestan Yüce.
Mirina Jeanne d’Arc’ê Ya Din (« L’autre mort de Jeanne d’Arc ») est une adaptation de la pièce du dramaturge bulgare Stefan Tsanev, qui revisite le mythe de Jeanne d’Arc. Elle interroge les idéologies dominantes qui encerclent l’individu, telles que la religion et le nationalisme, tout en établissant des parallèles avec les pouvoirs actuels. Mêlant tragédie, satire et humour, la pièce se conclut sur la victoire symbolique de Jeanne d’Arc face à la fragilité humaine et aux idéologies oppressives.