KURDISTAN – Leila Qasim a marqué l’histoire kurde et a prouvé la force des femmes kurdes. Cette jeune femme qui est devenue un modèle pour toutes les militantes kurdes a été pendue à l’âge de 22 ans par le régime irakien.
Le 12 mai 1974, le régime sanguinaire du dictateur irakien, Saddam Hussein, a pendu Leyla Qasim, une activiste et féministe kurde qui militait pour les droits des Kurdes et des femmes dans un Kurdistan colonisé. Aujourd’hui, Leyla Qasim est considérée comme l’une des femmes qui ont marqué l’histoire du peuple kurde, comme ce fut le cas de Sakine Cansiz, Zarife Xatun… Son portrait orne les murs de nombreux foyers kurdes et les lieux publics au Kurdistan.
« Tuez-moi, mais vous devez savoir que par ma mort, des milliers de Kurdes se réveilleront d’un profond sommeil. Je suis heureuse de donner ma vie sur le chemin d’un Kurdistan libre ».
Qui est Leyla Qasim (ou Leila Qassem) ?
Leila Qassem, est née le 27 décembre 1952 dans la ville de Khanaqin, au Bashur (Kurdistan du Sud). La fratrie composée d’Abdessalam, Leila et Sabiha a grandi dans l’amour de la patrie. Elle a terminé ses études secondaires à Khanaqin, en 1972 puis entamé des études à la faculté des arts de l’université de Bagdad et s’est spécialisée en sociologie.
Qassem était une personnalité éminente avec des intérêts politiques, culturels et sociaux qui la qualifiaient pour entrer dans les rangs de l’Union des étudiants du Kurdistan. Au début des années 1970, le régime baasiste irakien a intensifié sa répression sur la région de Khanaqin en menant le nettoyage ethnique contre le peuple kurde. Leila a donc été contrainte de se réfugier avec sa famille dans la capitale irakienne, Bagdad. Elle a commencé sa lutte et sa carrière politique avec le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) à l’université par l’intermédiaire d’un de ses collègues de Khanaqin. Elle s’est caractérisée par son activisme, sa compétence et son dévouement sans faille et est devenue l’un des visages les plus actifs des étudiants de l’université.
Connue de ses collègues pour son patriotisme et son sens élevé du nationalisme kurde, Mme Qassen a combiné son combat pour les droits des Kurdes avec celui des droits des femmes.
Après l’échec de l’accord du 11 mars 1970 entre le gouvernement irakien et Mala Mustafa Barzani, qui reconnaissait les droits des Kurdes, offrait des garanties au peuple kurde en Irak et enseignait la langue kurde, tous les camarades de Qassem ont été contraints de quitter Bagdad, mais Leila a choisi de rester à Bagdad pour poursuivre sa lutte contre le régime dictatorial. Qassem a contacté nombre de ses camarades pour réorganiser leur parti, loin de la surveillance des services de sécurité irakiens.
Cependant, ce groupe de jeunes n’a pas pu continuer son travail politique pendant longtemps, car il y avait des failles dans leur organisation, en conséquence de quoi les autorités du régime ont arrêté quatre d’entre eux, dont son fiancé militant Jawad al-Hamondi qui a été exécuté par la suite.
Dans la nuit du 24 avril 1974, les services de sécurité ont bouclé la maison de Qassem, l’ont placée dans une cellule d’isolement et ont empêché les visites. Elle a subi les formes les plus brutales de la torture. Sous la torture, on lui arraché l’œil droit et mutilé le corps.
Le comité d’enquête de la sécurité l’a accusée d’avoir fait sauter des cafés, des clubs et des cinémas et d’avoir tué des innocents en Irak, mais elle a répondu : « Je ne suis pas une criminelle, mais je me bats pour la cause kurde légitime. Je donnerai mon âme pour cela ».
Qassem, la mariée du Kurdistan
Lors de la première visite de sa mère et de sa sœur, Leila leur a recommandé d’apporter ses uniformes et ses ciseaux kurdes. Elle a coupé une mèche de ses cheveux et l’a donnée à sa sœur pour qu’elle assiste à son combat : « Dans quelques jours, je serai la mariée du Kurdistan, je veux donc que la terre m’embrasse en toute élégance ».
Le 12 mai 1974, elle a été exécutée sans procès en moins de deux semaines après son arrestation. Elle a revêtu son uniforme kurde, en chantant le chant « Kurdistan », devenant ainsi un symbole pour toutes les femmes kurdes et tout le peuple kurde.
Leila Qassem a été enterrée au cimetière de Wadi al-Salam à Najaf, loin de sa maison et de sa famille.
Les femmes kurdes ont repris son combat
Après le martyre de Leila Qassem, des centaines de jeunes filles kurdes ont reçu son nom. Leyla devenue un flambeau sur le chemin de toutes les femmes, un symbole de la résistance pour les femmes kurdes. Ses photos ornent les maisons, des agences et des instituts kurdes. L’esprit de Leila Qassem s’est incarné dans la résistance des femmes au Rojava également. (ANHA)
Le grand poète kurde, Cigerxwin avait rendu hommage à Leyla avec son poème « Leyla Şehid ». (Interprété par Ciwan Haco)
Nîşan bi dest, Leyla mine
Wé dil li min kir ar û pêt
Mizgîn li kurd roja me têt
Dijmin ji tirsan maye şêt
Zer bûn li min bax û bihar
Rabin ji xwe ey xwendewar !
Tev mér û jin bibne şîyar
Jin nû dibin wek şér û mêr
Xweş bin ji te jar û geda
Xwe daye kuştin wek pileng
Şêre li nav kurd daye deng
Kuştin bi me kurdan xweşe
Bi wê li kurd ron bûye şev
Jin bûne wek Leyla me tev
Ey kurd de destan bidne hev
Leyla bijî, Leyla bijî !…
Pir şerme ey xortén ciwan !
Rûmet çîye ey xwendewan ?
Bigrin li ber dijmin rîya
Ka : Hor û Mît û Mîdîya ?
Hetta ciger min bûye xwîn