AccueilKurdistanRojavaLe Rojava commémore le génocide des Arméniens et des Assyro-Chaldéens

Le Rojava commémore le génocide des Arméniens et des Assyro-Chaldéens

SYRIE / ROJAVA – Les commémorations du génocide des Arméniens et des Assyro-Chaldéens ( Seyfo) se poursuivent dans les zones kurdes de Syrie.

Le génocide arménien et le « Sayfo »: plus d’un siècle de souffrance

Le 24 avril demeure chaque année la journée internationale de commémoration du génocide arménien et celui des Assyro-Chaldéens (Sayfo) de 1915. C’est l’occasion de renouveler l’appel à la reconnaissance des victimes, de défendre la justice et les droits humains, et de poser les bases d’une démocratie pluraliste capable de protéger les communautés et d’empêcher la répétition de telles tragédies au Moyen-Orient.

Un souvenir douloureux pour les peuples de Mésopotamie

Chaque 24 avril, les peuples de la région se remémorent l’un des crimes les plus effroyables du XXe siècle : le génocide arménien et les massacres de Sayfo perpétrés par l’Empire ottoman en 1915. Arméniens, Assyro-Chaldéens et Syriaques furent victimes d’une extermination systématique qui les arracha à leurs terres ancestrales.

Ces massacres entraînèrent la mort de plus d’un million et demi d’Arméniens et de centaines de milliers d’Assyro-Chaldéens-Syriaques, transformant des communautés prospères en diasporas dispersées aux quatre coins du monde.

Le 24 avril 1915 marque le début officiel du génocide : l’arrestation et l’exécution à Istanbul d’environ 250 intellectuels, leaders politiques, religieux et culturels arméniens. Ce fut le prélude à des massacres systématiques accompagnés de pillages, d’incendies de villages, de déportations, de viols et de « marches de la mort ».

Des massacres hamidiens aux massacres de 1915

Les premières violences organisées contre les Arméniens remontent à la fin du XIXe siècle. Entre 1894 et 1896, le sultan Abdülhamid II répondit aux revendications légitimes de réformes et de droits constitutionnels par les « massacres hamidiens ». Selon les recherches du missionnaire allemand Johann Lepsius, ces pogroms firent environ 88 000 à 300 000 morts, blessèrent plus de 546 000 personnes, entraînèrent le pillage de 2 493 villages et la conversion forcée à l’islam de centaines de milliers d’Arméniens. Des centaines d’églises et monastères furent détruits ou transformés en mosquées. L’un des épisodes les plus atroces eut lieu à Urfa (Roha), où plus de 2 500 femmes arméniennes furent brûlées vives dans une cathédrale.

Une extermination planifiée

Ces crimes n’étaient ni spontanés ni liés uniquement à la guerre. Ils constituaient un plan d’extermination organisé par l’État ottoman, sous la direction du Comité Union et Progrès (Jeunes-Turcs), avec la complicité passive ou active de certaines grandes puissances de l’époque.

Dès le début de la Première Guerre mondiale, les Ottomans profitèrent du chaos pour accélérer le processus. Après la défaite d’Enver Pacha à Sarıkamış en janvier 1915, les Arméniens furent accusés de trahison. On désarma les soldats arméniens (environ 100 000 hommes), on confisqua les armes civiles, puis on procéda à des exécutions massives – fusillades, enterrements vivants, travaux forcés meurtriers.

L’ambassadeur américain Henry Morgenthau décrivit ce désarmement comme un prélude explicite à l’extermination. Talaat Pacha, l’un des principaux architectes du génocide, déclara sans ambiguïté : « Nous sommes parvenus à éliminer les trois quarts du peuple arménien… Les Arméniens doivent être exterminés. »

Les « marches de la mort » et le Sayfo

Suivirent les déportations forcées de femmes, d’enfants et de vieillards à travers les déserts de Syrie et de Mésopotamie, sans eau ni nourriture. Des centaines de milliers périrent en route, victimes de faim, de soif, de maladies, de pillages et de viols systématiques. On estime entre 250 000 et 500 000 les morts parmi les Assyro-Chaldéens-Syriaques lors des massacres de Sayfo (« l’épée » en syriaque).

Un million et demi de victimes

À la fin de 1923, plus d’un million et demi d’Arméniens avaient été tués et des centaines de milliers portés disparus. Des villages et villes entiers furent rayés de la carte, des sites culturels, religieux et historiques détruits. Des centaines de milliers de survivants trouvèrent refuge au Liban, en Syrie, en Irak, en France ou dans les Amériques.

Le déni turc persistant

Malgré les preuves irréfutables et la reconnaissance du génocide par une trentaine de pays (dont la France, la Russie, le Canada, le Liban et la Grèce), le Parlement européen, les Nations unies et de nombreuses institutions internationales, la Turquie continue de nier les faits et criminalise leur reconnaissance.

De 1915 à aujourd’hui : une même mentalité

Imad Tatyrian (ou Tetriyan), secrétaire général du Parti de l’Union arménienne en Syrie, relie la tragédie de 1915 à la réalité syrienne contemporaine. La mentalité qui a justifié l’extermination au nom de la religion ou de l’ethnicité est la même qui a animé Daech contre les chrétiens, ou motivé les déplacements forcés et massacres à Afrin, Sere Kaniye, sur la côte syrienne, à Sweida ou dans les quartiers arméniens et kurdes d’Alep.

Il appelle à des lois internationales strictes et dissuasives, afin que la démocratie et les droits de l’homme ne restent pas de vains mots.

La reconnaissance et la justice comme rempart

Pour Imad Tatyrian, la commémoration doit devenir un pont vers la réconciliation et la démocratisation de la région. Cela passe par la reconnaissance officielle du génocide, la restitution des biens et des terres spoliés, et la responsabilisation des auteurs de crimes.

« Tant qu’un droit est nié et revendiqué, il ne sera pas perdu », affirme-t-il.

En conclusion, seule une véritable justice – historique, morale et juridique – peut empêcher que la tragédie des Arméniens et des peuples de Sayfo ne se répète au XXIe siècle contre d’autres communautés.