SYRIE / ROJAVA – Malgré le retour de milliers de familles kurdes à Afrin après des années d’exil forcé suite à l’invasion turque de 2018, les difficultés économiques continuent de compromettre leur stabilité. Le chômage généralisé et la hausse du coût de la vie ont anéanti les espoirs fondés sur la saison des olives. La faiblesse des prix a plongé les rapatriés et les habitants dans une situation de plus en plus précaire.
Kamal Khoja, 34 ans, tailleur, est rentré chez lui le 9 mai dernier avec le quatrième convoi de déplacés kurdes. Comme des milliers de jeunes rapatriés, il se plaint du chômage généralisé dans sa ville natale, située dans la campagne du gouvernorat d’Alep. À ce jour, environ 10 000 familles kurdes sont revenues à Afrin, principalement depuis Qamishlo, Hasakah et Derik, dans le cadre de l’accord du 29 janvier signé entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement de transition syrien. Le dernier convoi est arrivé le 16 juillet.
Le carburant, coup de grâce
Depuis près de cinq mois, Kamal Khoja est sans emploi. La plupart des usines de confection ont réduit leur production, confrontées à la hausse des coûts d’exploitation, à l’augmentation des prix du carburant, aux fluctuations de la livre syrienne et à la baisse du pouvoir d’achat. La récente crise d’approvisionnement en carburant a même contraint plusieurs boulangeries à fermer et a perturbé les transports, alourdissant encore le quotidien des habitants.
Mohammed Hanan, 44 ans, chauffeur sur les lignes locales entre Afrin et les villages environnants, parle de « chômage caché ». La hausse des prix du carburant, les pénuries et la mauvaise qualité du produit font travailler de nombreux chauffeurs à perte. Leurs revenus journaliers ne suffisent plus à faire vivre une famille, d’autant que les pièces détachées automobiles ont, elles aussi, fortement augmenté.
Salaires en baisse dans le bâtiment
Shiro Abdo, 25 ans, a quitté son emploi dans un café (120 dollars par mois) pour se tourner vers le secteur de la construction. Face à l’afflux de rapatriés, les entreprises ont profité du besoin d’emploi pour réduire les salaires journaliers de 10 à 5 dollars seulement. Les revenus mensuels, qui oscillaient auparavant entre 150 et 200 dollars, ont chuté, alors même que la construction reste l’un des métiers les plus pénibles.
Paradoxalement, le secteur connaît un regain d’activité : les familles de retour réparent leurs maisons endommagées, tandis que le marché immobilier attire des acheteurs étrangers, qui représentent 90 % de la demande. Les prix des maisons neuves varient de 45 000 à 120 000 dollars selon la superficie, les finitions et l’emplacement.
Les olives, un espoir anéanti
Tous les habitants interrogés plaçaient leurs derniers espoirs dans la récolte des olives de 2026, qui a débuté le 1er octobre. Mais la réalité a été brutale : le prix des olives vertes est tombé à 70 nouvelles livres syriennes, contre 150 l’année dernière, soit une baisse de plus de 55 %. Un bidon d’huile d’olive de 16 kg se vend désormais 63 dollars, contre environ 90 dollars l’an passé.
Cette chute des prix, combinée à la hausse des coûts des engrais et du carburant, place les propriétaires fonciers dans une impasse. Plusieurs négociants recommandent de stocker la production en attendant une éventuelle remontée des cours dans les prochains mois. Mais les agriculteurs, endettés par les frais de labour, d’irrigation, de main-d’œuvre et de récolte, ont besoin d’argent immédiatement.
Pris entre l’espoir du retour et la lutte pour la subsistance, les habitants d’Afrin se heurtent à une crise du coût de la vie qui dépasse le simple manque d’emplois : diminution des revenus, hausse des coûts de production et effondrement des rendements agricoles.