SYRIE / ROJAVA – Les autorités syriennes ont imposé des règles d’admission qui interdisent aux femmes l’accès à la plupart des programmes de deux nouvelles universités d’État spécialisées dans la défense et la sécurité. Les candidatures ferment le 19 octobre 2026, a alerté Human Rights Watch (HRW) dans un communiqué daté de 16 octobre 2026. Après l’anéantissement des acquis de la révolution féministe initiée par les Kurdes du Rojava, les femmes syriennes voient leurs droits les plus élémentaires disparaitre sous le régime djihadiste d’al-Sharaa (Jolani).
Selon l’organisation, ces mesures discriminatoires violent clairement les obligations juridiques internationales de la Syrie. Elles s’inscrivent dans une série d’actions des autorités de transition qui restreignent le rôle des femmes dans les institutions étatiques et renforcent les stéréotypes de genre.
Le 30 septembre, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a annoncé que l’admission aux programmes de droit, d’économie et de gestion, ainsi que de sciences sociales de l’Université nationale des sciences de la défense est réservée aux hommes. À l’Université syrienne des sciences de la sécurité, les femmes ne peuvent postuler qu’aux filières de cybersécurité. À l’inverse, certains cursus – formation d’enseignants en maternelle, programmes de sage-femme et écoles d’infirmières de Damas et d’Alep – restent réservés aux femmes.
« Les autorités syriennes reconstruisent l’armée et les forces de sécurité sans les femmes », a déclaré Hiba Zayadin, conseillère principale pour la Syrie à Human Rights Watch. « Les femmes ne peuvent pas être formées comme officières, ni même étudier pour devenir juristes ou administratrices militaires. C’est de la discrimination pure et simple. »
À l’Université nationale des sciences de la défense, où le service militaire est obligatoire, seuls les hommes peuvent intégrer les écoles militaires (terre, marine, air) et la faculté des lettres et des sciences administratives. Seule la faculté des sciences appliquées et de technologie, ouverte aux femmes, n’impose aucun engagement militaire. À l’Université des sciences de la sécurité, la faculté et l’institut technique n’admettent que des hommes ; les diplômés doivent servir pendant 10 à 20 ans dans les forces de sécurité intérieure.
Ces restrictions s’étendent aussi à d’autres instituts techniques d’État (pétrole et gaz, chemins de fer) et à certains départements de l’institut des médias d’Idlib. Les femmes peuvent encore étudier le droit, l’économie ou les sciences sociales ailleurs et intégrer la police via un institut distinct, mais elles sont de fait exclues de l’armée. Cette exclusion s’est déjà manifestée dans le nord-est du pays, où les autorités ont refusé en août d’intégrer les Unités de protection des femmes (YPJ) aux côtés des combattants masculins.
Ces mesures contredisent la Déclaration constitutionnelle de mars 2025, qui garantit l’égalité sans discrimination fondée sur le sexe et le droit des femmes à l’éducation et au travail. Elles violent également la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), à laquelle la Syrie est partie, ainsi que la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU sur la participation des femmes à la reconstruction post-conflit.
Depuis décembre 2024, les femmes restent largement marginalisées : elles n’ont obtenu que 6 des 119 sièges lors des élections législatives indirectes d’octobre 2025. Des responsables ont publiquement remis en question leur aptitude à certains postes, et le gouverneur de Lattaquié a même interdit en janvier 2026 le « maquillage excessif » aux employées du secteur public.
HRW appelle le ministère de l’Enseignement supérieur à ouvrir immédiatement les programmes de défense et de sécurité aux femmes avant la clôture des candidatures, et les autorités de transition à supprimer toutes les restrictions fondées sur le sexe. L’organisation demande également aux gouvernements et donateurs de prioriser la fin de toute discrimination dans le secteur de la sécurité.
« Les femmes sont sous-représentées au Parlement, dans la police et dans certains services publics, et sont désormais exclues de l’armée », a conclu Hiba Zayadin. « Les autorités ont promis de respecter les droits des femmes, mais leurs actions contredisent directement ces promesses. »