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La Maison du Kurdistan de France inaugurée à l’Hôtel de Ville de Paris

PARIS – La Maison du Kurdistan de France, destinée à regrouper sous un même toit les activités culturelles, sociales, académiques et institutionnelles de la communauté kurde en France, a été officiellement inaugurée le lundi 12 octobre au soir dans la salle historique de l’Hôtel de Ville de Paris.

L’événement, organisé au cœur politique et symbolique de la capitale, a réuni des personnalités politiques, des représentants institutionnels, des artistes, des universitaires, des dirigeants associatifs et des figures de la société civile des communautés kurde et française.

Trois discours ont marqué la soirée. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a ouvert la cérémonie, suivi de Baran Gürbüz, président de la Maison du Kurdistan de France. L’ancien président de la République François Hollande a prononcé le discours politique de clôture.

Un lancement hautement symbolique

Le choix de l’Hôtel de Ville pour cette inauguration officielle constituait en soi un message fort. Ces derniers mois, les relations entre la municipalité parisienne et les institutions kurdes se sont nettement renforcées. En juin déjà, Emmanuel Grégoire avait reçu à l’Hôtel de Ville des représentants du Conseil démocratique kurde de France et de la Maison du Kurdistan. Les échanges avaient porté sur les activités de la communauté, les initiatives jeunesse, les programmes culturels et sociaux, ainsi que sur d’éventuels projets communs.

L’inauguration d’une institution portant le nom de Kurdistan, en présence de centaines d’invités, dans l’un des lieux les plus emblématiques de Paris, est perçue comme le reflet de décennies de lutte, d’organisation et de construction institutionnelle de la diaspora kurde en France.

Baran Gürbüz : « Une institution permanente »

Après le discours d’ouverture du maire, Baran Gürbüz a pris la parole. Il a insisté sur le fait que la Maison du Kurdistan de France ne serait pas un simple lieu d’événements, mais une structure pérenne destinée à répondre aux besoins concrets de la communauté kurde.

L’institution s’articulera autour de quatre grands départements :

  • Culture : préservation de la langue, de l’histoire, des arts, de la musique et de la mémoire collective kurdes, et transmission aux nouvelles générations ;

  • Sports et Jeunesse : organisation des jeunes, développement d’activités sportives et renforcement du lien intergénérationnel ;

  • Affaires sociales et juridiques : accompagnement administratif, social et juridique des personnes en difficulté ;

  • Recherche et Enseignement supérieur : soutien aux études académiques sur la question kurde, l’histoire et la culture du Kurdistan, et développement des liens avec le monde universitaire.

François Hollande : une solidarité qui ne doit pas varier

L’ancien président François Hollande a livré l’un des messages politiques les plus marquants de la soirée. Évoquant la lutte contre Daech au Rojava durant son mandat, il a déclaré : « La victoire contre Daech n’aurait pas été possible sans les Kurdes syriens. »

Il a souligné que la solidarité de la France avec les Kurdes ne devait pas dépendre des évolutions régionales ni des accords politiques du moment. Hollande a également rappelé avoir reçu à l’Élysée des représentantes et commandantes kurdes engagé·es contre l’État islamique.

Il a ensuite mis en lumière le rôle de la communauté kurde en France, estimant à environ 420 000 le nombre de Kurdes vivant sur le territoire national. Selon lui, leur contribution est significative dans de nombreux domaines – sciences, culture, commerce et particulièrement la santé – et la communauté est devenue partie intégrante du tissu social français.

De la douleur à l’institution : la mémoire kurde à Paris

L’inauguration s’inscrit aussi dans l’histoire douloureuse de la communauté kurde à Paris. La capitale a été le théâtre de deux attentats majeurs : le 9 janvier 2013, l’assassinat de Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Şaylemez ; le 23 décembre 2022, le meurtre d’Evîn Goyî (Emine Kara), du musicien Mîr Perwer (Mehmet Şirin Aydın) et d’Abdurrahman Kızıl.

La demande de justice liée à ces attaques avait déjà été évoquée lors des réunions entre la mairie et les institutions kurdes. Le 12 octobre marque ainsi non seulement la naissance d’une nouvelle structure, mais aussi une étape dans le passage de la souffrance à la construction institutionnelle durable.

La musique kurde dans la salle historique

Après les discours, la soirée s’est poursuivie sur une note culturelle. Le groupe Koma Rayê a interprété un répertoire de chansons kurdes, avant que DJ Aramythos ne prenne le relais. Pour une soirée, la salle historique de l’Hôtel de Ville a résonné de la culture et de la musique kurdes, incarnant le pont que la nouvelle institution souhaite construire entre mémoire collective et avenir.