SYRIE / ROJAVA – Le premier convoi organisé de familles kurdes déplacées vers Serê Kaniyê a été attaqué lundi 10 août par des colons armés installés dans la région par la Turquie et on signale des victimes parmi les civils. Les Kurdes sont descendus dans la rue à Kobanê, Qamishlo, Hassakê…, entraînant des couvre-feux et des arrestations.
Selon Jawan Isso, membre d’un comité représentant les déplacés, environ 2 500 personnes avaient pris la route dans le cadre de l’accord de janvier 2026 entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le gouvernement de transition de Damas. Cet accord prévoyait le retour des populations déplacées depuis l’offensive turque de 2019. Des groupes armés ont pris pour cible les familles à leur arrivée.
Les autorités de sécurité du gouvernorat de Hassaké ont annoncé l’arrestation de plusieurs suspects et la suspension des convois « jusqu’à ce que la protection des résidents soit pleinement assurée ». Ahmad al-Hilali, vice-gouverneur de Hassaké, a condamné les attaques et promis qu’il n’y aurait « aucune indulgence » envers ceux qui menacent la paix civile.
Accusations sur l’identité des assaillants
Des sources kurdes et des comptes locaux signalent que les auteurs des agressions ne sont pas des habitants originaires de la région, mais des familles liées à Daesh (État islamique), originaires d’Irak, de Deir ez-Zor et d’Alep. Selon ces sources, les habitants de Ghuwayran n’ont aucun lien avec ces groupes, contrairement à ce qu’avait propagé l’équipe présidentielle affiliée à Damas. Ces sources accusent Damas d’avoir voulu installer ces personnes au cœur de Hassaké sous prétexte qu’il s’agissait de réfugiés de Ghuwayran, afin de semer la terreur dans la région.
Des témoignages et vidéos circulant sur les réseaux sociaux décrivent une chasse à l’homme qui se serait poursuivie jusqu’à deux heures du matin à Serê Kaniyê. Selon ces mêmes sources, aucune arrestation n’aurait été effectuée parmi les assaillants sur place et aucun couvre-feu n’aurait été déclaré dans la ville pour contenir les violences. En parallèle, un couvre-feu a été imposed à Kobané. Des critiques visent également les Asayish (forces de sécurité kurdes), accusées d’avoir « livré » des personnes, tandis que la sécurité publique aurait patrouillé dans certaines zones jusqu’à trois heures du matin.
Manifestations et réponse sécuritaire
Les attaques ont déclenché des protestations à Qamishli, Hassaké et Kobané. Des drapeaux syriens ont été descendus ou brûlés, et des bâtiments des forces de sécurité ont été pris pour cible. À Kobané, un couvre-feu a été décrété puis levé après le déploiement des forces de sécurité intérieure. Selon les autorités, 19 membres des forces de sécurité ont été blessés et sept personnes ont été arrêtées dans le cadre du rétablissement de l’ordre.
Mazloum Abdi, commandant des FDS, a condamné les agressions contre les familles de retour et appelé à la retenue, tout en soulignant que les retours avaient été coordonnés avec l’État syrien.
Contexte
Depuis l’opération coloniale turque « Source de paix » de 2019, des dizaines de milliers de Kurdes ont été déplacés de Ras al-Aïn (Serê Kaniyê). Des organisations de droits humains documentent des saisies de biens et l’installation de combattants et de leurs familles. Même après l’intégration formelle de certaines factions dans les structures du nouveau pouvoir, le contrôle local reste fragmenté et marqué par des rivalités ethniques et factionnelles.
Les événements de lundi illustrent la manque de volonté de Damas de garantir un retour sûr et digne des Kurdes sur leurs terres.